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LES MARQUÉS
Huit mois avant le Nœud (PRO NODUS)
Fêter Halloween (Partie 2)
Le dépit les gagna rapidement. Malefoy fut le premier à abandonner. Il avait tenté plusieurs Alohomora, sans grand résultat, et il refusait désormais de se pendre sur la poignée de porte comme un abruti fini et hystérique, surtout quand Potter s'en chargeait déjà.
- Tu penses vraiment que tirer dessus comme un gnome affamé va y changer quelque chose ? s'agaça-t-il en se laissant mollement glisser contre le mur à côté de la porte.
Harry fut surpris de le voir ainsi s'installer, tout calme qu'il était. Ce n'était pas le genre de la maison.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il bêtement.
- J'attends. Le professeur Rogue va bien finir par venir nous récupérer.
- Oh, oui, évidemment, ce cher professeur Rogue va venir nous récupérer, répéta Harry avec emphase. Peut-être qu'il aurait pu commencer par ne pas nous enfermer !
- Il ne nous a pas enfermés, soupira Drago, déjà exaspéré.
Harry s'acharna sur la porte durant quelques minutes supplémentaires. Il tenta lui-même quelques Alohomora, dont Malefoy se moqua discrètement et qui furent évidemment aussi vains que le reste.
Même Peeves les avait abandonnés, prétextant aller chercher de l'aide. Mais bien sûr ! Harry était persuadé que, si ce n'était pas Rogue le coupable, alors ça ne pouvait être que lui et son sens de l'humour plus que douteux.
À bout de nerfs, il se détourna de cette maudite porte close, son dos s'appuyant contre le mur à côté d'elle et, après un petit temps passé à rester là, contenant sa colère, il imita Malefoy et s'assit à son tour, affligé et découragé. Pourquoi fallait-il que les choses s'acharnent toujours à ce point sur lui ?
Malefoy replia un peu plus les genoux et posa ses bras sur ses cuisses, ses doigts caressant le bois lisse de sa baguette qu'il tenait encore dans sa main. Ils restèrent en silence un petit moment – moment qui parut durer l'éternité pour Harry, et quelques secondes à peine pour Drago.
- Comment tu fais ? l'agressa soudain Potter, le ton plein de reproches.
- Comment je fais quoi ? répondit Drago, visiblement dérangé par sa présence et sa voix. Peut-être parce qu'il en avait assez, lui-aussi, de sentir le cœur battre dans les veines de son poignet ?
- Ça ! s'impatienta-t-il, comme s'il avait été tout à fait clair. Comment tu fais pour n'en avoir jamais rien à faire de rien ?
Drago pouffa. Il lui semblait que Potter n'avait jamais rien dit d'aussi stupide, qu'il ne pouvait être aussi loin de la vérité. Une nouvelle fois, cet égocentrisme de l'Élu pensant toujours que sa façon de faire était la bonne, ou qu'il était le seul à vivre quoi que ce soit d'important, le sidérait.
- C'est vraiment ce que tu penses, Potter ? demanda-t-il d'un ton appuyé, presque avec défi.
- C'est ce que tu fais ! rétorqua Harry sur le ton de la correction. Ca le mettait hors-de-lui de le voir accepter la situation si sereinement alors qu'ils étaient enfermés, ensemble en plus, qu'il était déjà terriblement tard, que la soirée avait déjà eu son lot de souffrances et que, par-dessus tout, ils devaient vivre avec l'odeur de l'autre en permanence dans leurs pores tant qu'il était présent, un battement de cœur insupportablement répétitif dans le bras et cette emprise qui, pour Harry en tous cas, commençait vraiment à endormir tout le bras jusqu'à l'épaule.
- Ce n'est pas parce que je ne fais pas de crise à la moindre contrariété que je n'en ai rien à faire de rien, Potter. C'est une question d'éducation, conclut-il, l'expression dédaigneuse affichée sur ses traits étant aussi, sans doute, due à ladite éducation.
- Je ne fais pas de crises, siffla Potter, les poings serrés.
