Bonjour !
Et oui ! La suite de Trêve est là ! Je suis contente d'avoir réussi à l'écrire. Bonne lecture !
Francis avait prévu une bonne bouteille de whisky pour amadouer Ecosse.
Alba était bien plus bavard avec un coup dans le pif et surtout bien plus accommodant.
Francis s'était rendu incognito en Nouvelle Ecosse, en espérant retrouver Alba assez rapidement. Il n'avait pas très envie de rentrer en Europe, juste pour savoir ce qu'Arthur prévoyait comme sort. Heureusement, Alba était bien présent dans sa maison en Nouvelle Ecosse.
« Bonjour ! Il paraît que tu es porté disparu depuis un an à peu près. Et Arthur depuis plus longtemps encore, dit de suite Alba pour rentrer dans le vif du sujet.
- Et oui, des affaires personnelles à régler ! Tu sais ce que c'est. Ça t'est déjà arrivé. Je compte sur ta discrétion. Je n'ai pas envie de réapparaître pour le moment.
- Mouais. Et tu ne sais pas où est l'avorton tyrannique ? Il donne des ordres dont ne sait où. Et il a confié le commandement à Cymru !
- Oh ! Tu t'étonnes qu'Arthur ne te porte pas dans son cœur, plaisanta Francis.
- C'est surtout que Cymru ne déclarera l'indépendance de personne. Il a trop la trouille de revoir Arthur et d'avoir mal fait, râla Alba. Allez ! Entre ! Et j'espère que tu ne m'as pas apporté de la camelote. »
Francis lui remit derechef la bouteille de whisky dans les mains.
« Allez ! Trinquons à ton non-retour ! »
Francis avait prévu du vin pour lui-même. Il préférait éviter une cuite monumentale, surtout s'il voulait retirer des informations à Alba. Les verres s'entrechoquèrent. Et ils burent la première gorgée pour Francis et le verre entier pour Alba.
« Ah ! ça fait du bien. J'imagine que tu ne vas pas me raconter ce que tu as fait de ton temps libre…
- Evidemment », lui sourit énigmatiquement Francis.
Francis ne dirait rien sur ses enfants. Cependant, il parlerait un peu d'Arthur. Il fallait dire à Alba qu'il l'ait vu au moins.
« Et cette alliance franco-britannique est trop belle pour être vraie. Ce n'est pas possible que vos dirigeants aient décidé ça tous seuls, râla Alba.
- On s'est mis d'accord avec Arthur.
- Oh ! C'est pas vrai ! Une belle première !, dit Alba en se resservant. Tu l'as vu, alors ? Le pirate s'est rangé ?
- Plus de pirate, lui avoua Francis.
- Il prépare un sale coup ?
- Je ne dois rien dire. C'est mon accord avec Arthur.
- Un sale coup ensemble ! », comprit Alba.
Il avala cul sec son deuxième verre.
« Ce n'est pas possible que vous vous entendiez aussi bien. Il se passe quelque chose de grave. Et je ne suis pas au courant.
- On a des intérêts politiques communs.
- Cette explication me rassure un peu plus. Dis-moi, ce n'est pas une visite de courtoisie. Tu veux rester caché, mais tu viens me voir. Ce doit être important.
- Assez, dit Francis. Je t'ai connu moins direct.
- Quand deux ennemis jurés s'allient, je ne peux être que prudent. »
Mince. Alba ne touchait plus à son verre. Il était encore assez sobre pour mener la conversation où il voulait, le bougre. Francis le resservit et aborda l'un des sujets de sa visite.
« Avant qu'Arthur ne disparaisse, il était assez étrange.
- Ce gamin a toujours été un nid à problème. Tu le sais très bien. Je ne vais pas arranger son caractère de cochon d'un coup de baguette magique. Et il est retors en plus. Il élabore toujours des stratégies pour obtenir ce qu'il veut. Le mariage qui a failli avoir lieu entre vos deux pays en est la preuve. »
Troisième verre. Il en faudrait un quatrième, voire un cinquième. Mais bon, la curiosité d'Alba était piquée. L'essentiel était fait.
« Il a une clef à son cou. La clef de mon cœur, dit Francis avec dédain. Comme si je pouvais tomber amoureux de lui à cause d'une simple clef.
- Ah ! Arthur, ce grand romantique psychopathe ! »
Francis ne put s'empêcher de rire et d'en profiter pour remettre du whisky dans le verre d'Alba. Il prit également un peu de vin pour le siroter devant Alba. A sa grande joie, Alba prit une gorgée de son alcool fort.
« C'est le bon qualificatif. Il est encore amoureux de moi. Et à outrance. Je me fais du souci, lui confia Francis. Qu'est-ce que c'est que cette clef ? Elle est ensorcelée ?
- C'est plus tordu que ça, lui dit Alba.
- Ah ! Bon ? », s'en inquiéta Francis.
