Chapitre 12 : Une famille

Raiponce Corona nageait dans le flou le plus total. Elle semblait flotter comme sur de l'eau et admirait un grand soleil la contempler et la protéger de ses rayons emplis de chaleur. La blonde se sentait bien avec lui. Des fleurs de soleil étaient à ses côtés, étincelantes. Le calme régnait autour d'elle, une sérénité bienvenue. Et elle se laissait porter, encore et encore, sur cette rivière sans fin avec pour seule compagnie son ami doré et la nature à l'état brut.

Jack Frost se trouvait dans un endroit similaire. Il voguait sous le ciel nocturne illuminé de la lune, pleine et lumineuse. Autour de lui se tenait des opales bleues qui scintillaient dans l'eau comme pour accompagner son chemin. Il serpentait entre des roches, le regard apaisé de tous chagrins.


- Bienvenue parmi nous, jeune demoiselle.

Raiponce papillonna à plusieurs reprises, le regard incertain. Elle remarqua une femme, âgée d'une cinquantaine d'année, lui sourire. Sa forme était floue. Il lui fallut un temps avant que ses yeux ne se mettent au point. La dame la laissa tranquille tout en s'affairant à nettoyer et changer des draps. Dans l'incompréhension la plus totale, le premier réflexe de la jeune femme fut de chercher Jack du regard. Elle le trouva rapidement, dans un autre lit. Il était réveillé mais semblait comme elle, évasif, perdu.

Étaient-ils morts ? Dans un autre monde ? Ou vivants ? Mais comment ?

Les souvenirs se remirent lentement en place, rappelant la dernière année écoulée pour Raiponce. Lorsqu'elle se rappela du combat et de leur obstination à aller à Corona, sa voix refit surface, du fin fond du gouffre qu'était sa gorge à l'heure actuelle.

- Où… sommes-nous ?

Sa voix était brisée, éraillée. La femme se retourna pour lui poser une main sur le front avec douceur.

- Au royaume de Corona ma petite damoiselle. Tout va bien maintenant, vous êtes en sécurité.

- Comment… tenta Jack, à sa droite, d'un timbre presque inaudible. Comment on…est…arrivé là ?

Il se tenait la tête, perplexe. Une autre femme intervint pour l'empêcher de se relever.

- Les gardes vous ont trouvé à l'entrée du royaume, expliqua la seconde. Le capitaine faisait sa ronde quand il vous a aperçus, recouverts de neige, sur le pont. Ils pensaient que vous étiez décédés… mais… vous respiriez encore. Alors nous vous avons amené ici en urgence. Vous êtes à l'hospice de Corona.

- Cela dit c'est un miracle que vous soyez toujours en vie, enchaina la première. Vous étiez frigorifiés et gravement blessés. Empoissonnés même. Vous avez eu beaucoup de chance.

- Ca doit être le miracle de Noël, reprit l'autre infirmière.

Les deux amoureux se regardèrent, surpris.

- Pour le moment, reprenez tranquillement vos esprits. Nous discuterons plus en détail après.

- Tenez, mangez votre soupe, cela vous fera du bien.

- Merci, articulèrent-ils.

Se relevant en douceur, la tête remplie de bourdonnements, les deux jeunes se mirent à manger et à réfléchir. Ce n'est que l'après-midi venue qu'ils se sentirent mieux. Un médecin vint pour les examiner. Il était surpris de les voir rétablis et en meilleure santé que prévu.

- On dirait que tout est bon. Je n'y aurais jamais cru à votre arrivée. Je pensais que c'était sans espoir où qu'il vous faudrait une amputation des membres. Il n'y a que vous, jeune homme, qui avez toujours la peau froide. Mais j'ai l'impression que… Que votre corps le supporte.

L'homme était perplexe. Jack lui sourit amicalement.

- Je suis né comme ça.

- C'est une maladie ?

- Heum, oui, très rare.

- Et bien, on en apprend tous les jours. Je suis curieux d'en connaitre davantage. Mais, tout d'abord, j'aimerais connaitre vos noms et vos raisons d'être ici en si piteux état. Nous sommes tous perplexes et ne parlons pas des gardes. Ils sont très inquiets.

