Après avoir traversé une bonne partie de la France en direction de Toulon, la garnison menée par Bonaparte prit ses quartiers quelques jours. A de très rares exceptions, dont il faisait partie, personne ne connaissait l'objectif final de cette campagne, encore moins sa destination. Le but de cette discrétion étant d'éviter au maximum un affrontement naval avec l'armada anglaise qui était présente en Méditerranée. Bonaparte avait conscience que la France était passablement en retard à ce sujet. Et cela confortait Alain dans son admiration, le génie militaire de cet homme était certain, un vrai stratège, et contrairement à ce qu'Oscar pensait, suffisamment humble pour reconnaître ses faiblesses.
Quarante mille hommes étaient là, dix mille marins les accompagneraient pour la partie maritime du voyage. Bonaparte avait constitué son état-major, dont il faisait partie. A Toulon, une douzaine de vaisseaux de ligne, les « gros-cul » comme les appelaient les marins, étaient à leur disposition, accompagnés d'autant de frégates et de centaines de navires qui transporteraient les troupes, protégés par la ligne. Il conviendrait de vite appareiller car une telle concentration de navires ne resterait pas longtemps secrète. Il serait sur l'un des vaisseaux de ligne, ceux qui comme leur nom l'indiquait, naviguaient en file indienne afin de maximiser l'efficacité de leurs canons.
L'Orient, qui porterait Bonaparte était le fleuron de la flotte, un vaisseau de ligne à cent vingt canons. Il y était accompagné de savants qui participeraient à l'aspect scientifique de cette expédition. Bonaparte comptait bien en profiter pour revenir auréolé de ce prestige également, c'était une campagne militaire mais également une expédition scientifique. Les Lumières de la France atteindraient l'Egypte, et la réciproque se vérifierait.
Les autres vaisseaux de ligne étaient lourdement armés, jusqu'à soixante-quatorze canons pour les plus gros, répartis sur deux ponts. C'était passionnant de prendre part à une telle armada, Bonaparte avait parfaitement conscience qu'ils pouvaient à tout moment rencontrer son équivalence britannique menée par le formidable Amiral Nelson. Il voulait éviter un affrontement à tout prix : l'armée navale française n'était pas prête, et cet affrontement n'était pas du tout le but de la campagne. Au contraire, le but était d'installer une présence française en Egypte afin de contrer l'influence anglaise qui se développait dans le secteur car c'était un point tournant de leur commerce avec les Indes Orientales.
Le but était également de faire perdurer sa réputation de conquérant et de vainqueur au nom de la France. Il savait que ce genre de renommée s'entretenait, n'avait-il pas déclaré un jour que s'il restait plus longtemps sans rien faire, il était perdu ? Il avait dit ce jour-là : « Une renommée en remplace une autre; on ne m'aura pas vu trois fois au spectacle que l'on ne me regardera plus » Cela l'avait fait sourire tant il estimait que le prestige de Bonaparte était acquis.
Oscar lui avait opposé que l'expédition en Egypte était également un moyen très efficace de se débarrasser de Bonaparte en France car malgré ce qu'il déclarait, sa réputation était grandissante auprès du peuple et le Directoire semblait en prendre ombrage. Il avait ri, non pas qu'il souhaite se moquer de l'analyse, somme toute pertinente, de sa femme, mais l'aversion qu'elle éprouvait pour Bonaparte lui semblait comique. Elle était convaincue qu'il était un dictateur en devenir et qu'il prendrait la tête de la France à la moindre occasion. Il soupira, foutre il n'aurait pas dû penser à Oscar. Comment se portait-elle ? Il s'était inquiété peu de temps avant son départ de son impétuosité. Elle n'était pas connue pour se ménager, et c'était pourtant ce qu'elle devrait faire à l'aube de cette grossesse qui venait de s'annoncer.
Mais elle l'avait surpris, elle souhaitait cet enfant de toute son âme et prenait et prendrait toutes les dispositions possibles pour mener sa grossesse à bien, quitte à admettre une faiblesse passagère et à lever le pied. Cela faisait presque un mois qu'il était parti, cela ne se voyait sans doute encore pas. Il regrettait tant de ne pouvoir l'accompagner dans cette aventure qui était l'essence même de la féminité. Il savait que Rosalie l'aiderait de son mieux, elle qui avait déjà deux enfants. Mais que lui, en tant qu'époux, ne soit pas à ses côtés, c'était extrêmement dérangeant, lors de leur mariage il lui avait promis assistance et au premier besoin il se trouvait à des mois de distance d'elle. Elle lui en aurait collé une si elle savait qu'il pensait cela. Peut-être même qu'il aurait pu la provoquer en le lui disant, juste pour voir cet éclat de colère sur son visage qui la rendait si désirable. Il était convaincu qu'elle serait encore plus rayonnante pleinement enceinte. Plus jamais, PLUS JAMAIS il ne rempilerait, Bonaparte ne l'aurait plus.
