Hum, j'avais peu d'idée pour le titre, si vous avez autre chose je suis preneuse !

Correspond aux chapitres 15 et 16 pdv Dorea

Bonne lecture !

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Chapitre 30 : Vivre

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Elle redevient bien trop pensive, pensa Charlus avec inquiétude.

Ça avait commencé dans leur chambre, après le bon temps qu'ils s'étaient accordés. Son visage s'était vidé de toute émotion et s'était contracté dans une expression perplexe et apeurée. Il avait dû l'appeler une dizaine de fois avant qu'elle ne lui pose une question saugrenue. « Est-ce que tous les hommes sont comme toi ? ». Il n'avait pas compris d'où lui venait cette question. Il avait seulement revu le visage crispé par l'inquiétude qu'elle avait arboré durant toute la durée de leurs fiançailles. Il l'avait rassurée du mieux qu'il avait pu, assez soulagé qu'elle ose lui parler de tout ce qu'elle pensait. Il lui suffisait d'attendre qu'elle pose ses questions pour la rassurer à chaque fois, non ?

Puis c'était à nouveau arrivé lorsqu'il avait discuté avec Ambuela, que Parkinson était intervenu et avait voulu parler à Dorea de son père. Non seulement, elle n'écoutait pas les conversations, mais en plus l'inquiétude tordait ses traits délicats. Il l'avait appelée six fois après le soupir exaspéré de Parkinson parce qu'elle ne lui répondait pas. Il avait cru que ce n'était qu'une coïncidence lorsqu'elle avait reprit du poil de la bête en lui reprochant d'avoir pris son courrier.

Mais cet air paniqué avait à nouveau glissé sur ses traits lorsqu'elle avait ouvert ses paquets cadeaux.

Et surtout, la crispation ne quittait plus son visage depuis qu'ils étaient arrivés au 12, Square Grimmaurd, pour voir Mr Cygnus Black qui était apparemment malade. Charlus ne pensait pas devoir remettre les pieds dans cette maison de si tôt.

« Dorea ! l'appela-t-il pour la troisième fois.

-Ma petite, vous êtes de plus en plus étourdie, nom de nom. Mr Potter a dû vous appeler trois fois, commenta Mr Sirius Black d'un ton plein de reproches.

-Pardonnez-moi, Charlus, bafouilla-t-elle en baissant les yeux. »

Elle se remettait à le vouvoyer ? Et elle baissait les yeux ? Mais qu'est-ce qu'il se passait dans sa tête depuis tout à l'heure ? Avait-il dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

« Ton oncle, reprit-il en prenant son menton entre ses doigts pour lui relever la tête, ton oncle insistait sur le fait que ton père était très diminué. Tu veux que je vienne avec toi ?

-Comme vous… comme tu veux, dit-elle en regardant craintivement la poignée en métal noir de la porte.

-Dorea, c'est pour toi, lui répondit Charlus. Si tu veux le voir seule et si tu penses supporter le choc… »

En fait, elle lui faisait penser à une petite fille à l'instant. À une petite fille qui avait fait une grosse bêtise et qui craignait la soufflante qu'elle était sur le point de recevoir. C'était assez perturbant de la voir si enfantine alors qu'elle lui avait toujours paru sous les traits d'une femme sûre d'elle. Même à Poudlard, il ne se rappelait pas l'avoir vu se comporter comme une enfant. Elle sursauta sans lâcher des yeux la poignée de la chambre de ses parents. Son visage pâlit tant qu'il craignit la voir s'évanouir.

« Allez-y, Dorea, nous ne savons pas si Cygnus se remettra, vibra la voix profonde de Mr Sirius Black. Son état se détériore de jour en jour. Eh bien, Dorea, qu'attendez-vous ? insista-t-il. »

Charlus fit un pas vers elle dans l'idée de la prendre dans ses bras, mais elle parla avant.

« Je ne veux pas le voir. »

C'était donc ça. Il y avait bien un problème avec son père. Son état pensif avait commencé plus tôt, mais il avait forcément à voir avec son père.

« Je vous demande pardon ? Comment cela, vous ne voulez pas voir votre père, Dorea ? fit la voix étonnée de Sirius Black à côté de lui.

-Je ne veux pas le voir, répéta-t-elle simplement. »

Et sous le regard impuissant de Charlus, elle le répéta, encore et encore, quoi que puisse lui dire Sirius Black. Elle était agrippée à la poignée de la porte, mais figée, comme une statue de glace. Une statue d'enfant qui faisait presque un caprice en répétant les six mêmes mots des dizaines de fois pour faire craquer son interlocuteur. Sauf que ce n'était pas un caprice. Il s'était passé quelque chose. Il s'était passé des choses entre son père et elle pour qu'elle se comporte de cette façon. Elle craignait son père comme si elle avait douze ans et comme s'il ne l'avait jamais laissée grandir. Elle le craignait comme si elle allait se faire rouspéter, punir et même… corriger.

« … vous êtes enfin venue, et vous ne voulez plus entrer ? Mr Potter, dites-lui d'entrer, par Merlin ! exigea son oncle en haussant la voix. »

Charlus resta concentré sur Dorea. Le vieux sorcier ne voyait donc pas qu'il y avait un problème ?

« Dorea, que se passe-t-il ? lui demanda Charlus à voix basse en venant près d'elle. Tu as peur de voir ton père ?

-Oui, acquiesça-t-elle en le laissant dérouler chacun de ses doigts crispés sur la poignée.

-Tu as peur de voir son état de santé et de garder cette image de lui à l'avenir ? continua-t-il en l'enveloppant de son bras libre pour la rapprocher de lui.

-Non, reconnut-elle dans un souffle.

-Tu veux que je vienne avec toi, peut-être ?

-Non, je ne veux pas le voir, je ne veux pas y aller, répéta-t-elle en cherchant son regard. »

Ses yeux gris mouillé perdus et terrifiés l'inquiétèrent à nouveau. Il avait pensé… Il avait pensé qu'il l'avait plutôt rassurée ces derniers jours, mais son attitude était vraiment déstabilisante et inquiétante. Il chercha comment lui demander des explications, hésita sur plusieurs tournures de phrases et baissa la voix lorsqu'il trouva.

« Tu es sûre que tu ne veux pas le voir ? C'est peut-être ta dernière occasion de le voir vivant, ma Dorea, insista-t-il.

-Je ne veux pas le voir, répéta-t-elle simplement. »

Elle était trop terrifiée pour dire quoi que ce soit de plus. Il n'arriverait rien à apprendre ici. Il n'avait plus qu'à l'éloigner de son père et discuter calmement avec elle en tête à tête. Sirius Black allait lui prendre la tête, mais il n'était plus à ça près.

« Eh bien, n'y va pas, lui proposa-t-il en l'éloignant de la porte.

-Mr Potter ! Mais enfin, que vous prend-il ? s'exclama Sirius Black avec stupeur. Mon frère va mourir et il demande à voir sa fille une dernière fois ! Dites-lui d'entrer dans la chambre ! »

Que disait-il déjà ? Il ne pouvait pas regarder plus loin que son nez, le vieux ? C'était flagrant que Dorea n'allait pas bien !

