Djehuty est le nom égyptien de Thoth. Thoth est le nom grec donné à la même divinité.

Pour les Hyksôs c'est un peu plus compliqué. A l'origine il s'agit d'une dynastie d'origine asiatique ayant occupé le trône d'Egypte par droit de conquête.

A la fin du chapitre, un arbre généalogique un peu plus détaillé de la famille Bellini, je continuerai de l'étoffer au fur et à mesure.


V. Laura Bellini


Venise, Italie


I. 14 mai 1931

« Des nouvelles de votre mère ? » demanda ma grand-mère.

Un mince rayon de soleil se frayait chemin entre les lourds rideaux pour toucher la table d'ébène où nous prenions le petit-déjeuner. Les rideaux n'étaient jamais ouverts en grand ici. Les pièces étaient obscures, les meubles de bois sombre, nos habits noirs : nous portions toutes le deuil de mon oncle Antonio, tué par Azzio Sforza quelques jours plus tôt. Au milieu du rayon, Zaira Sabbia, ma nièce de trois ans et demi, babillait joyeusement en agitant sa cuillère. J'étais concentrée sur la tartine que je beurrais pour elle, aussi pris-je quelque temps avant de répondre :

« Elle est toujours à Rome. »

Ma sœur Chiara leva les yeux au ciel.

« Elle se lamente sur ses fils, j'ajoutai.

– Elle se lamente toujours sur tout, bougonna ma petite sœur. »

Chiara rongeait son frein, peu contente d'être tenue à l'écart des hostilités. Nonna ne releva pas, mais tendit la main pour attraper la cafetière. Nous n'étions plus que nous quatre au palais. Orfeo était parti devant à la gare, pour accueillir le chef Lecteur. Les autres enfants étaient à Bologne, seule la petite Zaira était demeurée avec nous. Nonna la regardait babiller le sourire aux lèvres, buvant son café avec cette élégance dont elle seule était capable.

« Votre frère a été vu en Sicile, elle nous dit en passant.

– Lequel ? Ronchonna ma sœur. J'en ai cinq.

– Celui qui se fait rare. »

Je sursautai.

« Comello ? Demandai-je.

– Pas Comello, me corrigea Chiara, ill a plus cinq ans et c'est un traitre ! Qu'est-ce qu'il fout là ? »

Nonna eut un léger sourire.

« Je suppose qu'il travaille.

– Travaille, travaille, dit Chiara. Quel travail ? Il n'a jamais été fichu de travailler un seul jour dans sa vie. Cretino. »

Elle se leva d'un bond et sortit en trombe. La porte claqua. Zaira cessa de chantonner pour nous regarder avec de grands yeux inquisiteurs. Je me retournai vers ma grand-mère.

« Nonna, que vas-tu lui faire ?

– A lui ? Rien. Il est des nôtres, nous ne rejetons jamais les nôtres. Tu vois cette famille ? Pleine de haine, d'ossements, et couteaux. Il y a de la folie dans notre sang. Giacomo n'est pas vraiment différent, il est juste le plus Bellini d'entre nous. »

Je digérai l'information un instant. Soudain, la porte s'ouvrit sur Trimalcion, un de nos shabti-serviteur, à forme vaguement humaine.

« Ils sont là, » prononça distinctement le shabti.

Nonna se leva lentement et prit la direction de l'entrée, j'allai à sa suite accueillir le Chef Lecteur. Iskandar était accompagné d'un homme en la personne de qui je reconnu Isaac Jacobi, du Quatrième Nome. Je fus frappé par la noirceur de son visage, il avait l'air vieilli, si cela était encore possible. Ils nous saluèrent rapidement et allèrent s'enfermer avec Nonna dans la bibliothèque.

Après cela, j'allai jouer avec Zaira dans le salon rouge, pour tromper l'attente. Peu de temps après, ma sœur fit irruption dans la pièce, claquant la porte comme à son habitude.

« Il est là !

– Qui ça il ? »

Chiara fit une petite pose, savourant son effet. Ma sœur avait toujours eu une certaine affection pour le mélodramatisme.

« Thoth. » Elle dit juste.

Puis tourna les talons, vraisemblablement pour se porter à sa rencontre. Je filai en avant prévenir Iskandar. Le Chef Lecteur était dans la librairie avec Nonna et Jacobi. Je les vis discuter à voix basse, l'air soucieux. J'entendis les quelques mots qu'il confia à Nonna :

« L'équilibre doit être préservé. Quel qu'en soit le prix, peu importe nos fiertés. Ne tente rien, suis la piste. Attendons le retour des dieux. Ils ne devraient pas tarder à émerger de la Duat. Quand le fils d'Osiris se manifestera nous agirons. »

Il s'interrompit en me voyant.

« Il est là. » Je soufflai. « Le seigneur Djehuti je veux dire. »

Les yeux de Jacobi s'arrondirent de surprise. Je m'effaçai avec respect et laissai Thoth pénétrer dans la pièce. Puis je fermai avec soin la porte sur eux.