Ils devaient être rejoints en route par des troupes qui partiraient de Marseille, de Bastia et des escouades qui viendraient de Gênes, et de Civitavecchia sous le commandement de l'Amiral Brueys. Il espérait que la traversée irait vite car il n'avait jamais navigué, et les moqueries qu'il pouvait entendre de la part des marins ne lui disaient rien qui vaille. Le matin du départ, Bonaparte tint à s'adresser à ses hommes tel qu'il en avait l'habitude. La motivation des troupes était importante à ses yeux.
(1) « Soldats ! vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la guerre des montagnes, des plaines et des sièges il vous reste à faire la guerre maritime. Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette même mer et aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent braves, patientes à supporter les fatigues, disciplinées et unies entre elles… Soldats, matelots, vous avez été jusqu'à ce jour négligés aujourd'hui, la plus grande sollicitude de la République est pour vous… Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa naissance, la République, arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les plus lointaines. »
Une fervente clameur des soldats répondit à leur commandant, tandis qu'ils embarquaient dans les navires. Ayant le privilège d'être un gradé sur l'un des vaisseaux de ligne, Alain ne ressentit pas franchement le roulis de la mer qu'il appréhendait tant. Mais il eut de la compassion pour les myrmidons napoléoniens qui se trouvaient présentement dans les entrailles des monstres des mers qui les transportaient. Ils ne disposaient pas du luxe d'une cabine avec un large hublot sur la mer. Il se sentait l'âme d'un grec partant à la conquête de Troie : avaient-ils ressenti la même exaltation devant le danger ? Cette communion de voir tant de navires converger vers une même destination ? Car maintenant que le large avait été pris, la destination était désormais connue : Alexandrie.
Ils devraient néanmoins faire une étape par Malte, l'équipement militaire était bien trop imposant et les vivres embarqués, notamment l'eau douce, n'étaient pas suffisant pour un tel voyage par manque de place. L'île leur apparut enfin au vingtième jour de mer, Bonaparte fit descendre des émissaires demandant l'aiguade (2). La réponse qu'on lui apporta le mit dans une colère froide. Le grand maître de l'Ordre de Malte venait de signer son allégeance au Tsar de Russie et lui opposa un refus formel. A la première marée, Bonaparte ordonna un débarquement des troupes sur plusieurs points de l'île qui fut prise en trois jours. Bonaparte entra dans La Valette en triomphe et y prit ses quartiers provisoires.
Quelques jours plus tard, l'armada reprit la mer mettant le cap vers Alexandrie. Trois mille soldats furent laissés sur l'île en représailles avec Vaubois et Chanez à leur tête. En échange, Bonaparte avait fait libérer des esclaves turcs qu'il avait annexés à ses troupes. Alain avait pu profiter de quelques jours de repos, et se demandait s'il pouvait les mettre à profit afin de trouver le moyen d'expédier les lettres qu'il avait écrites à son épouse. Elle avait beau être une habituée et connaisseuse des campagnes militaires, elle n'en restait pas moins une épouse qui s'inquiétait, enceinte qui plus est.
Il opta finalement pour un lien plus tangible et surtout plus sûr : l'écriture d'un journal. Il se souvenait qu'André en tenait un et finalement c'était une idée brillante. Il pourrait ainsi au jour le jour lui raconter tout ce qu'il se passait. Si elle n'aurait pas les informations immédiatement, il se ferait un point d'honneur à le lui faire lire un jour en lui en lui commentant chaque passage. Leur enfant serait probablement déjà né lorsqu'il les retrouverait, encore une fois, il se maudit de s'être laissé embarqué par l'enthousiasme de Bonaparte.
La Valette était une forteresse écrasée de soleil, la pâleur de ses pierres renforçait l'action du soleil, rendant ses murs éblouissants. La terre était sèche et la végétation grillée par la chaleur environnante. L'Egypte serait probablement du même acabit, voire encore plus sèche. Il n'était pas sûr d'aimer cette perspective. Lui qui n'était jamais sorti de France, il était en train de franchir une mer pour aller combattre les mamelouks de l'Empire Ottoman qui défendraient Alexandrie et Le Caire et dont il ne connaissait rien. Il regrettait de n'avoir aucun talent artistique, il aurait aimé qu'Oscar puisse découvrir ces paysages également.
