Chapitre 13
PDV Floireans
-On n'a pas idée de laisser une enfant de six ans seule dans la nuit ! Tu aurais dû aller la chercher !
-Et toi alors ? Tu crois que tu fais un père exemplaire en partant en Angleterre et en ne revenant qu'une fois par mois ? Est-ce qu'au moins tu es au courant que tu as une famille ici ?
-Une famille ? Tu appelles ce que nous sommes une famille ? Une famille ne laisse pas son enfant se faire agresser.
-Cette remarque vaut aussi pour toi. Qu'est-ce que ça t'apporte de laisser derrière toi ta fille et ta femme ?
-Ma femme ? Tu te considère encore comme ma femme ? Sache que ma femme ne laisserait pas notre fille mourir !
-Et ben tu n'as qu'à être aussi présent ! Tu crois que c'est facile de s'occuper d'une enfant lunatique ? Tu crois que c'est facile de s'occuper d'une fille qui ne jure que par son horrible peluche ?
-Au moins, si elle avait une vraie mère, Floireans ne serait obliger de les créer elle-même !
-Si elle avait un vrai père, elle n'aurait pas honte de se montrer avec ses parents à l'école !
Non. Pas encore. Pas encore !
Pas mse parents réunis. Pitié. Les voir et les entendre me rappelle leur violente dispute peu de temps après ma première tentative de libération.
-Elle n'a que vingt ans ! Comment as-tu pu la laisser aux mains d'hommes ?! Elle n'est qu'une enfant !
-Une enfant ? Tu crois que je ne le sais pas ? Je l'ai élevée ! Je sais ce qu'elle est et ce qu'il faut faire pour la protéger !
-La protéger ? En la larguant dans ce monde masculin ? En la transformant en habilleuse pour ce groupe de prédateurs ? Je pensais que rien ne lui arriverait ! C'était ce que tu m'avais dit
Je restai à l'entrée incapable de bouger. Je n'avais pas envie de rester mais je n'avais pas la force de partir.
Swigr. Voilà ce qui'l me fallait pour m'aider à bouger. Siwgr. Mon horrible doudou fait main qui avait autant d'allure qu'une chaussette abandonnée depuis une dizaine d'anné horrible doudou qui m'a aidé et réconforté dans les pires moments de ma vie.
Swigr. Cette espèce d'extra-terrestre aussi précieux que ma passion pour les arts.
Swigr.
Mais il n'était pas là. Il n'y avait pas ses yeux en boutons dépareillés, sa peau en patchwork, sa petite antenne sur la tête. Pas plus que sa garde-robe fait mains. Sa chaleur était restée quelque par dans mon enfance. Je ne me rappelais même plus à quel moment je l'avais laissé derrière moi sans jamais avoir l'envie de le retrouver. Certainement bien avant ma deuxième tentative de quitter ce monde absurde.
Je suppose que Swigr devait reposer sur mon lit dans cette immense chambre de l'ancienne ferme à Elsamaa.
-Il est hors de question que je laisse Floireans à tes soins !
-Tu ne peux pas me l'enlever ! C'est moi qui l'ait élevée !
-Pardon ? Dis-je à voix haute.
Je ne voulais pas m'immiscer dans leur dispute. Je ne l'avais jamais fait mais j'en étais toujours la cause. Même plongée dans mes pensées sombres, j'avais avancé et m'étais arrêtée dans l'embrasure de la porte du salon. Au milieu des plantes en pleine culture et des grigris en tout genre, une femme élégnate aux longs cheveux d'ébène coiffées impecablement en des tresses qui se perdaient dans un chignon lâche fixait de son regard profond les même yeux verts que les miens. Cet homme dont j'avais hérité de ses yeux, était grand, svelte au teint pâle et à la chevelure aussi indomptable que la mienne mais maîtrisée à coup de gel ou de laque. Il était incontestable que j'étais le portrait craché de mon père.
Du moins si j'avais paru en meilleure forme.
