Chapitre 14 : Croissance personnelle à travers la violence
- Est-ce que tu as fait ça exprès ?" demanda Drago, après qu'ils aient trouvé pour Harry quatre livres à emprunter, les deux que Rogue avait demandés et deux autres qui avaient l'air intéressants.
- Fait quoi ?
Drago regarda une des étagères, frottant son avant-bras gauche, et Harry comprit.
- Oh. Un peu.
- Ah.
Harry observa le profil de Drago, et lui donna un petit coup de coude.
- Pas pour vous blesser. Ta famille est juste les seules personnes à qui je peux vraiment parler de lui, à part Ginny, et elle n'a pas le… contexte.
Drago tourna la tête juste assez pour que Harry aperçoive l'éclat dans un œil pâle.
- C'est surtout à moi que tu peux parler, en fait. Donc tu devrais me dire, à propos de sa fille.
Harry prit ses livres dans ses bras.
- On en parle sur le chemin du retour.
- D'accord.
Harry prit une minute pour admirer les escaliers de marbre, les étranges vases à fleurs géants, et le calme général, avant de reprendre la parole. Le ciel avait commencé à se couvrir, la lumière dorée du soleil disparaissant peu à peu sous des nappes de gris.
- Elle est ce mystère dont je t'ai parlé," expliqua Harry. "C'est à propos d'elle que ta mère voulait enquêter, aussi ?"
- Bien sûr. J'essaie de simplifier ma façon de penser suffisamment pour que tu puisses suivre et apprendre quelque chose. Là c'est la partie où j'ai abaissé tes défenses, et maintenant je t'interroge.
- Ouais, j'avais remarqué," marmonna Harry.
- J'essaie juste d'aider.
- Ce que je veux savoir c'est pourquoi elle s'en soucie autant. C'est juste un bébé.
- N'est-ce pas évident ?" demanda Drago, menant la voie sur l'allée de gravier gris bien trop nette. Est-ce que les Malefoy utilisaient des voitures parfois ? Ils ne semblaient pas du genre à utiliser une voiture, franchement.
- Pas vraiment.
- C'est à son propos qu'il a subi toutes ces modifications de mémoire, l'année dernière. Ça a commencé vers le milieu de l'été, juste avant que je rentre de l'école. Quelle que soit son histoire, c'est le secret le plus hautement gardé de tous les Mangemorts.
Ce n'était pas que Harry ait ignoré ça, pas vraiment, juste qu'il ne voyait pas comment ça se goupillait avec le reste. Le sujet principal d'un complot de Voldemort devrait avoir été, devrait être, quelque chose de mortel et d'horrible. Ses plans n'existaient pas en mode mignon et ordinaire. Ils ne vous bavaient pas dessus, à moins que ce soit une sorte de venin de serpent venimeux.
- Je ne sais pas," dit-il à Drago, évitant de justesse de percuter la grande grille en fer forgé. "C'est juste un bébé."
- Elle est probablement maudite," dit Drago.
- Qui maudirait un enfant ?" Bon. "Je veux dire, Voldemort, évidemment. Rogue n'a pas l'air de la considérer maudite."
- Ça pourrait être un différent niveau du sort de mémoire. C'est une explication plus probable qu'une petite amie, non ?
Harry devait bien reconnaître que le fait que Minerva Delphi soit une sorte de bombe à retardement mortelle était plus probable que Rogue trouvant une petite amie. Ça ne simplifiait pas le problème.
- Je vais garder un œil dessus. Prends soin de toi, Drago.
- Comme toujours.
Harry lui fit une grimace, et transplana.
Harry eut le temps de réfléchir, cet après-midi là, entre trier et ranger la dernière commande de chez l'apothicaire et nettoyer tout le laboratoire. Il avait promis à Drago qu'il n'allait pas se mêler de la discussion entre Sirius et Rogue. Il n'allait pas trahir sa parole. Cependant, il n'avait rien dit à propos de quelqu'un d'autre s'en mêlant.
Harry prit quelques dispositions, et se remit au travail.
- Salut, Crochu.
Il était neuf heures du soir. Rogue était dans le salon. Sirius n'avait pas frappé à la porte.
- Black. À quoi dois-je cette charmante visite ?
Harry, qui avait été en train de passer ses nerfs sur ce qui allait le lendemain être une tourte, posa son hachoir et tira sa baguette. Il n'était pas suffisamment visible à travers la porte entre la cuisine et le salon, de là où ils étaient. Ça devrait aller.
