Le juste vivra par sa loyauté


Chapitre dédicacé à Baccara V qui me pose toutes les bonnes questions, haha.

Pour répondre à une de tes questions (répondre aux autres serait donner des spoilers alors il vaut mieux que je me retienne) : Oui, j'ai commencé à imaginer Marlène McKinnon comme Noora de la série norvégienne Skam mais en une version cheveux longs. Une bombasse en somme !


Chapitre 14 : Quand le passé vous rattrape


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Eva s'était mieux débrouillée que ce qu'elle aurait cru.

Pour une fois, son cerveau ne l'avait pas lâchement abandonné. Cependant, même si ça lui faisait grincer les dents, elle devait avouer que sans l'aide d'Oliver Avery elle aurait pu faire une erreur qui lui aurait coûté cher. Alors qu'elle s'apprêtait à jeter une feuille de menthe dans son chaudron bouillant, Avery avait retenu sa main.

Sans lever ses yeux vers elle pour éviter que Slughorn ne remarque leur stratagème, il l'avait informé du bout des lèvres que la menthe c'était pour les problèmes de cœur et non pour les potions de régénération sanguine.

Eva l'avait remercié de mauvaise grâce puis ils s'étaient tous les deux concentrés sur leur potion respective.

Est-ce que les Serpentards avaient des yeux derrière la tête ? Comment se faisait-il qu'Avery puisse se concentrer sur sa potion qui avait la parfaite couleur et texture à vue d'œil tout en surveillant ce qu'elle faisait?

Au bout d'une heure, Slughorn les informa qu'il était temps de rendre le résultat de leur potion de régénération sanguine. Lorsqu'Eva posa son récipient sur le bureau du chef de Maison de Serpentard, ce dernier la remercia et détourna son regard rapidement.

Eva ne s'en étonna pas. Depuis que Slughorn s'était laissé traîner dans les couloirs du cachot par Argus Rusard pour tomber nez à nez avec le corps gisant au sol d'Eva, le professeur de Potions ne savait plus comment se comporter avec elle. Le fait que certains de ses chouchous soient suspectés d'être liés aux évènements de cette soirée n'avait rien arrangé.

Slughorn était constamment mal à l'aise avec elle et évitait plus que possible de devoir lui parler.

Eva se doutait que Slughorn était l'un de ceux qui comprenaient le mieux que, face aux Sang-Purs, il ne fallait jamais faire de vague de peur de représailles. Elle ne lui en tenait pas rigueur, elle ne l'avait jamais porté dans son cœur de toute façon. Elle admettait qu'il était un génie dans son domaine mais jamais elle ne respecterait un lécheur de bottes. Il lui rappelait beaucoup trop Royce Mulciber pour cela.

Durant l'heure qui suivit l'examen de Potions, les élèves de 7ème année s'escrimèrent pour effectuer une potion de Wiggenweld à peu près correcte. Autant dire qu'Oliver Avery, soucieux qu'il était de son classement académique, ne trouva pas le temps de se moquer d'Eva, lui ordonnant plutôt de lui passer divers items pour s'assurer d'avoir le parfait timing.

A la fin du cours, Emmeline ne prit pas bien longtemps avant d'apparaître à ses côtés. Heureusement pour Eva, la brune semblait avoir oublié son idée ridicule de tout à l'heure (« James Potter t'a envoyé une mèche de Sirius Black parce que tu craques pour lui ! ») et lui demanda simplement comment elle allait. Elle semblait anxieuse de connaître sa réponse mais Eva n'y fit pas attention, lui disant simplement qu'elle avait hâte que la journée se termine.

Au grand soulagement d'Eva, les 6èmes années ne terminèrent pas leur cours de Potions en même temps qu'eux. Archibald de Stinchcombe, l'assistant de Slughorn, semblait être tout aussi sérieux que ce qu'Eva avait entendu dire. Elle n'avait pas eu l'occasion de l'avoir comme professeur comme Dumbledore avait jugé qu'il aurait été imprudent de donner un professeur toujours en période d'essai après obtention de son diplôme de Potionniste à des élèves préparant leurs A.S.P.I.C.S.

Ca ne faisait qu'arranger Eva puisqu'elle redoutait par-dessus tout de se confronter à James ou Sirius après le débâcle de tout à l'heure.

Pour la pause de midi, Eva proposa à Emmeline et Charlotte de manger dans les cuisines au lieu d'aller dans la Grande Salle (il fallait à tout prix qu'elle évite James et Sirius). Akash qui était deux pas derrière ne manqua pas de l'entendre. Il s'invita lui et le reste des garçons sans se préoccuper de l'avis des filles. Et surtout pas de celui de Charlotte qui le fusillait du regard.

C'est ainsi que tous les 7ème années de Poufsouffle se retrouvèrent dans les cuisines. La seule personne à les accompagner qui n'était pas de la Maison des blaireaux était Kate Godfried qui, récalcitrante à l'idée de se retrouver seule avec leur groupe exubérant sans un seul Serdaigle, se laissa toutefois amadouer par Amos. Autant dire qu'Eva prit bien soin d'installer Charlotte à l'opposé du couple pour éviter que Charlotte ne pique une crise. Cependant, la distance qui la séparait d'Amos et de sa nouvelle copine n'empêcha pas Charlotte de jeter des regards noirs dans la direction du couple qui ne faisait rien pour se rendre discret.

Amos parlait et blaguait fort et Kate Godfried riait de bonne humeur à la majorité de ses blagues. Les plus limites lui arrachaient seulement un sourire amusé.

Au bout d'un moment, la bêtise de son ami indien sortit Eva de sa torpeur :

« Akash ! grommela-t-elle. Arrête de piquer dans mon assiette et mange ce qu'il reste dans la tienne !

– Mais ça a meilleur goût quand ça vient de ton assiette, » la nargua Akash avec un sourire goguenard.

Charlotte et Eva échangèrent même un regard complice lorsque Jeff entama la conversation avec Emmeline pour savoir si elle s'était bien débrouillée pour le contrôle de Potions. Rougissante de plaisir, Emmeline lui répondit tant bien que mal. Son bégaiement soudain fit rire discrètement Eva et Charlotte. Embarrassée, Emmeline tenta de donner un coup de pied sous la table à Eva qui était assise en face d'elle mais Emmeline visa mal puisqu'elle avait toujours les yeux rivés sur Jeff qui lui disait que Lizzie Lestrange n'était pas une si mauvaise partenaire de Potions.

