Valeur et vigueur le gang !
Vous êtes surpris que je poste aussi vite, n'est-ce pas ? J'espère que vous êtes contents ! ;)

Merci à drou, Fleur d'Ange et pcam de prendre le temps me reviewer à chaque fois ! Bonne lecture et on se retrouve en fin de chapitre !

XII. Indiscipline

« Tu es en retard, Ginevra. » fit remarquer Draco d'une voix traînante.

Sa main jouait distraitement avec la chevalière qu'il portait à l'auriculaire gauche - un emblème de son clan. Ses yeux gris suivirent la jeune femme tandis qu'elle entrait dans la pièce, escortée par un Mangemort. Draco fit un signe de la tête à l'attention de ce dernier. L'homme masqué suivit son ordre silencieux et quitta les lieux.

« J'ai été retardée au Ministère. » se justifia Ginny en observant ses alentours avec incertitude.

Ils se trouvaient dans un salon privé de l'Augurey Magistral, l'hôtel familial des Malfoy. Cette pièce était réservée aux réceptions privées, en comité restreint. Draco s'était installé sur un fauteuil en velours, placé au centre de la pièce luxuriante.

Il avait passé une journée particulièrement éreintante. La gestion d'un hôtel de ce genre était complexe, et bien au-delà de son expérience. Il réalisait désormais l'importance d'être entouré par des personnes expérimentées, pouvant se charger des détails insignifiants pour lui laisser le temps de se focaliser sur des sujets plus stratégiques. Depuis l'ouverture officielle de l'hôtel, pourtant, ses journées étaient remplies par des urgences insignifiantes.

Toute la semaine, il avait reçu plusieurs directeurs d'Hôtel potentiels dans l'espoir de trouver quelqu'un à qui il pourrait déléguer certaines responsabilités. L'un d'eux avait passé toutes les étapes de recrutement avec brio et, au grand soulagement de Draco, avait reçu l'approbation finale de Narcissa. Il reporta son attention sur Ginny Weasley qui observait toujours les lieux avec curiosité.

« Pourquoi sommes-nous ici ? » demanda-t-elle finalement.

« Pour plus de discrétion. » répondit Draco sur le ton de l'évidence.

Leurs rendez-vous dans sa diligence étaient trop flagrants car son véhicule était facilement reconnaissable. Il ne pouvait pas prendre le risque d'être remarqué par une personne de l'entourage de Warrington.

Draco avait envoyé un Mangemort la chercher à la sortie du Ministère pour la conduire à l'Augurey Magistral. Il s'était assuré qu'elle emprunte une entrée privée, habituellement réservée au personnel de l'hôtel.

Draco lui désigna le fauteuil en velours face au sien et elle y prit place, jetant un regard anxieux dans sa direction.

« Dois-je m'attendre à une autre crise de ta part ? » demanda-t-il avec sarcasme.

Ginny parut embarrassée. Il vit ses joues se rosir légèrement et il esquissa un rictus. Il avait rarement fréquenté une personne aussi transparente lorsqu'il s'agissait de ses sentiments. Il évoluait dans des cercles où les émotions n'avaient pas leur place. Son éducation lui avait professé l'importance de rester de marbre en toutes circonstances.

« Non. » dit-elle en secouant la tête, avec un sourire contrit. « Pas aujourd'hui. »

Elle semblait de meilleure humeur qu'à leur dernière rencontre. Ce jour-là, dans sa diligence, elle lui avait semblé totalement hystérique. Elle avait failli chuter à plus de cent mètres dans les airs.

« J'ai bien retenu la leçon. » ajouta-t-elle en esquissant une grimace gênée.

« Parfait. » dit Draco avec satisfaction avant de se relever.

Il se dirigea vers le bar, savamment fourni. Il extirpa une bouteille d'hydromel blanc puis saisit deux verres avant de retrouver la table placée entre les deux sofas.

« Un verre ? » suggéra-t-il, à l'attention de Ginny.

La jeune femme hésita pendant de longues secondes, comme si elle évaluait ses options. Elle hocha finalement la tête.

« Ça a été une longue journée. » dit-elle, semblant plus détendue.

Draco hocha la tête avant de remplir les deux verres et de tendre l'un deux à Ginny. Il regagna sa place et laissa son dos s'enfoncer contre le dos du fauteuil, plaçant sa cheville sur son genou. Il porta son verre à ses lèvres, observant la jeune femme avec attention.

Elle avait esquissé un geste pour décrocher le lacet qui fermait sa cape d'un rouge de falun. Elle retira l'épais vêtement, avant de la poser à ses côtés sur le bras du divan. Sous la cape, elle portait une robe noire qui marquait sa taille avant de s'évaser au niveau de ses genoux.

Draco ne put s'empêcher de remarquer que quelque chose dans son apparence avait changé. Ginny Weasley paraissait bien plus présentable que cette fille insolente qu'il avait rencontré dans la boutique de Burke.

Sans doute l'influence de son travail au Ministère et le fait qu'elle commence à fréquenter des personnes de la trempe de Warrington. Il fut surpris qu'elle ait déjà assimilé l'un de ces codes informulés. Draco avait été persuadé qu'elle peinerait à s'intégrer dans l'entourage de la Gouverneure à cause de sa singularité et ses origines. Au début, une partie de lui avait même éprouvé une envie mesquine à la voir trimer dans un milieu dont elle ne connaissait aucuns codes. Il était étonné de la voir s'adapter aussi rapidement. Et même s'il ne l'admettrait pas à haute voix - foncièrement admiratif.

Comme si Ginny avait senti son regard s'attarder un peu trop longtemps sur elle, elle passa une main gênée à l'arrière de sa nuque, faisant mine de trouver un intérêt particulier à l'un des tableaux installés au mur.

Elle se pencha en avant pour s'emparer du verre d'hydromel. Ses longs cheveux rouges - une teinte qu'il n'avait jamais vu ailleurs - suivirent ses mouvements, tombant à côté de son visage. Elle avala une longue gorgée de manière peu élégante pour une femme, puis s'éclaircit la gorge en reportant son attention sur Draco, comme si elle attendait qu'il rompe le silence.

« Comment les choses se passent, au Ministère ? » demanda-t-il finalement, son doigt tapant distraitement sur le rebord de son verre.

« Plutôt bien. J'ai eu une promotion - en quelques sortes. » ajouta-t-elle après un court moment de réflexion.

Draco leva un sourcil étonné, l'encourageant à continuer.

« Mrs Warrington m'a demandé de l'aider à organiser son prochain événement caritatif. Le Bal de L'Ellébore. » annonça-t-elle avec contentement.

Draco resta silencieux. Ce bal était l'un des plus attendus de la Saison chez l'élite de la communauté magique britannique. Il avait lieu tous les ans et regroupait un parterre d'invités distingués. Draco lui-même y participerait cette année. Narcissa avait préféré décliner l'invitation mais pour ne pas insulter la Gouverneure Warrington, avait envoyé Draco pour y représenter le clan Malfoy. Il était de notoriété publique que Narcissa Malfoy et Cressida Warrington ne s'appréciaient guère. Il était toutefois de mauvais goût d'afficher publiquement son dédain pour l'autre.

Ginny sembla chercher quelque chose dans son sac. Elle extirpa un parchemin soigneusement roulé qu'elle tendit à Draco.

« La liste des invités et le plan de table. Les astérisques à côté de certains noms signifient que ce sont des donateurs. » expliqua-t-elle. « Mrs Warrington a été très insistante sur certains placements de table. »

« Intéressant… » commença Draco, les yeux rivés sur le parchemin.

Une liste de donateurs était généralement un livret d'une valeur inestimable. Elle contenait des informations sur des individus prêts à débourser des sommes importantes. Cressida Warrington était à la tête de la fondation philanthropique la plus importante du pays. Elle possédait le carnet de contacts le plus convoité du pays.

Il reconnut plusieurs noms de membres du Département de la Justice. Certains des placements lui parurent curieux.