- Je m'appelle Jack Frost et voici …. Euh…

Il fixa son amoureuse, celle-ci semblait hésiter. Elle voulait faire la surprise à ses parents en premier lieu. Elle voulait se rendre au château pour se présenter à eux. C'était son désir le plus profond.

- Eloise Gothel…

Jack parut choqué mais se tut. Il comprenait qu'elle préférait taire son statut et son nom pour l'instant. Ce n'était pas eux qui devaient la retrouver en premier mais ses parents. Cela semblait légitime.

- Enchanté dans ce cas. J'aimerais comprendre ce qui vous est arrivé ?

- C'est une longue histoire fort compliquée…, répondit Jack. Nous avons été attaqués par une horrible sorcière. Mais… nous aimerions d'abord nous requinquer avant… d'en reparler.

- La sorcière est-elle toujours dans les parages ? S'inquiéta-il.

- Non, elle a disparue, nous l'avons… Elle a trépassé, dit Raiponce d'un ton ferme.

Jack approuva et le médecin sembla un poil soulagé bien que toujours surpris.

- Très bien dans ce cas je vous laisse vous reposer. Vous aurez tous le temps de conter votre récit plus tard et de visiter notre beau royaume. Je vous laisse aux bons soins de mes coéquipières.

- Merci.

- Oh et prenez bien vos médicaments pendant les repas. Ils vous protégeront d'une rechute.

Le duo hocha de la tête avant que le médecin se lève et se dirige vers la porte. Raiponce l'interpella.

- Puis-je savoir quel jour nous sommes exactement ? Le vingt-quatre décembre ?

- Oh non, Noël est passé depuis plusieurs jours. Vous avez dormi une bonne semaine depuis votre arrivée. Nous sommes le trente décembre. Demain est le dernier jour de l'année. Espérons que cela sera porteur de chance pour votre rétablissement.

Il claqua la porte avant de revenir.

- J'ai failli oublier. Vous avez reçu des cadeaux de la part du Père-Noel. Nous les avons posés sur votre table de chevet.

D'un sourire, le soignant repartit voir d'autres patients pour sa tournée quotidienne. Jack écarquilla les yeux.

- Le Père noël ?! Voilà des années que je ne l'avais pas revu. C'est bien la première fois qu'il m'offre un cadeau !

- Tu connais le Père noël ?! S'exprima Raiponce, choquée. Moi je n'ai jamais rien reçu de sa part. Je suppose que c'est à cause de la bulle de magie noire…

- Oh oui je le connais ! C'est un esprit lui aussi et il n'a pour but que de rendre heureux les enfants lors de l'arrivée de l'hiver. Il est né avec ce devoir, je ne sais pas trop comment. Alors comme ça c'est aussi ton premier cadeau de sa part ?

- OUIIII !

- Excellent ! On a beaucoup de points communs.

- Et il est comment le Père-noël ? Comme dans les contes ?

- Hummm il est plus bourru et plus musclé que les représentations humaines. Mais il est très gentil du peu que j'ai pu lui parler pendant ses tournées. Un grand esprit.

- Fascinant. Tu me le présenteras un jour ?

- Promis !

Raiponce était impatiente et excitée. Sa conscience était pleinement remise tandis qu'elle déballait son tout premier cadeau de noël. Jack en fit de même, ému. Ils tombèrent sur des poupées gigognes dont la première face les représentait avec un sourire.

- Etrange, formula la blonde, curieuse.

Elle ouvrit les autres poupées, remplies de différente forme d'émotion dont la plus grande représentait l'amour puis la tristesse, la peur de la solitude, la colère et la joie intense. Jack avait les mêmes. Puis ils arrivèrent au dernier. C'était une petite poupée en bois, fait main, les représentant l'un et l'autre. Jack était représenté avec son bâton et un flocon de glace. Il souriait les joues bien roses. Raiponce avait quant à elle les cheveux blonds et longs avec une fleur dans sa main. Une lune et un soleil étaient gravés dans leur dos respectif. Le tout accompagné d'un mot sur papier.

« Qui es-tu vraiment Raiponce Corona ?

Qui es-tu vraiment Jack Frost ? »

- Qu'est-ce que cela signifie ? Questionna la jeune brune. Je ne comprends pas bien.

- Moi non plus. Père Noël est quelqu'un de très philosophe tu sais… Hum, on dirait que les poupées représentent nos émotions.

