Merci d'avoir lu le chapitre précédent, merci pour vos commentaires qui me font chaud au coeur !


Chapitre 16

Une nuit blanche à quarante ans n'avait définitivement pas le même impact qu'une nuit blanche à vingt ans. Bien qu'il eût convenablement dormi la nuit suivante, Nagato sentait encore la fatigue tirer sur ses muscles, raidir sa nuque et lui brûler les yeux.

Il était arrivé relativement tôt au bureau et c'était déjà la quatrième tasse de café qu'il buvait, comme si même la caféine était impuissante face au retard de sommeil qu'il avait accumulé le week-end.

Il n'avait pas pu résister : Zetsu l'avait appelé pour lui demander s'il était partant pour tester un nouveau jeu. La solitude était peu à peu en train de peser sur ses nerfs. S'il s'était habitué aux week-ends sans sa fille, les moments où Itachi désertait l'appartement pour aller il ne savait où – et il ne posait pas de questions, ça ne le concernait pas vraiment – tombaient toujours lourdement sur son moral, déjà bien entamé par la procédure de divorce. Alors il avait accepté la proposition de son ami et ils avaient passé la nuit – et une bonne partie de la matinée – à s'amuser ensemble à un jeu d'infiltration. Il était rentré pile à temps pour le retour de Mikan, Yahiko se chargeant toujours de faire l'intermédiaire entre les deux futurs divorcés.

Il avait fait un cauchemar, cette nuit-là, qui l'avait tiré du lit, le laissant incapable de se rendormir alors que ses membres étaient encore engourdis de sommeil, le genre de mauvais rêves qui le faisaient cogiter pendant des heures. Quand il avait finalement décidé qu'il était temps d'aller préparer le petit déjeuner, il avait croisé Itachi dans les couloirs, toujours aussi mal réveillé et grognon, qui avait accepté de lui adresser la parole dès le matin pour dire qu'il avait une sale tête, phrase dont il aurait aisément pu se passer.

Cependant, se dit-il en s'observant dans la vitre de la porte de son bureau, il ne pouvait pas vraiment donner tort à son colocataire, compte tenu des cernes violacés qui dévoraient le haut de son visage.

Il sortit, donc, tasse en avant, dans la ferme intention de camper un peu dans la salle de pause qui était plus lumineuse que son bureau – et qui avait du café et des petits gâteaux, ce qui était un plaisir accordé par les filles de la comptabilité à l'ensemble des unités.

Il pénétra dans la pièce, s'étira longuement le temps que le liquide qu'il avait versé chauffât et se prit un doigt dans les côtes qui le fit protester.

— Hé, c'est pas sympa, ça, rétorqua-t-il avec toute la fougue qu'il put. Ah, c'est toi, Kakashi…

L'homme le dépassait et sa tenue d'intervention à moitié équipée lui donnait une stature bien différente de celle que présentait Nagato, dans son costume à la chemise légèrement froissée.

— Salut, Nagato, le week-end a été court, à ce que je vois.

Le micro-ondes confirma d'un bruit strident et Nagato l'ouvrit pour l'interrompre, attrapant sa tasse qui fit sourire Kakashi – elle clamait « Le meilleur papa du monde c'est Papa ».

— Et le tien ?

Lorsqu'il prononça cette phrase, il lui sembla que même les cheveux de Kakashi perdirent de leur enthousiasme. Ce dernier prit sa place devant le micro-ondes, y glissant à son tour une tasse – beaucoup moins cool que la sienne, bien évidemment.

— J'ai dû revendre mes entrées pour le Salon de l'Érotisme. On est sur le pied de guerre, ces temps-ci. Yahiko t'a rien dit ?

— Tu sais bien qu'il ne sort pas d'infos confidentielles, nia Nagato, recevant en retour un regard sceptique.

Indifférent à cette œillade, l'inspecteur attrapa un morceau de gâteau au citron et mordit dedans, alors que Kakashi s'appuyait sur le meuble bas de la cuisine.

— Donc Yahiko ne t'a probablement pas dit qu'on a retrouvé des cadavres, ces derniers mois, il semble y avoir un regain d'activité du côté de la pègre.

— Il ne m'a pas montré le dossier, en effet, confirma Nagato en fronçant les sourcils. Vous avez besoin d'un coup de main ?

— Tu peux rien faire, asséna Kakashi avec un rien de pitié dans la voix. Personne peut rien faire, on se contente de ramasser les cadavres. Notre meilleure chance, c'était Obito.

