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CHAPITRE XII.
N°82 – 27 Janvier 2024 (6)
8 février 2024, J-3 avant la parution du N°83 de la Gazette de Poudlard – Bibliothèque, Poudlard, Ecosse
Rose observait son cousin depuis de longues minutes, cachée derrière une étagère de la section Potions et Filtres Avancés de la Bibliothèque, l'ébauche de l'article sur lequel elle avait planché avec Scorpius pendant plusieurs jours, et co-signé par ce dernier d'un nom de plume que lui avait finalement attribué Rose de force, coincé sous son bras gauche.
Elle inspira une longue bouffée d'air pour se donner du courage – la dix-septième depuis qu'elle était plantée là à épier son cousin – avant d'expulser tout l'air de ses poumons.
C'était plus difficile qu'elle ne l'aurait imaginé.
Confronter Albus, c'était aussi lui révéler qu'elle était Freckles, mais étrangement, ce n'était pas ce qui l'angoissait le plus.
Pire encore, l'idée de perdre l'amitié et la confiance de son cousin en lui dévoilant son projet d'article et son intention de le publier dans le prochain exemplaire de la Gazette de Poudlard la terrorisait.
Mais si elle n'était pas prête à affronter la vérité sur son cousin, elle n'était pas près d'être une bonne journaliste.
Alors, elle inspira une dix-huitième longue bouffée d'air pour se donner du courage, et sortit de sa cachette pour se diriger droit vers son cousin, qui releva la tête en la voyant approcher et esquissa un sourire.
– Hé, Rose…
Rose esquissa un sourire tremblant qui ne trompa pas son cousin. Celui-ci comprit tout de suite que quelque chose n'allait pas et il fronça les sourcils avec inquiétude.
– Rose ?
– Al, fit la jeune fille d'une voix tremblante, plantée devant son cousin assis. J'ai quelque chose à te faire lire, d'accord ?
Incertain, Albus hocha la tête, et Rose lui tendit son ébauche d'article d'une main aussi fébrile que l'était sa voix.
Son cousin se saisit du rouleau de parchemin, sans trop comprendre, et le déroula lentement, avant de blêmir lorsque ses yeux se posèrent sur le titre en gras au centre de la page.
De longues et interminables minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles les yeux d'Albus parcoururent l'article de haut en bas, sans dire un mot, le teint de plus en plus pâle.
Puis, après une ou deux éternités, un sourire triste gracia les lèvres d'Albus lorsqu'il reposa l'article signé « Freckles et Goodfaith* » sur la table devant lui. Le jeune homme releva la tête vers sa cousine, toujours plantée debout devant lui avec appréhension, et haussa les épaules en signe de capitulation.
– Je savais que si quelqu'un découvrait la vérité, ce serait toi, avoua le jeune Gryffondor après un long instant de silence.
Un bref éclat d'admiration brillait dans ses yeux émeraudes, pourtant assombris par le regret.
Rose fronça les sourcils, incertaine de l'aveu de son cousin.
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Rose, fit Albus en lui adressant un regard entendu : je t'adore, tu le sais, mais tu n'es pas aussi discrète que tu le penses. Et Roxanne l'est encore moins…
La jeune fille cligna des yeux. Elle s'était attendu à mille-et-une réactions de la part de son cousin, sauf celle-ci.
– Enfin, j'imagine que c'est aussi parce que je te connais mieux que la plupart des élèves de cette école et que tu es la seule personne au monde que je connaisse qui utilise encore l'expression « courir le guilledou », alors quand tu l'as utilisée dans la rubrique des « Cœurs de Poudlard » pour la deuxième ou troisième fois, ça ne faisait plus de doute…
Interdite, Rose se laissa tomber sur la chaise en face d'Albus, qui avait désormais croisé les bras sur la table devant lui, en signe de repli intérieur.
– Tu… tu savais que j'étais Freckles ? demanda-t-elle d'une petite voix incertaine qui lui ressemblait peu. Depuis tout ce temps ?