« Elle rencontre régulièrement plusieurs membres du Magenmagot. » poursuivit Ginny. « Toutes ces rencontres se font de manière officieuse, et jamais au Ministère. »

« Comment as-tu appris cela ? » demanda-t-il, stupéfait.

« J'ai regardé dans les affaires de son adjoint pendant sa pause du déjeuner. Il tient son agenda à jour. » admit Ginny avec gêne, comme si elle avouait un crime particulièrement honteux.

Draco fut médusé par la débrouillardise dont elle faisait preuve. En quelques semaines seulement, elle lui avait fourni des informations particulièrement pertinentes. Elle était pleine de ressources. De nouveau, il se félicita intérieurement de son idée. Utiliser une personne de son statut, que personne ne prenait assez au sérieux pour s'en méfier, avait été un véritable coup de génie.

« Excellent, Ginevra. » dit-il en hochant la tête avec approbation. « On dirait que tu as plus d'un tour dans ton sac. Je dois admettre que je ne m'y attendais pas. »

« Ce n'est pas la première fois que vous me sous-estimer. » répliqua-t-elle avec une once de supériorité dans la voix.

Son ton subitement dédaigneux le prit de court et il leva les yeux dans sa direction. Dans les yeux de la jeune femme, la gêne avait disparu, remplacée par une once de défi. Une fois sa surprise passée, Draco esquissa un sourire en coin, amusé. Elle était bien plus intéressante lorsqu'elle était si piquante et insubordonnée. Lors de leur dernier échange, dans sa diligence, il avait été presque déçu de la voir aussi découragée après ses mésaventures au Ministère.

« Une erreur de ma part, visiblement. » répondit-il à contrecœur.

Draco était habituellement avare de compliments et détestait admettre ses erreurs. Il savait pourtant que la loyauté de la jeune femme – même sous le couvert de conditions - lui serait extrêmement utile. Et sans soute était-ce à cause de sa journée particulièrement éreintante, mais il n'avait pas l'énergie de la rabaisser comme il s'était tant plu à le faire par le passé.

Ginny écarquilla les yeux, désarçonnée par son admission. La jeune femme parut se satisfaire de son compliment indirect et elle sembla plus confiante lorsqu'elle reprit la parole :

« Je peux essayer de me renseigner sur les raisons de ces entrevues. » suggéra-t-elle.

Draco secoua la tête.

« N'en fais pas trop. Je ne veux pas que tu te fasses repérer. Cela nous mettrait tous les deux dans une situation délicate. » indiqua Draco d'un ton ferme.

Il savait que ce serait une opération de longue haleine. Sa discrétion et sa patience seraient décisives pour son succès.

« Fais profil bas pour le moment et continue de travailler normalement. J'ai besoin de passer plus de temps sur ce document. » dit-il en désignant le parchemin. « Je te contacterai pour te donner de nouvelles instructions. »

« Très bien. » dit-elle avec déception, comme si sa réponse n'était pas celle qu'elle attendait.

Ginny semblait vouloir reprendre la parole mais il vit une nouvelle hésitation s'installer sur ses traits. Elle prit à nouveau une gorgée d'hydromel.

« Et qu'en est-il de ma… demande ? » questionna-t-elle finalement, semblant regagner une once de courage.

C'était donc pour cette raison qu'elle se donnait tant de mal à exécuter sa mission. Lorsque Draco lui avait proposé une contrepartie à son marché, il n'avait pas imaginé à quel point cet élément serait motivant pour Ginevra Weasley.

« C'est en cours. » répondit-il d'un ton évasif.

Ce n'était évidemment pas le cas - mais elle n'avait pas besoin de le savoir. Draco savait que la Grâce ministérielle n'était pas facilement obtenable. Il ne connaissait rien des antécédents des Weasley et ces derniers seraient décisifs pour sa capacité à négocier. Il savait aussi qu'il devrait passer par son père, ce qui ne l'enchantait guère. Il abhorrait demander quoi que ce soit à Lucius.

Il se préoccuperait de la requête de Ginny Weasley plus tard, lorsqu'elle lui apporterait des informations plus substantielles au sujet de Cressida Warrington et de ses activités secrètes.

Draco distingua une nouvelle émotion apparaitre sur les traits de la jeune femme - une lueur d'espoir qui lui éclaira le visage.

« Je ne te retiens pas plus longtemps. » dit-il finalement, en repliant soigneusement le parchemin qu'elle lui avait donné.

Ginny hocha la tête, visiblement soulagée d'être congédiée. Elle saisit sa cape et la serra contre elle.

« A bientôt, j'imagine. » dit-elle en jetant un regard interrogateur à Draco.

Draco ne prit pas la peine de répondre et se laissa retomber contre le dos du sofa, terminant son verre d'hydromel d'un trait. Toutefois, lorsque la jeune femme fit volte-face pour se diriger vers la sortie, il se surprit à l'observer avec une attention plus appuyée que l'auraient voulu les convenances.

/

Hannah sursauta vivement lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir. A chaque fois qu'elle entendait les rouages de la serrure s'activer, elle se tendait. Elle fut parcourue par une vague de soulagement lorsqu'elle reconnut Dean Thomas.

Cela faisait deux jours qu'on l'avait enfermée dans cette pièce poisseuse et, mise à part une femme désagréable qui venait vérifier l'état de sa cheville et lui apporter de la nourriture écœurante, Hannah n'avait vu personne.

« Comment va ta cheville, aujourd'hui ? » demanda Dean tandis qu'il s'approchait du lit sur lequel elle était assise.

« Bien mieux. J'arrive à marcher. » répondit Hannah d'une voix timide.

« Content de l'entendre. Je t'ai apporté à manger. » annonça Dean en posant un plateau composé d'un bol et d'un verre d'eau.

Hannah grimaça en apercevant la bouillie insipide qu'on lui avait donnée à chaque repas depuis son arrivée.

« Désolé. Je sais que ce n'est pas ce qu'il y a de plus ragoûtant » répondit Dean avec un rire bref en voyant son air dépité. « Malheureusement, nous n'avons que ça. Nous attendons encore le prochain convoi de vivres. En attendant, c'est purée de restes non identifiés. Tu t'habitueras, à la longue. Au moins, on a de la nourriture. »

Hannah hocha la tête. Elle ne voulait pas paraître ingrate.

« J'imagine que tu es fatiguée d'être coincée dans cette pièce. On peut sortir un peu, si tu veux. Je peux te faire visiter ce palace. » suggéra Dean avec amusement. « Ça te permettra de faire un peu d'exercice. »

Hannah acquiesça et tenta de se lever, prenant appui sur le bord du lit.

« Laisse-moi t'aider. » proposa gentiment Dean en s'approchant d'elle pour lui saisir le bras.

Hannah tenta quelques pas, soutenue par Dean et sembla retrouver son équilibre après quelques tentatives.

« Doucement. » prévint-il.

Les pas d'Hannah se firent plus confiants et elle parvint à retrouver une démarche plus ou moins stable. La pression sur sa cheville la tiraillait toujours mais la douleur était superficielle comparée à celle du début. Ils quittèrent la pièce et se retrouvèrent dans un long couloir mal éclairé aux teintes grisâtres. L'endroit semblait en piteux état : les murs étaient fissurés et même défoncés à certains endroits. On avait ajouté des barricades avec des planches en bois pour couvrir certaines des ouvertures. Plusieurs portes s'étalaient tout le long du corridor. Elle frissonna lorsqu'un courant d'air traversa le couloir.

« Où sommes-nous, exactement ? » demanda-t-elle en observant ses alentours.

« Je ne peux pas te dire exactement où nous sommes. Mais cet endroit est le repère des Goules Insoumises. C'est l'une de nos bases. Il y en a plusieurs dans le pays, comme celle-ci. » expliqua Dean. « C'est une vieille usine de matériel à potion abandonnée. Les anciens ont réussi à la mettre sous terre. »

Cela expliquait le manque total de lumière naturelle dans cet endroit, songea Hannah. La fenêtre de la pièce où on l'avait enfermée avait été barricadée par des planches en bois. Elle s'était persuadée qu'il s'agissait d'un moyen de l'empêcher de s'évader. Elle réalisa toutefois qu'aucune fenêtre ne pouvait donner accès à l'extérieur.