Judwal Saunier avait toujours était un homme fringant et beau parleur. Je savais par ses amis qu'il avait toujours aimé séduire les filles avec ses histoires abracadabrantes. Les filles étaient en réalité surtout attirées par ses allures de jeune aristocrate rebelle. La famille Saunier avait une bonne situation et les rares fois où j'avais rencontré ma grand-mère, je n'avais pas pu m'empêcher de penser que dans cette branche de la famille ils ne se prenaient pas pour des jambons.
Bon j'avais quatre cinq ans la première fois que je les ais rencontrés. Mais ma visite remonte un an avant mon entrée à Chamart et je m'étais faites exactement la même réflexion. Ma grand-mère avait même proposé par je ne sais mystérieuse logique que je devais profiter d'être dans la même classe que l'héritier Le Luyer pour lui mettre le grappin dessus. Finalement on sait comment ça c'était fini cette histoire stupide.
Judwal Saunier, lui, se foutais complètement des convenances et des histoires de pyramide sociale. Sinon il n'aurait pas épousée ma mère qui avait grandis parmi les bohémiens qui vivaient non loin de sa famille. Je savais que mon père était assez joueur et frimeur mais il s'était complètement rangé en croisant le regard de ma mère.
Mouais... difficile à imaginer quand on les voit maintenant.
Mais l'heure n'était pas à une rétrospection de la vie de mon paternel mais à rétablir quelques vérités.
-Qu'est-ce qui te fais dire au juste que tu m'as élevée ? Toisai-je ma mère.
-Mon petit capricorne...
-LA FERME ! Explosai-je. Je ne suis pas ton petit capricorne ou je ne sais quoi ! Je suis ta fille ! Tu entends ? Ta fille ! Mais m'as-tu au moins déjà vu comme telle ?
-Je... je ne comprends pas. Évidemment ! Tu es ma fille comment veux-tu que je te vois autrement ?
-Vraiment ? Et pour toi une mère a kle contrôle sur toute la vie de sa fille ? Une mère se sert de sa fille pour assouvir ses fantasme ésotériques ? Une mère oublie même de consoler sa fille dans le besoin et de la soutenir ?
-Floireans.
Tiens cela faisait des lustres que ma mère ne m'avait appelée par mon prénom. D'habitude c'était toujours par le nom d'un animal mythologique. Pour la première fois, ma mère perdit cette aura mystique qui l'entourait. Pour la première fois cet être aux allures éthérées la majorité du temps était humaine.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? Je t'ai toujours soutenue dans tes projets aussi étranges qu'ils puissent être. J'ai toujours été de ton côté, même quand tu as pris cette étrange décision de faire des études de stylisme alors que tu avais tellement de potentiel dans le chant.
-Non mais tu t'entend parler ? Tu veux pousser ta fille dans une voix artistique qui ne la concerne même pas, ricannai-je. Es-tu sûre que tu es ma mère au moins ? Est-ce que tu me connais au moins ? Qu'est-ce qui te fais dire que j'ai loupé le coche ?
-Oui je te connais, même mieux que toi tu te connais ! Je t'ai suivis depuis ta naissance. Je sais tout à propos de quoi. Ce que tu aimes manger, ce que tu détestes, tes goûts musicaux, tes lectures favorites et même tes notes scolaires.
Je perdis mon sourire ironique.
-Alors tu dervais savoir que je ne sais pas chanter.
-Pardon ?
-Tu as très bien entendu. Je n'ai aucune oreille musicale. Je suis incapable de lire une partition de musique. Je suis incapable de déchiffrer des notes et encore moins d'accorder ma voix. Pour la faire court je chante comme une casserole. Si tu connaissais réellement mes notes scolaires, tu aurais vu que sur mes bulletins la seule notes proche de zéro que j'avais était en musique.
Ma mère eut l'air de prendre une douche froide. À côté mon père se redressa fièrement.
-Et après tu ose dire que c'est toi qui l'a élevée, dit-il.
Je l'ignorai. Je continuai à m'en prendre à cette femme.