Francis n'aurait jamais cru que cette clef était véritablement dangereuse.
« Mais ne t'inquiète pas. Rien de magique. C'est juste une idée romantiquement tordue. »
Alba avala son quatrième verre.
« Enfin. Ça date d'un moment cette histoire de clef. Pourquoi ça t'inquiète autant maintenant ?
- Arthur m'a retrouvé. J'étais désagréablement surpris par sa visite. Et je pense qu'il prépare un méga mauvais coup. Et j'aurais besoin de ton expertise de magicien. »
La langue d'Alba était assez déliée pour qu'il lui dise ce qu'Arthur comptait réaliser comme sort. Et il était assez alerte pour reconnaître les ingrédients du sort.
« Il m'a demandé de cacher ceci, par tous les moyens à ma disposition, dit Francis en sortant les ingrédients de son sac. Qu'est-ce qu'il comptait faire ? Apparemment, ça l'effrayait d'en être arrivé à ce point. »
Alba regarda les ingrédients avec une joie malsaine. Francis se tendit de tout son être, prêt à partir de cette maison à grande vitesse. C'était vraiment mauvais signe. Alba éclata dans un grand éclat de rire et but encore un verre.
« Oh ! Mince ! J'étais tellement content que je t'ai oublié cinq secondes. Trinquons à cette excellente nouvelle ! »
Francis ne savait pas à quoi il trinquait, mais le fit pour en apprendre plus sur ce sort.
« Qu'est-ce que c'est comme sort ?
- Arthur doit être vraiment désespéré, s'en réjouit Alba. Enfin ! Tous ses siècles de sapage vont aboutir.
- Je ne comprends pas.
- Je pense que notre pire ennemi est à bout ! Il suffit de peu pour qu'on s'en débarrasse définitivement. Fais-lui une lettre incendiaire pour lui rappeler que tu ne l'aimes pas et que tu ne l'aimeras jamais. Et de mon côté, j'en ferai une où je lui démolirai le moral.
- Je ne comprends toujours pas. »
Francis jouait un peu à l'idiot pour obtenir des informations. Il n'avait pas envie que le père de ses enfants disparaisse définitivement.
« Tu n'as pas besoin de savoir… »
Alba souriait un peu idiotement. Très bien, l'alcool lui était monté à la tête. Il fallait bien choisir ces mots pour l'orienter dans la bonne direction.
« Ce serait dommage que je n'en sache pas plus. Je ne pourrai pas remercier comme il se doit celui ou celle qui m'a débarrassé d'Arthur.
- Ah ! Oui… Mais je ne pense pas que ça va te plaire.
- Rien ne pourrait me faire plus plaisir que d'être débarrassé d'Arthur. Crois-moi.
- Depuis sa naissance, Arthur est une plaie. Il a tué notre mère en venant au monde… »
Francis savait que la fratrie Kirkland avait eu énormément du mal à se remettre de la perte de leur mère. Contrairement à ce qu'Alba pensait sûrement, c'était Arthur qui en avait le plus souffert. Pas de mère pour s'occuper de lui et une fratrie tellement en deuil qu'elle le détestait.
« … Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais laissé Arthur à son triste sort. Il aurait nourri les loups et on n'en parlait plus. Mais Cymru, trop bonne âme, a voulu le garder avec nous. J'ai supporté les cris de bébé pendant plusieurs mois… Quel braillard ! J'ai réussi à monter suffisamment la famille contre lui pour qu'on le confie à une humaine et qu'on s'en débarrasse. Je ne donnais pas cher de sa peau avec une telle nourrice. Il a fallu une semaine pour que ma famille aille le chercher et le ramener à la maison… »
Francis n'avait jamais entendu cette histoire et était vraiment à l'écoute. Il ignorait complètement qu'Abby, Liam et Cymru avaient voulu s'occuper d'Arthur à ce point. Et surtout, il ne savait pas qu'Alba détestait Arthur à ce point.
« … Au bout de quelques jours, j'en ai eu marre de revoir cet avorton. Alors, j'ai ensorcelé Abby, Liam et Cymru pour qu'ils détestent Arthur autant que moi… »
Francis était stupéfait qu'Alba ait osé pratiquer un tel sortilège sur ses proches. C'était une malédiction terrible pour toute la fratrie. Si ça venait à se savoir, Francis ne donnait pas cher de la peau d'Alba.
« … Là, on a pu le confier à une humaine… Et c'est Cymru qui a choisi la nourrice… J'aurais dû me méfier. Cymru est un peu moins sensible aux sortilèges que les autres membres de la famille. Ça n'empêchait pas qu'il détestait Arthur. Mais sa bonne conscience a fait en sorte qu'il place Arthur dans un bon foyer. Et surtout, Cymru m'a caché où il avait placé Arthur ! »
Sans Cymru, Arthur n'aurait vraiment pas fait long feu. Ce n'était pas sûr qu'Arthur croit que Cymru l'ait protégé autant. Ils ne s'entendaient pas tellement bien, sur le plan familial. Par contre, pour ce qui était des affaires du Royaume, ils étaient sur la même longueur d'onde.