Albus hocha lentement la tête, mais ne pipa mot.
– Alors pourquoi tu n'as rien dit ? Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?
Albus poussa un long soupir avant de de répondre :
– Parce que je me disais que quand tu serais prête à nous le dire, tu le ferais. Bien sûr, je n'avais pas imaginé que tu me l'avouerais dans de telles circonstances, ajouta-t-il en laissant échapper un bref et volatile éclat de rire, aussi éphémère que la légèreté d'Albus.
Rose se mordit l'intérieur de la joue, mais ne sut quoi répondre. Il fallait d'abord qu'elle fasse le tri dans ses pensées et ses émotions.
Albus, cependant, semblait décidé à parler après tous ces mois de secrets.
– Qui est « Good Faith » ? C'est Scorpius, n'est-ce pas ?
Rose hésita une fraction de seconde avant de hocher la tête. Elle savait que quoi qu'il arrive, elle pouvait faire confiance à Albus. Elle avait toujours pu, et ce n'est ni son article, ni ces fichus comprimés qui y changerait quoi que ce soit.
– Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le baiser que vous avez échangé dans la Grande Salle le mois dernier ?
Rose se sentit instantanément rougir comme un coquelicot au mois de juin.
– En quelque sorte, avoua-t-elle. Il n'avait pas beaucoup apprécié l'article que j'avais écrit sur lui et Melody et il voulait me rendre la monnaie de la pièce…
– Par vengeance ?
– Disons que c'est une longue histoire…
Un sourire étira légèrement les lèvres d'Albus, chassant un peu de la tension qui nouait ses épaules depuis de longues semaines.
– Si tu me racontes la tienne, je te raconte la mienne.
Rose ne put s'empêcher d'éclater de rire. Albus semblait tout aussi fatigué et stressé qu'il l'avait été ces derniers temps, mais elle était contente de retrouver son cousin et de le voir se détendre peu à peu. Comme si partager enfin son secret lui faisait du bien, quelles que puissent en être les conséquences.
– Marché conclu, répondit Rose. Toi d'abord.
Le sourire d'Albus s'effrita, mais il hocha la tête, décroisa ses bras, et lissa le bois de la table de la paume de sa main droite avec une nervosité apparente.
– Est-ce que tu sais combien d'internes Médicomage sont acceptés chaque année à la fin de leurs études pour intégrer le programme de formation de St Mangouste ?
Rose fit non de la tête. Sortir une plume et un morceau de parchemin pour coucher les confidences d'Albus démangeait furieusement la journaliste en elle, mais elle devait à son cousin de l'écouter en tant qu'amie.
– Ça varie légèrement d'une année à une autre, mais d'une manière générale, il y a une à trois places par an. À ma connaissance, aujourd'hui, il n'y a que Scorpius et moi à Poudlard qui voulons intégrer ce programme après nos ASPICs cette année. Mais l'internat de Ste Mangouste est l'un des plus réputés au monde et des élèves du monde entier veulent y entrer. L'an dernier, il y avait deux-cent-soixante-seize candidats pour deux postes. Cette année, il y a trois postes ouverts, mais les probabilités que deux élèves de Poudlard soient admis sont de l'ordre de… huit pour cent, au mieux ?
Plus Albus se confiait, plus Rose sentait le stress qui habitait son cousin l'envahir.
