Avertissements : ce chapitre très graphique nécessite un changement de rating de l'histoire de façon globale. Si vous avez moins de 16 ans ou n'êtes pas porté(e) sur les scènes intimes, vous pourrez passer au chapitre suivant directement, je ferai un résumé de celui-ci en préambule.
Pour les autres, bonne lecture !
Chapitre 32 : Un homme et une femme
Alice redescendit sur terre avec un large sourire pendant que son amant reprenait son souffle à ses côtés. Pour rien au monde, elle n'aurait voulu manquer ça, même si ça n'avait duré que quelques minutes ! Quel tourbillon de sensations ! Quel choc volcanique ! Quel pied d'enfer ! Clairement, ils avaient trop attendu. Mais peut-être était-ce parce qu'ils avaient trop joué au chat et à la souris que c'était aussi bon, aussi explosif et libérateur ?
Elle tourna la tête vers Laurence et croisa son regard attentif, presque trop calme, avant d'éclater de rire.
« Contrôle des décibels, je vais être obligée d'embarquer monsieur qui brame comme un cerf ! »
« Parle pour toi, on aurait dit une bouilloire qui siffle ! »
Elle continua à afficher sa bonne humeur alors qu'il se frottait les yeux en essayant de chasser les derniers effets de l'alcool sur son organisme. Il y avait quelque chose de touchant dans ce geste et elle se rapprocha de lui à nouveau.
« Tu n'as pas peur que tes voisins préviennent la police ? »
« Avril… La police, c'est moi ! »
« C'était du second degré ! N'empêche, ils doivent en avoir marre de tes "fréquentations" ! » fit-elle, en mimant des guillemets dans l'air.
« On en parle de tes "activités nocturnes" ? » Rétorqua t-il, avec les mêmes gestes. « Les plaintes de tes voisins et de ta concierge finissent toutes sur mon bureau ! Je vais bientôt pouvoir caler un meuble avec ! »
« Quoi ? Les gens se plaignent ? »
« Puisque que tu sembles maîtriser le "Ah !", on te demande de passer au "Oh !" Voire au "Oh, oui !"» Se moqua t-il.
« Peuh ! »
Il se mit à rire doucement. C'était un moment si rare qu'elle observa ses traits se transformer avec fascination. Le sexe et un peu d'alcool avaient clairement des effets bénéfiques, en faisant sauter des verrous chez lui.
« Je peux t'aider à varier tes vocalises, si tu veux... » reprit-il malicieusement.
La promesse d'autres élans de volupté… Ils se dévisagèrent en silence, pendant qu'elle remontait vers lui pour l'embrasser doucement, signifiant son accord.
« Je voudrais bien te voir à l'œuvre, monsieur le commissaire. »
« Encore un défi ? »
Elle hocha la tête avec un sourire moqueur. Il secoua la tête.
« Tu n'as toujours pas compris que tu ne dois pas m'entraîner vers ce genre d'extrémités ? Que tu vas perdre irrémédiablement ? »
« Qui parle de perdre ? » Demanda la rousse avec malice.
Sans lui laisser le temps de répondre, Alice posa à nouveau ses lèvres sur celles de Laurence et l'embrassa langoureusement. Swan fit lentement glisser ses mains dans son dos pendant que les siennes faisaient à nouveau connaissance avec ses larges épaules et sa nuque.
Il était tout en muscles longilignes, fins et nerveux, avait-elle constaté en le découvrant nu. Elle avait aussitôt éprouvé une irrésistible envie de goûter sa peau et de laisser ses doigts partir à la découverte de ses moindres reliefs. La volonté commune d'assouvir rapidement leurs désirs l'en avait empêché la première fois, mais maintenant, elle voulait profiter de lui, le caresser longuement, faire durer leurs ébats. Doucement, elle le repoussa sur l'oreiller. Avec un sourire, Laurence se laissa faire et la laissa prendre l'initiative.
Avec une sensation de flottement, Swan ferma les yeux, en se délectant du contact des mains de la rousse sur son torse et son estomac. Elle déposait de petits baisers partout en prenant son temps, errant au hasard de ses envies. Quand la bouche d'Alice entreprit de suivre la ligne de toison brune qui se perdait un peu plus bas, il prit son visage entre ses mains.