« Hé ! Qui vient de me donner un coup de pied ?! » s'écria avec indignation Akash.

Le ridicule de la situation fit exploser de rire Eva, le rire plus discret de Charlotte l'accompagnant. Emmeline rougit de gêne alors qu'Akash se tournait vers Eva qu'il croyait être la coupable.

« T'es malade ? Ça va pas de me frapper juste pour deux pauvres patates ? se scandalisa-t-il.

– On approchait plus des cinq pommes de terre, le corrigea Charlotte avec une pointe d'ironie, assise de l'autre côté d'Eva.

– Et elle est où ta preuve ? » rétorqua Akash de mauvaise foi.

Charlotte lui lança un regard assez éloquent pour faire comprendre qu'elle ne croyait pas une seconde à la soi-disant innocence d'Akash.

Autant dire que le reste du repas avait été encore plus chaotique.

Pour le cours de métamorphose de l'après-midi, Eva retrouva Alice Fortescue pour avancer sur leur exposé qui ne leur restait que quelques jours pour travailler avant la présentation devant la classe. Après la fin du cours de Métamorphose, les deux filles se trouvèrent une salle vide pour continuer de travailler, profitant du trou dans leur emploi du temps. Après tout, McGonagall leur avait bien fait comprendre que cet exposé comptait pour moitié pour leur moyenne du trimestre. Elles n'avaient pas le droit à l'erreur. Et, même si Alice avait été peu présente ces dernières semaines, sa diligence les fit rapidement rattraper le retard qu'elles avaient accumulé.

« Je compte rejoindre la formation d'Auror l'année prochaine. Je ne peux pas me permettre d'avoir une seule note en-dessous de E, lui avait expliqué la Gryffondor.

– Tu comptes t'inscrire avec Frank ? » avait osé lui demander Eva.

Sa question avait fait sourire d'une manière assez énigmatique la Gryffondor. Alice semblait presque peinée lorsqu'elle dit à Eva :

« Motivé qu'il est, c'est difficile de ne pas faire comme lui. »

Puis, une question était venue à l'esprit d'Eva. Elle s'était triturée l'esprit une bonne dizaine de minutes. Tapant même du pied les dalles de pierre de la salle d'étude où elles s'étaient installées tant son incertitude la pesait. Finalement, Eva avait levé ses yeux de la phrase qu'elle avait relu six fois sans parvenir à la lire et avait observé le visage concentré d'Alice Fortescue. Les lunettes de vue de la Gryffondor glissaient le long de son nez tellement elle était penchée sur le parchemin où elle gribouillait des notes.

« Alice, j'ai une question, dit Eva d'un ton incertain.

– Hum ? » lui répondit d'un air distrait Alice, de nombreuses boucles foncées s'étaient échappés de sa queue de cheval qui avait bien du mal à contenir ses cheveux courts.

Eva se pinça les lèvres puis reprit lentement, se sentant horriblement mal à l'aise par ce qu'elle allait dire :

« Tu es une Sang-Pur, non ? »

Alice se redressa, la question soudaine la faisant tourner toute son attention vers la Poufsouffle qui l'observait d'un air prudent :

« Oui, pourquoi ? Je ne savais pas que tu préoccupais de ce genre de chose, commenta la Gryffondor en observant avec intérêt les doigts d'Eva Brown qui pliaient avec nervosité le coin d'une page d'un manuel.

– Je m'en fiche de ça, protesta Eva en secouant sa tête avec véhémence, paraissant presque indignée qu'on pense ça d'elle.

– Dans ce cas pourquoi tu me poses cette question ?

– Je me posais une question sur une coutume Sang-Pur, révéla la Poufsouffle en se mordant le coin de la lèvre.

– Je ne sais pas si je suis la meilleure personne pour te répondre. Ma famille n'est plus vraiment considérée comme noble. On n'est pas aussi à cheval que d'autres familles. Comme les Malefoy ou les Black par exemple.

– Mais tu dois certainement plus t'y connaître que moi, s'entêta Eva. Je voulais savoir, quelles pourraient être les raisons pour que deux familles Sang-Purs brisent des fiançailles ? »

Alice haussa des sourcils surpris puis glissa machinalement des boucles derrière son oreille, l'air pensive.

« Briser des fiançailles ? C'est assez peu commun, je crois bien. Historiquement, ça se faisait lorsque la fiancée perdait sa virginité avant le mariage. »

Eva ne s'attendait pas à cette réponse.

Elle repensa à Avery qui disait que Sirius avait toujours été très possessif de Marlène. Elle pensa à l'intimité qui exsudait de chaque interaction entre Marlène et Sirius lorsqu'elle les voyait ensemble. Elle imagina Sirius dévorer le visage de Marlène et sa main s'aventurer dans –

Elle eut mal à la poitrine.

« Historiquement ? Ça se fait toujours ? demanda doucement Eva qui regrettait déjà d'avoir ouvert sa bouche.

– Je ne sais pas vraiment, soupira Alice. Mes parents ne m'en ont jamais parlé et Frank ne m'a pas exactement fait de demande non plus, ajouta-t-elle avec un petit sourire.

– Et si les garçons le font, il n'y a pas de problème ? »

Alice fit une grimace :

« La tradition a toujours été plus clémente envers les garçons. Tu sais bien comment pensent les vieilles générations. Les garçons ont besoin de plus de liberté pour leur laisser le temps de murir tandis que les filles doivent être obéissantes dès leur plus jeune âge. C'est ça qui fait un bon mariage à leurs yeux. »

Les mots de la Gryffondor firent apparaître une grimace de dégout sur le visage d'Eva.

Elle pensa au visage impassible de Lizzie Lestrange tandis qu'à côté d'elle Evan Rosier grommelait comme à son habitude. Malgré la relation compliquée qu'elle entretenait avec la Lizzie Lestrange, Eva ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la compassion pour la Serpentarde qui devrait jusqu'à la fin être la parfaite épouse Sang-Pur pour Evan Rosier.

De plus, Rosier n'avait jamais caché qu'il allait fricoter avec d'autres Sang-Purs. Le Poud'news avait même publié des photos plus que compromettantes de lui avec sa main sous la jupe d'Ava Parkinson l'année précédente. Jamais Eva n'avait vu une telle froideur sur le visage de Lizzie Lestrange. La Serpentarde aurait pu réduire en cendres une personne rien qu'avec la force de son regard.

