Note de l'auteur: Bonjour à tous ! Comme d'habitude, nouveau chapitre ! Bon, après la scène un peu chaude de la dernière fois, on va revenir sur du plus calme, quand même... Mais du plus calme qui vous plaira j'espère. Je voulais vous remercier tous beaucoup d'avoir lu le dernier chapitre, et de me suivre jusque-là. Ca me fait immensément plaisir qu'on me lise et le moindre commentaire fait mes journées, sincèrement. Et un grand merci à toutes les personnes qui m'ont donné un retour sur le chapitre précédent, il comptait pas mal pour moi, et recevoir autant de retours positifs m'a rendu extrêmement heureux !

Alors, aussi, je vais poster simultanément un ou deux dessins illustratifs de ce nouveau chapitre sur mon Deviantart si ça vous intéresse, voilà voilà...

J'en profite pour répondre ici à la guest review du chapitre 11:

Pour Tara : Merci infiniment d'avoir pris le temps de me donner ton retour sur le chapitre précédent, ça a beaucoup compté, d'autant que c'est un plaisir de te lire ! Tu me vois ravi que le chapitre t'ait plu :) Je suis content que l'attitude de nos deux héros ait été à ton goût. Il fallait en effet quand même un peu d'audace de la part de Milo pour faire sortir Camus de sa jolie carapace de questionnements troubles. Ça me touche que tu le trouves adorable, mon Camus. Et oui, il n'a pas un passé très rose... Finalement, lui et Milo, ils font bien la paire. C'est effectivement dans l'adversité et la précarité qu'il a découvert ses pouvoirs, le mage des glaces. Un peu comme nous tous dans la vie, je suppose, on se découvre parfois des forces quand ça se passe mal, sans vouloir jouer les philosophes à deux balles x) Et merci pour tes éloges sur ce passage, vraiment (et pour les répétitions de mots, j'ai fait la chasse, mais malheureusement, surtout sur ce genre de passage, j'avais pas 36 options pour remplacer le mot "main" par exemple, donc, j'ai fait ce que j'ai pu ^^' ). Si ça te semble cohérent et si ça t'a fait plaisir de lire ce chapitre-là, c'est bien le principal, j'ai envie de dire :). Camus, pour le moment, a effectivement besoin de réfléchir, et avec tout ceci, ils vont devoir se remettre les idées en place... Ah, et puis, je suis ravi si tu trouves ça mignon, leur petite étreinte à tous les deux, j'aime bien les dépeindre comme ça, l'un contre l'autre, c'est des passages que j'adore écrire, personnellement. Et pour la suite de la mission, ça va reprendre, pas plus tard que dans ce chapitre-ci. Quant à sa finalité, eh bien, c'est un peu tôt pour te dire, mais j'espère que la suite du chemin te plaira autant que son début. Et c'est toi que je remercie de me lire, et de me donner ces retours qui me touchent beaucoup (ils sont un régal à lire, vraiment!). Ca me fait immensément plaisir de savoir que cet univers te plaît ! Et j'espère que tu aimeras cette suite, bien sûr.

Sur ce, tout le monde, je vous souhaite une agréable lecture.


Chapitre 12 – Les étendues glacées

La matinée était déjà bien avancée lorsque Milo s'éveilla.

Il était peu frais. Honnêtement, il avait davantage l'impression d'avoir fait un coma que d'avoir dormi. Tout lui semblait cotonneux, au mieux. A vrai dire, il avait tout de même vécu beaucoup de choses, la veille.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, son regard tomba directement sur Camus. Celui-ci n'avait pas beaucoup bougé de l'étreinte, si ce n'étaient… Ses mains, qui étaient fermement plaquées contre sa peau. Le mage avait trouvé le moyen de les glisser sous sa chemise, dans son dos, se rendit vite compte le chevalier. Milo constata aussi que leurs jambes étaient complètement entremêlées. Camus était parvenu à coincer un genou entre ses cuisses tout en dormant. Celui-ci avait encore le nez dans son cou, et il respirait profondément contre lui.

Milo se remémora la soirée de la veille. C'était vrai… Le massage, leurs ébats… Puis la panique de Camus… Et… Finalement, ils s'étaient endormis l'un contre l'autre. Milo ne se l'expliquait pas. Maintenant qu'il y repensait, il n'était pas tellement sûr de comprendre ce qu'il s'était passé. Lui-même, lorsqu'il avait proposé de lui faire un massage… Il avait su pertinemment que la situation risquerait de déraper. Il n'avait même attendu que cela, intérieurement. Cela avait fait quelques jours qu'il avait surpris Camus à… Être assez tactile avec lui. Il n'avait pas vraiment voulu analyser tout cela, au début. Il n'était pas vraiment là pour ça, à la base. Lui, il devait sauver une princesse… La plus belle femme du monde, soi-disant. Il aimait les femmes. Il en était certain.

