DISCLAIMER : Cette fiction est une traduction de A Shot in the Dark par Silver_pup disponible en anglais sur ffn et sur ao3
Cette traduction est aussi disponible sur AO3.
Je ne possède ni cette histoire ni l'oeuvre originale du hobbit, seulement la traduction en français du texte
« QUOI ?! COMMENT CA IL EST PARTI ?! »
Dwalin leva les yeux de sa soupe et regarda la porte. Il pouvait entendre Dain alterner entre jurer férocement, et interroger le pauvre bâtard qui avait réussit à l'énerver. Il ressentit une brève surprise à la colère du nain – Dain restait calme même quand les choses tournaient mal ; comme la fois où lui et Thorin avaient décidé de voler le livre préféré du Roi Thror, « La Maîtresse de la pierre du maçon, » avant de se faire attraper par le roi lui-même – mais fut surtout curieux de savoir la raison de cet colère. Peu importe ce que c'était, ça devait être gros.
A sa grande joie, Dain entra dans la salle avec un visage aussi rouge que les cheveux de Gloin, les tresses défaites. Il ressemblait à une belette retournée au milieu de sa sieste. Quand ses yeux bleus se posèrent sur Dwalin, ils se réduisirent à deux fentes. Il alla vers le guerrier et lui jeta une enveloppe froissée au visage.
« Lis ça. Maintenant, » Gronda le seigneur avant de tourner les talons en un mouvement de cape dramatique, parce qu'il était secrètement aussi dramatique que Thorin l'était en face de Bilbo.
« Attends, pourquoi ? De qui est-ce que ça vient ? » Demanda-t-il alors que Dain s'éloignait. « Dain ! »
« Lis la ! » Rugit l'autre nain sans se retourner. « Et je vais dire à notre stupide cousin que son abruti de fiancé s'est enfui au Mordor ! »
Dwalin lâcha son bol de soupe. « QUOI ?! »
« Maître Balin ? J'ai une lettre pour vous de la part du seigneur Dain. »
Balin hocha la tête et tendit la main sans détacher son regard des papiers qu'il lisait. « Merci. Vous pouvez y aller. »
Le domestique lui donna une épaisse enveloppe avant de s'incliner et de partir. Balin la jeta sur la table et finit de lire ses rapports avant d'enfin regarder la lettre de Dain. A sa surprise, l'écriture sur l'enveloppe n'était pas composée des traits familiers auxquels il s'attendait. Curieux, il attrapa la lettre, brisa le sceau, et lut l'écriture excessivement ronde.
Ce qu'il lut fit s'arrêter son cœur.
« Oh non. Bilbo… qu'avons-nous fait ? »
« D'oncle Dain ? A propos de quoi ? » Se demanda Kili en prenant l'enveloppe des mains d'un des gardes personnels de Dain.
« Attends, c'est l'écriture de Bilbo, » Réalisa Fili en scannant sa propre enveloppe jaune. « Pourquoi est-ce qu'il nous envoie des lettres ? »
Le garde haussa les épaules. « Je ne sais pas. Seigneur Dain m'a juste demandé de vous donner ces lettres. »
Fili échangea un regard avec son frère avant de renvoyer le garde inconnu. Une fois l'étranger partit, il ouvrit la lettre et commença à lire. Cinq minute plus tard, la lettre finit froissée sur le sol alors qu'il se jetait sur son frère toujours en train de lire. Kili couina et l'attrapa d'un bras alors que l'autre se tendait derrière lui pour garder son équilibre et ne pas tomber de sa chaise.
