Chapitre 13

Candy se leva tôt, de toute façon elle n'avait dormi que par bribes emplies de rêves érotiques interdits dont elle avait honte. Alors elle décida de passer son dernier jour de repos loin de celui qui ignorait quel désir il lui inspirait. Mais elle ne voulait pas laisser Julia encore alors qu'elle ne partait pas travailler et décida donc de l'emmener et de la présenter à David. Elle attendit qu'Anthony descende et lui demanda à nouveau de la déposer en ville.

- C'est la dernière fois Anthony, vu que je dois aller à la banque, je prendrai plus pour m'acheter une automobile d'occasion qui m'est indispensable maintenant.

- Ça ne me gênait pas ma douce mais ce sera bien mieux pour toi, c'est vrai. Alors je te déposerai devant la banque.

- Oui merci.

Terry descendit dix minutes après et elle lui dit qu'elle emmenait Julia avec elle toute la journée.

- Ah! Bon, je pensais que tu resterais et je voulais te proposer qu'on aille tous les trois au cirque à Brooklyn cet après midi mais tant pis, ce sera pour une prochaine fois.

- Au cirque? Oui c'est dommage mais j'ai des choses à faire et à acheter ce matin et un déjeuner avec un ami à qui je veux présenter ma fille. Et ensuite... il se peut que ça se prolonge.

- Ne t'en fais pas, ce cirque repart vendredi mais il y en a d'autres, New York regorge d'attractions, on le fera bientôt.

- Oui mais Julia préférerait sûrement aller au cirque et... je ne veux pas lui faire rater ça avec toi. Mais... moi je n'irai pas mais si tu peux me dire une heure et un endroit où tu pourrais venir la chercher en ville, je suis d'accord.

- Bon alors disons, vu que la séance est à quinze heures, quatorze heures devant l'entrée sud de Central Park, là où on est entré la dernière fois si tu te souviens.

- Oui parfaitement. Alors c'est d'accord, je serai là bas à quatorze heures sans faute.

- Merci Candy, je suis heureux de pouvoir vivre ce bonheur grâce à toi.

- Tu rends heureuse Julia Terry, ce n'est pas un cadeau que je te fais, c'est juste normal, tu es le parrain parfait et mérite ma fille. Je vais aller lui dire ta surprise, si je ne te revoie pas ensuite, à quatorze heures et bonne matinée.

- Toi aussi ma belle et bon déjeuner avec ton ami chanceux.

Elle cacha la peine que lui causa sa phrase si naturelle et lui sourit en pensant qu'Anthony avait bien plus de chance qu'elle mais qu'il la méritait aussi plus qu'elle. Elle oublia donc ce qu'elle n'avait pas et se concentra sur ce qu'elle avait, son amitié et désormais un lien de parenté indestructible avec Julia pour les relier. Et au fond, elle avait toujours le droit de rêver et garder précieusement son amour pour le vivre de l'intérieur comme si il était plus, le père et l'époux de cœur, et encore plus secrètement, l'amant magnifique.

Auparavant, elle répugnait à dépenser l'argent rapporté par les actions André mais aujourd'hui elle tut ses scrupules et en plus des sommes qu'elle devait rembourser à Anthony, Terry et surtout Martha, elle déboursa pour deux ans de salaire d'infirmière en vêtements pour elle et Julia, accessoires de mode, parfums et bien sûr la voiture qu'elle avait bien choisi d'occasion mais tout de même un beau bolide décapotable à quatre places et confortable. Puis elle s'arrêta chez un bijoutier et acheta une gourmette pour Julia, une belle montre pour l'anniversaire d'Anthony et fut tentée par une bague ornée d'un beau saphir pour elle. La teinte lui rappelait des yeux magnifiques mais ce serait encore se le rappeler davantage. Sinon, il y avait la même en turquoise, d'autres yeux connus et aussi beaux, mais pas d'émeraudes, là aussi le destin préférait réunir les bleus les plus rares seulement. Alors par dépit elle acheta un diamant solitaire, idéal pour elle.

Elle arriva au restaurant avec cinq minutes de retard pour faire moderne mais David n'était même pas là. Elle rentra tout de même à l'intérieur et patienta avec Julia devant deux limonades. Il arriva essoufflé quinze minutes après et s'excusa d'avoir raté le bus. Elle lui pardonna et lui présenta Julia. Il écouta patiemment son histoire et les traductions que Candy fit de son bonjour et bienvenue mais ne se donna pas la peine d'y répondre et ignora ensuite la petite en ne s'intéressant plus qu'à sa mère et son assiette. Elle préféra penser que c'était parce qu'ils ne se connaissaient pas encore assez et répondit poliment à son interrogatoire. Au dessert il lui parla de ses parents également musiciens, sa sœur soprano à l'opéra et tous les concerts qu'il avait déjà donné. Il était passionné par la musique, c'était certain car il tint sur ce sujet jusqu'à ce que Candy lui dise qu'il était l'heure qu'elle emmène Julia jusqu'à Central Park pour la confier à son parrain. Il lui proposa de l'accompagner, elle accepta, il régla l'addition et ils partirent jusqu'à la voiture de Candy. Il lui avoua en route ne pas avoir son permis ni jamais conduit. il parla ensuite à nouveau musique classique et s'étonna que Candy ne connaisse pas grand chose sur les plus grands compositeurs du monde et surtout Mozart. Elle lui dit qu'elle ne demandait qu'à apprendre et trouva son sourire ravi charmant et ses yeux bruns agréables. Ils arrivèrent au lieu de rendez-vous avec cinq minutes d'avance mais Terry était déjà là et malgré sa casquette et ses lunettes noires, Julia le reconnut à trente mètres et courut pour aller dans ses bras. Candy se sentit encore émue tant ils étaient crédibles en père et fille et comme ils se comprenaient bien après seulement un mois. Elle eut du mal à se sentir bien en lui présentant David qui ne cacha pas sa surprise après l'avoir entendu lui dire bonjour.