- Je savais que tu étais un petit connard gluant et maléfique, mais je pensais que tu avais fini par apprendre un peu de bon sens, avec le temps.
- Black. Qu'est-ce que tu veux.
- Du poison, Servilius ? Du poison ?
- Il n'est pas venu pleurer à ta porte.
- Bien sûr que non, bordel ! Ce gosse serait incapable de se plaindre même si on l'écorchait vif, il ne sait pas comment faire.
- Je le sais.
Harry songea que tout ça était plutôt injuste, et que rester immobile était un supplice. Il allait étrangler Drago.
- Explique-moi en quoi ce n'est pas prendre avantage d'un enfant maltraité pour jouer à tes jeux sadiques.
- Ce n'est pas un jeu.
Il y eut un froissement de tissu. Harry se décala sur le côté, et vit Sirius l'air fou de rage, les cheveux en bataille, et Rogue debout face à lui, sa baguette brandie, droit et impérieux.
Plus tard, Harry ne se rappellerait pas qui avait lancé le premier sort. Ils bougèrent en même temps, les sorts jaillissant en silence ou explosant avec un horrible bruit acide, traversant la porte d'entrée comme si elle était faite de papier. La seule bonne chose était qu'alors que les sorts étaient noirs, rouges, orange, bleus, transparents ou argentés, aucun n'était le vert acide du sort mortel.
Il y avait, réalisa-t-il, une mécanique dans ce duel. Rogue réagissait alors que Sirius bougeait ou avant qu'il bouge, bloquant ses sorts avec un minimum d'efforts, et avançant, un pas à la fois.
C'est un legilimens, voulait crier Harry. Ferme ton esprit, tu sais comment faire.
Il avait promis. Pas que ça l'aurait vraiment retenu, sauf que l'instinct de Harry lui disait quelque chose, et il avait plutôt bien réussi jusque-là en l'écoutant. Il lui disait de regarder.
Sirius se glissa par la porte, utilisant le mur comme couverture, et Rogue le suivit. Harry jeta un coup d'œil à l'étage, d'où ne provenait aucun son, et décida qu'il était probablement sans danger de les suivre.
Le truc que la plupart des gens ne comprenaient pas à propos des duels était la vitesse à laquelle ils se déroulaient. Le temps que Harry ait traversé les décombres du salon, et se soit interrompu pour réparer un morceau d'un mur qui avait l'air porteur, le duel était terminé.
Rogue était debout devant Sirius gisant au sol, sa baguette pointée droit sur la gorge de Sirius. La baguette de Sirius était introuvable. Le rue était sombre, mais les lampadaires éclairaient le tout d'une lumière jaunâtre.
Ils allaient avoir tellement de problèmes avec le Ministère, pensa Harry malgré lui.
- Transforme-toi et je t'arrache la tête," disait Rogue. "Savais-tu qu'un sorcier attaqué à son domicile a droit à une violence létale en auto-défense ? D'ailleurs, tu pourrais être n'importe qui, avec une utilisation de polynectar. Je pourrais rendre service à la société en t'abattant sur place."
Rogue n'avait pas besoin d'avoir un ton aussi joyeux en disant ça.
Sirius grognait, un son bas, inhumain.
- Tu as pris bien trop de mauvaises habitudes de la part de cette créature pouilleuse que tu appelles ton ami.
Harry ne voulait pas prendre Rogue par surprise, mais il voulait aussi qu'il ait conscience de sa présence. Avec une contraction mentale, il baissa ses protections d'occlumancie. Ça donnait à peu près la même impression que se retrouver à poil, image mentale dont personne n'avait besoin. Il allait devoir tuer Drago. Le frapper, au moins.
Harry croisa le regard de Sirius, et Sirius n'attaqua pas. Il resta immobile, à la place. Bien.
- Te tuer a été un de mes vœux les plus chers depuis si longtemps, Black. Depuis que nous étions à l'école ensemble, et que toi et ta bande de petites brutes aviez décidé que, oui, vous n'aimiez pas ma tête. J'ai rêvé de ça.
- Pourquoi tu ne le fais pas, alors ?" demanda Sirius.
Harry garda son bras droit bas et prêt, baguette serrée dans sa main. Il n'avait pas l'impression que Rogue allait tuer quelqu'un en face de lui, mais ce n'était pas comme s'il pouvait s'appuyer sur des cas existants.
C'était une impression assez stupide, quand on y pensait.
