XII. 3% de faits divers

Karin

Elle avait dû remettre ses vêtements de la veille pour rentrer chez elle. Et elle s'était dit qu'il faudrait ranger ses shorts, ses jambes avaient une chair de poule de tous les diables. Elle ouvrit la porte et soupira de soulagement.

L'après-midi avec Suigestu avait été un marathon de cul. Il avait vraiment été ravi du traitement qu'elle lui avait réservé. Ils avaient grignoté de temps en temps, discuté longuement et baisé beaucoup.

Karin se sentait fatiguée mais curieusement bien. Elle avait repoussé Orochimaru et Sasuke loin dans son esprit. Tout simplement parce que Suigestu avait raison : elle avait beaucoup de raison d'être heureuse et peu de geindre et pleurer. Alors peut-être que le prochain mois ne serait pas plaisant mais ce n'était qu'un mois.

Elle rejoignit Hinata sur le canapé et fut surprise de son air vide.

— Une tête de dépressive devant un documentaire sur les guerres des gardes frontaliers ? Ça va si mal que ça ?

Avant même d'avoir sa réponse, elle passa un bras bienveillant autour de ses épaules pour l'attirer à elle. Hinata grogna un peu, marmonna qu'elle était froide mais lui retourna son câlin.

— Dis moi ce qu'il y a, demanda doucement Karin qui commençait à s'inquiéter fortement.

Plutôt que de lui répondre, Hinata leva la manche de son bras droit et lui montra le bleu qui lui minait le moral. Karin déglutit, pas que les ecchymoses la mettaient mal à l'aise mais celle-ci avait si précisément la forme d'une poigne...

— Un peu de contexte, poussa-t-elle doucement pour ne pas la brusquer.

Hinata eut du mal à trouver ses mots alors elle resta résolument silencieuse pour ne pas couper son explication. Elle lui raconta avoir découvert cette marque dans la matinée. Qu'elle avait été à la pharmacie accompagnée de Naruto, qu'il suffisait d'attendre.

Son malaise était visible à des kilomètres à la ronde et elle se tordait méchamment les doigts. Mais Karin restait silencieuse, c'était son temps de parole.

Elle trouva enfin la force de lui dire que Naruto était bien à l'origine de sa blessure. Si celle-ci n'avait pas été aussi sérieuse, Karin aurait ri du contexte dans lequel elle l'avait choppé. Mais même cette anecdote coquasse ne faisait pas disparaître son inquiétude.

— Bon, okay. Dans deux semaines ce sera oublié alors...

Hinata s'empressa d'hocher la tête, c'était tout ce qu'elle attendait.

— Naruto est furieux contre lui-même, murmura-t-elle d'une voix inquiète. J'ai rien pu dire pour le calmer.

— Est-ce que tu sais quoi faire pour que ça n'arrive plus ?

— Je n'y ai même pas réfléchi, avoua-t-elle après un instant de silence. J'ai été incapable de faire quoi que ce soit aujourd'hui.

Karin s'empressa de la serrer contre elle, il était hors de question qu'elle la laisse culpabiliser. D'accord la situation était plutôt merdique mais ce n'était pas une impasse. Il suffisait certainement de faire attention et de ne pas se laisser figer d'effroi.

Elle connaissait assez Naruto pour supposer qu'il n'avait pas souhaité lui faire du mal mais qu'importe. Il avait bien merdé ce coup-ci.

Elle lui proposa de passer la soirée ensemble pour se changer les idées que ce soit chez elles ou dehors. Hinata préféra leur foyer et elles se mirent aux fourneaux.

Quand Hyuga partit aux toilettes, la rousse envoya un message à vif à Suigestu établissant qu'il avait besoin d'un safe word. Il répondit en peu de temps, la questionnant sur ce qu'elle voulait lui faire qui nécessiterait ce genre de précaution.

— Tu veux inviter Suigestu ? questionna Hinata en revenant.

Après un sourire rassurant de sa part, elle accepta. C'était risible : elle avait passé la journée avec le scientifique mais elle n'était toujours pas lassé. Elle lui dit de ramener son cul en vitesse et se remit au travail. Un bon petit plat devrait ravir sa colocataire.

Ils passèrent une soirée joyeuse ensemble. Hinata avait caché son bleu mais elle ne lui en voulait pas, c'était certainement normal de vouloir faire comme si de rien n'était. Elles profitèrent des anecdotes de Suigestu sur ses précédentes rencontres parents-prof.