Nagato grimaça sous le ton de Kakashi sans pouvoir s'en empêcher. Un silence plana entre eux, pesant, durant lequel Kakashi attrapa sa tasse dans le micro-ondes, soufflant sur le liquide brûlant.

Même avec Obito, leurs chances étaient déjà maigres. Le réseau mafieux qu'ils essayaient de faire tomber avait tissé ses liens si profondément partout dans le pays et l'homme à son commandement était si brillant qu'ils ne pouvaient rien faire contre lui.

Finalement, Kakashi secoua la tête, laissant un sourire triste ourler ses lèvres.

— J'ai appris pour ton divorce.

Nagato grogna sourdement, roulant des yeux.

— Ben ça aussi, j'aimerais que ce soit vite fini, j'en ai marre, là.

— Le célibat, c'est bien, ponctua Kakashi en se décollant du meuble. Tu verras, tu seras un homme neuf. Mais d'après tes cernes, tu commences déjà à te rappeler ce que c'est !

Nagato protesta avec plus de vigueur, se forçant à être plus enjoué.

— J'ai passé la nuit avec Zetsu.

Kakashi cligna des yeux, avant de rire :

— Formulé ainsi, ça prête à confusion.

Rosissant, Nagato secoua la tête.

— Uniquement dans ton esprit tordu, on a passé la nuit sur un jeu vidéo, retourne bosser !


— Monsieur Uchiha, héla Asuma en voyant Itachi passer l'entrée de l'immeuble tout seul, un mot, je vous prie !

Surpris, Itachi ralentit l'allure, s'arrêtant devant le concierge, lui adressant une œillade interrogatrice quand il lui fit signe de pénétrer dans la loge directement.

Il contourna donc le comptoir pour s'approcher de la porte qu'il poussa doucement, saluant de plus près le gardien. Ce dernier exhala avant d'ouvrir un des tiroirs de son bureau, saisissant un paquet d'enveloppes.

— Je sais que ce sont des courriers qui font partie de ceux que je suis censé filtrer, mais…

Il tendit le tas en pinçant les lèvres et, un sourcil haussé, Itachi tira le premier papier, puis le second, et ceux qui suivaient, les examinant sans paraître éprouver la moindre inquiétude. Finalement, il les replia une à une, les remit dans leurs enveloppes et les posa sur le bureau en lançant une œillade perplexe à Asuma :

— Et alors ?

— Je suis inquiet, avoua Asuma en mâchouillant son bâton de réglisse.

Itachi haussa les épaules.

— Jetez-les. Ce n'est pas la première fois que je reçois des menaces de ce genre, ça ne m'effraie pas.

Se retenant de plaquer violemment sa main sur le bureau, Asuma fit changer son bâton de réglisse de côté d'un coup de langue, croqua un peu plus fort.

— Ne soyez pas si désinvolte, je vous en prie. J'aimerais en toucher deux mots à l'inspecteur Uzumaki, si vous le permettez.

— Je ne le permets pas, explicita Itachi en reculant d'un pas pour se diriger vers la sortie. Ne faites pas ça. Ne lui parlez pas de ce genre de choses. Jamais.

Asuma fronça les sourcils devant l'éclat de panique qu'il y avait dans la voix du propriétaire de l'appartement 1301. C'était rare de voir cet homme-là céder autant à une émotion, lui qui était maître de lui-même en toute circonstance. Le gardien écarquilla les paupières quand il réalisa.

— Il ne sait pas, murmura-t-il avec effroi.

— Non et c'est très bien comme ça. Si vous l'informez des menaces, vous devrez lui parler du reste et je ne veux pas.

Itachi se força à arrêter de paniquer, scrutant le hall d'entrée, visible depuis le bureau du gardien, la salle de l'ascenseur vide. Ils étaient seuls.

— Quand j'habitais dans mon ancien appartement, j'ai reçu des tonnes de lettres de menace et je n'ai jamais eu le moindre souci. Je suis sûr que vous vous en faites pour rien. Je vous remercie pour votre sollicitude. Mais je vous en prie, ne dites rien à Nagato. Vous allez me mettre dans une situation que je ne veux pas vivre maintenant et vous allez l'inquiéter. Il a suffisamment de tracas pour l'instant. Je ne veux pas être une source de préoccupation supplémentaire.

Asuma soupira avec force.

— C'est mon job de me soucier de votre sécurité, tenta-t-il, en vain.

Itachi secoua de nouveau la tête en portant ses yeux sur les lettres.

— Détruisez-les, ordonna-t-il. Et n'en parlons plus. Il ne m'arrivera rien.

