Kirua était détruit, complètement détruit.

Des larmes qu'il refusait de laisser couler brouillaient sa vue.

Du sang s'échappait de sa lèvre supérieure, ouverte.

Il s'en fichait, ne prit même pas le temps de l'essuyer.

La pluie n'aidant en rien sa vue, il rentrait chez lui.

Cela aurait dû être une phrase habituelle.

Le début d'une routine qu'il affectionnait.

Rentrer, se changer, méditer sur la journée, ouvrir la fenêtre, attendre Gon, discuter avec et dormir.

Mais l'univers en a voulu autrement ce soir-là.

Il poussa la porte de chez lui, trempé jusqu'aux os.

Il n'adressa la parole à personne malgré les questions plus ou moins inquiètes que lui posaient ses proches sur son état lamentable.

Une fois dans sa chambre, il claqua la porte.

Et ce fut l'explosion.

Il lança son sac à l'autre bout de la chambre.

Le geste était tellement violent que l'objet heurta l'écran de sa télé et le cassa.

Chaque parcelle de son être n'était plus que haine.

De la haine pure, contre le monde entier, tout le monde était coupable de son malheur.

Son corps endoloris le lançait mais il s'en foutait.

Ce qu'il voulait s'était détruire, n'importe quoi.

La souffrance lui broyait le cœur.

Il voulait laisser sa colère exploser.

La sortir de son corps d'une façon ou d'une autre.

Il pourrait buter quelqu'un s'il le fallait.

La rage qui lui enserrait les entrailles était tellement intense qu'il hurla.

Un hurlement digne d'un fou ou d'une personne en train de se faire poignarder.

Au diable les voisins, qu'ils aillent tous enfer.

Les meubles valsèrent bientôt partout dans la pièce.

Il cassa tout mais sa colère ne descendit pas.

C'était si injuste, pourquoi le monde s'acharnait ainsi sur lui ?

Était-ce un crime d'être différent ?

Était-ce un putain de crime d'aimer ?

Pourquoi à chaque fois qu'il trouvait le bonheur, on le lui arrachait ?

Qu'avait-il fait dans une autre vie pour être aussi malheureux dans celle-là ?

Ses réflexions alimentaient sa colère.

Il détruisit l'ensemble de sa chambre.

Alors qu'il frappait le mur, son bracelet entra dans son champ de vision.

Il était un peu sale et couvert de sang.

Mais il se souvenu de celui qui le lui avait offert.

Gon...

Gon...

Tout ça, c'est de sa faute.

C'était à cause de lui qu'il s'était fait agressé.

C'était sa putain d'idée d'aller à la plage

C'était à cause de lui si des mecs de sa classe les avaient pris en photo.

C'était à cause de lui qu'il avait vécu l'enfer ce matin.

Il le haïssait présentement mais il se haïssait surtout lui-même.

Il se détestait d'être tombé amoureux d'un mec, il se détestait d'être un putain de faible.

Une pédale.

Son poing heurta le mur avec plus de violence, y laissant un trou.

S'il n'avait pas rencontré ce garçon, sa vie aurait été plus simple.

Il ne se serait préoccuper que de lui-même.

Il aurait été seul c'est vrai cependant il n'aurait pas eu à souffrir pour quelqu'un d'autre.

Je t'aime.

Et pourtant, il aimait Gon à en mourir.

Il n'arrivait même pas à retirer ce foutu bracelet de son poignet et à le détruire comme le reste.

Il y tenait trop.

Il était faible.

Faible pour Gon.

Faible pour l'amour.

La rage fit place à la tristesse.

Il se sentait à bout.

La douleur de son corps le rattrapa.

Le sol se rapprochait lentement.

Il pleurait.

De tristesse, de rage, de désespoir...

Il frappait le sol en de petits coups, c'était insoutenable.

Il en avait marre.

Marre de cette douleur insupportable qui écrasait ses boyaux.

Toute cette peine qui serrait son cœur fit redoubler ses larmes.

Putain...

Une sonnerie lui fit relever la tête.

Son téléphone, partiellement détruit, sonnait à un mètre de lui.

La photo du contact lui fit péter les plombs.

Lui...

"- Allô ?

- Allô Kirua ? Tu vas bien ? Je t'ai entendu hurler. Tu-

- Je...

- Kirua ?

- Je te hais."

Il fallait que ça sorte.

Le front contre le sol, il n'en pouvait plus.

Sa haine le contrôlait.

"- Je te hais ! Tu m'entends? Je regrette tout. De notre putain de rencontre à ce que tu as fait de moi, je te déteste ! Tu as bousillé ma putain de vie. Je te hais de tout mon cœur Gon. Je veux... Je veux que tu disparaisses de ma vie !"