« Dorea ne veut pas voir son père, Mr Black. Elle a sûrement ses raisons, avança calmement Charlus.

-Mais enfin, on ne refuse pas les dernières volontés d'un homme en train de mourir !

-Si c'est au détriment de ceux qui lui survivront, je le ferai, renchérit Charlus.

-Mr Potter, dites à ma nièce d'aller faire ses adieux à son père immédiatement ! s'écria Sirius Black.

-Mr Black, ne vous énervez pas inutilement, je n'en ferai rien, dit fermement Charlus en resserrant son bras autour de la taille de Dorea. Tu veux laisser un mot à ton père, Dorea ? Tu voulais discuter avec ta mère avant de partir ? »

Dorea secoua vivement la tête.

« Je ne veux plus rien avoir à faire avec lui, souffla-t-elle en s'agrippant au bras de Charlus. Pouvons-nous… pouvons-nous partir, s'il te plaît, Charlus ? le supplia-t-elle. »

Je ne veux plus rien avoir à faire avec lui… Comment pouvait-on dire cela de son propre père ? Il pouvait reprocher beaucoup de chose à ses parents et à son grand-père, mais il ne lui viendrait jamais à l'esprit de dire ce genre de chose. Bon Dieu, mais qu'avait fait Cygnus Black à Dorea ? Ses yeux se remplissaient de larmes qui ne coulaient pas, ses mains serraient de manière compulsive son bras, et sa voix… Sa voix n'avait plus rien de ce ton arrogant qui lui avait plu.

« Mais enfin, Dorea, que vous prend-il ? Mr Potter, retenez-la ! s'échauffa Mr Black. »

Il ne pouvait pas se taire ! Il allait lui dire sa façon de penser à ce vieux sorcier stupide et…

-S'il…s'il vous plaît, mon oncle, bafouilla Dorea. Je… Je… Demain. »

Hors de question. Tant qu'il n'aurait pas éclairci l'attitude de Dorea, et tant qu'il n'aurait pas jugé sans danger pour elle de la laisser entrer dans la même pièce que son père, il était hors de question de remettre les pieds dans cette maison.

« Demain il sera peut-être trop tard, Dorea, insista Sirius Black.

-Demain, répéta-t-elle avec un peu plus d'assurance.

-Eh bien à demain, capitula le vieux Black. »

Elle regarda son oncle descendre les escaliers avec la même crispation inquiète et paniquée. Il ne devait pas la brusquer, il devait lui parler doucement, et être à son écoute, mais… Mais il n'était pas sûr de réussir à être assez patient pour ne pas la bousculer un peu.

« Dorea, il y a un problème avec ton père ? demanda-t-il prudemment.

-Pouvons-nous partir, s'il te plaît ? demanda-t-elle plutôt.

-Bien sûr. »

Il voulut la prendre en transplanage d'escorte mais la maison devait être soumise à un sortilège anti-transplanage puisqu'il ne réussit pas à partir. Il la regarda avec inquiétude durant la longue descente des escaliers, mais elle ne disait plus rien. Ses yeux étaient toujours gonflés de larmes, mais elle ne pleurait pas. Elle semblait… figée par un sortilège de pétrification. Il passa son bras dans le bas de son dos pour la mener au salon dans lequel ils avaient atterri quelques minutes plus tôt. Malheureusement, ils tombèrent sur toute sa famille. Heureusement, en revanche, elle était toujours dans cet état hébété et paniqué et elle n'en vit rien.

Il fit signe à Mrs Violetta Black de se taire, et tendit à Dorea la poudre de Cheminette.

« 2, rue du Dernier Chat, Flaquemare, l'entendit-il annoncer. »

Elle disparut l'instant d'après. Il tourna la tête vers les Black, puis revint à la Cheminée. Elle avait donné leur adresse à eux. Il y avait vraiment un problème et ce n'était plus le moment de remettre au lendemain le moment d'en parler. Il savait qu'il allait passer un mauvais moment, mais après la discussion, Dorea irait sûrement mieux.

« Elle… commença-t-il avec hésitation en les voyant tous pendus à ses lèvres. Nous reviendrons plus tard, je vais aller la réconforter, dit-il en voyant Mrs Violetta s'approcher.

-Elle ne veut pas rester un peu avec moi ? demanda-t-elle d'une voix larmoyante.

-Je crois qu'elle a besoin d'être un peu seule, avança prudemment Charlus.

-Je croyais que vous alliez la rejoindre ? continua Mrs Violetta Black en se raccrochant aux mains de Charlus. »

Il dut se retenir de grimacer. Il ne connaissait pas la relation de Dorea avec sa mère, il ne savait pas bien quel rôle Violetta Black avait joué auprès de Cygnus Black. Il voulait d'abord discuter avec Dorea avant de la jeter dans les bras de sa mère. Si ça se trouve, le problème n'était pas seulement son père, mais ses deux parents et peut-être même toute sa famille.

« Je vais juste la retrouver pour m'assurer qu'elle n'a besoin de rien, et pour ne pas la laisser seule chez nous. Mais…

-Mère, laissez Mr Potter tranquille, intervint la voix de Pollux Black. »

Charlus le regarda s'approcher d'eux et arracher les mains de sa mère aux siennes. La vieille sorcière se débattit à peine lorsque Pollux lui indiqua de retourner s'asseoir d'un geste autoritaire du bras. Elle regarda Charlus avec un regard affligé une dernière fois avant d'obéir à son fils. Charlus faillit la prendre en pitié et lui proposer de venir avec lui mais Pollux Black reprit la parole.

« Excuse-la, Potter, elle est perdue depuis que mon père garde la chambre, lui dit Pollux Black à voix basse.

-C'est normal, Black, ne trouva-t-il qu'à répondre.

-Qu'a dit mon père pour mettre Dorea dans cet état ? Elle sait rester maîtresse d'elle-même d'habitude, rappela Pollux Black avec inquiétude. »

Charlus jeta un coup d'œil à Sirius Black qui buvait un verre de Whiskey-Pur-Feu avec une grande concentration. Il attrapa le regard de Charlus et secoua discrètement la tête.

« Pas grand-chose, mentit Charlus.

-Comment ? Il m'a fait écrire des dizaines de lettres pour ne rien lui dire ? s'étonna Pollux avec contrariété.

-Je n'en sais rien, répondit-il avec prudence.

-Il a dû lui parler par Legilimancie, soupira Pollux Black avec agacement. Ils n'ont fait que ça durant vos fiançailles. Elle passait des heures dans son bureau mais on ne les entendait pas. Remarque, ils ont presque toujours parlé par Legilimancie. Il le lui a appris quand elle avait huit ans. Elle a dû te le dire, non ?

-Ecoute, je vais y aller, préféra répondre Charlus de plus en plus inquiet. Je n'aime pas la savoir seule chez nous dans l'état où elle est. Nous reviendrons…

-Il n'y a plus beaucoup d'espoir, Potter, le coupa Pollux d'un geste sec de la main. Je crains qu'on ne se revoie que pour l'enterrement. Tu seras là pour la mise en terre ?