- Vous êtes le célèbre Terrence Grandchester n'est-ce pas?

- Oui c'est bien moi.

- Pardonnez-moi pareille audace mais votre voix seule m'a fait vous reconnaître, pas votre physique car je ne vous ai vu que dans Cyrano de Bergerac le mois dernier et il est difficile de savoir même votre âge avec pareil déguisement. Mais votre voix est pour moi inoubliable car rare. Je crois avoir l'oreille très développée, en musique on dit l'oreille absolue, et votre timbre serait certainement un merveilleux baryton dans les colères et un ténor dans la passion.

- J'avoue monsieur que c'est la première fois qu'on me dit ça et je le prend en compliment fort constructif et vous en remercie. Vous êtes donc musicien?

- Oui, violoniste. Je joue dans l'orchestre philharmonique de New York, entre autres.

- Félicitations, j'adore la musique, je joue un peu d'harmonica mais ne suis guère doué dans cet art hélas.

- Et moi je serais un piètre tragédien. Je pense qu'on ne peut exceller que dans un seul art afin de le sublimer, vous excellez dans le vôtre et je compte moi exceller bientôt dans le mien car j'y travaille très dur. Si vous appréciez la musique, je vous conseille d'aller voir « La flûte enchantée » du grand Mozart, jouée en ce moment à l'opéra et avec une reine de la nuit inoubliable aussi. Sinon vous pouvez aussi voir le récital consacré à l'illustre Berlioz que mon orchestre joue le vendredi salle Lincoln.

- J'essaierai monsieur, j'aime la musique classique aussi bien sûr.

- J'avoue monsieur Grandchester ne pas comprendre le aussi car pour moi la musique n'est que classique, le reste n'est que chansonnettes.

- Je ne suis pas d'accord monsieur, j'adore le jazz et le considère aussi noble que la musique classique.

- Le jazz? Veuillez m'excuser mais ce n'est pas plus comparable que si je vous disais que le cinématographe est aussi noble que le théâtre classique. Je ne méprise ni le cinéma ni le jazz ou la chanson réaliste mais ce n'est pas comparable.

Candy, qui avait suivi cette conversation imprévue jugea le moment de la clore tant l'attitude butée de David lui sembla stupide et Terry bien encore le plus intelligent et intéressant des deux. Elle lui dit :

- La musique est surtout faite pour adoucir les mœurs dit-on. Et que penses-tu du cirque David? Art noble ou pas? Moi j'aurais aimé être trapéziste en tout cas, et Julia va sûrement adorer les clowns comme tout le monde de sensé, n'est-ce pas?

David sourit en hochant la tête quand Candy s'accroupit pour parler à sa fille en signes incompréhensibles pour lui. Terry sourit à Candy dès qu'elle fut relevée et reprit:

- A tout art il faut un public et noble ou pas, l'essentiel est d'aimer et si un public aime c'est que l'art était utile. Heureux de vous avoir rencontré monsieur...

- Chandler. David Chandler. Moi aussi monsieur Grandchester.

- Alors je m'en vais Candy et te souhaite une bonne après midi.

- Toi aussi Terry, amusez-vous bien au cirque.

Elle les regarda partir main dans la main, eut envie de planter David et les rejoindre mais elle devait continuer à trouver quelqu'un d'autre à, sinon aimer, du moins lui plaire assez et bien qu'elle sente encore plus que ce ne serait pas David, elle devait encore essayer plus. Celui-ci lui demanda ensuite:

- Excuse-moi Candy, mais à part le parrain de ton fils, qui est Terrence Grandchester pour toi?

« L'homme que j'aime et aimerai toute ma vie! » Faillit-elle dire mais ce fut:

- Mon ami d'enfance, mon meilleur ami et aussi mon cousin par alliance. Et c'est aussi chez lui que je vis avec mon frère car c'est mieux ainsi pour Julia qui les aime beaucoup et m'aident à l'élever.

- Ah! C'est formidable alors, ça te laisse plus de liberté pour toi aussi donc.

- Oui mais surtout mon travail car je suis incapable de me passer d'être infirmière.

- J'aime les femmes qui savent gérer un métier et leur vie comme toi, les femmes libres et émancipées, les femmes modernes et aussi belles et féminines que toi.

Elle lui sourit, cette phrase rachetait ses défauts et le rendait plus séduisant. Mais elle avait encore besoin de voir une dernière fois Terry et Julia pour poursuivre sa route aujourd'hui.

Terry se retourna avant le virage, vit Candy encore les regarder et lui fit un dernier signe en pensant que ce David et son violon avait son charme et pourrait bien la séduire si il savait y faire. Pourtant cette idée lui déplut et un brin de jalousie traversa son cœur. Mais il devait le taire, le cacher, l'oublier vite et au contraire la pousser dans les bras de David ou n'importe quel autre qu'elle choisira comme amoureux.

David proposa à Candy une promenade au parc puisqu'ils étaient devant. Ils marchèrent une heure en parlant cette fois de voyages et de société. Puis ils s'installèrent au bord d'un étang et il lui prit la main et lui demanda si elle voulait lui redonner un baiser. Elle rosit mais hocha la tête, il sourit et le prit plutôt que de l'attendre. Comme la première fois, elle trouva ça fade et sans intérêt mais le cacha et n'en conclut rien. Mais elle refusa un autre ici et lui proposa plutôt de déguster une glace en regardant les enfants jouer dans le bac à sable. Il insista pour les payer, accepta ce paysage mais elle vit bien que ça ne l'intéressait pas du tout.

- Tu n'aimes pas les enfants David?