Pourtant… Quand il s'était occupé de Camus, le soir précédent… Les choses n'avaient pas été comme d'habitude. Avec ses autres conquêtes, cela avait été agréable, sans aucun doute. Même très agréable. Mais avec le mage, tout lui avait semblé singulièrement… Intense. Et pas seulement parce qu'il était un homme. Milo se rendait compte qu'il se fichait bien que ses courbes fussent masculines, ou féminines. Ce n'était pas son genre qui l'intéressait. Il aimait Camus davantage pour sa personnalité singulière. Après, oui. Evidemment. Le mage était magnifique. Il n'avait aucun mal à l'admettre. Sa peau blanche était très délicate, son dos agréablement musclé, et ses cheveux lisses semblaient ruisseler comme un torrent sur ses épaules. Camus était séduisant. Mais c'était un ensemble de choses.

D'ailleurs, Milo était assez surpris de constater que Camus semblait le désirer inconsciemment, même dans son sommeil. Après sa panique, il ne s'expliquait pas comment et pourquoi son ami était dans ses bras, et lové contre lui de cette manière. Pas qu'il trouvât l'étreinte désagréable. Même loin de là. Mais il se posait un million de questions. Pour être honnête, il avait déjà pensé pousser un peu trop loin en proposant à Camus de le soulager de son désir. Il ne s'était pas attendu à ce que le mage réponde favorablement à la proposition, même s'il en avait été incroyablement satisfait sur le moment. Milo ne pouvait pas s'empêcher de penser que Camus devait être un amant divin. Il avait comme l'impression de n'avoir vu que la face émergée de l'iceberg.

Le chevalier sourit à son propre jeu de mots idiot. Puis, en revenant à ce qu'il faisait, il se rendit compte que lui aussi, il avait commencé à déshabiller un peu son ami pendant son sommeil. L'une de ses mains épousait la peau tiède du dos du mage. La chemise avait complètement été écartée du passage. Celle-ci était beaucoup remontée pour laisser la place à sa main protectrice. Et l'autre s'était perdue près de sa nuque, dans sa chevelure lisse. Ce toucher grisa Milo. Oh, si cela continuait… Il allait se rendre accro à la présence de son compagnon de route. Le processus était bien enclenché, se dit-il, fataliste. Le chevalier, qui avait les cheveux désordonnés de Camus dans son champ de vision, pencha un peu la tête pour perdre doucement son nez dedans. Il s'imprégna de leur parfum. Milo avait du mal à comprendre pourquoi il aimait tant cette proximité. Il était coutumier du désir. Mais une fois qu'il avait été assouvi, il ne voyait plus trop d'intérêt à d'autres étreintes. Là, il y avait une douce chaleur qui se propageait en lui. Elle pouvait s'apparenter à ce désir qu'il connaissait, mais la sensation était plus complexe. Plus subtile. Cela lui rappelait la plénitude d'un après-midi au soleil, comme s'il était allongé dans un champ d'herbe et de fleurs fraîches. Pas un soleil comme à la Place Militaire du Sanctuaire, agressif et cruel. Un soleil lumineux et bienveillant.

D'ailleurs, en parlant de son lieu d'entraînement, il se rendit compte avec soulagement qu'il n'avait pas le souvenir d'en avoir rêvé. Après, il ne se souvenait pas de tout. Néanmoins… Il avait vraiment l'impression d'avoir bien dormi. Un peu comme cette nuit dans la Forêt Noire, réfléchit-il. Enfin, non, pas vraiment, parce qu'il n'avait pas fait un rêve agréable, avant que la voix angoissée de Camus ne le réveille. Mais là, cette fois… Il n'avait pas été réveillé. Cependant, cela ne voulait pas dire avec certitude qu'il avait si bien dormi. Peut-être avait-il dérangé son ami sans le savoir, comme durant d'autres nuits. Il s'en voulait énormément à ce sujet, d'ailleurs.

Attendri un instant par la générosité dont Camus avait fait preuve avec lui concernant ses cauchemars, Milo eut envie d'embrasser le front du mage, contre lui. Le chevalier était bien moins bridé que son ami devant ce genre d'impulsions : il n'y résista pas. Ses lèvres se posèrent doucement sur la peau de son compagnon de route, toujours profondément endormi contre lui.

« Milo » soupira la voix ensommeillée de Camus à ce contact. Le chevalier en fut surpris, mais il laissa ses lèvres là où elles étaient. Il en avait envie. Il aimait cette sensation. Et pour le moment, il ne faisait de mal à personne.

« Milo… » Répéta le mage dans un murmure, sans se réveiller. L'intéressé sentit un frisson de bien-être le parcourir. Oui. Il aimait lorsque Camus prononçait son nom. Ces quelques syllabes s'échouèrent avec délice dans son oreille.

Les mains de Camus, dans son dos, cherchèrent à l'agripper plus fermement. Ses doigts appuyèrent franchement sur sa peau offerte, sous le vêtement.

« Vous êtes si… beau » souffla-t-il tout bas.

Milo écarquilla les yeux. Qu'est-ce que Camus venait de dire, là ? Il en avala sa salive péniblement.

Il ne manquerait plus que le mage se mette à faire un rêve érotique, pensa-t-il. Il ne sut s'il devait éclater de rire ou s'en embarrasser.

Qu'avait-il déclenché, au juste ?

Le chevalier eut sa réponse lorsque sur sa gorge, il sentit deux lèvres se poser délicatement.

Milo eut l'impression de manquer d'air, d'un seul coup. C'était la première fois que le mage mettait en contact ses lèvres et sa peau, réfléchit-il. La veille, il avait été le seul à le faire. Normal, c'était lui qui avait eu le contrôle de la situation. Camus avait été trop troublé pour tenter de lui rendre quoi que ce soit.

