Note d'autrice :
Bonjour à tou·te·s,

Tout d'abord un immense merci pour les très très nombreuses reviews que vous m'avez envoyé suite aux deux derniers chapitres. C'est un bonheur à chaque fois de lire vos réactions à mon histoire. Merci à Fan pour sa review anonyme.

Dans ce chapitre, pas trop de misères pour Drago et une officialisation des choses ;)

Bonne lecture !

Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+


Chapitre 12 – La main dans la main

Mardi 15 février 2000

Le réveil de Harry sonna à six heures du matin, comme prévu. Pendant quelques secondes, il ne comprit pas pour quelle raison celui-ci hurlait à une heure si indécente. Mais il s'en rappela très vite : elle était allongée près de lui et s'étirait lentement, ses cheveux blonds en bataille. Drago avait beau se plaindre qu'il ne s'aimait pas avec les cheveux courts, Harry trouvait que ça lui allait bien, surtout quand les mèches étaient aussi indisciplinées qu'au réveil. Ça lui donnait un côté sexy et sauvage qu'il était loin de montrer habituellement.

Alors que Drago s'asseyait au bord du petit lit, Harry se souvint également du geste que le Serpentard avait eu juste avant qu'ils ne se recouchent. Un sourire ourla ses lèvres, le bonheur l'envahissant.

— Je retourne dans mon lit, annonça Drago. Ce qui s'est passé hier soir reste entre nous pour le moment, d'accord ? Je préfère attendre d'y voir un peu plus clair et qu'on en discute.

— Comme tu veux, concéda Harry, camouflant sa déception.

Sans un regard en arrière, le blond passa la tête au travers des rideaux, vérifiant que la voie était libre, puis se faufila sans un bruit jusqu'à son propre lit. Laissant Harry seul, en pleine interrogation.

Au moment où il était allé se coucher, Harry était persuadé que Drago ne voulait pas une relation avec lui, il avait été parfaitement clair. Il le comprenait, il l'acceptait. Il ne s'était pas du tout attendu à ce qu'il change si vite d'avis, en seulement quelques heures, et pourtant il l'avait embrassé. Un baiser très chaste, mais très doux et délicieusement long.

Harry passa les doigts sur ses lèvres, se remémorant les sensations. L'attente d'abord, quand il avait compris les intentions de Drago, son souffle sur la bouche, et ses mains sur les joues, cela l'avait énormément excité. Bien plus que s'il s'était jeté directement sur lui. Et ensuite, la douceur du baiser et la chaleur s'étaient répandues en lui. Le Gryffondor ressentait encore le désir qui était monté très très vite, mais il n'avait pas esquissé le moindre geste, respectant sa parole, ayant peur de briser l'instant. Il avait vraiment dû prendre sur lui pour rester parfaitement immobile et même s'il ne brusquait jamais Drago, appliquer sa promesse se révélait bien plus difficile que prévu. Il n'avait pas envisagé qu'un simple baiser pouvait le faire monter si vite et il s'était retrouvé tellement dur dans son pyjama qu'il avait craint que le Serpentard ne s'en rende compte.

Harry ne comprenait donc pas très bien la réaction très froide de Drago ce matin. Est-ce qu'il regrettait son geste ? Harry pouvait l'entendre, mais cela le frustrait au plus haut point. Est-ce qu'il avait peur des conséquences ? C'était très probable, étant donné ce qui se passait à Poudlard depuis septembre, Drago craignait sûrement que cela lui retombe dessus d'une manière ou d'une autre. Est-ce qu'il avait peur de la situation ? C'était plus que probable également, Drago était très échaudé à cause de son agression. C'était bien compréhensible.

Harry secoua la tête, perdu. Il espérait de toutes ses forces que Drago ne changerait pas encore d'avis. Il lui donnerait le temps qu'il faudrait, mais il ne voulait pas revenir en arrière maintenant. C'était beaucoup trop bon et beaucoup trop frustrant que cela s'arrête déjà.

La journée entière se déroula comme les précédentes, alternant entre les cours et les repas. Harry fut tout du long avec Drago. Comme chaque jour, le blond fut régulièrement pris à parti ou insulté, mais il ne réagit jamais. Harry de son côté serra les dents pour ne pas punir les étudiants d'un petit sortilège bien placé ou d'un poing dans leur figure. Drago refusait qu'on prenne sa défense, mais cela titillait Harry. Évidemment, dès que Seamus, ou l'un·e des Préfet·e·s-en-chef, était dans les parages, le calme revenait. En effet, depuis que quelques centaines de points avaient été retirés lors d'un repas un peu trop mouvementé, les élèves se tenaient tranquilles pour ne pas faire baisser le compte du sablier à leur maison.

Harry attendit toute la journée le moment propice pour parler avec Drago en tête à tête, mais ce moment ne vint jamais. Le mardi, ils étaient nombreux à avoir les mêmes cours et ne se déplaçaient donc qu'en groupe.

Ce fut sans grand espoir que Harry se coucha ce soir-là. Drago n'avait pas eu pour lui plus d'attention que d'habitude, soit assez peu.

Habituellement, Harry n'en faisait pas cas, tout le petit groupe était d'accord sur le fait qu'il était préférable que le Serpentard ne soit pas trop proche de Harry ou des autres Gryffondor, Théodore devant conserver le rôle de meilleur ami. Tout le monde savait que le Survivant et ses amis s'étaient liés aux deux Serpentard à cause des évènements et toute l'école savait depuis longtemps que Drago devait se déplacer en groupe. Cependant, même s'ils étaient maintenant très proches, ils devaient rester discrets sur ce sujet. Tout comme Hermione, Ron ou Seamus devaient également garder une certaine distance, ne mettant en avant que leur rôle de garde du corps imposé par la directrice. Le but étant de protéger au maximum Drago, à cause de la lettre qui menaçait son entourage. Personne ne voulait attiser les foudres des harceleurs.

Ce soir-là, Harry ferma les rideaux de son lit avec un lourd soupir, il aurait aimé un petit geste ou un mot de la part de Drago pour le rassurer. Vraisemblablement, le blond avait besoin de temps. Harry était passablement frustré et un peu triste aussi.

Il s'allongea sur le dos, les mains sous la tête, et laissa ses pensées ressasser en boucle le baiser de la veille. Le désir ne tarda pas à se faire ressentir, mais il se força à rester immobile, laissant l'excitation monter tranquillement jusqu'à ce que cela devienne insupportable. Harry écouta attentivement les bruits du dortoir. Il était parfaitement silencieux et seules quelques lourdes respirations de sommeil et légers ronflements brisaient ce calme. Après un instant d'hésitation, Harry lança un Assurdiato sur son lit et glissa sa main sous l'élastique de son pantalon.