- Il nous représente dans notre ensemble, réfléchit-elle. Mais il arrive un peu tard pour mes cheveux.

- On dirait bien oui. Et il nous laisse une énigme en prime. Comment répondre à une telle question ?

- Et bien je suis la princesse disparue de Corona et toi le gardien du froid et de l'hiver. Non ?

- Oui mais… Je pense qu'il veut nous dire autre chose. Je ne sais pas trop…

Le jeune homme contempla son mini lui avec son sourire enfantin sculpté dessus. Il sembla songeur. Raiponce se mit à son tour à cogiter en regardant son ancienne elle, affublée de sa longue chevelure d'or. Elle en eut mal au cœur et se toucha machinalement ses courts cheveux bruns. Une atmosphère de peine les enveloppa un long moment. Ils n'arrivaient pas à s'y faire. Que ce soit la perte des cheveux ou du bâton ils étaient déprimés. C'était une partie d'eux même et de leur passé que Gothel leur avait arraché. Ils se sentaient vides. Jack n'arrivait même plus à faire de magie à part quelques misérables flocons. C'était comme un gouffre qui les dévorait à chaque pensée.

La jeune femme brisa le silence quand le soleil se coucha.

- Demain, j'aimerais aller au château. Il est temps que je retrouve mes parents.

Les deux reprirent un peu de bonne humeur à y songer.

- Oui faisons ça ! La nouvelle année promettra d'être merveilleuse. Tes parents, une nouvelle vie et … heum… Toi et moi… Enfin, je suppose.

Jack la regarda avec interrogation. Raiponce en eut un rire mélodieux qu'elle eut du mal de calmer. Ses nerfs lâchaient complétement.

- Bien sûr Jack… Je n'imagine pas ma vie sans toi ! Même si ton devoir d'esprit doit… t'obliger à repartir…

- Non, non ! L'hiver peut se dérouler sans moi. Ce sont les esprits de la nature qui font le travail, je ne fais qu'inspecter que tout se déroule bien. Et depuis ma naissance, il ne se passe jamais rien, donc bon.

- Génial !

- Ca veut dire que je peux rester à Corona ?

- La question ne se pose même pas. Et si tu veux on… On pourra partager une chambre.

Les joues roses de la brune firent fondre le cœur de Jack.

- J'en serais honoré.

Il rougit un peu à son tour avant de se lever et de marcher, maladroitement, vers son amour. Il s'assit à ses côtés et la prit dans ses bras.

- Je t'aime Raiponce. Et je suis heureux d'avoir réussi à te ramener ici !

- Moi aussi je t'aime Jack. Merci pour tout.

Ils se blottirent l'un contre l'autre durant le reste de la nuit. Les infirmières les laissèrent partager un lit sous réserve de condition qui fit devenir tomate le nouveau couple fraichement mit ensemble. Ils n'en étaient clairement pas à ce stade !

Ils partagèrent juste un tendre baiser avant de se recoucher et de penser à l'étrange cadeau du Père-Noël. Qui étaient-ils donc ?


Le lendemain, en pleine après-midi, le duo passa des tests plus que positifs qui cloua tous les soignants sur place. Ils étaient toujours faibles mais quasiment rétablis. Ils partageaient par ailleurs une cicatrice jumelle au niveau du ventre qui fit bien rire le couple.

- Vous avez une capacité de régénération fort impressionnante, commenta le médecin, sonné. Ma foi vous pourrez sortir comme vous le désirez… Mais le capitaine de la garde comptait passer vous voir.

- Oh, nous irons le voir et le remercier, expliqua la brunette. Mais d'abord nous avons quelque chose de très important à faire. Et ensuite, vous saurez très vite tout de notre histoire !

- C'est votre choix. Par contre… Sans vouloir être déplaisant, j'aimerais savoir si vous pourriez payer pour les soins… Si vous ne le pouvez pas nous comprendrions mais cela nous serait très utile pour agrandir notre petit hospice.

- Oh vous serez grassement payé et remercié, je vous le promets, déclara la jeune princesse. Je reviendrais en personne pour tout vous donner.

- Je vous en remercie, jeune demoiselle. Vous comptez repartir ou rester ici ?

- Je reste. Pour toujours.

- Avec moi, sourit Jack légèrement fier de lui.