Drago se mordit l'intérieur de la joue pour réprimer un sourire inutilement cruel.
- Si tu le dis, répondit-il sur le ton de l'indifférence, relevant les yeux vers les fenêtres de la petite salle de classe dont les torches, vacillantes, n'éclairaient plus vivement les contours.
L'attitude agaça prodigieusement Harry. Visiblement, la pluie était plus intéressante à regarder ! Après un bref silence qu'il tenta de supporter en vain, ne parvenant pas à fixer son attention sur autre chose et perdant patience au bout de la troisième seconde d'essai, il revint à la charge, féroce.
- Tu pourrais au moins me regarder quand je te parle. Ou on ne te l'a pas appris, ça ?
Drago contracta sa mâchoire mais ne dit rien, et tourna seulement la tête vers lui. Le gris de ses yeux était comme dans les cauchemars de Harry.
- Je te regarde, dit-il calmement, sous-entendant : « Et donc ? ».
- Bien, répondit Harry qui n'avait rien à dire, mais qui ne supportait pas de se taire.
Ils se fixèrent pendant de longues secondes, Drago attendant et Harry trouvant toujours dans l'attitude de Drago (qui lui avait pourtant obéi, pour le coup) des tonnes de raisons de la lui reprocher et de lui en vouloir.
- Ton éducation, pouffa finalement Harry, comme s'il ne s'était toujours pas remis de la plaisanterie. C'est vraiment comme ça que tu l'appelles ?
Malefoy roula des yeux sans rien perdre de son habituel rictus.
- J'imagine que le terme ne t'évoque pas grand-chose.
- C'est surtout que, en ce qui te concerne, je parlerais plutôt d'intolérance, d'égoïsme, de méchanceté, d'arrogance…
- Bien, souffla Malefoy, qui en avait déjà assez entendu et qui ne voulait pas subir ce qui s'annonçait comme une interminable énumération. Il avait déjà dû le supporter plus de trois heures d'affilée ! C'était trop. Potter ne s'arrêtait donc jamais de brasser de l'air ? Pourquoi parlait-il autant ? Pendant leur retenue, Drago avait déjà dû s'efforcer de ne pas utiliser un sortilège de silence qui lui aurait permis d'ignorer ses incessantes questions en coupant simplement le son. Quel plaisir cela aurait été de le voir s'agiter et parler encore et encore, puis s'énerver sûrement, le tout sans entendre un seul éclat de sa maudite voix. Et ça, je le coupe comment ? Ça, je l'écrase ? Comment je l'épluche ? C'est pour faire quoi ? A croire que Potter n'avait suivi aucun fichu cours de potion depuis la première. A croire, aussi, qu'on ne lui avait jamais appris à se taire.
- Je suis touché de savoir tout le bien que tu penses de moi, Potter, mais je crois que le temps passerait plus vite si tu la fermais.
- De manipulation… De mensonge… continua Potter sans se soucier de son intervention.
- Je ne mens jamais, grinça Malefoy sans pouvoir s'en empêcher.
- De lâcheté, aussi…
Drago prenait vraiment sur lui. C'est ce qui énervait autant Harry, d'ailleurs. Malefoy avait toujours adoré mépriser par l'indifférence, ignorer pour mieux rabaisser, surtout quand il avait déjà mis l'autre en rage en le provoquant. Mais il y avait généralement quelques petites choses qu'il était toujours incapable de laisser passer. L'atteinte à sa dignité, essentiellement.
- Tu tiens une liste des raisons pour lesquelles tu me détestes, Potter ? railla-t-il.
- Pas besoin, j'ai une bonne mémoire.
À nouveau, Malefoy sourit, l'air pensif.
- C'est une bonne idée.
Il releva le menton en direction du petit tableau trônant dans le coin de la salle, entre la première fenêtre du mur latéral et l'autre mur, plus étroit, adjacent aux autres salles du couloir. Relevant aussi la main, il opéra quelques légers mouvements en direction du tableau et, suivant la gestuelle de son poignet, les mots s'écrivirent comme à la craie. « Éducation » à gauche, « Absence d'éducation » à droite. Malefoy traça ensuite une ligne verticale entre les deux et écrivit tout au-dessus : « D.M. » à gauche, « H.P. » à droite. Encore au-dessus, en gros titre : « Bonnes raisons de détester ».