Le chevalier s'admonesta au calme. Camus n'était pas conscient ce qu'il faisait. Si cela avait été le cas, ç'aurait été une autre paire de manches. Milo jugea rapidement que pour le bien de son ami, il valait mieux que celui-ci ne s'éveille pas dans cette position. Le chevalier avait terriblement envie d'avancer un peu son cou pour mieux épouser cette bouche grisante, mais il se retint à grand-peine de le faire. Il fallait amorcer un mouvement inverse, se désengager de l'étreinte. La dernière chose qu'il voulait était effrayer encore Camus. Et il devait aussi le protéger de lui-même, apparemment. Milo avait réussi à construire une belle complicité avec son ami, et il ne voulait certainement pas la perdre pour des bêtises.

Milo essaya alors de se reculer un peu. Sa première tentative fut un échec. Camus, qui le tenait toujours, réaffirma tout de suite sa prise dans son dos pour qu'il ne lui échappe pas. Milo lâcha un rire amusé. C'était bien la première fois qu'on le prenait pour une grosse peluche, lui, l'assassin sanguinaire. Cela le changeait. En bien. En très bien, même.

Un grand sourire aux lèvres, Milo tenta une deuxième fois d'échapper aux bras inquisiteurs de Camus. Il avait bien noté l'information dans un recoin de son esprit : son ami le mage des glaces l'avait relégué au rang de gros doudou, dans son inconscient. Il ne trouvait pas que cela collait des masses à l'image qu'il se faisait de lui-même, mais enfin. Camus avait toujours eu un point de vue particulier sur lui, se dit-il, attendri et amusé.

En y mettant un peu plus de force, il arriva à se désengager des bras puissants qui voulaient le retenir. Lorsqu'il fut enfin libre, il entendit distinctement Camus pousser un geignement déçu. Milo laissa échapper un deuxième rire. Cette situation était complètement improbable.

Une fois levé du lit, Milo décida de laisser Camus se reposer encore un peu. Mû leur avait dit qu'avec un traîneau, ils arriveraient probablement au Village des Déserts en un jour et demi. Ils n'avaient pas à se presser pour aujourd'hui. Le tout était de ne passer qu'une nuit dans le Désert du Gel. Mais avec un équipement adéquat, ils n'auraient pas de souci, se dit-il. Enfin. Encore fallait-il le trouver.

Milo passa une main pensive dans sa chevelure rebelle. Puis, distraitement, il attrapa le ruban rouge qu'il avait dans ses affaires pour nouer ses cheveux derrière lui, en une queue de cheval basse. Il coula un regard vers le mage, qui avait le nez dans les oreillers, et les yeux décidément clos. Après tout, il pouvait aller se renseigner, pendant qu'il se reposait. Et leur ramener un petit-déjeuner.

Satisfait de son raisonnement, Milo décida de sortir de la chambre pour aller s'entretenir avec le patron de l'auberge. Pour une fois, il éviterait les pourparlers à Camus. Il avait trop tendance à laisser le mage s'occuper de l'organisation, et même si lui n'avait pas la même rigueur, il voulait s'investir un peu. Le chevalier enfila simplement ses bottes (silencieusement, pour éviter de gêner son ami) et il se dirigea vers la porte de la chambre.

Une fois dehors, il referma discrètement le battant, et il partit d'un pas conquérant vers rez-de-chaussée de l'auberge.

Lorsqu'il se retrouva devant le comptoir de l'établissement, Aldébaran était là, fidèle au poste. Il avait le nez dans un registre. Milo s'approcha de lui pour le contempler. C'était vrai qu'il était grand. Milo mesurait déjà un bon mètre quatre-vingt-cinq, mais l'homme en face de lui faisait au moins une tête de plus. Et au vu de ses muscles, il devait avoir au moins un passé de bûcheron, ou quelque chose du genre. Pourquoi tous les aubergistes de cette île étaient-ils des types étranges ? Se demanda-t-il, amusé.

Néanmoins, aucune moquerie ne transparut dans ses paroles lorsqu'il salua l'aubergiste d'une voix assurée.

« Bonjour, Aldébaran.

- Bonjour, Milo, répondit tout de suite l'intéressé, en levant immédiatement le visage de son registre. Que puis-je faire pour vous ? »

Milo lui fit un sourire.

« Vous avez retenu mon nom ? S'étonna-t-il. Vous avez une sacrée mémoire.

- J'ai du métier derrière moi, répondit l'aubergiste en lui rendant son sourire. Vous allez mieux depuis hier soir ? Le confort de la chambre était bon ?

- Oui, merci, acquiesça Milo. Tout était très bien. Et le dîner que nous a préparé Shura… J'ai rarement aussi bien mangé. Vous savez, c'est un ami à vous qui nous a conseillé l'auberge, et je suis ravi de l'avoir écouté.

- Je transmettrai vos compliments à Shura, déclara Aldébaran, visiblement satisfait. Un ami à moi ? Ça doit encore être un coup de Mû, ça. Vous n'auriez pas fait un petit tour dans la Forêt Noire, par hasard ?