« Ça fait longtemps que tu es ici ? » demanda Hannah avec curiosité.

« Chez les Goules Insoumises, tu veux dire ? Ça va faire sept ans. » répondit Dean après quelques instants de réflexion. « Depuis que ma région a été envahie, à vrai dire. J'ai eu de la chance. Si les Mangemorts m'avaient trouvé, j'aurais été exécuté sur le champ. Je suis Né-Moldu. »

Une lueur affolée apparut dans les yeux d'Hannah à l'entente du terme. Le mot Moldu était proscrit dans le régime et personne ne se risquait à le prononcer par peur de représailles sévères. Les Nés-Moldus étaient qualifiés de Sang-de-bourbe, l'appellation officielle. Quant aux individus non magiques, on ne les désignait tout simplement pas.

Dean sembla remarquer son soudain inconfort.

« Ne t'inquiète pas, tu es libre de dire tout ce que tu veux, ici. Personne ne te coupera la langue pour blasphème. » assura-t-il avec un rire sonore.

Il sembla réfléchir et ajouta :

« Enfin évite d'encenser le régime devant les autres. Sinon, tu ne risques pas de te faire des amis. » ajouta-t-il avec un clin d'œil.

« Merci pour le conseil. J'éviterai de le faire, dans ce cas. » répondit Hannah en esquissant un petit sourire. « Je crois que ça ne devrait pas être trop difficile. »

Elle n'avait pas souri depuis si longtemps que le geste lui parut peu naturel.

« Allons-y. Continuons la visite de ce palais grandiose. » proposa Dean d'un ton théâtral qui fit rire Hannah.

« La pièce où tu te trouvais est notre infirmerie. » expliqua Dean. « Et toutes les portes que tu vois dans cette partie du couloir sont des dortoirs. Je demanderai à Tonks de te trouver un lit libre dans l'un des dortoirs des femmes. »

« Combien de personnes vivent dans cet endroit ? » interrogea Hannah.

« A peu près cinquante dans cette base. » répondit Dean après un court moment de réflexion. « Mais ça fluctue. Certaines personnes changent de bases, et d'autres vont en mission. »

« Et dans les autres bases ? »

« Aucune idée. Personne ne connaît vraiment les informations concernant les autres bases à part les chefs. C'est par raison de sécurité - au cas où l'un de nous serait capturé par l'ennemi ou décide de s'enfuir. »

« Pourquoi ils s'enfuiraient ? » questionna Hannah en fronçant des sourcils, désemparée.

« Certaines personnes se retrouvent ici parce qu'ils pensent vouloir participer à la lutte contre le régime. Mais ils ne comprennent pas toujours le danger que ça représente, ni des sacrifices. On ne vit pas une vie facile ici, comme tu l'as remarqué. C'est trop difficile pour certaines personnes. Et vivre sous terre sans voir le monde extérieur pendant de longues périodes joue aussi sur la santé mentale. » révéla Dean avec gravité.

« Et vous les laissez partir ainsi ? N'est-ce pas risqué ? » demanda Hannah avec confusion.

« Au début, on leur lançait un sortilège d'Amnésie. Et puis on a récemment changé de système. » ajouta-t-il d'un ton évasif. « Tiens, nous voilà au réfectoire. »

Ils étaient entrés dans une salle gigantesque, aux lumières artificielles, occupée par une vingtaine de personnes. De longues tables en bois se dressaient dans la pièce. De l'autre côté, des fauteuils et d'autres meubles décousus avaient été rassemblés autour d'une cheminée, comme pour créer un foyer.

« Cette salle est un peu notre salle commune. C'est la plus grande de la base. On s'en sert pour manger, pour se détendre, pour les réunions et pour les entraînements. » énuméra Dean en désignant un de la pièce.

Hannah suivit son regard et aperçut ce qui ressemblait à des mannequins en bois. Deux sorciers lançaient des sorts en direction des figures qui se mouvaient pour les éviter.

« Hey tout le monde ! » hurla soudainement Dean, pour attirer l'attention des personnes présentes dans la pièce.

Hannah lui jeta un regard paniqué en réalisant que tous les regards s'étaient braqués sur elle. Elle se tendit, nerveuse.

« Je vous présente Hannah, une nouvelle recrue. » annonça Dean.

« Liberté et Dignité, Hannah ! » s'écria un homme en brandissant son pouce et son index devant son front, pour former un L.

« Impur soit le sang ! » lança une femme avec enthousiasme.

« Voldemort crèvera. » ajouta quelqu'un d'autre, provoquant des rires gras dans toute la pièce.

Dean rejoignit l'hilarité collective. Même Hannah lâcha un sourire contrit.

« Tout le monde est très sympa ici, tu verras. Sauf peut-être Fol Œil. Mais ne te fais pas de bile pour lui, il est désagréable avec tout le monde. » indiqua Dean avec amusement.

Ils poursuivirent la visite des locaux des Goules Insoumises. Le groupe avait réussi à installer un repaire confortable malgré les moyens limités dont ils disposaient.

« Ce n'est pas grand-chose, mais c'est chez nous. » annonça fièrement Dean, lorsqu'ils terminèrent le tour des différentes pièces du bâtiment.

Seule une zone de la base était interdite d'accès. Dean lui expliqua qu'elle était réservée aux chefs.

« Allons dehors. » proposa—t-il finalement.

Hannah lui lança un regard confus alors qu'ils empruntaient un escalier menant à un sous-sol. Dean remarqua son trouble.

« Ce n'est pas vraiment l'extérieur. » rectifia Dean. « C'est juste qu'on ne peut remonter à la surface pour des raisons de sécurité. Alors on s'est débrouillés pour faire venir l'extérieur à nous. »

Ils venaient de pénétrer dans une salle qui imitait un jardin extérieur. Le sol était couvert d'herbe fraiche. Des feuillages jonchaient les murs. Ils avaient même installé deux arbres dont les branches fournies s'étendaient jusqu'au plafond. Ce dernier avait été enchanté pour imiter un ciel bleu dégagé. Elle avait vraiment l'impression d'être à l'extérieur.

« C'est l'œuvre de l'un de nos meilleurs enchanteurs. C'est impossible de répliquer l'air frais, mais c'est plutôt convaincant. » expliqua Dean. « Même un peu trop si tu veux mon avis, parfois il pleut des cordes, et on ne peut rien y faire. »

« C'est très joli. » déclara Hannah, fascinée.

Près d'un arbre, elle vit un groupe de trois personnes discutant à voix basse. Leurs regards se posèrent sur Hannah. Cette dernière resta figée devant l'un d'eux. La moitié du visage de l'homme était défiguré par les vestiges d'une brûlure profonde. La moitié de son crâne était chauve, et recouvert par des traces de brûlures rosâtres. Il croisa son regard et Hannah s'empressa de détourner les yeux, gênée d'avoir été surprise à l'observer avant tant d'insistance. Sa nervosité augmenta lorsqu'il vint à leur rencontre.

« Une nouvelle perdue ? » demanda l'homme en regardant Hannah d'un air moqueur.

Maintenant qu'il était plus proche, Hannah remarqua que même ses bras et ses mains portaient des traces des brûlures.

« Une nouvelle recrue. » confirma Dean. « Hannah, je te présente Terrence Higgs. »

« Appelle-moi Higgs. Je parie que tu te demandes ce qui m'est arrivé. » dit-il en montrant son visage d'un air nonchalant, comme s'il avait l'habitude d'être observé de cette manière.

Hannah rougit furieusement, embarrassée d'être aussi transparente.

« Higgs est un ancien Mangemort. » déclara Dean.

Immédiatement, Hannah ouvrit la bouche de stupéfaction et Higgs sembla amusé par sa réaction.

