Bonjour/Bonsoir à vous, merci pour les commentaires ! Ou simplement de prendre le temps de me lire d'ailleurs, je sais pas pourquoi je remercie simplement les commentaires à chaque fois.

Sinon, je voulais juste dire que je vais certainement poster toutes les deux semaines maintenant, déjà parce qu'avoir des cours le dimanche ça flingue complètement mon temps libre, mais aussi parce que j'ai déjà des examens, donc encore moins de temps libre, et je préférerais garder un peu d'avance plutôt que de poster mes chapitres au compte-gouttes ^^'

Bref, chapitre 11 !

Ni l'univers, ni les personnages ne m'appartiennent.


Marchant à travers les couloirs de la tour afin de se rendre à l'entraînement matinal des nightbloods, Titus fulminait. Comment est-ce que tout ceci avait pu arriver ? Comment est-ce que la commandante avait pu changer à ce point ? Lexa, la meilleure disciple qu'il n'ait jamais eu. Toujours la tête froide, combattante hors paire, tacticienne de génie.

Il l'avait formé depuis son plus jeune âge, veillant à ce qu'elle entre parfaitement dans le moule de commandante. Et il avait réussit. Elle était devenue la plus grande des commandantes.

Droite, fière, inaccessible, forte.

Il avait toujours été persuadé d'avoir réussi sa formation. Mais il avait visiblement loupé quelque chose. Il se rappelait de l'adolescence de la commandante et de cette satané Costia. Elle aussi avait failli tout faire capoter. Les sentiments rendaient un commandant faible. Et Titus avait beau ne rien avoir en particulier contre Costia, après tout, c'était une gentille fille, le jour où sa mort avait été annoncé, il avait cru que grâce à ça, Lexa avait enfin compris la leçon et ne s'attacherait plus à personne.

Un commandant devait être seul pour ne laisser à personne la possibilité de l'atteindre.

Et pendant plusieurs années, Lexa s'était tenue à ce credo. C'est d'ailleurs pendant ces années qu'elle avait accomplit ses plus grands actes. Avec en première position, la création de l'alliance.

Mais depuis que le peuple du ciel était arrivé avec cette Clarke en première ligne, Titus voyait Lexa régresser. Ça lui rappelait l'époque où, jeune adolescente, la brune s'échappait de Polis avec Costia pour qu'elles puissent se voir seules, croyant que personne ne le remarquait. Titus lui avait plusieurs fois fait la morale à ce sujet, lui expliquant de toutes les manières possibles et imaginables qu'un commandant ne pouvait pas faire ça. Ne devait pas faire ça. Mais comme aujourd'hui, elle était complètement imperméable à tout ce qu'il lui disait.

Le fleimkepa s'en voulait, s'il avait vu à temps que la commandante commençait à nourrir des sentiments envers cette femme tombée du ciel, il aurait pu les éteindre. Mais il s'était voilé la face, refusant de voir l'évidence. Et au lieu de s'éteindre, les ébauches de sentiments avaient finit par se développer bien plus qu'ils n'auraient du. Se basant sur l'idéalisation d'une femme que Lexa ne connaissait qu'à peine, ils avaient fini par la consumer entièrement.

La commandante ne s'en rendait probablement même pas compte, mais cette Clarke pourrait bientôt, si ce n'était pas déjà le cas, lui faire faire tout ce qu'elle voudrait, lui faire croire n'importe quoi.

Tout ça commençait à devenir dangereux. Il ne laisserait jamais la commandante se laisser manipuler de la sorte. Mais aussi têtue que Lexa l'était, comment lui faire entendre raison ? Surtout maintenant qu'elle était partie en direction d'Arkadia. Et ça, sans même le prévenir elle même. Elle avait fait envoyer un garde lui annoncer son départ ainsi que sa décision d'envoyer toute une armée pour défendre le peuple du ciel. Peuple qui n'était même pas dans la coalition, la cérémonie n'ayant pas pu avoir lieu.

Mais si Nia décidait finalement d'envoyer ses troupes ailleurs que sur Arkadia ? Est-ce que la commandante ne faisait ne serait-ce qu'y songer ? Évidemment que non. Son esprit était bien trop accaparé par sa petite blonde.

Et soudain, Titus eut une vision de pure horreur, le faisant s'arrêter dans sa marche. Dans sa tête s'incrusta l'image de la commandante assise sur son trône, comme à son habitude, regardant droit devant elle. Mais assise sur ses genoux, Wanheda se trouva là, un sourire carnassier sur le visage, des yeux emplit d'envie et d'il ne savait quoi d'autre, en train de murmurer des mots qu'il ne voulait même pas imaginer à l'oreille de la commandante.

Non. Ça ne pouvait pas arriver. Il ne laisserait jamais ça arriver.

Un commandant devait être seul. Il ne pouvait pas avoir de relation. Encore moins avec une femme de si bas étage. Elle ne ferait que tirer Lexa vers le bas, il le savait. Et pendant un instant, il alla même jusqu'à regretter Costia. Au moins elle, elle ne mettait pas son nez partout et ne cherchait pas à contrôler la commandante.

Mais avoir des sentiments pour quelqu'un vous rendait faible. Et si son élève l'avait oublié, il lui rappellerait lui même. L'alliance ne pouvait pas se permettre d'avoir à sa tête un commandant faible.

. . .

Lorsque Clarke s'était réveillée à l'aube, la première chose qu'elle avait remarqué, c'était que parmi l'amas de corps endormis autour d'elle, il en manquait un.

Se levant sans faire le moindre bruit, elle marcha sur la pointe des pieds pour ne réveiller personne. Arrivant à la porte de l'auberge, elle l'ouvrit tout doucement et passa dehors avant de la refermer.

Regardant tout autour d'elle, elle ne vit personne. La seule chose qui se trouvait dehors était le Rover, dont le bagage sur le toit qui contenait beaucoup de leurs affaires avait été ouvert.

Haussant un sourcil, la blonde grimpa à l'échelle à l'arrière du véhicule pour vérifier s'il manquait quelque chose.

Toutes les affaires avaient été retourné. Pourtant, il ne manquait qu'une seule chose. Soufflant légèrement, Clarke remit toutes les affaires en ordre avant de refermer le bagage et de sauter au sol.

Elle n'avait aucun doute sur l'identité de la chapardeuse et pensait parfaitement savoir où elle se trouvait.

Se dirigeant vers la forêt, elle du marcher pendant une dizaine de minute avant de commencer à entendre un bruit d'eau qui s'écoulait. Faisant quelques pas de plus, elle ne tarda pas à voir une rivière qui serpentait dans la forêt. Passant son regard sur un petit rocher qui la bordait, à l'endroit où elle s'attendait à trouver son amie, elle découvrit qu'il était vierge de toute présence.

Fronçant les sourcils, elle regarda autour d'elle, à la recherche du moindre signe de vie. Et assez vite, elle vit un arbre en particulier, sur lequel quelqu'un s'était visiblement défoulé, y plantant plusieurs flèches. S'approchant, elle découvrit également un arc laissé à l'abandon sur le sol. Qui était bien l'arc d'Hannah. Elle pouvait le reconnaître au premier coup d'œil pour la simple et bonne raison qu'il n'avait absolument rien à voir avec les arcs qu'utilisaient habituellement les natifs. Là où ceux des natifs étaient en bois, celui d'Hannah était en carbone, mais cela s'expliquait surtout par la plus grosse différence qu'il y avait entre les deux. Dans n'importe quel clan, on utilisait des arcs classiques, mais celui-ci était à poulies, et possédait donc un viseur à loupe et un décocheur.

Hannah elle même l'avait modifié, se servant de plusieurs cadavres d'arcs de se même type qu'elle avait trouvé. Et elle y tenait. Elle y tenait assez pour ne pas l'abandonner ici en tout cas. Ce qui commença à inquiéter la blonde.

- « Hannah ? » appela-t-elle en espérant un réponse qui ne vint pas.

Regardant une nouvelle fois autour d'elle pour trouver un indice et savoir où était passée la jeune fille, Clarke ne vit rien de plus.

S'approchant du rocher qu'elle regardait tout à l'heure, elle grimpa dessus, et ainsi, plus en hauteur, observa une nouvelle fois les alentours.

Et soudain, elle la vit. À quelques mètres d'elle, étendue au milieu de la rivière, complètement habillée et les yeux fermés.

- « Hannah ! » l'appela-t-elle une nouvelle fois, mais avec plus de force.

Cette fois, la petite brune l'entendit car elle sursauta, se mettant debout dans l'eau qui lui arrivant juste au dessus des hanches.

- « Mais qu'est-ce que tu fais ? » demanda Clarke, tandis que son amie se frottait le visage.

- « Bah… » commença Hannah en regardant autour d'elle « Je me baigne »

- « Toute habillée ? » poursuivit la blonde avec incompréhension.

- « Et alors ? T'aurais préféré que je sois toute nue ? »

- « Pas vraiment » grimaça Clarke en s'assoyant sur le rocher.

- « Tu devrais venir, elle est super bonne » reprit la plus jeune avant de plonger complètement sous l'eau quelques secondes.