Harry plissa les yeux pour lire. Même avec ses lunettes, il voyait flou de loin. Toutefois, dès qu'il put lire : « Absence d'éducation », il tourna vers Drago un regard orageux.
- Bien, quoi d'autre ? demanda Malefoy d'une voix claire, presque joyeuse.
- Persuadé d'avoir toujours raison, grogna Harry.
- Écris-le alors, dit Drago en baissant sa baguette.
Harry avait envie de le secouer contre le mur. Il reprit sa propre baguette, posée à côté de lui, et écrivit au tableau. Malefoy attendit à peine qu'il eut terminé avant de retracer une ligne, horizontale cette fois, traversant la ligne verticale, allant de l'écriture de Harry jusqu'à la colonne portant les initiales « H.P. », où il réécrit : « Persuadé d'avoir toujours raison ».
Harry enrageait déjà.
- C'est faux.
Drago ajouta : « De mauvaise foi ».
- C'est faux !
Drago rajouta : « Colérique ».
Harry se pencha pour mieux l'assassiner du regard.
- Arrête ça ou je te fais avaler ta baguette !
Drago rajouta encore : « Ne supporte pas la contradiction ».
Harry s'agita et se coucha à moitié devant la porte, cherchant à lui retirer sa baguette des mains. Malefoy, par précaution, obliqua sur le côté afin de rester hors d'atteinte de ce bras tendu vers lui. Il avait l'air de beaucoup s'amuser.
- Bien, déclara Harry, vexé, reprenant sa position et pointant sa propre baguette vers le tableau. En face de chaque terme, dans la colonne titrée « D.M. », il écrivit : « Malhonnête », « Capricieux » et « Passe son temps à me provoquer ».
Cette liste commençait déjà à ressembler à un règlement de comptes en bonne et due forme. Malefoy s'empressa d'ajouter dans la colonne de Harry : « Croit toujours qu'il est la victime », et Harry dans la colonne de Drago : « Coupable ».
Malefoy tiqua. Le terme avait tout d'une sentence. Harry sourit d'un air cruellement satisfait. Ils avaient tous les deux l'air si en colère, chacun à leur façon, qu'on aurait dit qu'ils se livraient un véritable duel par tableau interposé.
Malefoy ajouta : « Ne se tait absolument jamais », et Harry : « Ne ressent aucune foutue émotion ». Cette nouvelle façon de s'insulter était beaucoup plus discrète que les cris et les bousculades. Ainsi ils poursuivaient – en silence – le fil de leur sempiternelle discussion, mettant des mots sur les reproches qu'ils ne cessaient plus de se faire depuis six ans consécutifs.
Malefoy nota encore : « Incapable de se contrôler », et (assez ironiquement d'ailleurs) cela mit Harry hors de lui. Il se contrôlerait, lui, peut-être, s'il était ne serait-ce qu'un seul jour à sa place ?
Pris de court et énervé, Harry écrivit précipitamment : « Sang pur ». Malefoy en fut un instant bouche bée mais se reprit rapidement dans un petit rire nerveux et offusqué.
- Sérieusement, Potter ? demanda le petit rire nerveux et offusqué de Malefoy.
- Il s'agit bien des raisons pour lesquelles je te déteste, non ? Alors, je déteste ton sang. Je déteste ta famille, je déteste ton nom, je déteste tout ce que vous représentez.
Malefoy le regarda profondément durant un temps. Là, il se sentait offensé. Détournant les yeux, il écrivit calmement dans la colonne « H.P. » : « Idiot et inculte ».
- Arrête ! gronda Harry.
Allant à la ligne, Malefoy s'empressa de griffonner encore : « Clairement instable sur le plan cérébral » et puis : « Narcissique au point de se prendre pour le Sauveur », « Hypocrite », « Décevant », « Mal coiffé », et enfin : « Me pourrit l'existence », même s'il n'eut pas le temps d'écrire plus que : « Me pourrit l'exist », parce que Harry avait jeté sa baguette à l'autre bout de la salle.
