Auteur: Kuro-Hagi – 26/11/2020

Genre: Amitié - Romance - Yaoi – Long distance love

Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.

Notes/Remerciements : Merci pour vos reviews !

Stella : Eh oui parfois l'amour ça fait mal !

Ju : Moi aussi j'ai tellement envie qu'il se revoit …:(


Where I Can't See, There Is You

Taiga

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27 janvier 2018, Los Angeles.

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« Taiga... Il s'est passé quelque chose ? Une dispute avec Daiki ? »

Le jeune adulte aux cheveux rouges sursaute. Il n'a pas entendu son père rentrer.

« Non… Pourquoi ?

— Tu as une mine sombre. Ça avait l'air d'aller ces derniers jours… Mais aujourd'hui tu n'es pas à ce que tu fais… »

Il lui montre l'oignon qu'il est en train de couper.

« D'habitude tu découpes ça en deux temps trois mouvements… ça fait plus de dix minutes que tu es dessus. »

Le plus âgé s'adosse au plan de travail, croisant les bras sur sa poitrine.

« Il s'est passé quelque chose ?

— Pas vraiment… »

Taiga n'est pas très sûr d'avoir envie de discuter avec son père de ces états d'âmes. Il a toujours l'impression que son père n'est pas tout à fait de son côté dans cette histoire. Son père reste silencieux quelques instants, avant de reprendre d'une voix douce.

« Tu peux me parler tu sais ? Tu te souviens que j'ai été longtemps séparé de ta mère moi aussi… Alors je peux peut-être comprendre ce que tu ressens.

— Hm… Vous avez préféré vous séparer.

— Pour être honnête… C'était l'idée de ta mère.

— Ah ?!

— Oui. Elle était persuadée qu'en tant qu'homme. Il était préférable que je puisse connaître d'autres femmes. Elle préférait qu'on se sépare… Au moins je ne la tromperais pas. »

Taiga n'a jamais entendu cette histoire et regarde son père avec deux yeux ronds, puis ce dernier reprend.

« Mais… ça voulait dire qu'elle pouvait aussi voir d'autres hommes... Et... Clairement, l'idée ne me plaisait pas du tout.

— Pourquoi... Tu as accepté ?

— Parce que la décision de rompre est unilatérale. Elle ne m'a pas laissé le choix.

— Tu as vu d'autres femmes ?

— Non. J'ai.. failli. J'étais persuadé qu'elle avait rencontré quelqu'un. Je ne sais plus pourquoi exactement... Mais bref, par esprit de vengeance peut-être, je suis allé avec Masaru boire en ville et j'ai croisé une fille. Mais à la dernière minute je me suis défilé. Je pouvais pas. Il n'y avait que ta mère qui comptait. »

L'homme rit doucement.

« Il n'y a jamais eu que ta mère. »

Taiga est toujours impressionné par les expressions qui se dessinent sur le visage de son père quand il évoque sa mère. Il sait à ce regard, à ce sourire, à cette intonation de voix tout l'amour qu'il lui porte encore. S'il y a bien une chose dont il est convaincu depuis toujours c'est que son père aimait sincèrement et profondément sa mère.

Il le voyait. Ce sentiment est visible sur tout son être dès qu'il évoque la femme de sa vie.

Il le voyait, mais ne le comprenait pas. Cela semblait pourtant beau et magnifique. Évidemment, il avait rêvé lui aussi de rencontrer la personne qui lui ferait vivre les mêmes sentiments que son père.

Bien-sûr, il a vu aussi la profonde douleur de son père quand elle est partie. Un puits sans fond de tristesse, c'est comme ça qu'il voyait son père à l'époque. Il s'en souvient trop bien. Il a souffert lui aussi de l'absence de sa mère mais aussi de celle de son père.

Il a longtemps cru qu'il n'était pas fait pour de tels sentiments. Il n'a jamais rencontré de filles qui lui a fait ressentir ça. Ça lui semblait tellement hors de portée. Impossible.