« Rappelle-toi de ce que tu es. Tu n'es rien, Eva. Ça ne sert à rien de parler, tes paroles ne valent rien. »

Mulciber le lui avait bien dit mais à chaque fois qu'on le lui rappelait Eva était surprise du véritable merdier qu'était la culture Sang-Pur. Elle comprenait l'envie de préserver une histoire, un patrimoine, une culture remontant à des siècles. Ce qu'elle ne comprenait pas c'était la manière complétement indécente qu'ils avaient de piétiner la vie d'une personne pour le faire. Pourquoi les femmes devaient-elles subir tant d'humiliation ? Tant de règles et de manœuvres pour faire bonne figure et quel était le résultat ? On en venait à avoir des dégénérés comme Royce Mulciber ou Evan Rosier. Même Oliver Avery qu'elle avait cru pendant de nombreuses années être épargné n'avait pas tardé à révéler sa vraie nature.

Ils parlaient toujours de pureté mais elle avait l'impression qu'elle n'avait jamais vu autant de pourriture que chez ces personnes.

« Mais pourquoi tu me demandes ça ? s'enquit Alice, ses grands yeux bleus clignant avec curiosité. Tu es intéressée par quelqu'un qui est fiancé ? »

La question d'Alice la ramena sur terre. Manquant de s'étouffer sur sa salive, Eva nia tout intérêt pour un Sang-Pur.

Elle voyait toujours le visage de Sirius fondu dans celui de Marlène.

« Ah bon ? fit Alice qui paraissait sceptique. Ce ne serait pas Royce Mulciber par hasard ? Je me rappelle que vous étiez drôlement proches l'année dernière. »

Eva était tellement atterrée qu'on puisse penser une telle chose qu'elle en rit.

Toutes ces fois où il avait réussi à la coincer pour lui murmurer des menaces à l'oreille ou pour lui lancer un endoloris silencieux et les gens continuaient de croire qu'ils avaient simplement été deux adolescents enamourés l'un de l'autre. C'était pour ça qu'elle détestait Poud'news. C'était à cause de ce foutu magazine que cette rumeur s'était propagée.

Eva se rappelait encore d'Emmeline qui l'avait assailli de questions (« Tu sors avec Mulciber ?! ») et de Charlotte qui n'avait cessé de lui faire la morale en lui disant que Mulciber n'était pas une bonne personne et qu'elle était vouée à avoir son cœur brisé si elle s'entêtait à continuer leur relation. Elle n'avait rien répondu, elle pouvait encore sentir sur son corps les traces du toucher répugnant de Mulciber.

Eva se douchait sans cesse. Elle sursautait tout le temps, le voyait partout. Elle n'arrivait plus à dormir, n'arrivait plus à rire et ne parvenait plus à se concentrer. Les mauvaises notes s'étaient accumulées, les professeurs lui avaient fait la morale, lui avaient dit que si elle continuait comme ça ils allaient la faire redoubler. C'était pour ça que Luke Carstein lui avait proposé de lui donner des cours de tutorat.

Elle avait eu l'impression de se noyer, d'avoir constamment la tête sous l'eau. Elle avait les genoux constamment écorchés à force de recevoir des sortilèges de croche-pattes et elle avait pris l'habitude de toujours mettre des manches longues pour cacher les traces de la poigne de fer de Mulciber.

Une fois, Eva avait eu le malheur de croiser Rosier dans le couloir et elle n'avait pas baissé ses yeux assez rapidement. Il l'avait attrapé par la nuque et lui avait fracassé le crâne contre le mur. Elle avait passé l'entièreté du cours de Métamorphose sonnée, un grésillement bourdonnant dans ses oreilles.

« Non, il n'y a jamais eu rien de ce genre entre lui et moi, souffla Eva avec un sourire maussade. Il n'a juste jamais compris ce que voulait dire non, » railla Eva en roulant ses yeux d'un air faussement désinvolte.

Les yeux d'Alice s'écarquillèrent. Malgré le ton sarcastique de la Poufsouffle, Alice sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Elle n'avait jamais été proche d'Eva mais elle se devait de savoir si ce que son instinct lui soufflait était vrai ou non.

« Comment ça ? fit prudemment Alice. Il ne t'a pas – »

Alice arrêta de parler. Elle se retourna sur sa chaise. Quelqu'un venait d'ouvrir la porte de la salle abandonnée du 3ème étage qu'elles avaient choisi pour s'assurer de ne pas être dérangées.

« James ? » s'étonna Alice en voyant le 6ème année apparaitre à l'embrasure de la porte.

Il avait une main fourrée dans ses cheveux qu'il ébouriffait de manière compulsive. Et par-dessus son épaule Alice pouvait voir le visage impassible de Sirius Black.

« On cherchait Eva, lui dit James en lui lançant un sourire aimable.

– On est actuellement en train de travailler pour un truc assez urgent, ce ne serait pas possible que vous reveniez plus tard ? grimaça Alice d'un air désolé.

– C'est plutôt urgent, lui répondit James en franchissant le pas de la porte et ce geste fut suffisant à Alice pour comprendre qu'il n'allait pas changer d'avis – James Potter avait décidé qu'il parlerait à Eva Brown alors il lui parlerait.

– Vous ne pouvez pas revenir dans une demi-heure au moins ? » s'exaspéra en un soupir Alice en lançant un regard désabusé aux deux Gryffondors qui prirent rapidement leurs aises.

Alice observa avec une pointe d'exaspération James s'asseoir sur la chaise à sa droite. Contrairement à James, Sirius ne s'assit pas. Il posa simplement ses mains sur le dos de la chaise à sa gauche et se mit à fixer sans un mot Eva, son visage dénué de toute expression. En se positionnant ainsi sur la table carrée que les deux filles partageaient, ils les entouraient de manière efficace.

Alice laissa son regard glisser de Sirius à Eva qui était en face d'elle. La Poufsouffle était restée muette depuis l'arrivée des 6èmes années. Semblant se mâcher l'intérieur de la joue, Eva alternait son regard entre James à sa gauche et Sirius à sa droite. A en juger par son froncement de sourcils, elle était toute aussi heureuse qu'Alice par cette interruption.

« Désolé, Alice. Ça ne peut vraiment pas attendre, l'informa James en ne paraissant pas du tout désolé.