- Heu... je ne peux pas dire ça, tout le monde aime les enfants mais je ne trouve pas passionnant de les regarder ni de s'extasier sur leur exploits, ce n'est que la nature. Je ne me sens pas prêt pour en avoir déjà en tout cas, c'est certain.

- C'est vrai que tu es très jeune, tu as le temps. Mais est-ce que tu trouves que ma fille est intéressante?

- Bien sûr, elle l'est sûrement! Mais... elle est sourde et moi je ne sais pas comment on communique avec cet handicap en plus de ne pas savoir trop m'occuper d'enfants normaux. Mais j'apprendrai s' il le faut Candy.

- Oh! Nous n'en sommes pas là et tu ne dois pas te forcer sans envie David, c'était juste pour savoir.

- Mais tu es d'accord pour qu'on se revoit à nouveau?

- Tu l'aimerais?

- Bien sûr! Tu es le genre de femme qui me plaît, tu es belle et j'adore tes yeux verts et... tes baisers, surtout le premier que je n'espérais pas. Pas toi?

- Si bien sûr! Je te trouve beau garçon et très gentil, il n'y a que ton âge qui me gêne, tu es plus jeune que moi et même pas majeur en plus.

- Je le serai dans deux mois, le trente novembre. D'accord tu as quatre ans de plus mais ça ne se voit pas et mes parents ne vont pas te menacer de détournement de mineur si on sort ensemble, je t'assure! Quelle importance l'âge?

- Pas grande c'est vrai. Alors quand nous reverrons-nous?

- Que dirais-tu d'aller samedi soir avec moi voir « La flûte enchantée» ?

- Avec plaisir David. Viens, je te ramène chez toi maintenant, je dois faire quelques courses avant de rentrer.

Il lui vola un nouveau baiser dans la voiture avant qu'elle démarre. Il était plus hardi, il la serra fort et lui baisa même un peu le cou. Tout ce qu'elle sut faire c'est songer à Terry qui l'avait fait aussi lors de son baiser souvenir si inoubliable, la comparaison était si évidente. Elle repoussa David doucement d'un sourire, il s'excusa de sa fougue et ne lui baisa plus que la main à l'arrivée.

Elle partit ensuite vers Brooklyn, trouva le cirque mais la séance était finie depuis une demi-heure et Terry et Julia plus là. Elle soupira mais au fond c'était mieux ainsi, il fallait qu'il croit qu'elle trouve David intéressant, lui ou un autre mais pour l'instant il n'y avait que David. Il fallait que Terry soit heureux et ne culpabilise plus alors s'il fallait mentir, elle le ferait. S'il fallait tricher pour qu'il la croit heureuse et capable d'aimer un autre homme, elle le ferait. Seule Julia passait avant Terry mais Julia avait besoin de Terry et Terry de Julia, donc elle devait rendre ce présent idéal pour eux deux, toujours heureux, qu'importe le reste et surtout elle-même.

OoO

Les jours qui suivirent furent à la fois le bonheur, la rigueur et la douceur. Etre l'assistante du docteur Shelton était aussi éprouvant que passionnant car il était d'un professionnalisme irréprochable, d'une énergie inusable et d'un altruisme semblant sans limites. Même Candy trouvait qu'il donnait trop et ne vivait que pour les autres, mais n'osa plus jamais le lui reprocher après qu'elle vit tout ce qu'il avait accompli à Harlem depuis six mois qu'il y exerçait. Il semblait indifférent à autre chose que la médecine, parlait peu d'autre chose avec Candy et ne semblait pas intéressé par les femmes, en tout cas, il n'avait jamais fait même une minime allusion sur son genre de femme et si il trouvait Candy jolie. Elle n'y avait pensé que le premier matin à Harlem en le regardant avec attention et le trouvant assez beau avec ses cheveux châtain clairs très courts et ses yeux gris clairs. Il était grand et semblait aussi musclé que Terry, il avait de belles mains très habiles au bistouri, sa voix était très grave et veloutée et elle réussit à savoir son âge, trente ans, un âge en accord. Mais elle ne chercha plus ensuite à en savoir plus ni à imaginer qu'il pouvait être un prétendant pour elle, tant il était juste un docteur et un sauveur de l'humanité pour elle et elle n'avait pas envie d'essayer de le séduire sans savoir au risque encore de se faire rejeter et de perdre ce travail si passionnant. Grâce à Terry et Martha qui décidèrent de partager la garde de Julia la journée, elle put travailler les matins à Harlem et les après-midi jusqu'à seize heures dans le Bronx et se réserver le reste et bien en profiter à cent pour cent et donc ne pas se sentir égoïste et ne pas culpabiliser. Anthony n'était pas non plus en reste dès qu'il avait du temps et surtout le dimanche où il aimait jouer dehors au lasso ou au croquet avec elle. Côté éducation, elle décida avec Terry et Anthony que Julia était trop jeune pour aller à l'école de Philadelphie mais que ce serait à envisager à ses sept ans, soit dans plus d'un an vu qu'elle aurait six ans le vingt et un décembre. En attendant, ils optèrent pour employer un professeur particulier mais ils n'en trouvèrent pas qui connaissait le langage des signes à New York et ils mirent donc des annonces plus loin et espérèrent que quelqu'un finirait par y répondre. Pour l'instant, Terry s'occupait de lui faire apprendre les chiffres pour compter, l'alphabet, le mime et autres jeux du corps et du mouvement, ainsi que d'apprendre à nager. Candy poursuivait la méthode d'articulation, les signes et les jeux d'éveil et Anthony lui faisait dessiner les choses et animaux et l'initiait à la découverte des odeurs et surtout celle des fleurs et végétaux. Terry tentait toujours secrètement aussi de la faire parler par sons mais n'avait vu aucune amélioration encore à son mutisme.