Le Chef Lecteur nous fit l'honneur de rester diner au palais le soir même. Il devait regagner l'Egypte dans la nuit. Jacobi prendrait le relais pour veiller au respect de l'accord et au bon déroulé du processus de paix. Ayant dit ce qu'il voulait dire, Djehuty était reparti sans un mot en plus.

Iskandar nous remercia et quitta la salle, l'autre magicien le suivant fidèlement tel son ombre. Le reste des membres de famille sortirent de table à leur tour. Je m'apprêtai à me lever et quitter la pièce à leur suite mais Nonna me retint :

« Reste un peu avec moi, ma chérie. Viens tenir compagnie à une vieille dame. »

Je me rassis lentement. D'un geste de la main, le shabti-servant nous versa deux verres de vin rouge. Nous le regardâmes faire en silence. Certains secrets ne devaient pas être dit devant les statues, pas quand notre Chef Lecteur savait les faire parler. Quand il fut parti, Nonna se tourna vers moi et caressa ma joue de sa main baguée.

« Tu es sage Laura. Les Bellini sont des enfants, un jour ce sera à toi d'assurer la survie de notre famille. »

Ces mots me surprirent. J'avais pourtant l'habitude d'être dans la confidence des projets de Nonna. Elle poursuivit.

« Duccio est un bon garçon mais il n'a pas les épaules. Maurizio et Cosimo sont des soldats, rien de plus. Giacomo… Giacomo n'est plus des nôtres, et il n'a jamais su placer l'intérêt général au dessus de ses sentiments. Et Orfeo est de la même trempe je le crois. Quand à Chiara… un autre destin attend Chiara je pense.

– Mais mon père...

– Ses chevaux et ses tableaux, voilà tout ce qui intéresse ton père ! »

« Tu vas partir à Rome, représenter la famille aux élections du Chef de Nome. Nous donnerons nos voix à Desdemone Sforza.

– La guerre est donc finie ?

– La guerre n'est jamais finie. Mais les légions quitteront le territoire. C'est l'essentiel. Il faut contenter Baal. »

Un frisson me parcouru. Etait-ce pour cela qu'il était venu ? Thoth ? Le pacte.

Je la dévisageai, cette femme redoutable, ma grand-mère, mais aussi mon maitre. Elle avait orchestré l'assassinat de Voiello avec Johann Orsini, parce que celui-ci la gênait, mais avait pris soin de faire en sorte qu'Iskandar ait ses yeux présents. La fine confiance qui nous liait au Premier Nome tenait toujours. Je ne pu m'empêcher de demander :

« Où est Set grand-mère ?

– Caché. »

La voix de Nonna était teintée de surprise. Puis ses yeux eurent une lueur de satisfaction. Elle reprit :

« Vois tu ma chérie, comprends ceci et retiens le pour le restant des tes jours : il n'est jamais bon donner trop de pouvoir à Horus. L'univers a besoin de contrepoids. Ils étaient deux rivaux, deux parties du pouvoir sous l'ancien empire. Les plus grands de nos pharaons s'en sont adjoint les services, il assista Ramsès II à la bataille de Qadesh et était respecté comme le dieu signifiant la colère et la violence de Pharaon sur ses ennemis. Set est le gardien de l'Egypte. Les envahisseurs Hyksôs l'avaient bien compris, quand ils assimilèrent Set à Baal, leur dieu tutélaire.

– Et nous sommes descendants des pharaons Hyksôs.

– Tu connais tout cela, je ne t'apprends rien.

– Tu as passé un pacte avec lui. »

Inutile de nier. Elle n'essaya pas. Je repris :

« La dernière fois que nous passâmes un pacte avec le seigneur rouge, le règne des Borgia sombra dans le chaos.

– Il me fallait ces morts. Voiello allait passer un pacte avec Rome. Baal n'aurait pu s'en tenir là. La guerre n'aurait pas englouti l'Italie, elle aurait englouti l'Egypte entière, comme au temps des guerres puniques.

– Les guerres puniques épargnèrent justement l'Egypte.

– Mais nous sommes une plaque tournante. Familia ante omnia. Lors nous n'aurons eu qu'une petite guérilla, mais ils sont détournés de nous, le courroux de notre dieu et les glaives de Rome.

– Pour combien de temps ? Et n'avons-nous pas signé pour quelque chose de pire ? Que veut le maitre du désert ?

– Un hôte.

– Il n'en a jamais eu. Le mieux que les magiciens savaient faire, c'était de la possession contrôlée.

– Il fut un temps pourtant… Mais le dernier Œil de Set sombra dans la baie face aux navires du roi Minos. »

Le silence retomba un temps, comme nous nous souvenions toutes deux, de temps que nous n'avions pas connu. Nous étions toutes les deux confortable avec lui. Je regardai les ombres lécher les murs sombres. Grand-mère me confia alors :

« Chiara va partir voyager à l'Est quelque temps.

– Quel Est ?