– Et j'imagine que vous voulez être seuls ? » ironisa Alice en soupirant avec agacement.

James lui lança un sourire amusé qui aurait pu la charmer si Alice n'était pas actuellement en train de se faire éjecter de l'endroit où elle était arrivée la première.

« Tu as tout compris, Alice.

– Et si je n'en ai pas envie ? » lui rétorqua Alice en sentant l'énervement monter.

James haussa les épaules, ne perdant pas son sourire. Il était enfoncé dans la chaise, ses mains enfouies dans ses poches. A sa posture, Alice devinait que ce serait impossible de le déloger, il avait décidé qu'il resterait alors rester il ferait.

« Eh bien dans ce cas tu te mêlerais d'affaires qui ne te regardent pas.

– Ah parce que maintenant tu essayes de me faire passer pour la méchante ? s'indigna Alice. Tu te rappelles que c'est vous deux qui vous êtes ramenés sans prévenir au moins ?

– On n'aurait pas eu à vous déranger si Eva avait daigné venir au déjeuner, dit James en direction de la Poufsouffle qui plantait son regard sur son manuel pour éviter son regard, continuant de triturer l'intérieur de sa joue entre ses dents.

– Eh bien moi j'ai l'impression qu'Eva n'a pas envie de vous parler, intervint Alice après quelques secondes de silence où James et Sirius fixèrent sans un mot la Poufsouffle qui refusait de lever les yeux vers eux. Et, vous connaissant, je ne suis pas sûre que j'ai envie de vous laisser sans surveillance. »

James leva les yeux au ciel, lâchant un soupir exaspéré :

« Mais qu'est-ce que tu vas t'imaginer, Alice ? On n'est pas venu ici pour lui teindre les cheveux en vert. Si on avait voulu le faire, on l'aurait fait dès que j'ai ouvert la porte. »

Alice fronça les sourcils, son badge de préfète épinglé sur son pull luisait avec les derniers éclaircis de lumière qui traversaient la fenêtre. Ils n'étaient plus qu'à quelques jours d'Halloween, le soleil se couchait de plus en plus tôt, plongeant le château dans une noirceur presque constante.

« Ça ne fait rien pour me rassurer, James. Tu le sais ça au moins ? »

James lâcha un petit rire amusé puis, à la consternation d'Alice, il posa ses jambes sur la table et ne tarda pas à les croiser. Les yeux écarquillés, elle regarda les chaussures de James puis les livres qu'elle avait emprunté à McGonagall posés sur la table.

« James, arrête, souffla avec exaspération Eva sans s'apercevoir qu'elle venait de couper Alice qui s'apprêtait à hurler comme une banshee à la vue de ses précieux livres si proches des chaussures sales de James fucking Potter. Tu n'as pas besoin d'énerver Alice. »

Alice, pour sa part, se mordait violemment la lèvre et se retenait de toute ses forces de ne pas dégager les jambes de Potter d'un coup de bras féroce.

« Tiens, fit moqueusement James en haussant ses sourcils, tu me parles maintenant ? J'ai bien cru que tu étais devenue muette aujourd'hui.

– Tais-toi James, s'exaspéra Eva en fermant ses yeux et en glissant une main agitée dans ses cheveux détachés. Je ne suis pas d'humeur.

– Ça tombe bien, moi non plus je ne suis pas d'humeur, rétorqua James en plissant ses yeux d'un air mécontent.

– Et moi je ne suis pas d'humeur à voir tes chaussures sales sur ma table de travail, James Potter ! » explosa Alice, n'en pouvant plus de voir ses chaussures se rapprocher de plus en plus de ses précieux livres.

Elle savait que d'ici une seconde un bout de terre allait tomber de la chaussure de son cadet !

Presque à contrecœur, James arracha son regard noir du visage d'Eva pour poser son attention sur la préfète dont les joues viraient au rouge, ses yeux agités rivés sur ses chaussures.

« Mes chaussures ? C'est vraiment ça qui te dérange le plus, Alice ? dit platement James en fronçant ses sourcils.

– Oui ! s'écria Alice en n'ayant rien à faire qu'il la regarde comme si elle était débile – c'était lui le débile. Enlève tes pieds de cette table ! Tu as été éduqué dans une porcherie ou quoi ?! »

Soufflant avec force pour montrer le ridicule de la situation, James retira finalement ses pieds de la table. Il ne voulait pas que la préfète devienne encore plus hystérique. Il n'avait pas passé une bonne dizaine de minutes avec Sirius à écumer des yeux la carte des Maraudeurs pour y trouver le nom « Eva Brown » à la fin des cours juste pour se faire réprimander comme un enfant.

Sirius était resté silencieux mais James n'avait pas besoin de l'entendre pour savoir que Sirius se retenait d'exploser de rire. En effet, lorsque James leva des yeux mécontents vers son meilleur ami qui était penché en avant pour tenir avec ses mains la chaise en face de celle de James, le visage de Sirius était stoïque mais il suffisait à James de voir ses yeux pour comprendre que Sirius trouvait ça tout simplement hilarant qu'il se fasse gronder par Alice Fortescue.

James lui lança un regard noir et Sirius se pinça les lèvres pour retenir un sourire.

Ah, quel crétin !

« Heureuse, Alice ? s'enquit d'un ton sarcastique James en détachant son regard de son meilleur ami.

Très heureuse, lui répondit Alice en rajustant ses lunettes, n'en ayant que faire de l'attitude insolente de son cadet.

– Donc tu acceptes de nous laisser ? » demanda impatiemment James.

Ça faisait depuis ce matin qu'il attendait de pouvoir parler avec Eva. Il allait exploser s'il devait attendre une minute de plus. Il appréciait Alice et sa bonhommie habituellement mais –

« Seulement si Eva le veut, » lui répondit Alice en le défiant du regard.

Ce n'était pas possible ! C'était un complot ! Il y avait quelqu'un qui tirait les ficelles pour l'empêcher de parler à Eva ou quoi ?!

James jeta ses bras en l'air, exaspéré :

« Bien ! Demandons son avis à Eva ! Qu'est-ce que tu veux Eva ? » lui demanda-t-il en se retournant franchement vers la concernée.

Eva croisa son regard puis elle baissa la tête. James la regarda se mordre la lèvre avant qu'elle ne jette un regard furtif à Sirius. Finalement, elle releva sa tête pour s'adresser à Alice, une grimace gênée sur son visage :

« Merci, Alice. Je pense que ça serait mieux que tu ne sois pas là.

