Le lendemain, ils se réveillèrent vers onze heures, entendant le Shérif appeler son fils. Stiles émergea de très loin, mais sourit en voyant que Derek était toujours là, les paupières closes. Il était positionné sur le ventre, et n'avait même pas pris la peine de se mettre sous la couette. Stiles pouvait donc le mater tranquillement, avant de le réveiller en douceur, passant sa main dans ses cheveux. Maintenant qu'il avait découvert qu'il pouvait faire ça, il n'allait plus se gêner.

- Debout, Derek.

Le jeune homme ouvrit les paupières avant de grogner et d'enfoncer son visage dans l'oreiller. Il était bien là, il ne voulait pas se lever.

- Allez Sourwolf, sinon mon père va être furax de te voir dans mon lit.

Derek grogna encore plus fort avant de rouler sur le dos et s'étirer. Il se leva, quitta le short de Stiles, enfila à la place son pantalon et sa chemise à va-vite, ne prenant même pas le temps de fermer tous les boutons. Stiles se fit la réflexion que c'est ainsi qu'il le préférait, les cheveux en bataille, la chemise ouverte, une moue boudeuse et toujours ces yeux verts étincelants.

Le plus jeune se leva, s'étira et ouvrit la fenêtre.

- On se revoit quand ? finit-il par demander en soupirant, ce qui fit fondre le coeur de Stiles.

- Je t'enverrai un message.

Derek souffla un « ok » avant de s'approcher du plus jeune, et de poser sa main chaude contre la joue constellée de grains de beauté. Il le dévisagea comme s'il avait peur d'oublier son visage, puis il baissa les yeux et sortit par la fenêtre.

Lorsque Stiles retrouva son père en bas, un doux sourire flottait sur ses lèvres, ce qui n'échappa pas à Noah Stilinski.

- Alors ce bal ? C'était bien ?

- Mmh, pas mal… fit Stiles, vaguement.

- Je parie que tu as un nouveau petit-ami !

- Papa ! Non, pas du tout ! s'offusqua le plus jeune.

- Bon, alors ça ne va pas tarder.

Le plus jeune grommela en se servant un verre de lait.

- J'ai pris mon vendredi, la semaine prochaine. On part en week end au Parc de Yosemite ! annonça le Shérif tout fier.

- Sérieux ? C'est trop bien P'pa ! Avec Scott ?

- Mmmh, oui, et euh, pas que…

- C'est-à-dire ? interrogea Stiles.

- On… on part avec Melissa aussi.

Stiles faillit s'étouffer avec son lait et cracha partout.

- QUOI ? Papa, tu… tu fréquentes Melissa ! T'aurais pu me le dire !

Le Shérif rougit et bafouilla une explication sans queue ni tête.

- Enfin, c'est super, j'adore Melissa… mais toi aussi t'es un petit cachotier !

Stiles fila dans sa chambre pour appeler son meilleur ami immédiatement, et ce dernier rappliqua deux minutes plus tard, à toute berzingue, et passa, comme d'habitude, par la fenêtre.

- Ça sent Derek ici, dit-il en fronçant le nez.

- Oui, il a passé la nuit ici. Mais il ne s'est rien passé ! s'écria Stiles précipitamment avant que Scott ne l'assaille de questions.

- Bah il serait peut-être temps de passer la seconde non ? Je comprends pas comment tu fais pour te retenir !

- Je… je sais pas…, rougit Stiles.

Il savait que s'ils s'embrassaient, il n'aurait aucun self-control.

- Bref, fit-il rapidement. Je t'appelais pas pour ça ! Mon père m'a révélé qu'il… sortait avec ta mère !

- Hmm, ça explique beaucoup de choses, fit Scott, pas vraiment étonné.

- Ça ne te surprend pas plus que ça ?

- Non, j'ai vu ton père déposer ma mère à la maison l'autre soir. En vérité, ça me fait plaisir qu'ils se fréquentent. Pas toi ?

- Si, si, c'est pas le problème, mais… je m'y attendais pas. On va partir en vacances tous les quatre la semaine prochaine, ça va être un peu… malaisant non ?

- Peut-être au début, admit le brun. Mais ça va être trop cool !

L'enthousiasme de son meilleur ami gagna Stiles et il acquiesça.