– Le grand Est. »

Lentement, elle porta le verre au liquide écarlate à ses lèvres peintes.

« Des temps incertains sont devant nous Laura. Les fils de Narmer sont impatients, fébriles. La guerre d'Amérique l'a assez montré. Ils se disputent le pouvoir, ils cherchent à raviver leur sang. Par le passé cela s'était toujours soldé par une campagne contre les magiciens rouges. »

Je pensai aux familles combattantes, toujours plus nombreuses, à leurs khopesh aiguisés attendant leur heure, et un frisson de peur me traversa.

« Même bannis, les dieux continuent d'alimenter les guerres intestines. Viennent des temps noirs pour notre maison. Nos corps ont toujours été à disposition. C'est nécessaire, il le faut bien pour garder la balance. Ce sera à toi de les guider. Tu es le futur de cette famille. »

Iskandar sait, il sait que nous ne contrôlons rien, mais que nous l'avons rencontré.

« Que veut le Chef Lecteur ? Pourquoi ne nous…

– Iskandar veut en finir, les prendre tous au piège, en même temps, pour mettre fin aux troubles récurrents. Ils sont cinq, il suffit d'en chasser un pour qu'un autre revienne. Il nous faut les cinq, ensemble. Enfermés. »

Et voilà que nous parlons des dieux à nouveau. Savent-ils seulement pourquoi ils combattent, tous ces petits combattants dans la boue ?

« Nous l'avons vu avec Sekhmet, leurs malfaits ont pris trop d'ampleur. Il a suffi d'un seul magicien pour lancer une des épidémies les plus terribles que l'histoire ai connu. Un seul. Vienne la guerre et nous sommes à découverts.

– Et nous ? Voulons-nous cela Nonna ? Enfermer définitivement les dieux ? »

Elle ne répondit pas. Puis murmura doucement :

« Nos devoirs sont envers Baal, non Set. C'est différent. Légèrement.

– C'est un jeu dangereux Nonna, de jouer avec le diable.

– Je te l'ai déjà dit Laura, tu es sage. Ce ne sera pas suffisant. »


II. 20 juin 1931

Esme et moi rentrâmes à Venise, en compagnie de la fille d'Abdias, après le triomphe de l'infâme Sforza. Nous trouvâmes Nonna dans le boudoir chinois. Elle était assise sur un fauteuil de velours, à côté d'une jeune femme à la chevelure rousse. Je l'avais déjà croisé, il y a deux ans de cela, à un bal que j'aurais aimé pouvoir chasser de ma mémoire.

« Lady Morgana du Fayou, priestess to Morrigan, nous la présenta Nonna, en anglais par politesse. »

La prêtresse avait les yeux rivés sur Jelila Kane. Deux yeux durs couleur d'eau stagnante.

« The Kane girl, elle admira. Just like her father, I see. One of the few Kane that got along well with chaos magicians. »

Nonna se tourna vers Jelila, l'étudiant, l'air pensif. Elle nous fit signe de nous asseoir. Nous obtempérâmes. Jelila avait l'air un peu décontenancée par l'accueil.

« He was a strange man, your father. Brilliant, proud, excentric. He had a bit of that fierce madness that sometimes shows in your family. He could see far, see with clarity. When he came to us, I had hoped… Well, it's useless, it all fell appart. With his death I mean.

– A strange man indeed, dit la femme rousse. Judicaël put high hopes in him. He had great ambitions for him.

– You know him ? Judicaël ? s'écria Esme presque involontairement.

– We're not from the same circle. I come from the independant confederation of Broceliande. He's from central Gaul. But every Celt know him. He's the greatest power in Gaul, maybe western Europe.

– Much stronger than the Fourteenth, probably stronger than Rome itself, appuya Nonna. »

Esme rougit violemment. Nonna se tourna vers elle l'air interrogatrice. Esme se mordit la lèvre mais ne dit rien. Nonna nous fit alors signe de quitter la pièce pour laisser la prêtresse seule avec Jelila. Elle me chuchota à l'oreille devant la porte :

« Non riesco a credere di aver scopato un capo celta senza saperlo!

- Era buono?

- Si lo era!

- Ho sentito che i Celti fanno molta magia sessuale.

- Laura sta zitta! »

Nous nous retrouvâmes toutes les trois le soir même, hors des murs du palais, pour parler de l'accord que nous avions passé avec Desdémone. J'avais du retard. Nous nous étions fixé rendez vous à des bars des environs, où se réunissaient habituellement mes frères et cousins pour faire leurs comptes et gérer leurs businesse. Je trouvais Esme et Jelila attablées dans l'alcôve qui nous était réservée, occupées à maudire leurs vies respectives. Elles n'en étaient probablement pas à leur premier verre :

« See, maybe you come from a family of sociopath and but you do not know mine, they are all war criminals and murderers here. Oh hello Laura. Sorry about the last bit.

– I didn't heard anything. »

Esme et Jelila. Quel duo infernal. Les deux s'étaient bien trouvées. Elles étaient inséparables depuis le séjour à Rome où elles avaient passé de longues heures à attendre ensemble la fin des délibérations à huis clos.

