9h30
Jour de la parade
Stanislas .
Le Capitole a perdu le contrôle de l'un de ses tributs.
J'en ris encore.
Dans quelle rage doit se trouver le Président Snow… Proportionnelle à ma jubilation personnelle. Je ne sais rien de cette Emiralda, mais le fait qu'elle ait tenté de tuer deux de ses préparateurs me comble de bonheur.
Depuis que l'alarme a été déclenchée (cette Emiralda aurait disparu des radars), nous sommes tous confinés dans une salle aux lumières pâles particulièrement agressives.
Comme je suis un délinquant notoire, je suis accompagné dans le moindre de mes déplacement par trois pacificateurs armés jusqu'aux dents, prêts à me faire la peau dès le premier mouvement. J'ai décidé de les appeler Tic, Tac et la 3ème roue du carrosse. Ils n'ont pas l'air d'apprécier ces surnoms. Tant mieux.
L'ambiance est agitée.
Certains n'ont pas fini d'être préparés. C'est le cas du colosse du district un, qui, habillé d'un simple slip, se pavane fièrement. Il est bien bâti, je le reconnais. Il est sûrement aussi écervelé que la plupart des tribus de carrières qui sont passés par là avant lui.
Persephone non plus n'avait pas fini sa préparation.
Quand elle est entrée dans la salle, et qu'elle a réalisée qu'elle serait ainsi vêtue aux yeux de tous, elle est montée sur ses grands chevaux, tentant de négocier pour récupérer des vêtements. Les soldats ont refusé. Visiblement, elle n'a pas l'habitude que les choses lui soient refusées.
Alors elle a réuni tout son venin, pour le cracher au visage des hommes. Je crois reconnaître qu'elle est plutôt douée pour cela. Je n'ai pas tout saisi, mais elle a parlé de capitoliens ratés, de traîtres aux districts qui rejoignent leurs bancs, d'hommes si repoussants qu'ils doivent profiter de la misère économique de jeunes femmes pour espérer satisfaire leurs besoins primaires. Ces mots ont visiblement agacé les pacificateurs, et l'un d'entre eux l'a violemment plaquée au sol, les mains contre sa gorge.
Je suis pratiquement certain qu'elle aurait pu se dégager aisément, et faire regretter tous ses choix de vie au pacificateur. Mais elle ne l'a pas fait, parce qu'elle savait que sa mort avant les jours ne serait qu'un nouveau coup dur à gérer pour le président Snow.
Elle est folle, mais elle l'est intelligemment, et je dois reconnaître que le spectacle qu'elle nous a offert était particulièrement divertissant. James, de son côté, négociait avec les autres pacificateurs, que celui qui agressait sa co-tribute la libère.
C'est le tribut du district 2, qui je crois, lassé par la mascarade, a fini par repousser le pacificateur. Le pauvre gars a été gratifié d'une cascade d'injures, de la part du soldat et de la brunette. Elle ne s'est calmée que lorsqu'il lui a offert son pull, mais non sans lui envoyer un dernier regard noir.
Quand la situation fut apaisée, je me suis concentré sur le reste de la salle. Le chanteur en avait profité pour disparaître. La sorcière du district deux était en train de rire -cessait-elle un jour de rire ?- en me regardant avec cynisme. Si j'avais peur de mourir, j'aurais certainement de bonnes raisons de me méfier de cette jeune femme.
Romulus semblait encore plus fatigué que sur la rediffusion de la moisson. De lourdes cernes soulignaient ses yeux noisettes.
Je porte un regard nouveau sur lui, car je sais à présent qu'il a entretenu une liaison avec Natalie, la vainqueurs de l'an dernier. Si c'est vraiment le cas, elle fera tout pour le ramener en vie de cette affaire.
Si c'est le cas, c'est sûrement la raison pour laquelle il est présent ici aujourd'hui. Le président snow ne doit pas apprécier que ses victimes puissent être heureuses après le calvaire des jeux.
Je me demande s'ils se cachent ou s'ils se moquent que leur liaison soit visible à tous. Mes préparateurs -ceux desquels j'ai appris cette information passionnante- étaient très amusés de ce "hasard", que l'amant d'une gagnante se retrouve aux jeux seulement un an après elle.
Dorcas, la co-tribute de Romulus, est plus sombre. Je crois que c'est l'une de ceux qui ne se remettront jamais de cette trahison de leur district, leurs voisins, leurs amis, leur famille. Même si elle gagnait, elle ne serait plus jamais réellement chez elle au district trois.
Affalé sur un pouffe dans un coin de la salle, un grand gars est en train de fumer. Il est totalement ahuri. Sacha Sanchez, si je me souviens bien. Le co-tribut de la fille qui a disparu. A sa droite, le plus jeune du casting, Wilhelm, épie chaque individu présent, un à un. Mon instinct m'ordonne de ne pas me fier aux apparences. Il est si jeune -à peine entré dans la puberté-, et mince, et petit à côté de James. Et il y a un brin de malice dans son sourire à fossettes qui le rend d'autant plus juvénile, mais son regard dévoile une charge mentale, une responsabilité qui le rend infiniment plus âgé. J'ignore ce qui l'a poussé à se porter volontaire pour les jeux, mais je crois qu'il a intérêt à gagner.
Enfin, une jolie blonde attire mon attention. Elle est avachie sur l'un des sièges en hauteur mis à notre disposition, un verre de jus de pomme -ou peu importe de quoi il s'agit- à la main. Elle est désinvolte, malgré sa nudité presque totale, comme si tout ce qui lui arrivait n'était qu'une formalité.
C'est ma chance.