- Je pense," dit Rogue à voix basse, "que peut-être ton ami Lupin a raison. Peut-être que nous avons grandi. Ça m'étonnerait que je t'apprécie un jour, Black, mais… il me semble que je n'ai pas envie de te tuer. Peut-être ai-je déjà vu assez de sang."
Comme Harry avait toujours perçu le professeur Rogue comme quelqu'un resté coincé dans une adolescence perpétuelle, c'était étonnamment mature de sa part. Il était un adulte, après tout. Techniquement.
- Ou alors tu mens et tu sais que Harry se tient derrière toi et que tu n'as aucune chance," dit Sirius, se redressant sur un coude. Il avait une plaie sur le cuir chevelu, et la seule raison pour laquelle Harry arrivait à le voir dans la lumière des réverbères était que le sang coulait lent et sombre sur son front et dans ses yeux. Il leva la main pour l'essuyer.
- Ne bouge pas," ordonna Rogue, et Sirius s'immobilisa. "Tu penses vraiment que sa présence pourrait me dissuader, si c'était ce que je voulais ?"
- Je pense que tu sais qu'il t'aurait déjà neutralisé s'il pensait que tu avais vraiment envie de tuer quelqu'un. C'est un brave gosse, malgré ce que tu essaies de lui apprendre.
- Je demande ta parole que tu ne vas pas attaquer mes méthodes d'éducation, Black, ou je serai forcé de me défendre.
- Tu accepterais ma parole ?
- Je pense que tu veux que Harry pense à toi et à son père comme de héros fiers et droits, défenseurs de la lumière. Le genre d'hommes qu'un brave gosse peut prendre comme modèle.
Harry aurait bien aimé dire qu'il était juste là, mais d'un autre côté, il ne voulait pas qu'ils arrêtent de parler.
- Est-ce que tout va bien ?" demanda la petite vieille dame qui habitait à côté, juste au bord du cercle de lumière, l'air absolument terrifié et parfaitement, merveilleusement courageuse.
Les baguettes de tout le monde disparurent, pas tout à fait par magie, et Rogue se retourna avec élégance, ses robes claquant derrière lui, pour lui sourire.
- Oui, Mme Campbell. Cet homme vient de percuter ma maison avec sa voiture, et nous échangions des informations pour le constat.
Elle regarda Sirius, couché sur les pavés la tête en sang, l'avant de la maison, qui semblait être passé au hachoir, et Severus, très calme dans sa tenue décontractée du soir.
- Où est passée sa voiture, alors, Sev ?
- Je vous demande pardon, Mme Campbell. Mon alibi a besoin d'un peu plus de travail.
- Tu as toujours été une petite canaille," reconnut-elle. "Mais ça ne ressemble pas à quelque chose qui puisse être dissimulé facilement. Que faisais-tu avec ce pauvre homme ?"
- Nous nous disputions.
- Ça, ça se voit," dit-elle. "Bonsoir, Harry. Comment vas-tu ?"
- Je vais bien, Mme Campbell," dit Harry. "Est-ce que vous voulez entrer prendre une tasse de thé ?"
- Oh, allons." Elle regarda à nouveau la maison de Rogue, avec le salon nettement visible et nettement en miettes. "Je ne suis pas sûre qu'il y ait de la place, pour être honnête."
- La structure n'est pas atteinte," la rassura Harry. "Euh. Je veux dire. Peut-être vous avez oublié vos lunettes ?"
Au moins Minerva allait bien. Harry s'était assuré de ça.
- Si tu veux travailler avec le fils d'Eileen, tu dois vraiment apprendre à mentir mieux que ça," dit-elle ."Il a toujours été si doué en la matière."
Harry sentit un sort le frôler, et le regard de Mme Campbell devint distant, avant de se concentrer à nouveau sur lui.
- Je pensez que j'aimerais bien une tasse de thé, Harry, trésor. Personne ne s'attend à voir deux hommes de leur âge se battre ainsi et détruire des choses à cette heure de la nuit. Seigneur, il semble bien tenir de son père…
Rogue et Sirius avaient été en train de discuter à voix basse derrière lui, et Harry entendit la fin quand Rogue haussa un peu la voix et dit :
- Tu ferais mieux d'entrer pour que je voie ce que je peux faire pour cette tête. Tu es capable de me hanter si tu te vides de ton sang.
Harry entra chez Mme Campbell pour prendre une tasse de thé, et essaya de remettre à plus tard tenir de son père.