- C'est exact, confirma le chevalier avec un léger rire. Lui et Shaka nous ont conseillé de faire escale ici.

- Il est bien gentil de me faire de la publicité, en tout cas, s'exclama Aldébaran avec un grand sourire. Sacré Mû. Cela fait un moment que je ne l'ai pas vu. Il vient ici de temps en temps, quand il en a marre de la solitude de la Forêt.

- Je vois, fit Milo d'un air absent. En fait, lorsque nous l'avons rencontré, il nous a dit que vous sauriez nous aiguiller vers des gens qui pourraient nous équiper. Nous voudrions traverser le Désert du Gel.

- Vous allez au Village des Déserts ? S'enquit le patron.

- Oui.

- Dans ce cas, expliqua-t-il, je peux vous louer du matériel moi-même. Nous avons un accord avec une auberge dans le Village, et nous nous échangeons du matériel à louer. Pour l'instant, il n'y a pas eu de fuite. Chaque auberge rapatrie le matériel échangé. Est-ce que cela vous intéresserait ?

- Oui, pourquoi pas, réfléchit Milo. Nous traversons le Désert avec votre matériel, et nous le laissons à l'auberge à l'arrivée, c'est bien cela ?

- C'est tout à fait ça, confirma Aldébaran.

- Vous nous louez quoi, exactement ? S'enquit Milo.

- Nous louons le traîneau, des chiens pour le tracter, et le nécessaire pour camper dans le froid sans mourir gelé. Essentiellement des couvertures et des peaux de bête, et quelques autres accessoires. »

Ah, c'est vrai, les chiens… Réfléchit Milo.

« Ne vous en faites pas, nos chiens sont bien dressés et ils connaissent le chemin, le rassura tout de suite Aldébaran. Et il y aura le nécessaire pour les nourrir dans le traîneau. »

Milo hocha de la tête, pensif.

« Pour combien est-ce que vous louez tout cela ? Voulut-il savoir.

- Vingt pièces d'or, le renseigna Aldébaran.

- Il faut que je consulte Camus avant de prendre une décision, déclara Milo. Mais merci pour toutes ces informations. D'ailleurs… Est-ce que vous sauriez où je pourrais m'acheter un manteau chaud, pour traverser le désert ?

- Il y a une boutique qui vend des vêtements sur la place principale de la Cité, l'informa Aldébaran. Vous y trouverez tout ce dont vous aurez besoin.

- Formidable. »

Il y eut un silence. Voyant que Milo n'avait pas l'air d'en avoir terminé, Aldébaran lui demanda :

« Vous aviez besoin d'autre chose ?

- Ah ! Oui, se rappela Milo. En fait, je venais aussi chercher un plateau de petit-déjeuner, si vous aviez.

- Ah, mais aucun problème, lui assura le patron. Shura ! »

L'associé, qui ne devait pas être loin, passa rapidement son visage à travers l'encadrement d'une porte.

« Oui, Aldé ?

- Il nous faut un plateau de petit-déj' pour la onze, le renseigna-t-il.

- Venez me le donner ici quand il sera prêt, offrit tout de suite Milo. Je le monterai moi-même. Pas la peine de vous fatiguer à faire tous les couloirs de l'auberge.

- Vous êtes sûr, monsieur ? S'enquit Shura.

- Oui, ne vous inquiétez pas. J'attendrai cinq minutes. »

Milo s'adossa simplement au comptoir, et Aldébaran retourna à ses occupations.

Shura fut particulièrement rapide et efficace. Cinq minutes plus tard tout pile, il s'avançait vers Milo avec un plateau rempli de diverses denrées, toutes plus appétissantes les unes que les autres.

« Ouah, vous avez fait vite ! S'exclama Milo en le voyant arriver.

- Je ne voulais pas vous faire attendre, s'expliqua Shura.

- Eh bien, merci beaucoup, lui sourit le chevalier.

- Prenez bien garde, c'est assez lourd, le renseigna le cuisinier en lui tendant le plateau.

- Oh, ne vous en faites pas, se vanta l'épéiste. J'ai de l'entraînement. »

Milo attrapa effectivement sans difficulté le plateau des mains de Shura.

Avec un remerciement, le chevalier tourna les talons et remonta à l'étage.

Lorsqu'il revint dans la chambre qu'il partageait avec Camus, ce dernier ne s'était même pas réveillé. Le pauvre, se dit Milo avec un sourire en coin, en refermant la porte derrière lui. Je l'ai vraiment épuisé, hier, pensa-t-il avec un pincement au cœur. D'habitude, il se sentait fier de ce genre de choses, mais là, il n'en tirait pas tellement de gloire.

Le chevalier alla poser le plateau à la place de celui de leur dîner, qu'il débarrassa ailleurs.

Une fois ce rangement sommaire accompli, il se tourna vers Camus pour l'observer. Au fond du lit, celui-ci dormait toujours paisiblement. Milo eut un sourire attendri devant ce qu'il voyait. Le mage lui semblait étrangement fragile, ainsi. Sa main lâche reposait toujours à l'endroit où il s'était trouvé plus tôt. Et son visage était à moitié enfoui dans son coussin, si bien que Milo ne put voir entièrement son expression.

