Chapitre 14 : nous irons au bois !
Denki entra dans la petite boutique l'œil curieux.
Son regard allait ici et là, survolant les goûts et les couleurs tous plus extravagants les uns que les autres. Bizarrement ça lui fit penser à ces céréales. Un coup d'épaule le fit légèrement vaciller, mais il n'y porta pas attention. Autour de lui, il pouvait voir que la boutique se remplissait. Des odeurs fortes l'entouraient. Et honnêtement, dans un tel brouhaha, il n'aurait pas pu savoir qui était quoi.
Les odeurs de félidés, de canidés ainsi que d'ursidés se mêlaient tranquillement dans la pièce. Il n'y avait aucune aura qui sortait du lot. Tout le monde restait à sa place, plus ou moins. Des voix plus vives que d'autres lui parvinrent aux oreilles, mais il n'y fit toujours pas attention.
Devant lui, il s'arrêta finalement devant deux bacs de glace où le bleu et le jaune se mélangeaient bizarrement. Les goûts bleu et citron le firent saliver d'avance. Bon, peut être qu'en milk-shake ça ne serait pas bon, mais en tout cas, il fallait qu'il teste ces goûts-là.
Un coup d'épaule un peu plus fort le surpris légèrement. Il releva la tête, sourcils froncés.
Une main vint empoigner son bras.
- Hey ! Lâche moi ! T'es qui ?! S'exclama Denki en tombant sur un type beaucoup plus grand que lui.
L'homme était immense, il avait de court cheveux noirs cachés partiellement par une casquette. Un t-shirt lambda surmontait son immense corps tandis qu'un simple jogging habillait ses reins.
Il n'avait rien de spécial, il ressemblait à monsieur tout-le-monde, un simple gars qui marchait paresseusement dans la rue.
La poigne se resserra sur son bras.
- Suis-moi, dit-il en le tirant.
Sa voix était grave, grondante même, venant presque du fond de ses entrailles.
Denki tressaillit, assailli malgré lui par le ton si particulier qu'il avait employé. Mais il résista à son instinct, essayant de se dégager de la main, freinant des quatre fers.
- Ne me traîne pas comme ça ! T'es qui putain ?! Lâche moi !
Des griffes courtes sortirent de la main qui le tenait, Denki grimaça de douleur.
- Je t'ai dit de me suivre. Écoute moi.
C'était un ordre.
Au même moment que le mot fut prononcé, une écrasante aura de puissance et de domination lui fit courber l'échine.
Denki sentit ses genoux faiblir brusquement, ses yeux s'ouvrir en grand lorsqu'il se sentit basculer vers l'avant. Un couinement misérable sortit de ses lèvres.
Un bras entier vint s'enrouler autour de sa taille, puis une main épaisse lui releva le menton. Leurs regards se rencontrèrent de nouveau et son ventre se tordit désagréablement, faible et pantelant, il n'arrivait pas à penser clairement.
L'aura de cet homme était tel qu'il lui était inconcevable pour lui d'essayer de se soustraire de lui-même. Il n'avait de toute façon pas la force de faire cela. C'était trop et il était perturbé par cet homme. Les doigts de l'homme glissèrent jusqu'à sa bouche avant que deux doigts ne passent entre ces lèvres.
D'abord surpris, il se laissa faire, puis le souvenir de Chisaki se superposa avec le moment qu'il était en train de vivre. Un haut-le-cœur douloureux le prit, mais les doigts ne firent que continuer leur chemin dans sa bouche.
Il sentit les doigts glisser, peser sur sa langue et aller si profondément dans sa gorge que des larmes de rejet lui montèrent aux yeux.
Nouveau haut le cœur.
Un minuscule quelque chose se posa sur sa langue, et une déglutition irrépressible lui fit avaler la chose. C'était douloureux, les doigts pesaient rudement sur sa langue. Lourde avec un sale goût de poussière et de crasse. Le forçant à avaler ce quelque chose dont il n'avait pas connaissance .
Sa vision était floue, et ses pieds frottaient à peine le sol. Il était porté si facilement par le grand homme qu'il devint vite patraque. Dans le brouillard total.
Dans l'incompréhension la plus pure.
L'aura le soumettait pour le rendre aussi docile qu'un agneau, alors oui, il ne comprit pas ce qui lui arrivait lorsqu'il fut jetait dans une voiture sans ménagement.