-Pardon ? s'étonna Charlus. »

Doucement. C'était quoi cette façon de parler de son père comme s'il était déjà mort ?

« Nous devons être six pour porter le cercueil, insista Pollux Black. Moi, mes quatre cousins germains, Arcturus, Regulus, Caractacus, Theophilius, et toi. Tu es le mari de sa fille. »

Merlin, mais qu'il lui foute la paix. Qu'en avait-il à faire de Cygnus Black ? Et porter son cercueil ? Avec Theophilius Beurk en plus ?

« Dorea voudra peut-être le faire, avança-t-il en rangeant fébrilement sa baguette dans la poche intérieur de sa cape.

-Dorea ? Potter, ce sont les hommes qui mettent le cercueil en terre, s'agaça Pollux Black. Tu as déjà assisté à un enterrement ?

-Oui, oui, je serais là, dit-il très vite en prenant une poignée de poudre de Cheminette. A plus tard. »

Il n'attendit pas la réponse de son beau-frère pour indiquer sa destination. Il avait d'autres chats à fouetter.

Et bon Dieu, pourquoi Black lui avait cassé les pieds avec ses conneries ? Dorea était assise sur l'un des fauteuils du salon, recroquevillée sur elle-même, et elle pleurait sans pouvoir s'arrêter. Il n'avait même jamais vu quelqu'un pleurer de cette manière. C'était comme si son corps entier pleurait. Il avait consolé Ambuela une paire de fois : elle pleurnichait un peu, souvent en se lamentant sur l'aveuglement d'Ignatius, et puis basta. Là, le corps entier de Dorea était secoué de sanglots, elle avait des difficultés à respirer, elle mangeait ses doigts pour essayer de se calmer, avant de repartir de plus belle. Quand il disait que c'était une passionnée, il ne pensait pas à ce point.

Il fut à ses pieds en trois enjambées. Il essaya de lui attraper les mains, puis préféra se relever pour l'entourer de ses bras.

« Dorea, qu'est-ce qui se passe avec ton père ? lui demanda-t-il à voix basse pour ne pas l'effrayer.

-Est-ce que tu me laisseras lire ce que je veux ? répondit-elle en respirant difficilement.

-Dorea, qu'est-ce que ton père t'a fait ? insista-t-il. »

Elle frissonna violemment, s'arracha la gorge en pleurant de plus belle, mordit à nouveau ses doigts et enfin respira un peu plus calmement. Il ne cessa pas de lui caresser le dos avec toute la douceur qu'il put durant tout ce temps.

« Est-ce que… Est-ce que pour toi, entretenir une relation amicale et intellectuelle avec quelqu'un à travers des lettres est suspect ? demanda-t-elle en réponse. »

Elle releva enfin ses yeux vers lui. Que lui avait fait son père ? Que voulait-elle dire par là ? S'était-elle montrée distante pendant deux mois et demi car son père avait brisé d'anciennes fiançailles à elle par le passé ? Et que voulait-elle dire par suspect ? Il prit sur lui pour ne pas s'emporter. Mais il devait serrer la mâchoire si fort qu'il entendit ses dents craquer.

« Suspect ? demanda-t-il simplement.

Il se redressa un peu pour se mettre devant elle. Elle leva la tête pour ne pas lâcher ses yeux, puis se remit à trembler. Elle baissa la tête et fixa ses mains avec culpabilité. Et à nouveau, il eut l'étrange impression d'avoir devant lui une enfant prise en faute.

« J'ai un ami, de longue date, commença-t-elle en tremblant de plus en plus. Il s'appelle Donkor Dahak. C'est le fils unique d'un ami égyptien de mon père. Je… Je l'ai rencontré il y a cinq ans. Lorsque je suis sortie de Poudlard, mon père nous a emmenées, ma mère et moi à Alexandrie et nous avons séjourné tous les trois chez Djoser Dahak, l'ami de mon père. Je me suis relativement bien entendue avec Donkor. Il est Briseur de Sort spécialisé en magie antique égyptienne et grecque. Il m'a fait visiter d'anciens sites sorciers du Maghreb, et il m'a appris énormément de choses sur la Magie antique. Et… Et nous nous sommes beaucoup écrit : il me parlait de ses recherches et de ses découvertes, et je lui envoyais mes remarques sur son travail et mes réflexions sur les sortilèges impardonnables et d'autres sortilèges de Défense. C'était une correspondance toute intellectuelle ! Je n'ai revu Donkor en chair et en os que deux fois par la suite : une fois l'année suivante quand il est venu à Londres lors d'un séminaire sur la Magie Antique dans lequel il parlait de la Magie égyptienne antique, et une autre fois, il y a deux ans lorsque Djoser Dahak est venu rendre visite à mon père. C'est tout ! Je te le jure, Charlus ! s'exclama-t-elle et il sursauta. Toute notre correspondance était intellectuelle ! Mais… Mais quand mon père a appris l'existence de cette correspondance, il y a trois mois, le jour de nos fiançailles, il… il est devenu fou et… »

Elle se leva brusquement et monta les marches quatre à quatre jusqu'à la chambre.

Et lui, il resta là, debout, devant le fauteuil. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Qu'est-ce qui était suspect là-dedans ? Elle dévala les escaliers, les mains chargées d'une petite boîte en bois et de trois lettres. Elle les fourra dans les mains de Charlus comme si c'était une preuve, et se rassit dans le fauteuil, comme si elle voulait poursuivre l'interrogatoire. Il la regarda en essayant de masquer son inquiétude. Qu'est-ce que c'était que cette attitude ? C'était ceci qu'elle avait voulu dire par « c'est à vous que j'aurai tous mes comptes à rendre » ?

« Mon père a… Il a trouvé mon attitude impertinente et indécente. Il n'a vu que le fait que Donkor était un homme et moi une femme, reprit-elle. »

Sa voix était un peu plus calme même si elle tremblait de plus en plus. Il se retrouva incapable de s'agenouiller à nouveau devant elle. Elle lui paraissait tellement différente, tellement peu confiante en elle, tellement apeurée, tellement… enfant.

« Il a brûlé ma correspondance, il a détruit d'un coup de baguette le pendentif que j'avais acheté avec Donkor sur le port sorcier, et… Et il m'a dit des choses horribles sur toi. »

Des choses horribles… c'étaient les enfants qui parlaient de cette manière.

« … Sur le fait que tu avais accepté de m'épouser pour une dot dérisoire pour que mon père te protège toi et ta famille contre Grindelwald. Comme si… Comme si tu avais rendu un service à mon père en le débarrassant de moi, et qu'il t'en rendait un en se portant garant pour toi auprès de Grindelwald. »

QUOI ? Encore cette histoire ?