-Pourquoi tu ne m'as pas laissé faire ce que je voulais ? Pourquoi au lieu de me conseiller tu as profité d'un ami pour me faire quitter le pays et me faire faire ce dont je n'avais pas envie.
-Oh, alors tu es au courant pour Minki.
-Evidemment ! Tu m'as utilisée pour te donner une raison valable de venir en Corée du Sud !
-Non, Floireans. Ce n'est pas ce que tu crois.
-Alors c'est quoi la raison ? Quelle est la vérité ? Pourquoi me faire quitter ma vie d'avant pour cette stupide agence ?! Je veux la vérité.
Ma mère soupira et mon père abaissa les épaules.
-Tu ne vas pas lui dire ? Lui demanda-t-il après plusieurs secondes de silence.
-Me dire quoi ? M'énervai-je.
Ma mère se contenta de me regarder comme si j'étais à l'article de la mort.
-Bon je vais te le dire, se désigna mon père.
Je tournai les yeux vers lui.
-Peu après ta naissance, on a réunis des amis pour te présenter à eux. Tu étais toute petite et tellement adorable, qu'ils spéculaient sur la route que tu allais suivre. Tu te rappelles de Charlotte Panir ?
Charlotte Panir était la boulangère aigrie de Elsamaa. À chaque fois que j'y entrais elle me disputait tout le temps à cause de mes chaussures pleines de boues et de mes manières désastreuses. Elle n'a jamais aimé les enfants et à déjà dû engueuler au moins une vingtaine de fois pour x raisons. Charlotte Panir ne s'entendait bien qu'avec les adultes qui ont passé la trentaine. Avant cet âge, c'était tous des gamins sans aucunes manières et reconnaissance pour leur aînés. Je ne l'avais jamais aimée.
-Kwang Minki pensait que tu deviendrais une artiste et Charlotte disait que l'avenir d'un enfant ne se décidait pas juste après sa naissance.
Je ne pouvais pas vraiment lui donner tord.
-Minki venait tout juste d'être nommer directeur dans une toue nouvelle agence artistique à Séoul. Pour Charlotte c'était juste u moyen qu'il avait pour frimer.
-Attend, attend, le coupai-je. Qu'est-ce que tu essaie de me dire au juste ? Que mon avenir repose sur un pari débile entre le directeur Kwang et la boulangère d'un village paumée en France ?
Mon père le confirma.
J'en avais assez. À quoi rimais ma vie au juste ? Étais-ce juste un spectacle dans le but de divertir des adultes qui était restés à l'âge mental d'adolescent en manque de sensations fortes ?
-Ma chérie...
-J'en ai assez, dis-je en me dirigeant vers ma chambre.
-Florieans, appelèrent mes parents d'une même voix.
Je leur claquai la porte au nez.
J'attrapai ma valise et la jetai sur mon lit. J'y tassai tous les vêtements que je pouvais, y mis mes cahiers de dessins, y fourrai quelques bijoux et mon ordinateur qui était déjà sur le point de rendre l'âme. Je fermais difficilement ma valise et sorti. Mes parents se tenaient devant.
C'est amusant. À voir leur tête inquiète on aurait pu penser qu'ils étaient encore un couple solide, des parents très concernés et attentifs.
-Floireans, commença ma mère livide. Où vas-tu comme ça ?
-Tu veux venir avec moi à Oxford ? Je prendrai soin de toi, ajouta mon père. Je te laisserai faire ce que tu veux.
Et abandonner mes garçons ?
-Hors de question, leur dis-je froidement. J'en ai assez d'être là entre vous deux. D'être toujours la cause de vos disputes et de votre manque de responsabilités. J'en ai assez d'être votre fille. Tout ce que je veux c'est que vous m'oubliez et que vous repreniez le contrôle de vie sans aucun obstacle. Je ne veux plus avoir à faire avec vous. À partir de maintenant ne me considérer plus comme votre fille.
Ce n'est pas comme si vous m'aviez déjà considérer une fois dans votre vie d'être votre fille.
Je les bousculais sèchement et quittait sans jeter un œil en arrière mon passé.
