Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.

Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans appartiennent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.

Merci ma petite femme d'écriture de me soutenir encore et toujours, peu importe ce que je te fais endurer ^^'

Voilà, le chapitre 13 est publié ! Avec un petit bon dans le temps, puisque nous arrivons en 1941 ! Bonne lecture, j'espère que vous aimerez ce chapitre !

Chapitre 13 : Le Cercle Soft

« Mais même si nous réfléchissons à un moyen d'empêcher ça d'arriver, il y aura des gens sur notre chemin. Si je dois devenir un meurtrier ainsi soit-il. Leurs opinions à mon égard ne changeront pas. Mais plutôt que d'être dévoré par un Titan, je me battrai jusqu'au bout. »
- Caporal-Chef Livaï Ackerman, épisode 25 de SNK.

Musiques du chapitre : Trigger – Deaf Havana Something Wild – Lindsey Stirling. Name of Love - Cinema Staff.

22 décembre 1940, quelque part dans un village de la zone occupée, France.

Noël approchait à grands pas. Dans les rues, les habitants rentraient chez eux, pressés par le couvre-feu. Ils fermaient leurs portes à double tour, sous les regards sombres des soldats postés dans le village.

Scrutant l'extérieur par la fenêtre fermée, un homme âgé, installé dans un fauteuil roulant, fumait un cigare à l'odeur entêtante. Posté depuis le matin, il comptait attraper les petits voyous qui abimaient son mur en lançant des cailloux et des œufs contre la façade.

Subitement, il remarqua des mouvements suspects un peu plus loin, dans une ruelle adjacente. Il fit avancer son fauteuil vers la porte d'entrée, glissant sur le bois vieilli au sol. Appuyant sur la poignée, il attendit d'entendre suffisamment de bruit pour ouvrir d'un coup le battant, se retrouvant face à deux enfants aux airs sournois, des œufs dans les mains. Les deux gamins, pris sur le fait, affichaient une mine coupable, s'écartant en se protégeant de leurs mains et en riant dans leur barbe.

- Ben alors, le vieux, vous pouvez pas vous lever ? C'est pas très poli ça, de rester assis !

Le plus âgé, qui venait de parler, frappa l'épaule de l'autre qui se redressa et ouvrit la bouche, prêt à se moquer à son tour. Chose qu'il ne put faire, puisque le vieux avait à nouveau avancé, attrapant au passage sa carabine posée dans l'entrée.

- Ecoutez-moi bien, petits crétins insolents. Vous croyez vraiment faire le poids face à moi ? Oui je ne peux pas me lever. Mais ça ne m'empêchera pas de vous molester, espèces de corniauds mal élevés !

Ce faisant, il brandit son arme au-dessus de sa tête, l'abattant sur le bras levé du plus âgé. Ce dernier lâcha sa prise sous le coup de la douleur, les œufs s'écrasant sur ses chaussures ainsi que sur le sol en terre. Il se mit à pleurer, tenant son bras endolori sous le regard sardonique du vieux.

- Maintenant, rentrez chez vous avant que je ne vous tue ! Et que ça saute !

Ils déguerpirent sans demander leur reste, laissant tomber au passage quelques cailloux de leurs poches ouvertes. L'homme grommela en tentant de rentrer chez lui, fatigué par tout ça. Il avait fait la grande guerre, avait perdu l'usage de ses jambes à cause d'un foutu obus à la con, et voilà comment on le remerciait. Par des œufs et des cailloux. Putains de gamins à la con.

Dans un soupir désabusé, il fit passer la porte à son fauteuil imposant, avançant dans l'entrée lorsque des cris se firent entendre un peu plus loin derrière lui. Grommelant à nouveau, il fit demi-tour tournant la tête pour tenter de voir d'où provenaient les hurlements.

Au loin une femme se faisait traîner de force à l'extérieur de chez elle, un soldat ennemi la tenant par sa chevelure. Elle semblait se débattre de toutes ses forces, le frappant aux jambes en grognant et criant sauvagement. Rageur, le vieil homme serra la carabine contre lui, poussant son fauteuil dans la rue à vive allure. Il s'arrêta à deux mètres de sa cible, braquant l'arme dans le dos de l'Allemand envahissant.