Sa petite amie gloussa tandis qu'il prit sa main avec tendresse.

Les amoureux sortirent du centre de soin pour découvrir une ville rayonnante de joie sous les décorations de fêtes. Raiponce se sentit nerveuse en regardant le château. Mais une part d'elle était au bord de l'excitation. La présence rafraichissante de Jack la rassurait et, d'un sourire joyeux, elle le dirigea vers leur future demeure. Jack était sur un petit nuage d'être en couple avec la princesse. Il regardait le soleil les illuminer sur leur chemin. La neige commençait à fondre en ce dernier jour de l'année.

Le couple passa devant la fresque où Jack lui raconta à nouveau son séjour à Corona, des années en arrière. Raiponce admira son visage de bébé, avec ses cheveux blonds comme les blés. Elle eut alors un doute. Ses parents allaient-ils la reconnaitre ? Peut-être pas… Peut-être qu'ils ne voudraient pas d'elle !

- Jack… J'ai peur qu'ils ne sachent pas qui je suis…

- Ne t'en fais pas. Ce sont tes parents. Ils ne peuvent pas t'oublier. J'en suis certain.

- Tu crois que j'ai des frères et sœurs ? Se demanda-t-elle soudainement.

- Peut-être ! Ça serait mignon non ?

- OUIII !

Le duo remonta l'allée avec lenteur. Ils ne devaient pas forcer par ordre du médecin. Et ils étaient toujours bien affaiblis physiquement. Raiponce admira les marchands au travail, du boulanger au cordonnier. Certains la saluèrent chaleureusement. Elle se sentit bien chez elle. Corona était comme dans ses rêves, accueillant et convivial.

Une fois à la porte du grand château, ils demandèrent à voir le roi et la reine de toute urgence. Stan et Pete, les deux gardes royaux en poste leur demandèrent le motif de leur visite. Une fois que la jeune femme eut parlé de la princesse disparue retrouvée, l'un deux se précipita à l'intérieur. Arianna était en train de préparer le bal royal pour la soirée du nouvel an quand Stan arriva, essoufflé, pour parler de son bébé disparu qui avait été retrouvé par deux voyageurs inconnus. Elle en lâcha sa porcelaine qui se brisa et se précipita vers l'entrée, le poil hérissé. Frédérick la vit partir en trombe les yeux humides. En panique il la suivit en l'appelant.

Une fois à l'extérieur, Arianna se bloqua sur place en voyant les deux jeunes adultes se tenir en bas des marches. Frederick s'arrêta à son tour tout en observant sa reine avant de regarder vers ce qu'elle fixait. Un silence s'étala où la jeune brune était terrifiée. Jack lui serra fortement sa main. Puis…

- R…Raiponce ? C'est toi… Oui c'est… c'est toi ! Mon bébé ! Oh mon dieu….

La mère se précipita sur sa fille. Il ne lui avait fallu que quelques secondes pour la reconnaitre malgré son âge et son apparence. C'était l'inexplicable instinct maternel. Elle l'aurait reconnu entre mille, c'était sa Raiponce !

Jack se décala et laissa sa fille à ses parents.

- Impossible ! Commenta Frédérick qui agrippa sa fille en pleurant comme un enfant.

Les gardes reniflaient à leur tour tandis que le capitaine en tomba des nues. C'était la princesse qu'il avait trouvé sur le pont avant-hier ! S'il avait su !

- Comment ?! Oh mon dieu ma chérie ! Tu m'as tellement manqué ! Mon petit cœur !

- Moi aussi maman tu m'as beaucoup manqué ! Oh si tu savais comme je suis heureuse d'être ici !

Leur étreinte s'étala sous les yeux de Jack, incapable de contenir ses larmes gelées. Arianna renifla encore avant d'ouvrir ses bras pour lui. Surpris, il hésita quand Stan, le garde, le poussa à y aller.

Jack rougit avant d'entrer dans leur câlin. Il se sentit toute chose, lui qui n'avait jamais connu le sens de la famille. Il se laissa dorloter avant que le roi ne le prenne par les joues.

- Merci ! Merci de nous l'avoir ramenée !

- Je… On a accompli ce miracle ensemble ! S'exprima-t-il.