Curieuse, Clarke se laissa glisser le long du rocher pour pouvoir atteindre l'eau. Trempant le bout de ses doigts lorsqu'elle le put, la fraîcheur qu'elle en ressentit lui glaça tellement la main qu'elle en fit un bond en arrière, se retrouvant à nouveau debout.

- « Mais t'es malade ! » s'exclama-t-elle « Elle est carrément gelée ! Sors de là ! »

Hannah se contenta de hausser les épaules.

- « J'ai grandi en territoire Azgeda. Ta conception et ma conception du froid n'est pas la même »

- « Et visiblement ce froid t'a complètement ravagé le cerveau, oui. Sors de là je te dis, tu vas tomber malade »

Soupirant et levant les yeux au ciel tel un enfant qui venait de se faire gronder, la plus jeune obéit tout de même et commença à sortir de l'eau, s'approchant du rocher où se trouvait Clarke.

Posant un premier pied sur la pierre, la blonde s'approcha vivement de son amie, lui prit la tête entre ses mains et l'observa avant de prendre un air mécontent.

- « Pas la même conception du froid, hein. Tes lèvres sont toutes bleues »

- « Quand on est dedans, avec le mouvement de l'eau, on sent pas le froid » contra la brune tandis que Clarke continuait de regarder son visage sous toutes les coutures « Qu'est-ce qui a ? »

- « T'as une tête de déterré » déclara la blonde.

- « Je te remercie » dit Hannah en se dégageant de l'emprise.

- « Je suis sérieuse Hannah. Est-ce que t'as dormis ne serait-ce qu'une heure cette nuit ? »

La plus jeune grimaça.

- « Je sais pas. J'ai fais un cauchemar, j'ai pas réussi à me rendormir après ça »

- « Tu dors de moins en moins. Jusqu'ici t'arrivais à gérer mais là, je commence à trouver ça inquiétant. T'es sûre que tu veux pas au moins essayer de prendre quelque chose pour dormir plus calmement »

- « J'ai pas envie » dit Hannah en croisant les bras « Et excuses moi mais je suis pas sûre que ça marche ton truc. Je t'attend geindre et gigoter dans ton sommeil toutes les nuits » ajouta-t-elle sur un ton sardonique.

Cette fois, ce fut la blonde qui grimaça.

- « Si. Ça marche » commença-t-elle avant de dévier son regard « C'est juste que depuis que j'ai revu Nia j'ai du mal à me gérer »

Un silence suivit cette phrase durant lequel Clarke semblait gênée, faisant se mordre la lèvre inférieur à Hannah

- « Excuses moi » dit cette dernière.

- « Pourquoi tu t'excuses ? » demanda la blonde surprise.

- « Parce que je sais que ton truc t'aide vraiment à dormir. Et parce que je sais aussi pourquoi tu dors mal en ce moment. C'était… Méchant »

Devant la mine pleine de regrets qu'affichait son amie en fixant le sol, Clarke fit un sourire doux, lui attrapant une de ses mains.

- « T'en fais pas, c'est pas grave… Viens, on rentre. Faut que tu te changes, t'es gelée »

Hochant simplement la tête, Hannah se dirigea vers les affaires qu'elle avait abandonné un peu plus loin. Ramassant son arc et son carquois en premier, elle voulut ensuite récupérer ses flèches qui n'étaient pas abîmées plantées dans le tronc d'arbre. Mettant la main sur l'une d'elle, elle tira d'un coup sec.

. . .

Réussissant à sortir la dernière flèche de la cible dans laquelle elle avait tiré pour s'entraîner, Nano la rangea dans le carquois qu'elle avait à la ceinture.

Levant son visage vers le ciel d'un bleu clair parfait, elle le regarda pendant un instant avant de fermer les yeux et de soupirer, la température extrêmement basse provoquant un nuage blanc lorsque son souffle fut au contact de l'air.

Rabaissant la tête, elle se mit doucement en marche pour rentrer dans ses appartements, foulant la neige dans un rythme régulier, elle se perdit assez vite dans ses pensées.

Il y a quelques jours, elles avaient encore du se battre dans l'arène avec Clarke. Depuis un moment déjà les combats étaient beaucoup plus espacés, ne se faisant plus qu'une fois par mois. Mais ils étaient de pire en pire.

Les injections qu'avait reçu Clarke à plusieurs reprises l'avaient changé. La blonde était incapable de se contrôler pendant les combats. Si la reine avait voulu se servir d'elle pour offrir du spectacle à son peuple, il était clair que la fille du ciel en offrait.

Et il y a quelques jours, ça avait été trop loin. Beaucoup trop loin. La blonde s'était tellement acharné sur certains de ses ennemis qu'elle en avait finit couverte de sang des pieds à la tête. Le pire étant ce qu'elle avait fait à son dernier adversaire encore en vie. Elle s'était servit de lui pour littéralement faire le spectacle.

Acclamée par le public, elle avait cassé presque chaque membres de l'homme et l'avait entaillé à tellement d'endroits différents que sa peau avait finit en lambeau. Laissant l'homme agoniser pendant de longues minutes, c'était finalement Nano qui l'avait achevé d'une flèche dans le crâne, ne supportant plus ce spectacle.

Après ça, et pendant un instant, elle avait bien cru que c'était elle que la blonde allait tuer.

Mais lorsque Clarke s'était approché d'elle avec un air des plus menaçant, que par réflexe elle avait mis ses mains devant son visage et avait reculé jusqu'à finir par tombé sur les fesses quand elle avait trébuché sur une épée laissée à l'abandon dans la neige qui recouvrait le sol. Elle avait vu la blonde soudainement reprendre contact avec la réalité, réalisant une fois de plus ce qu'elle venait de faire. Comme à chaque fois.

Finalement, c'était ça le pire, être témoins des retours dans la réalité de Clarke. Parce que les mélanges de Desver ne vous changeaient pas vous directement, vous ne deveniez pas quelqu'un de mauvais, ils modifiaient simplement votre comportement sur un moment donné ou lorsque vous ressentiez une émotion forte, principalement la colère, vous faisant délirer, inhibant complètement vos peurs, effaçant certaines émotions, ne vous faisant voir plus que de la colère. Mais lorsque l'effet se dissipait et que vous vous rendiez compte de ce que vous veniez de faire, vous compreniez ce dont vous étiez capable. Et il était impossible de savoir si tout ça était réellement en vous et n'avait fait que sortir, ou si on vous l'avait implanté.

Mais de toute façon ça ne changeait rien. Parce que dans un cas comme dans l'autre, ça restait vous qui l'aviez fait.

Et si la blonde réussissait de plus en plus à se gérer au quotidien pour ne pas se retrouver dans des états pareil à la moindre émotion un peu forte qu'elle ressentait. Avant chaque combat, Desver venait lui injecter une très faible dose de son mélange, réactivant les effets à leurs maximums à chaque fois.

Après chaque combat, et même si elle ne l'avouerait probablement jamais, Nano avait l'impression que Clarke s'en voulait un peu plus encore.

Ce qui était en réalité plus que compréhensible. Mais la blonde avait cette faculté à minimiser tout ce qu'elle vivait, faisant semblant de prétendre que ça allait, qu'elle surmontait tout. C'était à un point où Nano se disait que jamais elle n'entendrait Clarke dire ou avouer qu'elle allait mal, alors même qu'on avait juste à la regarder pour s'en rendre compte.

Mais alors qu'elle continuait de progresser dans la neige, Nano fut soudain sortit de ses pensées par un bruit sourd qui lui fit relever la tête. Et devant la scène qui se déroulait à quelques mètres d'elle, elle resta figé pendant un instant.

Deux garçons qui avaient été élevé avec elle en tant qu'enfants prisonniers étaient là, l'un deux tenant dans ses mains une chaîne. Et au bout de cette chaîne, accrochée par le cou, une gamine, tombée au sol, dans le duvet blanc qui le recouvrait.

Semblant avoir une dizaine d'années, la petite devait avoir des cheveux blonds mais ceux-ci étaient recouverts par de la crasse et du sang séché. Sang séché qui devait d'ailleurs provenir de son corps. Nano ne savait pas ce que cette enfant avait fait pour mériter ça mais elle venait assurément de subir une séance de torture assez musclée.

- « Allez, lèves toi, on a pas que ça à faire » râla le garçon qui tenait la chaîne en donnant un coup sec dessus.

- « Non mais, tu vois pas qu'elle est pas en état de marcher ?! » dit Nano en s'approchant.

Les deux garçon regardèrent la petite au sol, qui tentait de se relever, et l'un d'eux haussa un sourcil.

- « Elle n'est ni morte ni évanouie, je vois pas en quoi elle pourrait pas marcher »

Restant quelques instants interdite face à la réponse, Nano sembla complètement médusée.

- « Mais c'est qu'une gosse ! »

- « Et alors ? » demanda le garçon qui tenait la chaîne avant de se retourner vers la petite « Allez ! Lèves toi je t'ai dit ! » dit-il en tirant une deuxième fois sur la chaîne, faisant retomber sur le sol l'enfant qui avait pourtant réussi à se mettre sur ses genoux.

Regardant le visage de l'enfant, Nano sentit une boule se former dans sa gorge, et une envie de pleurer lui prit sans pour autant qu'elle ne laisse sortir la moindre larme. Elle savait qui était cette gamine, elle l'avait déjà vu plusieurs fois, elle faisait partit de la farm station et était l'une des rares personnes du peuple du ciel à être autorisé à voir Clarke de temps en temps. Clarke semblait vraiment l'apprécier.

