Thème du jour : Eau

Contexte : AU S7


« Nous avons réussi à le capturer, Votre Majesté. »

Tyrion garde la tête baissée alors que les soldats de Cersei le jettent au pied du Trône de Fer.

« Et Ser Jaime ? »

Silence.

« Parlez. »

Sa voix est froide et brûlante à la fois, tout ça ressemble bien trop à une tempête de feu grégeois pour que Tyrion ne frissonne pas.

« La... la reine dragon l'a capturé. »

Il se demande si le hurlement de rage et de désespoir que pousse Cersei est réel ou s'il n'est que le fruit de son imagination.

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« Je devrais te tuer. »

Tyrion n'a pas le temps d'avoir peur : des gardes l'entraînent hors de la salle du trône et le jettent dans une cellule.

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Peut-être qu'elle va me laisser mourir de faim, songe t-il en observant tristement son verre d'eau. L'arôme du vin n'est déjà plus qu'un lointain souvenir et Tyrion est certain qu'il ne reverra plus jamais la lumière du soleil.

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Deux jours plus tard, alors que des crampes douloureuses lui déchirent l'estomac, les gardes l'attrapent sans aucune délicatesse et le poussent à travers les couloirs, quand bien même il est si faible qu'il manque de tomber à plusieurs reprises. Il a la tête qui tourne et se dit que c'est peut-être l'idée que Cersei se fait d'une exécution, le forcer à marcher jusqu'à ce qu'il effondre et agonise dans un silence assourdissant.

Tyrion ne réalise pas que les gardes l'ont conduit jusqu'à la chambre de Cersei jusqu'à ce qu'ils ouvrent la porte et le forcent à y entrer.

« Le voilà, Votre Majesté. »

Mais Tyrion ne voit pas Cersei : il ne voit que la table devant laquelle elle est assise et toute la nourriture qui est posée dessus.

« Approche, » dit-elle sans le regarder.

Il s'assoit en face d'elle et seul le bon sens l'empêche de se jeter sur la nourriture comme un vulgaire chien errant.

« Mange. »

Elle garde les yeux tournés vers la fenêtre, refusant toujours de le regarder. Cherche t-elle à l'empoisonner ?

Mieux vaut ça que mourir dans cette cellule.

Manger ne lui a jamais semblé aussi délicieux et il manque plusieurs fois de s'étouffer. Lorsqu'il est finalement repu, il s'affale contre le dossier de sa chaise, somnolent.

« J'ai proposé un échange à cette catin aux cheveux d'argent. »

Lorsqu'elle braque finalement sur lui ses émeraudes, il se sent trop épuisé pour trembler.

« Toi contre Jaime. »

Lorsqu'il la voit serrer les dents, Tyrion comprend immédiatement quelle a été la réponse de Daenerys.

« Elle a refusé. »

Tyrion sent une boule se former dans sa gorge et pour la première fois, le masque d'impassibilité de Cersei se fissure légèrement.

« Que va t-elle lui faire ? »

Dracarys.

Ce simple mot met le feu à son esprit comme à son cœur.

« Je... je l'ignore, » admet-il.

Jaime a bien trop de valeur pour qu'elle le tue immédiatement mais Jaime est aussi celui qui a assassiné son père, celui qui a mis à mort la glorieuse dynastie Targaryen.

Cersei se tord les mains, rongée par l'angoisse.

« J'ai pensé à lui répondre que je te tuerai si elle ne libère pas Jaime, » lâche t-elle.

Une pierre lui tombe dans l'estomac.

« Ne me renvoie pas dans cette cellule, » bredouille t-il. « Je t'en prie. Tue-moi maintenant mais ne me laisse pas croupir là-bas. »

Tous les deux savent que la mère des dragons n'acceptera jamais de relâcher leur frère. Cersei laisse échapper un rire amer.

« A quoi bon ? Je doute que ta reine se soucie particulièrement de savoir si tu vis ou si tu meurs. »

Ça fait mal. Ça fait même très mal, sans doute parce que c'est peut-être vrai.

« Que vas-tu me faire, alors ? »

Elle le fixe longuement de son regard perçant.

« Tu m'as trahie quand tu t'es mis à son service et quand tu l'as amenée à Westeros. »

« Et toi, tu m'as trahi quand tu m'as accusé d'un meurtre que je n'avais pas commis. »

Silence.

« Je vais te laisser choisir, Tyrion. Tu peux rester fidèle à cette catin que tu appelles reine... »

Elle croise les mains sur la table.

« Ou tu peux rentrer dans le droit chemin et m'aider à récupérer Jaime. »

Cersei ne le quitte pas une seule seconde des yeux et il se demande si l'hésitation est perceptible dans ses prunelles vertes – les mêmes que celles de sa sœur.

Les mêmes que celles de Jaime.

« Je l'ai aidée parce que tu m'as repoussé. Parce que tu n'as jamais voulu de moi. »

Sa voix se met à trembler. Pourquoi devrait-il trahir une femme qui l'a accepté et a fait de lui sa Main pour une autre qui le voulait mort ?

Quelques secondes passent.

Finalement, Cersei repousse le verre d'eau qu'il n'a qu'à moitié bu, remplit un autre verre avec du vin et le lui tend.

Lorsqu'il le saisit, leurs doigts se frôlent. Tout ça lui rappelle l'époque où Jaime était loin d'eux, où ils n'étaient plus que tous les deux à Port-Réal.

Le temps où, parfois, juste pendant quelques minutes, ils parvenaient à s'entendre.

Tyrion boit une gorgée de vin, puis deux, et trois, jusqu'à vider son verre.

« Alors ? Comment comptes-tu récupérer Jaime ? »

Cersei sourit.