– Autant dire que même un parcours scolaire irréprochable et un score parfait aux ASPIC ne suffira pas à me garantir une place, poursuivit Albus en baissant les yeux. Alors l'an dernier, j'ai commencé à réfléchir au meilleur moyen de me garantir une place, à faire en sorte que ma candidature se démarque par rapport aux autres. Mais pour ça il fallait que j'apporte quelque chose en plus… une expérience, un projet, n'importe quoi. C'est à ce moment-là que je me suis dit que je devais montrer aux membres du jury qui sélectionnent les candidats que ce que je désirais plus que tout au monde, c'était de soigner les gens, leur venir en aide… En voyant le stress qui pesait sur les épaules de Lily et Hugo l'an dernier lorsqu'ils ont passé leurs BUSEs, je me suis dit que je pouvais les aider, et aider les autres élèves dans la même situation en leur apportant un remède. J'y ai travaillé tout l'été. Je l'ai testé moi-même pour être sûr que ce comprimé était au point et sans danger… mais quand est venu le moment de le proposer aux autres élèves, j'ai un peu paniqué… j'avais peur que tout le monde trouve ça ridicule…
– C'est pour ça que tu as décidé de passer par Joseph…
– Oui, admit Albus en hochant la tête, honteusement. Il venait de casser sa baguette et je savais qu'il avait besoin d'argent. J'ai partagé mon dortoir avec lui pendant presque sept ans… je savais qu'il se jetterait sur l'occasion de se faire de l'argent facilement, sans se poser la moindre question… Joseph n'est pas un mauvais bougre, mais il est un peu…
– Idiot ?
Albus grimaça.
– Inconscient, plutôt.
Rose acquiesça. Elle ne contredirait pas son cousin sur ce point.
– Et ensuite, ça a dérapé ? devina Rose, lorsque son cousin restait silencieux.
Albus poussa un long soupir et recommença à lisser le bois de la table devant lui du plat de la main.
– Oui.
Rose observa longuement son cousin sans savoir quoi dire.
Dès l'instant où elle avait compris qu'Albus était derrière tout cela, elle avait su que ses raisons étaient différentes de ce qu'elle avait imaginé au départ. De ce que tout le monde avait cru.
Mais elle était loin de s'imaginer la pression qu'Albus s'était mise depuis toutes ces années, jusqu'à ce qu'elle l'engloutisse complètement, dans le seul et unique but de donner une chance à son rêve de se concrétiser.
Elle pouvait lire dans son regard, le poids du regret qui l'accablait.
– Albus, fit Rose d'une voix plus douce après un long instant : tu sais que je vais devoir publier cet article, n'est-ce pas ?
L'expression d'Albus se durcit légèrement, mais il hocha la tête.
– Je sais, oui.
Rose déglutit et sa voix se cassa net :
– Tu m'en veux ?
– Non, répondit-il avec un sourire fragile. C'est à moi que j'en veux, soupira le Gryffondor. Rien de tout ça n'aurait dû se produire. J'aurais dû être plus vigilant dès le départ et limiter la vente de mes comprimés à un par personne et par semaine. Mais j'étais si content de voir que quelque chose que j'avais créé avait autant de succès, que je me suis laissé emporter…
Rose tendit une main pour couvrir celle de son cousin avec douceur.
– Albus… tu ne devrais pas être aussi sévère avec toi-même. Tu as fait une erreur, peut-être, mais tu t'es aussi montré incroyablement responsable en prenant la décision de cesser la distribution de ces comprimés en voyant que la situation dérapait et que certains élèves mettaient leur santé en danger en ne respectant pas les doses… Peu de gens aurait eu autant de scrupules que toi, tu sais ?
Albus esquissa un sourire peiné, mais ne répondit rien. Rose devinait aisément qu'il n'était pas d'accord avec elle et qu'il lui faudrait longtemps pour se pardonner.
Heureusement, elle savait exactement comment l'y aider.
8 février 2024, J-3 avant la parution du N°83 de la Gazette de Poudlard – Salle Commune de Serdaigle, Poudlard, Ecosse
Lorsque Rose regagna la Salle Commune de Serdaigle en fin de journée, après avoir passé toute la soirée à discuter avec Albus, à écouter ce qu'il avait sur le cœur et lui confier un peu de ce qu'elle avait sur le sien avant de céder au plaisir coupable de prendre un bain dans la Salle de Bains des Préfets, elle fut soulagée de voir que Scorpius s'y trouvait encore.