Quand en fin de soirée ses deux amis se disputèrent pour savoir à qui revenait le droit de faire la vaisselle, Karin se dit que c'était le bon moment pour leur parler. Après tout l'un comme l'autre avait constitué un important soutien. Du genre dont elle aurait bientôt besoin si l'appel judiciaire se compliquait.

— Vous pourriez revenir à table cinq minutes ? demanda-t-elle avec une légèreté forcée.

Ses deux amis s'en rendirent compte et s'assirent sans tarder. Devant leur regard attentif, Karin n'avait plus tellement envie de se confier. Ça revenait à s'imposer de difficiles moments de gêne et d'humiliation.

— Bon, alors, Suigestu sait que j'ai eu affaire à Orochimaru dans le passé.

L'homme hocha simplement la tête, gardant les bras croisés et l'œil vif. Hinata pour sa part était la neutralité incarnée, se contentant d'un intérêt soutenu.

— Quand j'étais gamine, il m'a adoptée.

Ses deux auditeurs faisaient des efforts pour ne pas trop laisser voir leur surprise. Sûrement pour ne pas couper son difficile récit. Orochimaru était un célèbre et reconnu scientifique condamné il y avait une quinzaine d'année pour trafic d'être humains et atteinte à l'éthique. Il était connu pour avoir gâché des centaines de vies.

— J'avais sept ans quand je l'ai rencontré et je tenais beaucoup à lui. Il voyageait donc j'ai été à l'internat puis j'ai vécu seule et il passait de temps en temps. J'ai... contribué à ses activités d'un point de vue logistique et comptable.

La tension de la pièce venait de monter d'un cran dans la pièce. Avant qu'ils n'imaginent quoi que ce soit elle précisa :

— Je ne savais pas que je gérais des organes et des personnes, je croyais que c'était des composants chimiques, du matériel commun, se justifia-t-elle. J'ai été complètement menée en bateau. Bref peu importe. Je n'ai pas témoigné au procès, j'ai été déclarée irresponsable parce que j'étais jeune et débile et... j'ai fait mes années de thérapie. Donc maintenant je croise les doigts pour ne pas être mêlée à sa procédure d'appel de mes deux, grinça-t-elle pour mettre fin au ton larmoyant de son discours.

— J'm'y attendais pas...

— J'arrêterais de me vexer quand tu parleras de mon « enfance miséreuse ».

Hinata

La longueur de ses manches n'avait jamais été une préoccupation auparavant. Son seul critère était que ses manches retombent d'elles-même. Elle n'était donc pas exigeante. Et aujourd'hui, elle le payait en se rendant compte que plusieurs de ses chemises découvraient au moins partiellement son bleu. La majorité en fait.

Elle grogna un peu devant le miroir. C'était bien elle en train de choisir ses vêtements de façon à cacher son bleu ? C'était une blessure commune pas une marque au fer rouge bon sang !

— Tu choisis tes habits ? devina Karin de l'autre côté de la porte de la salle de bain.

La jeune Hyuga sortit une moue sur les lèvres.

— Je devrais n'en avoir rien à faire n'est-ce pas ?

— Aucune idée meuf mais arrête de monopoliser les douches.

— Dis pas ça, ça fait prison ! rabroua Hinata en récupérant son pyjama pour laisser sa place.

— C'est le but, sourit insolemment Karin.

Elle devait arrêter de tergiverser, elle avait une malheureuse blessure. Rien de plus, pas la peine d'en faire tout un plat. Malheureusement, la journée lui donna tort.

Au bout de quarante minute de cours, son bras commença à la lancer sévèrement et elle ne pouvait rien faire pour soulager sa douleur. Tenir le bras en l'air pour écrire au tableau lui était impossible et elle n'osait imaginer l'air effaré de ses sixième si elle leur proposait de prendre des notes pour la fin du cours.

— Qu'est-ce que vous avez au bras Madame ? questionna Asta d'un air concerné.

Hinata arrêta de réfléchir à quoi faire des quinze minutes qui lui restait et s'intéressait à ses élèves. Elle ne pouvait pas rester sur ses gardes à chaque fois qu'elle était au collège pour que personne ne voit sa blessure. Elle avança son bras et souleva sa manche.