« J'aime énormément ce que tu es en train de me faire, mais je préférerais ne pas faire la fête tout seul. »
Alice leva des yeux emplis de malice vers lui, puis effleura des lèvres le bout de son sexe tendu. Une poussée fulgurante de désir le traversa et il déglutit devant son audace. Peu de femmes osaient ce geste sur lui la première nuit...
« Peur de perdre le contrôle, Laurence ? » Se moqua t-elle en voyant sa réaction involontaire.
« Je le cède volontiers dans certaines circonstances, mais j'ai surtout envie de te satisfaire. »
Swan se redressa et obligea Alice à venir s'asseoir sur ses cuisses. Puis il se pencha sur sa poitrine et saisit entre ses lèvres le pic érigé d'un de ses seins. Lentement, il suça le mamelon, le lécha, l'agaça avec sa langue et fut récompensé par un long gémissement plaintif. Involontairement, la rousse se tortilla de plaisir en fermant les yeux. Puis il passa à l'autre et lui fit subir le même traitement, encore et encore...
Le souffle de la jeune femme s'était considérablement raccourci et Swan reprit à nouveau ses lèvres, alors que ses larges mains partaient à la conquête du corps de l'ensorcelante rousse. Chacune de ses caresses ne faisait qu'attiser le désir d'Alice dont les petits gémissements l'encourageaient à continuer.
Cette intimité nouvelle entre eux les faisait se découvrir et les laissait incroyablement réceptifs. Le silence de la chambre seulement perturbé par leurs souffles inégaux et leurs doux gémissements amplifiait les perceptions de l'un et de l'autre, en les sublimant. Les frissons involontaires que Swan déclenchait par de simples touchers sur sa peau, ces agréables sensations électriques qui baignaient tout son corps, Alice avait l'impression de n'avoir vécu que pour cet instant. Comme il laissait ses doigts traîner négligemment à l'intérieur de ses cuisses, la rousse se contorsionna contre lui en espérant qu'il la caresse là où son sang pulsait sourdement, au plus intime de son être.
« En parlant de contrôle, Avril… » Se moqua t-il, parfaitement conscient de ce qu'elle tentait de faire.
Il avait lui-même le souffle court et les pupilles dilatées. Visiblement, être l'artisan de son désir l'émoustillait tout autant qu'elle.
« Tu me rends dingue ! » le coupa t-elle, avant de l'embrasser fiévreusement.
Quand enfin, il enfouit la main au coeur de sa féminité, Alice se mit à gémir sous la torsion fulgurante de plaisir qui la traversa. C'était la plainte d'une femme prête à le recevoir, et cela provoqua en lui une excitation au delà de toute raison, alors qu'elle basculait son bassin pour mieux profiter de sa caresse intime et l'encourageait à poursuivre.
Alice fondait comme de la cire sous la main brûlante de Swan, sous l'expertise de ses doigts qui façonnaient lentement, délicieusement le point sur lequel se concentraient tous les atomes de son corps. Les hanches d'Alice se mirent à onduler d'elle-même, à épouser la paume de son amant, pendant qu'elle présentait à nouveau ses petits seins pointus à ses baisers en poussant des gémissements de plus en plus sonores.
La voir s'offrir à lui de cette façon, en toute confiance, était la vision la plus érotique qui soit. Laurence mourait d'envie de s'ancrer une nouvelle fois profondément en elle, et ce, sans tarder. Pourtant, il se força à prendre son temps, à faire monter encore la pression et leur excitation. Dans son esprit, un amant accompli était celui qui satisfaisait d'abord sa partenaire, avant de penser à lui.
Alice en avait cependant décidé autrement. Elle prit fébrilement son érection dans sa main et se mit à la caresser avec conviction. Il ne put empêcher un grognement sourd de lui échapper, auquel elle fit écho d'une voix tremblante :
« Swan... »
C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom et cela lui fit l'effet d'un électrochoc. De toute évidence, elle ressentait à nouveau la même urgence que lui. Il mit rapidement un préservatif en place, puis la laissa descendre lentement sur lui.