Ses yeux suivirent avec ébriété les mouvements de l'homme au-dessus de lui et plus il essayait de comprendre ce qu'il lui arrivait et moins il semblait conscient de ce qu'il était réellement en train de se passer.
Il fut ballotté de gauche à droite. Ses vêtements frottèrent sa peau, et il se rendit compte à quel point elle était sensible. L'homme lui souleva le bras et son poignet le brûla. C'était flou, brouillé.
Comme quelque chose dont il était habitué.
Il était en train de se transformer, sans aucun contrôle sur cela, il était en train de se transformer.
Ses poignets se recouvrèrent de l'épais duvet de poil si habituel qu'il avait. C'était comme d'habitude et pourtant s'était différent.
Il avait chaud, il brûlait.
Bon sang qu'est ce qu'il aurait donné pour tomber dans l'eau la plus glacial au monde.
Ses sens furent soudain en alerte.
Puis tout s'arrêta.
De nouveau le flou.
Et puis le noir complet.
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Dire que Bakugo était complètement hors de lui était un très grand euphémisme.
Il avait pété les plombs.
Quand Izuku avait daigné le prévenir que cela faisait bien trente minutes qu'ils cherchaient Denki et qu'ils ne le trouvaient pas.
Il avait claqué le téléphone contre la table et était sorti de l'immeuble en courant. Débraillé comme s'il venait tout juste de se lever. En courant dans les rues sous ce soleil de plomb, il avait fini par retrouver rapidement Izuku et Kota qui étaient autant affolés que lui.
- Où était-il en dernier ? Avait-il demandé en rassemblant tout son sang-froid.
Izuku lui avait montré la petite glacière du doigt et Bakugo avait filé vers l'endroit sans plus se soucier d'eux.
Devant les étalages de glace, il avait reniflé chaque coin avant que pris d'une impulsion subite, il ne finisse par se transformer totalement en grand loup beige.
Les clients avaient crier au scandale et certains avaient même essayé de faire jouer leur aura pour le faire déguerpir. Mais Bakugo était en totale transe, concentré comme jamais sur la recherche de l'odeur de Denki.
Il finit par sentir l'effluve si persistante de son renard.
Si velouté et presque piquante, un peu comme la sienne.
Aussitôt qu'il reconnut l'odeur, il parvint difficilement à faire le lien avec l'autre odeur forte qui surplombait presque celui du renard. Mais il fit le lien, rapidement, avec son cerveau aiguisé, il comprit immédiatement à quel point Denki pouvait être dans la merde.
Il sortit de la boutique avec un empressement non feint, ses griffes roulaient sur le bitume avec de petit raclement désagréable a l'oreille. Suivant l'odeur de près, ses sens décuplés comme jamais il ne l'avaient été.
Il exploitait tout son potentiel de loup .
Son odorat utilisé à son maximum, ses yeux furtifs cherchaient de visages en visages celui plus rond du renard.
L'odeur se faisait plus forte, au fur et à mesure qu'il avançait. Plus aiguisé, presque mordante tellement elle était agressive.
Bien sûr, il ne sentait plus l'odeur de Denki, mais celui plus forte d'un gros gabarit.
Cette odeur surplombait certainement l'entièreté du renard, c'était sûr et certain, Denki était là, tout proche et il fallait qu'il le retrouve très vite. Il n'avait pas le choix. Son ami était sous sa protection, il avait créé des liens très forts avec ce fichu renard.
Il s'était salement attaché à ce petit, il faisait beaucoup pour lui alors non ce n'était absolument pas le moment pour lui de le perdre alors qu'il voulait tellement l'aider à se contrôler.
Oui, il devait empêcher que ce fichu gros gabarit aille plus loin. Peu importe s'il devait prendre des jours et des jours. Il lui fallait retrouver ce renard qui était devenu un ami si précieux à ses yeux.
Sa piste le mena finalement à un coin d'une rue bondé. Mais cela ne le déconcentra même pas, il traçait l'odeur avec une telle aisance qu'il était impossible que ce gros gabarit ne puisse penser le duper juste avec du monde autour de lui.
L'odeur se trouvait être dans une voiture.
Une jolie berline noire métallisée. Longue et imposante, presque comme les voitures qui appartenaient au clan Overhaul.
Il ne perdit pas de temps.
Il fonça sur la porte, cassant la vitre de la seule force de ses pattes.
Mais une main empoigna son cou épais et il fut rejeter illico en dehors de l'habitacle.