Après des semaines à résister, à s'en rendre malade, Harry n'avait plus envie d'ignorer la réalité. Sa dernière tentative à combattre ses fantasmes avait lamentablement foiré, inutile de s'acharner. Après tout, Harry s'était promis depuis déjà de nombreux mois de prendre du bon temps, d'aimer ce que la vie lui offrait et d'en profiter. Il avait un peu oublié ça ces dernières semaines, accaparé par les ennuis de Drago, mais c'était le moment d'y remédier.

Ce fut sans la moindre honte et avec un plaisir immense que Harry se caressa lentement et longuement en pensant à Drago. Les images de son corps se superposaient aux sensations de leur simple baiser et cela suffisait amplement à nourrir le fantasme. Le Gryffondor ne retint pas ses gémissements, à l'abri de son lit insonorisé, et finit par jouir bruyamment, cambré sur son matelas, les dents serrées, sa main libre crispée sur les draps.

Après un petit nettoyage magique, Harry ferma les yeux et trouva le sommeil.

oOoOooOoOo

Jeudi 17 février 2000

Drago savait que Harry rongeait son frein depuis qu'il lui avait dit qu'il avait besoin de temps pour parler de leur baiser. Enfin du baiser que Drago lui avait offert. Les coups d'œil qu'il lui jetait depuis le mardi étaient révélateurs. Et la patience n'était pas la plus grande qualité du Gryffondor, même s'il tentait de donner le change.

Le Serpentard avait beaucoup réfléchi à la situation, pesant le pour et le contre, encore et encore. Il avait essayé d'être le plus rationnel possible, tentant de mettre de côté des craintes pourtant légitimes. Il s'était posé de nombreuses questions, avait élaboré des centaines de scénarios plus ou moins improbables, imaginant les éventuelles conséquences de sa décision. Que celle-ci soit d'entamer une relation avec Harry ou non.

Ce matin-là, Hermione, Théodore et Seamus étaient en cours d'Histoire de la magie et Drago était dans la Salle Commune avec Harry et Ron. L'opportunité de parler à Harry seul à seul ne se représenterait peut-être plus de si tôt. Il était même prêt à braver le froid hivernal, mais comment se débarrasser du roux ? Drago profita que le cadet Weasley était allé aux sanitaires pour aborder le sujet avec le brun.

— Harry, est-ce qu'on peut aller se promener dans le parc ? Pour discuter.

— Ron n'est pas convié, j'imagine ?

— Non, mais je ne sais pas comment lui demander de rester sans que ce soit mal interprété.

— Je m'en occupe. Si tu peux aller chercher nos vêtements chauds, on se retrouve ici dans cinq minutes, proposa Harry.

Drago le regarda trottiner en direction des toilettes qui donnaient dans la Salle Commune. Il espérait qu'il trouverait une excuse potable. Il monta aux dortoirs, récupéra ses vêtements d'extérieurs ainsi que la cape d'hiver et les gants de Harry, posés sur sa chaise.

Quand il redescendit, Harry l'attendait déjà près du couloir pour sortir de la pièce. Et Ron s'était trouvé une occupation : une partie de bataille explosive avec les quelques autres élèves qui n'avaient pas cours ce matin. Drago secoua la tête, tous ceux-là n'avaient pas la moindre conscience des semaines qui s'écoulaient et les rapprochaient inexorablement des ASPIC. Lui-même passait presque tout son temps libre à travailler, à l'instar de Hermione, Théodore et quelques autres. Il ne pouvait se permettre de rater ses examens.

Harry le devança et ils sortirent dans les couloirs du château. Ils enfilèrent leurs capes sur le chemin et débouchèrent rapidement dans la cour de l'école. Une fine couche de neige tenait au sol, mais rien d'insurmontable. Le froid était piquant et désagréable, mais Drago n'avait trouvé aucun autre endroit suffisamment isolé pour discuter avec Harry en pleine journée sans témoins indésirables.

Souhaitant brouiller les pistes, le Serpentard se dirigea d'abord en direction de la volière, sans un mot, cherchant juste une excuse pour s'éloigner des petits groupes qui jouaient dans la neige aux abords immédiats du château. Ensuite il alla vers le lac, espérant qu'ils seraient seuls. Le stade de Quidditch et la Cabane Hurlante n'étaient pas une option, malgré leur absence de public, trop de souvenirs désagréables. Il alluma une cigarette pour s'occuper un peu l'esprit, il savait que c'était une mauvaise habitude, mais il continuait à fumer occasionnellement.

Alors qu'ils approchaient du bord du lac, entièrement gelé, Drago entama la discussion. Il pensa à bien maîtriser sa voix, ne voulant pas laisser transparaître ses craintes et son angoisse.

— Quelle excuse as-tu inventée auprès de Ron ?

— J'ai dit que tu voulais prendre l'air et que j'allais en profiter pour mettre à plat des trucs que je devais te dire. Il est déjà au courant de mes sentiments pour toi et il me tanne pour que je t'en parle. C'est pas vraiment un mensonge du coup.

Drago hocha la tête en silence et se perdit un instant dans la contemplation du lac gelé et de ses abords enneigés, portant la cigarette à sa bouche régulièrement. C'était très beau et apaisant. Il ignora volontairement les regards que Harry lui lançait.

— On marche un peu ? proposa finalement le Gryffondor. On aura moins froid.

— D'accord.

Maintenant que Drago était au pied du mur, il ne savait plus comment se dépêtrer avec sa décision. Il devait pourtant lui dire, il n'allait pas l'ignorer jusqu'à la fin de l'année tout de même. Non seulement ça serait assez cruel, mais en plus il ne pourrait pas se tenir éloigné de Harry. Car malgré toutes les difficultés que cela allait engendrer, il mourait d'envie d'être avec lui, il avait fini par l'accepter.

— Est-ce que tu veux toujours sortir avec moi, Harry ? demanda-t-il d'une voix qu'il espérait pas trop tremblante.

— Oui, affirma le Gryffondor immédiatement.

— Est-ce que tu te rends compte que ça impliquerait de grosses limites en ce qui concerne l'intimité et aussi des conditions que je vais imposer ? Est-ce que tu es toujours certain d'être capable de résister à ça ?

Drago entendit un léger soupir à ses côtés. Du soulagement ? De l'impatience ?

— Je vais être honnête, Drago. Ne pas te toucher, ne pas t'embrasser à l'improviste, ça serait très dur. Je m'en suis rendu compte lundi soir. Mais je pense pouvoir y arriver, et si je sens que ça peut déraper je m'éloignerai. J'ai très envie d'être avec toi, quelles que soient les conditions.

— Tu as eu du mal à te retenir de me toucher quand je t'ai embrassé ? Dis-moi la vérité.

