Et me revoilà ! J'espère que vous avez passé des bonnes vacances et que vous encaissez le confinement à peu près bien. Perso, je suis assez casanière à la base, et je faisais déjà du télé travail, alors ça change pas trop ma vie huhuhu.


Zeus a pris son rôle très au sérieux. Les invités du Seigneur Aggelos ont tous droit à une chambre, à l'exception de Sarpédon et Aiacos qui ont annoncé, à leur retour, qu'ils dormiraient dans la forteresse de Lucéma. Tandis qu'Albafica se repose dans sa chambre, les autres se sont réunis sur l'une des nombreuses terrasses du palais. De la nourriture a été mise à leur disposition et tout le monde bavarde, ou joue, dans une atmosphère de bonne humeur, malgré le non-dit qui plane. En effet, depuis qu'ils sont revenus, Aiacos n'a pas voulu dire ce qu'il avait fait de Grelhart. Sarpédon reste tout aussi silencieux sur le sujet. Néanmoins, personne n'a manqué de remarquer le sang sous les ongles du Garuda. Vaguement mal à l'aise, Zeus évite d'avoir à trop s'adresser à lui, mais n'en reste pas moins aimable avec tous les autres.

Kanon fait honneur à la nourriture Anthémienne, curieux de goûter à chacun des fruits, petits pains, fromages, confitures et boissons qu'il voit devant lui. Les autres ont tôt fait de suivre son exemple, se sentant particulièrement affamés devant cet étalage de bonne bouffe qui semble envoyer le Dragon des Mers au paradis à chaque bouchée. Il faut dire qu'ils n'ont rien avalé depuis leur départ de la Terre.

La bouche pleine, Kanon observe régulièrement la terrasse, le paysage qu'il aperçoit, et songe à tout ce qu'il a vu depuis son arrivé dans le Royaume de la Création et de la Destruction. L'endroit lui plaît beaucoup. Ses seuls regrets étant de ne pas avoir pris son nécessaire à dessiner et que Rhadamanthe ne soit pas là pour en profiter avec eux.

De son côté, Saga est lancé dans une discussion avec Zeus qui lui pose beaucoup de questions sur les Dieux de la Terre, encore tout étonné d'apprendre que son homologue est le chef de tous.

Au bout de la table, Minos reçoit les cartes à jouer que lui donne Aiacos. Celui-ci a demandé à Zeus s'il avait toujours un exemplaire de l'un des jeux de ce monde, puis a entreprit d'initier Minos à l'un d'eux. Juste à côté d'eux, Sarpédon étudie le plan d'Anthéma avec attention, en compagnie d'Avenir.

- Maintenant qu'on a récupéré le Seigneur Aggelos, que va-t-on faire ? interroge le Chevalier du futur. Anthéma a encore besoin de lui. Il ne peut pas repartir en abandonnant à ce nouveau ce monde.

Les sourcils froncés par la concentration, Minos ne lève pas les yeux de ses cartes :

- Et le connaissant, c'est inenvisageable à ses yeux. Néanmoins, il ne peut pas non plus rester indéfiniment ici.

Au même moment, Zeus tourne la tête vers la pièce voisine et se redresse en s'exclamant :

- Mon Seigneur ! Vous êtes déjà debout ?

Le sourire aux lèvres, Albafica les rejoint :

- J'ai dormi deux heures et je peux mieux me reposer, sans le stress lié à Grelhart. Je retournerai me coucher tout à l'heure.

Le Grand Pope le dévisage avec attention, avant de hocher la tête :

- Tu as effectivement l'air d'aller mieux que tout à l'heure.

- Comment tu te sens ? enchaine son frère jumeau.

- Soulagé, répond l'intéressé, grâce à vous tous. Je vous suis infiniment reconnaissant d'être venu m'aider.

Albafica s'adresse ensuite à son serviteur :

- J'ai entendu ce que vous disiez, il y a quelques instants.