Alice ferma les yeux et inspira en tremblant. Son ventre se tordit dans l'anticipation de ce qui allait advenir. C'était une sensation incroyable de se sentir complète avec lui en elle.
Avec autorité, Laurence la retint par les hanches pour l'empêcher de bouger de suite. C'était si bon de sentir son étroit fourreau de chair autour de lui et il voulait profiter du calme avant que les éléments se déchaînent à nouveau. Elle sembla le comprendre quand leurs regards se croisèrent et elle captura ses lèvres entre les siennes pour partager tellement plus qu'une union physique.
Lentement, toujours rivée à lui, Alice se mit à onduler contre son pelvis, et il l'accompagna en soulevant son bassin et en la faisant basculer d'avant en arrière, pour mieux la pénétrer de façon exquise, encore et encore.
Alice referma les yeux. Elle se força à ne pas accélérer pour savourer ce plaisir grandissant, addictif, exigeant, presque tyrannique, mais le courant était encore une fois trop fort. Il l'emportait toujours plus haut, toujours plus loin, jusqu'au tréfond de son être.
« Oh, c'est si bon… » murmura t-elle, le souffle tremblant. « … Mmmm… Oui… Continue... Comme ça... Oui... Oh !... »
La tension augmentait entre eux irrésistiblement à chaque friction, de façon affolante. Chacun de leurs mouvements attisait l'incendie et les conduisait vers la combustion finale. Les gémissements d'Alice s'amplifièrent alors qu'elle cherchait à présent à atteindre l'explosion.
Cela n'a jamais été ainsi... L'esprit d'Alice se mit à marteler ces mots tandis qu'elle accélérait le rythme en ne pouvant plus retenir ses cris passionnés, incapable de résister à l'inéluctable, sous les coups de butoir plus tranchants de Swan. … Jamais ainsi, jamais ainsi, jamais ainsi...
Engloutie par la volupté, Alice se sentit soudain perdre pied et ne plus pouvoir former de pensées cohérentes, totalement en sensations exacerbées, noyée sous des vagues extrêmes de plaisir qui sapaient sa résistance. Elle s'arc-bouta brusquement en lâchant un long cri libérateur et Swan sentit les muscles internes de la rousse violemment se contracter autour de lui.
Il vit l'extase se peindre sur le visage d'Alice alors qu'elle criait sans plus aucune retenue, la tête rejetée en arrière, perdue dans un océan de plaisir... Avec un râle d'abandon à cette vision, il lâcha à son tour les chevaux et s'enfonça encore et encore, toujours plus profondément en elle. Son corps en sueur fut soudain traversé de violentes ondes de choc qui se propagèrent dans tout son être, et qui l'emportèrent vers des sommets de plaisir infini.
Comme un pantin désarticulé, Alice s'effondra contre lui, le corps agité de soubresauts convulsifs, à la recherche de son souffle. Choqué par l'intensité de leur étreinte et par l'explosion incontrôlable de ses sens, Laurence la serra dans ses bras de façon machinale, incapable de la lâcher.
Le feu et la glace réunis, se fit-il comme réflexion, quand il retrouva enfin de la cohérence… Rarement, il avait atteint une telle félicité, et pourtant, il comptait d'autres moments semblables et mémorables au cours de son existence. Celui-ci cependant avait une saveur particulière.
Bien qu'il ne se sente pas prêt à mettre un nom sur ce qu'il ressentait, il n'était pas assez malhonnête avec lui-même pour nier le fait que quelque chose d'unique existait entre Avril et lui, quelque chose qui aurait dû l'effrayer. Or - c'était un mystère pour lui - il ne ressentait aucune angoisse, juste de la plénitude.
Le sourire qui illuminait les traits d'Alice était radieux et trahissait l'intensité de son bonheur. Laurence faisait l'amour avec l'expertise d'un homme qui avait eu son comptes de conquêtes féminines, c'était sûr, mais ce qu'il lui faisait ressentir n'avait rien à voir avec une simple partie de jambes en l'air classique ! C'était juste... strombolique !
Encore sonnée, elle glissa à côté de lui et se mit à rire, totalement détendue, encore sans filtres.
