Bonjour,
Voici le chapitre 13 et il est à nouveau corrigé par Marie C. Merci à elle pour son travail et le temps qu'elle consacre à la relecture et à la correction de mes chapitres.
Un nouveau personnage arrive et avec lui, les ennuis peut être ... ou la motivation suffisante pour enfin se dire les choses.
Merci de continuer à me lire et à m'écrire. Merci pour vos messages et votre fidélité.
Bonne lecture et à la semaine prochaine
Sydney8201
Musique du chapitre :
Everybody wants to rule the world de Tears For Fears
Chapitre 13 : Charme
« Accroche un sourire à ton visage, ça lui donne du charme. »
Roland Delisle
Dean avait eu besoin de quelques jours pour se remettre de son agression. Comme Castiel le lui avait demandé, il avait déposé plainte. Il y avait eu quelques questions gênantes. Et comme à chaque fois qu'il était question d'agression sexuelle, Dean avait eu la sensation qu'on cherchait une excuse à son agresseur. Les policiers ne lui demandèrent pas ouvertement s'il ne l'avait pas un peu cherché, mais c'était clairement ce qu'ils voulaient savoir. Le jeune homme réalisa alors combien il fallait du courage aux femmes et aux hommes victimes de viol pour supporter ce genre d'interrogatoire, pour oser porter plainte quand on les soupçonnait presque aussitôt d'être en partie coupable.
Il garda toutefois son calme grâce à la présence de Castiel et à son témoignage concordant. Il répondit à chacune des questions sans s'emporter. Il n'estimait pas avoir cherché à ce qu'on l'agresse. Peu importait la tenue qu'on choisissait de porter, les propos qu'on tenait ou la façon dont on se comportait, un viol restait un viol. Et une agression sexuelle n'était jamais excusable. « Non » voulait dire non. Point final.
Il n'avait toutefois guère d'espoir en termes de condamnation de son agresseur. Et c'était sans doute ce qui était le plus difficile à accepter pour lui. Il avait peur que Franck recommence. Qu'il parvienne à ses fins avec quelqu'un d'autre que lui. Quelqu'un qui n'aurait pas Castiel pour voler à son secours. Car il le savait, sans l'intervention de son ami, Franck l'aurait probablement violé. Il lui devait beaucoup.
Il reçut heureusement le soutien de Gabriel. Il n'en fut pas surpris. Il sentait que le coéquipier de Castiel était quelqu'un de bien. Quelqu'un sur qui il pouvait compter. En qui il pouvait avoir totalement confiance. Il était foncièrement bon et Dean savait qu'en l'absence de Castiel, il pouvait se tourner vers lui sans hésiter une seule seconde.
Sam, lui, accueillit la nouvelle avec inquiétude. Il ne blâma pas son frère. Il ne lui reprocha même pas son plan et son envie de faire sortir le tueur de sa cachette. Il était furieux contre Franck. Furieux contre ces hommes qui ne respectaient pas les autres et qui se croyaient tout permis. Et inquiet bien sûr pour son frère qui prenait volontairement tous ces risques. Dean apprécia son soutien. Il en tira la force de surmonter cette nouvelle épreuve.
Quand il fut certain qu'il avait repris le dessus et qu'il était capable de reprendre son enquête, il reprit contact avec Castiel. Il fut alors surpris d'apprendre que la police avait fait appel à un profiler du FBI pour les aider dans leur enquête. Visiblement, c'était une pointure. L'un des meilleurs dans son domaine. La pression était trop importante pour le maire et le chef de la police. Les journalistes parlaient de leur incapacité à trouver le coupable tous les jours. Ils devaient agir. Prendre le taureau par les cornes et faire enfin des progrès.
Dean n'aimait pas vraiment l'idée qu'une nouvelle personne soit mêlée à cette histoire. Il n'avait pas envie de le rencontrer, d'avoir à justifier sa présence. Si cet homme était incapable de le croire, il avait peur d'être mis de côté. Il avait besoin que Castiel ait besoin de lui. Mais un profiler pouvait obtenir des résultats plus ou moins similaires aux siens. Peut-être même meilleurs. Et Castiel devrait alors se fier à lui et non plus à Dean.
Il était toutefois trop tôt pour y penser. Castiel l'avait invité à rencontrer cet homme pour se présenter. Pour le moment, il restait un acteur important de leur enquête. Dean priait pour que cela ne change pas.
La rencontre n'eut pas lieu au commissariat. Visiblement, ce profiler n'aimait pas discuter dans un endroit formel. Il préférait le calme et le confort d'un café au centre-ville. Dean devait reconnaitre qu'il serait sans doute plus à l'aise lui aussi dans un tel endroit. Il n'aimait pas les regards que les autres policiers lui jetaient. C'était pire encore depuis qu'il avait porté plainte contre Franck.
Il se rendit au rendez-vous légèrement angoissé, mais déterminé à prouver qu'il pouvait avoir son utilité. A prouver sa bonne foi et à se faire accepter de cet homme.
Il vit tout de suite Castiel quand il pénétra dans le café. Comme à chaque fois qu'il avait rendez-vous avec lui, c'était presque comme si une force le guidait jusqu'à l'endroit où son ami se trouvait. Il savait que c'était en grande partie dû à son don, au lien qui l'unissait à Castiel depuis le premier jour.