« On a tous le droit à l'erreur. » dit Higgs en ricanant. « Je suis un Sang-Pur de premier rang. Dans ma famille, la tradition veut que tous les enfants - sauf le premier fils d'une génération - entrent chez les Mangemorts à leur majorité. C'est une sorte de sacrifice pour la cause de Voldemort. Quand est venu mon tour, je n'ai pas eu les tripes. J'ai paniqué quand j'ai vu les atrocités qu'ils commettaient à longueur de journée. J'n'étais qu'un gamin. Ils m'ont torturé physiquement et mentalement pendant des semaines pour me forcer à les imiter. A chaque fois que je refusais un ordre, on me corrigeait. Chez eux, il n'y a pas de retour en arrière une fois qu'on devient un Mangemort. C'est un pacte signé pour servir le régime jusqu'à la mort. Je me suis enfui à la première occasion. Je suis resté des semaines en fuite avant de trouver quelqu'un qui m'a ramené ici. Depuis, je me bats pour l'autre camp. »

Une lueur de dégoût était passé dans son regard tandis qu'il racontait son récit et Hannah resta sans voix, horrifiée. Elle ne s'était jamais interrogée sur les individus derrière les masques terrifiants des Mangemorts. Ils semblaient tous être des automates dénués de la moindre empathie. C'était comme s'ils avaient perdu leur côté humain, au profit d'une barbarie sans nom. Elle ne pouvait qu'imaginer les horreurs que Higgs avait dû subir en refusant les ordres qu'il recevait. Une nouvelle fois, Hannah sentit une boule de colère se former dans son estomac et elle serra le poing. Plus les jours passaient, plus sa haine envers le régime grandissait.

« Higgs est notre spécialiste des explosifs. » informa Dean d'un ton neutre.

Hannah ne put s'empêcher de remarquer que Dean semblait étrangement froid face à Higgs. Il avait perdu l'enthousiasme et la bonne humeur dont il avait fait preuve avec elle et les autres membres de la base.

« Le seul point positif de mon passage chez les Mangemorts. » prétendit Higgs, avec un air calculateur.

« Allons-y. Nous n'avons pas terminé la visite. » pressa Dean, qui semblait visiblement impatient de mettre un terme à la conversation.

Hannah le suivit dans l'escalier, désarçonnée par son attitude. Elle savait qu'ils avaient déjà terminé la visite, malgré ce qu'il avait prétendu devant Higgs. Ils reprirent la direction de l'infirmerie et Hannah fut soulagée de retrouver le brancard. La promenade avait été longue et avait réveillé les douleurs de sa cheville.

« Alors ? Qu'en penses-tu ? J'imagine que tu es submergée par la quantité d'informations. » devina Dean en s'adossant sur le mur face à elle.

Il avait retrouvé son sourire chaleureux et son air avenant.

« Merci pour la visite. Je n'aurais jamais imaginé que quelque chose de ce genre puisse exister. » dit Hannah avec sincérité. « On entend parfois parler des Dissi…des Insoumis pardon - mais vous n'êtes pas comme ce que le gouvernement prétend. »

« J'imagine qu'ils nous font passer pour des terroristes dangereux, ne reculant devant rien pour causer l'anarchie sociale. » devina Dean avec patience.

« C'est un peu ça. » confirma Hannah avec gêne.

Dean soupira longuement, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose qui le dérangeait.

« Comme je te l'ai expliqué, nous avons des bases un peu partout sur le territoire. Mais tous ces groupes ne sont pas pacifistes. Nous avons également des extrémistes de notre propre côté. Des gens qui sont très en colère et qui voudraient aller en guerre frontale. » admit-il avec une grimace. « Personnellement, je n'ai jamais vécu dans le régime. Mais d'autres y ont vécu des choses atroces. Je peux comprendre que des gens comme Higgs aient une haine profonde du régime de Voldemort. »

Hannah ne répondit pas. Elle-même avait été une victime. Son cœur se serra lorsqu'elle pensa à son fils disparu et elle dût lutter pour ne pas pleurer. Un mélange de peine profonde et de haine viscérale.

« Certaines des bases ne s'entendent pas entre elles et il y a parfois des désaccords. C'est ce que le Phénix essaie de faire. Nous rassembler à travers le pays pour former une coalition assez forte pour être une vraie menace. » annonça Dean avec fierté.

« Le Phénix ? » répéta Hannah, sans comprendre.

« C'est le nom que nous donnons à notre nouveau leader. On l'appelle ainsi pour ne pas dévoiler son identité. » répondit-il. « Il parcourt les différents groupes de résistants pour les convaincre de s'associer et d'entrer dans le Front de Libération de l'Ordre du Phénix. La plupart d'entre eux ont déjà accepté. »

« Et que faites-vous, exactement ? Pour lutter contre le régime ? Quelles sont ces missions dont tu parles ? » demanda avidement Hannah.

Elle désirait se rendre utile. Elle avait besoin de s'occuper. Elle avait passé ces deux derniers jours seule face à ses pensées. Terry devait terriblement s'inquiéter et elle s'en voulait de ne pas réfléchir à un moyen de le contacter. Le fait qu'il n'ait pas été sa priorité depuis son arrivée dans cet endroit provoquait une culpabilité immense chez la jeune femme. Même si leur relation s'était détériorée après la tragédie qu'ils avaient vécu, Terry restait son mari.

« Pour l'instant, je ne peux pas t'en parler. Tu vas passer par une étape d'intégration, c'est ce qu'on fait tous en arrivant ici. Après ça, les chefs décideront à quelle activité ils veulent t'affecter. Il y a plusieurs rôles. Certains sont des missions à l'extérieur ou qui nécessitent de s'infiltrer chez l'ennemi et d'autres consistent à aider sur notre camp, pour s'assurer du bon fonctionnement de la vie des membres. » indiqua-t-il. « Dans ton cas, nous devons d'abord savoir si tu es recherchée par les Aurors. »

« Comment pouvez-vous obtenir cette information ? » s'étonna Hannah avec stupéfaction.

« Nous avons des infiltrés un peu partout dans le régime. Certains travaillent au Ministère et peuvent avoir accès à des informations de ce genre. »

Elle ouvrit de grands yeux estomaqués.

« C'est comme ça qu'on lutte contre le régime. Il serait trop difficile d'entrer en guerre frontale. Les Aurors et les Mangemorts sont trop nombreux pour nous et nous n'avons pas les ressources nécessaires pour ce genre de combat. Alors nous essayons plutôt de créer de la friction et saboter l'ennemi. L'objectif est de rendre les choses plus difficiles pour eux. Utiliser l'accès et le privilège de nos infiltrés est très important. C'est comme ça qu'on obtient des vivres ou du matériel, par exemple. » expliqua Dean.

Hannah l'écoutait avec fascination, surprise devant l'ampleur du réseau souterrain qu'ils avaient mis en place sous le nez du Ministère et du Coven des Treize sacrés.

Elle réalisa qu'elle était heureuse d'avoir pris ce tournant inattendu. Elle venait de trouver un nouveau sens à sa vie et la sensation était des plus grisantes.

/

Ce matin-là, lorsque Théodore se rendit au Théâtre de Damasus le Décadent, il ressentit une excitation peu habituelle. Il attendit impatiemment la fin des auditions pour rejoindre la bibliothèque privée. Il y retrouva Hermione, penchée sur un parchemin, en très grande concentration. Elle mordillait l'extrémité de sa plume, les sourcils légèrement froncés.

Théodore resta silencieux pendant de longues minutes tandis qu'il l'observait. Le visage de la jeune femme était tellement expressif dans ces moments de réflexion. Parfois, elle se parlait à elle-même ou laissait échapper un soupir ennuyé en signe de frustration.

Ses cheveux volumineux étaient ramenés en une tresse française. De temps à autre, elle repoussait les mèches rebelles tombant sur le coin de son visage, les replaçant derrière son oreille. Finalement, Hermione reposa sa plume sur la table, et recula sur sa chaise, un sourire victorieux sur les lèvres. Elle leva la tête et sursauta en apercevant Théodore dans l'encadrement de la porte.