– Si c'est ce que tu préfères…, acquiesça Alice en ne s'offusquant nullement – elle avait largement fait sa proposition pour emmerder James Potter qui prenait beaucoup trop ses aises à son goût pour un 6ème année. J'attendrai dans le couloir que vous finissiez, ajouta-t-elle en commençant à prendre avec elle ses affaires les plus essentielles.

– Merci Alice, » souffla Eva.

Ils observèrent en silence Alice Fortescue ramasser ses affaires puis fermer doucement la porte derrière elle. Un silence pesant s'abattit sur les trois étudiants. James et Sirius avaient les yeux fixés sur la Poufsouffle qui venait de se prendre la tête dans les mains, ses cheveux détachés dégoulinant sur ses bras.

« Eva. Arrête de te cacher, tu sais très bien que ça ne sert à rien, dit finalement James.

– J'ai pas envie, marmonna Eva dans ses mains, toujours recroquevillée.

– Eh bah arrête de faire ce qu'il te plaît et écoute ce que je te dis, » lui rétorqua James et il souleva son fessier de la chaise pour retirer les mains d'Eva de son visage.

Ayant perdu la barrière de ses mains, Eva leva à contrecœur sa tête. Ses yeux marrons l'observaient avec un mélange de prudence et de peur. James n'aimait pas voir cette expression sur son visage.

« Tu comptes m'expliquer ce qu'il s'est passé ce matin ?

– Non. »

Ça avait le mérite d'être direct.

« D'accord, souffla James en se forçant à rester calme – un coup d'œil échangé avec Sirius avait suffi pour l'assurer que rester calme était la meilleure solution. Et pourquoi tu ne veux rien me dire ?

– Parce que c'est ma vie.

– Et si ta vie devient du grand n'importe quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe dans ce cas-là ?

– Tu me laisses toujours gérer ma vie, » lui répondit simplement Eva en le jaugeant du regard.

James se retint difficilement de dire quelque chose qu'il regretterait. Il inspira puis se pencha vers Eva, posant son bras sur le bord de la table. A son geste, Eva se redressa complétement. Sur le visage de la jeune fille apparaissait cette expression entêtée qu'il avait l'habitude de voir depuis tout petit.

« Eva. Ce que j'ai vu ce matin m'inquiète. J'ai toujours le droit de m'inquiéter, non ? » souffla-t-il en glissant son regard d'un œil marron à un autre.

James savait que sa question l'avait touché. L'expression butée d'Eva s'affaissa un instant avant qu'elle ne retrouve sa dureté.

« Tu n'as pas besoin de t'inquiéter, » affirma-t-elle.

Elle enfonçait ses ongles dans ses cuisses. Elle faisait la fausse courageuse.

Un sourire amusé vint soulever les lèvres de James :

« Maman a toujours dit que j'étais le plus buté de nous deux mais j'ai du mal à la croire. »

Eva ne lui répondit pas.

« Tu recommences à devenir muette ? la nargua-t-il mais elle ne tomba pas dans le panneau.

– Pourquoi est-ce que Sirius et toi êtes venus ensemble ? C'est une intervention ? demanda Eva en jetant de nouveau un bref regard du côté de Sirius qui les regardait faire sans rien dire avant de reposer son attention sur lui.

– On pourrait dire ça, oui, » dit James en se redressant, jetant lui aussi un regard à son meilleur ami.

Sois plus direct, lui fit comprendre Sirius.

Plus facile à dire qu'à faire.

« J'ai reçu une lettre ce matin, » annonça James et il ne perdit pas une seconde avant de sortir de sa poche la lettre en question et de la poser sur la table.

Eva suivit son geste des yeux mais n'amorça pas le moindre geste alors que James venait clairement de poser la lettre sous son nez pour qu'elle la prenne.

Elle releva ses yeux vers lui. « Et ? » semblait-elle lui dire.

James retint un soupir d'exaspération. Pourquoi fallait-il que toutes les femmes dans sa vie soient aussi compliquées ?

« C'est de maman. Une idée de ce qu'elle aurait pu me dire ? »

Ses yeux s'étaient écarquillés. Il savait qu'elle allait être déconcertée par cette manœuvre !

« Euphémia ? Elle t'a parlé de moi ? demanda Eva et elle avait toujours été une piètre actrice, James vit tout de suite à travers sa comédie – elle avait peur de ce qu'il aurait pu découvrir.

– Tu penses qu'elle en aurait besoin ? » lui répondit évasivement James en arquant ses sourcils.

Il savait qu'il ne faisait que tourner autour du pot mais il avait appris ces derniers temps que, avec Eva, obtenir des informations était aussi difficile que d'arracher une dent. Elle commençait à s'énerver, il pouvait le voir. Elle jeta encore une fois un regard à Sirius qui s'obstinait à rester un spectateur silencieux puis ses yeux fébriles se posèrent sur lui. Une flamme d'énervement se mit à briller dans les yeux de son amie d'enfance. Bien, c'est ce qu'il cherchait.

« James, dis-moi franchement ce que tu veux, lui ordonna-t-elle.

– Tu n'as pas oublié de m'informer de certaines choses ces dernières semaines ? Parce que maman semble clairement avoir l'impression que je suis au courant de ce qu'il se passe dans ta petite vie. Mais mise à part le fait que tu t'écroules devant Lizzie Lestrange je ne suis au courant de rien. »

Eva soupira et se mit à se frotter ses yeux :

« Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? chuchota-t-elle, semblant avoir perdue toute trace de rébellion.

– Devine. »

Elle le scruta du regard.

James la sentait décortiquer chaque pli de son visage pour tenter d'y déceler la vérité. Ça ne faisait qu'empirer son pressentiment. Si Eva était prudente à ce point cela voulait dire qu'elle cachait bien plus que ce qu'il ne pensait. A quel moment avait-il failli ? Quand est-ce qu'il n'avait plus fait attention à elle ? James avait beau râler à chaque fois qu'Eva apparaissait pour l'embêter, elle était son amie d'enfance. Elle avait même été sa meilleure amie à une période mais, aujourd'hui, il se rendait compte que l'écart s'était creusé entre eux. Il ne savait plus s'il la connaissait encore et ce constat l'énervait.