- Bon, bref, s'impatienta Scott. Je te propose un petit marathon sur la play chez moi avec Jackson, Liam et Isaac. Ça te tente ?

- Toujours, Scotty, sourit Stiles avant d'enfiler ses chaussures.

Le lendemain, Stiles en profita pour faire une bonne grasse matinée et se réveilla vers 11h30, si rare un lundi matin. Il trépigna toute la journée, ayant oublié de retirer sa boîte d'aderall à la pharmacie, et finit par envoyer un message à Derek.

Salut Sourwolf, j'espère que t'es

libre ce soir, parce que j'arrive.

Il laissa un mot à l'attention de son père et sauta dans sa jeep sans même attendre une réponse.

Arrivé devant la porte en métal du loft, il toqua, mais personne ne répondit. Mais elle était ouverte, alors il rentra. Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir Chris Argent tranquillement assis dans la cuisine, en train de manger en sandwich.

- Qu'est-ce que vous fichez ici ? dit-il, l'air mauvais.

C'est alors que Peter rappliqua pour le rassurer :

- Chris est… en convalescence. Il est sorti de l'hôpital il y a quelques jours et je… je m'occupe de lui.

La mâchoire de Stiles se décrocha. Non mais qu'est-ce qu'ils ont tous à fricoter ensemble, les vieux ? Y'a personne d'autre à Beacon Hills ?

Stiles se dirigea lentement vers le canapé, les yeux toujours écarquillés.

- Toi, qu'est-ce que tu fais là ? demanda Peter.

- Je cherche Derek, souffla-t-il.

- Ah ! s'exclama le plus vieux avec un sourire en coin. Il est allé courir dans la forêt, il ne devrait pas tarder. Tu veux boire quelque chose ?

Et c'est ainsi que Stiles se retrouva assis devant un coca à côté de l'homme qui avait failli le tuer, complètement livide.

- Stiles, débuta ce dernier. Je sais que mes actions sont impardonnables, mais je tenais à te présenter mes excuses. J'étais totalement aveuglé par la perte de mon enfant, et ces chamans m'ont fait tourner la tête, ils m'ont lavé le cerveau. Mais Peter m'a aidé à voir le bout du tunnel et la réalité.

Stiles répondit par un vague « mmh », pas vraiment désireux de lui adresser la parole.

Il fut sauvé par Derek, qui entra dans le loft, s'essuyant la nuque avec son T-shirt, seulement vêtu d'un short et de ses baskets.

- Salut les vieillards ! Putain, je suis cuit, j'ai fait dix kilomètres… Stiles !

Le plus jeune en profita pour le mater tranquillement, son torse musclé et luisant se soulevait rapidement au rythme de sa respiration.

- Derek, habille-toi s'il te plaît, tu vas lui causer une rupture d'anévrisme, rigola Peter en désignant Stiles.

Derek leva les yeux au ciel et invita Stiles à le suivre dans les escaliers.

- Je prends une douche et je suis à toi, lui dit-il en souriant. Installe-toi dans ma chambre.

Stiles s'exécuta, encore muet, impressionné et subjugué par la plastique de Derek. Lorsqu'il fut dans la chambre, il examina les lieux à son aise, et parcourut rapidement les livres et bibelots disposés sur son étagère. C'étaient principalement des classiques, français et américains, mais aussi beaucoup de recueils de poèmes, d'auteurs qu'il connaissait à peine : Kerouac, Bukowski, Apollinaire, Rilke, Morrison.

Il y avait également un coquillage qui faisait office de boîte à bijoux, dans lequel se trouvaient des chevalières, une montre et une chaîne avec un pendentif en forme de triskel, ce qui fit sourire le jeune homme. Sur sa table de nuit trônait une photo de lui enfant, entouré par sa mère Talia, ses sœurs Laura et Cora et son oncle Peter, vraisemblablement prise dans l'ancien manoir Hale. Tous étaient souriants, Derek ne devait pas avoir plus de douze ans. Cela fendit le coeur de Stiles.

Il reste très attaché à ses proches décédés. Je n'ose pas imaginer la douleur et la rage qu'il a dû ressentir en voyant Kate.