« Je vais arrêter de faire ça. » promit Théodore. « De te surprendre ainsi quand tu es aussi concentrée. »

« Quand es-tu arrivé ? » demanda-t-elle.

« Il y a peine quelques minutes. » répondit Théodore.

« Je suis soulagée. Si tu étais arrivé dix minutes plus tôt, tu m'aurais surpris en plein crise d'hystérie. Ce n'était pas très beau à voir. » révéla Hermione avec un sourire désabusé.

Théodore s'avança vers la table et s'installa sur le siège face à elle.

« Désolée. Je deviens un peu intense quand je travaille. Ça me prend plus de temps que prévu. Les références sont très mal classées. » indiqua-t-elle en pinçant les lèvres, en signe de désapprobation.

« Navré. Ma famille n'est pas très organisée. Nous sommes des artistes. » se justifia Théodore. « Même si ce n'est absolument pas une excuse. »

Il avait ajouté cela sur un ton embarrassé et sa remarque sembla faire rire Hermione.

« Les auditions sont terminées ? » demanda-t-elle avec curiosité.

Théodore acquiesça.

« Nous avons trouvé tous les rôles principaux. » déclara-t-il avec contentement.

Un silence tranquille s'installa et Théodore hésita pendant un long instant pendant qu'Hermione s'affairait autour d'une nouvelle pile d'ouvrages. Finalement, il prit son courage à deux mains et lança :

« Je comptais aller déjeuner. Est-ce que tu veux m'accompagner ? »

Il avait prononcé ces mots tellement vite qu'il n'était pas certain de s'être fait comprendre. Hermione leva pourtant la tête vers lui, prise au dépourvu par sa demande.

« Je… » commença-t-elle d'un ton incertain.

Théodore sentit son découragement refaire surface. Elle allait probablement refuser, songea-t-il avec dépit.

« Je suppose que oui. » acheva-t-elle.

Il fut heureux d'entendre sa réponse et il sentit son estomac exécuter un bond heureux.

« Où veux-tu aller ? » demanda Hermione « Je ne connais pas trop ce quartier. »

« Pour te dire la vérité, moi non plus. Il est rare que je me promène dans les rues, d'ailleurs. » ajouta Théodore.

« Je connais un endroit excellent près du Chemin de Traverse. » suggéra-t-elle, après quelques instants de réflexion, un éclat apparaissant dans ses yeux.

« Le Chemin de Traverse. » répéta Théodore, s'en s'empêcher de grimacer. « Il y a beaucoup de monde, là-bas, n'est-ce pas ? »

Hermione hocha la tête, visiblement confuse par sa question. Son interrogation devrait probablement lui paraître stupide.

« J'évite les endroits trop publics. » expliqua-t-il. « Et comme j'ai toujours quelqu'un pour m'escorter. Je ne suis pas certain que ce soit très discret. J'aimerais éviter de les avoir sur le dos. »

« Tu ne peux jamais sortir seul ? » demanda-t-elle, scandalisée.

« Pas vraiment. » admit-il avec une grimace.

Tous les membres des Treize sacrés étaient escortés en public par souci de sécurité. Les membres du Coven comme les gouverneurs étaient accompagnés par des Aurors entraînés. Leurs familles disposaient d'une escorte de Mangemorts pour leurs déplacements. Même si ces derniers étaient discrets et se faisaient peu remarquer, Théodore détestait sentir leur présence à ses côtés. Ses déplacements étaient pourtant limités. Il passait sa vie entre le Manoir de sa famille, le Théâtre et parfois les Archives des Macmillan.

« Pourtant, personne n'est avec toi maintenant. » fit remarquer Hermione en jetant un regard bref vers la porte.

« Ils sont postés en dehors du théâtre. » expliqua Théodore.

Heureusement, sa sécurité restait en dehors du bâtiment lorsqu'il se rendait au théâtre car le lieu était jugé suffisamment sécurisé.

« On pourrait emprunter une porte arrière. » proposa Hermione.

« Toutes les entrées sont scellées ou surveillées. » prévint Théodore avec frustration. « Ils me verront immédiatement sortir. »

« Sauf s'ils ne te reconnaissent pas. » fit remarquer Hermione d'un ton mutin, une lueur calculatrice dans les yeux.

Dix minutes plus tard, Théodore s'engagea nerveusement sur les longues marches à l'entrée du théâtre, Hermione à ses côtés. Il garda le regard résolument fixé sur les grilles. Deux Mangemorts étaient postés dans la cabine de surveillance.

Ils les suivirent du regard tandis qu'ils sortaient du théâtre mais ne firent aucune remarque. Lorsqu'ils dépassèrent les grilles, quittant la propriété pour rejoindre l'avenue principale, Théodore écarquilla les yeux, réalisant qu'ils ne l'avaient pas reconnu.

« Nous avons réussi ! » dit Hermione avec excitation, lorsqu'ils atteignirent un coin de rue suffisamment éloigné du théâtre.

« Je n'arrive pas à croire que ça ait fonctionné. » dit Théodore, effaré.

Dans la salle des costumes, ils avaient déniché une cape que Théodore avait troqué contre la sienne. A l'aide d'un sort, Hermione avait ensuite fait pousser une longue barbe sur son visage. Elle avait enchanté les cheveux de Théodore pour les rendre blonds et ses yeux étaient désormais d'une teinte plus sombre, dissimulés derrière une paire de lunettes de vue dénichée dans la salle des accessoires. Ces quelques altérations physiques étaient suffisantes pour qu'on ne reconnaisse pas Théodore immédiatement, à moins quelques centimètres de son visage pour voir des traits. Le sort se dissiperait au bout de quelques minutes mais c'était suffisant pour échapper à la vue des Mangemorts. Il n'avait pas cru pouvoir tromper ces derniers mais il fut forcé d'admettre que la simplicité du plan le rendait encore meilleur.

« Tu es impressionnante, Hermione. » admit Théodore avec sincérité.

Les joues de la jeune femme prirent une teinte cramoisie et il fut à la fois surpris et ravi de provoquer une telle réaction chez elle.

« Merci. » dit-elle simplement.

Hermione jeta un regard à ses alentours.

« Il y a un poste de cheminées publiques, à quelques minutes. » expliqua-t-elle en désignant une rue adjacente d'un geste de la tête.

Ils se mirent en marche et Théodore ressentit une satisfaction particulière, probablement causée par cette soudaine indépendance à laquelle il n'était plus habitué depuis son retour. L'un des aspects les plus difficiles de son retour au Royaume-Uni était la perte de liberté qu'il avait acquise à l'étranger. Ailleurs, il était libre de se déplacer comme bon lui semblait. Personne ne le reconnaissait en tant qu'héritier d'une famille sacrée. Il parvenait à garder l'anonymat tant désiré.

Au Royaume-Uni, Théodore se sentait comme un étranger dans son propre pays. Il gardait même peu de souvenirs de son enfance dans son pays natal.

Lorsqu'ils arrivèrent devant un poste de cheminées, il observa avec circonspection les longues files formées par des sorciers. Il suivit Hermione tandis qu'elle rejoignait l'une d'elles.

« Pourquoi ne prenons-nous pas les autres ? » demanda Théodore en pointant les autres cheminées quasiment vides.

« Elles sont réservées aux Sang-Purs. » expliqua Hermione en lui jetant un regard effaré, surprise par sa question. « Je ne suis pas autorisée à les prendre. »

Théodore garda le silence devant sa réponse. Pourtant, du coin de l'œil, il pouvait voir qu'Hermione lui jetait des regards en biais.

« Tu n'as jamais emprunté de cheminées publiques ? » s'étonna-t-elle, décontenancée

Théodore secoua vivement de la tête.

« Je ne fréquente quasiment pas de lieux publics depuis mon retour. » admit Théodore.