James était censé veiller sur ses amis, il était censé les protéger –

Eva leva sa main. Préméditant ce qu'elle allait faire, James n'eut le temps que d'abattre sa main sur la sienne. Le claquement de leur peau s'entrechoquant résonna dans la salle. Ils restèrent figés, leur regard s'affrontant silencieusement tandis que sous la main de James se trouvait celle plus petite d'Eva. Elle avait courbé sa main sur la lettre qu'il avait tantôt déposée devant elle.

« Tu voulais que je la prenne, lui rappela doucement Eva.

– J'ai changé d'avis, la provoqua-t-il avec un sourire moqueur.

– Je n'ai pas de compte à te rendre, murmura-t-elle en ne le quittant pas des yeux.

– Si j'estime que tu dois m'en faire alors tu m'en feras, » lui répondit-il en se doutant de l'expression intransigeante qu'il devait y avoir sur son visage.

Penchés l'un vers l'autre, le regard enflammé, ils étaient figés en une bataille d'esprit. Finalement, ce fut Sirius qui le rappela à l'ordre.

« Cornedrue. »

James se redressa avec un rire faussement amusé. Il lâcha sa prise sur la main d'Eva puis se fourra avec agitation la main dans ses cheveux.

Semblant décontenancée qu'il ait abandonné, Eva lui lança un regard suspicieux avant de regarder la lettre qu'elle tenait sous sa main. Lentement, elle la ramena vers elle puis la déplia. James la regarda lire le contenu. Comme d'habitude, elle prit du temps pour lire mais une fois qu'elle eut terminé sa lecture, Eva ne parut pas savoir quoi dire. Finalement, elle leva des yeux prudents vers lui. Ses sourcils étaient froncés comme si elle peinait à comprendre.

« Dans la lettre…, commença lentement Eva. Euphémia mentionne juste qu'elle loge Oscar…

– Et que vient faire le chiot que toi et ta mère avez adopté cet été chez moi ?

– Tu – c'est ça qui t'a poussé à organiser cet interrogatoire ? s'étonna Eva en glissant son regard de Sirius à lui.

– Ça et le fait qu'elle me dise de faire attention à toi, précisa James d'un air désinvolte.

– Elle t'écrivait déjà ça en 1ère année, lui fit remarquer Eva.

– Mais elle ne l'avait plus fait depuis deux ans au moins, lui fit remarquer James puis il se pencha de nouveau vers elle en posant son bras sur le bord de la table. Dis-moi Eva, où est ta mère ? Parce que c'est ça le truc, si ta mère est là alors pourquoi votre chien a atterri chez moi alors que maman supporte difficilement les animaux ? »

Les yeux d'Eva étaient grands ouverts. James pouvait y lire de la stupeur, de l'incompréhension et même de la peur.

Je t'ai eu, c'est ce que James aurait dit si ça avait été un vulgaire pari comme ils en avaient pris l'habitude de faire depuis qu'ils étaient petits. Mais ce n'était plus un pari et l'enjeu était beaucoup plus grave. Ça lui avait pris la journée mais James avait commencé à réunir les pièces du puzzle dont il n'avait même pas soupçonné l'existence jusqu'à ce matin lorsqu'il était tombé sur son meilleur ami remettant debout Eva. Eva qui, le visage blême et strié de larmes, l'avait tétanisé d'effroi. James ne l'avait jamais vu comme ça : la tête basse, les jambes et les mains tremblantes, la lèvre inférieure à sang après qu'elle ait semblé l'avoir sauvagement mordu.

James revoyait encore Eva il n'y a pas si longtemps que ça l'insulter en un éclat de rire par-dessus son épaule alors qu'elle courait aisément devant lui.

« Dis-moi Eva. Où est Mary ? »

Eva resta à le fixer.

James se rapprocha encore plus, glissant jusqu'au bord de sa chaise. Lentement, il encercla l'avant-bras d'Eva de ses doigts et elle ne fit pas le moindre geste pour l'en empêcher.

« Tu as toujours été une mauvaise menteuse. Dis-moi la vérité. »

Finalement, elle s'échappa à son regard. Sa poitrine commençait à se soulever de manière irrégulière. Elle paniquait. Non, ce n'était pas ce qu'il voulait.

James tira sur le bras de la Poufsouffle. Il ne l'admettrait pas mais sa voix devint presque suppliante :

« Tu sais que tu peux me faire confiance, chuchota-t-il en tentant vainement de capter son regard mais Eva s'était mise à fixer le plafond. J'ai toujours gardé tes secrets. »

Elle retenait des larmes. James en était arrivé au point où il allait la faire pleurer, Eva, la fille qui passait son temps à éclater de rire pour se moquer de lui dès qu'il ouvrait sa bouche.

« Si elle n'est pas là, je ne t'en voudrais pas, lui promit-il en regardant une larme solitaire coulée le long de sa joue alors qu'Eva se pinçait ses lèvres tremblantes avec violence. Si elle est toujours là, je mérite que tu me dises la vérité. Elle a beau être ta mère, je suis un membre de ta famille. »

Se sentant comme le plus infâme des salops, James regarda Eva poser sa main qu'il ne tenait pas fermement entre ses doigts sur sa bouche. Sa bouche qui venait de se tordre en une grimace de douleur qui n'annonçait qu'une seule chose : les sanglots arrivaient.

James avait envie de se cogner violemment la tête contre un mur pour perdre connaissance comme ce matin. Il détestait les crises de larmes, il ne savait jamais quoi faire quand quelqu'un fondait en larmes devant lui. Et vu les réactions de Lily lors de ses dernières tentatives, James n'était vraiment pas la bonne personne pour calmer Eva.

Impuissant, James regarda Eva tenter de cacher son visage derrière sa main. La seconde suivante, un couinement lui échappait alors qu'elle se mordait agressivement les lèvres pour contenir un violent sanglot. James ne savait pas s'il aurait préféré le sanglot. Le bruit qui venait de s'échapper des lèvres d'Eva avait été aussi douloureux que de se recevoir un sortilège de furoncle.

Affolé, James se tourna vers Sirius comme dans toute situation où il se sentait perdre le contrôle.

Reste calme, lui intima Sirius en un regard.

Tu vois pas que je suis putain de calme ?!

Ne la lâche surtout pas sinon elle va croire que c'est un signe pour qu'elle aille se suicider


(Du moins, c'était l'interprétation de James. Ce que voulait lui faire comprendre Sirius était en réalité bien moins dramatique mais James avait toujours été du genre à partir dans des délires à la vue des larmes d'une fille.)