Quand il fut enfin capable de détacher son regard de son ami, il remarqua l'homme qui était assis en face de lui. Il prit une seconde pour l'observer. D'ordinaire, son don lui permettait de se faire une première impression rapide. De sentir si la personne était bien ou mal intentionnée. C'était plus facile s'il pouvait voir son visage ou le regarder dans les yeux, mais il avait besoin d'avoir une idée, même imprécise, sur l'homme qu'il allait avoir à affronter avant de signaler sa présence. Histoire d'adapter son discours et son comportement.
Il n'eut besoin que de quelques secondes pour avoir une impression positive. Il pouvait sentir que cet homme était bon, qu'il prenait son travail au sérieux et qu'il avait réellement envie d'aider les autres. Il n'avait pas choisi cette carrière pour le prestige, pour booster son égo ou pour l'argent. Il l'avait choisie parce qu'il voulait être inutile et parce qu'il voulait sauver des vies.
Dean fut aussitôt rassuré. Il ne pouvait pas être sûr que le profiler allait l'accepter dans l'enquête ou le croire, mais il était là pour les aider et c'était déjà un bon point.
Dean s'approcha d'eux calmement malgré son angoisse. Castiel ne mit que très peu de temps à le remarquer. Il lui adressa aussitôt un sourire qui réchauffa le cœur de Dean et lui donna le courage de combler pour de bon la distance qui les séparait.
- Dean, souffla Castiel en se levant.
Le jeune homme lui rendit son sourire avant de se tourner vers le profiler. Dès qu'il croisa son regard, il ressentit presque aussitôt quelque chose de fort. Cet homme était charmant. Il était également séduisant. Dean fut troublé l'espace d'un instant. Ce n'était clairement pas comme avec Castiel. Quand il avait vu son ami pour la première fois, il avait aussitôt ressenti le besoin de faire partie de sa vie, l'envie de partager avec lui plus qu'une relation de travail ou une simple amitié. Il avait eu envie d'être avec lui. Avec cet homme, il ressentit un certain intérêt, mais ce n'était pas ce qui l'avait le plus troublé. C'était ce que le profiler ressentit en le voyant qui le heurta de plein fouet. Il avait à peine posé les yeux sur Dean que déjà il était intéressé, séduit. Et le jeune homme pouvait sentir qu'il tenterait sa chance rapidement.
- Monsieur Winchester je présume. Je me présente. Benny Laffite. L'inspecteur Novak m'a beaucoup parlé de vous. J'avoue que j'étais curieux de vous rencontrer.
Dean lui serra la main quand il la lui tendit et ce qu'il avait ressenti jusque-là s'amplifia un peu plus encore. Cet homme était foncièrement bon. Et particulièrement intéressé par le jeune homme. Il le trouvait séduisant. Il avait envie d'apprendre à le connaître. C'était quelque chose que Dean aurait préféré percevoir émanant de Castiel, mais il devait reconnaître que c'était agréable de se sentir ainsi désiré aussi rapidement. Il ne donnerait probablement pas suite, il n'avait que son ami en tête, mais il aimait l'idée qu'un homme aussi séduisant puisse avoir envie de lui.
- Appelez-moi Dean. Je suis trop jeune pour être Monsieur Winchester. Et je suis moi aussi ravi de vous rencontrer.
- Si je vous appelle Dean alors vous devrez m'appeler Benny.
- Benny, confirma le jeune homme en s'asseyant.
Quand il perçut quelque chose de négatif émanant de Castiel, il lui jeta un coup d'œil rapide. Il était étonnant qu'en étant aussi attiré par le jeune policier, Dean ait autant de mal à lire clairement en lui, mais c'était pourtant le cas. Il pouvait sentir que Castiel n'était pas content ou du moins qu'il y avait quelque chose qui clochait. Mais il était incapable de savoir de quoi il s'agissait.
- Qu'est-ce que Castiel vous a dit de moi ? demanda-t-il alors en reportant son attention sur Benny.
Le profiler lui sourit avant d'hausser les épaules.
- Que des choses gentilles si c'est ce qui vous inquiète. Il m'a également parlé de votre implication dans l'enquête et de votre … je le cite … de votre don.
Dean déglutit avec peine. C'était ce qu'il redoutait le plus. Que Benny ne soit pas le genre de personne à croire à tout ça, qu'il se moque de lui ou lui demande fermement de se retirer de l'enquête. Il jeta un nouveau coup d'œil à Castiel, mais ne perçut rien d'autre qu'un léger malaise. Il l'observa une seconde avant de lui sourire doucement. Son ami hocha la tête, mais ne se détendit pas complètement.
- Je sais que c'est probablement difficile à croire, mais je peux vous garantir que je ne suis pas un menteur ni un …
- Dean, arrêtez s'il vous plaît, le coupa Benny en souriant toujours. Ce n'est clairement pas ce que je pense de vous.
Le jeune homme fut surpris de l'entendre. Il sentit Castiel se tendre un peu plus et pendant une très courte seconde, il ne put s'empêcher de se demander si le jeune policier était jaloux. Il avait peut-être lui aussi perçu l'intérêt de Benny à son égard. Ou il avait tout simplement peur lui aussi que le profiler leur demande d'écarter Dean de l'enquête. C'était même sans doute la seconde option.
- Comment ça ?