— J'ai eu très envie de te toucher, de te prendre dans mes bras, et même bien plus. Ça a été difficile, oui, mais pas insurmontable, loin de là. Et puis, j'attendais ça depuis des mois alors ça a dû jouer sur mon envie. Ça sera peut-être plus facile par la suite ?

— J'en doute…

— Tu as sûrement raison. Mais je maintiens : je pense que c'est possible.

Drago s'arrêta de marcher près d'un énorme saule pleureur et rangea son mégot dans une petite boite métallique. L'arbre, majestueux, se situait à un mètre du lac, ses longues branches dénuées de feuilles retombant presque jusqu'au sol, telles des lianes. Le Serpentard se faufila entre les tiges tombantes et constata qu'il faisait plus sombre. Malgré l'absence des feuilles, le rideau de branches créait un endroit légèrement isolé et à l'abri des regards. Pour plus de sûreté, Drago se plaça côté lac en tournant autour du tronc. Harry le suivait toujours.

C'était le lieu idéal pour clôturer cette discussion. Drago fit un signe à Harry pour qu'il se mette bien face à lui, dans l'alignement de l'arbre. Ainsi, à moins que quelqu'un passe également sous le rideau de branches, on ne pourrait pas les apercevoir depuis les environs du château. Et il se jeta à l'eau en regardant Harry droit dans les yeux.

— Ma première condition c'est que seuls nos plus proches amis pourront être au courant pour nous, Harry. Il est impensable que quiconque d'autre puisse deviner notre relation, car cela te mettrait en danger. Et en plus, je n'ai pas besoin d'un motif supplémentaire pour être harcelé, certains seraient capables de croire que je t'ai ensorcelé ou une connerie du même genre. Ça veut dire aucun geste en public. Jamais.

— D'accord.

— La deuxième condition est évolutive. Pour le moment, je préfère que tu ne prennes pas d'initiatives, je ne sais pas comment je pourrais réagir. Tu peux toujours me demander si tu as envie de quelque chose.

— Pas de problème. Je le savais déjà de toute façon, sourit Harry.

— En revanche, tes mains dans mes cheveux n'ont jamais posé de difficulté jusque-là, alors considère que tu as le droit de me toucher la tête si j'initie un contact ou un baiser, d'accord ?

— Visage inclus ? demanda Harry avec un léger sourire espiègle.

— Oui, affirma Drago sans pouvoir s'empêcher de répondre au sourire.

Drago conserva son regard fixé sur le visage de Harry. Cela avait été facile finalement et Drago espérait que la suite le serait tout autant. Embrasser Harry dans le noir total était radicalement différent de le faire en plein jour. Drago en avait envie, très envie, mais ses mains se mirent à trembler sous le stress. Il les noua l'une à l'autre, sous sa lourde cape d'hiver, hors du regard de Harry.

Malgré ses bonnes résolutions, il n'arrivait pas à initier le mouvement, effrayé par ce que cela voudrait dire. Une petite voix continuait à lui susurrer que cela pouvait déraper, que Harry trahirait ses promesses, que Drago n'était pas prêt… Des pensées sans fondements, mais terriblement angoissantes et si faciles à croire. Après tout, s'il y avait des personnes assez mal intentionnées pour vouloir le violer pour le punir, alors tout était possible, il ne devait pas donner sa confiance à quelqu'un. Pourtant une autre petite voix, un peu plus forte, lui affirmait que Harry avait toujours mérité sa confiance, depuis le début de l'année. Et qu'il n'était pas connu pour trahir ses promesses, au contraire.

Drago tremblait comme une feuille et la seule chose qu'il arrivait à faire était de ne pas quitter Harry des yeux. Le reste lui paraissait inaccessible et même le demander lui semblait au-dessus de ses forces. Décidément, leur histoire était plutôt mal barrée ! Et Drago détestait cette faiblesse créée par les évènements vécus ces derniers mois, il détestait se sentir si mal, si peu lui-même. Et il était en colère contre eux, contre les élèves qui réclamaient vengeance.

Le Serpentard ne sut jamais si Harry avait deviné son combat intérieur ou s'il ne faisait qu'exprimer ses envies. Il se mit à sourire très franchement, et Drago vit son regard parcourir tout son visage.

— J'ai très envie de t'embrasser, Drago.

Alors qu'il imaginait qu'entendre ce genre de phrase le ferait partir en courant, Drago se sentit en réalité soulagé. Il ne pouvait pas faire ce pas vers Harry, mais ce dernier pouvait le faire à sa place. Et finalement cela lui convint, il avait demandé, sans faire un geste. Seul son regard trahissait son désir. Alors Drago hocha la tête pour dire oui.

Harry réduisit la distance qui les séparait, sortit ses bras de sous sa cape, ôta ses gants qu'il jeta négligemment au sol et approcha l'une d'elles du visage de Drago. Ce dernier ne bougea pas et son regard était confiant, il reflétait son total consentement. Drago tressaillit quand les doigts chauds de Harry se posèrent sur sa joue droite glacée.

— Tu es sûr que c'est d'accord si je te touche le visage ?

La question mit quelques secondes à atteindre le cerveau de Drago. Quand il la comprit, la petite voix positive à l'intérieur de lui sembla sauter de joie.

— Oui, tu peux. J'ai juste été surpris par la chaleur de ta main, c'est tout, parvint-il à articuler.

Sans hésitation, Harry entoura de ses paumes chaudes le visage du Serpentard, avec douceur. Rapidement, mais sans précipitation, il avança vers ses lèvres. Drago ferma les yeux, dans l'attente. Elle ne fut pas longue. Très vite, il sentit une bouche moelleuse, mais aussi froide que la sienne s'y poser. Harry appuya fermement le baiser tout en caressant du pouce l'une de ses pommettes.

Le cœur de Drago battait la chamade. Il se sentit rapidement plus détendu, comme la première fois. S'enhardissant, il laissa son envie guider ses gestes et entoura Harry de ses bras, s'accrochant à sa cape, dans son dos. Il percevait le corps de l'autre garçon contre lui, mais il semblait en même temps éloigné, grâce à leurs nombreuses couches de vêtements. Et cela le rassurait.

Drago se laissa aller, à l'écoute des sensations. Les lèvres de Harry étaient douces et lui semblaient maintenant plus chaudes. Une légère chaleur qui se diffusa sur son visage puis dans le reste de son corps. Il se sentait bien. Il bougea les lèvres, répondant au baiser, puis se laissa aller à picorer la bouche de Harry de très légers baisers.

Finalement, Drago se recula un peu, déplaça les mains de Harry pour qu'il les pose dans son dos et se blottit contre lui, le visage dans son cou. Il était bien, il était apaisé.

OooO

Il était quinze heures et le cours d'Études des Runes venait de s'achever. Les étudiants de Huitième année rangeaient leurs affaires. Ils étaient peu nombreux dans ce cours et cela convenait parfaitement à Hermione. Par ailleurs elle savait aussi que cela était un soulagement pour Drago. Moins il avait de compagnies indésirables, mieux il allait.