Et là, Nano eut un sursaut de compréhension. Si cette gamine avait été torturé, ce n'était pas parce qu'elle avait fait quelque chose. C'est parce qu'une fois de plus, Nia avait voulu obtenir quelque chose de Clarke.

Elle se souvenait que la semaine dernière, elle avait trouvé la blonde relativement énervée. Elle avait bien essayé de lui demander ce qui n'allait pas mais Clarke n'avait rien voulu lui dire mise à part que Nia était « une grande malade », pour citer ses propres mots.

Elle s'était donc doutée que quoi qu'ait pu lui demander Nia, la blonde avait refusé.

Mais c'est la gamine qui en avait payé le prix.

Et commençant à connaître Clarke, Nano était sûre que maintenant, et quoi que lui ait demandé Nia, elle avait accepté de le faire en découvrant ce qu'ils avaient fait à cette petite.

La brune en ressentit une immense rage. Et sans s'en rendre réellement compte, elle attrapa une flèche, la fit glisser dans son arc et pointa le garçon qui tenait la chaîne.

- « Lâches là » ordonna-t-elle d'un ton froid.

Tournant la tête vers elle quand il entendit l'ordre qu'on venait de lui donner, le garçon prit un air mécontent.

- « Qu'est-ce que tu fou ? »

- « Lâches là je te dis » répéta Nano « Et barrez-vous, tous les deux »

- « Si tu baisses pas ton arc tout de suite, j'en parlerai à la reine »

- « Vas-y alors, fais le gentil petit chien et va lui dire. Mais tu lâches cette gamine maintenant »

Serrant les dents, le garçon lâcha finalement la chaîne, la laissant tomber sur le sol.

- « Viens, on se casse » dit-il à celui qui l'accompagnait avant de se détourner d'un pas énervé, rapidement suivit par son acolyte.

Gardant son arc bandé en direction des deux garçons, Nano attendit de ne plus les avoirs en visuel pour pour relâcher la tension qu'elle avait mit dans la corde. Rangeant sa flèche et accrochant l'arc dans son dos, elle se dirigea vers la petite fille et s'accroupit près d'elle.

Elle ne lui parla pas, et l'enfant non plus. Elle se contenta de la regarder, arrangeant ses cheveux qui lui tombaient devant le visage et l'attrapa pour la porter.

Une main sous ses genoux et la deuxième passant sous sa nuque, la brune fit attention à ne pas faire le moindre mouvement qui la blesserait plus qu'elle ne l'était déjà.

Marchant jusqu'à un bâtiment gardé par deux guerriers qui la regardèrent de travers, Nano n'y prêta pas attention et ordonna sans même tourner un regard vers eux.

- « Ouvrez »

Obéissant, l'un d'eux déverrouilla la porte et l'ouvrit. La brune pénétrant à l'intérieur, elle entendit aussitôt la porte se refermer derrière elle, et ce fut un silence complet qui s'installa.

À l'intérieur du bâtiment ce trouvait toutes les personnes de la farm station. Tous vivaient là sur les ordres de la reine Nia. Et certes, ils étaient nettement mieux ici quand dans les cellules du palais, mais ils étaient loin d'avoir la belle vie, car on ne leur avait en réalité fournit que le strict minimum.

Et tandis que toutes les têtes s'étaient tournées vers elle à son entrée, Nano se dirigea vers un coin où était disposé des matelas à même le sol pour y déposer délicatement l'enfant.

- « Elle n'a que 11 ans » dit la voix pleine de colère d'un homme à la peau noir et au crâne rasé qui s'était dirigé vers elle et regardait maintenant l'enfant.

- « Je suis désolée » murmura la brune.

- « Désolée… » répéta l'homme avec haine « Ne fais pas semblant d'être désolée, vous êtes tous les mêmes » asséna-t-il avant de se pencher vers l'enfant pour voir comment elle allait.

Restant immobile pendant de longues secondes après ce qu'on venait de lui dire, c'est seulement quand elle commença à se faire bousculer par les autres personnes présentes qui s'étaient toutes dirigées vers l'enfant, qu'elle put réagir.

Pendant un instant, elle eut une nouvelle fois envie de pleurer. Mais elle ne le fit pas. À la place, elle se tourna et se dirigea vers la sortie.

- « J'ai vu ce que tu as fait, je regardais par la fenêtre à ce moment » dit une voix derrière elle, la faisant s'arrêter.

- « Merci » reprit cette même voix.

Se décidant à regarder qui lui parlait, la brune se tourna pour découvrir une femme typée asiatique se rapprochant doucement de la cinquantaine.

- « Je m'appelle Hannah » déclara la femme.

Hésitante, la brune la regarda de haut en bas avant de décider de répondre.

- « Nano »

Et l'asiatique lui fit un petit sourire rassurant.

- « Je ne pense pas que tu sois comme eux »

Nano ouvrit de grands yeux, son envie de pleurer devenant un peu plus forte, elle se tourna et recommença à se diriger vers la sortie tout en soufflant.

- « Pourtant je le suis »

Sortant du bâtiment à grands pas, la brune se dirigea ensuite vers ses appartements en marchant à un rythme relativement rapide.

Lorsque enfin elle arriva dans son lieu de résidence, Nano balança son carquois puis son arc sur son lit qui se trouvait non loin d'elle.

Se dirigeant vers le meuble si douillet pour s'y affaler également, elle se stoppa dans son action quand elle entendit la porte, qu'elle avait pourtant fermé, claquer fortement.

Se tournant pour voir ce qu'il se passait, la petite brune fut surprise de découvrir Clarke, qui avait plaqué son dos contre la porte fermée, le teint pâle comme jamais il ne l'avait été, les jambes tremblotantes et visiblement à deux doigts de pleurer, les larmes aux bords des yeux, et respirant fortement.

- « Clarke ? Mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? » demanda la plus jeune sans comprendre.

Pendant une fraction de seconde, la blonde la regarda. Et au fond de ses yeux bleus, elle y vit une nuance horrifié.

- « Je… » commença Clarke « J'ai envie de vomir » finit-elle avant de se précipiter vers la salle de bain qui se trouvait juste à côté d'elle.

Regardant la blonde se précipiter dans la seconde pièces de ses appartements, Nano put effectivement l'entendre vomir. S'inquiétant pour celle qu'elle considérait comme une amie, elle la rejoignit, la découvrant au dessus du lavabo, se maintenant debout avec peine.

- « Ça va… ? » osa demander la petite brune.

Et elle vit Clarke fondre en larme.

- « Non… Non, ça va pas » dit-elle avec difficulté.

- « Clarke, tu » commença Nano en voulant poser l'un de ses mains sur l'épaule de la blonde.

Mais cette dernière se déroba aussi vite, coupant la plus jeune par la même occasion.

- « Non… Ne me touches pas… S'il te plaît »

Dans l'incompréhension totale, Nano chercha à capter le regard de la blonde mais elle n'y parvint jamais. À la place, elle vit son cou, et remarqua la tâche ovale et violacée qui s'y trouvait.

Et Nano comprit. Ouvrant la bouche, elle fit un pas en arrière, l'horreur se lisant sur son visage. Elle comprit ce que Nia avait du demander à Clarke il y a une semaine de ça. Elle comprit aussi pourquoi la gamine s'était faite torturer. Et elle comprit également que Clarke avait bel et bien accepté ce que lui avait demandé Nia.

. . .

- « Je ne sais pas comment on va leur annoncer ça » dit Marcus qui paraissait un peu stressé.

- « En leur disant simplement la vérité » dit à son tour Lexa, ne comprenant pas vraiment pourquoi le chancelier se mettait dans un état pareil.

- « Ce n'est pas si simple » dit ensuite Abby « Ils se pensaient tous en paix. On était sensé rejoindre la coalition en partant à Polis. À la place on leur ramène la guerre, et se sont eux les premières cibles »

- « On devrait probablement leur annoncer en douceur » proposa Marcus.

- « Oui, il vaudrait mieux éviter qu'ils ne paniquent trop »

Regardant les deux chanceliers débattre sur la meilleure manière d'annoncer la nouvelle à leur peuple, la commandante haussa un sourcil. Il n'y avait aucune bonne manière d'annoncer à son peuple qu'il était en guerre. Il fallait juste le dire, c'est tout.

Regardant autour d'elle, elle vit que les membres du peuple du ciel commençaient à s'amasser devant eux, Jasper s'étant chargé de faire passer le message qu'une annonce importante allait être faite.

Tous regardaient la commandante et les deux chanceliers, les deux chanceliers qui continuaient de débattre à voix basse, commençant à provoquer une vague du murmure parmi la foule. Et dire qu'ils débattaient pour ne pas créer la panique alors que leurs agissements actuels étaient justement en train de la créer.

Entendant Abby commencer un « sinon on peut faire comme ça », Lexa roula des yeux, c'était ridicule.

Aussi, elle se tourna vers le peuple du ciel, se mit devant les deux chanceliers, et d'une voix forte et profonde, déclara.

- « Nous sommes en guerre »

Le silence tomba sur l'assemblée.