Le sourire de Benny était apaisant et cela ne faisait que le rendre plus charmant encore. Dean aurait clairement pu se laisser séduire en d'autres circonstances. Le profiler était tout à fait son type d'homme. Mais bien sûr, c'était avant Castiel. Car maintenant, Dean n'avait plus que son ami en tête et rien ni personne ne pourrait changer ça.
- Je suis quelqu'un d'ouvert d'esprit. Croyez-moi. J'ai grandi en Louisiane et ma grand-mère pratiquait le vaudou. Je ne dis pas que je crois en la sorcellerie ou à tous les sorts qu'elle jetait, mais … je pense sincèrement qu'il existe dans ce monde des choses qu'on ne peut pas expliquer. Et si votre don peut nous aider à coincer ce tueur, alors je ne vais certainement pas vous dire d'arrêter de vous mêler de l'enquête. Toute aide est précieuse dans cette histoire.
- Votre grand-mère pratiquait le vaudou ? demanda Dean, surpris.
Il n'était pas très calé en la matière, mais il se souvenait avoir lu et vu dans les films que le vaudou n'était jamais quelque chose de positif. Que c'était un « art » pratiqué avant tout pour faire le mal. Il ne croyait pas à toutes ces choses avant, mais il était mal placé à présent pour se moquer ou douter d'une quelconque pratique maintenant.
- Oh je sais ce que vous vous dites. Le vaudou n'a pas bonne presse. Mais je peux vous garantir que ma grand-mère ne s'en servait que pour protéger et aider les autres.
Dean hocha la tête alors que Benny le fixait dans les yeux. Il était difficile de se détacher de son regard bleu. Il y avait quelque chose d'extrêmement doux dans ses yeux. Quelque chose qui l'apaisait sans qu'il ne sache trop pourquoi. Il y avait également une petite lueur qui brillait et qui l'amenait à penser que Benny était en plus quelqu'un d'amusant et de facile à aimer.
- C'est … je ne sais pas vraiment quoi dire. Je suis … je ne suis pas habitué à ce que les gens acceptent ce que je suis aussi facilement. J'étais prêt à argumenter et débattre avec vous. Je ne pensais pas que vous … seuls Castiel et Gabriel ont accepté de me croire et … enfin … je crois que je suis un peu sous le choc.
Benny acquiesça avant de boire une longue gorgée de son café. Il fit ensuite signe à la serveuse de s'approcher puis invita Dean à commander quelque chose. Le jeune homme se contenta d'un café noir avant de reporter son attention sur Castiel. Il n'avait toujours rien dit et semblait plus tendu au fil des secondes. Ce qui n'avait aucun sens puisque Benny n'était pas hostile. Sauf s'il y avait quelque chose que le jeune homme ne savait pas. Il ne pouvait toutefois pas poser la question maintenant. Il allait devoir attendre qu'ils soient seuls.
- Je suppose que ça ne doit pas être facile pour vous effectivement. Mais vous n'avez aucun souci à vous faire me concernant. Castiel m'a fait un résumé de tout ce que vous leur avez appris et cela a suffi à me convaincre que vous étiez un atout inestimable dans leur enquête. En plus d'être charmant et particulièrement séduisant.
Benny n'avait visiblement aucun problème à exprimer ouvertement son intérêt et devant témoins. Dean aimait sa capacité à dévoiler son jeu sans avoir peur d'être jugé. Il se fichait de ce que les autres pourraient en penser. Il était parfaitement à l'aise dans sa peau. C'était une qualité que le jeune homme appréciait.
- C'est … merci je suppose. Et … est-ce que vous … vous avez déjà pu vous faire une idée du genre d'homme après qui nous courons ?
Dean avait besoin de recentrer le débat. Il n'avait aucun problème avec l'intérêt que Benny lui portait, d'autant plus qu'il le trouvait particulièrement charmant, mais il pouvait sentir que Castiel n'appréciait pas son comportement et il ne voulait surtout pas que son ami soit mal à l'aise à cause de lui. Il était évident que le jeune policier préfèrerait les entendre parler de l'enquête.
- Droit au but alors … vous avez raison. Le travail avant le plaisir, mais … sachez que je reviendrai sur le dernier point que j'ai soulevé très bientôt. En attendant, et pour répondre à votre question, j'ai commencé à étudier le dossier et si je n'ai pas encore un profil précis à donner … j'ai cependant déjà quelques idées. Mais avant de vous en parler, j'aimerais entendre ce que vous avez à dire vous.
Dean appréciait que Benny lui demande ainsi son avis, qu'il ait envie d'entendre ce que le jeune homme avait perçu du tueur à travers ses rêves. C'était la preuve qu'il prenait sa présence au sérieux et qu'il prendrait ses propos en considération.
- Je ne suis certainement pas aussi doué que vous pour établir un profil, mais je … j'ai effectivement ressenti certaines choses quand j'étais dans sa tête. Et … c'est un homme qui n'assume clairement pas son homosexualité. Il la refoule depuis toujours et parce qu'il est frustré et en colère, il s'en prend à tous ceux qui vivent leur sexualité plus ouvertement. Il leur fait payer son mal-être.
Benny hocha la tête, visiblement intéressé et du même avis. Dean se tourna à nouveau vers Castiel. Il ne souriait pas et s'il regardait Dean comme toujours, il semblait avoir l'esprit ailleurs. Les idées qui tournaient en boucle dans sa tête étaient presque toutes négatives. Dean avait envie de lui prendre la main et de lui dire de ne pas s'en faire, mais puisqu'il ne savait pas vraiment ce qui le tracassait, il n'était pas sûr de savoir comment s'y prendre pour l'aider à se sentir mieux.