OoO

Mais pour Anthony, vint le temps du procès et à trois jours de la date fatidique, il préféra dormir à l'appartement car il répétait sa plaidoirie très tard de peur de tout oublier. Candy lui donna quelques anxiolytiques de plus quand elle vint le voir la veille du procès, ce qui lui fit aussi découvrir son logement. Une fois les banalités dites, elle lui demanda s'il s'inquiétait aussi plus parce que Terry sera dans la salle et il acquiesça en lui disant:

- C'est vrai, je crains que les mauvaises langues se déchaînent après car il veut être là jusqu'au bout et ça peut durer deux ou trois jours.

- Je ne vois pas pourquoi ce serait louche puisque j'y serai aussi.

- Mais tu ne peux pas pour tout le procès?

- Et bien, j'ignorai que ce serait pour plus d'un jour mais je le pourrai pour le temps qu'il faudra, foi de Candy.

- C'est adorable ma douce mais qui va s'occuper de Julia? Ce sera long pour elle.

- Oui mais il y a des moments où on ne fait pas que ce qu'on veut mais ce qu'on peut et Julia le comprend déjà. Je vais demander à Eléonore si elle peut prendre Julia un peu, à Peter s'il peut aider Martha aussi et à James s'il peut se charger de me la ramener les midi pour qu'elle trouve le temps moins long. Ton appartement est bien situé, il fera un relais parfait si tu m'autorises à te l'emprunter aussi.

- Tu es merveilleuse ma Candy! Une vraie opportuniste pleine de ressources. Mais autre chose m'embête ma Candy si tu fais tout ça et que tu n'as pas tout envisagé.

- Dis-moi quoi Maître Brown.

- Si les journaux écrivaient ensuite que tu es peut-être la nouvelle petite amie de Terry ou je ne sais quoi qui pourrait te nuire.

- Etre la petite amie de Terry pourrait me nuire! S'exclama-t-elle avant d'éclater de rire. Oh non alors!

- Mais que dira ton petit ami?

- Que dira David? Bah! Il dira ce qu'il voudra, je m'en fiche!

- Alors tu ne l'aimes pas non plus celui-là?

Elle s'empourpra puis haussa les épaules.

- Si je l'aime bien mais c'est trop frais encore. Mais je voulais dire que si David n'a pas confiance en moi et croit les ragots de journalistes c'est qu'il ne vaut pas la peine que je m'inquiète. Anthony, j'ai pensé déjà à l'utilité de ma présence au tribunal et à la maison, je sais que je peux être un alibi, une couverture, pour toi et Terry et j'accepte avec tout ce que ça impliquera de l'être mais à une condition, que tu ma fasses toujours confiance, ne sois pas jaloux et n'imagine pas n'importe quoi.

- Ce n'est pas ça Candy mais tu pourrais... en souffrir à la longue.

- Mais ceci me regarde Anthony, comme l'éventuel plaisir que je pourrai aussi en tirer.

- Oui, j'imagine aussi que ça en a et à ta place... je ferai sûrement pareil. Je ne suis plus jaloux Candy, je t'ai dit que tu as le droit de vivre ton histoire avec lui comme lui le veut et pas moi. Mais même moi, je trouve idéal notre... trio, puisqu'il permet le bonheur de tous, enfin presque.

- Je suis toujours heureuse Anthony, je te le promets.

- Je le sais mais tu as moins que moi et je le regrette. Alors c'est d'accord, tu feras tout ce que tu veux pour que Terry ne soit pas traîné dans la boue, tout ce qu'il accepte lui et jamais je ne te le reprocherai ni imaginerai n'importe quoi puisque c'est pour garder notre bonheur à tous.

Et c'est ainsi que le lendemain, elle entra dans le tribunal au bras de Terry et sentit vite les regards curieux s'appesantir sur leur couple. Terry n'avait appris que pendant ce trajet vers le tribunal avec elle qu'elle allait jouer la petite amie éventuelle mais pas certaine pour nourrir les curiosités récurrentes. Il avait souri et réagi par un:

- Wow! Candice Neige André va jouer son premier grand rôle au théâtre alors!

- Oui Terry mais ce n'est pas trop difficile comme rôle pour moi et toi tu sauras encore mieux faire croire ce que tu veux aux curieux.

- Candy, si on leur fait croire ça, ça va te compliquer les choses avec David.

- Ne t'occupe pas de ça Terry, juste de vivre ton essentiel pour Anthony et que personne ne voit ta vérité mais la mienne. Si la presse fouille ensuite un peu loin, je crois que tu seras couvert pour un moment si on ne dément ni confirme. Et David ou un autre croira ce que je lui dirai, c'est clair?

- Oui chef! Fit-il après avoir sifflé pour pareille certitude et autorité.

Et donc, en franchissant la porte du tribunal au bras de Terry qui affichait son air habituel en public hors la scène, une indifférence lointaine, elle dut elle plutôt retenir son plaisir d'être à son bras et voir déjà un ou deux regards féminins envieux. Ils s'assirent au troisième rang pour être discrets mais au milieu pour qu'Anthony puisse mieux les voir. Ces cinq minutes à attendre avant l'entrée de la cour furent longues tant les regards et murmures semblaient juste dirigés sur eux. Mais Terry ne sembla pas perturbé et ignora même un flash qui avait dû le prendre déjà en photo alors que Candy dut chercher dans ses éventuels talents d'actrice pour arriver à faire comme lui. Mais lorsqu'il fallut se lever pour qu'entre la cour, tout le monde ne regarda plus qu'eux. Anthony était en queue et semblait concentré et calme alors que l'avocat de la défense, plus vieux et expérimenté paraissait ennuyé déjà. L'avocat général ou procureur avait tout du bourreau et le juge ressemblait à un père noël avec sa barbe blanche. Puis entrèrent les douze jurés ayant été tirés au sort une semaine avant, trois femmes et neuf hommes de race blanche seulement. Enfin arriva l'accusé encadré par deux policiers et Terry vit tout de suite, bien qu'il ne l'aie jamais vu que cet homme déjà âgé avait vécu des jours difficiles car il faisait maigre, était pâle et cerné. Son visage semblait aussi affecté par une lassitude autant psychique et ses yeux sans frayeur ne quittèrent pas les personnes présentes de tout ce début de procès.