« Oh, la vache ! Quelle chevauchée fantastique ! Je ne suis pas sûre d'être encore en vie ! »
« Je ne dirais pas mieux... C'était quelque chose. »
Ils se turent, profitant de ce moment d'honnêteté et de calme relatif pour récupérer pleinement. Les liaisons dans leurs cerveaux étaient cependant en train de se reconnecter et avec elles, toutes les interrogations, tous les doutes qui les accompagnaient.
« Tu me crois maintenant quand je te dis qu'on joue gagnant tous les deux ? » Reprit-elle doucement au bout d'un moment. « C'est comme ça qu'on a toujours fonctionné ensemble, non ? »
Il se mit à réfléchir à cet aspect de leur relation qu'il n'avait jamais envisagé sous cet angle, puis l'observa en silence... Ensemble. La première fois, il n'avait pas fait l'amour à Alice, il avait fait l'amour avec elle. Tout comme la seconde, quand elle avait pris l'initiative... Cette pensée jaillit dans son esprit comme un trait de lumière et Laurence comprit que quand il s'agissait de sexe, il n'aurait jamais vraiment le contrôle sur Alice Avril. Sa seule consolation, c'est qu'elle ne l'avait pas non plus sur lui.
N'est-ce pas ?
Laurence chassa l'inconfort de cette idée et se concentra sur le présent. Il était comblé comme jamais, et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une légère amertume. C'était une expérience formidable et mémorable, mais probablement pas durable.
Pourquoi cette pensée le déprimait-elle tout à coup ?
A ses côtés, Alice s'étira comme une chatte. Il laissa ses yeux vagabonder sur le corps détendu de la rousse. Sa peau laiteuse parsemée de taches de rousseur coquines, ses petits seins tendus, son ventre plat, la légère rondeur de ses fesses… Elle n'avait pas le morphotype qu'il appréciait d'habitude, mais elle pourrait bien le faire changer d'avis sur la question. Surtout quand leur alchimie était aussi surprenante et explosive...
Après tant d'intensité, il avait chaud et soif comme un bédouin dans le désert. Il se leva et passa un peignoir, puis alla dans la salle de bain se rafraîchir. Quand il se regarda dans le miroir, il se trouva une mine affreuse, mais un sourire miraculeux se dessina peu à peu et chassa l'image précédente.
Le sourire disparut cependant comme il était venu. Les deux mains appuyés sur le lavabo, il resta à contempler la bonde en se demandant sincèrement ce qu'il convenait de faire à présent.
Il ne regrettait rien… Comment aurait-il pu ? Une petite voix lui cria cependant que ce n'était pas raisonnable, qu'il n'avait pensé qu'à lui, et pas aux conséquences pour elle. Il avait tenté de se raisonner, mais ce soir, avec la tension, la fatigue accumulée et l'alcool… ça avait été au dessus de ses forces de la renvoyer. Il releva les yeux et sa mine se fit à nouveau soucieuse et indécise. Il soupira finalement. Il était inutile de se faire des noeuds au cerveau, quel que soit ce qu'il voulait, la décision ne dépendait pas que de lui.
Laurence retourna au salon et trouva Alice en peignoir en train de ramasser ses vêtements épars au sol. Finalement, les pensées de la rousse avaient suivi le même cheminement que les siennes quelques minutes plus tôt, mais elle était parvenue à une décision en ce qui la concernait.
Il tenta d'occulter la déception engendrée par son geste alors que la réalité le rattrapait.
« Tu fais quoi, là ? » Demanda t-il de la façon la plus neutre possible.
« Notre relation n'est pas appelée à durer, Laurence, alors je prends les devants. »
« Ce départ au milieu de la nuit ne te semble pas quelque peu précipité ? »
Elle se releva et soupira.
« Si, mais on a l'air de quoi maintenant, hein ? On n'est pas amants au sens strict, et personnellement, j'ai envie qu'on reste amis. »
« On n'est pas amis... » bougonna t-il, en croisant les bras sur sa poitrine.