« Fili ! Qu'est-ce que tu fous ?! » Cria-t-il en repoussant les tresses blondes qui lui tombaient sur le visage. « Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?! »
« Tu étais censé mourir, » Dit Fili d'une voix rauque en serrant son petit frère encore plus. « On devait mourir tout les deux. Nous étions censés mourir… »
Il sentit Kili se détendre légèrement dans ses bras mais il n'osa pas le lâcher. « Fee, qu'est-ce que… ? »
« Lis ta lettre, Kili, » Dit-il en enfonçant son visage dans les boucles noires de son frère, en faisant de son mieux pour ne pas imaginer un monde sans son petit frère à ses côtés. « Lis-la. »
« Mon frère ? Qu'est-ce que tu lis ? » Demanda Gloin en rentrant dans la salle qu'Oin avait clamée comme la sienne. Son frère aîné était devant une table couverte d'herbes, d'outils et d'autres machins de guérisseurs qu'il connaissait, mais ne partageait jamais. Oin était toujours énervé par son manque de connaissances alors il faisait toujours en sorte de jouer aux idiots devant lui pour l'agacer.
Le guérisseur ne répondit pas alors qu'il continuait à lire la lettre entre ses mains. En le regardant, les yeux de son frère aîné commencèrent à s'écarquiller avant de se plisser, et finirent par se remplir de larmes. Il renifla quelques fois mais ne laissa pas les larmes couler, et Gloin ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Oin préfèrerait embrasser un elfe plutôt que de pleurer devant son petit frère.
« Sérieusement, qu'est-ce que tu lis ? » Demanda-t-il à nouveau en s'approchant de l'autre nain. « C'est une autre lettre de Dis ? Je sais que vous avez un affreux lien où vous aimez tous les deux torturer Thorin avec de la culpabilité et de la médecine, mais je ne pense pas que ce soit le moment de se plaindre à elle - »
« Gloin, » L'interrompit Oin sans lever la voix ou détacher les yeux de sa lettre, « Je pense que je viens d'apprendre quand je vais mourir. »
« Bofur ? Est-ce que c'est réel ? » Se demanda Bombur en levant les yeux de sa lettre pour fixer le nain en face de lui. Bofur l'ignora et continua à lire sa lettre avec des yeux de plus en plus sombres chaque seconde. Il ne blâmait pas son frère. Son propre estomac était tordu, et il ne savait pas s'il voulait pleurer ou crier.
« Oh, qu'est-ce qu'on a fait ? » Dit-il à voix haute en pensant à leur ami halfling qui avait sacrifié plus que ce qu'il pensait possible. « Nous nous sommes méfiés de lui pendant si longtemps ; cela a du lui faire si mal ! Et Thorin ! Comment avons-pu le laisser lui et les princes mourir - »
« Bombur, » Interrompit Bofur en regardant enfin son frère. « Je pense que Bilbo a eu les yeux plus gros que le ventre. »
« Est-ce que tu te fous de ma gueule ?! »
« Dori ! Pas en face d'Ori ! » Gronda Nori avec une expression moqueuse en couvrant les oreilles d'Ori.
Dori – à sa grande surprise – l'ignora et continua à faire les cent pas en lisant la lettre entre ses mains. Ori tenait une lettre similaire entre les siennes, et la lisait rapidement avec une précision remarquable. Sur les genoux d'Ori se trouvait une lettre fermée avec le nom de Nori inscrit dessus. Il plissa les yeux en regardant l'écriture mais ne put que vaguement se rappeler l'avoir déjà vue.
« Nori, je pense que tu devrais lire ta lettre, » Dit lentement Ori en lui tendant l'enveloppe avec son nom dessus sans lâcher sa propre lettre des yeux. Nori haussa les épaules et prit le parchemin avant de l'ouvrir avec l'une de ses dagues. Il lut rapidement la lettre à l'intérieur, et sentit le sol s'ouvrir sous ses pieds.