La brunette sortit de la salle, Drago sur les talons, et se dirigea vers le prochain cours, l'Arithmancie. Au fur et à mesure de l'année, en apprenant à apprécier le Serpentard à sa juste valeur, Hermione avait de plus en plus aimé l'avoir comme voisin de table le jeudi après-midi. Leurs autres amis ne suivaient pas ces cours — Blaise ne comptait pas — et leur rapprochement était donc agréable.

Ce jour-là, alors que la jeune femme marchait d'un pas rapide dans les couloirs, elle se fit la réflexion que Drago semblait de bonne humeur. Bien plus que ces derniers mois. Elle se demandait ce que cela cachait, et si cela avait un rapport avec Harry. Étant donné les sentiments de son ami, et le rapprochement progressif entre les deux garçons, il s'était peut-être passé quelque chose. En tous les cas, elle était contente que Drago arrive à sourire sans raison particulière, il le méritait après tout ce qu'il avait vécu cette année.

Évidemment, il avait fallu du temps et des excuses pour que Hermione mette derrière elle les années de haine mutuelle. Au début, elle avait eu de la compassion pour lui, comme Harry. Même si elle avait trouvé que ce dernier se donnait beaucoup de mal pour commencer une amitié non désirée. Et Drago s'était finalement excusé auprès de Hermione de son attitude puérile et raciste, assurant qu'il n'avait jamais pris le temps de réfléchir à ce qu'on lui avait enseigné, mais qu'il avait maintenant changé d'avis. Cela s'était passé juste après qu'il ait été attaqué à la bibliothèque au début de l'année. Étant donné l'aide que Hermione et ses amis lui avaient apportée, sans rien exiger en retour, il s'était senti un peu obligé de remercier la jeune fille et de bien vouloir lui demander de lui accorder son pardon. Hermione avait pris le temps d'y réfléchir, et au vu de son attitude, elle avait décidé de lui pardonner. Depuis que Harry et lui s'étaient rapprochés, et surtout depuis janvier, Hermione découvrait un jeune homme très intéressant, intelligent et cultivé. Elle était également persuadée qu'il avait beaucoup d'humour, mais dans le contexte du harcèlement il avait perdu l'envie de rigoler. Et par-dessous tout ça, bien caché, probablement par des années d'endoctrinement, il était bon, loyal et fidèle. Hermione était sûre qu'il n'était pas aussi égocentrique, égoïste et froid qu'il laissait paraître au quotidien.

Drago la suivait de très près, peut-être un pas derrière elle, légèrement décalé sur son côté droit. Elle tourna la tête dans sa direction pour lui parler, quittant des yeux le sol.

— Drago, que penses-tu de….

— Hermione !

Elle fut brutalement agrippée par sa robe d'uniforme, perdit l'équilibre et tomba en arrière sans contrôler sa chute. Tout était arrivé si vite qu'elle n'eut même pas le temps de sortir sa baguette de sa poche. Elle atterrit sur une surface moins dure que le sol de pierre de l'école et réalisa qu'elle était affalée en travers de Drago. Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

Drago la repoussa avec douceur et ils se relevèrent ensemble, s'entraidant.

— Regarde juste là, indiqua-t-il en pointant le doigt.

La jeune femme fixa ses iris par terre et distingua un reflet qui n'aurait pas dû s'y trouver. Elle s'approcha à pas prudents et observa attentivement. Toute la largeur du couloir, par ailleurs totalement désert, miroitait étrangement.

— Il y a un sort de camouflage ou de désillusion ici, Drago. Tu l'avais vu ?

— Disons que je l'ai vaguement aperçu au moment où tu allais marcher dessus. Si tu n'avais pas attiré mon attention en me posant une question, je ne l'aurais sûrement pas remarqué.

— Il n'empêche, c'était moins une ! Merci de m'avoir évité de tomber dans ce piège.

Drago haussa les épaules. Hermione était à la fois curieuse de savoir ce qu'il y avait sous ce charme et en même temps inquiète de ce que cela cachait. Inutile de se demander qui avait mis cela en place, puisqu'elle accompagnait Drago.

— Voyons voir ce que c'est. Specialis revelio ! lança-t-elle en direction du sol.

Le Révélasort de Scarpin lui apprit qu'il s'agissait bien d'un Sortilège de Désillusion. Drago le fit silencieusement disparaître d'un coup de baguette.

— Joli informulé, félicita Hermione avec un sourire.

Drago hocha la tête en retour, un air satisfait sur le visage. Hermione reporta son attention sur le sol, maintenant que le piège était visible. Le couloir semblait transformé en marécage sableux jaunâtre.

— On dirait un Marécage Portable des jumeaux sans l'être vraiment… murmura Hermione.

Elle était pourtant persuadée que cette invention de Fred et Georges Weasley n'était plus commercialisée depuis l'année où Voldemort contrôlait le Ministère. En effet, elle avait appris après coup que le petit magasin des deux frères, bien qu'il soit resté ouvert tout le temps, avait alors subi de nombreuses interdictions de vente. Notamment tous les objets pouvant servir dans la résistance. Après la mort de Fred, Georges n'avait pas tout remis en boutique. C'était le cas pour le Marécage Portable, il lui rappelait trop de souvenirs.

Hermione observa attentivement la surface à la fois mouvante et solide. Ce marécage semblait différent de celui de la Cinquième Année. Elle fouilla dans son sac à la recherche d'un objet sans grande valeur. Elle en sortit une vieille plume racornie, cela devrait faire l'affaire.

— Drago, si tu veux pratiquer tes informulés, c'est le moment. J'aimerais que cette plume soit un objet plus lourd et volumineux. Ça te dit d'essayer un Vera Verto ?

— Depuis quand as-tu besoin d'aide pour transformer une simple plume en verre, Granger ?

— C'était juste pour te proposer de pratiquer, ne prend pas la mouche comme ça !

— Je sais, désolé… Ces attaques continuelles me plombent le moral, j'en ai plus qu'assez ! Pourtant la journée avait plutôt bien commencé. Ces trous du cul gâchent tout !

— Ah bon ? Il s'est passé quoi ce matin ? demanda Hermione innocemment, avant de transformer sa plume grâce à un informulé.

Le verre qu'elle obtint n'était pas parfait, un peu grossier, elle n'avait pas encore la même dextérité qu'en prononçant les sorts. Cependant, cela ferait l'affaire.

— Rien de particulier. J'étais juste de bonne humeur, éluda Drago.