- Ecoute moi bien, salopard, parce que je ne me répèterais pas. Tu as intérêt à lâcher cette femme, immédiatement, si tu ne veux pas te retrouver avec un morceau de plombs entre les deux yeux.

Le soldat l'observa de la tête aux pieds, ricanant en voyant le fauteuil et la carabine. Il se tourna ensuite vers la jeune femme qui gémissait, toujours attrapée par les cheveux.

- Ferme là, vieux débris, parla le soldat dans un français coupé au hachoir. Cette femme est allemande, elle est à nous !

- Je ne crois pas non. Cette femme, comme tu dis, est venue se réfugier ici, parce que vous étiez si insupportables qu'elle préférait vivre au milieu d'une bande de français qu'avec des bêtes comme vous ! Et tu as intérêt à la lâcher, parce qu'aujourd'hui, elle est des nôtres ! Tu comprends, ou je dois encore le répéter ?

Un enfant observait la scène, caché derrière le battant de la porte ouverte. Il s'approcha doucement, venant se cacher derrière le vieil homme en murmurant « Sauvez ma maman… ». Le vieux leva son arme vers le visage du nazi, qui tenait toujours la femme par ses longs cheveux roux. Elle tentait de se défaire de la poigne, se débattant avec force lorsqu'un tir les immobilisa tous. L'Allemand écarquilla les yeux, lâchant sa prise alors qu'une mare de sang commençait à tâcher son haut d'uniforme. Il tomba à genoux avant de s'écrouler, tête la première, dans la boue glacée.

- Putain de boche à la con.

Le vieux baissait son arme, crachant au sol en direction du cadavre étalé par terre. Il observa le gamin aider sa mère à se lever, la soutenant comme il pouvait.

- Vous feriez mieux d'vous casser, maintenant. Ils voudront vous mettre la main dessus.

- Pourquoi vous nous avez aidé ? murmura la jeune femme de son accent germanique, ses grands yeux verts embués de larmes.

- Parce que vous ne le méritiez pas. Vous êtes pas comme eux, j'l'ai bien remarqué depuis trois mois qu'vous êtes là. Maintenant, partez.

- Et vous ?

- Bah ! Qu'ils viennent, ça me fera un peu de divertissement.

La jeune femme fit un pas vers lui, puis deux, se pencha et le serra dans ses bras. Il resta immobile, perplexe face à la situation, que déjà elle se redressait, soulevant le petit garçon dans ses bras.

- Merci pour tout, monsieur. Comment vous appelez-vous ?

- Lucien. Juste Lucien.

- Et moi c'est Magdalena. Et voici mon petit Friedrich.

- Allez, on n'a pas le temps, pour ça. Allez vers le sud, en direction de la zone libre. Une fois que vous aurez passé la frontière vous pourrez aller vers Neyron. Un homme là-bas me doit un service, je lui demanderais de vous aider. Demandez le prêtre Nick Shisai, et dites-lui que vous venez de ma part. Partez, maintenant.

xXx

13 Janvier 1941, Base des ailes de la liberté, Neyron, France.

- Le commandant est de retour !

Le cri joyeux de Sasha éclata dans la salle de repos des recrues, installée au sous-sol de la base. Eren leva la tête en voyant la jeune fille sur le seuil, les joues rouges d'avoir couru leur annoncer la nouvelle.

Peu de temps après la bataille de la base militaire, le commandant Erwin avait rejoint Londres pour prévenir les Etats-Majors de l'attaque Crépuscule V, ainsi que l'enquête concernant les traitres des ailes. Il était parti avec le capitaine Livaï, laissant la base aux ordres du capitaine Zacharias et d'Hanji. Depuis, ils enchaînaient les attaques éclairs et autres distributions de tracts, agrandissant lentement mais sûrement leur réseau. Partout dans la zone, des hommes et des femmes étaient prêts à se soulever contre l'oppresseur, cachant des résistants ou recrutant leurs proches.