« So, how are we going to do it ? Je les interrogeai.

– Thank you so much Laura ! Without you… »

Le visage de Jelila exprimait une intense gratitude.

« Je t'avais dit qu'elle était chouette ma cousine, s'extasia Esme en espagnol.

– You are drunk.

– Toi aussi tu es pétée Jelila.

– Christ, we were supposed to work, je bougonnais. »

Esme m'ignora et poursuivit la conversation qu'elle avait avec la jeune Kane.

« Just, in conclusion. Go ahead, I'm telling you. He's young, well he looks young, he's hot, he's smart, he's single and he's free ! »

Mais de quoi parlent-elles encore ? Jelila pris une autre gorgée et repris, plus timide, en passant à l'espagnol :

« Tu sais, ça se fait pas trop chez moi.

– Pourquoi ? Au pire tu as un bâtard. Ça fera un khopesh de plus pour ta famille. Et puis il y a des plantes sinon… Demande à Laura. »

Je levais les yeux au ciel. J'étais la pharmacienne attitrée de toute la famille, en particulier en ce qui concernait les potions abortives. Je devrais ouvrir un commerce, je pensais. Les Menchikov vendent bien de la malachite, je pourrais vendre des poisons. Il y aurait beaucoup de preneur je pense. Je réclamais un verre. J'avais bien besoin de ça moi aussi, si nous devions passer la nuit à discuter exhumation de corps.

« Pourquoi tu es partie d'Espagne ? la relança Esme.

– Pourquoi tu penses que je suis partie ?

– Ah, bien sûr, les rumeurs…

– Ce ne sont pas que des rumeurs n'est-ce pas ?

– Rien n'a été fait sans l'accord d'Iskandar.

– Sans… C'était un putain d'assassinat politique ! »

Les gens se retournèrent interloqués. Jelila venait de crier sans s'en rendre compte. Je n'en tenais pas compte. En tant normal, les femmes n'étaient même pas admises dans ce genre d'établissement, mais nous étions des femmes Bellini, les choses étaient différente.

« Et au Nome, répliqua Esme. Tu penses qu'ils méritaient de se faire massacrer ? Les magiciens du rang ?

– C'était ton oncle !

– Bienvenue chez nous. A ta santé ! »

Elle leva son verre. J'étouffais un rire las.

« Et Gian, répliqua Jelila, c'était aussi la même chose ? Il dérangeait tant que ça ?

– Gian c'était un connard, marmonna Esme. Avec Maurizio ils s'occupaient des finances de la famille. Tu crois qu'il vient d'où l'argent pour tout ça ?

– Il connaissait mon père, souligna Jelila.

– Pfff, soupira Esme.

– C'est marrant, je remarquai, ton père avait bien meilleure réputation que ton oncle. Auprès des maisons qui ne s'alignent pas sur Horus je veux dire. Depuis sa mort, les langues se sont déliée et n'hésitent pas à ternir sa mémoire. Mais ils oublient l'essentiel.

– Qui est ?

– C'était un réformateur, il aurait réformé notre maison. Plus personne n'ose élever la voix. Le chef lecteur leur a rogné les crocs, à tous. Mais Iskandar n'en a plus pour longtemps. »

Je m'étonnais de mes propres paroles. Jelila fixa ostensiblement le fond de son verre, en proie semble-t-il à une émotion vive mais soigneusement maitrisée. Je poursuivis :

« Tu vois notre palais ? Il y a quelque siècles il bruissait de bruits, et de joie. Maintenant, les chants se sont tus, les enfants ne courent plus, les coupes prennent la poussière. Nous sommes en pleine décadence. Et pas juste nous, les grandes familles, chacune d'entre elle court à sa perte. Nous sommes juste un peu en avance.

– Ce que tu dis est un mensonge, elle protesta. Regarde ! Les Menchikov se sont relevés de leurs cendres. Les Mazrui, les Hogan prospèrent de par le monde. Des cousins, j'en ai des dizaines, la jeune génération, prête pour la relève.

– Et tous ces tressautements préparent la grande tragédie. Mais vous êtes les Kane, lors vous courez à la flamme. Combien d'autre famille ne sont plus que poussière d'ombre ? Les Montespan, les La Roque, les Borjas y Centellas, les Alvensleben, les Si, les Koité et les presque disparus. Sans compter tous les autres grands noms qui ont plongé dans l'oubli. Ne t'y trompe pas, nous nous sommes éloigné de notre berceau sacré. La Maison de Vie est aux mains de bâtards, de descendants perdus et de sang bas. Des roturiers et de la canaille.

– Pourquoi tout cela ?

– Nous avons renié nos dieux.

– Alors toi aussi tu y crois ? C'est de la trahison, murmura Jelila. »

J'haussai les épaules.