- Mais s'il n'assume pas son homosexualité alors pourquoi les violer ? demanda Benny.
Dean attendit que la serveuse ait posé son café et soit repartie pour répondre.
- Parce qu'il ne parvient pas à résister à ses pulsions. Je … je suppose que vous aurez probablement une meilleure explication à nous donner, mais … c'est ainsi que je le vois ou du moins que je le comprends. Cet homme a vécu dans le déni depuis toujours, mais il ne parvient plus à … peut-être qu'il … je pense qu'il tire une partie de son plaisir de la souffrance qu'il inflige à ses victimes. Et cela l'excite. Physiquement je veux dire. Il devient alors impossible pour lui de résister. Mais cela ne fait que renforcer sa colère et son dégoût quant à ce qu'il est … Ce qui le pousse ensuite probablement à chercher une autre victime. Il espère sans doute pouvoir faire mieux à chaque fois. C'est un cercle vicieux duquel il ne pourra jamais s'échapper. C'est pour ça qu'il ne s'arrêtera pas.
- C'est brillant … vous êtes … vous êtes brillant Dean, commenta alors Benny.
Il semblait sincèrement impressionné et si cela flattait clairement l'égo de Dean, ce n'était pas ce qui lui fit le plus plaisir. Car il percevait une immense fierté qui émanait de Castiel. Son ami était toujours tendu, mais il était fier de Dean et c'était ce que le jeune homme voulait ressentir émanant de lui depuis le début de l'enquête. Il sentit ses joues rougir et son souffle s'accélérer. Malheureusement pour lui, Benny n'interpréta pas sa réaction de la bonne manière.
- J'espère que mes compliments ne vous mettent pas mal à l'aise et si c'est le cas alors j'espère que vous pourrez me le pardonner, mais ils sont sincères. Je suis réellement impressionné par votre capacité à dresser un début de profil aussi précis. Il colle d'ailleurs parfaitement à celui que j'ai dressé de mon côté. Vous n'avez aucune raison d'être gêné Dean, vous devriez être fier de vous.
Le jeune homme déglutit avec peine. Il aurait aimé pouvoir dire à Benny que ce n'étaient pas ses compliments qui le gênaient autant, que c'était la fierté qu'il sentait chez Castiel qui le mettait dans cet état. Il ne voulait surtout pas que le profiler se fasse de fausses idées, mais il doutait que cela soit le bon moment pour le faire.
- Je … c'est … merci je suppose. Mais … euh …
Ce n'était pas son genre de ne pas savoir comment réagir face aux compliments d'un homme séduisant. Le plus souvent, la réponse lui venait naturellement, mais c'était différent cette fois. En partie parce qu'il y avait Castiel et qu'il pouvait sentir que le comportement de Benny l'agaçait considérablement, mais aussi et surtout parce que ce qu'il avait subi avec Franck était toujours dans un coin de sa tête. Il n'était pas encore prêt à faire face à des avances. Car si Benny ne lui en avait pas encore fait clairement, il savait que cela ne tarderait sans doute pas.
- Je vous ai mis mal à l'aise. Je suis désolé. Ce n'était pas mon but. Oubliez ce que je vous ai dit. Et revenons-en à notre affaire d'accord ?
- D'accord, accepta Dean, soulagé.
Il pouvait sentir que Castiel l'était aussi. Il se promit de lui demander ce qui clochait chez lui dès qu'ils seraient seuls. Il détestait le sentir aussi perturbé. Il avait besoin de l'aider à se détendre.
- Castiel, est-ce que vous partagez l'opinion de Dean concernant notre tueur ?
Dean fut surpris de voir Benny interroger ainsi son ami. Il ne lui avait pas vraiment prêté attention jusque-là, totalement concentré sur le jeune homme, mais il semblait avoir compris que ce n'était pas la bonne attitude à avoir.
Dean posa les yeux sur Castiel. Il semblait avoir du mal à répondre, mais il finit tout de même par prendre la parole à son tour.
- J'ai une totale confiance en lui. Et sa théorie me semble effectivement plutôt bonne. Mais c'est votre travail d'établir un profil non ? Sans quoi, je ne suis pas sûr de savoir pourquoi on vous a fait venir.
La réponse était un peu agressive et Dean trouvait cela injuste. Benny n'avait rien fait de mal. Il était même plutôt très agréable. Castiel n'aurait pas dû lui répondre sur ce ton. Il espérait que cela n'aurait pas d'impact sur leurs relations durant l'enquête. Ils allaient devoir travailler dans le même sens s'ils voulaient avoir une chance d'arrêter le tueur. S'ils se faisaient la guerre alors ils n'avaient aucune chance.
- C'est effectivement mon travail et la raison de ma venue ici mais j'estime que vous êtes celui qui connaissez le mieux votre dossier. Je sais que vous travaillez dessus depuis de longues semaines et j'ai toute confiance en votre jugement. Je ne sais pas comment les autres profiler fonctionnent, mais en ce qui me concerne, je demande toujours l'opinion de l'inspecteur en charge du dossier. Parce qu'il est celui le plus à même de m'aider à établir un profil.