Les nouvelles recrues n'en étaient plus désormais. Depuis la bataille de la base militaire, les soldats et résistants ayant participé à l'attaque étaient respectés et admirés par les nouveaux. Certains en profitaient, s'amusant à leur raconter d'horribles histoires sur leurs aventures – imaginaires pour la plupart – et à se moquer des gringalets les rejoignant.

Eren, de son côté, avait, dès l'instant où ils avaient posé un pied à la base, tout raconté à Armin. Les traitres, Crépuscule V, son père. Sa mort. Son ami avait pleuré, choqué d'apprendre la mort d'un homme qu'il respectait et aimait comme un père. Le blond avait été rapatrié avant que l'on apprenne l'identité de l'espion, retrouvant ses amis le lendemain, en piteux état et dévastés.

Un jour après, le commandant Erwin Smith quittait la base pour rejoindre Londres, aux côtés du capitaine. Et voilà quatre mois qu'Eren n'avait revu Livaï, quatre mois qu'il faisait tout pour l'oublier. Sans succès. Parfois, Hanji lui lançait de petites phrases, innocentes pour la plupart des gens qui l'entendaient, mais Eren savait qu'elle parlait pour lui. Lui apportant des nouvelles, annonçant que « le capitaine Livaï a encore sauvé une personne. » Que « le commandant et le capitaine ont débusqué un traitre. ». Au moins ils étaient encore en vie.

Elle lui faisait des clins d'œil, riant face aux joues rougies du soldat. Elle semblait beaucoup trop aimer cette situation, le gênant inutilement alors qu'il s'entraînait à la manœuvre tridimensionnelle comme elle aimait appeler son invention.

Et, enfin, le commandant revenait. Eren espérait qu'il apporterait de nouvelles informations concernant Crépuscule V. Ils avaient parlé de nombreuses heures, de nombreux soirs, cherchant des réponses à toutes leurs questions. Même en discutant avec Hanji, rien de bien intéressant n'était sorti. Alors, avec un peu de chance, le commandant Erwin leur apporterait enfin des explications.

xXx

C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent au milieu des autres résistants, sur le terrain vague entourant la base, alors que deux véhicules couverts de toile noire entraient dans l'enceinte, se garant devant la maison. La portière s'ouvrit sur le commandant, posant un pied sur le sol poussiéreux. Il leur fit un grand signe de la main, accompagné de son éternel sourire calme, avant qu'il ne lance l'ordre aux hommes qui l'accompagnaient de décharger les voitures. La deuxième vit sortir le capitaine et une jeune femme, le visage impassible de Livaï glissant sur les soldats et résistants l'accueillant joyeusement.

Eren se mordit la lèvre, serrant ses mains entre elles alors que son cœur semblait vouloir sortir de sa cage thoracique. Il se renfrogna en observant la jeune femme aux cheveux courts, blonds et bouclés, qui restait collée au capitaine. Le jeune homme commençait à se sentir mal, sans vouloir en comprendre la raison. Il préféra s'écarter doucement, évitant les autres qui s'approchaient pour tenter de voir le contenu des caisses transportées.

Il chercha à se concentrer sur le commandant, en pleine discussion avec le capitaine Zacharias, entrant dans l'habitation en suivant son subordonné qui lui donnait les dernières informations concernant leurs actions. Il l'observa jusqu'à le voir disparaître dans l'escalier, avant de revenir vers le milieu de la base où les soldats transportaient les caisses fermées, les amenant à l'intérieur.

Finalement, il suivit Armin qui rejoignit le sous-sol, évitant de regarder le capitaine et cette fille qui le suivait. Il tentait de se concentrer sur les propos de son ami, mais son esprit divaguait, se demandant quel était leur lien. Dans un soupir désabusé, il descendit l'escalier, suivi de ses amis.

xXx

Mikasa et Eren avaient été interpelés par Hanji, alors qu'ils étaient en pleine partie de cartes contre Armin et Jean. Ils laissèrent tomber leur jeu, suivant la jeune femme sous les commentaires rieurs de Connie. Elle les guida vers le bureau du commandant et ils se retrouvèrent face au blond et au capitaine Livaï, la brune aux lunettes à leurs côtés. Elle leur indiqua des sièges où s'asseoir et Erwin se pencha, s'accoudant à son bureau.