Elle lança le verre sur le sol, à un petit mètre de distance du bord du marécage. Alors qu'elle l'observait rester à la surface, puis s'enfoncer doucement, elle jetait des coups d'œil vers son camarade. Drago avait les joues légèrement rouges et Hermione était persuadée que cela n'était pas dû à la situation, mais bien au souvenir de sa matinée. Contrairement à ce qu'il avait dit, il s'était forcément passé quelque chose de particulier. Elle n'insista pas, certaine qu'elle finirait par savoir de quoi il retournait à un moment ou à un autre.

Pendant qu'elle pensait à Drago, le verre avait entièrement disparu sous la surface jaunâtre.

— Ce n'est pas un marécage, on dirait des sables mouvants, nota-t-elle. Il faut condamner les deux extrémités du couloir et prévenir immédiatement McGonagall.

— Un Sortilège de Repoussement devrait suffire, proposa Drago.

Hermione acquiesça, c'était une bonne idée. Elle le laissa faire, puis ils se dirigèrent vers le bureau de la directrice. Tout ça allait les mettre en retard pour le cours d'Arithmancie, si ce n'était pas déjà le cas. Hermione soupira, elle commençait à être lassée de ces contretemps provoqués par une ridicule vendetta. La situation avait pris des proportions exagérées depuis le mois de novembre et elle ne comprenait pas les raisons qui poussaient les responsables à continuer à s'acharner sur le Serpentard. Évidemment qu'il avait ses torts dans ce qui s'était passé pendant la Guerre, mais il avait été condamné pour ses actes. Par ailleurs, il avait véritablement changé. Et si elle-même s'en était rendu compte, alors qu'elle avait été l'une de ses victimes principales, tout le monde le pouvait.

— C'est quoi des sables mouvants ? questionna Drago pendant qu'ils marchaient.

— Ce sont des zones de sol qui semblent solides, mais dans lesquels on s'enfonce. Il y a un peu partout, je pensais que les sorciers aussi connaissaient ça. C'est naturel, mais il faut des conditions particulières pour que ça arrive. Ici on dirait un mélange de marécage magique et sables mouvants.

— Jamais entendu parlé… Peut-être que les sorciers n'y sont pas confrontés parce qu'ils ne vivent pas dans les mêmes endroits que les moldus ?

— Peut-être… Je n'ai jamais vu de sable mouvant moi-même, mais j'ai lu des choses sur le sujet, et il y en a souvent dans les films d'aventures. Mais je suppose que tu n'as jamais vu de film moldu ?

— J'en ai pas mal entendu parler au foyer de Glasgow, mais je n'ai jamais pu en voir. On n'avait pas le droit de sortir sauf nécessité et aller se détendre dans un endroit moldu appelé « cinéma » n'était pas une raison valable…

— Tu te rattraperas, on t'y emmènera. Ron a adoré découvrir le cinéma, je suis certaine que tu apprécieras.

— Nous verrons bien, si je survis à cette année scolaire infernale.

— J'en suis persuadée. Tu n'es pas seul, Drago. Nous sommes là pour t'aider. Et comme tu le sais, nous sommes des spécialistes quand il s'agit de se dépêtrer d'impossibles guêpiers, rigola-t-elle pour détendre l'atmosphère.

— Merci, Hermione.

Hermione avisa la gargouille gardant le bureau directorial au bout du couloir. Elle demanda l'accès et l'escalier en colimaçon apparut. Elle avait perdu l'espoir de pouvoir assister à leur cours d'Arithmancie et se consolait en se disant qu'ils avaient évité la catastrophe cette fois-ci.

oOoOooOoOo

Dimanche 20 février 2000

Harry ouvrit les yeux en grommelant et éteignit son réveil. Il était beaucoup trop tôt pour se lever. Mais cela voulait aussi dire que Drago était avec lui. Il était venu le tirer du sommeil en plein milieu de la nuit après avoir fait un cauchemar.

Harry le soupçonnait de faire de mauvais rêves presque toutes les nuits, mais il n'en parlait pas beaucoup. Même quand il venait le retrouver, il restait souvent silencieux sur ce qui se déroulait dans ses songes. Cette nuit, il s'agissait d'un bête cauchemar à propos de l'incident du jeudi après-midi, quand il avait empêché Hermione de se retrouver coincée dans les sables mouvants magiques.

Même s'ils avaient évité le piège, cela l'avait visiblement marqué. D'autant plus que l'information avait fait le tour de l'école en seulement quelques heures et que tout le monde en parlait lors du dîner. Certains avaient eu la bonne idée de crier à Drago qu'il aurait mieux fait de s'y noyer, que ça les aurait débarrassés. Harry et Hermione avaient eu beau lui expliquer que ce n'était que des légendes et qu'on ne se noyait pas dans des sables mouvants, Drago semblait avoir été touché par ces mots. Heureusement, McGonagall et Flitwick s'étaient rapidement occupés du problème et le piège avait disparu avant même l'heure du couvre-feu.

Harry resta dans la position où il était, couché sur le côté, vers l'extérieur du lit. C'était une règle tacite avec Drago, Harry ne voulait pas risquer de le déranger pendant son sommeil alors il lui tournait le dos. Il s'étira lentement, essayant de ne pas toucher Drago et bailla longuement.

Harry sentit le matelas bouger, Drago se déplaçait. Il allait probablement se lever et rejoindre son lit, comme à chaque fois. Le brun tenta de refréner sa frustration. Il avait donné sa parole et il la respecterait, mais c'était difficile de ne pas avoir de geste envers Drago quand il était à côté de lui. Ce fut donc avec une immense surprise qu'il le sentit se blottir contre lui. Il était juste assez proche de lui pour que Harry perçoive la chaleur de son torse dans son dos.

Le visage de Drago se glissa entre sa tête et son épaule et Harry ferma les yeux de contentement, profitant de l'avoir si près de lui. Il savait que cela serait rare, non seulement parce que le Serpentard n'était pas prêt à une intimité poussée, mais aussi pour que leur relation reste secrète. Finalement, les difficultés de Drago à être très proche de lui seraient un atout pour cacher qu'ils étaient ensemble. Il aurait été bien plus ardu de se retenir en public s'ils étaient intimes physiquement dans leurs moments privés, ils auraient fini par se trahir rapidement.

Le bras de Drago entoura Harry, et ce dernier prit sur lui pour ne pas bouger, ne pas attraper la main qui reposait maintenant presque contre son ventre, sans pour autant le toucher, la couverture faisant barrière. Drago resta ainsi quelques minutes et Harry conserva les paupières closes, souriant en silence, écoutant la respiration calme de son petit-ami. Cela faisait drôle de penser à lui comme cela. Finalement, Drago déplaça sa tête et déposa un léger baiser sur la joue de Harry. Puis il s'écarta en grognant.

— La barbe de trois jours te va bien, Harry, mais c'est vraiment très désagréable pour t'embrasser.

— Tu n'auras qu'à choisir un autre endroit que la joue la prochaine fois que tu veux m'embrasser, plaisanta Harry.