Sonné un moment, il se relança vers l'homme qui sortait tranquillement de la voiture. Un regard quasi-dédaigneux lui était adressé. Puis un sourire mesquin vint ourler ses lèvres. Sa main se porta à sa bouche et Bakugo vit clairement une petite gélule rouge et noir faire place entre ses dents avant d'être englouti par la gueule de l'homme.
Aussitôt que Bakugo vu ce geste, il attaqua. Sautant habilement au-dessus de l'homme. Prêt à se saisir de son bras. Mais l'homme le bloqua immédiatement. Un poing bien placé contre son thorax lui coupa le souffle, avant qu'il n'halète de douleur en retombant sur ses quatre pattes lupines.
Un nouveau mouvement de l'homme lui fit se décaler juste à temps avant qu'il ne reçoive un autre coup derrière sa tête. D'un mouvement vif, il se retourna et alla mordre le bras de l'homme.
Un cri grave passa ses lèvres avant qu'il ne l'envoie valser au loin.
Aussitôt que les pattes de Bakugo se posaient au sol qu'il se re-propulsa vers l'homme-bête, un nouveau coup de gueule mauvais claqua sur sa cuisse épaisse et l'homme faiblit dramatiquement.
Sauf.
Sauf qu'immédiatement, l'homme se plia en deux.
Ses bras se croisèrent sur son ventre alors qu'un épais duvet de poil s'étendait sur tout son corps. Son corps gonfla, tripla de volume, et son visage se déforma légèrement pour prendre forme d'ours. Pourtant, il n'était pas transformé complément en ours.
Il était là comme un hybride, humain et ours. Le corps mélangé à son apogée.
L'homme ours s'écria de nouveau et fonça sur lui.
Bakugo ne put cacher sa surprise en le voyant sous une telle forme. Il n'avait jamais vu cela. C'était inédit, jamais de sa vie, il n'avait pas pensé voir un jour une telle chose. Cette personne ne semblait pas humaine, ni ours. Mais un mélange étrange et monstrueux.
Il ne parvint pas à éviter la main qui vint l'empoigner par la peau sur le haut de son cou, et il couina comme un louveteau durant la manœuvre.
Cet homme possédait la force de l'ours brute, mais il avait aussi les capacités d'agilité des hommes, comme se servir de ses mains et de ses jambes de manière plus aisées.
Bakugo fut décontenancé. En mauvaise posture, face a l'homme-bête il se débattu du mieux qu'il pouvait. Un coup de dent mécontent atteint finalement l'avant-bras de son agresseur et il fut relâché de nouveau sous le coup de la surprise.
Une odeur familière lui vint finalement au museau. Et un loup vert de la même allure que lui vint sauter à son coté.
Un coup d'œil et il comprit que Deku était venu en renfort. Il scanna les lieux et vit Kota se précipiter vers la voiture et en sortir Denki.
Et de nouveau l'homme-bête les attaqua.
À deux c'était beaucoup plus simple. Ensemble, de part leur habile manœuvre, ils purent finalement suffisamment amocher l'homme bête pour que celui-ci tombe finalement face contre terre affaibli.
Deku était assis sur son dos, tandis que Bakugo gardait ses crocs sur le cou épais de l'homme.
La police arriva seulement cinq minutes après le long combat acharné entre les deux loups et l'homme. Le nécessaire fut fait avec la même grâce que les autorités avait l'habitude de prendre. Sois aucune.
Et Izuku fut celui qui raconta toute la version de l'histoire.
Bakugo lui s'éclipsa vers Kota et Denki qui étaient enfermé dans une ambulance. Il reprit sa forme humaine et s'avança sans aucune gêne vers la porte pour en découvrir une chose qui le terrifia de nouveau.
Denki était étendu là, sous la même forme qu'était l'homme ours juste avant. Pourtant, contrairement à l'homme, Denki ne semblait pas totalement conscient. Une épaisse fourrure entre le roux et le jaune mangeait tout son corps, ces yeux était ourlée de velours noir si bien qu'il était difficile de savoir s'ils étaient ouvert ou non.
Le loup s'approcha de la petite troupe qui l'entourait, faisant fi des voix qu'il lui interdisait de s'avancer plus.
Troublé, il regarda le renard se débattre avec cette part de lui-même, totalement ébahie par cette transformation qu'il n'avait jamais vue de sa vie.