- « Ou on peut faire comme ça aussi… » souffla Marcus à Abby avant que tous deux ne décident de s'avancer d'un pas pour se mettre au même niveau que la commandante.

- « Le soir où nous devions faire la cérémonie pour intégrer votre peuple à la coalition, Polis a été attaqué. Plusieurs bombes ont explosé, provoquant des dégâts matériels et de nombreuses victimes. Pendant plusieurs jours, le peuple de Polis s'est occupé de dégager la ville et de s'occuper des blessées. Pendant ce temps, certains de mes guerriers sont allés chercher des informations. Il se trouve que l'Azgeda, l'Yujleda, le Trishana kru, l'Ingranrona kru et le Boudalan kru ont formé une alliance contre nous et se préparent au combat. Nous avons pu être informé hier qu'ils projettent d'attaquer Arkadia en premier »

Si la première phrase de la commandante avait provoqué un profond silence, la suite de son discours créa une vague d'exclamation, d'incompréhension et de question.

Les diverses paroles se mêlant, cela créa un horrible brouhaha complètement incompréhensible.

- « S'il vous plaît, s'il vous plaît » s'exclama ensuite Marcus en faisant de grands gestes pour tenter d'apaiser la foule « Il est inutile de commencer à vous inquiétez maintenant, nous sommes justement rentré pour pouvoir nous préparer. Leur meilleur avantage était l'effet de surprise et ils ne l'ont plus »

- « Combien de temps avons nous avant qu'ils n'attaquent ? » demanda avec force une voix parmi la foule.

- « Nous ne sommes pas sûr… Un peu plus d'une semaine »

Les murmures augmentèrent dans la foule.

- « Et nous sommes sensé ne pas paniquer ?! » hurla un autre homme.

- « Pourquoi une guerre éclate soudainement ? » demanda un troisième.

- « Et pourquoi nous sommes les premiers visés ? » ajouta ensuite une femme.

Plusieurs questions du même type poursuivirent, Abby et Marcus, parurent complètement dépassés, incapables de répondre aux questions tant elles arrivaient en nombre et incapables de calmer leur peuple qui commençait de plus en plus à s'énerver suite à l'incompréhension de la situation.

La commandante regardait la scène presque avec ahurissement. Entre Marcus qui ne faisait que de prononcer des « s'il vous plaît » pour, certainement essayer de calmer les murmures qui s'étaient presque transformés en hurlement, sans que cela n'ait le moindre effet. Abby qui voulait tellement répondre à toutes les questions qui étaient posées, qu'elle en réussissait l'exploit de combiner trois réponses dans une seule et même phrase, la rendant complètement incompréhensible. Et le peuple du ciel dont chaque membre essayait de parler le plus fort possible pour que se soit lui qu'on écoute et pas un autre. La patience de Lexa arriva à ses limites en un temps record.

- « STOP ! » hurla la commandante à plein poumon.

Et elle du mettre un peu trop de cœur dans son hurlement car elle sentit instantanément son abdomen la tirer pour la rappeler à l'ordre, la faisant grimacer et plaquer une main contre celui-ci. Cependant, cela avait au moins eut le mérite de calmer toutes les personnes présentes.

Tous s'étaient tût suite à sa prise de parole, et maintenant, tous la regardaient.

Passant un regard dur sur la foule qui lui faisait face, Lexa se redressa du plus qu'elle put tout en maintenant sa main sur sa blessure.

- « La reine Nia a organisé cette attaque sur Polis car elle veut me renverser. Elle ne cherche pas à être commandante mais n'a jamais pu supporter que la personne possédant ce titre soit considéré comme lui étant supérieur » commença la commandante d'une voix grave « Je pensais qu'avec l'alliance, les tentions perpétuelles qu'il y avait avec l'Azgeda disparaîtraient, mais visiblement, Nia n'est pas du genre à abandonner ou à renoncer. Elle a réussit à joindre d'autres peuples à se cause et ils ont attendu ce moment pour frapper pour deux raisons. Pendant les festivités, nous avions complètement baissé notre vigilance, et ils ne voulaient pas de votre peuple dans l'alliance »

Les membres du peuple du ciel se mirent tous à échanger des regards incompris. Ils pensaient avoir réussi à se faire accepter des natifs. Ils avaient semblé finir pas les apprécier et cela était réciproque. Même s'il est vrai que les relations avec l'Ice nation étaient toujours restés quelque peu froides, sans mauvais jeux de mots. L'Ice nation semblait agir de cette manière avec tous les clans, pas seulement eux. Et hormis cette exception, il n'y avait jamais eu aucun problème avec les autres.

Alors apprendre qu'en réalité, une partie d'entre eux ne les voulaient pas dans l'alliance était quelque peu déroutant. Ils semblaient tous un peu perdus, peut être même blessés.

- « Cependant, et même si ce n'est pas officiel » reprit la commandante « Sachez que je vous considère comme faisant partit de l'alliance. Il y a quelques années, j'ai fais le choix de vous abandonner sur le champs de bataille pour sauver mon peuple. Mais depuis, nous avons avancé, nous avons apprit à nous connaître. Et je ne vous laisserez pas tomber une seconde fois » déclara-t-elle d'une voix profonde avec toute la sincérité dont elle pouvait faire preuve « C'est pourquoi j'ai demandé à mon armé de nous rejoindre ici même ! Azgeda ne vous attaquera pas car ils ne pourront même pas vous atteindre ! Et en alliant nos forces, nous les décimerons »

Même si cela était plus timide qu'à Polis, l'engouement se fit vite entendre dans la foule. Personne n'était heureux de partir en guerre. Loin de là. Mais ils étaient tout de moins rassurés. Ils n'étaient seuls.

Pendant ce temps, nettement à l'écart des autres, Jasper avait écouté le discours de la commandante dans un silence religieux. Et lorsqu'elle avait eu fini, il avait lentement levé la petite bouteille d'alcool qu'il tenait à la main vers le ciel.

- « Chouette discours commandante ! » s'exclama-t-il dans un murmure.

- « Déjà en train de boire ? Le soleil est à peine levé »

Tournant la tête vers celui qui venait de lui parler, Jasper découvrit Bellamy.

- « Tu sais, il n'y a pas d'heure pour boire ! Tu devrais peut être essayer d'ailleurs, ça éloignerait ta tristesse un instant »

- « Je ne suis pas triste » rétorqua Bellamy en fronçant les sourcils.

- « Ouais, c'est ça » répondit le plus jeune dans un sourire moqueur.

Pendant leur courte interaction, les deux jeunes n'avaient pas écouté le moindre mot de ce que le chancelier Kane avait ajouté après la commandante. Et lorsqu'ils se focalisèrent à nouveaux sur les dirigeants, ils purent entendre Abby prendre la parole.

- « Dans la journée, le deuxième Rover que nous avions pris devrait arriver. I son bord Raven, Octavia, des natives que nous avons rencontré mais aussi Clarke. Elles nous aideront à préparer des défenses autour d'Arkadia »

À ces mots, Jasper ouvrit sa bouche aussi grand que ses yeux.

- « Vous avez retrouver Clarke ? » demanda-t-il en direction de Bellamy.

Pour toute réponse, le plus âgé hocha la tête.

- « Ah ! C'est drôle ça ! » s'exclama Jasper en riant « Le jour où on nous annonce qu'après 7 ans de paix, on est en guerre, c'est aussi le jour où Clarke revient »

- « Je vois pas ce qu'il y a de drôle la dedans »

- « C'est comment déjà… » commença le plus jeune en réfléchissant à voix haute, en ignorant complètement son ami « Son nom de native… Ah ! Oui ! Je sais ! Wanheda » finit-il sur un ton moqueur.

Serrant les dents, Bellamy donna un coup dans la petite bouteille d'alcool que tenait Jasper, la faisant ainsi tomber sur le sol tandis que le plus jeune commençait à le regarder avec de gros yeux.

- « Clarke n'est pas une putain de native » s'exclama Bellamy avant de tourner les talons et de partir d'un pas énervé.

- « Et il ose dire qu'il n'est pas triste » se moqua une fois de plus Jasper.

Ramassant sa bouteille, il la retourna la tête en bas pour constater qu'elle était désormais vide, provoquant chez lui un soupire désabusé.

- « Bon ! » s'exclama-t-il « Il va falloir aller faire le plein ! »

. . .

- « Elles devraient déjà être là, non ? » demanda Abby en regardant les portes d'Arkadia qui restaient désespérément fermées.

- « Elles ne vont pas tarder, j'en suis sûre » lui répondit Marcus.

- « Tu te souviens quand Hannah nous a dit qu'elles allaient chercher de quoi soigner la commandante et que c'est pour ça qu'elles faisaient un détour ? »

Le chancelier hocha la tête.

- « J'ai vu la blessure de Lexa. Je ne vois pas comment on peut la soigner plus que ça. Je ne sais d'ailleurs même pas comment elle a pu atteindre une cicatrisation si rapide »

- « Il existe des produits qui l'accélère »

- « Oui mais pas au point là. En plus, ça a l'air d'être Clarke qui fabrique tout ça. Mais je ne vois pas comment elle a pu apprendre ça et encore moins avec quels moyens elle a pu le faire. Obtenir un tel résultat, c'est simplement extraordinaire »

De l'agitation se fit soudain entendre autour des portes, les deux chanceliers tournant leur tête vers celles-ci, ils purent distinctement entendre l'un des gardes en haut de la tour de guet crier « ouvrez les portes ! » à l'intention de ses collègues qui se trouvaient en bas.