« J'ai déjà bien assez trahi. Quelques mots ne m'achèveront pas. Nous avons renié nos dieux, mais avions nous bien le choix ? Ils nous ont abandonné, le jour où les armées d'Auguste défilaient dans Alexandrie vaincu. Les dieux n'ont pas eu d'amour pour leur peuple, ils l'ont laissé crever comme un malfrat sur un gibet de potence. Ils se soumirent à l'Unique et laissèrent les prêtres de Rome fermer la porte des temples. »

A côté de nous, Esme éclata de rire. Je poursuivis en la regardant :

« Les Celtes furent vaincu par Rome eux aussi, mais ils ne crachèrent pas sur les leurs. Leurs druides gardèrent le secret, resurgirent dans les campagnes à la chute de Rome. Mais nous sommes centralisés, le chef lecteur décide pour tous. Iskandar a mené seul sa croisade de vengeance et l'a imposée à nous tous. »

Mais Esme riait toujours.

« Qu'y a-t-il ? lui demanda Jelila.

– Ton père, elle dit, ton père causait de ça avec Gian. Il en connaissait un rayon dans ce genre d'affaires nébuleuses. Et vous voilà au bistrot, à comploter à leur suite, avec vos grands mots, comme si vous disiez des choses rares et intelligentes. »

Les yeux de ma cousine bâtarde pétillaient de malice insolente.

« Parler de décadence et des anciennes manières se fait partout. Chaque famille a rêvé un jour ou l'autre de ramener les dieux. Iskandar n'a jamais eu besoin de faire quoi que ce soit, pourquoi ? Parce que vous ne savez plus rien.

– Esme…

– C'est vrai, le savoir s'est tari. Personne ne sait comment se préparer corps et âme à être l'hôte d'un dieu. »

Esme finit son verre. Jelila ne dit rien, mais un sourire lui échappa, la grimace de désir de celle qui cherche. Je la regardai dans l'ombre, yeux brillants, cœur noué. Elle est douée cette fille, et j'ai peur de son désir. C'était la même étincelle qui éclairait jadis la bouche de mon frère quand il lisait ses généalogies, la même chose un peu folle qui animait Anna comme elle m'apprenait à lire le feu et les vents. C'était probablement la grimace qui agitait le visage du premier Champollion déchiffrant le premier ce qui aurait du rester caché.

« Quand Gian est rentré de France, il était inquiet, je me souvins. Il ne cessait de tenir des propos de ce genre, sur les dieux, les prophéties, le serpent… Il en était devenu obsédé. »

Mes frères avaient l'habitude de parler devant moi. La plupart du temps ils m'oubliaient même. J'en profitai bien. Les hommes Bellini, vains, prétentieux, et complètement à côté de la plaque.

« Comment allons- nous y prendre ? demanda Jelila.

– Sans moi, dit Esme. J'ai fait ma part du boulot.

– Gian n'est pas enterré avec le reste de la famille, je lui expliquai. C'est Chiara qui l'a trouvé, un trou dans le front, enterré sous le gazon, devant notre palais à Rome. Grand-mère l'a enterré en compagnie d'Antonio, son père, et de Maurizio, j'expliquai. Je n'ai fait que préparer le corps, les rites d'embaumement, je précisai. Ils ont procédé tous trois aux incantations usuelles, pour prévenir la nécromancie. Elles ont au moins trois mille ans d'ancienneté. Quand vous aurez le corps, vous ne saurez qu'en faire.

– Nous verrons cela répondit Jelila calmement. Le corps d'abord. »

Un cadavre pour payer une alliance.

« Antonio est mort il y a un mois. Seul grand-mère sait.

– Nous avons tant d'ennemis. Ca pourrait être n'importe qui, murmura Esme. Et Maurizio est toujours en Antarctique.

– Il rentre demain, lui dit Jelila. En échange de l'information. Mais j'aurais tout de même besoin de toi. »

Je levai un sourcil.

« Tu as déjà tout arrangé ?

– Avec le Chef Lecteur, oui. Ce genre d'accord est fréquent. Je pars demain pour l'Antarctique. »

Alors Maurizio revient… Je ne sais s'il s'agit d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle… Encore faudrait-il qu'il parle. Si grand-mère l'avait choisi, ce n'était pas pour n'importe quelle raison. Maurizio était une tombe, rien ne quittait jamais ses lèvres. Et notre meilleur combattant. Sforza n'a qu'à bien se tenir.


III. 29 juin 1931

Nous avions choisi une nuit sans lune. Le cimetière teutonique du Vatican était particulièrement glauque. Là où sont les teutons avait dit Maurizio. Ses lèvres de fauves s'étaient retroussées dans un grand rictus. Bonne chance les nécromanciens en herbe, il avait ajouté.

Il a raison, c'est stupide. Jelila et Desdemona avançaient devant moi à grandes enjambées. Les deux avaient l'air assez gai, compte tenu de la situation. Elles avaient presque l'air de se rendre à un pique nique, plutôt que de s'apprêter à profaner une tombe.

« Imaginez la tête du pape, si jamais il sort et nous voit ! » plaisanta la Sforza.