Dean apprécia sa réponse. Benny était définitivement quelqu'un de bien. Il espérait sincèrement que Castiel saurait le sentir lui aussi. Qu'il arrêterait d'être en colère contre lui sans aucune raison. Parce que cela ne lui ressemblait pas et que c'était profondément injuste envers Benny. Bien sûr, ce que ce dernier ajouta ensuite accompagné d'un clin d'œil en direction de Dean n'arrangea en rien la situation.
- Enfin vous et Dean bien sûr. Ce qui, permettez-moi de le dire, n'est définitivement pas pour me déplaire.
Castiel savait parfaitement ce que tout le monde pensait de Dean au commissariat. Mis à part Gabriel, dont il avait le soutien indéfectible, personne n'avait confiance en son ami. Et quand il vint déposer plainte pour l'agression dont il avait été victime, il y avait très peu de personnes pour le croire. Trop peu. Castiel savait bien que certains de ses collègues n'étaient pas faits pour ce métier. Certains pensaient que les victimes d'agressions sexuelles l'avaient en partie cherché. Qu'être soi-même et assumer pleinement sa sexualité et son désir de conquête faisaient rapidement passer quelqu'un du statut de victime à celui de coupable. Mais entre le savoir et le voir de ses propres yeux, il y avait tout un monde.
Castiel ne supportait pas ça. Il n'aimait pas voir les autres policiers dévisager Dean et se demander ce qu'il avait bien pu faire pour en arriver là. Il aurait aimé pouvoir le protéger, mais il ne pouvait pas être impliqué dans cette enquête. Il avait été témoin et cela le rayait de la liste des policiers susceptibles de mener l'enquête. Il se contenta donc de donner son témoignage. Il soutint la version de Dean. Il pouvait bien sûr sentir que ce n'était pas suffisant. Et quand son ami quitta le commissariat, il était évident qu'il était lui aussi blessé et toujours sous le choc.
Il lui laissa donc le temps de récupérer. Il savait qu'il pouvait compter sur son frère pour lui apporter le soutien nécessaire, mais ne pas être la personne à le réconforter et à l'aider à oublier lui pesait considérablement.
Il n'eut toutefois pas vraiment le temps d'y penser très longtemps car on lui apprit quelques jours plus tard que le maire avait contacté le FBI et demandé à un profiler de venir leur donner un coup de main. Castiel n'était pas contre cette idée, ils devaient trouver le coupable et il était prêt à accepter l'aide de n'importe qui, mais cela impliquerait qu'un nouvel enquêteur rencontre Dean et il y avait de fortes chances qu'il ne soit pas enclin à croire en son « don ».
Benny Laffite avait une très bonne réputation. Castiel ne l'avait jamais rencontré, mais il le connaissait de nom. Il était en mesure de les aider, c'était évident. Il ne restait plus qu'à espérer qu'il aurait également l'esprit suffisamment ouvert.
Leur première rencontre se passa parfaitement bien. Benny avait consulté le dossier et connaissait tous les éléments de l'enquête par cœur. Il semblait déjà avoir une petite idée du profil du tueur, mais il voulait connaître l'opinion de toutes les personnes impliquées. Cela signifiait qu'il souhaitait rencontrer Dean.
Castiel lui fit un résumé rapide de ce que le jeune homme leur avait apporté. Il ne tarit pas d'éloges à son sujet. Il ne cacha rien de tout ce qu'il leur avait appris. Surtout, il lui expliqua comment et pourquoi il était un atout aussi essentiel. Benny ne dit pas grand-chose à ce sujet, mais il n'éclata pas de rire. Il ne se mit pas à hurler non plus. Ça devait forcément être bon signe.
Ils prirent rendez-vous avec Dean quelques jours plus tard. Castiel était angoissé à l'idée que Benny ait attendu d'être face à lui pour se moquer ouvertement de lui. Il priait pour que le profiler ne fasse pas de peine à son ami, qu'il ne l'exclue pas de l'enquête juste parce qu'il était trop stupide pour le croire.
Il était presque sûr que Dean devait redouter la même chose. Lui serait de son côté dans tous les cas. Il se fichait de ce que Benny Laffite pouvait en dire ou en penser.
Dean arriva comme toujours à l'heure. Pendant une seconde, quand Castiel posa les yeux sur lui, il oublia tout le reste. C'était toujours comme ça quand il le voyait. Le monde autour de lui disparaissait aussitôt et il n'y avait plus que Dean. Il illuminait la pièce. Tout le reste semblait incroyablement fade à côté. Le jeune homme était comme à son habitude à couper le souffle. Il ne semblait pas avoir fait d'efforts particuliers dans le choix de sa tenue, mais il n'en avait pas besoin pour être l'homme le plus séduisant que Castiel ait vu de sa vie. Ce n'était pas uniquement dû à son physique parfait, c'était dans son attitude, sans ses yeux, dans sa façon de bouger. Leurs regards se croisèrent et Castiel tenta de lui faire passer un message, de lui faire comprendre que, quoi qu'il puisse se passer, il était de son côté.