« Ok, on n'est pas amis et on a couché ensemble ! Ça fait de nous des quoi, alors ? »
« Des sex-enemies. »
« Des quoi ? »
« L'inverse des sex-friends ! »
« Ah ? ça existe des sex-friends et des sex-ennemis ? »
Comme si elle ne le savait pas… Il la dévisagea en conséquence et elle se troubla en détournant prestement le regard. Avec le même faux-semblant, il soupira avant de s'approcher d'elle.
« Avril, c'est avec toi que je m'engueule le mieux, non ? Mais je n'en ai pas envie maintenant… Reste, s'il-te-plaît. »
« Et pourquoi ? »
« Parce que cette nuit ne fait que commencer... Ne me dis pas que tu n'as pas apprécié, je ne te croirais pas. »
« C'était... plaisant » reconnut-elle.
« "C'était" ? On peut continuer comme ça jusqu'au petit matin et profiter encore l'un de l'autre. Après, on avisera. »
Elle nota son insistance et l'utilisation du "on" qui l'impliquait. Elle commença tout de même à s'habiller. Pour l'empêcher de poursuivre, il la prit dans ses bras. Elle se laissa faire en souriant, consciente qu'il essayait d'utiliser son charme pour obtenir ce qu'il voulait. Il l'embrassa doucement et elle lui répondit de la même manière.
« Pour une fois, tu m'as agréablement surpris, Avril. »
Elle ouvrit des yeux comme des soucoupes.
« Quoi ? Pas de remarques acerbes ? Pas de reproches incendiaires ? Pas d'insultes cinglantes ? Où est passé l'affreux Laurence ? »
« Il est encore trop tôt pour que je me fasse une opinion sur cet autre toi que je ne connais pas encore... » Il fronça les sourcils de façon comique. « … Ou trop tard pour que je réfléchisse ? Ce doit être tes fesses particulièrement callipyges qui me perturbent ! » Ironisa t-il.
« Mes fesses sont parfaites ! Ne les critique pas ! » Gronda t-elle, en montant immédiatement sur ses grands chevaux.
Il se mit à rire devant sa réaction virulente. Visiblement, elle ne savait pas ce que "callipyge" signifiait. Ce terme pouvait être (parfois) un compliment, selon les standards de la beauté qui étaient propres à chacun. Il ajouta malicieusement :
« Il semblerait bien que le sexe soit un domaine où tu démontres au moins la même expertise et le même engouement que moi, Avril... »
« Et voilà, j'aurais dû m'en douter ! Maintenant tu vas me considèrer comme une Marie-couche-toi-là ! » S'emporta t-elle brusquement. « Une fille facile qui s'envoie en l'air avec le premier ve... »
Il l'empêcha promptement de terminer sa phrase en posant un doigt sur ses lèvres et reprit son sérieux.
« Jamais je ne penserai cela de toi, ou d'aucune autre femme que je suis amené à fréquenter ! J'ai beau être l'exemple du parfait salaud sexiste et machiste, je respecte et j'aime trop les femmes pour les rabaisser ainsi ! »
Elle se mit à rougir, secrètement touchée par sa considération inattendue. Il retira son doigt et la serra un peu plus contre lui.
« Tu l'as dit toi même, nous sommes des individus avec les mêmes besoins physiologiques à combler. Seuls comptent le désir et le plaisir que l'on retire d'une relation, il n'y a rien de plus à ajouter. »
Elle le dévisagea et se contenta de déposer un baiser sur ses lèvres, puis elle lui murmura :
« Toi aussi, tu me surprends agréablement... Comme quoi, tu peux te montrer tendre et attentionné, quand tu veux ! »
« Tu devrais pourtant être flattée quand je fais mon ours mal léché ! » Ricana t-il. « C'est une exclusivité, rien que pour toi ! »
« Une exclusivité, dont je me passe volontiers ! »
« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, nos rapports sont beaucoup plus stimulants quand je suis difficile avec toi, Avril, ça t'oblige à te surpasser pour me montrer de quoi tu es capable. »
« Peuh ! C'est une excuse facile pour te dédouaner de ton comportement habituellement odieux ! »
« Je ne cherche pas à me faire pardonner quoi que ce soit. Mais... comme je suis le seul homme que tu as consenti à laisser approcher dans la période difficile que tu as traversée... »
« À mon corps défendant ! »
« … Certes. Il a fallu que je te bouscule pour que tu sortes de cette dépression qui te minait... Ne te sens-tu pas mieux maintenant ? »
« Une nuit avec toi n'efface pas tout d'un coup de baguette magique ! »
« Non, j'imagine… »
Le rappel de ce qu'Alice avait subi assombrit l'atmosphère. Avril soupira et se frotta les yeux.