Il sortit sans ajouter un mot et Asuma resta longuement à observer l'endroit où il avait disparu, saluant mollement la propriétaire de l'appartement 0702.

Il lui fallut une demi-heure supplémentaire pour trancher dans son dilemme et choisir d'en parler à l'inspecteur Uzumaki. Tant pis, pensa-t-il.

Pourtant il se rétracta, quand le policier passa la porte avec Mikan, la petite fille s'approchant de lui pour déposer sur son comptoir un joli dessin qu'elle avait fait pour lui. Il la remercia gentiment en s'empressant de l'accrocher au mur derrière lui, pour la voir sourire avec joie, puis il jeta un regard au père de famille qui avait vraiment l'air lessivé.

Peut-être qu'Itachi avait raison et qu'il valait mieux ne rien dire.

— Bonsoir, Asuma, votre journée était bonne ?

— Excellente, monsieur, rien à signaler, mentit-il avec un rictus alors que Mikan atteignait l'ascenseur. Comment était la vôtre ?

— Fatigante. J'imagine qu'Itachi est déjà rentré.

— Oui, monsieur, il y a environ trente-quatre minutes.

Nagato éclata d'un rire sincère.

— Je vous remercie, passez une bonne soirée !

Il n'était pas nécessaire d'alerter l'inspecteur tout de suite, se força à croire Asuma. Il avait la situation sous contrôle pour l'instant. Il adressa un signe de la main à Mikan, avant de mordre, pensif, dans son bâton de réglisse.

Si jamais il sentait que la pente devenait vraiment glissante, ordre d'Itachi ou pas, il en parlerait à Nagato.

Fier de sa résolution, il décrocha le téléphone de la réception qui sonnait, afin de rassurer la propriétaire de l'appartement 0201 qui se demandait combien de temps encore dureraient les travaux de son voisin du dessous, se complaignant des heures indues auxquelles il faisait vibrer les murs.


Le hurlement de joie de Mikan résonna si fort dans l'appartement qu'il arracha de leur sommeil les deux adultes qui dormaient plus ou moins profondément et le bruit de la cavalcade sur les marches tira un grognement outré à Itachi, au fond de son lit, « cours pas dans les escaliers, Mikaaaan », qu'il étouffa sous un coussin en virevoltant sous les couettes chaudes pour tenter de se rendormir. La fraîcheur de l'air mordait les quelques morceaux de peau qui avaient eu le malheur de s'échapper de la couverture et il se recroquevilla davantage, parfaitement réveillé, tendant l'oreille à l'agitation de l'enfant.

Loin derrière sa porte, Mikan franchissait celle de la chambre de son père en scandant « PAPA, IL NEIGE ! IL NEIGE ! IL NEIIIIIIIGEUH ! », ponctuant chaque phrase par un saut sur le lit, esquivant miraculeusement l'homme qui peinait à sortir convenablement de son sommeil.

— Faut qu'on aille faire un bonhomme de neige, s'extasia la petite fille en cessant de sauter sur les couvertures, pour s'y agenouiller et secouer longuement Nagato.

Il soupira, ses yeux dépassant à peine de la couette. Il les porta sur Mikan qui le remuait toujours, puis il finit par se redresser pour l'attraper et la chatouiller.

— Dis donc, grommela-t-il, petite chipie, t'arrêtes de m'embêter ?

— Nan, protesta-t-elle en riant. Je veux aller jouer dans le jardin tout de suite !

Elle se calma cependant, et Nagato tendit la main vers son réveil.

— Il n'est même pas huit heures du matin, se plaignit-il, non, on ne va pas dans le parc de suite. Tu dois faire tes devoirs avant de partir chez Maman, de toute façon.

— Mais c'est trop nul, les devoirs, bouda-t-elle en lui jetant un regard de chiot abandonné sous la pluie.

Courageusement, il résista, se redressant dans son lit pour lisser les plis que le sommeil avait laissés dans ses cheveux, puis il se tourna vers sa fille.

— Quand tu auras fini tous tes devoirs et si, je dis bien si ton sac est prêt pour partir chez Maman, alors on ira faire un bonhomme de neige.

— OUIIII !

Elle sauta à bas du lit et se précipita hors de la pièce en ajoutant « je vais faire le petit déjeuner » et il fallut quelques secondes à Nagato pour se redresser, parfaitement éveillé et s'élancer à la poursuite de sa fille, se prenant les pieds dans sa couette qui avait glissé un peu sur le sol.