« … Et il m'a dit que si je n'agissais pas exactement comme il le fallait avec toi, si je reparlais de magie antique ou de Défense au lieu de t'écouter me parler de Quidditch, il t'apprendrait l'existence de cette correspondance, et que tu serais si en colère contre moi, que… que tu m'accuserais d'être infidèle et que… »

Elle plaqua sa main sur sa bouche pour se mordre les doigts à nouveau. Elle essayait de ne plus pleurer. Elle gardait la tête baissée comme si l'examen était terminé et qu'il avait toutes les pièces de l'affaire entre les mains pour poser un… juste jugement et… une condamnation. Il faillit entrer dans cette espèce de jeu de rôle. Il commença à ouvrir la boîte en bois dans laquelle il ne vit bien sûr qu'une pluie de confettis, vestiges de parchemins longuement annotés. Il faillit tomber dans le jeu aux règles instaurées par Cygnus Black parce que c'était très tentant de pouvoir vérifier tout ce qu'elle lui disait et de connaître ses moindres secrets. Mais l'idée de l'effrayer comme son père l'avait effrayée le freina brusquement. Et puis, dans tout ce qu'elle lui avait dit, il n'y avait rien de suspect. S'il avait ouvert cette boîte, c'était par simple curiosité maladive. Et il s'en voulait déjà d'avoir profité de sa détresse pour faire intrusion dans sa vie. Certes ils étaient mariés, mais ils avaient aussi le droit de garder certains secrets, non ?

« Dorea, je… Je ne comprends pas, dit-il finalement et elle releva aussitôt la tête. »

Il ne savait pourtant pas comment sortir de cette pièce de théâtre sans la déstabiliser. Lui dire de cesser ce jeu n'était pas une bonne idée, puisqu'elle n'en avait sûrement pas conscience. Il avait vraiment essayé de lui expliquer quelle relation il voulait avoir avec elle depuis quatre jours, mais elle ne semblait pas l'avoir encore compris.

« D'abord, j'espère que tu as compris que tout ce que ton père t'a dit sur moi est faux, d'accord ? voulut-il s'assurer avant toute chose.

-Je sais, tu… tu me l'as dit le soir même. Et puis… et puis six jours de mariage avec toi ont suffi à me rassurer entièrement, dit-elle précipitamment.

-Bien, se rassura-t-il. Bon, ensuite, cette histoire de lettres avec ton ami Donkor Daba…

-Dahak, Donkor Dahak, le corrigea spontanément Dorea.

-C'est ça, Donkor Dahak, répéta-t-il. Je ne comprends pas bien. Je veux dire, tu m'en parles comme si tu avais quelque chose à te reprocher, et en même temps, j'ai l'impression qu'il n'y a rien… d'inconvenant dans ce que tu me dis. Tu as juste écrit des lettres à un ami, c'est ça ? »

Son regard emprunt d'une telle gratitude lui retourna l'estomac. Elle avait peur de sa réaction à ce point ? Elle le craignait à ce point ? Son père… Comment son père s'était-il conduit avec elle par le passé ? A tous les coups, elle ne lui avait pas raconté la moitié de tout ce qu'il s'était passé ! Elle n'irait plus le voir. Il trouverait un moyen de…

« Intellectuelles, des lettres intellectuelles ! s'exclama-t-elle. Comme… Comme des devoirs, des analyses sur la magie et…

-Donc Dahak est plus un genre de… précepteur ou de professeur pour toi ? insista-t-il en fronçant les sourcils. »

Elle serait tout à fait rassurée s'il pensait cela de ce Donkor Dahak, non ? Bien sûr, qu'il était un peu jaloux de cette amitié à laquelle elle semblait tant tenir, mais il savait que c'était tout à fait irrationnel. Une personne qu'elle avait vue trois fois en chair et en os ? il y a plus de deux ans ? Il voulait bien comprendre le romantisme, mais il ne fallait pas pousser. Et pourtant, il la vit à nouveau se recroqueviller sur elle-même, baisser la tête et trembler.

« Donkor est… Nous prenions tout de même de nos nouvelles, nous parlions un peu de nos vies, concéda-t-elle. Il… Il m'a parlé de son ancienne fiancée. »

Quoi ? C'était un véritable ami alors ! Et pourquoi, ancienne ?

« Son ancienne fiancée ? insista-t-il en essayant de prendre un ton détaché.

-Il… Il a passé les deux dernières années en Syrie sur un grand chantier de fouilles, raconta-t-elle en se tordant les mains. Et… et il s'est fiancé avec la sœur d'un archéomage syrien. Mais… Mais elle était… Elle n'était pas beaucoup intéressée par les fouilles, ni par la magie antique alors que c'est toute la vie de Donkor. Elle ne l'écoutait jamais parler de ses recherches, elle critiquait son manque d'ambition politique et elle était très jalouse. Une fois, il a reçu une de mes lettres alors qu'il était avec elle, et comme c'était écrit en anglais et qu'elle ne lit pas l'anglais, elle lui a fait une scène en l'accusant de tous les maux. Il a refusé de cesser sa correspondance et il a rompu ses fiançailles. »

Pardon ? C'était bien plus qu'un ami !

« Il a rompu ses fiançailles pour toi ? lui demanda-t-il. »

Il croisa brusquement les bras devant lui pour s'empêcher tout geste incontrôlé. La Magie Antique : toute la vie de Donkor ? Et toute la vie de Dorea aussi ? Qu'est-ce qu'elle ne lui disait pas ? Etait-ce… Est-ce qu'elle avait été fiancée à Dahak ? Est-ce qu'elle… aurait voulu l'être ?

« Non, il a rompu ses fiançailles pour lui et à cause d'elle, contra-t-elle en tremblant à nouveau. Il… Il a 32 ans, tout le monde le charrie parce qu'il n'est pas encore marié, son père et ses amis s'en sont mêlés et il a accepté de… de fréquenter la sœur de son ami. Mais là-bas les fiançailles… Ce n'est pas vraiment comme chez nous. Tu te fiances avant de vraiment te fréquenter. Et toute la période de fiançailles permet d'apprendre à connaître l'autre et de voir si on poursuit jusqu'au mariage. Alors que chez nous, c'est rare de rompre des fiançailles. Chez nous, on se déclare et on se fiance quand on est déjà décidé à épouser l'autre. Tu comprends ?

-Et alors ? s'impatienta-t-il.

-C'est symbolique, tu vois ? Se fiancer c'est dire qu'on est intéressé pour apprendre à mieux connaître l'autre.

-C'est bon, j'ai compris, je ne suis pas stupide, répliqua-t-il en perdant patience.

-Durant ses fiançailles, il a compris qu'elle était infernale, jalouse et stupide. L'histoire de la lettre lui a donné l'occasion et le courage d'arrêter tout cela.

-Donc rien à voir avec toi ? ne put-il s'empêcher de lui demander d'un ton accusateur. »

Elle releva la tête et le regarda avec tellement d'étonnement qu'il dut se demander si elle avait bien compris ce qu'il venait de dire.

« Avec moi ? s'étonna-t-elle.

-Il n'y a… il n'y a jamais rien eu entre vous ? demanda-t-il du bout des lèvres. »

Il contractait tous les muscles de son corps pour les occuper. Même sa mâchoire se mouvait difficilement pour le laisser parler.