« Oh merde. »
« Thorin ? Est-ce que ça va ? »
Il ignora Balin et continua à fixer la lettre entre ses mains. Même s'il l'avait déjà lue d'innombrables fois, pour une raison quelconque, il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'apprendre. Bilbo était revenu dans le temps ? Pour les sauver ? Pour sauver Fili et Kili ? Pour sauver Thorin ? Il n'avait jamais entendu parler de quoi que ce soit de ce genre. Mais plus il y pensait, plus les pièces du puzzle se complétaient : le comportement de Bilbo à leur rencontre ; ses actions protectrices ; sa loyauté féroce et son affection pour des nains qu'il ne connaissait pas…
Il regarda la dernière phrase écrite sur le papier. D'une écriture bouclée, il était écrit, 'Je t'ai aimé pendant quatre-vingts ans et t'aimerais pendant quatre-vingts de plus.' L'amour perdu de Bilbo – celui dont il parlait avec tant de respect, pour qui il avait pleuré, et qu'il avait continué à aimer même quand c'était à sens unique – n'était pas un idiot inconnu.
C'était Thorin.
« Balin… j'ai fait une grosse erreur, » Dit-il doucement en pliant la lettre et en la rangeant dans son manteau.
Son plus vieil ami hocha lentement la tête. Balin avait l'air d'avoir pris dix ans de plus juste en lisant la lettre de Bilbo. « Je pense que nous l'avons tous fait, intentionnellement ou non. Maintenant la question est que faisons-nous ? »
Le souvenir de la voix de Bilbo lui parlant pendant son sommeil le railla. Il avait été sa seule lumière dans ses cauchemars de mort et de folie. « Va chercher les autres. Maintenant. »
Balin cligna des yeux. « Quoi ? Pourquoi ? »
Thorin montra les dents en ce qu'il savait être un sourire carnassier. « Parce que nous allons au Mordor. »
« Non. »
Le regard de Thorin devint encore plus noir alors que les nains autour de lui commençaient à se tendre et à gronder comme un groupe de chiens. Dain était tenté de lancer un bâton pour voir ce qu'ils allaient faire. S'ils le chassaient, alors il ne s'empêcherait plus de faire des blagues de chien.
« Je ne me souviens pas avoir demandé ta permission, » Grommela Thorin en tentant d'avoir l'air féroce et menaçant. Mais Dain se souvenait de la fois où son cousin avait rasé ses sourcils à cause d'un pari, alors c'était assez dur de le prendre sérieusement.
« Dommage que tu en ai besoin avant de pouvoir partir chercher ton petit hobbit, » Rétorqua-t-il en croisant les bras, et en s'appuyant contre le mur derrière lui.
Dwalin ricana et lui lança un sourire mauvais. « Aux dernières nouvelles, ce n'est pas dans ta montagne que nous nous trouvons. »
« Non, ce n'est pas mon royaume, » Acquiesça-t-il parce qu'il savait que son calme énervait Dwalin, « mais je suis celui avec l'armée dont tu auras besoin pour envahir le Mordor et sauver ton aimé. »
Aux côtés de Thorin, Dwalin siffla avec quelques autres dont il ne se souvenait plus des noms. Il savait que leurs noms commençaient avec un B et qu'ils faisaient partie de la même famille, mais c'était tout. Ils n'étaient pas de noble naissance après tout, et il ne faisait pas l'effort de se souvenir des noms des paysans. De l'autre côté de Thorin, Balin avait l'air pensif alors qu'il fixait le plafond.
« Il a un point. Nos forces sont surtout composées des soldats de Dain, Thranduil, et Bard. Sans eux, nous n'avons que la compagnie et peut-être Gandalf pour faire face au Mordor, » Pointa Balin, la voix de la raison. Parfois Dain était émerveillé par le fait que Dwalin ait pu grandir avec un nain pareil comme grand frère, mais ne savait toujours pas comment utiliser ses mots correctement.
Les épaules de Thorin se raidirent et son visage déjà pâle le devint encore plus. Même s'il était évident qu'il avait mal, son idiot de cousin avait insisté pour s'asseoir dans son lit après avoir convoqué Dain et sa compagnie pour discuter des lettres du hobbit. Il ne les avait pas lues, mais de ce qu'il avait vu du sorcier, ce que le halfling leur avait dit les avaient perturbés.