Zeus lui installe un coussin près de leur groupe. Le Seigneur de la Création, bien que souriant, ne se fait pas prier pour prendre place. Ses gestes et sa façon de se mouvoir trahissent la fatigue qui l'habitent encore. Attrapant un petit pain fourré au fromage et un verre de jus de fruits violet clair, il continue :

- J'ai déjà réfléchit à la question et j'ai une proposition. Néanmoins, il faut qu'elle convienne à tout le monde.

- Nous t'écoutons, déclare Saga en lui faisant signe de continuer.

Le jeune homme hoche la tête en avalant une bouchée de son petit pain, puis reprend la parole :

- Il est effectivement hors de question que j'abandonne Anthéma Doralis.

- Sans blague… marmonne Minos.

Sarpédon le fait taire d'un petit coup de coude dans les côtes.

L'échange n'a pas échappé à Albafica qui sourit en continuant :

- Et je ne peux pas non plus laisser tomber la Terre, c'est tout autant ma maison.

Son regard se pose sur Saga, tandis qu'il lui demande :

- Tu as su ouvrir un portail entre la Terre et Anthéma. Je suppose que tu sauras ouvrir l'accès dans l'autre sens ?

- Bien entendu !

- Et tu seras à présent capable d'ouvrir n'importe quand et facilement un portail dimensionnel à destination d'Anthéma ?

Le Grand Pope hoche vigoureusement la tête :

- Oui, sans la moindre difficulté maintenant que je connais le chemin. Chaque fois que tu auras besoin de faire des allers et retours entre ces deux mondes, je peux t'ouvrir l'accès.

-Merci. Sur le plus ou moins long terme, je chercherai une solution pour ne pas avoir à t'embêter à chaque fois.

Saga acquiesce à nouveau. Albafica porte alors son attention sur Aiacos en train de battre ses cartes pour entamer une nouvelle partie :

- Comment est le décalage temporel ? Tu en as une idée ?

Le Garuda prend brièvement l'air pensif, avant de répondre :

- Un jour sur Terre vaut environ trois ou quatre jours ici. Plutôt trois jours.

- Merci.

Devant cette information, le jeune homme se met à réfléchir tout en finissant de manger. Constatant que Minos s'intéresse davantage à la conversation qu'au jeu, Aiacos entreprend de construire un château avec ses cartes. C'est sans compter sur Sarpédon qui semble avoir envie de souffler de façon aléatoire sur sa construction, en prenant l'air le plus innocent du monde.

- Ok, reprend soudain Albafica. J'ai une suggestion. Si on se base sur le calendrier terrestre : je pourrais m'absenter deux fois par mois, pendant deux jours.

S'adressant à Minos, il précise :

- De préférence, en début de semaine. C'est là que tu as le plus de travail à Knossos, mon absence ne devrait pas trop te déranger.

La proposition plait énormément à Zeus qui s'enthousiasme immédiatement :

- Ça me parait être une excellente idée ! Si je compte bien, ça signifie que vous viendrez ici de façon régulière, pour au moins six jours à chaque fois !

Fronçant les sourcils, Minos ouvre la bouche :

- J'émets une objection, Poisson. Ok pour deux jours d'absence, mais je viens avec toi. Donc cales plutôt tes visites sur les fins de semaines.

Le visage de Zeus montre clairement une expression guère ravie, tandis qu'Albafica s'étonne :

- Je ne pensais pas que tu aurais envie de revenir si souvent.

- Curiosité purement scientifique ! s'empresse de répondre le Griffon avec un aplomb désarmant. Cet endroit est si différent de chez nous que je veux voir plus précisément comment tout ce monde fonctionne !

Hilare, Kanon se moque :

- Tu parles ! Dis surtout que tu as peur que Zeus marche sur tes plates-bandes en ton absence et qu'il te pique Alba.

Le Dragon des Mers plonge derrière son Jumeau pour se cacher et esquiver la boite en carton, qui contenait les cartes, que Minos vient de lancer rageusement dans sa direction. Saga se la reçoit en pleine face.