- Que s'est-il passé toutes ses années ? Demanda Arianna qui se calmait un peu. Je ne comprends pas, cette horrible sorcière t'avait enlevée ! En pleine nuit elle t'avait… arraché à nous. Oh ma chérie !

Elle ne put s'empêcher de la serrer encore et encore avant de l'embrasser. Raiponce était sur son petit nuage. Jack aussi dans les bras de Frédérick qui ne lui lâchait plus l'épaule et le serrait comme s'il avait été son fils.

Raiponce renifla longuement avant de se décaler pour contempler le beau visage de sa mère. Ses yeux verts étaient les même que les siens. Et ses cheveux aussi. Tout comme son père était lui aussi châtain. Raiponce se sentit toute chose de pouvoir enfin les contempler. Elle se délecta du moindre de leur trait avant de leur sourire.

- J'ai bien été enlevée par une sorcière qui m'a élevée en me faisant croire qu'elle était ma vraie mère. Elle voulait s'accaparer la magie de mes anciens cheveux. Il n'a pas été facile de lui échapper lorsque j'ai appris la vérité. Une personne est même morte pour moi… Mais c'est une longue, très longue histoire.

- Oh je veux tout savoir mon ange, tout ! Répliqua son père ému. Nous avons toute la vie maintenant pour rattraper ça.

- Rentrons au chaud, proposa Arianna. Nous discuterons devant le diner.

- Oui et nous en profiterons pour annoncer la nouvelle lors du bal de ce soir !

- Oh quelle bonne idée mon chéri ! Nous allons te trouver une magnifique robe ! Même si tu es déjà magnifique ma puce. Ce que tu es belle ! Comme un cœur !

Raiponce était rouge de bonheur. Si elle le pouvait elle s'envolerait sans plus jamais atterrir.

- Viens fiston, nous allons aussi te présenter à la cour. Il me semble que nous avons beaucoup de choses à se dire. Je veux tout connaitre du sauveur de ma petite princesse.

- Pas de problème, je suis très heureux de l'avoir enfin ramenée dans son vrai foyer. Ca n'a pas été de la tarte.

- Et vous en serez récompensé, croyez-moi, vous faites partie de la famille désormais !

- Vraiment ?

Il ne put retenir une larme qu'il tenta de cacher. Un autre de ses rêves venait de se réaliser. Il avait un foyer, une maison et une petite amie ! Que demander de plus pour un solitaire comme il l'était ?

- Bien sûr ! Tu mérites ma reconnaissance éternelle.

- Merci… euh… Mon roi ?

- Appelle-moi Frédérick ! Et ma femme c'est Arianna.

- Enchanté !

Leur petite troupe se rendit dans le salon pour diner tandis que les gardes avaient pour ordre de cacher la vérité avant l'annonce royale. Il leur fut dur de ne rien dire tandis que le personnel du château voyait les inconnus diner à la table du roi. Raiponce et Jack racontèrent alors leur passé dans les moindres détails. Raiponce expliqua son calvaire en apprenant la vérité grâce aux lanternes. Frederick était beaucoup trop ému d'apprendre que son idée avait marché. Que c'était grâce à lui qu'elle avait entrepris de revenir à eux. Arianna lui tapotait le bras avec amour, elle aussi en larmes.

Puis Jack enchaina sur son passé et sa véritable nature. Le roi fut fort surpris tandis que la reine avait les yeux brillants d'une étincelle inexplicable. Les deux l'acceptèrent comme il était. Il expliqua très vite que c'était normal qu'il ait la peau froide car le roi venait de lui toucher la main et de paniquer. Raiponce en avait bien ri. Puis, après le diner, les deux parlèrent de leur rencontre, de leurs journées ensembles, de leur plan pour échapper à la méchante sorcière … De leur lien avec les roi et reine de Thalie. Des fées dont le père était perplexe. Puis leur fuite, le voyage et leur combat pour la liberté. Ainsi que leur mise en couple.

- Félicitations à vous deux ! Je suis content de voir que ma fille me revient en plus avec un futur époux, s'exprima le roi, euphorique. Il ne pouvait pas y avoir meilleur parti que ce jeune homme.

Jack s'empourpra de gêne sous les rires des deux filles. Il venait clairement de recevoir la bénédiction des parents.