Dans le couloir, il manqua de percuter son colocataire, lui aussi arraché au confort de son matelas et à la chaleur de ses couvertures par les manifestations de joie de Mikan.

— Pardon, lança-t-il rapidement avant de continuer sa course. Mikan, laisse-moi faire, je vais préparer !

Il descendit les quelques marches pour découvrir sa fille qui, les bols à la main, commençait à dresser la table.

— Mais je veux t'aider, Papa, répondit l'enfant.

— Bon d'accord.

De toute façon, c'était difficile de lui dire non, alors qu'elle semblait si concentrée dans sa tâche, transportant une bouteille de jus d'orange qu'elle était obligée de tenir de ses deux bras. Il sourit et glissa une main dans ses cheveux, avant de s'atteler à la préparation du premier repas de la journée en jetant régulièrement des coups d'œil à ce qu'il se passait un peu plus loin.

Mikan essaya d'expliquer à un Itachi peu réceptif qu'il avait neigé toute la nuit et que c'était tout blanc partout et le propriétaire de l'appartement tourna un regard fatigué vers la terrasse pour constater que l'enfant avait raison. Avec un soupir las, il frotta ses yeux et les reporta sur Nagato qui, derrière les fourneaux, s'échinait à leur préparer un repas.

Pour se montrer aussi courageux que son colocataire, Itachi se força à prendre la parole pour répondre à Mikan afin qu'elle consacrât toute son excitation sur lui.

— Oui, je vois ça, c'est tout blanc.

Ça suffit à l'enfant pour babiller tant et si bien qu'elle fit la conversation toute seule pendant tout le repas, ses phrases étant uniquement ponctuées par de vagues grognements émanant d'Itachi.

Ils sortirent dès qu'elle eut terminé ses devoirs, après le déjeuner, comme promis par Nagato, d'abord que tous les deux. Ils firent un bonhomme de neige et prirent un long moment pour le parfaire. Itachi finit par les rejoindre, enveloppé dans un épais manteau et une écharpe rouge vif.

Chaque fois qu'il respirait, de la buée venait se mettre sur les verres de ses lunettes et il regretta à mi-voix d'être descendu, avant de contempler le bonhomme de neige avec un sourire moqueur.

Il n'eut cependant pas le temps de critiquer l'homme de glace, Mikan ayant récupéré de la neige pour entamer une bataille qui perdura bien après l'heure du goûter. Personne ne sut déterminer qui avait réellement gagné cette bataille qui était devenue très inégale quand Asuma et sa fille s'en étaient mêlés, attirés par les rires et les cris qui émanaient du parc de la résidence.

Quand ils remontèrent, ils étaient tous les trois trempés, fatigués et souriants.

L'enfant finit par s'endormir devant un dessin animé, rapidement suivie dans sa sieste par Itachi et Nagato les observa un long moment, s'attendrissant face au spectacle qui lui mettait un baume au cœur incroyable.

Finalement, baissant les yeux, il se souvint que c'était peut-être une des dernières fois qu'il pouvait voir un tel spectacle. Un sourire triste plus tard, il dégaina son portable pour saisir l'instant et le garder près de lui.


Cette fois-ci, Nagato était plus que prêt, statique devant le tribunal, le regard haut, les yeux balayant la rue avec calme. De ses chaussures cirées avec soin aux gants qui affinaient ses mains et les rendaient bien plus jolies qu'elles ne l'étaient, de son manteau trois-quarts à ses vêtements merveilleusement choisis, il avait laissé Itachi lui élaborer une tenue de tribunal en accord avec leur ligne de défense.

Il s'était une fois de plus trouvé plutôt charmant le matin même.

De la vapeur d'eau s'échappait doucement d'entre ses lèvres alors qu'il observait le décor chargé de gel. Il avait laissé de quoi se changer au bureau. À présent, il attendait Yahiko – qui devait venir pour l'épauler – et son avocat. Tenten l'avait prévenu qu'elle ne pourrait pas être présente, en raison d'un examen important à son école de droit, mais qu'elle avait donné des fiches détaillées à Ebisu pour qu'il ne bafouillât pas trop. Elle lui avait juré qu'ils avaient paré à toutes les éventualités et, compte tenu de la sacoche bombée d'Ebisu, il la croyait sur parole.

L'avocat s'approchait en compagnie de Yahiko et les deux semblaient silencieux, ce qui se confirma quand ils apparurent près de lui. Son défenseur avait pris le soin de passer sa robe avant d'arriver à proximité du tribunal, s'épargnant ainsi l'humiliation cuisante de la première audience, ayant sûrement appris de son erreur et cela rassura quelque peu Nagato, pendant que son meilleur ami s'avançait vers lui en lui tendant un sourire appréciateur lorsqu'il examina sa tenue.