Le répit fut de courte durée, en une semaine, les affaires maltaises étaient réglées et Bonaparte ordonnait déjà le départ. Et finalement ce n'était pas plus mal, dans l'action, il penserait moins à sa femme qui lui manquait tant. Il eut quelques instants la pensée coupable de se dire qu'elle serait peut-être venue si elle n'avait pas été enceinte il s'en était aussitôt voulu, espérant ne pas porter malheur à leur enfant.
Il ne leur fallu que treize jours pour atteindre les abords d'Alexandrie et à nouveau, Napoléon Bonaparte tint à s'adresser à ses hommes après la nuit qu'ils avaient passés sur les barques les menant tour à tour des navires à la plage de l'Anse du Marabout. Le débarquement avait été hâtif, l'intelligence française venait d'avertir Bonaparte que la flotte de l'Amiral Nelson était passée ici même trois jours plus tôt, il n'y avait pas de temps à perdre.
Il avait conscience que pour l'écrasante majorité d'entre eux, ils mettaient les pieds hors d'Europe, voire même hors de France pour la toute première fois. Il devait impérativement s'assurer que ses soldats auraient le comportement le plus irréprochable possible avec les populations locales. Il avait pu constater à quel point cela avait été important lors de la campagne d'Italie.
(3) Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans leur premier article de foi est celui-ci : « Il n'y a d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète ». Ne les contredites pas agissez avec eux comme vous avez agi avec les Juifs, avec les Italiens ayez des égards pour leurs muphtis et pour leurs imans, comme vous en avez eu pour les rabbins et les évêques. Ayez pour les cérémonies que prescrit l'Alcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvents, pour les synagogues, pour la religion de Moïse et celle de Jésus-Christ. Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous trouverez ici des usages différents de ceux de l'Europe, il faut vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons, traitent les femmes différemment que nous mais dans tous les pays celui qui viole est un monstre. Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes il nous déshonore, il détruit nos ressources il nous rend ennemis des peuples qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis. La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs dignes d'exciter l'émulation des Français. »
Quelques jours plus tard, Alain déambulait dans les rues d'Alexandrie, la ville s'était pratiquement rendue sans la moindre résistance. Il avait été chargé de faire un rapport à Bonaparte sur la tenue des soldats français suite à son discours. Il était absolument primordial qu'elle soit irréprochable s'il souhaitait rallier les égyptiens à ses desseins. Il croisa la route d'une femme qui portait son enfant et avec un pincement au cœur dévia ses pensées vers la France et sa femme. Il ramollissait, ou tout simplement il redevenait peut-être normal après avoir été bien trop dur ? Tous les hommes présents à ses côtés avaient abandonné leur famille, il était loin d'être le seul. Certains trouvaient du réconfort ailleurs, il s'y refusait désormais. Aucune autre femme ne pouvait tenir la distance avec Oscar. Il réalisait petit à petit que la vie militaire n'avait jamais été autre chose qu'un métier alimentaire, il devait nourrir sa mère et sa sœur et il s'était retrouvé à un tel poste par un enchainement de circonstances et une faiblesse qui lui coûterait deux ans loin de sa famille.
La route vers Le Caire était ouverte et Bonaparte voulait prendre les guerriers égyptiens de vitesse, il ne fallait pas perdre de temps. L'effet de surprise devait les aider à prendre place dans la région. De très longs jours plus tard, cruellement marqués par la soif et la poussière, ils étaient enfin en place, la flottille chargée des vivres arrivant par le Nil afin de les ravitailler ayant dû combattre sur le fleuve contre des mamelouks. La bataille que l'on connaîtrait plus tard sous le nom de « Bataille des Pyramides » commença aux portes du Caire le vingt-et-un juillet 1798. La stratégie du carré, plaçant les hommes dans cette forme géométrique et les canons de l'artillerie aux angles, prouva son efficacité. Cela provoqua un mouvement de repli général des mamelouks qui furent pris de revers par une autre unité française.
Malheureusement, l'armada française, restée en retrait au port d'Alexandrie fut repérée, Brueys le savait car deux navires anglais avaient été aperçus au large, il était absolument impossible qu'ils soient passés au travers d'une telle information. L'arrivée de Nelson était imminente et l'affrontement eut lieu au large d'Aboukir. Ce fut, tel que l'avait anticipé Bonaparte, un désastre total niveau français, les pertes furent lourdes tant en termes humains que logistiques. Quelques navires et leurs marins furent sauvés, prenant le large vers Malte ou Corfou, places françaises sûres en Méditerranée, Bonaparte avait anticipé les choses concernant Corfou dans le traité de Campo-Formio. Beaucoup furent coulés, ou brûlés car trop endommagés. Les autres furent saisis par la marine anglaise. Mille sept-cent français périrent et trois mille furent faits prisonniers.