- Va-t'en ! cria Drago en repoussant rageusement ce sauvage qui s'était traîné jusqu'à lui.
Même si Malefoy s'était évertué à garder sa baguette hors de sa portée, Harry, à force d'insister, avait une nouvelle fois réussi à le désarmer. Drago se défit sèchement de son emprise, l'air dégoûté et, baissant les yeux vers la baguette de Harry que sa main avait lâchée pour mieux venir le contrer lorsqu'il se débattait, il s'en saisit aussitôt et la lança à son tour aussi loin que possible, rêvant secrètement de la briser en mille morceaux.
Après ça, ils se regardèrent à nouveau un long moment, essoufflés par cette lutte puérile. Reprenant peu à peu son souffle, Drago brisa finalement ce silence de tranchées.
- Tu me juges parce que c'est mon nom qui fait tout, qui représente tout pour moi. Mais qu'est-ce que tu ferais sans le tien, Potter ? Sans lui, pas de légende, pas de célébrité. Et pourtant tu le portes sans en savoir quoi que ce soit, sans que ça n'implique jamais rien pour toi, sans avoir à te battre pour le défendre, sans avoir à lui faire honneur, sans connaître ton sang. Un nom, c'est un poids, un héritage, une histoire, une famille entière. Le tien est vide. Tu ne sais rien. Au fond, tu es juste… Harry, dit-il avec dédain, comme si les lettres lui donnaient la nausée. Harry tout court. Un gamin qui souffre du syndrome du héros parce qu'il n'a même pas pu sauver ses propres parents.
Harry, à genoux devant Malefoy, avait encore les joues rouges et le souffle court.
- Je ne me bats ni pour mon nom ni pour mon sang, déclara-t-il sombrement.
- Alors tu n'as aucune raison de te battre, rétorqua aussitôt Drago.
Harry roula des yeux en pouffant nerveusement. Il sentait les larmes au coin de ses yeux. Il ne sut si c'était de fatigue, de colère, ou à cause des mots de Malefoy qui l'avaient injustement blessé. Les trois, sûrement. Il débordait.
- Tu as l'impression d'être quelqu'un uniquement parce que tu es un Malefoy au sang pur… Mais ça ne signifie rien. Ce sont tes actes qui pourraient faire de toi quelqu'un, pas un nom. Tu le portes comme un bijou mais ce n'est pas toi qui brilles pour autant. Toi… Tu es juste Drago, répéta-t-il en imitant l'expression méprisante de Malefoy. Pas grand-chose d'autre qu'un pathétique abruti.
- Tu mets beaucoup de cœur à détester un pathétique abruti, répondit simplement le ton neutre de Malefoy.
- Un pathétique abruti qui est à Serpentard, et qui me déteste lui-aussi, précisa Harry, déjà prêt à s'énerver de nouveau. Et qui ne manque pas un précieux jour pour me le rappeler.
Malefoy se moqua une fois de plus.
- Laisse-moi rire. Tu avais déjà décidé de me détester bien avant la Répartition.
- C'est faux. Je ne t'appréciais pas beaucoup mais–
- Mais quand je suis allé à Serpentard, là, tu t'es dit que c'était une raison suffisante pour me condamner à jamais ? De mieux en mieux, s'esclaffa Drago en ajoutant : « Est à Serpentard » dans la colonne portant ses initiales. Que de pertinentes raisons, s'extasia-t-il, contemplant sa propre écriture.
.- Oh, arrête, tu veux ? Tu détestes tous les Gryffondor uniquement parce qu'ils ne sont pas des Serpentard !
- Non, bien sûr que non ! rétorqua Drago, un peu trop spontanément à son goût. Je déteste ce qui me porte atteinte, corrigea-t-il.
Harry arqua un sourcil, sceptique.