Il sentit aussitôt Drago se redresser. Il se retourna avant que le Serpentard ne quitte le lit et la bulle d'insonorisation.

— Drago, attends !

— Quoi, Potter ?

Le ton glacial et légèrement traînant de Drago surprit Harry. Il avait vraiment dû dire quelque chose qu'il ne fallait pas. Mais il ne devait pas laisser partir le Serpentard sans s'expliquer.

— Je vois bien que je t'ai blessé, Drago. Et je me sens très stupide parce que je ne comprends pas pourquoi… Dis-moi, s'il te plait.

— Sérieusement ? Tu ne vois pas où est le problème quand tu me dis de t'embrasser ailleurs ?

— Je plaisantais Drago ! Je n'ai quand même pas de barbe sur l'ensemble du visage !

— Tu… tu… pensais au reste de ton visage quand tu parlais « d'ailleurs » ?

— Oui, bien sûr. De là où tu étais, tu avais accès sans problème à ma tempe, ma pommette, mon cou... Qu'as-tu cru que je voulais dire ?

Drago se renfrogna, rougit et détourna la tête. Harry ne put s'empêcher de le trouver adorable. Merlin, si seulement il avait su six mois plus tôt qu'il associerait un jour ces mots et qu'il trouverait ça normal !

Soudain, cela le frappa. Il comprit ce qui s'était passé dans la tête de Drago. Il n'avait pas du tout envisagé que sa boutade pourrait être mal interprétée, cela lui semblait si innocent. Sauf que pour Drago, rien n'était plus innocent maintenant. Il faudrait qu'il s'y fasse.

— Drago ? Je suis désolé, je viens de comprendre ce que tu as pu croire.

Le blond tourna les yeux vers Harry, son visage moins fermé que quelques instants plus tôt.

— Je t'assure que ma blague était entièrement innocente. Mais je sais pourquoi tu l'as compris autrement, vraiment désolé.

— Ce n'est rien, Harry. C'est aussi ma faute, j'aurais dû te faire confiance.

— Non, ne t'excuse pas, ce n'est pas ta faute si tu as été traumatisé par ces ordures.

Drago hocha la tête pour le remercier. Il tendit la main et serra brièvement l'épaule de Harry, assis au milieu de son lit.

— Bonne chance pour le match tout à l'heure.

— Merci.

Et Drago passa les rideaux du lit de Harry pour rejoindre le sien. Il était maintenant bien plus de six heures, et même si l'on était dimanche, il y avait fort à parier que Ron n'allait pas tarder à se réveiller. Ils jouaient tous les deux dans l'équipe de Gryffondor et devaient être sur le terrain pour s'échauffer à neuf heures. Leurs amis n'étaient pas encore au courant de la nouvelle relation qui le liait au blond, mais Harry se doutait que ce n'était ni le jour ni le moment de l'annoncer à son meilleur ami.

OooO

L'équipe de Gryffondor mena le jeu tout du long. Sans grande surprise pour Drago, les tirs s'enchaînèrent et les poursuiveuses marquèrent de nombreux buts. Après seulement trente minutes, et même si l'équipe de Poufsouffle se démenait, Harry mit fin à leur supplice en attrapant le vif d'or. Gryffondor gagna le match à deux cents points contre trente.

Le petit groupe d'amis avait choisi une place dans la tribune rouge et or, pour soutenir Ron et Harry. Drago et Théodore ne s'y sentirent pas très à l'aise, mais au soulagement du blond, Finch-Fletchley était dans les gradins de l'équipe adverse. Le jeune homme lui déplaisait depuis le début de l'année et malgré tout ce que ses amis lui avaient assuré, il se sentait mal à l'aise en sa présence, un mauvais pressentiment le poursuivant dès qu'il était dans les parages. Hermione pensait que c'était parce qu'il n'aimait pas les Serpentard, et cela depuis la deuxième année où il s'était retrouvé changé en pierre par le basilic.

Drago avait énormément pris sur lui pour suivre ses amis dans le stade de Quidditch, les souvenirs du dernier match étant gravés au fer rouge. Il n'avait rien avalé au petit déjeuner et avait combattu la nausée tout le chemin jusqu'à leurs places. Heureusement, pas de tracts abjects cette fois-ci. Seules les habituelles insultes sur son passage, rien de nouveau.

Le stade se vida rapidement et Drago décida de retourner à la Salle Commune de leur année. L'heure du repas était encore loin et il avait un devoir à terminer. Il s'en ouvrit à Hermione et Théodore qui approuvèrent l'idée. Ron et Harry les rejoindraient sûrement plus tard.

Drago venait de poser sa cape d'hiver, ses gants et son écharpe sur sa chaise, près de son lit. Ce fut en retirant son bonnet qu'il constata que quelque chose n'allait pas. L'épaisse laine adhérait à sa tête. Il tira plus fort, parvint à l'enlever, en même temps que la vive douleur de cheveux qui s'arrachent traversait son crâne. Il passa la main dans sa chevelure pour y trouver des masses dures et collantes à plusieurs endroits.

— Par Salazar ! Mais c'est pas possible ! hurla-t-il, faisant sursauter Théodore qui était à quelques mètres de là.

— Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda son ami, un air inquiet sur le visage.

— Encore un mauvais coup de ses abrutis de vengeurs de mes couilles ! Regarde-moi ce désastre… Je ne sais même pas ce que c'est.

Théodore s'approcha et se posta dans le dos de Drago pour observer ses cheveux.

— Je n'ai pas la moindre idée de ce que ça peut être, sûrement encore un truc moldu. Je vais aller chercher les autres, ils auront peut-être une piste.

Drago s'assit sur son lit en soupirant. Il était partagé entre le désespoir et la colère. Une envie de tout casser autour de lui était en train de monter. Il serra les dents à s'en faire mal, luttant contre des larmes d'énervement, ferma les poings et frappa son oreiller. Encore et encore. Il n'y avait plus que ça, plus rien d'autre n'existait que ses poings et ce coussin sur lequel il déversait sa haine, sa peur, son stress, sa tristesse, toutes ces émotions qu'on lui avait interdit d'exprimer toute sa vie.

Une voix finit par le sortir de sa bulle. Il se retourna vers la porte et se trouva face à Théodore, Hermione, Seamus, Ron et Harry, totalement figés. Alors qu'il descendait de son lit, il remarqua que des larmes mouillaient ses joues. Il les essuya d'un revers de manche et se sentit honteux de s'être laissé emporter ainsi. C'était la deuxième fois qu'il laissait libre cours à la colère depuis le début de cette histoire et il n'aimait pas ça. Malgré l'envie profonde de pouvoir exprimer ses émotions, son éducation lui hurlait que ce n'était pas digne d'un Malefoy. Il se sentait déstabilisé, tiraillé.