Se levant dans un même mouvement pour se diriger vers l'entrée du camp, plusieurs personnes les imitèrent.

Pendant ce temps, dans le Rovers qui approchait de plus en plus de l'enceinte d'Arkadia, Clarke se sentait de plus en plus étrange au fur et à mesure qu'ils s'approchaient. Elle avait beau avoir dit à Lexa la veille que ça allait. Elle se rendait bien compte qu'elle n'avait aucune envie d'être ici.

Elle aurait pourtant du être heureuse de les revoir tous, non ? Au pire, être énervé d'être finalement plus forcé qu'autre chose de revenir ici. Pour tout dire, elle aurait préféré ressentir de l'énervement. Parce que là, elle ne ressentait que de la peur. Et elle avait beau essayer, mais elle n'arrivait pas à la contrôler. Elle détestait ça. Encore une fois, elle avait l'impression de ne plus avoir aucun contrôle sur sa vie. Ce qui était encore pire, était qu'elle savait que c'était pourtant elle qui avait accepté. Et elle avait d'ailleurs reconnu qu'elle acceptait sa situation. Mais est-ce qu'elle l'acceptait vraiment ? Au stade où elle en était, elle n'était même plus capable de reconnaître ce qu'elle acceptait de faire parce qu'elle le voulait vraiment et ce qu'elle acceptait de faire parce que c'était de son devoir et rien de plus.

Finalement, elle avait l'impression que le jour où elle avait été vu comme une leader par la peuple du ciel, elle n'avait plus été Clarke Griffin. Elle n'était plus qu'un symbole qu'on suivait. Lorsqu'elle avait gagné le titre de Wanheda, tout ceci s'était amplifié. En plus d'être un symbole aux yeux de son peuple, elle l'était également devenue aux yeux des douze peuples natifs.

Mais depuis qu'elle vivait à l'auberge, elle avait pu retrouver son nom. Elle n'était plus un symbole, juste Clarke. Et en fait, c'était peut être ça qui lui faisait peur. C'est qu'encore une fois, elle allait perdre ce qu'elle était vraiment pour redevenir un symbole. Elle le savait pertinemment. Les membres du peuples du ciel allait tôt ou tard la revoir comme leur leader. Parce que c'était ce qu'elle était. Elle se devait de l'être. Après tout, il paraissait qu'elle était née pour ça.

Déglutissant difficilement, elle passa une main dans ses cheveux.

- « Raven… ? » osa-t-elle appeler.

L'hispanique lui lançant un regard interrogatif dans le rétro, Clarke se mordilla la lèvre, mal à l'aise, avant de poursuivre.

- « Tu pourrais… Ne pas t'arrêter au milieu du camp ? S'il te plaît »

Un peu surprise par cette demande, Raven remarqua néanmoins que la blonde semblait quelque peu angoissée. Aussi, elle n'insista pas, et lui répondit.

- « Pas de problème princesse, je vais directement à l'intérieur de la station »

- « Merci » souffla Clarke avant de sentir une main se poser sur son avant bras et de tourner la tête vers Kali qui lui lançait un regard lui demandant implicitement si ça allait.

Et en regardant les autres filles à ses côtés, elle put voir que toutes lui lançaient le même regard, ce qui la fit se sentir un peu mieux. Elle n'était pas seule. Et même si ce n'était que pour quelques personnes, cette fois, en plus d'être un symbole, elle pourrait également rester Clarke.

Sentant le Rover ralentir jusqu'à s'arrêter complètement, la blonde pu voir Raven ouvrir sa vitre avant de regarder en contre bas.

- « Salut Abby, salut Marcus ! » s'exclama-t-elle « Je vais direct à l'intérieur, vous venez là bas ? »

Les filles à l'arrière du véhicule, ne purent pas exactement distinguer ce qui était répondu, les voix de l'extérieur arrivant jusqu'à elles de manière légèrement étouffées, mais à en juger par Raven qui remettant l'engin en marche sans rien dire de plus, elles en jugèrent que ce fut une approbation.

Le Rover se remettant en marche avec lenteur, Clarke ne put le voir mais, à l'extérieur de nombreuses personnes le regardaient en se chuchotant des mots à l'oreille. Entendant ensuite un bruit typiquement mécanique, elle n'eut aucun mal à comprendre qu'ils étaient arrivés au niveau de la station échouée sur Terre et que ses portes étaient en train d'être ouvertes.

- « Et voilà mesdemoiselles ! J'ai le plaisir de vous annoncer que nous sommes arrivés ! » dit Raven avec un sourire au lèvre, éteignant le contact avant de sortir du véhicule.

Octavia suivant le mouvement de l'hispanique de près, à l'arrière, personne n'osait réellement bouger, se regardant à tour de rôle, comme si elles attendaient toutes que l'une d'elles se décide à faire le premier mouvement pour le suivre, sans que cela ne se produise.

Finalement, la porte arrière s'ouvrit sans qu'aucune d'elles n'ait besoin de bouger, dévoilant Octavia qui les regardait avec un sourire.

- « Allez ! Soyez pas timides, sortez ! » dit-elle en s'écartant pour les laisser descendre.

Ayant passé une fois de plus le trajet assise parterre, ce fut Hannah qui sortit en première, suivit par Mona, Yora, et après quelques courtes secondes où plus personne ne sortit, ce fut au tour de Kali et de Clarke de pointer le bout de leur nez.

Quand les pieds de la blonde touchèrent le sol, son souffle se coupa. Elle regarda un instant autour d'elle pour découvrir qu'il avait beau n'y avoir que très peu de gens, tous semblaient la fixer, ce qui la mit extrêmement mal à l'aise.

- « Ah ! Clarke ! » entendit-elle alors qu'elle remarquait seulement sa mère et qu'elle la sentait lui faire une courte accolade.

Accolade à laquelle elle ne répondit pas, trop perturbée par ce qu'elle ressentait actuellement. Mais Abby ne sembla pas s'en formaliser plus que ça.

- « Tu vas bien ? » lui demanda sa mère.

Mais elle ne répondit pas non plus, hochant vaguement la tête, par réflexe. Pour être honnête, elle n'avait même pas écouté la question, étant simplement consciente qu'on venait de lui parler.

Juste à côté, elle voyait Marcus parler à ses amies mais la non plus, elle ne prêtait pas vraiment attention à ce qui se disait. À la place, elle se mit à détailler l'immense pièce dans laquelle ils se trouvaient.

Et… Elle n'avait aucune idée de quel nom donner à cette pièce. Si elle avait d'abord cru que c'était un garage, force lui était de constater que non. Car s'il y avait bien des véhicules qui attendaient ici bien sagement en attendant d'être utilisé, ainsi qu'un certain nombre d'outils pour les maintenir en bonne santé, à quelques mètres de là, il y avait plusieurs tables disposées de manière assez aléatoire. Quelques personnes s'y trouvaient accoudées. Buvant, jouant ou discutant. Une légère musique d'ambiance était également diffusée. Et en faisant plus attention, Clarke repéra des enceintes accrocher au plafond à plusieurs endroits de la pièce.

Il y avait également une partie qui ressemblait étrangement à l'un des centres de tri qu'on pouvait trouver sur l'Arche, contenant d'innombrable objets, passant de vêtements à ce qui semblait être des jeux de société. Et elle disait bien ressemblait, car sur l'Arche jamais il n'aurait été avec aucun garde qui ne le surveillait. Mais là, il n'y avait non seulement pas le moindre garde, mais en plus, personne ne semblait y prêter la moindre attention. Cela lui faisait très étrange quand on savait qu'il y a finalement si peu d'années, des personnes auraient pu s'entre-tuer rien que pour une paire de chaussure dépossédée de tout propriétaire.

Continuant de passer son regard dans la pièce, elle finit par bloqué sur quelque chose qui se trouvait au fond de celle-ci. Un piano. Un piano qu'elle connaissait. C'était celui du Mont Weather. Clarke déglutit à ce détail. Et repassant une seconde fois son regard dans la pièce, ce fut seulement là qu'elle remarqua qu'il y avait en réalité énormément de mobilier qu'elle avait l'impression d'avoir déjà vu au Mont Weather.

C'était il y a longtemps. Et elle comprenait pourquoi le peuple du ciel était allé chercher le mobilier, et toutes sortes d'affaires qui se trouvaient là bas. Mais cela la fit se sentir étrangement mal.

Soudain elle aperçut Ryders et Nyko qui semblaient rire en compagnie de quelques gardes du peuple du ciel, tous ayant un verre à la main.

Et à la plus grande surprise d'Abby, qui ne manqua d'ailleurs pas de l'afficher sur son visage, les premiers mots de Clarke au sein d'Arkadia après 7 ans d'absence furent.

- « Où est Lexa ? Elle va bien ? »

La chancelière papillonna des yeux tandis qu'un petit « euh » sortait de sa bouche.

- « Oui, je vais bien »

Tournant sa tête vers l'arrière, légèrement à gauche, là d'où la réponse provenait, Clarke vit la commandante qui la regardait, appuyée contre le mur, à côté de la porte par laquelle le Rover venait d'entrer, les bras croisés.