D'abord on énuméra en détails précis les faits et accusations. Puis l'accusé dut se lever pour entendre les noms et personnalités de ses victimes, une femme mariée de vingt neuf ans et enceinte de cinq mois ainsi que son fils de quatre ans, victimes de balles perdues lors d'une fusillade en plein jour et en pleine rue. Commandité par le prévenu selon l'homme qui tenait la mitraillette arrêté peu après vu que la voiture d'où il tirait avait fini sa route dans un poteau et avait tué le chauffeur sur le coup. Le tireur avait été jugé le mois dernier à la peine capitale mais n'avait pas récusé la responsabilité de Torino. L'homme visé par la fusillade mais qui sut les éviter en se servant de cette femme et son fils comme bouclier avait aussi été arrêté et on découvrit sur lui crimes, trafics et vols divers, ce qui l'amena aussi sous les barreaux mais vu qu'il venait de San Francisco, transféré à la prison d'Alcatraz. Puis le juge demanda à Anthony ce que plaidait son client et un murmure à la fois surpris et choqué suivit le:

- Nous plaidons coupable avec circonstances atténuantes monsieur le Président.

Immédiatement un homme se leva et cria:

- Quelles circonstances atténuantes peuvent bien expliquer qu'on abatte ma femme enceinte et mon petit garçon, lesquelles Maître?

Anthony pâlit un peu mais resta digne en répondant en regardant cet homme dans les yeux:

- Aucunes circonstances pour atténuer ce crime odieux monsieur, juste pour que la cour juge mon client avec tous les détails qui manquent encore et que je me dois de fournir et prouver.

L'homme redit que rien ne pouvait rendre moins ignoble ce crime puisqu'il plaidait coupable et que la pendaison était encore trop douce pour lui. Anthony ne reprit pas la parole là-dessus car le président tapa du marteau et demanda au mari de la victime de ne plus intervenir sans autorisation désormais et que la justice devait être rendue selon les règles et les droits de tous mais serait forcément méritoire de ses responsabilités.

Toute le reste de la matinée fut au réquisitoire du procureur qui fit de l'inculpé un portait de monstre immoral et sanguinaire à qui la peine de mort semblait encore faible et qui plut au mari malheureux et son avocat pourtant encore nerveux. Anthony ne broncha pas de tout ce temps, ni Torino à sa gauche qui reçut ces mots en arborant un air blasé ou indifférent. Il était midi moins vingt quand le procureur acheva et le président tapa du marteau pour reprendre dans deux heures. Terry et Candy laissèrent partir le plus de monde possible avant de se lever mais un homme avec un bloc se permit de les apostropher sitôt levés.

- Monsieur Grandchester, John Spak du New York Tribune, puis-je vous demander pourquoi vous assistez à ce procès s'il vous plait?

- Par curiosité ! Répondit Terry en entraînant Candy vers la sortie.

- Et pouvez-vous me dire qui est cette demoiselle?

- Une amie.

Le journaliste n'en sut pas plus car Terry et Candy sortirent du tribunal puis s'enfuirent en grandes enjambées sur la gauche et se cachèrent dans une entrée d'immeuble avant qu'il n'arrive et fasse demi tour de dépit. Candy se retenait de rire contre le bras de Terry qui lui faisait chut puis rit avec elle ensuite. Il jeta un œil dehors mais vit le journaliste planté pas loin et referma la porte en mettant sa main sur la bouche de Candy qui avait le fou rire. Elle réussit à s'arrêter, repoussa sa main et le regarda attendre patiemment et se mit sur la pointe des pieds pour lui dire dans l'oreille:

- Tu dois faire ça souvent?

Il sourit en hochant négativement la tête puis se souvint pourtant d'une anecdote drôle qu'il lui dit dans l'oreille. Il anticipa son nouveau rire et l'empêcha en la bâillonnant des deux mains et la serrant contre lui. Elle manqua s'étouffer mais son corps si prêt la troublait aussi et elle en profita un peu en mettant ses mains contre son torse. Il la sentit apaisée, retira ses mains de sa bouche mais les laissa glisser sur ses épaules menues puis son dos couvert d'une veste tailleur en laine écru. Elle osa alors le regarder dans les yeux et y vit du plaisir aussi alors elle lui sourit et lui vola un baiser sur la joue qu'il rendit en retour mais sur le front. Elle aurait préféré ailleurs mais c'était déjà bien et surtout la suite car ils sortirent de cette impasse main dans la main et restèrent ainsi jusqu'à la voiture garée plus loin qui les emmena dans l'appartement d'Anthony. Celui-ci arriva un quart d'heure après, avala ce que Terry avait préparé vite, des œufs, des pâtes à la sauce tomate et un yaourt. Il sirota encore un café mais repartit à treize heures en leur disant qu'il était inutile de venir avant quatorze heures vu que l'avocat général ne sera pas là avant non plus. Donc, Terry et Candy restèrent seuls à nouveau une heure qui ne fut pourtant pas longue car ils se racontèrent plein de souvenirs drôles encore. Mais avant de repartir, Terry appela sa mère qui gardait Julia pour savoir si tout allait bien, ce qui était le cas.