- Moi aussi je suis vraiment heureuse et fière de te voir aussi forte et épanouie malgré tout ce que tu as vécu, s'exprima Arianna à sa fille. Je suis triste pour cet Eugène mais il sera porté avec honneur, je te le promets.

- Merci mère. Ça compte pour moi.

- Allons bon ! Appelle-moi maman ! Tu es chez toi ici, nous sommes une famille unie. Ne nous vouvoie pas !

- Pardon c'est un vieux réflexe dont j'aimerais en effet me débarrasser !

- Tu as tout ton temps.

- Oui.

Raiponce chantonna sous le regard joyeux de ses parents. Arianna l'invita à venir s'habiller pour la soirée. Frédérick emporta Jack avec lui de son air nerveux et gêné. Il n'avait pas l'habitude de recevoir autant d'attention, surtout de la part de son futur probable beau-père.

La mère demanda aux servantes d'amener toutes ses robes de bal.

- On a les mêmes goûts à ce que je vois, sourit la mère.

- Oui j'adore cette couleur ! Peut-être que mon inconscient se souvenait de ça et que cette couleur me rapprochait de toi.

- Oh ma chérie !

Elle ne put réprimer un autre câlin avant de se redresser pour la contempler.

- Je rêvais de ce jour béni. Si tu savais.

- Moi aussi maman.

Les deux femmes se sourirent avant que Raiponce enfile plusieurs robes. Elle arrêta son choix sur une robe violette parsemée d'or et de blanc au niveau du buste et des manches. L'emblème trônait sur son épaule.

- Bienvenue chez toi, ma princesse.

Raiponce souriait avant de fixer ses cheveux dans la coiffeuse.

- Tu sais avant j'avais de très longs cheveux blonds. Jack les a coupés pour faire disparaitre la sorcière Gothel mais… J'ai encore mal d'y repenser. Ils pouvaient soigner… Ils étaient magiques et gardaient ma marâtre en vie. Mais maintenant je les ai perdus pour toujours…

- Je comprends ma puce, mais tu es tout aussi belle ainsi. Une nouvelle coupe pour une nouvelle vie ?

Le sourire de sa mère l'apaisa.

- Tu as raison, je n'ai pas besoin d'eux pour être moi.

Arianna approuva en la coiffant et en lui posant sa couronne sur la tête.

- Ma couronne ! Comment l'avez-vous récupérée ?!

- Elle a été retrouvée par le capitaine des gardes dans une tour abandonnée. Et je suppose maintenant que c'était la fameuse tour où tu étais toutes ses années… Dire qu'on était si proche.

- Oh ! Du coup c'est le capitaine qui a dû retrouver le corps d'Eugène…

- Oui, il savait que c'était lui le voleur et l'a enterré par respect. Il ne pouvait pas savoir qui il était vraiment. C'est Maximus, son cheval, qui l'a amené à la tour en urgence. Mais il était déjà trop tard apparemment.

Raiponce baissa un peu les yeux.

- Maximus… J'ai hâte de le revoir ! Il me manque.

- Ah et j'y pense, le capitaine a aussi retrouvé un caméléon. Il l'a soigné et adopté.

- PASCAL ? Oh mon dieu !

Raiponce se retourna prête à partir le voir mais sa mère la retint.

- Chaque chose en son temps mon cœur.

La brune se calma et abdiqua. Elle se contempla d'un sourire dans le miroir sous les yeux de sa maman. Elle était enfin à la maison.

Jack enfila un costume blanc et or avec l'emblème du royaume.

- Je suis désolé je n'ai pas de lune à t'associer mais je demanderais au tailleur royal d'arranger ça. Après tout tu es l'enfant de la lune n'est-ce pas ?

- Exact mais ce n'est pas grave. Ce costume est sublime, je n'avais rien porté d'aussi beau !

- Tu m'en vois ravi fiston. Ta princesse t'attend pour le bal de ce soir.

Il lui fit un clin d'œil avant de sourire joyeusement. Rien ne pourrait le faire descendre de son nuage cette nuit-là.

Jack se contempla dans la glace. Il chercha instinctivement son bâton avant de se rappeler qu'il ne l'avait plus. Il déglutit et expliqua au roi son problème quand celui-ci le questionna du regard. Il lui prêta donc un de ses sceptres dorés, bourré de pierres précieuses.

- Je ne peux pas accepter un tel cadeau !