Très drôle. Elle n'a vraiment peur de rien cette fille. Comme si ce n'était pas assez d'aller profaner le cimetière du Vatican. Je fis un signe de croix discrètement. Vierge Marie, pardonnez nos offenses. Jelila me jeta un coup d'œil en biais. Je l'ignorai.

« C'est encore loin ? » râla Jelila.

C'est tout ce qui l'intéresse ? J'avais fini par comprendre que Jelila adorait râler et se plaindre. A la française. Elle aurait pu bien s'assortir avec Como en fait.

Enfin, je m'arrêtai devant un caveau gothique sans nom. Les hiéroglyphes protecteurs grésillèrent à notre approche. L'endroit est bardé d'énergie.

« Reculez, je leur intimai. Ils réagissent à votre présence. »

Une Sforza et une Kane, tu m'étonne que l'alarme s'active. Je m'approchai lentement. Je performais la plupart des rites d'embaumement au sein de ma famille, le portail devait me laisser passer. Je rentrai. L'intérieur du caveau était nu, de pierres noires, sans aucune inscription. Il y avait la place pour une dizaine de cercueils, ce qui ne m'avançait guère.

Je murmurai le hiéroglyphe pour révéler les choses cachées. Aucune réaction. Je sortis alors de ma poche une fiole et un pinceau et badigeonnait les murs d'un liquide transparent. Enfin, des lettres commencèrent à apparaître à la lumière de ma torche. Du phénicien. Je le lisais mal. Nonna avait toujours insisté pour que je l'étudie. Je comprenais mieux pourquoi.

Je parvins à grand peine à déchiffrer le nom de mon cousin. Gian Bellini. C'est celui-là. Je murmurai quelques mots en phénicien. Une fois les alarmes désactivée, je passai à l'égyptien. Enfin, la pierre tombale disparut et le cercueil sortit du mur puis du caveau, lévitant, à mon commandement.

Je sortis à sa suite. Jelila et Desdemona avaient les yeux rivés sur lui.

« Il est à toi, je m'adressai à ma prêtresse Sem. Fais-en ce que bon te semble. »

Ne suis-je pas en train de lui vendre des secrets de famille ? Mais si la paix est à ce prix, je veux bien payer.


IV. 10 juillet 1931

Le mot me brûlait les mains. Je l'avais relu un nombre indéfini de fois, mais son sens m'inquiétait toujours autant.

« Ce soir. Rendez vous avant minuit, derrière San Giorgio Maggiore. Ne le dis à personne. Como. »

Maurizio est rentré. Il surveille la ville. Como ne lui échappera jamais. Quel idiot. S'il vient à Venise il en mourra. Je les surveillai tous au dîner, et en particulier mes ainés. Duccio était à la droite de mon père qui faisait face à Nonna. Il nourrissait sa fille Zaira en même temps qu'il plaisantait avec Giulia, assise en face de lui. Cosimo était absent, il avait rejoint ma mère à Rome, avec Orfeo. Chiara était absente également. Sa place habituelle, à la gauche de Nonna était occupée par Maurizio. Celui-ci, le visage fermé s'acharnait sur sa viande sans vraiment y toucher. Son beau visage s'était émacié. Il avait perdu deux doigts.

Mon père était de bonne humeur ce soir-là, il ne cessait de babiller sur tout un tas de choses sans intérêts. Duccio lui répondait gaiment. Maurizio les fusillait du regard, Duccio en particulier.

Duccio avait eu Zaira avec une prostituée quelconque, mais au lieu de faire ce que n'importe qui ici aurait fait, la laisser à sa mère, il l'avait ramené ici pour l'élever en Bellini. Mon père s'était piqué lui aussi piqué d'affection pour cette gamine, sa petite fille, qui réagissait si bien à ses sourires. Et puis elle faisait de la magie, elle était capable de convoquer le chaos quand elle piquait ses grosses colères. Maurizio ne la considérera jamais comme une des nôtres. Mais Nonna ne rejette jamais personne, pour peu qu'il ait une goutte de sang à voir avec nous. Je le regardais découper sa viande, encore et encore. Mange, ne mangeras tu donc pas ?

Enfin, je soupirai, soulagée, en le voyant avaler un morceau. C'est trop facile. Une petite fiole versée dans une soupière, et puis c'est tout. Une deuxième fiole demain matin et tout sera résolu. Qu'est ce que je fais ? Suis-je encore très sage Nonna ?

Comello. Un instant j'étais de nouveau en Sicile. Mère n'était pas avec moi elle était dans la maison, à rire avec oncle Ignacio. Ils avaient toujours été amoureux l'un de l'autre, mais s'étaient interdit de suivre leur cœur. Ou peut-être que non, peut-être qu'elle était adultère. Ce serait une histoire bien banale pour les murs de ce palais. Ils en ont vu d'autre. Pendant que mon père allait chasser du côté de Bologne, ma mère nous emmenait toujours passer nos étés en Sicile. Giacomo et Chiara y retrouvaient leur cousine. Les trois étaient inséparables et insupportables. Surtout Chiara, elle les faisait pleurer, ou initiait des jeux stupides, du style : allons escalader cette drôle de falaise.