-Plaît-il ? bafouilla-t-elle. Mais… Mais Donkor est mon frère de cœur ! fit-elle en rougissant. »

Cette stupide rougeur sur ses pommettes eut l'effet d'un coup de poing dans son ventre. Alors c'était ça ? Il n'avait le droit qu'à quatre jours de bonheur avec son épouse, la femme de sa vie, et puis plus rien ? Parce qu'elle en aimait un autre ?... C'était peut-être du passé ? Un ancien… fiancé ou amant ? Pourtant, elle lui avait dit qu'il était le seul homme à l'avoir vue nue et à l'avoir touchée. Alors elle lui avait menti là-dessus plutôt ?

« L'un empêche pas l'autre, reprit-il imperturbable. Alors, est-ce qu'il t'a déjà touchée ? »

Jamais il n'aurait pensé lui demander cela. Mais apparemment, les femmes n'étaient faites que pour lui pourrir l'existence depuis quelques années. Et dire qu'il se fichait en soit qu'un autre homme l'ai vue avant lui, et qu'il lui reprochait simplement son mensonge.

« Pardon ? s'horrifia-t-elle. Pourquoi m'aurait-il frappée ? Il sait que je sais me défendre avec ma baguette, il a fini par terre lorsque nous nous sommes rencontrés et… »

Mais elle le faisait exprès ?

« Pas toucher dans ce sens là, s'agaça-t-il pour de bon. Oh et puis zut, est-ce qu'il y a déjà eu quelque chose de physique entre vous ?

-De physique ? s'étonna-t-elle sans comprendre. »

Elle le faisait vraiment exprès, non ?

« Baisers, caresses ou même carrément plus ? demanda-t-il avec l'impression d'avaler de l'acide.

-Mais ça va pas ! s'étrangla-t-elle en sautant sur ses pieds. »

Si une minute plus tôt il aurait tout donné pour la voir se lever et cesser ce jeu de rôle de l'accusé et du Magenmagot, à présent, il avait envie de l'attacher au fauteuil pour avoir le fin mot de l'histoire.

Ses yeux écarquillés et les larmes qui en coulèrent silencieusement le long de ses joues le calmèrent aussitôt. Par Merlin, qu'avait-il encore fait ? Il avait pourtant bien vu qu'elle était novice dans la sensualité. Ses remarques maladroites et sa réticence étaient assez explicites.

« J'étais… J'étais… vierge pour notre mariage, bafouilla-t-elle en baissant les yeux. Et tu le sais très bien ! lui reprocha-t-elle d'un ton plus haut. »

Elle se détourna de lui, et ceci lui fit comme un sortilège de stupéfiction. Elle n'allait pas bien, et lui, il ne trouvait qu'à l'accuser ? Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ? Elle se confiait à lui, et lui, il restait fixé sur sa jalousie stupide et sur l'idée qu'elle lui avait menti ? Elle n'avait d'ailleurs pas voulu lui parler de cette correspondance parce qu'elle craignait qu'il ait… ce genre de réaction, non ? Qu'est-ce qui lui arrivait, nom de nom ? Il l'avait demandée en mariage, il l'avait épousée, il l'avait désirée pendant quatre jours et pour une histoire de lettres amicales et intellectuelles, il détruisait tout ?

« Je ne veux pas être un second choix ou un choix par défaut, comprit-il en venant passer ses bras autour de sa taille. »

Ses bras reposaient si bien sur son ventre, son parfum au citron entourait si bien sa vie… il ne pouvait plus se passer d'elle. Au moment où elle ne lui semblait plus inaccessible, elle lui filait entre les doigts ? Il ne le supportait pas et pourtant… Elle était à lui, mais… mais elle ne le serait jamais vraiment. Il devait la partager avec ses pensées inconnues et sa vieille magie, c'était plutôt clair à présent. Elle lui avait donné l'absolution, elle l'avait accepté tel qu'il était à l'heure d'aujourd'hui, et il devait en faire de même. Il n'avait le droit que de l'interroger sur ses sentiments actuels, c'est ça ? Chacun son passé et les dragons seront bien gardés… Elle avait demandé quelques précisions sur Esméralda quand Grand-mère Sionach l'avait mentionnée. Mais toutes ses questions s'étaient tournées sur l'état actuel de sa relation avec Esméralda. Et il devait en faire de même, c'est cela ? Sachant qu'il n'y avait sans doute rien eu entre Dahak et elle à part… peut-être… des sentiments. Le pire en soit.

« Ce n'est pas parce que je préférais épouser n'importe qui plutôt que Theophilius Beurk…

-Qu'à avoir Beurk là-dedans ? s'étonna Charlus.

-…que tu es un choix par défaut. Avant même de l'avoir en face de moi, je comptais te dire oui. Je me suis peut-être un peu hâtée, c'est tout, reconnut-elle. »

Je comptais te dire oui. Elle avait toujours envisagé de l'épouser.

Mais il ne savait toujours pas clairement la teneur des sentiments qu'elle éprouvait pour lui. Inclination ? Amitié ?... Amour ? S'il lui disait qu'il l'aimait, et qu'elle lui répondait qu'il était trop tôt pour le savoir, ou pire, si elle ne lui répondait pas, que ressentirait-il, hein ? Il ne voulait pas se contenter de désir. Tout était clair dans sa tête. Il l'aimait, depuis des mois, et c'était même grâce à elle qu'il ne s'était pas perdu en chemin à cause d'Esméralda. Il avait besoin d'elle dans sa vie, mais pour l'instant, il ne pouvait que lui demander si elle n'avait personne d'autre que lui dans son cœur.

Il déposa un unique baiser sur son épaule en priant tous les dieux pour que ce ne soit pas le dernier.

« Est-ce que… Est-ce que tu as déjà… Est-ce que tu éprouves quelque chose de plus qu'amical pour Dahak ? lui demanda-t-il en la lâchant. »

Il fit trois pas en arrière pour la laisser se retourner et lui faire face. Au moins, à présent, elle le regardait dans les yeux. Finie l'enfant, bon retour à la femme. Sa femme. Il avait pensé qu'elle serait à lui avec le mariage, que la faire porter son nom lui donnerait une sorte de légitimité à l'avoir auprès de lui, et pourtant il se rendait compte qu'elle était libre, tout à fait libre de lui rendre ou non ses sentiments.

Et elle le savait aussi, puisqu'elle ne disait rien.

Alors c'était ça ? Elle aimait cet homme qu'elle n'avait vu que trois fois et il échouerait toujours face à lui parce que sa passion à lui était le Quidditch et non la vieille Magie ?

« Dorea, ne m'oblige pas à le répéter, s'il te plaît. »

Et dire qu'il la suppliait encore une fois d'accéder à sa demande. Il était vraiment pathétique.

« Je n'ai jamais éprouvé un quelconque sentiment amoureux pour Donkor, dit-elle enfin de sa voix normale. »

La boule dans sa gorge fondit lentement.

« Tu l'as bien vu dans les lettres, non ? ajouta-t-elle en baissant les yeux sur les lettres… toujours fermées. »

Elle le regarda à nouveau dans les yeux et fronça les sourcils sous le coup de l'incompréhension. Il lui tendit les trois carrés de papyrus pliés en quatre.

« Je veux te faire confiance, articula-t-il avec difficulté. Je… Je ne veux pas me conduire comme ton père. »

Elle s'en saisit sans le lâcher des yeux. Son visage était de glace, pour changer. Il la vit regarder le papyrus puis revenir vers lui. Elle resta impassible longtemps. Puis lentement, elle leva sa main libre pour la poser sur sa joue.