Vint finalement leur tour de se présenter devant l'un des portiers. Théodore avait attentivement observé les faits et les gestes des voyageurs avant lui. Il tendit une pièce dorée à l'homme qui farfouilla dans sa boite en métal à la recherche de monnaie.

« Gardez la monnaie. » déclara Théodore.

Le portier écarquilla les yeux en voyant le gallion, visiblement surpris par son don. Hermione s'éclaircit la gorge.

« Allons-y. » dit-elle avant de s'introduire dans la cheminée, adressant un regard appuyé à Théodore. « Chemin de Traverse ! »

Théodore l'imita sous le regard mi-surpris et mi-reconnaissant du portier. Lorsqu'il arriva à destination, dans un torrent de flammes vertes, la première chose qu'il vit fut une agitation palpable autour de lui. Une foule de passants se pressaient dans les rues, flânant parmi des boutiques animées.

« Petit conseil, si tu veux vraiment passer inaperçu, ne donne pas de pourboire aux portiers. Surtout un pourboire de ce genre. » déclara Hermione, apparaissant devant lui.

« Pourquoi pas ? » s'étonna Théodore, ne saisissant pas le problème.

« La majorité des Sang-Impurs vivent sous le seuil de pauvreté. Ils n'ont pas d'argent à donner ainsi. » expliqua patiemment Hermione. « Et quand ils ont beaucoup d'argent, cela devient suspect en général. »

Théodore hocha la tête, lui faisant signe qu'il avait compris. L'argent n'avait jamais été un problème pour lui. Il n'en avait jamais manqué et l'idée qu'un gallion puisse être considéré comme une somme importante lui parut étrange.

Il se sentit gêné. Hermione devait croire qu'il était complètement déconnecté de la réalité. Ce qui n'était pas loin de la vérité. Il n'était pas habitué à se mêler aux gens normaux.

« Je crois que c'est la première fois que je visite cet endroit. » indiqua-t-il en observant leurs alentours avec intérêt.

Ils étaient passés devant une boutique où un groupe de passants étaient agglutinés devant la vitrine, observant un nouveau modèle de balai volant. Hermione lui lança un regard stupéfait.

« Comment est-ce possible ? » demanda-t-elle, médusée. « Tu n'es jamais venu ici lorsque tu étais enfant ? »

« Autant que je me souvienne – non. »

« J'imagine que vous avez des personnes qui font vos achats à votre place » devina Hermione. « Et que vous fréquentez d'autres quartiers de la ville. »

Son vous faisait référence aux gens de son statut - les Treize sacrés. Théodore décela le jugement dans ses paroles mais ne s'en formalisa pas. Il n'était pas stupide. Même s'il ne comprenait pas l'étendue de ce que subissaient les personnes de rang inférieur, il savait que leur traitement n'était pas juste. Il ne pouvait pas en vouloir à Hermione de ressentir de l'animosité pour les personnes comme lui. Après tout, ils étaient ceux qui contrôlaient le régime.

Il appréciait toutefois qu'Hermione ne fasse pas d'amalgames. Le fait qu'elle soit avec lui à cet instant précis lui prouvait qu'elle pouvait faire la différence entre lui et ses pairs.

« C'est par ici. » indiqua Hermione, l'entraînant dans une ruelle moins agitée que l'avenue principale.

Ils pénètrent dans un établissement étroit, à l'aspect modeste où quelques tables s'entassaient.

« Ils font les meilleures frites de Londres. » annonça Hermione avec un sourire excité. « Tu ne seras pas déçu. »

Elle s'avança vers le comptoir derrière lequel une sorcière trapue se dépêtrait devant de larges récipients. Les pommes de terre étaient coupées seules sous sa supervision, avant de léviter vers des réservoirs remplis d'huile fumante.

Hermione commanda une spécialité de la maison avant de se diriger vers l'unique table libre du local. Théodore prit place face à elle, observant les lieux avec curiosité.

« Cet endroit ne paye pas de mine, vu comme ça. Mais il en vaut vraiment la peine. » expliqua Hermione. « C'est Ginny qui me l'a fait découvrir. »

« Qui est Ginny ? » interrogea Théodore.

« Une amie. Nous vivons ensemble. » ajouta Hermione avec un sourire. « Nous venons souvent ici, le weekend. C'est un peu un rituel entre nous. »

Deux barquettes de frites se posèrent devant eux et Théodore observa la portion avec surprise. Les frites étaient recouvertes par une épaisse masse de fromage fondu, mélangée à des morceaux de pepperoni.

« Bon appétit ! » lança Hermione en l'observant avec un sourire.

Théodore tendit la main vers un bac rempli de couverts sous le regard amusé d'Hermione.

« C'est encore meilleur avec les mains. » assura-t-elle avant de prendre deux frites entre ses doigts et les porter à sa bouche.

Théodore imita alors la jeune femme, trempant les frites dans le fromage garni avant de les porter à sa bouche.

« C'est…excellent. » admit-il, agréablement surpris, avant de prendre une seconde bouchée.

« Je t'avais prévenu. » dit Hermione en laissant échapper un rire réjoui dans sa direction.

Théodore termina sa portion plus vite qu'il n'aurait imaginé.

« On dirait que tu as aimé ça. » commenta Hermione en montrant la barquette de frites vide.

« J'ai l'impression que je vais exploser mais c'était délicieux. » admit Théodore.

« Attends de goûter l'une des versions épicées. » déclara Hermione avec malice. « Ça sera pour une prochaine fois. »

Quelques instants plus tard, ils étaient de nouveau sur l'avenue principale du Chemin de Traverse. Hermione lui présenta des boutiques d'intérêt et les endroits qu'elle avait l'habitude de fréquenter. Théodore fut surpris du mélange de classes. C'était la première fois qu'ils se trouvaient en compagnie d'autant de sorciers de rang inférieur au Royaume-Uni. Personne ne sembla toutefois lui jeter des regards en biais. Ils ignoraient son identité et la capuche qu'il portait l'aidait à se fondre dans la masse.

Pour la première fois depuis très longtemps, Théodore eut le sentiment d'être un homme normal. La sensation fut des plus agréables. Marcher aux côtés d'Hermione et discuter avec elle de manière décontractée lui provoquait un sentiment de joie. En sa présence, il parvenait à oublier ses idées noires.

Il fut surpris de voir Hermione si insouciante. Elle était habituellement sur la réserve. Sans doute était-ce le fait d'être dans un environnement dans lequel elle était plus familière. Théodore l'observa avec intérêt tandis qu'elle parlait. Ils étaient installés sur un banc, non loin du marchand de glaces Florian Fortarôme. Ils s'y étaient arrêtés pour déguster une spécialité de la maison - un latte à la citrouille accompagné par des biscuits à l'anis, les favoris d'Hermione.

Pour la première fois depuis leur rencontre, elle sembla plus encline à lui parler de sa vie privée, chose sur laquelle elle était restée très discrète. Théodore l'écouta attentivement.

« Je comprends mieux. » dit-il soudainement.

Hermione se tourna vers lui, lui adressant un regard perplexe.

« Pourquoi tu es si… différente. Tu n'es pas née ici. Dans le régime, je veux dire. » ajouta-t-il en baissant la voix.

Elle secoua la tête.

« Alors, tu n'as aucune famille ici ? »

« Non. » dit-elle, une lueur de peine passant dans ses yeux marrons. « J'ai été séparée de mes proches pendant l'invasion. Comme beaucoup de gens, ici. »

« Et tu n'as jamais essayé de les retrouver ? » questionna-t-il.

« C'est impossible… Et interdit. » ajouta-t-elle en jetant un regard alarmé autour d'elle, comme pour s'assurer que personne ne l'avait entendu. « C'est dans le passé, et je n'ai pas trop envie d'en parler. »

« Bien sûr, je comprends. » s'empressa de déclarer Théodore.

Il pouvait voir à son langage corporel qu'elle s'était tendue. Il se maudit d'avoir insisté alors que le sujet était visiblement sensible pour elle.