- Si le sauveur de ma fille ne le peut pas alors qui le peut ? Il est à toi, ne t'en fais pas. J'en ai plein tu sais.

- Merci beaucoup, j'en prendrais soin.

- Je n'en doute pas. Je le vois dans tes yeux tu sais…

Jack releva le nez, le regard profondément posé sur le roi.

- Je vois toute la gentillesse qui émane de toi. Tu as des yeux de quelqu'un d'attentionné et surtout… Tu l'aimes sincèrement. Je l'ai tout de suite compris au premier regard échangé avec ma fille. Un amour fort vous lie. Comme avec mon Arianna. Je ne peux qu'être aux anges.

Jack sourit doucement et le remercia encore avant que le début du bal soit annoncé.


Dans la salle de danse la tension était à son comble. Le peuple attendait l'annonce impromptue qu'on leur avait communiqué l'après-midi. Une annonce plus importante, avait-on dit, que les mesures qui seraient prises dans l'année pour faire prospérer Corona. Personne ne comprenait la situation et ils s'impatientaient en inventant des théories farfelues entre eux. Tous avaient revêtus leur plus beau costume de soirée. Les dames et damoiselles portaient toutes de très belles robes de bals accompagnées de leurs cavaliers ou de leurs amis. Les enfants étaient présents et dansaient déjà ensemble.

Lorsque les trompettes résonnèrent pour annoncer l'arrivée du Roi et de la Reine, tous se turent d'un même ensemble. Le visage de leurs souverains était radieux et encore un peu rouge. Cela fit augmenter le taux d'impatience de la salle. Frederick fit alors une annonce importante. Il expliqua de but en blanc qu'on avait enfin retrouvé la princesse disparue dix-huit années plus tôt, leur enfant, Raiponce Corona. Qu'elle était revenue au bras d'un jeune homme charmant en ayant réussi à échapper avec son nouvel ami à la terrible sorcière Gothel. Il expliqua qu'elle avait été enfermée dans une tour sans connaitre la vérité jusqu'à ce jour où elle avait enfin réussi à fuir et à gagner sa liberté en se débarrassant de la sorcière. Et ce grâce à l'aide du jeune homme en question. Il termina par exprimer sa joie et leur demanda à tous d'être doux avec elle car leur fille était encore convalescente.

La surprise fut totale dans l'assemblée. On n'y croyait pas, on se demandait si le roi était fou ou si c'était réellement possible après tout ce temps ! Arianna ouvrit alors un rideau doré où apparut la jeune femme au bras de Jack Frost. Tous deux étaient aussi nerveux que possible, n'ayant jamais vu autant de monde réuni dans un même endroit. L'angoisse les tenaillaient mais ils sourirent à la population qui poussa des cris de stupeur. Beaucoup se mirent à pleurer et à applaudir. Certains se mirent à remercier le ciel et chantèrent leur joie. Aussitôt la salle se remplit de brouhaha.

Frederick prit sa fille contre lui avec Jack. Arianna se mit à leur côté, le mouchoir aux yeux.

- Je vous présente à nouveau ma magnifique fille, la princesse Raiponce Corona ! Et son compagnon, Jack Frost. Elle est enfin de retour à la maison !

Les cris se firent encore plus forts sous les applaudissements. On félicita le couple royal et le nouveau petit couple princier.

Le retour de Raiponce fit résonner tout le château de joie. Tous aimaient leurs souverains et avaient suivi de près la triste affaire de l'enlèvement de Raiponce qu'ils adoraient déjà. Son retour, dans son royaume, provoqua un vrai tôlé et personne ne fit rien pour arrêter les débordement ce soir-là. Danse, joie, alcool, tout y passait.

Raiponce descendit saluer son peuple avec Jack bien que la crise d'angoisse qu'elle réprimait la rendait aussi dur qu'un bâton. Elle finit par se détendre quand sa mère remarqua son état de stress palpable. Jack était au même point à se demander s'il n'était pas en train d'étouffer. Il se permit cependant de demander à plusieurs personnes si tout le monde le voyait, et tous répondirent par l'unanimité : il n'était plus un fantôme !

- Bon retour chez vous princesse !

- Tous nos vœux de bonheur pour votre future union votre altesse !

- Comme nous sommes heureux de vous revoir ! C'est une année bénie qui nous attends !