Le contact de sa peau sur la sienne le rassura un peu plus. Ses yeux gris mouillés étaient tout occupés à le regarder, et il voyait qu'elle cherchait comment lui dire quelque chose d'important. Peut-être… qu'elle l'aimait ? Peut-être cherchait-elle comment le lui dire ? Ou plutôt, lui montrer ?

Il sentit ses doigts se glisser entre ses mèches de cheveux noirs et il ferma les yeux sur le coup. C'était bon. C'était si bon de la sentir contre lui. Il en tremblait de la tête aux pieds. Pourvu que ce ne soit pas la dernière fois. Il avait l'impression que c'était la première fois qu'elle le touchait alors qu'ils n'avaient fait que ça pendant quatre jours. C'était ahurissant le pouvoir qu'elle avait sur lui. Il était pratiquement en apnée tant il attendait qu'elle lui assure d'une quelconque manière qu'elle était à lui et qu'elle l'aimait. Il entendit vaguement quelque chose tomber avant de sentir les doigts de Dorea sur son nez. Elle en suivit la courbe, le faisant tressaillir. Puis elle laissa ses doigts glisser le long de son visage et se ranger dans son cou. Il soupira en sentant les muscles de son dos et de son visage se détendre d'un coup. Avait-elle mis un peu de magie dans ses gestes pour qu'il ait l'impression de… se réveiller ?

Elle remonta les doigts de sa main gauche le long de sa mâchoire et arrêta son index sous son œil. Instinctivement, il ouvrit les yeux.

Il tomba dans le regard gris amoureux de Dorea. L'instant d'après, il eut le vertige et la sensation de tomber dans un gouffre sans fin. Puis il arriva dans le petit salon, dans l'entrée de la maison des Black. Elle portait sa robe bleue, celle qu'elle portait le jour où elle lui avait dit oui pour l'épouser. En face d'elle, sa mère était assise et lui tenait les mains.

« Mr Potter m'impressionne. Il… Il est si… Tu vois, Maman, je bafouille dès qu'il est question de lui ! disait la Dorea du souvenir dans tous ses états. »

« Il a l'air si… Si exubérant, si à l'aise avec les gens ! »

Il l'impressionnait ? Par Merlin, il ne s'en était jamais rendu compte. Au contraire, il avait toujours été persuadé qu'elle lui parlait comme à un être lambda.

Tout se flouta autour de lui, et il atterrit dans le Jardin du 12, Square Grimmaurd. Lucretia était face à Dorea, qui était encore une fois agitée.

« Il est d'une impertinence ! Je n'ai jamais vu ça ! s'exclama la Dorea du souvenir en remettant nerveusement ses cheveux rebelles derrière ses oreilles.

« Le pire, c'est que j'aime ça. J'ai cru mourir de peur dans le bureau de mon père, mais en même temps je n'attends qu'une chose : qu'il recommence ! »

Elle… Elle aimait cette impertinence ? Pourtant, ce matin…

Et ce baiser. Que c'était étonnant de se voir lui-même en train d'embrasser Dorea. Ouch. C'était encore plus étrange de voir la sacrée gifle qu'elle lui avait mise ce jour-là.

Il retomba dans son corps actuel, les yeux dans ceux de Dorea. Elle avait retrouvé son petit sourire crispé et elle le regardait avec… admiration ?... Ou amour ? Alors c'était ça, la Legilimancie. On pouvait en faire de belles choses.

« Il n'y a que toi qui m'impressionnes de cette manière, souffla-t-elle avec passion. »

Il n'avait jamais vu ses yeux briller autant.

« Ah oui ? demanda-t-il en riant nerveusement parce que décidément, elle avait le don de le surprendre.

-Et c'est pour ça que j'ai accepté de t'épouser aussi vite, continua-t-elle.

-Aussi vite ? releva-t-il en haussant un sourcil interloqué.

-C'est ça, approuva-t-elle en lui souriant d'une manière mutine comme elle ne l'avait jamais fait. Et je suis une personne de parole. Je t'ai épousé, je te suivrai jusqu'au bout. »

C'était une promesse alors ? Une promesse moins solennelle que leur mariage, mais bien plus chargée en sentiments à la réflexion. Est-ce que c'était sa façon pudique de lui dire qu'elle l'aimait ? Il voulait croire que son sourire le disait en tous cas.

« Vraiment ? ne trouva-t-il qu'à dire tellement sa gorge se nouait.

-Est-ce un défi ? dit-elle en reprenant ses mots de quelques jours plus tôt.

-Peut-être bien, la provoqua-t-il avec émerveillement.

-Je le relève, alors, souffla-t-elle en posant sa bouche sur la sienne. »

Jusqu'au bout. Elle voulait dire jusqu'à la fin, n'est-ce pas ? Alors, qu'elle reste déjà dans mes bras, songea-t-il en la retenant contre lui pour l'embrasser avec passion. Elle ne s'y était pas attendue puisqu'elle perdit vite pied et il se cogna plusieurs fois contre ses dents. Il voulait connaître sa bouche de fond en comble et la caresser avec sa langue toujours plus. Il voulait l'aimer comme jamais il l'avait fait, la caresser et l'embrasser partout, la lécher et la mordre, emmêler leurs corps dans toutes les positions qui lui passaient par la tête.

Il dut pourtant s'éloigner, mais pas avant de l'embrasser plus doucement sur les lèvres, une, deux et trois fois. Elle se retint à ses cheveux, tellement qu'il crut un instant qu'elle allait les lui arracher. Son souffle se mélangeait au sien comme elle refusait de le laisser s'éloigner et qu'ils restaient front contre front.

« Merci, souffla-t-elle et il se rappela qu'elle lui avait dit la même chose le soir de leur nuit de noces. Merci de me croire.

-Je crois en toi, Dorea mon amour, c'est un peu différent, insista-t-il.

-Ah oui ?

-C'est toi que je veux pour la vie. »

Un instant, il eut peur qu'elle lui dise qu'il était trop tôt pour le savoir, mais elle se contenta de rougir en souriant largement. Est-ce qu'il pouvait espérer que cela veuille dire « moi aussi » ? Sûrement. Il n'aurait sans doute pas de réponse plus précise aujourd'hui. Mais elle s'était confiée comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. C'était déjà une avancée phénoménale, finalement. Il s'empressa de déposer un baiser sur sa poitrine, là où son cœur battait, en tout bien tout honneur, bien sûr. Mais ceci ne sembla pas de l'avis du destin, puisqu'un craquement de transplanage retentit pile à cet instant.

« C'est pas vrai, grogna la voix d'Aristote Parkinson. Tu es vraiment sans gêne, Potter. Tu n'as rien à faire de ton beau-père. Tu voulais juste ta femme pour toi tout seul. »

Qu'est-ce qu'il était chiant. Bon sang, le type trouvait toujours son moment pour arriver. Dorea s'était dégagée de ses bras, et lui, il était bon pour retourner chez ses parents pour la journée. Mais pas avant une petite mise au point avec Parkinson.