« Je suis désolé…. Que tu aies dû traverser tout ça. » dit-il avec sincérité. « Personne ne devrait vivre ça. Aucun enfant ne devrait être séparé de sa famille. »

Hermione hocha la tête gravement puis esquissa un demi-sourire.

« Merci. J'imagine que j'ai eu de la chance. J'avais presque dix-sept quand c'est arrivé. Ça aurait pu être pire. J'ai entendu des histoires horribles avec des orphelins. » ajouta-elle en frissonnant.

Dans son regard, Théodore décela un mélange de crainte et de contrariété et il resta silencieux. Même s'il savait pertinemment que ce n'était pas de sa faute, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine culpabilité. Après tout, il faisait partie des Treize sacrés, qui s'assuraient de garder ces couches de la population dans une position d'infériorité par rapport aux Sang-Pur. Tous les jours, grâce à son nom, il jouissait d'un privilège certain. Même s'il n'avait rien demandé.

« Veux-tu retourner au Théâtre ? » demanda soudainement Hermione, le sortant de ses pensées.

Elle souhaitait manifestement changer de sujet de discussion.

« Pas encore, si ça ne te dérange pas. Peut-être qu'on pourrait continuer la balade ? Si tu le souhaites, évidemment. » ajouta-t-il.

Il appréciait ce moment en compagnie d'Hermione, loin de son quotidien, et il ne voulait pas y mettre fin. La jeune femme retrouva son sourire et elle acquiesça.

Ils continuèrent leur exploration du Chemin de Traverse pendant les heures suivantes. Théodore fut particulièrement intéressé par une boutique de musique. L'endroit lui rappelait l'une de ses boutiques préférées dans le village qui bordait l'Académie des Tuiles, en France.

Hermione écouta Théodore avec attention tandis qu'il lui expliquait comment s'occuper d'un piano.

« Les variations de température trop brutales et l'humidité peuvent abîmer un piano. Même l'endroit où on le place dans une maison est important. » dit-il.

« J'ignorais que ça nécessitait autant d'entretien. » commenta-t-elle, interloquée, observant le piano vers lequel ils s'étaient arrêtés.

Théodore s'apprêtait à répondre lorsqu'il vit un jeune garçon poser une bouteille entamée de jus de citrouille sur le couvercle du piano. Il grimaça et par réflexe, attrapa la bouteille.

« Et il ne faut rien poser sur un piano, encore moins des boissons. Le bois ne fait pas bon ménage avec les liquides. » expliqua patiemment Théodore à l'attention du jeune garçon.

« Pardonnez mon petit frère. Il n'écoute jamais rien. » lança une jeune fille blonde en s'approchant de Théodore, arborant une moue désolée. « Qu'est-ce que je t'ai dit, petit ? »

Le jeune garçon arbora un air désolé à Théodore qui lui adressa un demi-sourire.

« Désolé, m'sieur. » dit le jeune garçon avant de s'éloigner.

Lorsqu'ils quittèrent la boutique, Théodore ne put s'empêcher de laisser échapper un rire. Hermione lui adressa un regard confus.

« Ça me rappelle l'un de mes professeurs, à l'Académie des Tuiles. Faire en sorte que les étudiants prennent soin des instruments était sa licorne de bataille. Il a abandonné à son départ à la retraite. » ajouta Théodore avec amusement.

« Je suis sûre que tu étais l'un de ses élèves favoris. » devina Hermione avec un sourire.

« Oh non, loin de là. Il me détestait... Il disait que j'étais incapable de suivre des instructions. Qu'il fallait toujours que j'interprète. » admit Théodore avec un sourire contrit. « Il m'a beaucoup appris, malgré tout. »

Théodore se perdit dans ses pensées. Lors de sa dernière conversation avec son professeur, ce dernier lui avait fait un compliment.

« Au moins, votre amour pour la musique vous a empêché de jouer pour une bande de vieux fous extrémistes. » avait-il dit.

Que dirait-il s'il savait que Théodore était désormais de retour au Royaume-Uni, forcé de jouer pour les vieux fous extrémistes dont il parlait ?

Théodore sentit quelqu'un le bousculer brutalement et il sortit de sa torpeur. Il se retourna vivement et reconnut le petit garçon de la boutique de musique. Ce dernier s'accrocha à la cape de Théodore pour ne pas chuter.

« Désolé, j'vous avais pas vu, m'sieur. » lança le garçon avant de reprendre sa course dans l'avenue, suivi par sa sœur aînée.

Théodore remit de l'ordre à sa cape qui s'était détachée.

« Retournons au théâtre ? » suggéra-t-il en direction d'Hermione qui hocha la tête.

Rentrer au théâtre fut une autre affaire. Les Mangemorts parurent sidérés de voir Théodore se présenter devant le poste de sécurité, sans son déguisement temporaire. Les effets du sort s'étaient estompés et il savait qu'il ne pourrait pas pénétrer à l'intérieur sans confirmer son identité.

« Est-ce que ça va te causer des problèmes ? » demanda Hermione tandis qu'ils entraient dans le hall du théâtre.

« Absolument pas. Si quelqu'un doit avoir des problèmes, c'est eux. Si j'ai réussi à m'échapper sans qu'ils ne se rendent compte, cela signifie qu'il y a des sérieuses failles dans leur dispositif de sécurité. » fit remarquer Théodore avec dédain.

Hermione ne parut pas toutefois rassurée.

« Ce n'était peut-être pas une bonne idée. » dit-elle, une lueur d'inquiétude passant dans ses yeux.

Théodore réalisa que son expérience avec les Mangemorts n'était pas celle d'Hermione. Pour lui, les Mangemorts étaient une nuisance l'empêchant de vivre sa vie en toute discrétion. Il n'avait jamais craint les Mangemorts pour ce qu'ils étaient vraiment - une armée violente et brutale, prête à tout pour faire respecter les lois liées à la pureté du sang. Pour une sorcière de rang inférieur comme Hermione, les Mangemorts étaient un danger certain.

Théodore éprouva un élan de culpabilité en réalisant qu'il n'avait pas pensé à cela. Il ne voulait pas qu'Hermione se sente en danger.

« Il n'arrivera rien, je te le promets, Hermione. » avança-t-il d'une voix qui se voulait rassurante, posant une main sur le bras de la jeune femme.

Elle hocha la tête, écarquillant légèrement les yeux face à son geste. Il retira sa main immédiatement.

« Si je me souviens de notre conversation d'hier, tu voulais que je joue pour toi. » rappela-t-il pour diffuser la tension qui venait de surgir dans l'air.

Hermione hocha frénétiquement de la tête, une lueur d'excitation dans ses yeux, sa crainte désormais disparue.

Théodore la conduisit dans la salle principale du théâtre, désormais silencieuse. Il était sept heures du soir et la plupart des employés semblaient être rentrés chez eux. Théodore s'installa sur le banc face à son piano et invita Hermione à l'y rejoindre.

Le bras de la jeune femme effleura le sien. Ils étaient si proches qu'il pouvait sentir l'odeur agréable de ses cheveux. Théodore posa ses doigts sur le clavier et entonna l'un de ses morceaux préférés - La Valse des Centaures, un classique. Le morceau était né d'une interprétation de l'un de ses poèmes préférés. Il débutait de manière paisible avant de devenir plus intense. Il joua de manière plus lente que d'habitude avant d'exécuter des mouvements plus expressifs, ses doigts passant rapidement sur les touches en ivoire.

Lorsqu'il s'arrêta, Théodore se tourna vers Hermione

« C'était…magnifique. » murmura-t-elle dans un souffle.

« Je suis content que ça t'ait plu. »

« Tu as dit un jour que jouer était une manière de communiquer pour toi. » déclara Hermione, rompant finalement le silence. « A quoi pensais-tu, en jouant ? »

« Un calme paisible, de l'allégresse et l'impression d'être…libre. » énuméra Théodore après un court moment de réflexion. « C'est un peu ce que j'ai ressenti pendant ces dernières heures. »

Hermione tourna les yeux dans sa direction, croisant son regard.

« Ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti cela. » admit-il. « Je sais que ça va te paraître étrange car nous ne nous connaissons pas depuis longtemps mais… »

Théodore s'interrompit, hésitant à continuer.

« Mais ? » demanda Hermione d'une voix douce, l'encourageant à continuer.

« Revenir dans ce pays n'a pas été facile pour moi pour une multitude de raisons. Mais depuis que je t'ai rencontré, les choses me semblent tellement plus…supportables. Quand nous sommes ensemble, comme aujourd'hui, j'ai l'impression d'être libre. »

Il se surprit à lui admettre ses sentiments de manière si transparente. Hermione resta silencieuse mais il vit que ses joues s'étaient rosies. C'était la première fois qu'ils étaient aussi proches et Théodore eut le loisir d'observer tous les détails de son visage. Sa peau de pêche qu'il imaginait duveteuse, ses lèvres pleines d'une teinte rose foncé, ses yeux en amande d'un marron foncé qui arboraient un éclat étincelant.

Hermione avait une beauté discrète et simple devant laquelle beaucoup d'hommes resteraient de marbre. Théodore, lui, la trouvait exceptionnellement belle. Sa personnalité et son intelligence extraordinaire la rendaient encore plus attirante à ses yeux.

« Je ne trouve pas cela étrange. » dit finalement Hermione, d'une voix si basse qu'elle fut semblable à un murmure. « C'est la première fois que j'ai le sentiment d'être avec quelqu'un qui me comprend réellement. Et c'est étrange car je n'aurais jamais pensé trouver ça en quelqu'un comme toi. »

Théodore sentit son rythme cardiaque s'accélérer en entendant les paroles d'Hermione. Il s'était sentit attirée par la jeune femme dès leur rencontre et s'était persuadé que ce sentiment était unilatéral. Pour la première fois, toutefois, Hermione ne semblait pas sur la retenue avec lui. Cela lui procura une joie immense.

Il fixa le visage de la jeune femme d'un air rêveur, comme s'il tentait de mémoriser tous ses détails. Quelques tâches de rousseurs brunes couvraient son nez légèrement retroussé. Une cicatrice fine sur le haut de sa lèvre supérieure, le reflet de ses boucles volumineuses. Ce qui attira toutefois son regard fut la lueur dans ses yeux - un mélange d'appréhension et d'incertitude.

Théodore eut alors un geste qui le surprit lui-même. Il se pencha dans sa direction et posa ses lèvres sur les siennes, les effleurant doucement, comme s'il n'osait pas réellement les toucher. Les secondes suivantes lui parurent comme une éternité, et la crainte qu'elle le repousse s'installa en lui. Pourtant, après un court moment d'hésitation, Hermione lui rendit son baiser.

Théodore ferma les yeux, savourant la sensation des lèvres délicates d'Hermione sur les siennes. Elles étaient plus douces que ce qu'il avait imaginé. Elles avaient un goût sucré lui rappelant les biscuits à l'anis qu'ils avaient dégustés sur le Chemin de Traverse. Ses lèvres s'entrouvrirent et leurs langues se rencontrèrent d'abord timidement, presque avec hésitation, avant de devenir plus assurées.

Lorsqu'ils s'écartèrent, pourtant, ils arboraient tous les deux un regard perdu. Théodore eut du mal à placer un terme sur le sentiment qu'il ressentait. Probablement un mélange d'excitation, de béatitude et d'étourdissement. Hermione, pour sa part, paraissait troublée. Elle esquissa un sourire timide et ce fut suffisant pour remplir Théodore d'effervescence.

Un bruit de porte retentit brusquement et Hermione sursauta, s'empressant de mettre de la distance entre eux, le regard coupable et affolé.

Près de la porte, un elfe de maison semblait nettoyer les poignées de l'imposante porte dorée. Hermione laissa échapper un rire nerveux.

« Je ne suis pas certaine que ce serait une bonne chose d'être surpris par les Mangemorts. » dit-elle, semblant finalement se détendre.

Théodore n'avait que faire des Mangemorts et de leurs opinions. Il ne voulait toutefois pas qu'Hermione soit mal à l'aise.

Il refit face au piano et joua un air emporté et passionné, sous le regard amusé de la jeune femme. Lorsqu'il eut terminé, il tourna la tête vers Hermione.

« Est-ce que j'ai besoin de traduire ? » interrogea-t-il

Elle secoua la tête et lâcha un rire bref.

« Non…Je crois que j'ai compris le message. » dit-elle, ses joues se rosissant à nouveau.

Elle jeta un regard bref vers l'horloge imposante placée près de la scène.

« Je devrais y aller. Ginny risque de s'inquiéter. » dit-elle. « Je comptais rentrer plus tôt. »

« Je ne voudrais pas qu'elle pense qu'il t'est arrivée quelque chose. » répondit Théodore en hochant la tête.

« Je crois qu'elle sera contente d'apprendre que j'étais avec toi. » admit Hermione avec un sourire en coin.

« Est-ce que vous avez discuté de moi ? » demanda Théodore avec surprise.

Hermione sembla embarrassée.

« Vaguement. » répondit-elle, ses joues se colorant à nouveau.

Sa réponse procura un sentiment de satisfaction à Théodore. Il était heureux de savoir qu'il n'était pas le seul à penser à elle.

« Je te raccompagne. » dit-il d'une voix ferme.

Hermione hocha la tête et ils quittèrent l'estrade du théâtre avant de s'avancer dans l'allée principale, parmi les rangées de sièges. Arrivés dans le hall et devant les doubles portes imposantes du théâtre, Théodore se tourna à nouveau vers Hermione et posa à nouveau ses lèvres sur les siennes. Elle lui rendit son baiser avec ferveur et ils échangèrent un regard heureux avant de quitter les lieux.

Il la conduisit à sa diligence personnelle et ordonna à l'un des Mangemorts présent au poste de sécurité de la raccompagner à destination. Il observa la diligence trotter sur quelques mètres avant de s'envoler.

Il avait hâte d'être au lendemain pour la revoir. Lorsqu'il remonta les marches du Théâtre, Théodore posa sa main dans sa poche par réflexe et fronça les sourcils lorsqu'il réalisa que son Sonuminateur avait disparu. Il fronça les sourcils avant de retourner dans la pièce principale du théâtre. Il ne trouva l'objet nulle part. Un souvenir lui revint alors en mémoire. Quelques heures plus tôt, sur le Chemin de traverse, il avait senti ce jeune garçon s'agripper à sa cape, après l'avoir bousculé. Il jura intérieurement en réalisant qu'il en avait sans doute profité pour lui faire les poches.

Bien que son Sonuminateur soit un objet rare, avec une valeur sentimentale, il se surprit à ne pas être aussi ennuyé qu'il aurait cru. Aujourd'hui, rien ne pourrait lui ôter sa bonne humeur. Tout ce qu'il gardait à l'esprit était le visage souriant d'Hermione Granger.


J'espère que vous avez apprécié ce chapitre qui était long (quasi 10 000 mots !) J'ai adoré l'écrire, personnellement. Le temps passe vite, déjà 12 chapitres et 100 000 mots sur cette histoire. On ne voit pas le temps (et les mots) passer quand on s'amuse !

Qu'en avez-vous pensé ?

Draco et Ginny qui ont enfin une conversation polie sans se lancer des piques à tout va - quel progrès ! Et Draco qui commence à remarquer la petite rouquine...
On en apprend également beaucoup sur la résistance et leur monde de fonctionnement à travers Hannah.
Et que dire de Théo et Hermione avec cette fin en beauté ? Comment faire plus mignon que ça, sincèrement ? Franchement, je ne sais pas !

Profitez de ces doux moments d'accalmie. Ceux qui me connaissent savent que c'est toujours le calme avec la tempête avec moi :p

Là, après ce chapitre, j'attends vos avis avec IMPATIENCE. Ne fermez pas cette page sans m'avoir laissé une review - ça contribue à la motivation de l'auteure !

Je vous dis à très bientôt,

Fearless