Et puis, Daiki est venu s'incruster dans son cœur. Et là il a compris. La douleur de le savoir loin. Le bonheur et les papillons dans le ventre rien qu'à entendre quelques minutes le son de sa voix. Il fait à son tour l'expérience de ce sentiment puissant et vertigineux. Il comprend enfin ce que ressent son père.

« Daiki ne me trompera pas. Et je n'ai envie de personne d'autre…

— Hm… C'est un peu différent… Vous aimez les femmes tous les deux. Vous devriez peut-être profiter de cette occasion pour… »

Taiga plaque sa main sur la bouche de son père.

« Ne termine pas cette phrase ! »

Ses yeux débordent de douleur et de fureur à la fois brillant de larmes contenues et éclatant d'éclairs rageurs.

« Il n'y a que Daiki ! Je l'aime. J'aime Daiki. Comme tu aimais et aimes encore maman. Il est tout pour moi. Il n'y a que lui que je veux. Personne d'autre ! »

Il libère la bouche de son père et se recule.

« Ce n'est pas un moment d'égarement. Ce n'est pas une erreur de jeunesse. Ce n'est pas de la curiosité. C'est réel papa ! Arrête de minimiser mes sentiments comme si j'étais un gamin ! C'est moi que tu dévalorises quand tu fais ça ! J'aime un homme. Un homme bon, généreux, fier, fort et courageux. Accepte-le. Putain... Juste accepte-le. Non j'aurai pas d'enfants, oui ce sera sûrement difficile parfois. J'en ai conscience. Mais je suis prêt... Je suis prêt et je me battrais pour être heureux avec Daiki. »

Dans l'entrée de l'appartement il enfile ses chaussures et attrape son ballon. Il achève avant de claquer la porte.

« Tant que tu ne seras pas prêt à l'accepter je préfère autant que tu évites de me parler. »

Taiga dévale les esacaliers quatre à quatre pour rejoindre le terrain de basket qu'il a squatté de nombreuses fois avec Daiki pendant son séjour. Il sort son téléphone en s'asseyant sur le banc. Il est beaucoup trop tôt pour pouvoir joindre son petit ami. Il pianote rapidement sur le clavier.

Call me. Pls. [11:27]

Il range son téléphone et fait doucement rebondir la balle devant lui. Elles sont rares les fois où il n'a pas envie de jouer au basket. Mais cet instant fait partie de ceux-là. Ce n'était pas de basket dont il a besoin, mais de Daiki. Il hésite un peu, hypnotisé par la balle orange qui va et vient de sa main au sol. Il soupire. La réaction de son père fait vraiment mal. Il n'aurait jamais imaginé ça venant de lui. Il est déçu, blessé.

Il a tellement envie d'entendre la voix de Daiki.

Son téléphone vibre dans sa poche. Il craint que ce soit son père. Mais même pour des excuses il n'est pas prêt à lui parler tout de suite. Il sort son téléphone pour refuser l'appel...

« Daiki ?!

— Yo... Qu'est ce passe ?! »

La voix de Daiki est clairement ensommeillée. Il n'est même pas quatre heures du matin à Tokyo.

« Tu devrais dormir Dai... »

Mais Taiga se rend bien compte lui-même que sa voix n'est pas du coup convaincante. Il souffle, sa voix est faible et il a conscience que Daiki le connaît suffisamment pour reconnaître les larmes qu'il retient dans sa voix.

« Merci... I just... I need to hear your voice... I miss you so much.

No way... Il s'est passé quoi... Dis-moi...

— C'est juste... Quelque chose que mon père a dit.

— ... A propros de nous.

— ... Fuck... Yeah."

Son homme au Japon ne pose pas de questions. Taiga apprécie qu'il lui laisse temps de se ressaisir même s'il n'est pas certain que ça change grand chose et qu'il n'éclate pas en sanglots dès qu'il recommencera à parler.