- Je te déteste parce que tu me détestes. Je déteste les Sang-de… Les nés-moldus, corrigea-t-il en maugréant, qui ne connaissent rien à la magie et qui gâchent tout. Je déteste les familles de sang pur qui bafouent eux-mêmes leur nom et leur honneur. Je déteste tous ceux qui croient bêtement que tu vas pouvoir les sauver de quelque chose qu'ils ne sont même pas capables d'appréhender. Je déteste la guerre. Je déteste Dumbledore. Je déteste cette école. Je déteste la tarte à la mélasse.
- Vraiment !? l'interrompit soudain, l'air choqué et presque triste. C'est mon dessert préféré…
Drago le fixa un instant, ébahi, puis éclata simplement de rire. L'air ambiant tourna soudainement. Harry sourcilla. Ce n'était pas ce petit rire supérieur et narquois qu'il connaissait bien. C'était un vrai rire, un rire qu'il avait l'impression de n'avoir jamais entendu, à part dans ses cauchemars. Pourtant, ça avait bien dû arriver, en six ans. Évidemment. Même si Malefoy n'était pas quelqu'un de très amusant la plupart du temps, ça avait bien dû arriver... Harry avait seulement dû oublier, n'y avoir pas prêté d'attention… Ce soir, en revanche, la découverte le stupéfia tant qu'il se posa soudainement mille questions. Qui faisait rire Malefoy ? Zabini ? Parkinson ? Crabbe et Goyle, autrement qu'en le laissant purement se moquer d'eux ? Qui faisait vraiment rire Malefoy ? Qui pouvait le toucher assez pour cela ? Et même, qu'est-ce qui le faisait rire ? Qu'est-ce qui le touchait, dans la vie ?
- Quoi ? se reprit brusquement Harry, hérissé, craignant tout de même d'être moqué ou s'offensant peut-être d'être déstabilisé par un rire.
- Je pensais que tu allais encore me sauter à la gorge en m'entendant dire que je détestais Dumbledore, ou insinuer que tes amis Weasley étaient des traîtres à leur sang, répondit simplement Malefoy, presque désinvolte de légèreté, comme si le sujet n'était tout-à-coup plus grave du tout.
Harry haussa les épaules comme s'il n'y avait même pas pensé.
- La seule chose que tu m'as apprise aujourd'hui, c'est que tu détestes la tarte à la mélasse. Le reste, je le savais déjà.
Drago garda le silence, réprimant peu à peu son sourire qui, pour une fois, était sincère. Harry, d'ailleurs, n'en revenait toujours pas. Malefoy pouvait rire ? Pire : il pouvait le faire rire ?
Le silence assouplit leurs postures. Harry vint se rasseoir, cette fois à côté de Malefoy, et laissa sa tête reposer un instant contre le mur. Les paupières presque closes, il laissa ses yeux vagabonder le long des fenêtres et puis s'attarder sur les derniers mots affichés au tableau, dont les dernières lettres, très mal dessinées, tombaient de travers, témoignant de l'assaut dont avait été victime le rédacteur.
- Je ne suis pas narcissique, soupira Harry.
Malefoy gloussa.
- Mais tu valides le reste, Harry tout court ?
Harry tout court fit la moue.
- Peut-être.
- Tu es narcissique. Tellement narcissique que tu hurles ton propre prénom quand tu fais un rêve érotique.
Harry tourna brusquement la tête vers lui.
- Quoi ?
Malefoy ne perdait pas son sourire. C'était toujours aussi irréel.
- Tout à l'heure, dans la Grande Salle.
Ah.
Harry reposa l'arrière de son crâne contre le mur, regarda devant lui.
- Je rêvais de toi, répondit-il simplement, en proie à des réminiscences de cet énième cauchemar. Toutefois, en constatant l'air soudain bouleversé de Malefoy, il fut pris d'un éclat de rire fugace.
- Ce n'était pas un rêve érotique.
- Auquel cas c'est mon nom que tu aurais crié, suis-je bête.
Harry rit de plus belle. À sa grande surprise, Malefoy en fit autant.
- C'est toi qui aurais crié, surtout, corrigea-t-il.
