Cette fic est écrite dans le cadre de la 131ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Ronronner". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
Note de l'auteur : Je n'ai pas inventé grand-chose ici. Milou avait écrit avant moi un OS du tonnerre nommé "Quelqu'un qui m'appelle Chaton", c'est le premier texte de son recueil "Jardin Secret" et juste, allez le lire. Allez lire toutes les fics de Milou en vrai. Mais voilà, il m'a juste donné l'autorisation de reprendre son titre parce que ce thème était un véritable appel à Chat Noir. ENJOY ?
Il a cinq ans. La porte claque et il dévale l'escalier en courant pour rejoindre sa mère qui vient d'entrer dans le hall du manoir. Il entend à peine la voix de son père qui claque en lui interdisant de courir. Il s'est déjà jeté dans les bras d'Emilie qui l'a rattrapé au vol dans ses bras quand il a sauté vers elle pour lui faire un câlin. Il se serre contre elle, enfouit sa tête contre son épaule et il sent malgré lui son corps trembler légèrement pendant qu'un léger râle sort de sa gorge. Et, pendant qu'elle lui chuchote à l'oreille un « Bonsoir mon Chaton », il arrête de lutter contre ce ronronnement instinctif et se serre un peu plus fort contre elle.
Il a huit ans. Chloé est venue jouer avec lui tout l'après-midi. Ils sont désormais trop âgés pour se permettre de jouer et courir dans tout le manoir sans s'attirer les foudres de Gabriel, alors ils restent dans la chambre d'Adrien. Chloé lui parle de l'école, des cours, de Sabrina. Elle s'interrompt quand elle réalise qu'Adrien semble de plus en plus triste au fur et à mesure qu'elle lui décrit tout ce qu'il ne connaîtra jamais. Elle bafouille, ne sait pas quoi dire pour le réconforter, alors elle finit par se rapprocher de lui et lui faire un câlin. Adrien esquisse un pâle sourire et lui rendre son étreinte. A l'instant où il se laisse aller contre elle, il se met intuitivement à ronronner et Chloé rigole légèrement. Elle se détache de lui. Adrien rougit légèrement mais elle ne semble pas se moquer de lui, elle est juste amusée. Elle finit par sourire :
- Tu ronronnes comme un chaton, c'est trop mignon. Je peux t'appeler Chaton ? Ça t'irait trop bien en plus !
Adrien est surpris. C'est sa mère qui l'appelle Chaton, tout le temps, précisément à cause de ce ronronnement qu'il n'a jamais pu retenir quand on lui fait un câlin. Est-ce que vraiment il a envie de réserver ce surnom à sa maman ? Non, décide-t-il finalement, il veut réserver ce surnom aux gens qui l'aiment. Et il ne peut pas nier que Chloé l'aime. Alors il finit par acquiescer d'un hochement de tête et son sourire à elle s'élargit.
Il a douze ans. Il pleure. Il aurait presque aimé que ce soit comme dans les films, qu'il pleuve pour les enterrements, comme ça ils se seraient dépêchés à rentrer et puis ses larmes n'auraient pas eu d'importance au milieu de la pluie. Mais il n'est pas dans un film et le cercueil de sa mère qui s'enfonce lentement sous terre est beaucoup trop réel. Est-ce que ça aurait été pire ou un peu plus supportable si son père avait accepté qu'il voit son corps ? Aucune idée. Il n'a rien pu voir d'autre que ce cercueil fermé et il n'arrive plus à retenir ses larmes. Un bras passe autour de ses épaules et l'enlace dans une étreinte qui se voudrait réconfortante et qui aurait pu l'être si la personne ne tremblait pas autant. Inutile d'espérer que ce soit son père, il est resté froid, stoïque, à quelques mètres d'eux. Sans l'espèce de lueur qui s'est éteinte dans ses yeux, Adrien aurait même pu croire que ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Il sait qu'il ne doit rien attendre de son père, alors il se blottit un peu plus contre l'épaule d'Amélie qui raffermit son étreinte. Il ferme les yeux et un espèce de râle cherche à monter dans sa gorge, coupé par ses sanglots. Est-ce que c'est juste l'effet du câlin ou le fait que les chats ronronnent également quand ils souffrent dans un mécanisme d'auto-défense ? Il ne sait pas, ne veut pas savoir.
- Ça va aller, Chaton ?