La brune se détachant du mur, elle mit inconsciemment sa main sur son abdomen avant d'avancer.

- « Bonsoir, Clarke »

À l'entente de son prénom, la blonde sourit.

- « Bonsoir Lexa »

Un instant de flottement passa durant lequel les deux jeunes femmes ne firent que se regarder. Instant qui se finit quand Clarke sentit une main large se poser sur son épaule, la faisant se détourner.

- « Je sais que tu connais déjà les lieux, mais étant donné qu'il y a eu quelques modifications durant ton absence, tu veux que je te fasses une rapide visite des lieux avec tes amies ? »

- « Non, ça ira. J'arriverai à me retrouver, au pire des cas je chercherai un peu. Fais leur visiter, je préfère directement tout mettre en place pour ce qu'on va administrer à Lexa »

- « Tu veux préparer toute seule ? » demanda Kali

- « Oui, ça ira. Rejoins moi quand vous aurez fini » répondit Clarke avant de se tourner vers sa mère « Il y a du monde à l'infirmerie actuellement ? »

- « Non, elle est vide » dit Abby quelque peu décontenancée.

- « Parfait, tu pourras t'assurer que personne ne vienne tant qu'on aura pas fini ? »

- « Mais… Fini quoi au juste ? J'ai vu la blessure de la commandante, elle est parfaitement soignée »

- « En surface, oui. Maintenant on va accélérer la cicatrisation interne »

- « Que… » dit Abby en ouvrant aussi grand la bouche que les yeux.

- « Du coup, c'est bon ? On fait comme ça ? On en aura sûrement pour toute la nuit » enchaîna Clarke avec empressement.

Et tandis qu'Abby balbutiait, les yeux complètement perdus dans l'incompréhension, que Lexa murmurait un « toute la nuit ? » en grimaçant et que Clarke partait pour escalader le Rover afin de récupérer les affaires qui avaient été perché sur son toit, cette dernière sentit une main se poser sur son bras alors qu'il était déjà accrocher à la petite échelle du véhicule.

- « Clarke, calme toi » lui dit Hannah avec un visage inquiet.

- « Mais je suis calme »

- « Ralentis ta respiration alors, parce que je pense que tu vas pas tarder à t'étouffer si tu continues comme ça »

C'est seulement là que Clarke remarqua qu'elle respirait effectivement à une vitesse beaucoup trop élevée et avec difficulté.

- « Je… Je… Je… » tenta vainement la blonde qui s'était soudainement mise à ressentir tout le stress qu'elle avait emmagasiné, au point qu'elle se mit à voir flou.

Contre toute attente, et alors que tous regardaient la blonde qui s'enfonçait de plus en plus, ce fut Lexa qui s'approcha d'elle. Et avec une douceur presque incroyable, elle attrapa l'une des mains de Clarke dans la sienne, et avec une voix encore plus douce, elle prit la parole.

- « Tout va bien, ne t'en fais pas. Il est tard, la majeur partie du peuple du ciel se trouve en famille, dans leurs appartements. Tu n'auras de compte à rendre à personne avant demain »

Clarke se détendit immédiatement, retrouvant instantanément une respiration normale, elle serra inconsciemment la main qui avait attrapé la sienne et fit un léger sourire à Lexa.

Un raclement de gorge se fit soudain entendre et la blonde ainsi que la brune tournèrent la tête vers le reste des personnes présentes qui avaient un air de légère stupeur sur le visage. Et aucune des deux jeunes femmes ne comprit réellement pourquoi.

Pourtant elles auraient du se rendre compte de quelque chose d'évident. C'était la première fois que tous voyaient la vraie Lexa, celle qui se cachait en réalité derrière l'image de la commandante. Et passé d'une commandante quelque peu froide, qui faisait même un peu peur, et dont on pouvait douter qu'elle avait réellement des émotions tellement on en voyait peu sur son visage, à une Lexa qui semblait être l'incarnation même de la douceur, était légèrement déroutant.

- « Quoi ? » demanda finalement Clarke sans comprendre.

- « Non rien, c'est juste que… » commença Marcus « Non rien »

Les deux femmes prenant un air légèrement sceptique, elles finirent toutes les deux par baisser leur regard sur Hannah qui avait un air moqueur sur le visage.

La blonde lui lançant un regard interrogatif, la petite brune baissa les yeux avant de remonter vers leurs visages en agrandissant son sourire.

Descendant leurs yeux dans un même mouvement, c'est seulement là que Clarke et Lexa se rendirent compte qu'elles se tenaient la main, leurs doigts emmêlées d'une manière qui semblait naturelle.

Se séparant avec empressement, la commandante prit instantanément un air stoïque tandis que Clarke prenait un air faussement détaché.

- « Je vais installer le matériel pour soigner la commandante pendant que vous visitez » reprit finalement la blonde avec un ton naturel et calme.

- « Je vais accompagner Clarke » poursuivit Lexa d'un ton où ne filtrait pas la moindre émotion « Pour l'aider si elle en a besoin » se sentit-elle obligé d'ajouter.

Et si Raven murmura un « Heh… Évidemment » plus ou moins discret, personne ne releva.

- « D'accord… » commença Marcus avec un drôle d'air « La chambre que tu occupais n'a jamais été réattribué Clarke, tu pourras t'y installer sans problème. Et nous avons assez de chambres disponibles pour que vous en ayez toutes une » finit-il en direction des amies de la blonde.

Un léger malaise commençant à s'installer, le chancelier finit par reprendre la parole.

- « Octavia, Raven, vous nous accompagnez ? »

- « Oui » répondirent-elles en cœur.

- « Abby ? » reprit Marcus.

- « Oui, je vais simplement accompagner Clarke jusqu'à l'infirmerie et lui expliquer où se trouve le matériel. Je vous rejoindrai en route » fit la femme médecin sans quitter sa fille et la commandante des yeux.

- « Bien ! Alors suivez moi » finit le chancelier en se mettant en marche.

Les concernées se mettant toutes en marche, il n'y eut que Hannah qui resta immobile, son sourire moqueur s'agrandissant de plus en plus.

- « Une remarque et je t'égorge sur place » murmura Clarke entre ses dents avec un regard noir.

Devant la menace, la petite brune leva les mains en l'air en signe de reddition avant de rejoindre le petit groupe à quelque pas de là.

Arrivant juste derrière Raven et Octavia, elle put entendre la première souffler à la deuxième.

- « Cette histoire d'aventure entre Clarke et la commandante pendant la bataille contre le Mont Weather n'était définitivement pas qu'une simple rumeur »

Reprenant immédiatement son sourire moqueur, Hannah accéléra le pas, s'inséra entre les deux amies, déclara un « Oh ça… Tu n'as pas idée… » lourd de sens avant d'accélérer une nouvelle fois pour rejoindre ses amies, laissant derrière elle une Octavia la bouche grande ouverte et une Raven pouffant de rire.

Sautant et passant l'un de ses bras sur les épaules de Kali et le deuxième sur les épaules du Yora, les deux filles manquèrent de tomber en avant quand elles sentirent le poids de leur amie sur elles.

- « Qu'est-ce que tu leur as dit pour les mettre dans un état pareil demanda Kali en jetant un œil derrière elle.

- « Rien. Une sorte de bande annonce pour quelque chose qui finira tôt ou tard par arriver »

- « Qu'est-ce que tu racontes encore ? » demanda à son tour Yora sans comprendre.

- « Vous verrez » reprit la petite brune sans perdre son sourire.

Se jetant un regard interrogatif, Kali et Yora ne cherchèrent pas à aller plus loin. Parfois, il n'y avait rien à comprendre avec Hannah.

Juste à côté de Yora, Mona, qui n'avait même pas fait attention à ce que Hannah venait de dire, regardait un jeune homme qui venait il y a quelques secondes de s'asseoir au piano et qui commençait à en jouer. Il était grand, plutôt maigre, avait des cheveux bruns, et juste avant que le groupe ne quitte la pièce, elle croisa son regard brun et il lui fit un sourire.

. . .

- « J'ai tout installé. C'est bon ? » demanda Clarke.

- « Oui, tout est en place » confirma Kali.

La blonde se tourna ensuite vers la commandante, qui attendait assise sur l'un des lits de l'infirmerie.

- « T'es vraiment sûre que tu veux le faire ? »

- « Oui » lui répondit simplement Lexa.

Se mordant la lèvre inférieur devant la réponse, Clarke paraissait relativement stressée, ce qui alerta Kali.

- « Je peux te parler deux minutes ? » demanda cette dernière en tirant sur le bras de la blonde, l'entraînant loin de la commandante qui eut un air interloqué.

Et quand elles furent assez éloignées, Kali dit à voix basse.

- « Je peux le faire toute seule tu sais. Tu peux partir si tu veux »

- « Non c'est bon, je reste » dit la blonde voulant retourner près de Lexa mais qui fut aussitôt rattrapé par son amie.

- « T'es sûre que ça va aller ? » s'inquiéta la plus âgée.