Comprenant que James allait certainement faire une connerie, Sirius se redressa et commença à fouiller dans ses poches pour mettre la main sur le mouchoir qu'il était sûr d'avoir gardé avec lui. Il le trouva finalement dans la poche intérieure de sa robe de sorcier qui pendait le long de ses flancs. Il n'hésita pas bien longtemps avant de tendre son bras, présentant à la Poufsouffle la possibilité de s'emparer du mouchoir.

Sirius vit Eva rouvrir ses yeux qu'elle avait fermés pour tenter de contenir ses larmes. Il avait l'impression que la journée avait duré une éternité et qu'il revenait au point de départ avec lui faisant semblant de contrôler la situation et Eva qui essayait, quant à elle, de se contrôler.

« Elle est – elle est –, hoqueta Eva et James et Sirius tendirent leurs oreilles pour tenter de comprendre ce qu'elle disait. P-partie, elle est plus là. »

James et Sirius se figèrent. Ils y avaient tous les deux pensé. Bien sûr qu'ils y avaient pensé. Ça aurait été idiot de ne pas l'envisager alors que le nombre de meurtres augmentait tous les jours dans la Gazette. Pourtant, l'entendre de la bouche d'Eva leur donna l'impression de se prendre Cognard en pleine tronche. Ils y avaient pensé mais ils n'avaient pas réellement envisagé que ce soit la réalité.

« Je crois, » ajouta Eva d'une petite voix et James la lâcha sans un mot.

Eva s'enfonça la tête dans ses mains et les deux Gryffondors ne purent que regarder ses épaules tressautées, impuissants.

Je fais quoi ? lui demanda James, ayant l'air complétement dépassé pour la première fois de sa vie.

J'en sais foutrement rien, lui répondit Sirius qui, pour une fois dans sa vie, se trouvait lui aussi à court d'idées.

Les deux Gryffondors se retrouvèrent comme deux cons à écouter les hoquets de la Poufsouffle qui continuait toujours de retenir ses sanglots de toutes ses forces. Sirius laissa son bras tendu retomber contre son flanc, le mouchoir toujours serré dans sa main.

Jamais ils n'avaient entendu une fille pleurer ainsi – pas qu'ils aient pris l'habitude de rester dans les parages lorsque quelqu'un fondait en larmes mais ils étaient plutôt habitués à entendre des sanglots francs. Lily Evans, par exemple, avait pris l'habitude de hurler sa colère tout en sanglotant. Le spectacle que leur offrait Eva était bien différent – et perturbant.

« Tout va bien ? »

James et Sirius se tournèrent vers la porte qu'Alice Fortescue venait d'entrouvrir, curieuse de comprendre l'origine des bruits emmitouflés qu'elle entendait.

Ce fut comme un choc électrique.

« On n'a pas encore fini, laisse-nous cinq minutes ! s'écria James d'une voix forte pour couvrir le son des couinements d'Eva.

– Pas besoin d'être aussi malpoli, Potter ! » grommela Alice mais elle referma tout de même la porte.

D'un mouvement de poignet, James ferma la porte à clé à l'aide d'un sortilège informulé. Pour plus de sécurité, il y ajouta un silencio.

J'ai pas envie de devoir expliquer pourquoi est-ce qu'elle chiale, s'expliqua silencieusement James devant le regard interrogateur de Sirius.

Sirius soupira et laissa son regard se poser sur la lettre froissée qu'Eva avait laissée sur le livre qu'elle avait visiblement été en train de parcourir avant qu'ils n'arrivent.


Pourrais-tu demander à Eva quel type de nourriture est-ce que son chien Oscar préfère ? Il refuse de manger tout ce que les elfes lui préparent. Sans parler du fait qu'il passe sa journée à pleurer ou à dormir. Je crois bien qu'il est déprimé. Eva aurait-elle une solution ? Ton père ne m'est d'aucune aide. McGonagall m'a aussi envoyé


Sirius ne savait même pas qu'Eva avait adopté un chien. Peut-être que James le lui avait mentionné pendant l'été au milieu de ses tirades où il s'agaçait qu'Eva ne réponde pas à ses lettres alors qu'Euphémia continuait toujours de recevoir de ses nouvelles par le biais de sa mère, Mary Brown.

Il devait avouer qu'il n'avait pas été dans son état normal pendant le mois d'août. Alors qu'il avait rêvé depuis des années de quitter sa famille en leur hurlant « Allez vous faire foutre ! On se reverra en enfer ! », les évènements qui l'avaient conduit à s'enfuir du 12 Square Grimmaurd en pleine nuit l'avaient plus perturbé que ce qu'il ne voulait l'admettre.

Sirius avait pris tout le mois d'août chez les Potter à réaliser qu'il n'aurait plus à y retourner, qu'il n'aurait plus à subir les hurlements stridents de sa mère suivi de ses sortilèges rageurs, qu'il n'aurait plus à faire semblant que les soupirs las de son père ne le blessait pas, qu'il n'aurait plus besoin de toquer à la porte de Regulus pour rassurer son frère une fois que sa mère s'était enfermée dans sa chambre et son père dans son bureau.

Il portait encore le nom Black mais il n'en était plus un.

« N'oublie pas que tu faisais encore partie des nôtres il y a encore pas si longtemps, » lui avait craché Lizzie Lestrange ce matin.

Non, Sirius ne faisait plus partie de leur club d'élitistes. Et même si Marlène le suppliait d'envoyer une lettre d'excuse à ses parents jamais il ne retournerait les voir. C'était terminé. A seize ans, il avait enfin l'impression d'avoir pris le contrôle de sa vie. Et, à l'aube de ses dix-sept ans qui arriveraient d'ici une semaine à peine, il se sentait renaître.

La seule chose qu'il regrettait était de laisser derrière lui Regulus et Marlène mais il ne pouvait plus être retenu par eux. Il avait fait le bon choix, il le savait.

Sirius n'en pouvait plus de devoir supporter les railleries des Sang-Purs, leur mépris pour tous ceux qu'ils ne prenaient pas le temps de connaître et leur soif de sang qu'ils ne tentaient même plus de cacher. Il lui suffisait de voir l'état dans lequel les Serpentards avaient mis Eva pour l'assurer qu'il avait fait le bon choix.