Penché au-dessus d'un rouleau de parchemin, Elias à côté de lui, il semblait imperméable à ce qui se passait autour de lui. Pourtant, lorsqu'elle s'approcha de la table où les deux jeunes hommes étaient assis, Scorpius se redressa, plissa le nez, et se retourna en souriant lorsqu'il vit Rose, ses boucles rousses encore enroulées au-dessus de sa tête dans un foulard en soie qui laissait le temps à sa routine capillaire de faire effet.
– L'amande ! s'écria soudain Scorpius en faisant se tourner quelques têtes surprises vers lui.
Rose se figea net et fronça les sourcils, incertaine.
– Quoi ?
– L'amande, c'est ça que tu sens tout le temps. C'est l'amande, non ?
Rose sentit aussitôt ses joues s'empourprer et eut toutes les peines du monde à contenir son embarras.
– Oui… désolée, c'est mon soin capillaire… il est à l'amande douce et aux graines de coquelicots, répondit-elle sans trop savoir pour quelle raison elle livrait autant de détails à Scorpius sur son satané soin capillaire, son fard de plus en plus intense à mesure que la conversation tournait au ridicule.
Rose ne manqua pas de voir Elias étouffer un rire, qu'il tenta de dissimuler avec sa main droite, ce qui sembla également arracher Scorpius à sa bulle.
– Je crois que je vais vous laisser, fit Elias en se levant et rassemblant ses affaires. J'ai jamais vraiment eu envie d'être une chandelle. Un trombone, à la limite, pourquoi pas. Mais une chandelle, bof… en plus c'est éphémère, ça finit par fondre, et j'ai bien l'intention de m'illustrer dans le temps ! Bonne nuit !
Rose cligna des yeux avec hébétude, Elias disparaissant sans demander son reste.
Scorpius se racla légèrement la gorge, attirant à nouveau l'attention de la jeune fille, dont les joues reprirent aussitôt une teinte cramoisie. Le Préfet-en-Chef désigna d'un geste maladroit de la main la chaise que venait de quitter Elias, proposant à Rose de s'asseoir :
– Tu as pu parler à Albus ? lui demanda-t-il d'une voix basse, changeant de sujet au plus grand plaisir de Rose.
Cette dernière hocha la tête et prit la place qu'Elias avait laissée vacante.
– Et alors ?
– Alors je vais à nouveau avoir besoin de ton aide.
Les lèvres de Scorpius s'étirèrent aussitôt vers le haut.
– Qu'est-ce qu'il te faut ? demanda-t-il, abandonnant sans réfléchir tout ce qu'il était en train de faire, et notamment le devoir de Métamorphose devant lui, pour se concentrer sur Rose.
Et cette fois, la chaleur qui envahit Rose ne lui monta pas aux joues, mais droit au cœur.
* Goodfaith (Good faith) = Bonne foi
≠ Mauvaise foi (Malfoy)
Oui, mes jeux de mots sont tellement mauvais que je me sens obligée de les expliquer.
Note : Bonjour à tous !
Ça fait du bien de reprendre un rythme de publication « normal » et de vous retrouver pour ce nouveau chapitre, parce que c'est un de ceux que j'ai préféré écrire jusqu'à présent.
Alors sincèrement, j'espère que vous l'apprécierez autant que moi.
Et à partir de maintenant, on va entre dans le vif du sujet, le rose bonbon, le sucre, la douceur : LA GUIMAUVE.
Donc, pour tous ceux dont le coeur n'est pas taillé dans la barbe-à-papa... un petit conseil : fuyez.
Pour les autres, qui, comme moi, ne vivent que pour les happy end édulcorés... à la semaine prochaine pour le début de la fin :)
Bonne fin de week-end à tous,
Little Plume
PS : Un grand merci à DelfineNotPafdoot, pour sa correction, mais aussi, pour son amitié.