Aiacos fait la moue :

- Abîme pas mes affaires, Minou… Déjà que Sarpy sabote mon château…

- Pas du tout ! proteste le rouquin en s'affairant soudain à lui construire son château de cartes. Je ne sabote rien, je t'aide, tu vois ?

Blasé, Zeus secoue doucement la tête en soupirant. Beaucoup plus amusé qu'il ne le laisse paraitre, Albafica opine du menton :

- C'est d'accord, Minos.

Au fond, il est on ne peut plus ravi que sa Moitié veuille venir avec lui ici. Le jeune homme reprend en s'adressant aux autres :

- Evidemment, vous aussi vous pourrez revenir de temps en temps, si vous voulez.

- Oh oui ! s'exclame Kanon. J'aimerais que Rhada découvre ton monde ! Et en plus, ça le forcerait à lâcher un peu son boulot !

Son Jumeau reste silencieux, mais c'est une pensée relativement identique qui le traverse. Asmita aimerait certainement venir ici, au moins une fois.

Installé à côté d'Albafica, Zeus demande d'une voix aussi neutre que possible :

- Je suppose que vous n'allez pas tarder à retourner dans votre autre monde.

Le jeune homme tourne la tête vers lui, percevant sa déception malgré ses efforts pour faire bonne figure. Il acquiesce :

- Oui, après-demain, je pense, nous partirons. Je dois rassurer les autres.

Tout en traçant des douves autour de son château de cartes, avec l'aide de petits graviers, Aiacos s'adresse à lui :

- Comment comptes-tu procéder à partir de maintenant, plus exactement ?

Modifiant sa position pour en avoir une plus confortable, Albafica réprime un bâillement, avant de répondre :

- J'irai parler aux Anthémiens, demain matin. Nul besoin de rentrer dans les détails, j'expliquerai simplement que les choses changent et que leur participation sera grandement appréciée, à partir de maintenant, pour reconstruire Anthéma. Je les informerai également du fait que je ne serai pas tout le temps là, mais que je viendrai régulièrement. Mes instructions seront données à Zeus qui gèrera les choses en mon absence.

- C'est trop d'honneur, Mon Seigneur ! Puis-je toutefois me permettre une suggestion ? Même deux ?

Derrière le serviteur blond, Minos exaspéré par ses manières s'est mis à le singer et à l'imiter en faisant des courbettes exagérées. Hilare, Aiacos retient à grand peine le fou rire qui manque de le secouer, tandis que Saga roule des yeux exaspérés devant leur attitude enfantine. Comprenant qu'il se trame quelque chose derrière lui, Zeus se retourne pour voir le Griffon absorbé par la contemplation du dressage du château de cartes. Il fronce légèrement les sourcils, peu dupe. Un vague sourire flottant sur ses lèvres, Albafica secoue la tête :

- Ignore les. Continue, je t'en prie.

Tout en jetant un dernier regard méfiant en direction de Minos, Zeus reporte ensuite son attention sur son Maître :

- Vous avez assez donné de votre personne. Les Anthémiens vous attendrons dès l'aube, prêts à vous voir à l'œuvre, puisqu'ils ne sont, pour le moment, pas au courant des changements que nous apportons. S'ils ne vous voient pas arriver, ils vont très certainement s'inquiéter. Je refuse que vous vous leviez à l'aube pour leur parler alors que vous pouvez enfin vous reposer correctement !

- Tout à fait d'accord avec lui, renchérit immédiatement Saga.

- Idem, appuie son Jumeau.

Tout en s'étalant nonchalamment sur les coussins disposés au sol, Minos hoche la tête :

- Je suis d'accord avec les lèches-bottes de service, il faut que tu dormes, Poisson.

Le front barré d'un pli d'inquiétude, Albafica opine du chef :

- J'entends bien, mais je ne peux pas laisser les Anthémiens m'attendre, demain, en se faisant du souci.

Tout en inclinant légèrement le buste, Zeus répond immédiatement :

- Permettez-moi de leur parler, à votre place et en votre nom. Je me chargerai de leur transmettre votre message, vous pouvez compter sur moi.