— Je me suis blessée ce week-end, expliqua-t-elle d'une voix douce. Je pensais pouvoir faire cours normalement mais c'est trop douloureux pour que j'écrive au tableau. J'aurais dû m'exercer pour être ambidextre.

Plutôt que de la question sur ce mot inconnu, ses élèves partirent en moult murmures dont elle ne comprit pas grand chose. Elle patienta quelques secondes avant de rétablir le calme et de répartir le temps de parole.

— C'est un marque de main ?

— Dites, vous vous battez dans des sous-sols Madame ?

— Pourquoi c'est aussi noir ?

— C'est votre petit-copain qui a fait ça ?

Hinata se figea, elle sentait son cœur battre plus durement et dut maitriser sa voix.

— Pourquoi dis-tu ça ?

— Bah, ma tante avait la même marque, expliqua Zora en se balançant sur sa chaise.

Il avisa l'air effaré de ses camarades et ajouta :

— Ensuite elle a eu une marque comme un dessous de bouteille sur le front. Les policiers ont débarqué chez elle pour coffrer mon oncle il parait.

C'était bête mais Hinata était incapable d'intervenir. Il aurait pourtant fallu. Le flot d'anecdotes s'accentua dans une effroyable compétition. Pourquoi était-elle si glacée ? Évidemment que ses élèves pensaient à ce genre d'histoires en voyant sa blessure.

Elle haussa la voix pour ramener le silence et leur permit de ranger leurs affaires.

— Madame vous avez pas répondu. C'est votre petit-copain qui vous a frappé ?

Fichu gosse trop têtu. Elle aurait voulu s'offusquer plus encore malheureusement elle se sentait coincée dans cette position de victime et accuser son compagnon aggraverait son cas.

D'autant plus que Tenzin et ses amis l'avaient vue en compagnie de Naruto. Son esprit s'emballa.

— Non, ce n'est pas mon petit-ami. C'est la fin du cours, passez une bonne journée. On se voit la semaine prochaine.

Hinata sentait que sa température avait chuté. Elle avait tellement peur que la situation déborde et atteigne Naruto. Déjà que sa réputation n'était pas au beau fixe alors s'il passait pour un petit-ami violent... Ce serait une horreur sans nom. Et un arrêt définitif à sa brillante carrière.

Alors elle avait menti à sa classe de sixième et ça lui donnait envie de vomir.

Karin

Elle étudiait avant les rencontres parents-profs. C'était curieux mais elle voulait qu'ils sachent qu'elle prenait son métier au sérieux, qu'elle s'investissait. Au début ce n'était qu'un passe-temps mais elle s'était prise au jeu.

Elle aimait être prof. Ça l'amusait de répondre aux questions et de ne jamais savoir quels dialogues incongrus elle devrait mener. Et surtout, elle devait admettre qu'elle voyait l'effet de son travail.

Bien sûr il y avait tout l'apprentissage quantifiable mais elle savait que cela n'était pas uniquement dû à sa personne. De toute façon elle était bien plus heureuse de s'apercevoir que parfois ses paroles, ses actes ou ses avis faisaient mouche. Et que ses élèves malgré les nombreuses voix discordantes qu'ils entendaient choisissaient parfois de l'écouter. Dans ces moments, elle avait l'impression de réellement compter.

— Encore là, s'étonna Suigestu. Tu corriges des copies ?

— Je prépare les entrevues pour demain et après-demain. Et toi, tu étais supposé finir plus tôt non ?

— Je préparais une expérience.

Plutôt que de donner des détails ou de la saluer et repartir, il resta là à se dandiner d'une jambe sur l'autre. En plus de ça il fronçait les sourcils et la regardait fixement.

— Bon tu vas cracher le morceau ? s'impatienta Karin en tapotant son stylo contre la table.

Il s'assit vivement en face d'elle et se pencha. Il avait l'air si concentré, Karin l'imita sans s'en apercevoir.

Plutôt que de parler, Suigestu sortit son portable et le déverrouilla. Il le fit glisser sur la table jusqu'à ce que sa collègue puisse lire le titre de l'article. « Orochimaru brigue le titre de Professeur Général en procédure d'appel. »

L'idée lui fit froid dans le dos. Karin pinça les lèvres, calma ses pensées en se concentrant sur le premier paragraphe de l'article.