Le chevalier secoua la tête, résigné. Il allait devoir le réveiller. Il n'avait pas envie de tirer le bel endormi de son sommeil réparateur, mais il avait l'intuition qu'il lui en voudrait de l'avoir laissé dormir trop longtemps. Et puis, il serait sans doute content de manger un bon petit déjeuner, décréta-t-il. Il était temps.

Milo s'avança donc doucement vers le lit, et s'assit discrètement sur le rebord. De là où il était, il put mieux apercevoir l'expression quasiment enfantine que le mage avait au visage. Le chevalier fit un doux sourire. Camus endormi était beaucoup trop craquant pour son propre bien.

Milo avança une main vers la silhouette étendue de son ami, et il la déposa avec attention sur son épaule.

« Camus… » L'appela-t-il dans un murmure, en le secouant doucement.

Ce dernier grogna simplement et enfouit encore plus la tête dans son oreiller.

Milo lâcha un rire amusé.

« Camus… Répéta-t-il, sur un ton un poil plus joueur. Allez… Réveillez-vous.

- Mmh… Geignit un peu son ami, manifestement grognon. Sommeil… »

Le chevalier s'avança un peu plus loin sur le matelas pour s'approcher de lui davantage. Il se pencha sur son oreille.

« Allez… Réveillez-vous, susurra-t-il tout bas. Je nous ai apporté un petit déjeuner. Vous n'avez pas faim ? »

Camus finit par ouvrir les paupières. Ses iris bleu océan croisèrent les yeux azur de Milo, qui était penché au-dessus de lui avec un sourire espiègle.

« Quelle heure est-il, marmonna-t-il de mauvaise grâce.

- Je ne sais pas trop. Dix heures et demie, par là, probablement », le renseigna Milo.

Camus sursauta net et voulut instantanément se redresser. Toutefois, les bras du chevalier le maintinrent en place sur le matelas.

« Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais sûr que vous réagiriez ainsi, le taquina-t-il.

- Lâchez-moi, Milo, lui ordonna Camus, qui s'irrita directement. Nous devrions être partis depuis longtemps.

- C'est bon, soupira Milo en levant les yeux au ciel. Le Village des Déserts est à un jour et demi de traîneau. Même si nous partions d'ici en début d'après-midi, nous serions dans les temps. Et puis, vous aviez besoin de dormir. »

Camus s'affaissa sur le matelas, en poussant un profond soupir. Ses yeux se refermèrent un instant.

« Eh, ne vous rendormez pas non plus, le rappela Milo, passablement amusé.

- Mh, mh », acquiesça Camus en rouvrant les paupières.

Les deux hommes échangèrent un regard.

« Comment avez-vous dormi ? Voulut savoir Camus, une lueur inquiète dans les yeux.

- J'ai bien dormi, répondit Milo avec un sourire rassurant.

- Vous en êtes certain ? S'enquit tout de même Camus.

- Oui, confirma-t-il. Je ne me souviens pas avoir cauchemardé. Et vous ? Je ne vous ai pas réveillé ?

- Pas le moins du monde », le renseigna le mage.

Camus lui adressa un sourire discret. Il commençait à se dire que sa théorie avait quelques chances d'être exacte.

Le mage posa légèrement une main sur une de celles de Milo, qui était en appui sur le matelas au-dessus de lui.

« Je suis heureux que vous ayez pu vous reposer, Milo, déclara-t-il sincèrement. Et… Merci de m'avoir laissé dormir un peu plus, ce matin. Je crois que j'en avais besoin. »

Milo resta silencieux. Il se contenta de hausser les épaules avec un sourire.

« C'est gentil à vous d'être allé nous chercher un petit déjeuner, continua Camus. Est-ce que vous me laisseriez prendre un bain avant que nous ne le partagions… ? Je suis dans un état… Inquiétant. »

Le mage fit une légère grimace pour illustrer son propos. Le chevalier élargit son sourire.

« Tout ce que vous voudrez, Camus. Mais je vous rassure quand même : votre aspect n'est pas catastrophique. »

Loin de là, même, pensa le chevalier.

« Merci, Milo », répondit le mage, un peu rasséréné.

Celui-ci se leva doucement du lit sous le regard attentif de Milo. Sans perdre de temps, il alla s'enfermer directement dans la salle de bain, pour se débarrasser de la crasse du voyage.


« Bon, Milo, vous choisissez, maintenant ? »

Dans la petite boutique de vêtements de la Cité, Milo était en train d'enfiler des manteaux tous aussi élégants et chauds les uns que les autres, mais il n'arrivait pas à se décider. Après leur petit déjeuner commun, Milo avait décrété avoir besoin de s'en acheter un pour se protéger davantage du froid. Le mage, qui était bien d'accord avec ce raisonnement, avait choisi de l'accompagner dans la boutique. Cependant, cela faisait une bonne demi-heure que le chevalier se débattait avec différents types de manteaux, et que le mage le regardait enfiler des tenues toutes plus ravissantes les unes que les autres. Camus, qui voyait le temps passer avec inquiétude, commençait à perdre patience.

« Mais, Camus, je ne sais pas lequel prendre, plaida Milo d'un air penaud. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres ! Et je n'ai jamais été dans un désert gelé, moi. Je ne sais pas comment il faut s'équiper.