« Bon, il faut vraiment que je dorme. Je suis crevée et Jourdeuil m'attend à neuf heures pétantes tout à l'heure. Tu m'connais… J'suis capable de pas me réveiller... »
« Je te servirai de réveil matin. Selon tes envies, ce peut être en douceur ou de façon plus... mouvementée ! »
« Je ne reste pas avec toi ! Je sais très bien que je ne dormirai pas du tout ! »
« Soit. Pars si tu le souhaites vraiment… » Il tâcha de masquer sa déception du mieux qu'il put. « … Mais je t'attends ici demain soir. »
« C'est lundi. Je suis de sortie avec Marlène. On va au cinéma. »
« Annule. »
« Elle va trouver ça louche et me poser des questions. »
« Trouve une excuse. Je suis sûr que tu pourras la convaincre… Surtout si elle veut rester avec son Richard. »
« T'es chiant, Laurence ! »
« Tu me connais... Je suis égoïste... » Un petit baiser. « … Mufle... » Un autre baiser. « … Macho... ». Encore un baiser. « Exclusif… » Un long baiser. « Impossible à oublier... »
Elle se mit à rire et posa un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de continuer.
« Et serial baiseur… Je dois admettre que tu sais te montrer persuasif en tout. Mais tu ne me feras pas changer d'avis, Swan. »
« Tu renonces ? Tu semblais pourtant plus que partante ? »
« Tu arriverais aux mêmes conclusions que moi, si tu retrouvais tes esprits... » Elle haussa les épaules. « … Mais bon, il ne faut pas trop vous en demander, vous les hommes ! Dieu vous a donné un sexe et un cerveau, mais pas assez de sang pour irriguer les deux en même temps ! »
Il sembla ruminer, puis lâcha avec sarcasme :
« Les mauvaises langues parlent, Avril, les bonnes donnent des orgasmes ! »
« Haha... »
Alice plissa les yeux alors qu'il se délectait visiblement d'avoir le dernier mot. Elle ne fit aucun commentaire, en se disant qu'il tentait encore de la défier d'une certaine façon.
« Je croyais que c'était moi qui était sensé être lâche ? » Lança t-il encore pour la provoquer.
« Désolée, mais c'est mieux comme ça. »
Laurence soupçonnait la vraie raison du comportement d'Avril. Elle avait pris peur, surtout après le déferlement d'émotions fortes qui les avaient submergés tous les deux. Il ne pouvait pas la blâmer de vouloir rétro-pédaler. Elle avait déjà beaucoup pris sur elle, en relevant les défis qu'il lui avait lancés. Lui-même doutait à présent de la pertinence de poursuivre une relation. N'avait-il pas déjà obtenu ce qu'il voulait au final ? Si ce n'était aussi bon, aussi organique, il aurait laissé tomber, mais la surprise l'avait agréablement laissé désireux de poursuivre… Et dieu seul savait qu'avec son expérience en la matière, il en connaissait un rayon sur le sujet !
« Il n'y aura pas d'autre nuit ? » Demanda t-il, en se crispant involontairement.
Comme elle ne répondait pas, il encaissa la nouvelle stoïquement. Alice jeta un dernier regard autour d'elle pour voir si elle n'avait rien oublié.
« Pas un mot de tout ça à Marlène, hein ? » Reprit-il.
« Elle ne me croirait pas de toute façon. D'ailleurs, moi aussi, j'ai un peu de mal à réaliser, c'est quand même fou qu'on ait couché ensemble et... »
Brusquement, il interrompit Alice en attrapant sa main et en attirant la rousse contre sa poitrine. Sans lui laisser le temps de réagir, il posa ses lèvres sur les siennes avec une passion non dissimulée. Ce baiser intense et ardent provoqua une série de délicieux frissons chez Alice qui se laissa submerger par une nouvelle vague de désirs. Finalement, il se recula, les pupilles dilatées.