Dean les rejoignit à la table. Castiel jeta alors un coup d'œil à Benny et ce qu'il vit l'inquiéta presque aussitôt. Car le profiler ne semblait pas envisager de dénigrer Dean ou de le renvoyer chez lui. Non, c'était bien pire. Il était intéressé. Castiel ne pouvait pas lui en vouloir, Dean était exceptionnel et quiconque posait les yeux sur lui ne pouvait être que fasciné. Il pouvait facilement le comprendre, mais cela éveillait de la jalousie en lui. Benny regardait Dean avec intérêt et envie. Sans doute un peu comme Castiel et une majorité des hommes le regardaient. Et Benny était séduisant, il avait tout pour lui. Dean pourrait être intéressé.
Bien sûr, il était trop tôt pour y penser. C'était toutefois la seule chose qu'il avait à l'esprit alors que la conversation s'engageait entre Benny et son ami.
Il les écouta d'une oreille distraite. Son esprit ne cessait de lui renvoyer l'image des deux hommes ensemble, se tenant la main, s'embrassant, faisant l'amour chez Dean pendant de longues heures. Il avait la sensation de perdre le jeune homme. Ce qui était complètement dingue et probablement injuste. Dean ne lui appartenait pas.
Benny semblait enclin à le croire, ce qui était une bonne nouvelle. Il demanda l'opinion du jeune homme sur leur tueur puis, finit par demander celle de Castiel. Ce dernier aurait aimé être capable de lui répondre sans paraître froid et agressif, mais c'était plus fort que lui. Benny flirtait ouvertement avec Dean. Il était l'ennemi que Castiel ressentait le besoin de combattre. Il avait envie de prouver au jeune homme qu'il était meilleur que lui, qu'il saurait lui apporter plus. Mais il ne savait pas comment s'y prendre sans donner une mauvaise image de lui. Il se sentait dans l'impasse.
- J'ai eu vent de votre plan … de votre idée d'enregistrer votre profil sur les sites de rencontre pour tenter de trouver le tueur. Et si je trouve cette idée brillante, je dois admettre que je ne comprends pas bien pourquoi vous avez tenu à être celui qu'on jette en pâture. Vous auriez parfaitement pu laisser un policier le faire à votre place.
Castiel grimaça. C'était lui qui avait parlé de leur plan à Benny. Il tenait à ce que l'enquête avance et pour cela, il ne devait surtout pas cacher quoi que ce soit au profiler. Mais il n'était pas sûr que Dean allait apprécier qu'il en ait parlé.
- Castiel a dû vous parler de Keith, commenta Dean dont le visage s'était soudainement fermé.
C'était encore un sujet sensible. Il était évident que le jeune homme se sentait toujours coupable. Castiel estimait toutefois que ce n'était pas de sa faute si le jeune prostitué était mort.
- Il m'en a parlé oui, confirma Benny d'une voix douce.
- Je … j'aurais sans doute pu faire plus pour lui. Et je me fiche qu'on puisse me dire le contraire, j'ai manqué à … mon devoir le concernant. Je refuse de recommencer. Et puis soyons honnête, je sais que je suis … disons … je peux sentir que je suis le genre d'homme que le tueur choisirait comme victime.
- Parce que vous êtes très séduisant et sexy ? demanda Benny en souriant à nouveau.
Castiel aurait aimé pouvoir être aussi à l'aise que lui, pouvoir complimenter Dean sans se soucier d'être rejeté. Il aurait aimé avoir cette facilité à exprimer ce qu'il pensait et ressentait. Il savait que c'était quelque chose que Dean appréciait tout particulièrement.
- Je … non … parce que je suis jeune et que je ne me cache pas. Parce que j'assume pleinement qui je suis et que je n'ai pas honte de ce que j'aime. Il est évident que le tueur cible avant tout des hommes qui, contrairement à lui, vivent leur homosexualité au grand jour … mais pas seulement. Il ressent le besoin de les dominer. De leur prouver qu'il est un homme … un vrai, contrairement à eux. Et il s'avère que je suis … j'aime l'idée d'être soumis à mes partenaires. Pas … je ne suis pas masochiste … juste … soumis et … passif et … disons que je colle parfaitement au profil. Et j'ai l'habitude de ce genre de site. Si on ajoute à tout cela mon don qui me permet de sentir ce qui se cache rapidement chez les gens, j'étais le candidat idéal.
Castiel déglutit avec peine alors que les propos de Dean lui rappelaient la soirée qu'ils avaient passé ensemble pour créer le profil du jeune homme sur les sites. Il avait alors appris des choses le concernant qu'il n'avait toujours pas réussi à oublier, qu'il n'avait pas envie d'oublier. Il avait utilisé les images que cela avait créé dans sa tête plus d'une fois quand l'envie lui en prenait. Il en avait un peu honte.
- C'était risqué pourtant. Et vous avez manqué de vous faire agresser, non ? C'est un peu … vous restez un civil Dean. Vous n'avez pas à vous mettre en danger comme ça.
- Je n'étais pas vraiment en danger, protesta aussitôt le jeune homme.
Castiel avait envie de protester. Même s'il avait soutenu Dean dans son plan, il devait reconnaître qu'il avait couru un risque immense. Et il avait manqué d'en payer le prix. Le jeune policier ne le laisserait pas recommencer. Il était de l'avis de Benny sur ce coup.
- Vous avez été agressé, rappela alors le profiler en dévisageant Dean.
- Castiel était là pour me protéger et c'est exactement ce qu'il a fait. Je n'étais pas en danger. Je n'ai pas eu peur. Je savais qu'il viendrait à mon secours. Et je ne compte pas abandonner cette piste. Je suis convaincu qu'elle est bonne. Il faut juste être patient.