« Bref, Arthur a survécu et a vécu assez longtemps pour devenir une nation viable. Là, on a essayé de lui saper le moral par tous les moyens à notre disposition. Et c'est là que j'ai compris qu'Arthur était loin d'être un idiot. Bien sûr, il ripostait aux pierres qu'on lui lançait avec un arc et des flèches. Il visait bien de loin. Mais le pire, c'étaient toutes les tactiques qu'il était capable d'élaborer pour se rapprocher de nous et nous tirer plusieurs flèches d'affilée. Sale gosse… »
Francis n'avait pour l'instant pas appris pas grand-chose sur le sort que voulait lancer Arthur quelques jours auparavant. Il hésitait à resservir Alba, mais il n'osait pas l'interrompre. Alba était bien lancé.
« … A ce moment-là, Arthur devenait une nuisance et une véritable nation avide de territoire. J'avais même peur qu'il nous détruise tous. Et là, il t'a rencontré. Tu as détruit tout ce que j'avais fait, en redonnant confiance à Arthur et en lui apportant amour et reconnaissance. J'étais dans une colère noire. Une alliance entre vos deux pays était à prévoir. Et cette alliance nous aurait balayé, voire rayé de la carte… »
Francis se tendit imperceptiblement. Il allait enfin savoir ce qui s'était passé.
« … J'ai fais d'une pierre deux coups. Je voulais me débarrasser d'Arthur, mais aussi éviter votre alliance. Ce n'est pas facile de tuer une nation aussi forte qu'Arthur. Il faut miser sur le long terme. Par contre, rompre votre amour naissant, c'était assez facile. Et tu es bien content de ne pas être amoureux d'Arthur ?
- Oui, répondit prudemment Francis, s'attendant à tout.
- J'ai lancé une malédiction sur Arthur. Personne ne peut l'aimer... »
Francis ressentit comme un choc émotionnel en apprenant cette malédiction. Il ne pouvait pas aimer Arthur à cause d'une malédiction. Et c'était certainement le cas pour leurs enfants également. C'était terriblement injuste pour Arthur et son entourage.
« Quelqu'un de normalement constitué ne survit pas longtemps sans recevoir d'amour. Arthur a tenu quelques siècles, ce fourbe. Il a toujours eu l'espoir que tu l'aimes en retour, cet idiot. C'est impossible. La malédiction t'en empêche. Et il garde cette clef, en espérant que tu découvriras tout seul ce que c'est ! »
Mal à l'aise, le cœur battant la chamade, Francis se reprit assez pour demander des explications.
« Et qu'est-ce que c'est ?
- La clef de ta prison. Tu étais prisonnier d'Arthur, juste avant votre mariage arrangé. Et oh ! La porte s'est ouverte tout seul pour te permettre de t'enfuir. C'était Arthur. »
Francis sentit comme une bulle prête à éclater dans son cœur. Ce qu'il ressentait était enfui tout au fond de lui et ne demandait qu'à sortir. Arthur lui avait donné l'occasion de fuir leur mariage arrangé. C'était certainement parce qu'Arthur n'avait jamais voulu qu'ils se marient par obligation. Il voulait lui donner le choix.
Arthur l'aimait énormément.
Francis sentit ses sentiments se libérer peu à peu de leur prison.
Depuis tout ce temps, il était amoureux…
Farncis revint à la réalité quand Alba toucha les ingrédients, avec un sourire malsain. Francis frissonna d'horreur. Il avait affaire à une nation dangereuse qui l'avait privé de son bonheur et de celui d'Arthur. Il ne devait pas l'oublier. Si cette malédiction n'avait pas été lancée, sa famille serait unie.
« Je vais te dire pour le sort d'Arthur, continua Alba. Arthur voulait être capable de ne plus aimer quiconque. Il n'a sûrement pas conscience que ce sort aurait signé sa fin. Ça tue une nation à coup sûr. A petit feu. C'est malheureux que ce sortilège ne peut être lancé que par la personne concernée, sinon je l'aurais fait depuis longtemps…
- Pourquoi me dis-tu tout ça ?, se rebella Francis.
- D'ici une douzaine d'heures, tu auras tout oublié. C'est l'effet de cette malédiction. De plus, je doute que tu puisses la briser en si peu de temps.
- Et comment fais-t-on ?
- Oh ! Il faudrait que tu aimes Arthur subitement et que tu l'embrasses en pensant à tout l'amour que tu as pour lui… Mais je doute… »
Francis sortit le dé phosphorescent qu'Arthur lui avait donné et l'agita pour être téléporté jusqu'à chez lui.