« Parkinson, tu as peut-être oublié ce que tu m'as raconté hier soir sur toi et Ambuela, mais moi, je me souviens de tout, se moqua-t-il allègrement. »

Voir Aristote Parkinson virer au rouge tomate était amusant, mais contempler le port de tête hautain et la moue satisfaite de Dorea valait bien plus le détour.

.

La mine rêveuse de Dorea était restée trois jours. Elle avait passé la journée du 25 à sourire distraitement, les yeux dans le vague. Elle rougissait dès qu'il s'adressait à elle, baissait les yeux une seconde puis le regardait par-dessous ses cils. C'était amusant à voir. Il avait l'impression qu'elle minaudait avec lui comme une adolescente. Il se contentait de lui sourire pour ne pas la mettre mal à l'aise devant sa famille, mais intérieurement il se demandait ce qui lui prenait.

Lorsqu'ils étaient rentrés chez eux le soir, elle avait tenu à s'occuper de leurs valises, à ranger leurs affaires et à lui faire couler un bain. Il l'avait laissé faire, de plus en plus intrigué par ses manières. Lorsqu'il était sorti de la salle d'eau, elle s'était déjà endormie. Il l'avait simplement bordée, lui avait embrassé le front et s'était couché à côté d'elle. Il avait passé une ou deux heures à la regarder dormir. Elle avait un don pour faire des choses auxquelles il ne s'attendait pas. C'était peut-être son « C'est toi que je veux pour la vie » qui lui faisait cet effet. Il aurait dû le lui dire plus tôt.

Il lui avait amené le petit-déjeuner au lit le lendemain matin. Il avait vu ses yeux tellement briller qu'il avait un instant eu peur qu'elle se mette à pleurer. Elle avait commencé à s'asseoir en tailleur sur leur lit pour manger, et il l'avait laissé faire avec amusement. Lui, il s'était installé plus confortablement, au fond du lit, et il l'avait regardée.

Elle lui avait fait écrire une lettre à son Oncle Sirius. Un instant, il avait craint qu'elle veuille accourir au chevet de son père. Pourtant, sans dire qu'elle ne voulait pas y retourner, elle lui avait demandé de confier à son oncle qu'elle était indisposée, et qu'elle ne pouvait pas venir. Il n'avait pas pu s'empêcher de lui demander si elle était vraiment indisposée, car ceci contrariait ses projets. Elle avait tellement rougi qu'il avait éclaté de rire avant qu'elle n'aille s'enfermer dans la salle de bain. Elle lui avait crié de plutôt écrire qu'elle était nauséeuse, et il l'avait fait en se disant que décidément, il lui en fallait peu pour être déstabilisée.

A croire qu'elle était vraiment indisposée, puisqu'elle avait tenu à passer la journée dans le jardin. Elle voulait lire, apparemment. Il avait finalement capitulé en la voyant plongée dans son livre, un parchemin à côté d'elle qu'elle annotait frénétiquement. Il avait ouvert la biographie de Basil Horton qu'elle lui avait offerte pour Noël, assez perplexe devant ce geste qui lui avait paru étranger.

Elle lui avait fait une tarte à la courgette pour le midi, un des plats qu'elle maîtrisait de mieux en mieux. La première fois, il avait vraiment eu peur. Il faut dire que le gratin qui recouvrait le plat avait plus ou moins brûlé. Mais si on faisait abstraction du goût de brûlé (mieux : si on enlevait la couche supérieure) cela avait été plutôt bon. La fois suivante, la partie supérieure était moins brûlée, et il avait pu la manger en se retenant de grimacer. Elle semblait tellement anxieuse lorsqu'elle lui servait à manger, qu'il avait décidé de manger sans respirer. Son soulagement vite teinté de fierté achevait de lui faire oublier l'odeur de brûlé. Bref, ce jour-là, la tarte à la courgette était parfaite, parfaitement cuite, parfaitement assaisonnée, parfaitement bonne. Il lui avait dit, et elle s'était mise en tête d'apprendre un nouveau plat. Certes, il en avait assez de manger de la tarte à la courgette, mais si elle faisait un plat jusqu'à savoir le faire à la perfection à chaque fois, il n'était pas prêt de manger très varié…

Mais il se retenait de se plaindre. Apprendre à cuisiner semblait important pour elle. Allez savoir. Il était tombé sur plus buté que lui-même. Et puis, il n'avait rien à faire au moins.

Le lendemain, le 27, elle lui avait fait à nouveau écrire une lettre à son oncle Sirius. A croire qu'elle était vraiment indisposée puisqu'elle s'était habillée sitôt réveillée et qu'elle avait tenu à lui faire déplacer ses balais dans le petit salon pour libérer la salle à manger. Il avait d'abord refusé. Elle lui avait rappelé l'approche du Nouvel An. Il avait cédé à reculons. Il en avait profité pour entretenir un peu ses balais. Elle le regardait avec tellement d'insistance lorsqu'il l'avait fait, qu'il avait commencé à lui expliquer deux ou trois choses. Il avait pour la première fois eu l'impression qu'elle buvait ses paroles. Elle s'était assise en face de lui, à même le sol. Elle lui avait posé des questions, il avait essayé de lui répondre le plus précisément possible sans la perdre en cours d'explications. Puis d'un coup, elle s'était levée et elle lui avait proposé une partie d'échecs. D'abord surpris, il n'avait pas cherché à comprendre son brusque changement, décidé à ne plus s'en formaliser. Il l'avait suivie dans le salon, il avait sorti son échiquier et ses pièces de jeu. Elle était montée chercher les siennes, et il avait été plus qu'impressionné de la confiance de ses pièces en elle. Elles se sacrifiaient sans se plaindre comme si elles formaient une véritable équipe et non un ensemble de pièces. Lui, il devait batailler avec ses pions pour les faire avancer, avec ses cavaliers pour qu'ils restent en place, avec ses tours pour les faire se bouger, avec ses fous pour qu'ils comprennent ce qu'ils devaient faire. Il finit échecs et mat, blessé dans sa fierté avant qu'elle ne lui apprenne que son Oncle Arcturus était champion à l'international et qu'il lui avait appris quelques techniques. Il avait demandé une revanche… qu'il avait encore une fois perdue. Il avait baissé les bras, habitué à perdre contre Ignatius et son père. Ils avaient fini le reste du petit salé aux lentilles du midi. Il était bien trop salé, mais lorsqu'il avait essayé de le lui faire subtilement remarquer, elle était redevenue de glace, et il avait préféré lui proposer une promenade dans Flaquemare avant d'aller se coucher. Elle avait regardé tout autour d'elle avec attention et curiosité. Il lui avait montré la place du village, l'église, la mairie tenue par un sorcier depuis des décennies, la boulangerie, la biscuiterie dans laquelle près de la moitié du village travaillait, moldus et sorciers confondus. Ils avaient longé la lisière de la forêt de Flaquemare et ils étaient rentrés. Elle avait fait sa toilette, il avait la sienne, et encore une fois, il avait constaté avec désappointement qu'elle s'était endormie.