Il entendit l'eau de la douche se fermer, et Derek rappliqua quelques instants plus tard, les cheveux mouillés, simplement avec une serviette autour des hanches.

- Désolé, j'ai oublié de prendre des habits, fit-il, tout sourire, avant de se retourner pour laisser tomber la serviette et enfiler un caleçon propre. Stiles faillit s'étrangler.

Il le fait exprès ou quoi ? Il veut ma mort. Ses fesses sont encore mieux que je l'imaginais !

Mais le brun n'entendit pas sa supplique mentale, et continua à se trimballer en sous-vêtement, frottant ses cheveux mouillés dans sa serviette.

- Que me vaut cette visite ? demanda-t-il, enjoué.

- Je t'ai envoyé un message, mais t'as pas dû le voir.

- Oh, ouais, désolé, je prends pas mon portable quand je vais courir.

Stiles lui rendit son recueil de Verlaine.

- Tiens, je l'ai fini, c'était super, même si je comprends rien au français, grimaça-t-il.

- C'est une langue difficile, admit Derek. Je t'apprendrai si tu veux. En attendant, tiens, lis ça, c'est la version traduite d'un recueil de Rainer Maria Rilke. T'es pas obligé de tout lire. Et si la poésie te soule, voilà un roman qui te plaira : The Painted Drum.

Stiles le remercia et rangea soigneusement les livres dans son sac. Il releva les yeux sur Derek, qui s'était assis à côté de lui sur le lit.

- Ça me fait vraiment plaisir que tu sois venu. Tu commençais à me manquer…, avoua le brun difficilement.

Stiles fut touché par son honnêteté, il se savait privilégié puisque Derek montrait rarement ses sentiments. Il ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras et de le serrer fort, inspirant à plein nez son parfum. Puis il rougit lorsqu'il réalisa que le loup-garou était toujours torse nu.

- Stiles… tu m'écrases, fit une voix étouffée en riant.

Le plus jeune desserra son étreinte et Derek releva la tête, leurs visages se trouvant seulement à quelques centimètres. Le brun loucha sur les lèvres charnues de Stiles, pris d'une irrésistible envie de les goûter. Son loup devenait fou.

Mais ils furent interrompus par la voix de Peter :

- Vous avez faim, les jeunes ?

Ils se détachèrent à regret, un peu rougissants. Derek enfila rapidement des vêtements avant de suivre mollement Stiles dans les escaliers. Il lança un regard noir à son oncle, frustré de ne pas avoir pu aller jusqu'au bout. Son loup grognait vivement.

Ils s'attablèrent devant d'énormes assiettes de chili con carne préparé par Peter. Stiles fut séduit à la première bouchée.

- Peter, c'est vraiment vraiment délicieux. Je savais pas que tu cuisinais. Comment t'as fait ça ? Faut que t'apprennes à mon père, c'est une catastrophe. Il ne sait faire que des trucs surgelés, soupira-t-il.

Il parla de choses et d'autres en attendant que tout le monde ait fini, puis ils aidèrent à ranger avant de s'affaler sur le canapé, repus, devant une émission débile. Il appréciait de ne rien faire avec Derek, sentant la chaleur de son corps émaner contre lui. Lorsque Peter ramena Chris chez lui, Stiles prit son courage à deux mains et vint s'installer entre les jambes de Derek, nichant son visage dans son cou, et le plus vieux l'entoura de ses bras. Ils se sentaient bien ainsi, rien ne pouvait briser leur sérénité. Stiles était aux anges, et comprit rapidement que Derek s'était endormi, épuisé par sa séance de sport. Il releva la tête pour observer son visage. Le loup-garou était d'une beauté à couper le souffle.


Pendant ce temps là…

Les loups se débattaient, en vain. Ils étaient quatre : un jeune homme châtain, une fille encore plus jeune aux cheveux bruns, une blonde et une plus vieille, aux cheveux auburn.

Le tintement des chaînes devenait assourdissant. Leur ami, inconscient, était branché à des fils électriques qui lui envoyaient régulièrement des décharges de presque 300 volts.

- Parle ! asséna un homme aux cheveux très noirs.

- Surtout, ne leur dis rien, Cassie, souffla l'alpha entre ses dents.

Leur bourreau augmenta le voltage. Le jeune homme branché revint à lui en hurlant.