- Ça faisait longtemps, vous deux. Ravi de vous revoir. Tout d'abord, j'aimerais, au nom du haut-commandement et en mon nom propre, vous remercier pour votre implication dans cette guerre. L'attaque causée aux forces ennemies, il y a quatre mois, a permis d'empêcher quelque chose de très moche, et c'est en partie grâce à vous. Maintenant, j'ai des informations concernant Crépuscule V, et je pense qu'il serait utile de vous en faire part.

Eren évitait le regard sombre du capitaine, concentré sur le blond. Il lui adressa un signe de tête en entendant ses mots, ravi de participer aux réunions concernant ce projet. Sa sœur restait droite sur son siège, les mains serrées sur ses genoux, envoyant de temps en temps un regard noir au capitaine.

- Le haut commandement a été très inquiet au sujet de cette arme. Cette attaque pourrait détruire tout ce que nous avons tenté de bâtir, et nous devons à tous prix l'arrêter. C'est pourquoi, en lien avec le général Darius Zackley, à Londres, nous avons décidé de créer une escouade pour essayer de localiser la base dont nous a parlé votre père. Cette escouade sera dirigée par le capitaine Livaï, et Hanji, je veux que tu l'intègres, ainsi que vous deux. Nous sommes, actuellement, les cinq personnes aux courant de cette affaire, ici. Je pense aussi intégrer des membres de votre groupe. Votre escouade sera composée de dix hommes et femmes, un petit groupe sera plus utile pour vous fondre dans la masse. Je ne pense pas avoir à le dire, mais cette mission est cruciale pour la suite de la guerre, et pour l'humanité. J'espère donc que vous ferez honneur à la résistance et aux ailes de la liberté en donnant votre cœur à la réussite de votre tâche. Est-ce clair ?

Les deux jeunes hochèrent la tête silencieusement, un petit sourire naissant aux commissures d'Eren. Oui, c'était clair. Et bien au-delà de ses espérances. Le commandant hocha la tête à son tour, avant de reprendre.

- Avez-vous des propositions de membres pour votre escouade ?

- Armin Arlert, monsieur. Il est très intelligent, je pense qu'il sera utile à notre projet. De même pour Jean Kirstein, il est rusé et il est fiable, réfléchit Mikasa, les yeux plissés.

- C'est exact, continua Eren, en pleine introspection. Peut-être que l'on devrait aussi intégrer Sasha Braus, elle a un instinct hors pair. Mais Sasha ne va nulle part sans Connie, alors…

- Et… Connie serait utile si on a besoin de se battre, il sait manier presque tous les types d'armes.

- Et pourquoi pas Reiner ? Il…

Le commandant les observait tandis qu'ils enchaînaient, notant chaque nom sur un bout de papier. Il affichait un petit sourire, le menton posé sur sa main libre, alors que les deux jeunes débattaient de la meilleure escouade possible. Hanji se râcla alors la gorge avant de prendre la parole.

- Thomas Wagner. Depuis quatre mois, il a fait énormément de progrès, il en veut.

Eren acquiesça, visualisant le grand blond ami avec Marlowe, le soldat aux côtés de qui il s'était battu lors de la bataille de la base militaire. Depuis, il avait appris à le connaître, découvrant un jeune homme jovial et passionné. Oui, il serait avantageux de l'avoir avec eux pour la mission.

- Parfait. Je vais les interroger et je reviendrais vers vous pour vous faire part de mon avis. Vous pouvez disposer. Livaï, tu peux partir aussi, va te reposer, tu as une mine épuisée.

Eren croisa enfin le regard du capitaine, remarquant les cernes noirs sous ses yeux, les traits pâles. Il détourna vite, trop vite, les yeux pour suivre sa sœur qui quittait la maison, le cœur serré. Sans un mot, il se dirigea vers le cimetière, et les tombes des hommes tombés au combat. Il s'arrêta devant la sépulture vide de Marlowe Freudenberg, s'agenouillant devant la pierre tombale. Il retira la neige qui s'était posée sur la tombe, nettoyant la zone en fredonnant un air triste. Puis il déposa des gerbes de fleurs contre la pierre où était écrit son nom, avant d'observer le résultat.