- Je me souviens encore de vous bébé ! Comme vous êtes devenue ravissante !

- Bienvenue à Corona monsieur Frost ! Nous espérons que vous ferez un bon prince et futur roi pour notre humble royaume.

- Nous allons faire une nouvelle fresque ! Il faudra que vous veniez poser, Altesse !

- Jeune princesse, c'est un honneur de vous revoir en vie !

- Et le mariage, c'est pour quand ?

- Ouah vous êtes tout froid monsieur Frost !

- Oui mais il est charmant, hi, hi.

- Votre altesse, je vais vous préparer des pâtisseries rien que pour vous !

- Oh oui et moi je vais vous fabriquer une magnifique paire de boucle d'oreilles !

- Et moi un collier !

- Venez goûter mes légumes et mes fruits princesses ! Vous allez être conquise par la prospérité de votre royaume !

- Félicitations ! Votre retour marque une nouvelle ère !

- Nous sommes si heureux !

Raiponce et Jack ne surent combien de fois ils eurent dit merci en l'espace d'une demi-heure. Ils crurent bien devenir fous et Raiponce sentit qu'elle allait faire un malaise. Elle se sentait étouffée et écrasée. Même les enfants lui apportant des fleurs ne l'aidèrent pas à aller mieux.

C'est alors qu'Arianna posa sa main sur la brune et invita le peuple à lui laisser un peu d'espace pour qu'elle se repose. Le respect envers la reine était total si bien que tout le monde, qui avait largement monopolisé Raiponce et son compagnon ce soir, s'éloigna pour fêter son retour entre eux.

- Merci maman, je… je n'ai pas l'habitude de tout ça ! Dans ma vie je n'avais connu que trois personnes avant ma fuite. Donc…

- Je comprends ma puce, ne t'en fais pas. Ils sont juste très contents de te revoir et nous encore plus. On n'arrive pas encore à réaliser. C'est si soudain.

- Moi non plus mais… je suis très, très heureuse.

- Et nous donc mon cœur. Dis-moi si tu veux aller te reposer, je te montrerais ta chambre ! Oh… J'y pense, il faudra y faire venir un lit… Ta couche de nourrisson ne doit plus te convenir.

Les deux femmes rirent sous les yeux attendris de Jack. Déjà complices, ces deux-là. Il en était enchanté.

- Je… J'aimerais danser un peu avant cela, avoua Raiponce en regardant son cavalier en biais.

Jack se gratta la tête.

- Je ne suis pas très doué tu sais. En fait, je ne sais pas danser du tout.

La honte se lut sur son visage. Mais Raiponce lui sourit avec sa mère.

- Jack, je n'ai jamais appris à danser non plus. Laissons-nous juste aller. J'en ai envie.

- Dans ce cas…

Jack fit une courbette comme il le voyait souvent dans les châteaux.

- M'accorderiez-vous cette danse, Altesse ?

- Avec grand plaisir, Jack !

Le jeune homme lui prit une main et posa l'autre sur son épaule. Raiponce le lui prit et la mit sur sa hanche. Il rougit un peu. Elle prit alors la même position et, sur ordre du roi, tous deux purent valser sur une musique composée au piano et aux violons. Beaucoup regardèrent le couple, le baume au cœur.

Tandis que minuit sonnait, Jack et Raiponce valsaient encore. Yeux dans les yeux, les joues rosées, ils tournoyaient à leur manière se laissant porter par leur joie sans précédent. Frederick et Arianna les regardaient depuis leurs chaises royales. Elle avait posé la tête sur son épaule.

- Elle nous est enfin revenue, notre précieuse petite fille.

- Je crois que c'est le plus beau jour de toute notre vie, répliqua Frederick.

Il lui embrassa la tête et tous deux purent enfin contempler leur enfant jusqu'à plus soif. La magnifique et douce Raiponce Corona, qui dansait avec son compagnon, le sourire jusqu'aux oreilles et l'air le plus serein du monde posé dans ses yeux.


Ce chapitre conclut la première partie ! J'espère qu'elle vous auras plu. N'hésitez pas à donner vos impressions!

La seconde partie sortira un peu plus tard, le temps que je me repose un peu ( En plus j'ai été malade xD ).

Les aventures de Jack et Raiponce sont loin d'être terminées ;)