- Dans tes rê–... (Malefoy se tut, réfléchit une seconde.) Ah, oui.
Même pour une plaisanterie, il fallait avoir le dernier mot.
- Alors tu rêvais que tu me tuais ? reprit-il, plus sérieux mais sur un ton demeurant plus léger qu'à l'accoutumée.
Harry ne s'en sentit pas moins démasqué.
- De ce que je sais, c'est toujours soit l'un, soit l'autre, expliqua Drago. Laisse-moi deviner… Tu me poignardais avec ma propre baguette, peut-être ?
L'idée fit sourire Harry.
- Soit l'un, soit l'autre ? demanda-t-il plutôt que de lui répondre, espérant changer de sujet. Personne n'éprouve jamais rien d'autre à ton égard ?
Malefoy passa ses mains sur sa moue amusée. Heureusement pour Harry, il n'était pas du genre à insister. En réalité, il avait l'air de s'en ficher.
- Pas que je sache.
- C'est triste, s'étrangla Harry, dans un rire qu'il tentait d'étouffer.
- Au moins, j'inspire des sentiments forts.
- C'est vrai, concéda-t-il sans réfléchir.
Malefoy le regarda d'un air curieux puis se remit à rire, l'air défait cependant. D'un air distrait, il compléta leur liste en rajoutant, dans les deux colonnes, le dernier point sur lequel ils s'étaient mis d'accord. « Me déteste » était en effet l'une des principales raisons que chacun avait de rendre cette haine à l'autre. Mais alors, qui avait commencé ?
- Cette soirée est un vrai foutoir… souffla finalement Malefoy.
- Alors range-la un peu, se moqua Harry, sans piqûre acerbe dans la voix, pour une fois.
Le silence reprit sa place entre eux, pendant de longues minutes, avant que Malefoy ne brise à nouveau le silence. Harry, pour quelqu'un qui ne se taisait jamais, était perdu loin dans ses pensées. Il se sentait flotter dans cette fin de soirée étrange. Cette énième colère l'avait rendu vaporeux. Il se sentait même comme un peu ivre. Vide, ivre, suspendu.
- Ça t'arrive souvent ? redemanda Drago.
- De rêver de toi ?
- Non, imbécile. De faire des cauchemars. On ne se réveille pas en hurlant d'un rêve agréable – même d'un très bon rêve érotique.
Harry haussa les épaules.
- Assez souvent, en ce moment.
Il ne sut pourquoi il lui répondait. Il tourna la tête vers lui, le sonda un instant.
- Et toi ?
- Quoi, moi ? réagit immédiatement Malefoy, comme s'il avait été bousculé.
- Pourquoi tu ne dors pas ?
Drago fronça les sourcils, l'air méfiant. Harry se justifia aussitôt pour ne pas le laisser croire qu'il l'espionnait peut-être, par le biais d'une carte étrange qu'il cacherait sous son oreiller…
- Ça ne t'est jamais arrivé de t'endormir en journée. Pas même en Histoire de la Magie.
Drago eut un petit rictus mystérieux et mit un temps à répondre, comme s'il réfléchissait aux mots à employer.
- Rêves érotiques à répétition, se diagnostiqua-t-il enfin.
Harry éclata d'un rire nouveau, se reprochant néanmoins d'avoir cru ne serait-ce qu'une seconde que Malefoy allait partager avec lui un brin de vérité concernant ses insomnies.
Soudain, la poignée de la porte s'enclencha. Rogue apparut dans l'encadrement, impassible, comme s'il s'était tout à fait attendu à les trouver juste derrière la porte, assis par terre.
- Messieurs, siffla-t-il. À quoi donc jouez-vous ?
Malefoy se releva très rapidement.
- La porte était verrouillée, Monsieur.
Rogue se retourna d'un geste vif vers ladite porte et l'examina un instant. Il la referma, la rouvrit. Rien d'anormal.
- Il me semble au contraire que c'est là une porte qui remplit très bien sa fonction, sans aucune anomalie…
Son regard allant de l'un à l'autre de ses élèves était un peu suspicieux, mais sincèrement interrogateur.