Avec un petit sourire, il se leva, s'essuyant les mains sur son pantalon brun. Le duvet blanc qui crissait sous ses pieds l'accompagna jusqu'à la sortie, alors qu'il marchait mains dans les poches et tête baissée.

- Salut, gamin. Dis-moi, as-tu l'intention d'arrêter de grandir, un jour ? A croire que ça t'amuse, de ressembler à une asperge.

Le capitaine le surplombait, assis sur le muret haut en pierre blanche longeant le cimetière. Ses joues étaient rougies par le froid. Et il souriait, malgré les paroles acerbes qu'il venait de lui adresser comme salutation. Il détourna les yeux, scrutant l'horizon enneigé avant de revenir à Livaï.

- Salut. Vous avez passé un bon moment, à Londres ?

Le capitaine haussa un sourcil, dévisageant sans rien dire le jeune homme qui lui faisait face. Il finit par hausser les épaules, sautant sur ses pieds pour lui faire face. Il glissa ses mains rouges de froids dans ses poches et reprit :

- Un bon moment, hein ? Tu parles, les conneries politiques, ça n'a jamais été mon délire.

Eren ricana avant de se reprendre, détournant les yeux pour fixer la neige figée au sol. Il sentait son estomac se tordre d'appréhension, sans vraiment chercher à comprendre pourquoi. Le capitaine fit un pas vers lui, poussant la neige de son pied.

- Alors, il paraît que vous avez fait du super boulot, ici.

- Ouais, enfin… C'était pas grand-chose.

Livaï ouvrit la bouche, prêt à répondre, lorsqu'un cri suraigu leur déchira les tympans. Eren se redressa, cherchant la provenance du hurlement, et vit arriver vers eux la blonde qui accompagnait Livaï un peu plus tôt.

- Votre… Copine a l'air en colère…

- Ma quoi ?

Le capitaine se renfrogna en voyant approcher la jeune fille qui s'arrêta devant lui, les mains sur les hanches.

- Livaï, tu m'as encore abandonné ! Où étais-tu donc ?

L'accent anglais le crispa, et il préféra s'éloigner sans demander son reste. Il entendit le capitaine l'interpeler mais ne lui fit qu'un signe de la main, dos à lui alors qu'il rejoignait sa sœur dans le sous-sol. Quelle plaie, il n'arrivait même pas à contrôler les battements de son cœur. Il marchait rapidement, sans regarder où il posait les pieds, jusqu'à se fracasser le nez contre une surface dure. S'écartant en grommelant, il remarqua Moblit le regardant, inquisiteur. A ses côtés se tenait Hanji, un petit sourire aux lèvres.

- Oi, Eren ! Eh, tu tombes bien, je devais te parler, viens !

Elle l'attrapa par le poignet, l'attirant vers la maison. Une fois les escaliers montés, elle le guida vers une petite chambre vide, fermant la porte derrière elle.

- Ça va ? Tu as une petite mine… On dirait que tu as vu un fantôme...

- Quoi ? Non tout va bien, Hanji.

- Hm. Je m'attendais à plus de joie, de retrouver ton cher capitaine…

Eren lui adressa un regard noir, et elle ricana en s'installant sur le matelas épais du lit. Mains derrière elle, elle s'affala contre le tissu moelleux, le détaillant avant de reprendre.

- Eren, qu'est-ce qui se passe ?

- Rien, je te dis. Tout va bien. Je dois aller parler avec Armin, alors…

- Armin est avec le commandant. En attendant, viens t'asseoir.

Elle tapota la place à ses côtés, et Eren finit par s'asseoir, découragé.