Les visages de ses amis trahissaient leur inquiétude et les yeux écarquillés de Ron montraient à quel point il était surpris. Il croisa le regard de Harry, angoissé d'y lire un éventuel jugement. Pourtant le Gryffondor en était bien loin, il avait les sourcils froncés et ses iris émeraude brillaient d'un éclat particulier. Théodore sauva la situation dans laquelle Drago se sentait englué.

— Venez voir, proposa-t-il simplement.

Le groupe s'avança, Ron restant à distance. Drago se retrouva obligé de s'asseoir sur une chaise pour que sa tête soit à une hauteur pratique pour Hermione, plus petite que les garçons. Le verdict ne fut pas long.

— Ce sont des chewing-gums moldus, annonça Hermione. Ça ressemble aux Bulles Baveuses, pour vous donner une idée, mais ça ne s'avale pas.

— Comment je vais me débarrasser de ça ? Il faut encore que je me rase la tête ? se désespéra Drago.

— Non, le rassura Harry. Il existe des astuces qu'on devrait pouvoir appliquer sans difficulté.

— Encore quelque chose que tu as vécu, n'est-ce pas ? s'enquit Drago, cherchant le regard du brun.

Harry opina du chef pour dire oui et détourna rapidement les yeux. Drago fronça les sourcils, Harry le fuyait.

— Je vais aller avec Ron à la cuisine pour récupérer des glaçons. En attendant, n'y touchez pas, ça ne ferait qu'empirer la situation, annonça Harry.

OooO

Harry ne cessait de tourner et retourner dans sa tête des tombereaux d'insultes à destination des enflures qui harcelaient continuellement Drago. Cette fois, ce n'était pas grand-chose, un simple incident qui aurait presque pu passer pour une mauvaise blague. Cependant, ça ne l'était pas du tout. L'accumulation des évènements était dure à supporter. Par ailleurs, la situation faisait écho à ce que Harry avait lui-même vécu dans l'enfance : un harcèlement de la part d'autres gamins de son âge. C'était la deuxième fois que le groupe qui voulait se venger de Drago usait de méthodes que l'on rencontrait dans le monde moldu, avec des objets provenant de ce monde. Ce n'était pas un hasard. Harry devait en parler aux autres.

Harry et Ron revinrent très rapidement de la cuisine avec un grand bol contenant des glaçons. Harry savait d'expérience que ça fonctionnerait, même si cela prendrait sûrement pas mal de temps, vu l'état de la chevelure de Drago.

Une fois de retour dans la pièce, Harry scella le dortoir d'un sortilège et insonorisa la porte. Il était hors de question qu'on les surprenne à discuter de la situation. Et tant pis si cela pouvait sembler curieux. Il y avait de toute façon peu de risque que quelqu'un veuille entrer d'ici la fin de la journée, tous les garçons du dortoir, excepté Justin, étaient présents. Et ce dernier n'y venait plus que pour dormir. Harry et Ron savaient pertinemment, pour en avoir entendu parler, que le Poufsouffle aurait préféré être dans l'autre dortoir. Alors y passait tout son temps.

— Hermione, Théodore, le but est de congeler les chewing-gums avec la glace. Ils devraient partir facilement ensuite. Ça va être un peu long, expliqua Harry en tendant le bol à son amie.

Il s'installa sur le lit de Drago, où Seamus était déjà. Ron se cala debout contre un des piliers du lit pendant que Hermione et Théodore commençaient à libérer les cheveux de Drago des masses collantes. Ce dernier était toujours assis sur sa chaise et Harry avait une vue parfaitement dégagée sur son profil.

Le silence s'installa, il n'y avait que des bruits de frottement et des soupirs de Drago. Harry s'en voulait de ne pas s'être imposé pour s'occuper lui-même du problème, mais il craignait de se laisser aller à un peu trop de familiarité. Personne ne savait qu'il avait l'habitude de shampouiner le Serpentard, qu'il adorait passer ses mains dans les douces mèches blondes. Et Harry avait terriblement peur que les autres remarquent que ses gestes étaient tout sauf maladroits, ainsi qu'ils auraient dû être. Par ailleurs, il avait une impérieuse envie de consoler Drago depuis qu'il l'avait surpris en rentrant dans la pièce avec leurs amis. Harry savait que le Serpentard allait mal, sinon il n'aurait jamais cédé à autant de violence. Mais il n'avait pas le droit de le faire en public, Drago avait été très clair à ce sujet. Tant qu'il ne donnait pas le feu vert pour le dire aux autres il préférait garder ses distances. Et c'était tellement dur !

Le profil de Drago était presque impassible. Harry le voyait se mordre l'intérieur des lèvres et froncer légèrement les sourcils. Et ce n'était pas seulement dû aux douleurs qu'il ressentait sûrement alors que Théodore et Hermione s'acharnaient sur ses cheveux. Il réfléchissait.

— Et si on en profitait pour faire le point sur nos suspects, demanda d'un coup Seamus, brisant le silence.

— Bonne idée, affirma Ron. Vous avez des pistes ?

Harry attendit un peu avant de prendre la parole. Il se doutait que Hermione avait déjà dû faire les mêmes déductions que lui et il préférait qu'elle en parle. Il l'observa un instant et échangea un regard avec elle. La jeune femme lui signe un signe de la tête, l'incitant à se lancer.

— Je suis certain qu'au moins une des personnes qui décide des attaques est née moldue, ou sang-mêlée connaissant très bien ce monde.

— À cause du feutre et des chewing-gums ?

Harry ne laissa pas paraître sa surprise, mais il aurait dû se douter que Drago aussi avait déjà fait le rapprochement, c'était un garçon intelligent.

— Et les sables mouvants. Mais oui. Pas seulement parce que les objets sont moldus, mais parce qu'ils sont souvent utilisés lors des cas de harcèlement scolaire. Sauf qu'ils ne sont pas destinés à ça normalement. Quelqu'un n'ayant pas vécu dans le monde moldu ne peut pas le savoir. Et j'irais même jusqu'à dire que cette personne a été à l'école moldue avant Poudlard.

— Ça se tient, confirma Seamus.

— La question est de savoir s'il y a une tête pensante ou plusieurs. Si l'on part du principe que c'est la vengeance d'une seule personne, ayant acquis quelques imbéciles à sa cause, cela réduit le champ d'investigation, continua Ron.

— Est-ce qu'on cherche parmi notre année d'abord ? demanda Théodore. Il se pourrait que le chef soit de la Huitième Année.

— Ou alors on lui a juste extorqué le mot de passe, grommela Drago. C'est un indice supplémentaire de savoir qu'il, ou elle, connaît bien le monde moldu, mais ça ne permet pas d'éliminer tant de gens que ça… Si on enlève les sang-purs et les sang-mêlés ayant grandi dans le monde magique, il doit rester au moins un tiers des élèves. C'est encore trop !