« C'est mieux comme ça ? » Murmura t-il, la voix rauque. « … Ou tu veux que je recommence depuis le début ? »
Elle n'avait pas tout à fait les idées claires et se contenta de hocher la tête. Il traça alors un chemin de baisers sur sa gorge nue, qui déclenchèrent à nouveau de voluptueux émois. Si elle ne se montrait pas plus ferme, la passion de Laurence allaient finir par la toucher. Il lui remplirait la tête d'idées folles et lui ferait croire en lui, malgré tous ses défauts, malgré tout leur lourd passif commun. Elle ne pouvait pas, ne devait pas s'attacher à lui, se répéta t-elle comme un mantra.
« Viens me retrouver demain après le cinéma, viens passer la nuit avec moi... »
Le baiser ardent qu'il lui donna ensuite fut très persuasif, chargé d'un désir non dissimulé, garant d'une nouvelle promesse de voluptés. Intérieurement, Alice campa sur ses positions, alors que tout son être lui criait de céder et de se laisser emporter encore une fois.
« Tu sais bien qu'on ne veut pas la même chose tous les deux et que ça va mal se terminer... Restons plutôt sur une bonne impression. C'est bien ce que tu m'as confié quand on était au pub, non ? »
Voilà, c'était dit, même si elle n'avait pas voulu en venir là. Comme Alice s'y attendait, Laurence la lâcha alors que ses traits se durcissaient. Elle sentit son coeur se serrer immédiatement et fut tentée de lui caresser la joue. Non, elle ne pouvait pas s'éprendre de lui, pas en sachant ce qu'il était, qui il était. Il fallait qu'elle soit forte en cet instant pour être libérée de lui par la suite.
Swan la dévisagea avec une nouvelle résolution.
« Très bien. Je ne te retiens plus. »
La distance que Laurence mit entre eux physiquement, et encore plus dans ses mots la doucha. Alice hocha la tête avec un sourire crispé, puis quitta le salon sans un regard en arrière. C'était sa décision mais elle ne se doutait pas que ce serait aussi difficile. Comme sonnée, elle ouvrit la porte d'entrée et sortit dans le couloir en réalisant qu'elle venait sans doute de faire la plus grosse erreur de sa vie. Il lui fallait assumer désormais.
Une fois Avril partie, Laurence s'assit sur le canapé et resta un moment hébété par ce qu'il venait de se passer. Alors qu'il aurait cru qu'une seule nuit suffirait à lui faire passer son envie d'Alice, c'était exactement le contraire qui se produisait. Il en voulait plus. Il voulait encore faire courir ses mains sur le corps de la rousse, encore déclencher en elle du désir et voir ses yeux s'illuminer, encore la faire crier au paroxysme du plaisir et combler ses propres envies…
Avec un rire sans joie, il constata qu'il venait de se faire larguer en bonne et dûe forme par sa Némésis. Pourtant, il n'avait rien à se reprocher. Il avait agi conformément à ses penchants et il n'était pas à proprement parler blessé dans son orgueil. C'était la nature même de leur relation qui était bancale depuis qu'ils se connaissaient.
La bouteille de whisky lui faisait à nouveau de l'oeil, mais il la remit en place avant d'être tenté de la terminer. Son ego s'en passerait ce soir. Il se passa les mains sur le visage, inspira un bon coup et se releva. Une de perdue, dix de retrouvées, disait le dicton. Le monde n'allait pas s'arrêter de tourner parce que Alice Avril venait de le jeter comme une vieille chaussette ! Alice Avril, sa meilleure ennemie, avec qui il avait pris un pied énorme ! Sa situation était finalement assez paradoxale et risible.
Swan se recoucha dans ce lit où le parfum de la rousse était encore omniprésent. Avec un nouveau soupir, il écarta la sensation pesante et amère d'un immense gâchis. Demain, il remettrait de l'ordre dans sa vie.
A suivre...