- Mais vous prenez des heures, s'irrita le mage. Vous ne voulez pas simplement choisir celui qui vous plaît le mieux ? Je suis sûr qu'ils sont tous égaux contre le froid, ces manteaux. »

Le chevalier souffla. Il n'avait pas l'habitude d'acheter des vêtements, lui. Il avait son armure de chevalier, quelques chemises et pantalons, et puis c'était bien tout.

Milo tourna des yeux suppliants vers son ami.

« Vous ne voudriez pas choisir, vous ? Lui demanda-t-il. Vous avez beaucoup de goût !

- Mais ce ne sont pas mes habits, le contredit immédiatement le mage.

- Dites-moi quel manteau vous préférez ! Celui dans lequel vous me trouvez le plus beau, plaida-t-il. Je prendrai celui-là. »

Camus n'osa pas faire remarquer à Milo qu'il arriverait à le trouver séduisant même dans des guenilles. Son ami était magnifique quel que fût le manteau dans lequel il était habillé.

« Vous ne devriez pas vous ranger devant mon avis, lui affirma Camus. Ce sont vos habits, et votre personnalité, et…

- Et vous êtes là avec moi pour me conseiller, le coupa Milo. Allez, dites-moi, s'il vous plaît. A moi, ils me plaisent tous. »

Camus poussa un profond soupir résigné. Il sentait que Milo n'en démordrait pas. Il désigna à son ami un long manteau noir fourré à l'intérieur et aux liserais dorés. Puis il se saisit d'une belle écharpe rouge vif qui traînait sur un étalage non loin.

« J'aime ce manteau sur vous, annonça-t-il sommairement. Et avec cette écharpe, cela complètera admirablement la tenue. Maintenant, allez payer, s'il vous plaît. »

Milo s'illumina face au choix du mage des glaces.

« Merci, Camus ! S'exclama-t-il, tout sourire. Je prendrai bien soin de ces affaires, c'est promis ! »

Le chevalier sautilla pratiquement jusqu'au comptoir avec ses affaires en main.

Camus retint de justesse un sourire attendri. Milo était vraiment un gamin…


Vers le milieu de la journée, il fut temps pour les deux hommes de quitter la ville. Camus et Milo avaient décidé, après avoir discuté ensemble, de louer un traîneau à Aldébaran. Ils avaient payé pour la chambre, les repas et la location, et désormais, ils étaient à la porte Nord de la Cité avec le traîneau et les vivres. Les chiens étaient prêts et attelés au transport qu'ils devaient tirer.

Milo les aima tout de suite. Il les trouvait incroyablement mignons avec leurs grandes oreilles et leurs poils longs. Aldébaran leur avait expliqué comment les guider. Le chevalier n'écouta pas grand-chose, occupé qu'il était à caresser les canidés. Ce fut Camus qui enregistra tous les conseils. Les chiens étaient doux, et ils n'auraient aucun problème avec eux. Et puis, si Milo les aimait bien, le mage savait d'instinct que le voyage se passerait bien. Le chevalier avait de bonnes intuitions, et Camus était déterminé à les écouter.

Le traîneau était assez grand : il y avait suffisamment de place à l'intérieur pour y poser leurs deux sacs remplis de vivres et de quoi camper, dans l'environnement peu hospitalier qu'était le Désert du Gel.

« Lorsque vous arriverez au Village des Déserts, dirigez-vous à l'Auberge de la Bonne Etoile. Là-bas, Shaina, la patronne, vous reprendra le traîneau et les chiens », leur avait expliqué Aldébaran.

Cette fois, il n'était plus vraiment question d'aller vers l'Est. Ils ne l'avaient que trop fait, et dorénavant, c'était majoritairement un voyage vers le Nord de l'île qui s'imposait aux deux amis. En traversant le Désert dans cette direction, ils ne tarderaient pas à atteindre leur objectif.

Milo, affublé dans son nouveau manteau et sa belle écharpe vive, semblait très enthousiaste à l'idée de ce nouveau mode de transport. Il était heureux de cesser un peu de marcher. Et puis, en compagnie de ces chiens trop mignons… Que pouvait-il mal se passer ?

Lorsque les deux compagnons de route furent installés à l'avant du traîneau, Camus en prit les rênes. De la manière qu'on lui avait expliquée, il ordonna aux chiens d'avancer. Milo se retourna une dernière fois pour détailler la porte de la ville qu'ils allaient quitter.

« Je serais bien resté un peu plus, pour visiter, déclara-t-il sincèrement. Je trouve que les maisons ici sont vraiment très jolies. Je n'en avais jamais vues de semblables. A la Citadelle Bénite, tout est en pierre. Ça change, le bois. »

Camus haussa les épaules.

« Nous allons découvrir d'autres choses, le consola-t-il. Au moins cette escale aura été reposante… »

Milo lui offrit un joli sourire.

« Vous avez raison, agréa-t-il. J'ai hâte d'en voir plus. Et je crois que je n'aurais jamais pu faire de voyage plus agréable qu'en votre compagnie. »

Les joues de Camus se teintèrent d'elles-mêmes de rouge sous l'œil amusé de Milo.

« Ne dites pas de bêtises, Milo, je vous en prie. Ma présence ne change rien à l'architecture.