- Puisqu'on vous dit qu'elle était bloquée, intervint Harry, debout à son tour. Quelqu'un a dû la verrouiller après votre départ. Et, la déverrouiller avant que vous ne reveniez…
Il sentait bien que sa théorie était un peu bancale, et fut agacé de n'être une fois de plus pas pris au sérieux par son professeur. Il fronça les sourcils en se rappelant l'heure, jetant un bref coup d'œil à l'horloge murale pour s'en assurer.
- D'ailleurs… Pourquoi êtes-vous en retard, vous ?
Les lèvres de Rogue s'étirèrent en un petit sourire pincé. Potter croyait toujours pouvoir se permettre de mener les interrogatoires.
- Je voulais absolument goûter le dessert, répondit Rogue le plus naturellement du monde. Tarte à la citrouille, précisa-t-il, avant de s'en retourner vers le couloir.
- Bien, messieurs, veuillez rejoindre vos dortoirs en prenant soin de ne plus vous coincer malencontreusement dans aucune autre pièce. Je vérifierai seul vos potions. Si elles ne sont pas bonnes, dites-vous déjà que nous nous reverrons très vite pour une autre séance supplémentaire.
Drago et Harry s'attardèrent dans la salle, à la recherche de leurs baguettes respectives. Rogue fut intrigué par cette scène qu'il regardait se dérouler silencieusement, mais jugea plus sage de ne pas poser de questions. Drago récupéra son sac et sortit le premier, dans des salutations formelles. Harry, sur ses talons, n'adressa qu'un bref signe de tête à son professeur qui prit le temps de les regarder disparaître au bout du couloir, l'un montant et l'autre redescendant les escaliers, avant de refermer doucement la porte derrière lui. Puis de la rouvrir, pour être sûr… Mais la porte n'était toujours qu'une porte normale. Il la referma à nouveau, visiblement excédé par la déficience évidente de ses étudiants.
Abandonnant son air sceptique pour une expression plus professionnelle, il alla se concentrer sur les potions restées sur la table. Cependant, son regard fut rapidement attiré par le charabia qui salissait son tableau et qu'il lut très attentivement, le visage tendu et inexpressif. Ponctuant enfin sa lecture d'un petit reniflement condescendant, il extirpa sa baguette de la poche de sa robe et effaça les écritures d'habiles mouvements de poignet, bien qu'un mince sourire étirât ses lèvres.
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Bonsoir, lecteurs !
Pour une fois, le chapitre est (un peu) en avance ! J'étais de bonne humeur alors je me suis dit : pourquoi attendre !
C'est un chapitre plus court (quoique déjà long pour ce qu'il s'y passe), mais décisif pour la suite des événements. L'intrigue avance lentement mais sûrement, mais cette petite discussion forcée entre Harry et Drago est déjà plutôt importante (et pas seulement parce qu'ils parlent de rêves érotiques)...
Alors, vos impressions, vos attentes pour la suite ?
Et, hors-sujet complet : Qui sera au Live organisé par Tom Felton ce soir ? Je vous avoue que ça va être un peu étrange pour moi de me retrouver avec Felton quand j'ai passé l'après-midi à écrire du Drarry pour "Tes mains"...
Prochain chapitre samedi 28.11 !
Oohfemmeluxieuse : Merci d'être toujours là, vraiment. Tes commentaires me font toujours très plaisir !
Farronlf : Heureuse de t'avoir fait rire avec celui-là ! Merci pour tes relectures et les longues discussions qui s'ensuivent toujours...
Et merci aux anonymes s'il y en a, même si je dois vous dire qu'un petit commentaire ne serait pas de refus... Je me fiche complètement du nombre de reviews, mais c'est très important pour moi d'avoir des retours, quels qu'ils soient. Je me pose énormément de questions sur cette histoire, j'essaie de la construire au mieux mais j'ai toujours beaucoup de peurs et de doutes donc si vous pouviez me dire ce que vous en pensez, même en message privé si vous préférez, vous seriez vraiment des lecteurs en or !
A très vite, xoxo.