Lorsqu'il s'était réveillé le lendemain, le 28, elle n'était plus au lit. Il l'avait trouvée habillée, dans le jardin, à équeuter des haricots sous les conseils de la voisine, Mrs Runcorn. Il était remonté se changer en vitesse, et lorsqu'il était redescendu il s'était installé dans un coin après avoir salué Mrs Runcorn. Il avait plus ou moins boudé, il le reconnaissait, jusqu'à ce que la jeune femme s'en aille et que Dorea lui explique le pourquoi du comment. Elle était descendue lire dans le jardin parce qu'elle en avait assez d'attendre qu'il se réveille, et elle était tombée sur la voisine qui l'avait aussitôt accostée pour lui proposer un plein panier d'haricots dont elle ne savait plus quoi faire tant elle en avait ramassé. Dorea avait accepté en invitant Mrs Runcorn à boire une tasse de thé. La jeune femme s'était empressée d'accepter, et elles avaient équeuté les haricots en parlant… Pourquoi pas. Il aurait préféré qu'elle le réveille à coup de baisers. Il le lui avait dit. Elle était devenue rouge tomate, et lui avait dit d'envoyer à nouveau un parchemin à son oncle pour lui dire qu'elle était encore nauséeuse. Il avait essayé de relancer la discussion sur son père. Elle s'était obstinée à simplement dire qu'elle irait le voir plus tard quand elle aurait éclairci ses pensées troublées. Il avait essayé d'insister : il lui avait dit qu'il pouvait comprendre qu'elle ne veuille pas pardonner à son père d'avoir détruit ses lettres et son pendentif. Elle lui avait dit qu'il n'y était pas, qu'elle voulait juste avoir quelque chose à lui dire avant d'aller le voir. Il lui avait rappelé qu'il était gravement malade. Elle avait dit qu'elle préférait attendre qu'il soit guéri.

Il avait cessé d'en parler à ce moment-là. Elle devenait assez incohérente dans ses raisons et ses excuses. Ce n'était sûrement pas le moment de la pousser dans ses retranchements. Il avait assez eu d'une crise de larmes. Et puis, il préférait l'avoir pour lui. Il n'allait pas s'en priver et la jeter dans la gueule de son père alors qu'elle semblait s'en être dégagée.

Et puis, quelqu'un avait frappé à la porte. Il avait regardé par la fenêtre, et avait trouvé Mrs Hesper Black sur son paillasson. Il en avait averti Dorea qui, après une panique fulgurante, avait monté quatre à quatre les escaliers pour se remettre au lit. Il avait ouvert, l'avait remerciée d'être venue en lui mimant une espèce d'inquiétude et lui avait proposé de monter voir Dorea. Il était resté derrière la porte en se demandant ce qu'avait vraiment Dorea jusqu'à ce qu'il entende Mrs Hesper Black rire aux éclats. Elle était sortie quelques minutes plus tard. « Mr Potter, j'espère que vous êtes au courant que vous ne pouvez pas visiter ma nièce tous les jours ? ». Merci pour la gêne. Donc, elle était réellement indisposée. Elle aurait pu le lui dire, tout de même. Il avait fini par s'inquiéter.

Ils étaient allés en forêt se balader avant le dîner, puis ils s'étaient couchés. Il l'avait simplement prise dans ses bras, avait quelque fois embrassé son front, mais il avait gardé ses mains pour lui. Elle n'avait fait aucun commentaire surpris ou déçu. C'était donc bel et bien cela. Elle aurait pu être plus claire, tout de même. Puis il songea qu'elle lui avait dit d'emblée qu'elle était indisposée et de l'écrire à son oncle. C'était lui qui avait interprété cela comme un mensonge. Bref, la cohérence ne semblait de toute façon pas être le but principal de son épouse.

Puis elle avait perdu sa mine rêveuse le lendemain matin en allant fouiller dans la boîte de… boîte aux lettres, pardon. Elle avait reçu un pli de son frère. Elle s'était assise sur le fauteuil, devant le guéridon, pour la lire.

« Dorea ? répéta-t-il pour la cinquième fois. »

Pas de réponse. Il s'approcha d'elle pour poser sa main sur son épaule. Il ne voulait pas lire son courrier, car la seule fois où il l'avait fait, elle avait semblé en être profondément agacée. Mais il fut vraiment tenté de le faire.

« Mon père est mort. »

Sa voix, très maîtrisée, avait sifflé à travers la pièce avant qu'elle ne se lève. Elle referma le parchemin sans rien dire de plus. Elle ne pleura pas. Elle ne manifesta pas la moindre émotion. Elle aurait pu lui annoncer qu'il pleuvait demain, elle n'y aurait pas mis plus de dépit, de tristesse ou d'entrain.

« Nous sommes invités à nous joindre à la Maison des Black pour la journée afin de soutenir ma mère, notamment, continua-t-elle en reposant le parchemin sur le guéridon. Tu as une robe de deuil ?

-Dorea ? Tu… Comment ça va ? demanda-t-il à mi-voix. »

Il la suivit quelques secondes du regard lorsqu'elle sortit du salon.

« Je vais bien, merci, répondit-elle de sa voix normale sans se retourner vers lui. Je te demandais si tu avais une tenue de deuil, Charlus. »

Il la suivit prudemment dans les escaliers menant aux chambres. Elle était tout à fait impassible. Elle aurait aussi bien pu lui annoncer qu'elle voulait acheter un Fléreur, il n'en aurait pas été excessivement surpris.

« Une tenue noire, tu veux dire ? J'en ai une, reconnut-il.

-Bien. Nous pouvons partir dans une demi-heure alors, continua-t-elle. »

Il eut beau lui demander si tout allait bien, elle ne changea pas son attitude. Elle resta impassible, elle parla d'une voix sereine, quoiqu'un peu distante, tint des propos relativement cohérent et ne versa pas une larme. Même une fois arrivés au 12, Square Grimmaurd, même devant le corps de son père, même face à sa sœur et sa mère en larmes, elle restait stoïque. Est-ce qu'elle restait de glace pour retenir sa peine ? Ou bien était-ce parce qu'elle ne ressentait rien ? Elle ressentait forcément quelque chose vu qu'elle ne souriait plus en le regardant par-dessous ses cils. Mais Charlus n'aurait pas pour autant avancé qu'elle se retenait de pleurer. Elle semblait simplement… loin de la situation, comme si elle ne se sentait pas vraiment concernée.

Pourvu qu'elle pleure un peu le jour de mes funérailles, songea-t-il avec sarcasme le lendemain soir lorsqu'ils furent rentrés de l'enterrement puis il s'endormit dans son lit.

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(... Le prochain chapitre sera tout nouveau... enfin !

Merci FelicityCarrow ! Tous les hommes ne sont pas comme Cygnus aha (encore heureux d'ailleurs!), le nouvel an commence au prochain chapitre ! :) Merci Titou Douh ! Dans Orgueil et Préjugés ? Ouahh là, tu fais ma journée ! Et pour le peu de review (y en a quand même hein!), je me dis que les lecteurs sont seulement timides (j'espère que je ne leur fais pas peur aha) :) Merci pour tes compliments, ça me touche beaucoup (et ça me motive à mettre la suite en ligne aha)

A très vite !)