Il relève les yeux vers Amélie qui est presque parvenue à sécher ses larmes. Il ne sait pas si ça va aller, il sait juste qu'il n'a pas le choix, qu'il est obligé de faire avec. Et puis sa tante est toujours là pour l'appeler Chaton, au moins quelques jours avant qu'elle ne reparte. Ça ne ramènera pas la première personne au monde à l'avoir appelé comme ça, mais peut-être que cela rendra la déchirure moins poignante, moins insupportable. Peut-être.
Il a treize ans. La voix de son père claque dans le manoir quand il passe devant son bureau. Adrien. Un seul mot, un seul prénom, pour comprendre qu'il a intérêt à être devant lui dans les secondes qui suivent avant que d'autres réprimandes tout aussi sèches ne tombent. Depuis que sa tante Amélie est repartie après l'enterrement de sa mère, il sait pourtant qu'il ne doit s'attendre à rien d'autre. Plus de câlins, plus personne pour l'appeler Chaton, juste son prénom qui claque de temps en temps et auquel il est obligé de réagir dans l'instant. Parfois Chloé passe le voir et sa présence le réconforte quelques heures. Même si elle a changé en grandissant, même si elle se rend de moins en moins compte d'à quel point ses propos peuvent être blessants, même si son Chaton s'est transformé au fil des années en Adri-Chat puis en Adrichou. Il aime ce surnom, il s'y est attaché, il ne lui fait juste pas le même effet que le Chaton par lequel l'appelaient les gens qui l'aimaient et qui ne sont plus là aujourd'hui. Il acquiesce quand son père déroule la liste d'événements auxquels il devra assister, remonte dans sa chambre quand il le lui ordonne. Il se laisse tomber sur son lit et enroule ses bras autour de ses genoux repliés. Son front se pose sur ses genoux au fur et à mesure que son corps se détend et, lentement, toujours aussi intuitivement, il se met à ronronner. Il a acquis désormais que c'était vrai, que les chats ronronnent également quand ils souffrent alors il a arrêté de lutter contre ce ronronnement qui revient les jours où il supporte le moins l'absence de sa mère. Même si ça ne lui ramènera pas dans sa vie quelqu'un qui pourrait l'appeler Chaton.
Il a toujours treize ans, et il ne retient pas un hurlement d'effroi quand Ladybug se jette dans la gueule du crocodile armée du cric que son Lucky Charm lui a fait apparaître. Elle réapparaît rapidement quand elle force la créature à garder la gueule ouverte pour la maîtriser suffisamment longtemps pour libérer l'akuma. Ses coccinelles réparent tout quand elle lance son yoyo en l'air et elle tend son poing serré vers Chat Noir.
- Bien j…
Il ne lui laisse pas le temps de finir. Il se jette sur elle et la serre dans ses bras pour tenter de se remettre de la frayeur qu'elle lui a fait. Elle lui rend son étreinte et, lentement, ses ronronnements deviennent plus forts et insistants que jamais. Il sent que Ladybug s'en amuse mais elle ne dit rien et fait durer cette étreinte en profitant également de l'effet apaisant de son ronronnement.
- Bien joué Chaton, finit-elle par souffler.
Il la relâche lentement. Malgré son nom de super-héros, c'est la première fois qu'elle le surnomme comme ça. Il se demande ce qu'il doit en penser pendant quelques secondes, avant de se souvenir de la promesse qu'il s'était fait à huit ans, quand il avait décidé que les personnes qui l'aiment pourraient l'appeler comme ça. Et, à cet instant, il se rend compte qu'il a trop besoin et trop envie d'autres étreintes comme celle-ci, d'autres ronronnements contre elle et d'autres fois où elle l'appellerait Chaton. Il repense à toutes les personnes avec qui il a ronronné, toutes les personnes qui l'appelaient de cette façon, et il décide que oui, Ladybug a plus que sa place dans cette liste.
J'espère que ça vous a plu !
N'oubliez pas que seules les reviews permettent de savoir ce que vous en avez pensé :)
Oh, et pour celles et ceux qui suivent "Son fils sa bataille", ça arrive, promis. J'ai jamais été aussi proche de boucler cet épilogue maudit, il arrive très bientôt :) Désolée pour l'attente et en espérant que ce texte m'aura permis de me faire pardonner un peu ?