Il lança le téléphone contre le mur.

L'objet éclata en plusieurs morceaux dans un craquement déchirant.

Les larmes dévoraient son visage et trempaient le sol.

Il voulait mourir et entraîner la terre dans sa chute.

"- Grand frère ? "

Kirua avait coupé l'appel.

Le bip lui fit tourner la tête.

Il venait de...de le quitter ?

Alors toute leur histoire était fausse ?

Il le haïssait depuis le début ?

Tu as bousillé ma vie !

Qu'avait-il fait de si grave ?

Gon n'arrivait plus à penser de façon cohérente.

Kirua le détestait.

Il le haïssait même.

Il ne l'avait jamais aimé.

Mais qui pouvait l'aimer ?

Il n'était qu'une erreur après tout.

Qui pouvait aimer quelque chose comme lui.

Une putain d'erreur.

Je veux que tu disparaisse de ma vie !

Oh ça il pouvait le faire.

Il intoxiquait la terre de sa simple existence.

Kirua ne l'aimait pas.

Il s'était fait des illusions.

Il avait été stupide.

Mais tellement stupide.

Il rit de sa propre connerie.

Comment avait-il pû penser qu'il serait heureux ?

Qu'il avait trouvé quelqu'un qui l'appréciait pour de vrai, qui l'adorait même ?

Tout était faux, complètement faux.

Plus rien ne le retenait.

Je te hais !

Je regrette tout.

Ses yeux dorés étaient maintenant vides, noirs.

C'était la fin.

Je veux que tu disparaisses de ma vie.

Il allait mourir pour sa propre connerie.

Je te hais !

Il ne l'a jamais aimé.

Personne n'aime les démons.

Il quitta son lit et alla verrouiller la porte de sa chambre.

Je te hais.

Gon était vide.

Il pouvait entendre le bruit de son cœur qui se fissurait.

Lentement mais sûrement, les morceaux se décrochaient petit à petit.

Je te hais.

Son regard éteint se posa sur l'une des nombreuses fleurs qui habitaient sa chambre.

Je veux que tu disparaisses de ma vie.

La plante avait tourné au violet, deux jours plus tôt.

Colchiques d'automne.

Bon timing.

Quelle ironie.

Je te hais.

Il se saisit de la lame avec laquelle il s'était détruit tant de fois.

Elle signera sa fin.

Je te hais.

Il ne réfléchit pas plus, sa décision déjà prise.

Il coupa l'une des fleurs.

Elle libéra son venin.

Je veux que tu disparaisses de ma vie.

Il mit le nectar mortelle au-dessus de sa tasse au liquide encore fumant.

Je veux que tu disparaisses de ma vie.

Le poison translucide se fondit dans la blancheur immaculée de son lait.

Comme s'il n'y avait rien mit.

Je te hais.

Il retourna sur son lit, le cœur en miettes.

La douleur était tellement forte qu'il n'arrivait pas à bien la ressentir.

Il avait l'impression que son âme avait quitté son corps.

Bientôt, les larmes dégoulinèrent de ses yeux jusqu'au sol de sa chambre.

Pourquoi fallait-il qu'il vienne au monde ?

Dans une dernière impulsion, il saisit un stylo et un papier quelconque.

Il y nota quelques mots, frénétiquement.

Les derniers que lui dictait son cerveau.

Il plia le papier et le mit dans la boîte.

Dans leur boîte.

Ce n'était pas une lettre de suicide non.

Plutôt un au-revoir.

Il allait s'endormir et se réveiller dans un monde où tout ira mieux.

Un monde qui l'aimait pour de vrai.

Il sera seul mais peu importe.

Même dans ce monde, il continuera de l'aimer.

Kirua pouvait bien le détester dans cette réalité mais dans le monde où il va, il vivra leur amour tout seul.

Je te hais.

Je t'aime.

Il ne l'oubliera jamais, sa camélia à lui.

Le lait brûla sa gorge un instant.

Celui d'après, son cœur battait plus lentement.

Il enroula l'écharpe mauve que celui qu'il aimera à jamais lui avait offert.

Son nez se colla au tissu.

Il se sentait partir.

Son âme se détachait vraiment de son corps.

Ses muscles le lâchèrent un à un.

Il flottait.

C'était comme si son corps flottait dans l'eau.

Le seul son qu'il percevait était son cœur qui battait de plus en plus lentement.

Il s'arrêtait.

Tout s'arrêtait.

Si sa disparition pouvait rendre Kirua heureux alors soit.

Il partait en paix.