« Est-ce que tu me refuses ton aide ? » Demanda doucement son cousin.
Il leva les yeux au ciel. « Non, imbécile, alors arrête de me foudroyer du regard. Je vais t'aider à récupérer ton hobbit, mais d'abord repose toi et guérit. Tu seras inutile si tu meurs avant d'atteindre le Mordor. »
« Bilbo est là-bas seul et sans protection, » Contra Thorin parce qu'il était un bâtard têtu, très têtu. « Nous ne pouvons pas nous attarder en sachant ça ! »
« En fait, il n'est pas seul, » Admis un nain large et rond, levant une main en l'air. « J'ai entendu Gandalf dire que Bilbo avait emmené son animal de compagnie, sa nouvelle maîtresse, et l'elfe flippante avec lui. »
Oin lui lança un regard qui disait qu'il reconsidérait sérieusement l'opinion du nain. « Quelle partie de cette phrase est censée nous rassurer ? »
« Comment ça il a emmené sa maîtresse ? » Cracha Thorin en se tournant vers le roux. « Depuis quand est-ce qu'il a une maîtresse ? »
Un des autres nains aux cheveux auburn – le furtif qui n'arrêtait pas de faucher les couteaux des gardes pour s'amuser – ricana bruyamment. « Il parle de Bard. »
Thorin écarquilla les yeux et sa bouche se tordit en une grimace haineuse. « QUOI ?! JE SUIS INCONSCIENT PENDANT DEUX JOURS ET VOUS LE LAISSEZ PARTIR AVEC CE VER ?! QU'EST-CE QUI NE VA PAS CHEZ VOUS ?! VOUS AVIEZ UNE CHOSE A FAIRE ! UNE ! »
Les nains tressaillirent tous et s'agitèrent alors que leur roi rugissait. Dain leva les yeux au ciel à nouveau et se demanda, pas pour la première fois, pourquoi il avait quitté sa montagne. Peut-être qu'il était temps d'apprendre à connaître le côté maternel de sa famille…
« Tu es celui qui a banni Bilbo de la montagne, » Lui rappela Balin d'un air renfrogné alors qu'il se frottait l'oreille. « Nous avons dû envoyer Dain pour le convaincre de venir nous voir ! Comment pouvions-nous le surveiller alors il n'est pas autorisé à rentrer dans la montagne ? »
Ceci stoppa Thorin avant que sa colère ne puisse éclater comme un volcan. Mais Balin avait toujours été bon pour calmer Thorin avant qu'il ne devienne incontrôlable. Il ne pouvait pas stopper sa colère – seul Frerin en avait été capable – mais Balin pouvait la ralentir jusqu'à ce qu'elle refroidisse à l'arrière de l'esprit de Thorin.
Dain ignora la douleur dans son cœur lorsqu'il pensa à Frerin. Après une centaine d'années, il était devenu doué pour ignorer son cœur. « Peu importe ton opinion sur ses camarades, Maître Baggins n'est pas seul. Ces trois-là seront une protection suffisante avant notre arrivée. »
Thorin tourna ses yeux bleus – ceux de Frerin – vers lui. Il pouvait lire le désespoir en eux alors que son cousin le suppliait silencieusement de comprendre. Il ne savait pas pourquoi Thorin essayait. Il savait que Dain n'allait pas changer d'avis.
« Dain, je ne peux pas le laisser. Pas maintenant, pas quand je sais tout ce qu'il a sacrifié pour moi, » Dit son cousin d'une voix rauque.
Il haussa les épaules, et se décolla du mur d'un coup de pied. « Et tu ne le laisseras pas. Repose-toi, cousin, et je vais voir ce que je peux faire pour rassembler une armée décente. »
En sortant de la chambre, il sourit et dit nonchalamment par-dessus son épaule, « Oh, Thorin ? Heureux de voir que tu as récupéré l'une de tes perles. J'ai hâte d'être au mariage. »
Derrière lui, le chaos explosa.