Parce que les Serpentards étaient les coupables, il en était certain.

« Ils n'ont pas retrouvé son corps, » souffla soudainement Eva d'une voix faible, attirant le regard des deux garçons.

S'étant redressée, Eva sortit un mouchoir de sa jupe et se moucha violemment. Elle n'avait jamais appris comment éviter de faire un bruit de trompette en se mouchant. Avec une grimace, elle sortit ensuite sa baguette pour remettre comme neuf son mouchoir puis elle s'écrasa les mains sur ses joues pour les nettoyer.

« Il y a eu une explosion au Ministère, ajouta-t-elle, ses yeux vides fixant la lettre posée devant elle. Il y a eu des morts mais son corps est le seul qu'on n'ait pas encore retrouvé. »

Eva pinça ses lèvres, semblant se retenir de craquer de nouveau :

« Pourquoi est-ce qu'ils ne l'ont pas trouvé ? Pourquoi juste elle ? » se lamenta-t-elle d'une petite voix aigüe.

Ni James ni Sirius ne furent capables de lui répondre.

« Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ? lui demanda finalement James, penché vers elle et les mains jointes sur ses genoux.

– A quoi est-ce que ça aurait servi ? ricana Eva en lui lançant un regard désabusé. Tu m'aurais juste regardé avec des yeux remplis de pitié comme ce que tu fais maintenant.

– Je méritais au moins de le savoir, la réprimanda James.

– Tu n'as jamais aimé ma mère, James. »

Les yeux de James brillèrent de colère. Il serra les dents :

« Et tu penses vraiment que c'est une bonne raison pour me le cacher ? »

Eva soupira lourdement et se frotta les yeux avec fatigue, s'arrachant au duel de regard qu'elle avait de nouveau entamé avec James.

« Non, ce n'était pas une bonne raison, concéda-t-elle en un soupir. Mais ça n'aurait rien changé à la situation, ajouta-t-elle en se laissant tomber en arrière sur sa chaise.

– Depuis quand est-ce que ta mère a disparu ? »

La soudaine intervention de Sirius qui était resté muet comme une taupe jusqu'à alors surprit la Poufsouffle.

Elle ne l'avait même pas remarqué quitter son poste derrière la chaise et se poser du même côté de la table qu'elle. Les fesses posées sur le bord de la table, Sirius était beaucoup plus proche que ce que pensait Eva. Les bras croisés sur son torse, ses yeux gris scrutaient son visage.

Eva rabaissa ses yeux sur ses doigts entremêlés.

« Deux semaines presque.

– Putain Eva ! s'exclama James d'un air incrédule, faisait sursauter la brune. Deux semaines ? Ça fait deux semaines ?! Tu comptais le garder pour toi jusqu'à ce qu'on reçoive le carton d'invitation pour l'enterrement ou quoi ?

James, le rabroua Sirius.

Désolé, » grinça James entre ses dents en se rendant compte de la cruauté de son commentaire.

Eva avait les yeux rivés sur ses mains et ses yeux étaient larmoyants.

« Je ne le pensais pas, ajouta James en voyant l'état dans lequel la Poufsouffle était. Mais honnêtement, tu comptais me le dire quand ? Et est-ce que tes copains blaireaux sont au courant au moins ? » lui demanda-t-il en plissant ses yeux avec suspicion.

Timidement, Eva secoua sa tête de gauche à droite.

« Eva ! s'emporta James. Mais qu'est-ce que tu fous ?! Tu ne te dis pas que tes amis méritent de savoir ce genre de choses ?

– Ça ne les intéresserait pas, se défendit-elle faiblement.

– Le problème c'est plutôt que tu ne veux pas que ça les intéresse, la corrigea James en se retenant violemment pour ne pas hausser davantage sa voix. Et puis quel genre d'amis ils seraient s'ils n'en avaient rien à foutre ?

– Je m'en sors très bien seule.

– Mais est-ce que tu t'entends parler ? s'emporta James. Je croyais que les Poufsouffles étaient –

– Qu'est-ce que tu sais de ce que veut dire être un Poufsouffle ? le coupa Eva en haussant soudainement sa voix avec une grimace de colère qui ne lui ressemblait pas. Et de toute façon, qu'est-ce qu'une Maison peut bien avoir à foutre dans ce genre de situation ? Tu vas me dire que si j'avais été à Gryffondor je n'aurais pas été aussi lâche et à Serdaigle je n'aurais pas été si conne, hein ? C'est ça que tu veux me faire comprendre ?! » s'écria Eva d'une voix aigüe qui fit écho dans la salle.

L'élan de colère d'Eva laissa place à un silence pesant. On entendait seulement le bruit de la respiration haletante d'Eva dans la salle. Cependant, bien loin d'avoir été assagi par le cri d'Eva, James bouillonnait.

Quel genre de conneries est-ce qu'elle lui sortait ? Elle croyait vraiment qu'il la voyait comme ça ? Lâche et bête ? Jamais il n'avait sous-entendu quoi ce que ce soit du genre alors où est-ce qu'elle allait chercher ces idées farfelues ?

Finalement, après de longues secondes où Eva et James se fixèrent en chien de faïence, James prit enfin la parole d'une voix sourde :

« Arrête de délirer. Jamais je ne dirai ça. C'est toi qui le penses, pas moi. »

Eva se détourna de lui avec un reniflement. Son nez était rouge et ses yeux bouffis et pourtant elle trouvait le moyen de lui tenir tête.

« Est-ce que c'est Mulciber qui t'a mis cette idée dans la tête ? »

.


titre : quand le passé vous rattrape
mots : 8400

TADAAAH, belle phrase de fin n'est-ce pas ? Vous savez, mes vacances de Noël ont été très productifs pour cette fanfic, j'ai écrit environ 50 000 mots supplémentaires donc je suis arrivée au chapitre 21. Jamais je n'aurais cru trouvé autant de motivation pour écrire (ça fait 10 ans que je la cherche cette motivation, lol) mais comme quoi l'histoire d'Eva me tient à cœur ! Et sachez que notre cher Sirius Black est biiiiien plus présent dans les prochains chapitres ! J'espère que ce sera à votre plus grand bonheur !

N'hésitez pas à laisser un commentaire. Pretty please with a cherry on top ? Si j'ai droit à deux commentaires je vous promets de vous offrir la suite de la confrontation Eva-James-Sirius d'ici une semaine.