- Dean, souffla Benny, visiblement agacé.
Castiel n'aimait pas la façon qu'il avait de sermonner le jeune homme. Il ne le connaissait pas suffisamment pour le faire. Il n'avait pas le droit de lui dire ce qu'il pouvait ou non faire. Et Dean n'allait certainement pas apprécier qu'il tente de le contrôler ainsi. Ce qui n'était finalement pas une si mauvaise chose pour Castiel. Benny ne risquait pas de marquer des points en se comportant de la sorte.
- Vous ne me connaissez pas. Et même si nous étions amis … ce que nous ne sommes pas, je ne vous laisserais pas me contrôler et me dire ce que je suis en droit de faire ou non. Personne n'en a le droit. Pas même mon frère … et pourtant c'est la personne que j'aime le plus au monde. Alors si vous voulez qu'on collabore tous les deux, tâchez de vous en souvenir. D'accord ?
Castiel ne put s'empêcher de sourire en entendant son ami rembarrer ainsi Benny. Il dissimula toutefois sa bouche derrière sa main pour que cela ne soit pas trop flagrant. Il ne voulait pas prendre parti ouvertement. Il devait absolument rester neutre. Mais il était fier de Dean. Il le trouvait incroyable quand il se défendait ainsi, quand il démontrait à quiconque en doutait qu'il était bien plus courageux que n'importe qui d'autre à cette table. C'était lui le vrai héros. Personne d'autre.
- Loin de moi l'idée de vous dire ce que vous avez le droit de faire ou non. Et je ne doute pas du talent de Castiel ou de sa capacité à vous protéger, mais j'ai le droit de m'inquiéter pour vous non ? Vous restez un civil … quel que soit le don que vous possédez. Et si le tueur met la main sur vous, nous serons coupables. Ce n'est pas quelque chose avec laquelle je veux vivre au quotidien.
Castiel ne pouvait, une nouvelle fois, qu'être du même avis que Benny sur ce point. Lui aussi était terrifié à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose à Dean. S'il était contacté par le tueur, il courrait un risque considérable. Et même si Castiel comptait bien rester avec lui durant le rendez-vous, il savait à présent qu'il pouvait passer à côté d'un signe. D'un message silencieux que le jeune homme tenterait de lui envoyer. Et cette fois, il ne s'agirait pas que d'un malade agressif déterminé à le violer. Cette fois, le tueur ne se contenterait pas de l'agresser dans les toilettes. Il l'enlèverait avant que Castiel n'ait eu le temps de réagir. Et il tuerait Dean comme il avait tué les autres.
- Vous ne me convaincrez pas de tout laisser tomber. Je continuerais quoi que vous puissiez en penser. Vous n'êtes pas le premier à douter de moi. Et vous ne serez certainement pas le dernier. Mais je refuse de baisser les bras. Je refuse de fermer les yeux sur ce qui arrive. On m'a donné ce don pour une raison et je compte bien m'en montrer digne.
Castiel n'était pas surpris par le discours de Dean. Il l'avait déjà entendu. Il le comprenait d'une certaine manière. Lui aussi aurait probablement du mal à ne rien faire s'il avait le même don, mais cela ne changeait rien au fait qu'il se jetait plus ou moins dans la gueule du loup. Et que cela risquait de lui coûter cher. Castiel ne chercherait pas à le dissuader de continuer, il savait qu'il n'y parviendrait pas, mais il se faisait énormément de souci pour lui.
- Je ne doute pas de vous ou de vos capacités. Je sais que vous êtes intelligent et sans doute bien plus courageux que la majorité de mes collègues. Et votre piste est bonne. Elle est brillante. Je ne vous l'ai pas dit juste pour vous faire plaisir, je le dis parce que je le pense. Je vous demande en revanche de vous montrer extrêmement prudent, de nous signaler tout contact qui pourrait vous sembler un tant soit peu suspect, de ne pas prendre de risque sans être totalement sûr qu'il y aura quelqu'un pour veiller à ce qu'il ne vous arrive rien.
- Ça, je peux vous le promettre, répliqua Dean en se détendant à nouveau.
En lui donnant une nouvelle preuve de sa confiance en lui, Benny marquait des points à nouveau. Dean souriait à présent et Castiel aurait aimé que ce sourire lui soit adressé. Il ne voulait plus jamais voir son ami sourire à qui que ce soit d'autre qu'à lui. Sa nature possessive frappait encore. Il aurait aimé que cela ne soit pas le cas. Il détestait se comporter ainsi. Dean n'appartenait à personne et certainement pas à lui. Il avait le droit de sourire à qui il en avait envie.
- Et je veux être impliqué à compter d'aujourd'hui dans chacune de vos démarches… Je veux être mis au courant de toute nouvelle information dont vous disposerez. Cela pourrait m'aider à affiner mon profil, expliqua Benny.
Dean hocha la tête. Il était parfaitement à l'aise avec le profiler à présent. Il n'avait plus aucune réticence à son sujet. Il avait confiance en lui et une nouvelle fois, Castiel détestait cela.
- Vous pouvez nous en dire plus sur votre profil justement ? demanda Dean. Je pensais que c'était la raison pour laquelle vous m'avez fait venir.
Benny acquiesça à son tour avant de prendre une grande inspiration.