— Je ne suis pas venu seulement en soutien rapide, je serai présent dans la salle, annonça-t-il.

Étonné, Nagato lui porta une œillade inquiète, saluant au passage son représentant qui semblait très blanc, mais vaillant. Le policier imagina qu'il devait être angoissé de devoir plaider contre un avocat à la renommée de Maître Onoki Ryôtenbin et il ne pouvait pas lui en vouloir.

— Pourquoi ?

— Ordre du commissaire, trancha Yahiko avec une œillade entendue.

Hochant la tête, rassuré, Nagato se tourna vers Ebisu.

— Ça va aller, Maître ?

Soufflant lentement, Ebisu leva le regard sur son client.

— Ça va aller.

Les trois hommes pénétrèrent dans le tribunal, les semelles de leurs chaussures crissant sur les mosaïques de carrelage travaillées avec soin. Ils se dirigèrent avec calme vers la salle d'audience numéro 3 et, arrivé à proximité, Nagato saisit son meilleur ami par le coude pour lui sourire.

— Maman demande si tu veux passer Noël avec nous, elle dit que son second fils lui manque.

— Je ne sais pas, hésita Yahiko, je serais peut-être en service ou…

Son regard tomba sur la silhouette de Konan qui attendait près de son avocat et il se tut, s'installant face à elle, alors que Maître Ryôtenbin dévisageait l'homme avec étonnement. Il héla l'avocat de Nagato pour lui demander pourquoi il y avait une troisième personne qui n'était pas son assistante et Ebisu s'étrangla avec sa salive, hésitant à porter la main à ses fiches pour y trouver une réponse. Ce fut Yahiko qui répliqua d'un sec « ordre de la hiérarchie » et Maître Ryôtenbin se tourna vers Konan, un peu surpris. Finalement, il se réinstalla confortablement, ponctua son mouvement d'un « ça ne change rien, de toute façon ». La seule femme en présence leva les yeux vers son ex-mari en lui tendant un demi-sourire frustrant, mais il ne s'agita pas de nervosité.

Il était confiant. Ils étaient préparés à toutes les saloperies qu'elle pourrait sortir.

Le juge arriva rapidement, saluant son ami, puis les autres personnes présentes et tous entrèrent dans la salle. Comme lors de la première audience, Konan et son avocat s'installèrent à gauche, Nagato et les siens allèrent à droite, Yahiko se mettant derrière Nagato et son représentant. Le juge prit sa place et le greffier vint en traînant avec lui un meuble sur roulettes, visiblement demandé par Maître Ryôtenbin.

Avant d'ouvrir la séance, Hiruzen Sarutobi examina l'accessoire, portant un regard surpris sur son vieil ami Onoki.

— As-tu décidé d'innover ?

— Ce sont tes dernières affaires, je te promets de les rendre inoubliables et peu conventionnelles.

Hiruzen esquissa un sourire avant de se tourner vers le greffier.

— Commençons. Qui est la tierce personne ? demanda-t-il après les formulations d'usage.

Yahiko se leva, s'inclinant légèrement devant le juge, puis le greffier.

—Yahiko Nakamura, mandaté par le commissaire Hanzô Sanshôuo. Je suis présent pour m'assurer que rien de classé ne sera révélé pendant ces audiences.

Il se rassit dès qu'il obtint l'accord du magistrat, nota rapidement le trouble de l'avocat de Konan en espérant que ça jouerait en la faveur de son ami.

Il avait essayé de convaincre le commissaire qu'il n'était pas la personne la plus compétente pour assister à tout ça, qu'il valait mieux envoyer Kakashi, ou Tenzô, mais pas lui. Son chef n'en avait pas démordu. En tant qu'ancien coéquipier de Nagato, en tant que frère d'armes, personne de plus au courant que lui ne pouvait pénétrer dans cette salle, ils savaient tout des missions respectives de l'un et de l'autre et pouvaient ainsi empêcher toute divulgation d'informations classées.

Ebisu s'agita et ouvrit son dossier, Nagato retira son manteau pour se mettre à l'aise, s'attirant un regard de Konan qui évalua sa tenue en dressant un sourcil moqueur. Maître Ryôtenbin se leva, prit une respiration, puis il s'avança, la robe virevoltant.

L'audience commença.


À bientôt !