- « C'est pas à moi qu'on va injecter ce truc, donc oui, ça va aller »

- « Je suis sérieuse Clarke. La dernière fois qu'on a fait ça, t'as fais une sérieuse crise d'angoisse »

- « Oui mais… » commença la blonde en se mordant la langue « C'est parce que je m'attendais pas à ce que ça provoque un tel effet sur celui qui allait recevoir l'injection »

Kali examina la plus jeune pendant quelques secondes, un air grave sur le visage.

- « Écoutes, je sais pas tout ce qu'il t'ait arrivé dans les moindres détails, même si j'en ai une vague idée. Mais si c'est trop pour toi de faire ça, je t'assure que je peux le faire toute seule. Te sent pas obligé de rester »

- « C'est moi qui lui ai proposé de faire ça. Je peux pas partir. Ça ira, je t'assure »

Regardant Clarke dans les yeux, Kali finit par faire un hochement de la tête accompagné d'un « d'accord ».

Retournant toutes les deux vers la commandante après cette petite interruption, celle-ci les regardait intriguée.

- « Il y a un problème ? » demanda-t-elle.

- « Non, ne t'inquiètes pas » lui répondit la blonde avec un sourire qui se voulait rassurant « Allonges toi, on va commencer »

Obéissant et s'installant dans le lit, lorsque Kali et Clarke commencèrent à mettre des sangles aux poignets de la commandante, celle-ci grimaça.

- « Y a vraiment besoin de ça ? » demanda Lexa en désignant des sangles qui allaient bientôt servir à la maintenir allongé.

- « Oui » répondit Kali aussitôt « Croyez moi, c'est pour votre propre sécurité » finit-elle avec sérieux, accrochant ensuite les sangles au niveau des chevilles, du bassin et des épaules.

Quand elle comprit qu'elle ne pouvait plus bouger du tout, Lexa se sentit affreusement mal et une dose d'appréhension commença à lui monter au fond de la gorge.

Clarke lui mettant des espèces d'autocollant à plusieurs endroits du corps, elle la vit ensuite se diriger vers des moniteurs et les allumer, déclenchant des bip qui résonnèrent dans la pièce à intervalles réguliers.

Déglutissant face à tout cela, la commandante finit par perdre toutes couleurs lorsqu'elle vit Kali arriver vers elle avec une seringue dans chaque main qui lui paraissaient énormes.

La brune ne s'en était pas rendu compte, mais au fur et à mesure, qu'elle avait perdu ses couleurs, les bip s'étaient accélérées, faisant se retourner Clarke qui, jusque là, regardait toujours les moniteurs.

Quand la blonde découvrit Lexa qui regardait les seringues comme s'il s'agissait de deux horribles monstres, elle ne put s'empêcher de se dire que, si elle avait déjà eu un doute avant, elle pouvait désormais affirmer que la commandante avait bel et bien perd des aiguilles.

- « Kali » interpella la blonde « Je vais le faire, occupes toi de surveiller ses constantes »

la brune passa son regard de Clarke à Lexa, finissant sur les deux seringues qu'elle avait posé dans un petit plateaux en inox avant de comprendre. Faisant un signe de tête, elle échangea sa place avec son amie.

Se retrouvant au côté de la commandante, la blonde lui fit un sourire qui se voulait rassurant.

- « C'est bon, tu peux y aller » lui dit finalement Lexa qui avait visiblement retrouvé ses moyens et qui fixait dorénavant le plafond.

S'exécutant, Clarke attrapa la première seringue. Mais lorsqu'elle l'eut en main, s'apprêtant à la planter sous la peau de la brune, elle déglutit. Essayant de se concentrer du plus qu'elle pouvait, c'est quand elle fut à quelques misérables centimètres de sa cible qu'elle eut un flash.

Pendant une seconde, ce n'est plus Lexa qu'elle avait vu, c'était elle, attachée exactement de la même manière, se débattant de toutes ses forces. À cette vision, Clarke secoua la tête, ce n'était pas le moment de laisser la place aux fantômes du passé. Fermant les yeux un instant, elle les rouvrit en expirant longuement, calmant ainsi ses tremblements qu'elle n'avait même pas senti commencer.

Réussissant à se reprendre, elle enfonça l'aiguille dans le bras de Lexa qui grimaça. Elle ne put le voir mais à côté, Kali la regardait du coin de l'œil avec inquiétude.

Et c'est quand elle commença à appuyer sur la seringue pour que le produit s'insinue dans les veines de la brune que d'autres flashs arrivèrent. Elle savait pertinemment que ce qu'elle était en train d'injecter provoquait actuellement une violente brûlure dans le bras de Lexa. Elle le savait et le gémissement de douleur de celle-ci lui confirma. Mais à nouveau, ce n'était plus Lexa qu'elle voyait, c'était elle. Et ce n'était pas des gémissements qu'elle entendait, mais des hurlements, ses hurlements.

Parvenant tout de même à accomplir sa tâche, Clarke retira la seringue du bras quand celle-ci fut vide. La posant dans le plateau où elle l'avait prise, elle attrapa la deuxième, avant de tourner son regard vers Lexa qui cette fois était bel et bien Lexa.

Elle serrait les dents, avait contracté l'intégralité de ses muscles et laissait échapper de temps à autres des plaintes.

La blonde regarda l'objet qu'elle avait en main. Celle là serait bien pire.

- « Clarke, ça va ? »

Tournant la tête vers Kali qui venait de lui parler, elle fit un signe que oui avant de se focaliser une nouvelle fois sur la commandante.

Respirant un grand coup, Clarke planta la deuxième aiguille, et avec lenteur, commença à injecter le second produit.

Le résultat fut instantané. À la seconde où il lui était rentré dans les veines, Lexa avait sentit la brûlure, qu'elle ressentait déjà nettement, s'accentuer encore plus. Elle pouvait littéralement sentir le produit se diffuser dans son corps, ayant l'impression qu'il faisait entrer la moindre de ses cellules, avec laquelle il était en contact, en ébullition.

- « N… a… attends… a… arr… » bégaya la brune sans réussir à finir sa phrase sous la douleur qui devenait de plus en plus intense au fur et à mesure qu'elle s'entait le produit s'immiscer en elle.

- « Je peux pas » murmura alors Clarke qui avait très bien compris que le dernier mot que la brune avait cherché à prononcer était « arrêtes ».

Blanchissant légèrement, Clarke déglutit, elle ne pouvait pas arrêter, c'était vrai. Déjà parce que si elle le faisait, la douleur ne s'arrêterait pas pour autant, mais en plus, si les doses injectées n'était pas les bonnes, tout ça, au mieux, ne servirait à rien, au pire, aurait des effets secondaires sur le corps de la brune.

Mais voir Lexa ainsi, commencer à émettre des plaintes de plus en plus fortes et essayer vainement de se dégager, provoqua l'accélération de sa respiration chez la blonde. Son cerveau la harcelant sans cesse, à chaque clignement de paupière, elle passait de la vision d'elle même à celle de Lexa.

Lorsqu'elle eut fini d'injecter la totalité du produit, elle releva la tête, rien qu'une seconde, et elle vit un peu plus loin un miroir, mais ce ne fut pas son reflet qu'elle vit, ce fut celui de Desver, un air amusé sur le visage et un sourire en coin.

Lâchant un hoquet de surprise, elle fit un pas en arrière, butant contre le petit meuble où était posé le plateau un inox, provoquant un bruit métallique.

- « Clarke ! » entendit-elle alors qu'elle sentait une main se poser sur son épaule.

Un sursaut de peur la prenant à ce contact, elle se dégagea en un battement de cil pour se retrouver face à Kali.

- « Reprend toi » lui ordonna presque son amie en l'attrapant par les épaules, contrastant avec la lueur d'inquiétude qu'elle avait au fond des yeux.

Cette phrase, accompagnée du ton avec lequel elle avait été dite, fit l'effet d'une douche froide à la blonde. Reprenant immédiatement contact avec la réalité, elle cligna plusieurs fois des yeux, jetant un coup d'œil au miroir qui était désormais derrière elle, elle ne vit cette fois que son reflet, lui montrant un visage complètement déboussolé.

Elle entendit ensuite une plainte, beaucoup plus forte que toutes les précédentes, lui provoquant une deuxième douche froide.

Se tournant vivement vers Lexa, elle la découvrit suffocante, essayant de se tortiller dans tous les sens, son visage tordu en un rictus de douleur atroce, faisant visiblement tout son possible pour ne pas hurler.

Faisant le pas qui la séparait d'elle avec précipitation, elle lui attrapa la main.

- « Lexa, je suis là, t'es pas toute seule, tu vas y arriver »

Réagissant au contact, la commandante serra fortement la main de la blonde en retour, du plus fort qu'elle put, ouvrant ses yeux verts avec difficulté avant de les tourner droit dans les deux orbes bleues.

Clarke déglutit. C'était la première fois qu'elle voyait de la peur dans les yeux de la brune.

- « J'aurais jamais du te proposer ça » réalisa-t-elle à voix haute, de la peur commençant à s'insinuer dans ses veines à elle aussi.

. . .

Tournant à un nouvel angle de couloir, Mona soupira quand elle remarqua qu'une fois de plus, le couloir en question était identique à tous les autres et ne présentait visiblement aucune porte de sortie.