— Je pense qu'on peut écarter toute la Première Année, ajouta Hermione. Leurs compétences en magie sont limitées et ils n'étaient pas à Poudlard l'année de la Bataille, ils ne sont pas vraiment concernés.

— À condition qu'il n'y ait pas des petits nouveaux aussi doués que toi, ma chérie, taquina Ron. Avant même d'être répartie, tu en savais plus que moi en Troisième Année, à l'aise.

Hermione rougit et marmonna qu'il « disait n'importe quoi et que ce n'était pas difficile d'en savoir plus que lui de toute façon puisqu'il ne lisait jamais ». Harry, qui souriait déjà en voyant ses deux meilleurs amis se taquiner, éclata de rire quand Drago mima un haut-le-cœur. En jetant un œil à Seamus, il constata qu'il n'en était pas loin non plus.

— Qu'est-ce qui te fait rire comme ça, Harry ? s'étonna Théodore qui n'avait pas pu voir la grimace de son ami.

— C'est Drago, répondit-il une fois calmé.

— Je ne savais pas que j'avais un tel potentiel d'hilarité, Potter ! Je devrais peut-être faire carrière chez les saltimbanques !

— Rha, ferme-la, Malefoy. Même Seamus était à deux doigts d'éclater de rire. Si tu avais vu sa tête, Théo, totalement sérieuse et d'un coup, cette grimace ! C'était trop m…

Harry ferma brutalement la bouche avant de dire le mot de trop. Il ne riait plus du tout, il avait failli faire une énorme boulette. Il se fustigea mentalement, il devrait vraiment réfléchir avant de parler à cœur ouvert. Un peu plus et il allait dire que Drago était « trop mignon ». Impossible que cela ne provoque pas de questions de la part des autres, Harry ne se serait normalement jamais permis de dire quelque chose de ce genre devant Drago. Jamais. Il s'était laissé emporter par ses sentiments. Encore.

Sauf que tout le monde était en train de le scruter maintenant. Drago avait tourné la tête vers lui et Hermione et Théo avaient suspendu leurs gestes. Harry sentit leurs regards curieux et commença à s'empourprer. Il remercia sa carnation plutôt mate, avec un peu de chance ça ne se verrait pas.

— Tu allais dire quoi ? demanda Hermione.

Harry garda la tête haute et haussa négligemment les épaules.

— Marrant, j'allais dire marrant.

— Je rêve ou tu rougis, Harry ? s'exclama Seamus, le nez presque collé à la joue du concerné.

— Lâche-moi, Seam'. Si on en revenait plutôt au sujet qui nous préoccupe ?

— Celui des harceleurs ou celui qui te fait rougir quand tu parles de Drago ? ricana Ron en lui lançant un clin d'œil.

Harry le fusilla du regard, même son meilleur ami était en train de le torpiller. Le Gryffondor entendit très distinctement un énorme soupir et sans même l'avoir vu il savait qu'il s'agissait de Drago.

— Harry, l'appela-t-il.

— Quoi ? Tu veux aussi te moquer ?

— Je crois que tu peux laisser tomber ta comédie, à mon avis ils ont deviné. Ou n'en sont pas loin.

Tous les regards se tournèrent vers Drago, Harry le premier. Son cœur battait à toute allure et il avait les mains moites. Il les essuya discrètement sur son pantalon. Il ne comprenait même pas pourquoi il se sentait si stressé, il n'y avait pourtant aucune raison. Il savait déjà d'avance que l'annonce de leur couple serait synonyme d'une bonne nouvelle pour ses amis.

Harry écarquilla les yeux quand Drago tendit la main vers lui, paume ouverte vers le ciel. Le Gryffondor était bien obligé d'admettre qu'il ne s'attendait pas à un geste de sa part puisqu'il préférait les éviter. Il plongea ses iris dans le mercure de celles de Drago qui hocha un peu la tête pour l'encourager. Harry se leva et vint attraper la main tendue, entremêlant ses doigts à ceux de Drago. Ce dernier le tira alors vers lui et le Gryffondor se retrouva presque collé à son côté. Cette démonstration d'affection était parfaitement inespérée et fit battre un peu plus vite le cœur de Harry. Il échangea un nouveau regard avec Drago, ses yeux brillaient. Harry était heureux.

— Depuis quand ? questionna Ron, un sourire immense lui mangeant le visage.

— Après la soirée de Slug, répliqua Drago immédiatement, coupant l'herbe sous le pied de Harry.

Ce dernier aurait répondu différemment, il était pourtant certain que Drago avait pris sa décision seulement le dix-sept… Il faudrait qu'il en parle avec lui.

— Mais… tu m'avais dit qu'il était pas intéressé ! s'étonna le rouquin.

— C'est ce que je pensais… Je t'assure que j'ai été le premier surpris ! expliqua Harry.

Un petit rire discret fut rapidement étouffé dans le dos de Harry et Drago. Ils se retournèrent tous les deux vers le coupable : Théodore. Le jeune homme leur lança un regard amusé.

— Il n'y a vraiment que toi pour te mettre en couple un jour de Saint-Valentin alors que tu t'évertues à affirmer que tu n'es pas romantique, dit-il à l'attention de son meilleur ami.

— Mais ça n'a rien à voir ! C'est un simple hasard ! s'indigna Drago.

Les rires fusèrent autour du nouveau couple.

— Bon, quand vous aurez fini de vous foutre de ma gueule, est-ce que vous pourriez accélérer un peu les choses avec ces foutus trucs moldus dans mes cheveux ? s'agaça Drago.

— Je retire justement le dernier, répondit Hermione d'une voix légèrement chevrotante, maîtrisant visiblement difficilement son hilarité.

Le petit tas de chewing-gums fut mis de côté. Après avoir repris leur sérieux, il fut décidé que Seamus et Drago allaient reporter l'incident à la directrice avec les pièces à conviction. Harry, Théodore et Hermione se rendirent directement dans la Grande Salle pour le déjeuner, où ils se rejoindraient tous.

Les deux garçons avaient bien pris soin d'insister sur le fait que leur relation devait absolument rester secrète, ce qui avait semblé une évidence pour tout le monde. En quittant le dortoir, Harry souriait, bêtement heureux que leurs amis soient au courant de la situation.


Voilà pour ce chapitre 12, en espérant que vous avez aimé ! N'hésitez pas à m'envoyer plein de reviews encore ! Je m'y habitue moi ;)
A partir de maintenant, je vais pouvoir publier tous les jeudis, j'ai presque fini l'écriture de ma fiction.
Nous nous retrouvons dans une semaine, le 22 octobre 2020 pour la suite ! Le prochain chapitre s'intitule « Les ennuis continuent ».