- Oui, mais elle a changé quelque chose à mes vêtements, répliqua le chevalier avec un clin d'œil. Merci de m'avoir aidé. Vous aviez raison : j'aime beaucoup ce manteau.

- Il vous va très bien, affirma Camus d'un air détaché. Ravi que vous en soyez heureux. »

Le chevalier lui rendit simplement un sourire charmeur.

Les deux hommes, conformément à la direction qu'indiquait le pendentif que portait toujours Milo, s'enfoncèrent dans le Désert du Gel.


Ce jour-là, le trajet fut assez silencieux. En fait, ce fut tout simplement parce que Milo, qui ne savait pas rester en place deux minutes assis à l'avant du traîneau, avait eu l'idée de demander à Camus son livre. Le mage, qui se chargeait de vérifier la route qu'ils suivaient, et la bonne marche des chiens devant eux, ne pouvait s'octroyer ce luxe. Alors il accepta de prêter son livre à son ami. Après tout, il ne devait lui rester qu'une ou deux pages de lecture… Autant dire que le chevalier ne lui ferait pas vraiment perdre le fil de son histoire. Il finirait le livre, mais plus tard. De toute façon, il en connaissait la fin.

Pendant une bonne partie de l'après-midi, une image très inhabituelle s'inscrivit alors sur la rétine du mage des glaces. Milo, à côté de lui, avait ouvert l'ouvrage, et semblait très concentré à le déchiffrer. Il avait la mine extrêmement attentive. Camus n'avait jamais vu Milo lire… Et c'était quelque chose d'étrange que leurs occupations se trouvent ainsi inversées. En tout cas, le mage espérait que son ami aimerait l'histoire. Ce livre faisait partie de sa vie depuis un moment, et il ne savait dire pourquoi, mais cela le peinerait que Milo le juge inintéressant.

Heureusement, cela n'eut pas l'air d'être le cas. Le chevalier lisait lentement (il avait bien dit qu'il n'en avait pas l'habitude), mais il resta vissé longtemps sur sa lecture. Camus, lui, laissa dériver son regard sur le décor plat et blanc du Désert. Il se sentait vraiment très petit et fragile au milieu de ce paysage, même si lui y était plus à son aise que Milo. Ces grands espaces étaient assez impressionnants. Et comme la ville qu'ils quittaient avait disparu de derrière l'horizon depuis plusieurs heures maintenant, plus rien de notable ne venait faire changer le paysage. Le mage avait l'impression de se trouver sur une page blanche. Il était en train de tracer un sillon au milieu, avec le traîneau.

Le temps, au-dessus d'eux, finit par se couvrir. Honnêtement, jusque-là, ils avaient eu de la chance avec la météo, se rendit compte Camus. Ils n'avaient jamais eu de pluie. Seulement un peu de brume dans les Marais Poisonneux au début de leur voyage, et cela avait été bien tout. Peut-être se mettrait-il à neiger, pensa-t-il. Cependant, il espérait que si cela arrivait, ce ne serait pas trop violent. Milo avait l'air de bien supporter le froid dans son manteau, mais Camus doutait qu'il soit assez chaud pour le protéger d'un blizzard de neige. Si une telle chose devait se produire, ils seraient obligés de s'arrêter et de se mettre à l'abri, se dit-il.

Une petite quinzaine de minutes plus tard, comme l'avait pensé Camus, les premiers flocons de neige tombèrent doucement du ciel.

« Ah, ben voilà autre chose », prononça Milo en relevant la tête, confus.

Camus le dévisagea.

« Vous avez vu ? Y'a de la poudre blanche qui tombe du ciel… » Déclara Milo, circonspect.

Le mage resta interdit un instant. Et soudain, il partit dans un grand éclat de rire. Son ami en sursauta.

« Ben quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? » S'enquit-il, un poil vexé de la réaction de Camus.

Celui-ci n'arriva même pas à lui répondre. Il était trop occupé à tenter de se maîtriser.

Lorsqu'il finit par parvenir à calmer son fou rire, il s'expliqua.

« De la poudre blanche, répéta-t-il en se passant une main sur le visage. Oh, Milo… Vous êtes impossible, parfois… »

Puis il recommença à rire. Milo haussa les sourcils.

« Et alors ? S'enquit-il, troublé de voir Camus rire autant. C'en est pas ? »

Le rire du mage des glaces redoubla.

« Milo ! C'est de la neige ! S'exclama Camus en secouant la tête. Pas de la poudre blanche ! »

Milo leva le nez, nettement surpris.

« De la neige ? Répéta-t-il, pensif. C'est à ça que ça ressemble, alors ? Je n'en avais jamais vu tomber. »

A côté de lui, Camus arriva à reprendre le contrôle de lui-même.

« Oui, c'est de la neige, confirma-t-il plus sérieusement. C'est simplement des cristaux d'eau gelée, que vous voyez. »

Le chevalier regarda autour de lui, ébahi du spectacle.

« C'est beau », commenta-t-il sobrement.

Puis il se tourna vers Camus.

« C'est vraiment de l'eau ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils. Je vous jure qu'on dirait plus de la poudre, quand même. »

Le mage lui fit un sourire.