- Je sais que ce n'est pas évident, d'avoir dix-huit ans, surtout avec tout ce qui se passe en ce moment. Mais ce que tu ressens, tu ne dois pas le mettre de côté. Ce n'est pas grave, au contraire. C'est beau, et c'est surtout naturel.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, Hanji…

- Au contraire, je pense que si. J'ai vu comment tu regardais le capitaine, et comment il te regardait. Je sais que je ne devrais pas m'en mêler, mais vous êtes deux têtes de mules, alors autant y ajouter mon grain de sel. Tu sais, ce n'est pas grave si vous êtes deux hommes, ça ne change rien à ce que vous pouvez ressentir…

- Je… Je crois que je vais y aller.

Le jeune homme se leva, se dirigeant vers la porte fermée. Il l'ouvrit et sursauta en voyant le capitaine sur le seuil, les joues encore rouges. Ses cheveux décoiffés lui donnaient un air sauvage, faisant battre un peu plus fort le cœur d'Eren. Ce dernier passa entre lui et le chambranle de la porte, descendant les escaliers sans se retourner, sous le regard inquisiteur du capitaine et hilare de la scientifique.

xXx

- Qu'est-ce que t'es allée lui raconter, la folle ?

Livaï entrait dans la chambre, s'adossant au mur en faisant face à Hanji, toujours installée sur le matelas. Elle haussa les épaules, souriant en le regardant.

- Des choses et d'autres. Alors, mon petit Livaï, comment vas-tu ? Tu dois être content d'avoir revu notre cher Eren adoré !

- Qu'est-ce que tu racontes encore comme merde ?

- Ben, il t'a manqué, non ?

Livaï grogna, jaugeant la jeune femme avant de se redresser. « Je n'ai pas de temps pour tes délires, va bosser, idiote. » Il quitta la pièce pour rejoindre sa propre chambre, se laissant tomber sur son lit parfaitement fait.

Il avait appréhendé ce retour à Neyron, après les derniers évènements. Depuis bientôt quatre mois, le baiser échangé avec Eren le hantait, chaque fois qu'il fermait les paupières. Et la réaction du jeune homme l'avait – un peu, fallait pas déconner non plus – ébranlé. Et là, alors qu'Eren faisait tout pour le fuir, il ne savait pas comment réagir.

Jamais, il n'aurait dû l'embrasser. Surtout à un moment où le gosse était fragile, abattu. Il venait de perdre son père, et lui n'avait pensé qu'à ses pulsions. Et pourtant, il ne souhaitait que revoir ses yeux émeraudes, depuis l'instant où il avait suivi Erwin à Londres. Entre les réceptions et les réunions avec les Etats-Majors, il avait pu mettre ses sentiments de côté. Mais là, le revoir et pouvoir à nouveau lui parler était comme un baume au cœur.

Et pourtant, le gosse l'évitait. Foutue connerie. Et avec Hanji qui devait le harceler, ça devenait épuisant.

Et puis, cette histoire de « copine ». Où était-il allé chercher ça ?

xXx

Le commandant Erwin faisait face aux dix hommes rassemblés dans son bureau. L'escouade avait été formée, prête à partir. Le capitaine Livaï installé dans un coin, contre la grande fenêtre du bureau observait la scène d'un œil absent, impassible. Hanji était là, accompagnée de Gunther. De même qu'Eren, Mikasa et Armin qui se tenaient droits face au blond debout derrière son bureau. Enfin, Sasha, Connie, Jean et Thomas complétaient l'escouade, les traits fermés, attendant les ordres.

- Bien. Votre mission est claire : trouver la base nazie qui renferme l'arme présumée. Vous partirez avec deux voitures, et deux caisses d'armes, dans trois jours, le temps de vous reposer et de prendre des forces. Le but n'est pas d'attaquer la base mais de la localiser et de nous donner tous les renseignements dont nous auront besoin pour la neutraliser. Ne jouez pas aux héros, cette mission est cruciale et je compte sur vous pour la mener à bien. Les informations en notre possession parlent d'une base en dehors de l'Allemagne, dans les montagnes. On n'a pas d'autres données, mais il semblerait intéressant de vous diriger vers Passau, dans l'extrême sud-est de l'Allemagne. Là-bas, vous rencontrerez un groupe de résistants appelé « le cercle Solf ». L'un des dirigeants du mouvement a accepté de vous rencontrer, il pourra sûrement vous apporter plus de réponses concernant votre destination. Son nom est Friedrich Erxleben, il est prêtre. J'espère que vous prenez conscience de l'importance de cette mission, qui sera déterminante pour la suite des opérations. Avez-vous des questions ?