Claquant sa langue contre son palais de mécontentement, elle s'engouffra dans le dit couloir en grommelant. C'était quoi leur problème au peuple du ciel ? Ils trouvaient ça drôle d'habiter dans un foutu labyrinthe ? C'était pour y abandonner leurs enfants s'ils jamais ils se rendaient compte qu'ils n'auraient bientôt plus de quoi les nourrir ? Il ne manquerait plus qu'elle tombe sur une porte en pain d'épice et là elle serrait convaincu que c'était réellement pour ça.

Sauf qu'à priori, dans une boîte métallique où il n'y avait même pas la moindre fenêtre, il était très peu probable qu'elle tombe sur une porte en pain d'épice. Ce qui était bien dommage d'ailleurs, car elle commençait à avoir sérieusement faim.

Peut être était-elle condamnée à airer dans ces couloirs qui se ressemblaient tous jusqu'à ce qu'elle meure de faim. Mona grimaça. Elle n'avait pas particulièrement peur de la mort, mais elle devait avouer que quitte à mourir, elle aurait préféré quelque chose d'un peu plus glorieux. Elle imaginait déjà Hannah se moquer d'elle en trouvant son squelette au fond de l'un des couloirs, dans une position où elle aurait semblé se traîner à plat ventre, immortalisant ainsi le plus grand échec de sa vie.

Voyant soudainement un nouvel embranchement dans ce dédale, qui la mènerait peut être à la sortie, elle se mit à courir, l'espoir lui donnant des ailes. Mais arrivant à destination, l'espoir, qui visiblement n'était pas très partageur, reprit aussitôt ses ailes pour lui et s'envola très loin pour être sûr qu'on ne lui reprenne pas.

Encore ce même couloir. Les épaules de Mona tombèrent. Elle était dans une boucle infini. Elle ne voyait pas d'autre explication.

Jamais elle n'aurait du vouloir poursuivre la visite des lieux seule après que Marcus leur ait montré leurs chambres à elle et aux filles, qui elles, s'étaient d'ailleurs bien sagement installées.

Et alors qu'elle commençait à songer très sérieusement à aller se rouler en boule contre la paroi métallique pour pleurer toutes les larmes de son corps et maudire chaque membre du peuple du ciel sur leurs dix prochaines générations, elle entendit un sifflotement. Léger, insouciant, plein de promesse.

Se concentrant pour identifier d'où provenait le son malgré qu'il résonnait contre les parois, elle se dirigea à grande enjambés vers sa source.

Accélérant de plus en plus le pas, c'est quand elle arriva à l'angle où elle se trouvait précédemment qu'elle percuta quelqu'un, la faisant tomber à la renverse.

- « Ooooh ! Excusez-moi ! » dit une voix masculine.

Se frottant le crâne, Mona leva son regard vers celui qui venait de parler pour se rendre compte que c'était le garçon qu'elle avait vu au loin à son arrivée, assis au piano.

- « Ah, mais je te reconnais ! » s'exclama-t-il en la regardant « Tu étais avec le groupe qui est arrivée tout à l'heure. Besoin d'aide ? » finit-il en lui tendant sa main, un sourire sur le visage.

- « C'est ça » confirma Mona en attrapant ce qu'on lui tendait.

Se remettant vite debout, elle fut un peu surprise quand le jeune homme ne lui lâcha pas la main et le regarda. Sourire en coin, il sembla la détailler.

- « Jasper » se présenta-t-il.

- « Mona »

- « Mona » répéta le jeune homme « Et bien, que fais tu ici, Mona ? »

- « Je visite » répondit-elle un peu vite.

- « Il n'y a rien à visiter par ici » dit Jasper tandis que Mona se disait qu'elle avait effectivement relevé ce fait « Mais si tu veux, je peux te faire une visite digne de ce nom ! » reprit-il avec un air volontairement charmeur « En plus, il paraît que je suis doué pour ce genre de chose » finit-il avec un air sûr de lui, lâchant la main de la brune en lui effleurant volontairement le creux de celle-ci.

Comprenant sans trop de difficulté ce que proposait le membre du peuple du ciel, sans être direct, mais sans être spécialement subtile non plus, Mona prit à son tour un air qui se voulait charmeur, accompagné d'un sourire joueur.

- « Et bien… » commença-t-elle en regardant Jasper des pieds à la tête « Ça tombe bien »

. . .

- « Ça devrait aller maintenant qu'elle est sous calmant » dit Kali.

Clarke ne répondit pas. Même sous calmant, Lexa n'avait pas l'air d'aller. Sa respiration était saccadée, ses cheveux était collées à son visage, sur lequel perlaient de grosses gouttes de sueurs, ses muscles restaient tendus, et malgré le fait qu'elle avait désormais les yeux fermés et qu'elle n'était probablement plus entièrement dans la réalité, une expression de douleur restait gravé sur son visage.

- « Elle va rester entre le rêve et la réalité pendant un moment encore » reprit Kali en posant l'une de ses mains sur l'épaule de la blonde « Tu devrais aller faire un tour »

Clarke ne sut pas si malgré son état, Lexa avait compris les mots qui venaient d'être prononcé ou si c'était juste une coïncidence, mais à l'instant où la phrase avait été dite, elle avait sentit la main de Lexa, qu'elle n'avait pas lâcher depuis le début, se resserrer autour de la sienne.

- « Non, je vais rester avec elle » dit la blonde en frottant son pouce sur le dos de la main de la commandante qui desserra sa prise « Mais vas-y toi, vas te reposer, t'as l'air fatigué »

- « Toi aussi tu es fatiguée »

- « Ça va aller, t'en fais pas. Je reste »

Hésitante pendant quelques secondes, Kali finit par hocher la tête.

- « Si jamais t'as le moindre problème, appelles moi »

- « Tu seras la première au courant »

. . .

Marchant tout en lâchant un bâillement, Kali avait assez vite rejoint l'aile où se trouvait les chambres. Elle n'avait croisé personne de tout son chemin parcouru, et vu que le soleil n'allait probablement pas tarder à pointer le bout de son nez, il n'y avait rien d'incroyable la dedans.

Aussi, elle fut surprise d'entendre l'une des portes de chambre devant lesquelles elle passait se déverrouiller. Elle se demanda lequel des membres du peuple du ciel ne dormait toujours pas, ou était déjà réveillé.

Sauf que ce ne fut absolument pas un membre du peuple du ciel qui sortit de cette chambre.

- « Mona ? » demanda-t-elle pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas.

Et elle ne rêvait pas, car se fut bien son amie qui tourna sa tête vers elle, tout aussi surprise qu'elle de la voir alors qu'elle était encore en train de remettre en place son t-shirt et tenait sa veste à la main.

- « Mais… » commença Kali un peu perdue « C'est pas les chambres des Skykru ici ? »

- « Euh… » prononça Mona en regardant la porte derrière elle qui était à présent fermée « Si »

- « Mais qu'est-ce que tu faisais dans… » commença la plus âgé avant de percuter, détaillant son amie de haut en bas.

En faisant plus attention, on pouvait clairement voir qu'elle avait les joues légèrement rougies, les cheveux ébouriffés, et surtout, elle comprenait pourquoi en sortant dans ce couloir elle semblait remettre son t-shirt en place. En fait, elle venait probablement de l'enfiler en vitesse avant de sortir.

- « Tu te fou de moi, là » dit Kali.

- « Quoi ? »

- « Moi qui pensais que le bon côté à ce qu'on se soit fait emmener à Polis était que tu arrêterais tes conneries »

- « Je fais ce que je veux, non ? » dit Mona qui se vexa immédiatement.

- « Oui, tu fais ce que tu veux, mais ça t'apporte quoi de faire ça ? »

la plus jeune pouffa d'un ton moqueur.

- « Du plaisir déjà »

- « Et tu crois vraiment que ça en vaut la peine ? » demanda Kali en fronçant les sourcils « Ça crève les yeux que t'es amoureuse de Yora. Essayes au moins de lui dire, plutôt que d'essayer de l'oublier comme ça »

- « Ça m'avancera à quoi de lui dire ? » répliqua Mona avec un regard noir « Pour elle je suis son amie. Rien de plus »

- « Elle est même pas au courant de ce que tu ressens » insista Kali.

Cette fois, Mona lâcha un rire sardonique.

- « Absolument tout le monde s'en ait rendu compte sauf elle. Tu crois vraiment que j'ai besoin de lui dire pour que je sache qu'elle va me jeter ? »

- « Des fois c'est justement ce qu'on a sous notre nez qu'on voit le moins. Tu sauras pas t'en que tu lui en auras pas parlé »

- « Je lui dirais rien parce que je préfère la garder en tant qu'amie plutôt que de risquer de la perdre complètement » siffla Mona en passant à côté de Kali, partant dans la direction par laquelle celle-ci était arrivée.

- « Parce que tu penses vraiment que même si c'était pas réciproque, et j'ai un gros doute la dessus, elle te rejetterait ? »

La plus jeune se stoppa dans sa marche.

- « Elle non. C'est moi qui le supporterais pas » souffla-t-elle avant de reprendre sa route.

- « Si tu lui dis rien, je te garantit que tu finiras par le regretter » dit finalement Kali.

Et cette fois, Mona, ne répondit pas, la boule qu'elle avait dans la gorge l'empêchant de le faire. Alors elle se contenta de continuer à avancer.


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