« Il a suggéré qu'on se sépare... pour qu'on puisse voir d'autres personnes... Des filles évidemment. »

En disant ces mots, il ressent l'urgence de dire à Daiki que pas une seconde il n'a envisagé cette possibilité. Il est presque paniqué. Il veut le rassurer mais surtout ne pas lui laisser le temps d'être d'accord avec son père.

« J-je lui ai dit que c'était hors de question... Que je t'aime que... Y'avait que toi. Que ça pouvait être personne d'autre... Et j'supporterai pas de me dire que tu pourrais... avec quelqu'un d'autre... »

Il se tait d'un coup. Il mord sa lèvre, tremblant légèrement retenant des larmes. Dis quelque chose Daiki...

« Je ne veux pas qu'on se sépare non plus Tai... Même si c'est dur... J'ai besoin de toi... J'ai besoin de savoir que t'es là... »

Taiga laisse ses larmes couler un peu de soulagement, beaucoup de frustration et énormément de déception.

« Merci... Tu m'manques tellement Dai...

— Tu me manques aussi...

— J'comprends pas la réaction de mon père... J'veux dire il m'a pas éduqué comme ça et... Je... ça fait tellement mal de l'entendre dire ça...

— ... L-laisse-lui du temps... Il va comprendre ok ?! Il va comprendre.

Yeah.. Probably... I know... But... I miss you so much and... I have no one but him, here. I feel so lonely sometimes… »

Taiga essaye de calmer sa respiration. Il a l'impression de s'étrangler de sanglots fréquemment.

« J'ai que lui... J'ai envie de pouvoir lui parler de toi, du fait que tu me manques... Que vous me manquez tous...

— Moi aussi... Je me sens seul sans toi tu sais... Même si les gars sont là... C'est pas pareil. J'ai l'impression d'être là sans l'être. Une partie de moi est restée avec toi et je me sens déchiré tu vois ? »

Taiga rit amèrement entre ses larmes et souffle d'une voix un peu brisée.

« Oh oui... Je vois très bien.

— Ferme-les yeux Tai.

— Hm... »

Le jeune homme assis sur son banc sur le terrain de streetbasket vide baisse doucement ses paupières.

« Je t'aime Taiga. J'aimerai être près de toi... Vraiment. Tu me manques. Mais... Je veux que tu profites ok ? Même si je suis pas là... Je sais que c'est pas facile. Moi aussi parfois je craque, j'en peux plus qu'tu sois là-bas quand je suis coincé ici. Mais tu dois profiter ok ? Du basket, de la fac, de L.A... Ce sont des moments qui doivent être funs dans une vie. Ça ne va pas durer longtemps. J'veux pas qu'tu regrettes de pas en avoir profité quand on s'ra vieux ok ?

— Vieux ?! Vieux comment ?

— Tu crois quoi ? J'compte pas te lâcher avant ma mort et j'ai bien prévu de vivre vieux et de profiter de ma retraite. »

Le tigre ne peut s'empêcher de rire en s'imaginant vieux avec Daiki dans une maison de retraite.

« OK... J'compte sur toi hein ?!

— Tu peux !

— Merci Dai. Tu aurais pas dû me rappeler en pleine nuit comme ça...

— Si... Et j'regrette pas... J'veux qu'tu saches que j'suis là pour toi quand t'en as besoin ok ? Même en pleine nuit...

— ça vaut pour toi aussi ok ?

— Yeah.

— Tu devrais te recoucher... Merci… Je suis content d'avoir pu te parler...

— Moi aussi... T'es sûr que ça va ?

— Sûr. Ça m'a vraiment fait du bien.

— Ok. Sois patient... Ton père est un type bien... Il va comprendre qu'on est sérieux.

— Oui.

— Je t'appelle quand même quand je me lève ok ?

— Carrément.

— Je t'aime

— Je t'aime aussi Dai."

Taiga raccroche et s'allonge sur le banc les yeux toujours clos. Il serre doucement son téléphone sur sa poitrine et une larme glisse sur sa tempe pour venir se cacher dans ses cheveux rouges. Il est terriblement en manque de son homme.