« Orochimaru divise les jurés durant son appel en demandant d'être nommé Professeur Général. Cet éminent titre lui permettrait de voir ses recherches couvertes financièrement puisque l'on reconnaitrait leur qualité comme leur utilité. Alors que son talent scientifique est reconnu par tous, les jurés hésitent à condamner définitivement un tel homme, ce qui porterait un coup certain aux avancées de la recherche. »

Karin cligna des yeux, complètement sous le choc. Qui étaient les connards qui tergiversaient pour savoir si Orochimaru n'avait pas été trop sévèrement jugé ? Il avait kidnappé des gosses, commandité des meurtres, violé les règles de l'éthique et de la médecine pour ces foutues recherches. On voulait vraiment se servir de lui malgré tout ça ?

Sans doute avait-il eu recours au chantage. Au dernière nouvelle, il purgeait sa peine au village carcéral de Koritsu où il travaillait sur ses recherches. Il pouvait même écrire des protocoles d'expériences qui seraient réalisées par la faculté de médecine, de biologie ou de chimie. Il était clairement très bien loti.

Et il avait attendu d'avoir les premiers résultats probants pour se servir de sa situation. Qu'est-ce que ça la rendait furieuse !

Il menaçait de cesser les recherches s'il n'avait pas ce foutu titre. Très bien, qu'il arrête. Il redeviendrait un criminel comme les autres et serait bien plus facile à gérer.

Est-ce que tout le monde avait oublié qu'il s'était évadé il y avait six ans en tuant trois gardes ? Ce n'était pas ce qu'on pouvait appeler de la bonne conduite. Karin arrêta sa lecture, dégoûtée par le ton complaisant de son auteur.

— Ça me dégoûte, reconnut-elle en relevant les yeux vers son ami. Ce type ne devrait même pas être en droit de négocier.

Suigestu hocha la tête, la mâchoire toujours aussi rigide et le regard fixe. Il étudiait son visage avec intensité et Karin eut bien du mal à passer outre. Sans sa fureur elle aurait eu à cœur de le questionner sur cela mais présentement, elle avait du mal à vraiment s'y intéresser.

Elle savait qu'il était culotté et brillant. Il n'avait aucun mal à cerner les gens et ce n'était pas pour rien s'il n'avait été condamné que récemment. Karin savait qu'il avait fait trainer son premier procès, qu'il avait caché certaines de ses activités pour alléger les charges, qu'il avait payé pour faire taire certains témoins. Orochimaru était ainsi, il jouait avec la justice.

— Je pourrais sûrement faire quelque chose contre ça...

Suigestu avait l'œil attentif et pencha doucement la tête ce qu'elle considéra comme une invitation.

— Je pourrais témoigner volontairement, soutenir le procureur.

— Tu pourrais, confirma-t-il d'une voix morne.

Alors il ne comptait pas lui donner son avis. Pourquoi cela la gênait à ce point ? Il n'avait pas à le faire, c'était sa décision et elle n'avait pas besoin d'en discuter avec son mec de baise.

Elle savait qu'elle avait son soutien et devait s'en satisfaire. Il récupéra son téléphone alors qu'elle-même avait sorti le sien pour trouver les coordonnées du procureur affecté à l'appel d'Orochimaru. Elle le contacterait pour fournir son témoignage.

— Bon, tu vas m'expliquer le safe word que tu m'as réclamé ?

Karin s'esclaffa doucement. Elle secoua la tête, sachant qu'il serait bien déçu de sa réponse. Elle n'avait pas vraiment l'imagination fertile et s'était reposée sur un film porno la dernière fois.

— Pourquoi ? Est-ce que t'en as trouvé un d'abord ?

— Canarie, annonça l'homme avec détachement.

— Comme le jeu à boire ?

Il lui sourit d'un air tellement insolent, ça la fit aussitôt voguer sur une île d'insouciance. Karin pinça les lèvres, elle se rendait bien compte de la manière dont son corps réagissait. Cela la désespérait.

Hinata

Madame Hyuga se mordit la lèvre en lisant la réponse de son cousin. Le ton était glacial, il n'appréciait vraiment pas qu'elle annule leur déjeuné. Et Hinata le comprenait parfaitement. Vu comme elle avait auparavant hâte, c'était étrange qu'elle décommande ainsi.

Mais elle ne pouvait pas se présenter devant son cousin dans cet état. Qu'allait-il penser en la voyant affublée de cet horrible bleu dix mois après son déménagement ? Il la jugerait trop naïve pour pouvoir prendre soin d'elle-même, trop timide pour appeler à l'aide.