Au tribunal, le journaliste revenu nota sur son bloc quelque chose quand Terry et Candy se rassirent mais il n'avait pu les questionner cette fois vu que la cour était déjà là. Le président tapa du marteau en ouvrant la séance et l'avocat de la défense fit son réquisitoire, à peu près égal à celui du procureur mais plus court et moins métaphorique. Terry et Candy retinrent ensuite leur souffle puisque c'était maintenant à Anthony de présenter sa plaidoirie. Ils virent bien que les gens murmurèrent sur sa boiterie en le voyant se lever et venir à la barre mais Terry le trouvait vraiment impressionnant tant son visage respirait calme et assurance alors qu'il le savait anxieux mais avait comme lui le trac invisible. Il connaissait déjà sa plaidoirie puisqu'il avait été son miroir vu qu'Anthony l'avait testé sur lui pour son avis d'acteur mais aussi d'homme. Il refit donc le même discours mais il le trouva plus convainquant et même magistral à la fin bien qu'il ait eu à essuyer des sifflets et protestations pour sa défense qui demandait la clémence des jurés pour un homme bien coupable mais pas plus méritant d'être tué que n'importe quel homme si on pensait qu'une vie en valait une autre. C'était provoquant et anti-peine de mort, c'était bien sa façon de voir les choses, juger pour instruire la vérité et empêcher les crimes mais pas la loi du talion, pas de punition, juste la protection des hommes et l'éducation en matière de prévention. Le président fit à nouveau taire la salle avant de demander l'ouverture de débats fait par fait et l'interrogation des éventuels témoins. Il y avait douze témoins visuels de la fusillade, cinq policiers venus cinq minutes après avec les secours, puis le médecin légiste. Anthony eut peu de questions pour tout ce monde puisque le crime était reconnu par la défense. Vint ensuite à la barre les accusateurs de Torino sur sa responsabilité de décideur de cette fusillade. Soit, le frère du chauffeur mort et le tireur lui même encadré par des policiers. Il jura que Torino avait décidé cette fusillade puisqu'il était son employeur et que le type visé était un concurrent déloyal dans le trafic de drogue. Le second témoin affirma que son frère lui avait dit la veille qu'il devait conduire demain pour un boulot bien payé par Torino. Anthony n'essaya pas de contester ces témoins non plus car Torino dit lui même qu'il était bien le commanditaire de la descente pour éliminer cet homme. Le public hua, le mari de la victime cria :

« Alors qu'on le juge, qu'on en finisse et qu'on le pende! »

Le président menaça de faire évacuer la salle qui se calma puis fit poursuivre l'audition de Torino. L'avocat général se déchaîna sur l'horrible personnalité de l'accusé en le harcelant après chaque phrase, ce qui finit par faire intervenir Anthony qui lui rappela que ce procès n'était que pour juger un homme et une responsabilité dans trois crimes et pas un diable et toutes les horreurs de l'âme humaine. Terry jubila de voir le procureur fumer encore plus et confirmer que l'accusé était bien un monstre envoyé par Satan, ce qui fit dire d'Anthony:

- Mais si c'est ainsi monsieur l'avocat général, alors mon client est innocent et n'a peut-être besoin que d'un exorcisme pour redevenir un gentil!

Quelques rires fusèrent dont celui de Terry mais il le regretta ensuite en voyant les trois femmes et deux hommes jurés faire le signe de croix. Le président demanda au procureur de poursuivre mais de ne plus s'écarter du sujet désormais. Ensuite l'avocat des victimes questionna aussi beaucoup Torino en se focalisant surtout sur les remords et quand celui-ci lâcha qu'il ne regrettait que d'avoir mal expliqué la façon dont devait se passer son contrat à ses hommes pour ne pas qu'il y ait de victimes innocentes mais pas qu'il regrettait d'avoir décidé d'éliminer un homme pire que lui. La salle hua et siffla, les jurés le regardèrent avec effroi, Terry et Candy pâlirent pour Anthony qui pourtant resta imperturbable. L'avocat des victimes n'eut plus d'autres questions, la salle fut encore prévenue de se taire et le président décida d'écourter la séance d'une pause d'une demi-heure. Terry vit Anthony aller parler au président et lui remettre un papier. Il aurait aimé rester pour voir plus mais Candy lui dit qu'elle devait aller d'urgence aux toilettes et il réalisa qu'il devait mieux en faire autant pour être tranquille ensuite. Il se leva donc en voyant le journaliste plus loin écrire plein de notes. Il pensa qu'il n'osera pas l'importuner maintenant mais se trompa.

- Monsieur Grandchester, avez-vous un avis sur l'issue du procès s'il vous plait?

- Non monsieur.

- Mais qu'attendez-vous de lui?

- Que justice se fasse, comme vous. Maintenant laissez-moi passer, je vous prie.

- Mais vous devez bien avoir une raison personnelle d'être ici non?

Candy vit Terry se retenir juste pour ne pas attirer plus l'attention, de ne pas bousculer ce type pour passer. D'autre part elle avait une envie pressante et marre de ce curieux alors elle passa devant Terry sans lui lâcher la main.

- Bon écoutez monsieur, je suis amatrice inconditionnelle de romans policiers et une amie d'enfance de monsieur et il est ici pour son métier. Sa prochaine pièce sera une enquête criminelle et un procès, voilà pourquoi nous sommes là et que nous préférerions rester discrets, comprenez-vous?

- Oui mademoiselle mais pourquoi ce procès?

- Parce qu'il a lieu maintenant et est corsé évidemment. Bon, vous nous laissez passer maintenant ou je dois aussi vous faire une thèse sur les journalistes qui empêchent les dames d'aller faire pipi?

- Mille pardon madame! S'exclama-t-il enfin, surpris sans doute d'une telle franchise.

- Merci.