- Quelle est la marche à suivre pour cette rencontre ? commença Armin.

- Le capitaine Livaï, dont vous suivrez les ordres, est au fait des démarches pour rencontrer notre homme.

- Et comment on fait pour passer la frontière allemande ? Parce qu'ils vont nous cueillir dès qu'on fera un pas sur leur territoire…, avança Sasha, la mine sombre.

- Voici vos nouveaux papiers d'identité, leur montra le commandant. Ne cherchez pas à vous battre, votre mission n'est pas d'exterminer les troupes qui croiseront votre chemin. Vous passerez par des passages discrets, en tâchant d'éviter de vous faire repérer. Pour la frontière, Hanji tu connais le passage à côté de Saint-Louis ?

La jeune femme hocha la tête, les bras croisés sur ses seins. « Oui, mais peut-être qu'il serait mieux de passer par Chalampé. Il y a une forêt, juste après, on pourra utiliser l'équipement tridimensionnel et éviter les troupes qui pourraient couvrir la zone. » Le commandant hocha la tête, en pleine réflexion. Puis il releva le visage vers Livaï qui lui adressa un signe de tête pour montrer son aval.

- Parfait. Allez préparer vos affaires maintenant, pas plus d'un sac de vingt litres par personne, rappelez-vous que la majeure partie de votre parcours se fera à pieds ou grâce à l'équipement d'Hanji. Vous pouvez disposer.

Les jeunes quittèrent le bureau sans demander leurs restes, se dirigeant d'un même mouvement vers le sous-sol. Eren écoutait d'une oreille les discussions enjouées de ses camarades, concernant les affaires qu'ils voulaient emporter. Soudain Connie s'arrêta dans l'escalier, se tournant vers eux avec un sourire immense aux lèvres.

- Et si on prenait la bouteille de scotch qui est dans la salle de repos ?

- Euh… Connie, tu te souviens de l'état dans lequel t'étais la dernière fois que tu as bu ? ricana Sasha en le poussant pour passer.

- Mais ça ira, t'inquiète. Je saurais me contrôler !

- C'est une très mauvaise idée, Connie, se moqua Jean en le dépassant à son tour.

- Mouais, t'façon vous ne savez pas vous amuser…

Il finit par traîner les pieds jusqu'au dortoir, les épaules affaissées, le visage sombre.

xXx

Trois jours plus tard, les voitures étaient prêtes, les sacs s'empilant à l'arrière. Ils avaient fait en sorte de cacher les armes et autres objets susceptibles de les faire arrêter sous les sièges, protégés par le tissu épais.

Chacun disait au revoir à ses proches, les serrant dans ses bras, les embrassant avant de rejoindre l'intérieur des véhicules. Eren vit Hanji embrasser tendrement son mari, le serrer le plus possible dans ses bras. Il rejoignit le premier véhicule, s'installant à l'arrière. Lorsqu'il tourna la tête vers l'extérieur, il vit Livaï face à la blonde, lui parlant en glissant des coups d'œil à la voiture.

Il le vit ensuite s'écarter, levant la main pour couper court à la discussion. La jeune fille se jeta alors sur lui, le serrant dans ses bras en piaillant. Eren détourna la tête, se renfrognant dans le silence alors qu'Armin tentait de lui parler, assis à ses côtés. Il leva la tête en entendant la portière claquer, croisant le regard du capitaine qui s'installait aux côtés d'Hanji dans la voiture. Aussi vite, il revint à sa position précédente, fronçant violemment les sourcils. La voiture crachota un nuage de fumée noire avant de démarrer dans un vrombissement long. Et le trajet débuta, sous les regards des résistants restés à la base, et le salut du commandant, en première ligne.

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Voilà le chapitre 13 ! J'espère qu'il vous a plu, à la prochaine pour les explications entre Eren et Livaï !