Il lui était tout bonnement impossible d'envisager de lui expliquer ce qu'il s'était réellement passé. Qu'elle sortait avec un éminent politicien, qu'elle aimait qu'il la domine, qu'elle n'avait pas senti de douleur ni sur le moment ni les deux jours suivants. Et que maintenant elle le payait très chèrement, trop d'ailleurs.

Le diner avec Neji devrait encore être repoussé.

Hinata se détacha de ses ruminations et salua les parents de Tenzin qui se présentèrent comme Katara et Aang. Alors qu'ils évoquaient quelques difficultés académiques du jeune homme, Hinata perdit le fil de sa phrase s'apercevant que les deux adultes ne cessaient de regarder sa blessure. Elle s'éclaircit la gorge, ses joues rosirent ce qui eut le don de la gêner encore un peu plus. Elle baissa les yeux et essaya de se concentrer sur la copie qu'elle avait pris en exemple.

— Est-ce que vous voulez que je jette un coup d'œil à votre blessure ? finit par demander la mère.

Cette dernière était plutôt âgée, certainement s'approchant des cinquante ans mais avait l'œil vif et de longs cheveux vigoureux.

— Je suis médecin, précisa-t-elle avec un sourire rassurant.

— Ce n'est pas nécessaire, refusa Hinata en baissant sa manche.

Puis elle vit de quoi cela avait l'air et elle ajouta :

— Je suis allée à la pharmacie pour connaître la marche à suivre.

Cette digression l'avait complètement chamboulée et elle ne savait plus où elle en était. Elle s'entendit remuer dans un grand fracas alors que les feuilles se froissaient sans fin sous ses recherches ineptes.

Hinata était consciente qu'elle n'arrangeait pas sa situation. Qu'elle apparaissait faiblarde, timide et perdue là où elle aurait dû dégager de la force et de la sérénité pour convaincre tout le monde qu'elle maîtrisait la situation. Karin aurait su faire taire ces regards muets, elle.

— Vous vivez seule ? questionna alors la mère de famille.

Hinata rougit furieusement sachant immédiatement qu'elle ne devait pas répondre à cette question. Après tout son élève était tout de même présent et elle remarquait tout juste à quel point il paraissait mal à l'aise devant l'attitude de ses parents. Il gardait la tête basse mais Hinata pouvait reconnaître une grimace sur ses traits. Curieusement, cela lui donnait une force nouvelle.

Elle n'avait pas à prouver quoi que ce soit concernant sa vie privée aux parents de Tenzin. Elle faisait du bon travail en tant que professeur et c'était tout ce qui comptait. Elle s'éclaircit la gorge et répondit :

— Cela me concerne. Nous allons revenir au sujet important de cette entrevue.

Les parents étaient compréhensifs et ne posèrent aucun problème. Le reste de la réunion se passa bien et Hinata se força à oublier les différents regards qu'elle avait subi aujourd'hui. Les gens étaient curieux, soit ce n'était pas nouveau. Et certainement que leurs enfants avaient évoqué la blessure de leur professeure puisque cela avait fait l'objet d'une conversation quelques jours auparavant. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle avait à se justifier devant le tout venant.

À la fin, au moment des salutations, c'est le père de Tenzin qui lui dit au revoir avec emphase, soulignant qu'elle était une excellente professeure et qu'elle ne devait pas abandonner son poste. Hinata ne put que répondre avec un sourire crispé. Elle n'était pas sotte, elle savait que ce compliment était complètement immérité. Elle n'était en poste que depuis deux mois, ce n'était pas en si peu de temps qu'on peut prouver son talent. C'était juste une nouvelle preuve qu'on la prenait encore pour une victime de violences conjugales.

Elle était encore agacée quand elle vit Tenzin revenir dans sa salle de classe.

— Désolée Madame, j'ai oublié mon carnet de correspondance.

Alors qu'elle s'attendait à ce qu'il reparte aussi sec, il s'éternisa sans oser la regarder.

— Est-ce que tu veux me parler de quelque chose ? demanda doucement Hinata.

Elle avait une quinzaine de minutes de battement avant son prochain rendez-vous alors elle n'avait pas peur de déborder. Le collégien hocha la tête mais semblait avoir du mal à trouver ses mots alors elle patienta.