« Oui, c'est de l'eau. Tendez une main en avant pour attraper un flocon, vous verrez. »

Milo fit ce que Camus lui avait demandé. Il étendit une main devant lui, et un flocon de neige ne tarda pas à s'y poser, et fondre instantanément au contact de sa peau.

« Incroyable » murmura Milo, émerveillé par le phénomène.

Camus lui fit un doux sourire.

« C'est vraiment la première fois que vous voyez neiger ? L'interrogea le mage des glaces, incrédule.

- Il n'y a jamais de neige à la Tour de Garde, répondit Milo en haussant les épaules. Et encore moins à la Place Militaire du Sanctuaire.

- Vraiment ? Mais à la Citadelle Bénite, l'hiver… J'ai déjà vu de la neige, il me semble, réfléchit Camus.

- Vous savez, je ne suis pas beaucoup allé à la Citadelle de ma vie, lui avoua Milo. Et les rares fois où je l'ai fait, c'était toujours à la belle saison. »

Il y eut un silence entre eux.

« Je comprends mieux votre émerveillement lorsque vous avez vu mes pouvoirs pour la première fois, commenta Camus.

- Mais ce n'est pas vous qui faites neiger, là, si ? S'assura tout de suite Milo.

- Non, ce n'est pas de mon fait, le rassura Camus avec un sourire en coin.

- J'ai déjà vu de la glace, lui expliqua Milo. Parfois, l'hiver, à la Tour, il peut geler, mais ce n'est que pendant des nuits très claires. Il ne pleut quasiment jamais.

- Je vois, acquiesça Camus. Voilà qui explique votre réaction. »

Le mage devait bien avouer qu'il ne s'était pas attendu à ce que son compagnon de route découvre littéralement le phénomène. Pour lui, il n'y avait pas plus ordinaire que la neige. Camus se demanda comment Milo faisait pour rester à longueur de temps dans ces régions irradiées par le soleil, et ce, sans le moindre répit. Cela devait être éprouvant.

Le chevalier, à côté de lui, continuait à regarder les flocons tomber d'un air béat. Le spectacle était vraiment particulier, pour lui. Quelle drôle de chose, la neige.

« J'espère qu'il ne neigera pas trop, déclara Camus, redevenu impassible. Je doute que les chiens aient envie d'avancer dans un blizzard trop épais. Vous n'avez pas froid ?

- Ça va, répliqua Milo avec un sourire. Je ne vous retourne pas la question, j'imagine.

- Ce serait superflu. »

Milo rit légèrement.

« Cela faisait partie de votre entraînement, de vous habituer au froid ? Voulut savoir le chevalier.

- Oui, confirma Camus. Vous vous doutez bien que pour manipuler de la glace, il vaut mieux qu'on se fasse à son contact.

- C'était difficile ? Demanda-t-il encore.

- Sans doute, fit le mage en haussant les épaules. Au début, surtout. J'avais beau avoir arpenté la Cité des Glaces en plein hiver… Certaines fois, j'ai bien cru mourir gelé. Mais… Mes pouvoirs étaient là, et ils m'ont toujours sauvé. »

Milo hocha de la tête, pensif.

« Vous étiez fait pour cela, affirma-t-il d'un air absent.

- Peut-être, répliqua Camus sans grande conviction. J'ai appris, voilà tout. Je ne sais pas si cela veut dire grand-chose, d'être fait pour une activité. Nous avons des aptitudes naturelles, mais… Nous ne sommes pas obligés de les suivre pour autant. »

Le chevalier le regarda, perdu dans ses pensées.

« C'est quand même bien d'avoir quelques talents naturels, pourtant, fit-il après un temps de silence. Si je n'en avais pas eu… je ne sais pas si je serais à vos côtés aujourd'hui.

- Peut-être, admit Camus. Mais… Finalement, vous ne connaissez bien que les aptitudes qu'il vous a été utile de développer, vous ne croyez pas ?

- Je pense qu'il y a toujours des choses à apprendre sur nous, oui, agréa Milo. Vous avez bien raison. Regardez, moi, je viens de découvrir la neige à l'instant. »

Un sourire discret se forma sur les lèvres du mage.

« Ce n'est pas une aptitude, ça, releva-t-il.

- Peut-être, mais vous avez compris ce que j'ai voulu dire, répondit Milo, qui n'en doutait pas. Et puis… L'expérience est agréable. »

Le mage le dévisagea un instant, un air paisible sur son beau visage.

« Ravi d'avoir partagé cela avec vous, fit-il sincèrement. Je ne croyais pas faire découvrir un jour la neige à quiconque, mais on dirait que je m'étais trompé.

- Vous voyez ? Rit le chevalier, enjoué. Moi, je trouve ça très approprié de découvrir la neige en compagnie d'un mage des glaces. »

Milo posa une main sur l'épaule de Camus, à son côté.

« Et ne vous inquiétez pas : même en sachant ce qu'est la neige, je trouverai toujours vos pouvoirs merveilleux. Ça ne changera pas. »

Le mage secoua la tête, amusé et gêné.

« Décidément, je crois que je ne me ferai jamais à vos louanges, Milo, se résigna-t-il.

- Je sais, lui sourit son ami en réponse. Et ça ne m'empêchera jamais de continuer. »

Milo plongea dans les yeux de Camus un regard complice. Ce dernier répondit simplement par un sourire très discret.