Le regard du jeune homme tombe brièvement sur le Griffon qui fixe le serviteur blond avec exaspération.

- D'accord. J'accepte ta proposition avec plaisir, Zeus, sourit le Seigneur de la Création.

- Tu parlais de deux suggestions, rappelle Aiacos sans quitter sa construction des yeux. C'est quoi, la deuxième ?

Surpris que la Destruction lui adresse directement la parole, le serviteur lui lance un bref coup d'œil, tout en se crispant, mal à l'aise. Il s'écarte très légèrement, presque malgré lui, avant de répondre en s'adressant à nouveau à son Maître :

- La reconstruction d'Anthéma va prendre du temps et nécessitera la présence régulière d'une personne sur le terrain, pour superviser les travaux. Mais il est également indispensable de maintenir quelqu'un en poste ici, afin de pouvoir recevoir les Anthémiens et leurs requêtes. Je ne peux pas être aux deux endroits en même temps.

L'air pensif, Albafica attrape un fruit dans la coupe devant lui et commence à l'éplucher :

- Oui, tu as effectivement besoin de quelqu'un pour te seconder. Fais de ton mieux jusqu'à ce qu'on te trouve une personne efficace.

Ses yeux croisent ceux de Zeus. Ils n'ont pas besoin d'échanger un mot pour savoir qu'ils ont la même pensée autrefois, ce rôle de second était tenu par le Minos Anthémien qui le remplissait à merveille. Trouver un remplaçant ne sera pas forcément une tâche difficile, par contre ce sera une façon définitive de tourner la page du passé.

Nouvelle Anthéma, nouveau Minos, nouvelle vie… Je suppose que je peux voir les choses ainsi. Tout évolue, ici comme sur Terre, songe le jeune homme en croquant dans son fruit.

Tout en s'étirant avec un grognement de bien-être, Kanon demande :

- En attendant de trouver cette fameuse personne, est-ce qu'on peut dépanner d'une manière ou d'une autre ?

- Moi j'veux bien aider les Anthémiens à reconstruire ! s'exclame Sarpédon en levant le bras comme un écolier.

- T'es sérieux ? marmonne le Garuda. J'avais pas l'intention de m'éterniser ici, moi…

- Rien ne t'empêche de repartir avec le reste du groupe, tu sais.

- Et te laisser ici ? proteste Aiacos en le frappant légèrement sur le sommet du crâne avec l'une des cartes à jouer. Ça ne va pas, non ? Je m'ennuie, sans toi, moi !

Le visage affichant une expression ennuyée, Zeus les observe tous les deux, tour à tour, sans savoir quoi dire. A ses yeux, l'aide de Sarpédon serait plus que bienvenue, néanmoins il n'a guère envie que la Destruction reste dans son périmètre personnel.

Alors qu'il est en train de terminer son fruit, Albafica tressaille lorsqu'une main lui frôle le bras. Tournant la tête, il voit Avenir accroupit près de lui.

- J'aimerais vous parler en privé, souffle le Chevalier.

Un peu étonné, le jeune homme acquiesce, puis se redresse pour se remettre debout.

- Où tu vas ? s'enquiert aussitôt Minos en faisant mine de se relever.

Son amant lui fait signe de ne pas bouger :

- Je dois m'entretenir avec Avenir. En privé. Reste ici avec les autres.

Le Griffon fronce les sourcils, sans protester, bien que ça ne soit pas l'envie qui lui manque. Il sait très bien que s'il râle, Zeus ne va pas se priver pour lui faire une remarque devant tout le monde, et le Roi de Knossos n'a pas envie d'offrir ce spectacle à ses frères et aux Jumeaux. Il retient un soupire, ayant hâte de rentrer à la maison et de retrouver son Albafica bien à lui.


Fin du chapitre.

La suite sera postée vendredi prochain. Il y aura 33 chapitre au total pour cette sixième et dernière partie + un épilogue + un espèce de texte bonus. Autrement dit, d'ici un mois / un mois et demi, nous terminerons cette grande aventure qui a, rappelons-le, commencé en 2013 !