Je fermai les yeux, prise d'une vague nostalgie. Orfeo n'était pas encore né. Mes cousins et frères ainés restaient avec mon père. Ma mère était avec oncle Ignacio, dans la loggia, ils chantaient des airs d'opéras et de vieilles romances siciliennes, mangeaient des oranges sanguines et lisaient de la poésie. Nous les retrouvions le soir, notre oncle nous récitait du Dante à la lueur des chandelles. Como se cachait dans mes jupes lors des passages les plus effrayants.

Je me rappelai sa bouille d'enfant sage, aux grands yeux gris, aux mèches soigneusement coiffées. Tu étais si mignon quand tu étais petit.

Le Giacomo que je retrouvai le soir même, derrière la cathédrale San Giorgio avait bien peu à voir avec l'enfant des plages de Sicile. Il était soucieux, le visage ridé et fatigué. Passé aussi les frayeurs nocturnes, il se mouvait dans la nuit comme si elle était son royaume. Qu'est-ce qu'on a fait de toi ? Pourquoi a-t-il fallu que tu partes à la guerre ? Tu es parti un jour en France, et maintenant il semble bien qu'il n'y a plus que les français que tu daignes bien aimer.

« Laura... »

Il demeura incertain, figé à quelques mètres. Je réalisai soudain que nous ne nous étions pas vu depuis presque dix ans.

« Merci, il dit doucement.

– Tu voulais me voir ? Je lui demandai, étonnée de la sécheresse de mon propre ton.

– Je voulais te voir. J'aurais bien demandé à Chiara mais je ne la trouve nulle part.

– Elle est partie.

– Où ça ? »

Mon visage resta fermé, ma bouche close. Il a toujours préféré ses sœurs, ses cousines. Normal, quand on voit ce que lui faisaient ses frères…

« Où est Set Laura ? Comment sont morts les prêteurs ?

– Maurizio vient d'être relâché. Il a juré sur Ma'at de venir te trouver. Il surveille la ville. S'il te trouve…

– Je devais venir. Tu sais que je sais. Tu dois faire cesser ça.

– Grand-mère a passé un marché avec la mort. Elle a donné les noms de Voiello, puis des prêteurs romains. Je ne sais pas de qui d'autre. Tu sais qu'on n'arrête pas un marché avec Set. Iskandar s'en charge. Il va nous permettre d'avoir le reste, le reste des Cinq.

– Elle essaye de le doubler Laura, tu le sais, tu l'as compris. De la manière habituelle. Vous allez chuter. Et les familles combattantes extermineront ce qu'il reste de Sethiens. Et s'ils ne s'en chargent pas, Baal vous dévorera.

– Le seul moyen de lutter contre les dieux est de leur en imposer d'autres.

– C'est un acte d'hybris.

– Pour les Grecs, oui. Mais nous, nous ne sommes pas Grecs, nous sommes les concurrents et les rivaux des dieux.

– Baal et Set ont été assimilés. Ils sont les deux versants d'une même pièce. On ne parle plus de deux dieux. Que croyez-vous faire ?

– C'est en jouant de cette division que nous gardons le contrôle. Si nous ne sommes qu'Egyptiens, nous sommes faibles. Si nous sommes des Hyksôs, un entre-deux, nous sommes puissants de nouveau.

– Je t'en supplie, écoute moi.

– Chiara est partie, c'est trop tard. Quant à Set, tu ne le trouveras pas. Il ne bouge pas, il attend son heure, ça prendra peut-être des années.

– Set n'est jamais aussi prévoyant.

– Rarement, pas jamais.

– Il a déjà provoqué un massacre au Sud de la France il y a quelques jours. Il a besoin de se nourrir tant qu'il n'aura pas d'hôte assez fort. Et il faudra bien du temps, avant qu'il ne reçoive ce dernier payement. Lucrezia a pris un risque trop grand pour nous. Elle savait qu'elle se liait au seigneur du chaos pour plusieurs années. »

Est-ce que je lui dis ? Qu'est-ce que ça changera ? Qu'est- ce qu'il en fera ?

« C'est un jeu de survie. Et ça s'intensifie. Parce qu'Iskandar n'est pas éternel. D'ici moins d'un siècle il sera parti. Et quand il sera mort, rien n'empêchera le reste des prêtres d'Horus de nous faire la peau à tous. Ils sont nombreux, infiniment plus nombreux. »

Je fis un pas vers lui.

« Nous sommes les plus puissants des Sethiens. Nous devons nous protéger et protéger nos membres. Contre le monde entier.

– C'est un engrenage Laura, un rouage d'alliance. Comme avant la grande guerre, elle est descendue sur nous par des rouages d'alliances : et la Russie soutient la Serbie, et la France et le Royaume Uni la Russie, et l'Allemagne l'Autriche.