Elle entraîna donc Terry qui retint un rire mais qui vit le journaliste réfléchir ensuite sur leur vrai lien vu leurs mains enlacées.

- Tu es géniale taches de son! Je t'engage pour être ma fiancée à vie!

- Chiche! Dit-elle emballée par l'idée.

Puis sans réfléchir:

- Je peux même t'épouser pour faire encore plus crédible si tu veux !

Il faillit rire mais la vit presque sérieuse et avala sa salive en songeant que c'était son rêve de l'épouser hier et qu'il suffirait de peu pour qu'il revienne. Mais il chassa cette idée folle en pensant à Anthony et se persuadant que Candy avait juste plaisanté et qu'elle serait à David ou Tartempion qui saurait l'aimer comme elle le mérite.

Au retour, Terry eut aussi droit à une demande d'autographe qu'il refusa poliment car le lieu ne s'y prêtait pas. Candy sentait aussi les regards plus poussés et essaya de ne plus y penser et en attendant la suite du procès étudia l'accusé qui semblait faire une sieste assis. Terry attendit avec impatience la suite qu'il devinait partiellement, l'explication de Torino sur sa décision d'éliminer un homme et qui pouvait un peu atténuer la froideur du crime mais pas en dénuer la responsabilité. Mais il ignorait tout de ce qu'Anthony avait fait ensuite vu son besoin d'y arriver seul et fut autant surpris qu'un autre d'entendre l'avocat de la défense affirmer que son client n'avait pas décidé ce crime par intérêt d'argent et pouvoir mais pour respecter une promesse à un ami de rendre justice à l'assassin de son fils. Il demanda au juge de faire circuler la pièce à conviction remise plus tôt, une lettre demandant à Torino de faire justice à sa place vu son infirmité, une hémiplégie soudaine, pour son fils tué par un chauffard dénommé Batista et ce même homme visé mais raté lors de la descente et actuellement aussi à Sing Sing pour une longue liste de faits, auquel rajouter celui-ci. Mais l'avocat général refusa cette preuve et qu'elle change quoi que ce soit au crime de Torino et Anthony redit que quoi que soit grave le crime, toute la vérité devait être révélée pour comprendre ce qui l'avait déterminé et que si la lettre ne suffisait pas, le témoignage de celui qui l'avait écrite allait avoir lieu demain. En attendant, Anthony demanda à la cour de bien vouloir entendre le commissaire ayant mené l'enquête concernant l'empoisonnement à l'arsenic en prison de son client et du médecin ayant analysé son sang. Il n'évoqua pas sa propre contamination puisqu'elle était accidentelle mais quand le procureur fit opposition à sa demande pour non rapport avec les crimes, Anthony révéla à tous que si puisque c'était Batista qui avait tenté d'empoisonner Torino pour l'assassiner et le faire taire à jamais. Terry fut surpris et regretta d'avoir imaginé que c'était Bradley mais fut fier qu'il ait trouvé seul la vérité. Et c'était vrai et le commissaire le dit à la barre, Maître Brown avait pensé seul avec Torino à Batista et lui avait tendu un piège pour le confondre avec des preuves formelles. D'ailleurs après ce fut Batista qui fut ramené à la barre et il se trouva stupide devant les preuves et il continua à nier, puis accuser Torino de complot et même d'avoir payé un avocat véreux de fournir de fausses preuves pour atténuer la peine de ce parrain mafieux de Torino. Une partie de la salle hua et il fut difficile de savoir si c'était Batista ou Torino et le président s'énerva à nouveau. L'avocat général eut alors la phrase de trop en disant que c'était possible que Torino ait organisé tout ça avec la complicité de Batista mais que c'était plus probable que son avocat en soit aussi la victime car trop novice et naïf plutôt que véreux. Terry sentit la rage qu'Anthony retint et sentit aussi en lui. Mais en homme intelligent, il répondit calmement au procureur qu'il pouvait lui prouver tout de suite que Batista mentait en le confrontant à son complice, un gardien de la prison arrêté ce matin même par le commissaire et qui avait tout avoué. Une fois l'aveu écrit fourni au juge et montré aux jurés et au procureur, celui-ci accepta enfin ces preuves comme valables mais demanda à nouveau que Torino vienne à la barre pour expliquer en quoi son crime pouvait paraître moins grave maintenant. Torino surprit encore la cour en disant clairement qu'il ne voulait pas excuser sa responsabilité de commanditaire mais seulement établir la vérité alors qu'il aurait pu nier tout dès le début et payer un avocat corruptible pour réduire à néant les deux seules preuves à ce moment, le témoignage de deux gangsters. Le procureur lui demanda alors pourquoi ne pas l'avoir fait et Torino dit calmement que c'était en effet son projet avant que son avocat choisi au début en effet pour sa jeunesse et son manque d'expérience lui ai proposé de tenter la vérité pour voir si c'était encore payant dans ce monde si corrompu. Il dit aussi qu'il était vieux, qu'il n'avait plus tant d'années à vivre et qu'il préférait les vivre dans la clarté ou ne pas les vivre et donc ne craignait plus la peine de mort mais voulait l'éviter pour que tout ça soit utile. La salle murmura longtemps, le procureur ricana que c'était malin mais encore plus sournois et mensonger pareille défense et alors quelques hou fusèrent. L'avocat des victimes qu'on avait encore peu entendu manifesta alors un intérêt pour ce nouvel argument et demanda à l'accusé comment il comptait vivre clairement ce qui lui restait à vivre avec la mort d'une jeune femme, son bébé et son fils sur la conscience. Torino dit qu'il regrettait vraiment que son homme de main ait tué ces innocentes victimes et qu'il ait omis de lui dire de ne pas tenter de tuer Batista si il risquait la vie d'innocents mais qu'il ne pouvait changer ce passé vivant et mort et qu'au moins il l'assumait dignement plutôt que de le nier. L'avocat sembla satisfait de cette réponse et n'eut plus d'autres questions, alors Anthony demanda qu'on rappelle à la barre le tireur et lui demanda si Torino lui avait dit d'exécuter Batista en pleine rue. Celui-ci répondit que son patron lui avait dit de descendre Batista rapidement et discrètement seulement. Le discrètement semblait clair mais l'avocat des victimes revint à charge avec une liste de crimes imputé à ce tueur et tous en plein jour et en pleine rue, ce qui fit penser que Torino pouvait s'y attendre. Et vu qu'il dit qu'en effet il aurait pu mais avait oublié d'y penser dans sa hâte de venger le gamin écrasé. Il reconnut aussi que vouloir venger un crime injuste pour un autre encore plus injuste était stupide et honteux mais qu'on ne rendrait pas une justice plus intelligente en la terminant par un nouveau meurtre encore. La salle rugit alors de son audace et Anthony suivit son client en disant haut et fort que c'était pourtant vrai que condamner un homme à être pendu était bien un meurtre légal. Le brouhaha fut alors tel que le président suspendit sur le champ la séance après avoir sermonné Anthony qu'on était pas ici pour faire le procès de la justice. Le procureur jubila, l'avocat des victimes dit quelques mots à son client qui semblèrent lui plaire, Anthony croisa deux secondes le regard inquiet de Terry mais ne s'excusa pas et dit au président qu'il ne jugeait pas la justice mais défendait une vie et pas juste un cas. Puis il s'adressa aux jurés et leur dit pour finir:

- Oui messieurs et mesdames les jurés, n'oubliez pas que votre jugement sera aussi pour vous la conscience du reste de votre vie, alors acceptez d'entendre toutes les vérités s'il vous plait.

Le procureur cria que c'était du chantage à la peur et peu digne d'un avocat respectant les règles de son pays. Anthony l'ignora et demanda au président d'accepter de faire comparaître à la première heure demain matin et donc avant les autres prévus, le témoin hémiplégique et ami de Torino. Celui-ci échangea quelques mots avec son greffier et accepta avant de taper du marteau pour clore définitivement la séance.

Il était presque dix-huit heures mais Anthony fit comprendre à Terry d'un regard qu'il ne rentrera pas tout de suite alors celui-ci partit chercher Julia chez sa mère avec Candy. Encore des regards appuyés, des murmures mais le journaliste avait filé sitôt la clôture et personne n'osa les interpeller. Terry prit le temps de jouer un peu avec Julia après son dîner mais repartit ensuite à l'appartement. Anthony ne rentra que quinze minutes après mais put déjà se nourrir d'un bon steak avec des frites avant de se relaxer par un long massage sous les mains expertes de Terry puis de s'endormir dans ses bras après quelques douceurs en plus. Terry continua encore un peu à caresser ses cheveux et le regarder pour son propre plaisir puis se dégagea doucement et repartit sans bruits à la maison. Candy ne dormait pas, l'entendit arriver, il était onze heures passé, se leva et mit sa robe de chambre avant de sortir de sa chambre et aller l'attendre devant sa porte. Il la rassura sur le moral d'Anthony et sa forme et lui proposa un lait fraise dans son salon qu'elle accepta avec bonheur. Il redescendit donc les préparer, elle se hâta d'aller se changer pour une robe simple sans manches et au dessous du genou qu'elle garda nu et mit des ballerines. Elle l'écouta ensuite parler d'Anthony avec une passion toujours plus évidente. Elle envia encore pareil amour mais peu importe ce qu'il disait, elle était heureuse de l'écouter, vivre avec lui, le voir et l'aimer de tout son être. Mais lorsqu'il sortit l'harmonica de sa poche et lui fit un clin d'œil avant de jouer son air favori, le «ce n'est qu'un au revoir» qu'il lui avait joué derrière les murs du cachot au collège de Londres, suite au piège tendu par Elisa Legrand et qui fut la cause de tout ce destin séparé, elle dut se retenir de ne pas encore éclater en sanglots.

«Oh! Terry! Je donnerai vingt ans de ma vie pour revenir à ce jour et empêcher le destin de nous séparer! Je n'irai plus dormir dans ma chambre dès sortie de cet horrible prison vu que tu partiras à l'aube. Non, je me servirais encore de ma corde et des branches d'arbres pour aller dans ta chambre et je te dirai que je t'aime depuis notre rencontre sur le bateau et que je ne pourrai être heureuse qu'avec toi. Et si tu veux toujours partir alors je partirai avec toi à New York et ne te quitterai plus pour empêcher Susanna de te forcer à l'épouser vu qu'elle n'aura pas à te sauver la vie puisque je serai là pour t'éviter ce destin atroce sans moi. Mais... et Anthony? Non, je ne peux pas t'empêcher de le rencontrer en sachant comme il est fait pour toi et toi pour lui! Non, c'est idiot, ton destin a été voulu ainsi pour que tu vives ton grand amour et ce n'était pas moi, je dois l'accepter enfin.»

Elle releva la tête, vit qu'il était avec lui encore et toujours et se sentit heureuse encore puisqu'il l'était. L'harmonica se tut.

- As-tu sommeil Terry? Sinon je peux te raconter plein de souvenirs d'Anthony avant son accident, version Candy. Veux-tu que je te raconte comment j'ai rencontré le prince des roses de Lakewood?

Elle vit son œil briller un peu plus et fut heureuse à l'idée de le rendre encore plus heureux.

Et même si plus tard dans son lit elle versa une larme après s'être fait plaisir en fantasmant sur lui, elle s'endormit et se réveilla heureuse d'être un maillon important dans le bonheur de Terry, son grand amour éternel.

A suivre...