— Vous savez, j'ai pas dit à mes parents que vous étiez une femme battue hein ?

Bizarrement, cette précision toucha Hinata plus que nécessaire. Elle lui sourit sans retenue.

— Je sais, tu n'as vraiment pas à t'inquiéter pour ça.

— De toute façon, vous êtes amie avec le Hokage donc vous pourrez facilement faire payer le gars qui vous a fait ça, ajouta-t-il sur le ton de la blague.

La jeune professeure se tendit mais acquiesça. Elle ne pouvait rien faire d'autre dans sa situation. Qu'est-ce qu'elle en avait marre de mentir ! Cette situation ne lui convenait vraiment pas. Elle se leva, essayant de trouver un endroit tranquille pour se débarrasser de son malaise. Elle aurait dû être rassurée que Naruto ne soit pas associé à un potentiel agresseur mais rien n'y faisait.

Elle ne voyait que le mensonge. La liste des choses qu'elle ne devait pas dire, pas faire. Et elle détestait ça.

Le bannissement était supposé lui avoir offert la liberté sur un plateau d'argent, pourquoi cela ne fonctionnait pas ? Pourquoi elle avait l'impression d'avoir quinze ans de nouveau et de ne rien pouvoir faire de bien ? Hinata hoqueta quand elle se sentit tirer par le bras.

— Où tu vas ? Qu'est-ce que t'as ?

En face d'elle, elle vit la forme quelque peu floue de Suigestu. La surprenant une fois de plus, il la tira à travers les couloirs jusqu'à la faire sortir par une sortie de secours. Ils déboulèrent alors sur une cage d'escalier en fer alors que la journée commençait à peine à s'achever. Il devait se souvenir de ses mots à l'appartement car plutôt que de s'approcher pour la réconforter, il se posta à l'autre bout de la cage, lui conseillant simplement de respirer doucement.

Ayant fait du chant, elle éprouva un certain réconfort à travailler son souffle et elle parvint ainsi à retrouver son calme.

— C'est très bien, la félicita Suigestu d'une voix calme et douce. Encore, prends ton temps.

Hinata s'exécuta, comprenant enfin comment l'homme pouvait se faire autant apprécier de ses élèves. Même devant une collègue paniquée et à deux doigts de la crise, il arrivait à être assez flegmatique pour ne pas aggraver son angoisse et assez présent pour être rassurant. Hinata s'essuya les joues, atterrée qu'elle ait pleuré sur son lieu de travail. Elle était trop vieille pour laisser pareille chose se produire.

— Tu veux parler de ce qu'il s'est passé ? questionna-t-il en s'appuyant sur la rambarde.

Plutôt que de dire quoi que ce soit, Hinata monta la manche de son chemisier et montra l'ecchymose qui s'étendait. La couleur était encore pire maintenant, noir avec les bords qui tiraient sur le jaune ou le vert. Cela l'écœurait à chaque fois qu'elle posait les yeux dessus. Suigestu saisit doucement son bras et l'étudia avec attention.

— Tu n'en as plus pour longtemps, la guérison a l'air bien avancé.

Hinata s'empressa d'acquiescer. Elle était bientôt guérie ce qui voulait dire que cette semaine de malheurs serait derrière elle. Elle ne pouvait pas se permettre de paniquer et de mettre la tête sous l'oreiller. Elle avait grandi depuis. Elle avait assez de force pour faire face. Alors c'était ce qu'elle allait faire. Elle avait encore quatre rencontres parents-prof avant le week-end, elle allait encore essuyer des remarques qui lui feraient horreur.

— Tu te sens d'attaque ? questionna Suigestu en ouvrant la porte.

— Non mais ça ira. J'aurais toute la soirée pour me plaindre.


Bonjour, j'essaie de reprendre un rythme de publication plus normal. Donc je vous souhaite officiellement une bonne année avec mes meilleurs vœux. Ce n'est pas un chapitre très joyeux mais toutes les mauvaises choses ont une fin.

Merci à Shrek d'avoir pris le temps de commenter le dernier chapitre, un peu de soutien fait toujours plaisir. Ne t'inquiète pas, je prévoie pour Naruto et Hinata encore d'autres aventures sexuels, enfin quand ils seront remis de leurs émotions.

Je continue à bosser sur la suite pour ne pas prendre de retard donc je vous dis à bientôt et bonne journée, Maneeya.