- Vous avez raison sur bien des points Dean. Cet homme a effectivement un vrai problème avec sa sexualité. Peut-être même la sexualité en général. Il a dû évoluer dans un environnement religieux et il a sans doute été élevé par des parents stricts et violents. On lui a appris dès son plus jeune âge qu'être homosexuel était un péché et c'est quelque chose qui est aujourd'hui ancré profondément dans son esprit. Il ne supporte pas ce qu'il est, il se déteste. Et par conséquent, il déteste également tous ceux qui ne rentrent pas dans les normes qu'on lui a apprises. Pire encore, il est, d'une certaine manière, jaloux d'eux. Ils ont tout ce que lui ne s'autorisera jamais à avoir. Ils sont ce qu'il s'interdit d'être. Il s'est mis en tête de le leur faire payer. Il justifie sans nul doute ses actes par ce que la religion lui a enseigné, mais ce n'est pas réellement ce qui le motive. Non … c'est la haine qu'il a pour lui-même qui le pousse à tuer. Il cherche à se prouver qu'il est meilleur qu'eux, qu'il est un vrai homme. Il les punit.
Castiel trouvait effectivement tout cela logique. Jusque-là, le profil semblait plutôt coller à l'idée qu'il s'était faite de cet homme grâce à Dean. Mais Benny n'en avait pas encore fini avec son monologue.
- Vous avez également raison sur le fait qu'il soit excité par la violence. Rendre la justice et faire payer à ces hommes ce qu'ils sont lui procure une forme de plaisir qu'il ne parvient pas à canaliser ensuite. Et cela le conduit au viol. Une fois qu'il a fini, sa haine s'en trouve décuplée. Il ne peut plus laisser ses victimes en vie, elles représentent son échec. Et à chaque nouvel échec, il sait qu'il va devoir recommencer. Pour tenter d'être meilleur la prochaine fois, de réussir à résister. Et il ne s'arrêtera pas.
Castiel sentit un frisson lui remonter la colonne vertébrale. Benny venait de dire quelque chose qu'il savait déjà, mais l'entendre ainsi rendait les choses plus réelles encore. Ce monstre ne s'arrêterait jamais de tuer. Ils devaient le trouver. Et vite.
- Je doute que son travail lui apporte une quelconque satisfaction. Il ne se sent pas important. Il n'a pas la sensation de faire quoi que ce soit de significatif. Il n'y a que les meurtres qui lui donnent l'impression d'avoir un rôle à jouer. Je pense qu'il occupe un poste quelconque dans une entreprise moyenne sans grande ambition. Il ne vit pas totalement en marge de la société, mais il n'est pas vraiment intégré non plus. Il n'a aucun hobby, aucune passion et sans nul doute aucun ami. Je suis en revanche presque sûr qu'il se rend fidèlement à la messe tous les dimanches. Il ne se confesse pas, mais il cherche tout de même à obtenir le pardon et l'approbation de Dieu en priant avec les autres paroissiens. On devrait enquêter de ce côté-là aussi pour ne surtout pas négliger la moindre piste.
Castiel aurait effectivement dû se pencher sur le sujet depuis un moment maintenant, mais il n'avait appris l'homosexualité latente du tueur que grâce à Dean. Et depuis, il n'avait pas vraiment eu de temps à consacrer à autre chose qu'aux pistes soulevées par son ami. Benny venait de lui en offrir une nouvelle et il comptait bien l'exploiter au maximum.
- Pour conclure, je dirais qu'il s'agit très certainement d'un homme entre quarante et cinquante ans. Suffisamment grand et costaud pour prendre le dessus sur chacune de ses victimes. Il les conduit dans un endroit isolé dont il est très certainement propriétaire. Vous avez parlé d'un sous-sol Dean et je vous suis sur ce point. Je ne pense pas que c'est le sous-sol de sa maison. Il n'est pas stupide et je suis sûr qu'il refuse de laisser ses victimes pénétrer chez lui. Il doit avoir hérité d'un autre endroit … peut-être par ses parents. Ce qui donnerait plus de sens encore à l'endroit en question si ses parents y ont vécu un jour. C'est une autre piste à exploiter.
Castiel la nota mentalement. Dean avait effectivement entrevu un endroit qui ressemblait à un sous-sol. Ils n'avaient pas non plus eu le temps d'exploiter cette piste, mais il allait le faire à présent.
- C'est étonnant que vous puissiez vous mettre aussi facilement dans la tête de ce type … c'est … je dois reconnaître que je suis épaté, concéda Dean après quelques secondes.
Le sourire de Benny s'étira alors et Castiel sentit sa rage et sa jalousie reprendre le contrôle. Il avait la sensation de perdre la partie alors même qu'il était le seul à savoir qu'elle était en cours. Il ne se sentait pas à la hauteur de Benny et cela le frustrait au plus haut point.
- Je fais de mon mieux, répliqua le profiler avant d'adresser un nouveau clin d'œil à Dean.
Ce dernier secoua la tête en faisant mine d'être agacé, mais Castiel vit le début d'un sourire sur ses lèvres. Il était flatté. Il était intéressé. Et le jeune policier ne voyait pas quoi faire pour stopper ce processus. Il ne voyait pas quoi dire pour attirer l'attention sur lui à nouveau. Il allait le perdre, il pouvait le sentir. Et rien ni personne ne pourrait rien pour l'empêcher.