C'est au mois d'août que les choses changèrent pour Alain, engagé dans la bataille de l'Oasis de Salhaeyh. L'affrontement fut farouche, les mamelouks qui étaient moins nombreux mais décidés à ne pas céder de terrain aux français se révélaient des adversaires redoutables d'autant qu'ils protégeaient la fuite d'Ibrahim Bey vers la Perse. Alain fut blessé à cette bataille, pas assez sévèrement pour être renvoyé en France, mais trop pour continuer à combattre. Bonaparte le cita et lui remit une médaille, avant de le renvoyer en convalescence vers Le Caire où il serait en charge de superviser la sécurité des nombreux scientifiques qui avaient accompagné l'armée française dans sa conquête de l'Egypte.
Pendant un temps, Alain s'en offusqua, arguant qu'il pourrait reprendre son poste aux côtés de Bonaparte sitôt qu'il serait guéri. Et puis au bout de quelques jours, il constata que les scientifiques bénéficiaient d'un service de courrier sécurisé : les découvertes issues du pillage organisé repartaient sous bonne garde en France. Alain y vit là l'occasion de donner de ses nouvelles à Oscar, et peut-être d'en recevoir. Il s'empressa de lui adresser une lettre enflammée dans laquelle il lui disait son manque d'elle et la désolation qui était sienne de manquer ses derniers mois de grossesse. Si ses comptes étaient bons, leur enfant devrait naître à la fin de l'année voire en tout début de la nouvelle.
Finalement cette blessure était une bénédiction, il passait de longs moments à écrire sur le journal ce qu'il se passait, toutes les informations qu'il arrivait à obtenir. Il s'essaya quelques fois au dessin sans résultat et s'appliqua alors à demander des dessins aux scientifiques dont il avait la charge de la protection. Bonaparte était décidé à rapporter des trésors de guerre de la campagne et les personnages qui l'accompagnaient se délectaient des découvertes qu'ils pouvaient faire sur cette civilisation brillante qui avait vécu ici des milliers d'années plus tôt.
Et puis, il prenait du recul sur la situation, encore une fois, il s'interrogeait sur son avenir. Sa rente de haut gradé était certes intéressante, mais la perspective de vivre auprès des siens l'était bien plus maintenant. Alors il commençait à se demander comment il pourrait continuer à subvenir aux besoins des siens sans pour autant devoir s'éloigner ou risquer sa vie. Il s'était tout d'abord engagé dans l'armée pour nourrir sa mère et Diana. Il s'était ensuite révélé dans la défense des droits des citoyens et avait combattu pour la liberté. Mais ici finalement, que combattait-il ? L'illusion de la grandeur de la France à l'étranger, une hypothétique épine que Bonaparte et le Directoire souhaitaient planter dans le pied des anglais.
Il profitait aussi de ce temps libre qui lui était accordé pour parcourir les ruelles de la ville et quelques fois, il lui prenait l'envie d'acheter quelque chose pour le rapporter à Oscar. Et il reposait bien vite l'objet en question, se disant que peut-être elle n'apprécierait pas. C'était ridicule, le fait d'être mariée ne changeait rien à ses yeux, elle restait la femme forte et intelligente qu'elle avait toujours été. Il était resté de longs moment devant une boutique vendant des bijoux ciselés dans l'argent le plus pur et décorés de turquoises ou de lapis lazulis, lui évoquant invariablement la couleur de ses merveilleux yeux. Un pendentif en particulier attira son attention, il semblait être fait pour elle. Mais comment prendrait-elle le fait qu'il lui offre un bijou ? Encore une fois, il reposa l'objet, indécis.
Bien malgré lui, ses pas le menèrent à nouveau vers cette boutique le lendemain, lui apportant le même doute jusqu'à ce que n'y tenant plus, il reparte avec le collier, elle allait l'embrocher ! Pour se donner bonne conscience, il décida d'acheter des cimeterres, ce sabre redoutable dont étaient équipés les mamelouks. Un pour lui, un pour Oscar et qui sait, peut-être un pour leur enfant. Fille ou garçon il était pratiquement certain qu'Oscar insisterait pour que l'enfant sache se défendre et c'était quelque chose avec laquelle il était tout à fait en accord avec son épouse. Comme il lui tardait de les retrouver.
(1) : discours historique prononcé devant les soldats de l'armée d'Italie, fidèles parmi les fidèles.
(2) : faire aiguade = ravitailler un navire en eau douce.
(3) : discours historique prononcé au moment du débarquement à Alexandrie