– Et c'est bien triste, mais c'est ainsi que les choses marchent. »

Je le fixai dans ses yeux, frappée par leur gravité qui remplaçait la malice habituelle.

« Abdias Kane est mort. Nahum Kane est mort. Nos chances de réformer ce système sont parties. Quand Iskandar sera parti, ça explosera.

– Laura. Je suis venu te voir, parce que je sais que tu es la seule attachée à cette famille. A ses membres, pas à son nom. Tu peux aider. Il ne faut pas descendre là-dedans. A tragédie qui sortira de ça engloutira tous ceux qui y toucheront, de près ou de loin.

– Mais toi tu ne peux rien, tu n'as rien à dire. Parce que tu n'en fais plus partie, je sifflai avec rage. »

Oh Champollion, il avait bien juré de détruire la Maison à ce qu'il semble. Un coup, et puis plus rien, il a jeté le chaos en si peu de temps. De nouveau nous sommes là à nous assassiner.

« Tu as choisi ton camp. »

Je lui tournai le dos à regret.


V. Conclusion : 11 juillet 1931

« Je t'ai manqué petit frère ? »

Alors que je m'apprêtai à descendre du parapet, la voix de Maurizio claqua derrière moi comme un fouet. Le monde explosa en un déluge de feu. Je suivi l'ouragan.

« Tu devais t'y attendre, le jour où tu as choisi de cracher sur ta famille, tu aurais du le savoir que je reviendrai te faire la peau. »

Je n'entendais pas les réponses de mon petit frère, juste la voix enragée de Maurizio. D'autres bruits de bataille retentirent, je courais de toutes mes jambes en direction du bruit.

« Tu me prends pour un imbécile ? J'ai vu le corps d'Azzio. Je connais ce genre de travail. Desdemona l'a fait enterrer à cercueil fermé bien sûr. »

Le combat de mes frères se déplaçait vite dans la ville, ils avaient déjà passé la Giudeca, et filaient vers la lagune. Je n'arrivai pas à les rattraper. Je me changeai en corbeau pour les suivre.

« Il finira par t'abandonner, comme tous les autres. »

La lutte fut intense mais brève. Quand je les rejoignis enfin, au Nord de l'Arsenal, le combat était déjà terminé. Maurizio tenait Como par la gorge et l'avait soulevé dans les airs. Je me posai et repris ma forme initiale :

« Laisse le partir !

– Ne te mêle pas de ça !

– Maurizio, laisse-le ! »

Giacomo ne pouvait pas ajouter grand chose dans sa position.

« Tu ne sais pas, tu ne sais rien de ce qu'il a fait, ce qu'il nous a fait à tous. Après avoir trempé ses mains de notre sang, il nous a jeté en pâture aux mains des familles combattantes. »

J'inspirai profondément pour me calmer.

« Ecoute. J'ai donné du poison hier soir au dîner. Je vous ai tous empoisonnés. Laisse le partir, ou je ne donnerai à personne l'antidote. »

Il me regarda, choqué et perdu.

« Tu mens !

– Tu veux vérifier ? Tu penses que je n'aurais pas prévu le coup ? Pas pris mes précautions avant ?

– Laura, sale trainée !

– C'est un Bellini. Si tu le fais tomber, alors nous tomberons tous avec lui. Laisse-le. »

Maurizio hésita un dernier instant, puis, à regret, le laissa tomber au sol. Il lui cracha au visage.

« Nous en reparlerons en temps voulu petite sœur. Ne compte pas t'en tirer à si bon compte, il me menaça. »

Furieux, il me poussa et quitta le parapet dans un tourbillon noir. Giacomo se releva péniblement, se massant la gorge. Il ouvrit la bouche, mais je ne le laissai pas parler.

« Je t'ai prévenu. Ne peux-tu donc pas partir ? Tu as fais ton choix il y a bien longtemps déjà. C'est trop tard, tu comprends ? Trop tard !

– Laura...

– Dégage. Et si jamais tu reviens ici, c'est moi qui te tuerai. De mes propres mains, tu m'entends ? Fous le camp. »


Bernardo Bellini, ancien chef du 8ème Nome, Rome (décédé)

===Lucrezia Bellini, sa femme

===Cesare Bellini, leur premier fils

======Rosetta Bellini (née Cavallo), sa femme

======Duccio Bellini, leur premier fils

=========Line Bellini, sa femme

=========Vincenzo Bellini, son fils ainé

=========Cesare Bellini, son deuxième fils

=========Zaira Sabbia, sa fille bâtarde

======Maurizio Bellini, leur deuxième fils

======Laura Bellini, leur première fille

======Cosimo Bellini, leur troisième fils

======Chiara Bellini, leur deuxième fille

======Giacomo Bellini, leur quatrième fils

======Orfeo Bellini, leur cinquième fils

===Daniela Bellini, leur fille

===Ignazio Bellini, leur deuxième fils

======Esme Sabbia, sa fille bâtarde

===Antonio Bellini, leur troisième fils

======Gian Bellini

======Giulia Bellini