Chapitre 14 : Une situation trop dangereuse
Milo retourna au vaisseau le plus vite possible conscient du danger qui planait au-dessus de la tête des deux chevaliers. Il se doutait qu'une telle intervention leur vaudrait d'avoir la police et l'armée sur le dos et ce au niveau des deux camps qui s'affrontaient. Von Kiel fut très surpris en apprenant la destruction de son vaisseau, d'autant plus que les troupes d'Oscar étaient vraiment très éloignées et par conséquent incapables de le contrer. L'intervention ayant été filmée en permanence, il se fit projeter les enregistrements. Les experts tentèrent de les passer au ralenti mais même image par image, on ne pouvait rien voir. Tout ce que les observateurs voyaient c'était deux masses énergétiques pures qui se déplaçaient à une vitesse phénoménale. Von Kiel se demanda, inquiet où Oscar avait pu se munir d'une telle technologie. Il attendait fébrilement les autres rapports d'intervention. Les deux stratèges du roi, le duc d'Eprenville et le baron d'Aulnoy avaient mis au point un plan guerrier destiné à énerver le duc de Péhant ce qui pousserait celui-ci à l'erreur. Les vaisseaux devaient attaquer par petites touches, loin des vaisseaux de de Péhant. Ils devaient attaquer les grandes villes, les raser et, si possible, massacrer la population pour détruire l'outil productif. Ils devaient ensuite raser les terres agricoles, détruire les grandes fermes puis brûler les forêts. De Péhant devait retrouver qu'un désert, vidé de toutes vies. Bien entendu, il fallait malgré tout limiter les pertes civiles à environ cinquante pour cent de la population humaine totale réparties sur les différentes planètes. En revanche une planète devait être épargnée, Flora. Von Kiel disposait de beaucoup d'hommes qui après la guerre seraient désireux de fonder un foyer, à ce moment-là seulement, Flora serait envahie, annexée à son royaume, ses habitantes perdant tous leurs privilèges. Les espions qu'il avait placés au sein des troupes d'Oscar avaient fourni au roi un rapport très circonstancié. Flora était également épargnée par le duc. Ce qui intrigua Von Kiel. De plus il laissait la reine des Mazones librement circuler à travers la galaxie et se rendait même très souvent à bord de son vaisseau. Sans compter qu'il avait gardé sa fille en vie et envisageait même d'avoir un enfant avec elle. Pour le souverain, il devenait urgent que le cœur de sa fille cessât de battre. Il avait vérifié la famille des de Péhant et avait découvert qu'il était bel et bien le dernier héritier royal de France, si il obtenait un enfant de sa fille, celui-ci pourrait avoir plus de droit que lui au trône, Von Kiel étant issu d'un prince allemand et d'une aristocrate autrichienne il n'était de sang royal qu'à moitié alors qu'Oscar l'était complètement et l'enfant qui naîtrait d'Isabelle et de son époux serait lui aussi d'une lignée plus pure que la sienne. Les chercheurs du roi avaient fait une autre découverte intéressante, le lien qui existait entre Aristote Zone et le duc était finalement plus important que prévu. Au début, le roi pensait qu'il s'agissait juste d'une amitié malsaine entre deux hommes ivres de pouvoir et de sexe mais en fait il existait un lien familial surprenant. Aristote Zone avait épousé une femme de douze ans sa cadette qui se trouvait être la tante du duc. Ces deux hommes étaient liés à jamais, associés, redoutables et destructeurs. Les rapports des autres vaisseaux arrivèrent enfin. Ils furent étudiés par les deux stratèges du roi qui ensuite, vinrent en référer à leur souverain.
- Les bilans sont très bons votre altesse, affirma d'Eprenville. Nous avons pu raser le continent d'Aqua, tout comme les continents des planètes de Colima, Assordina, Catela et Pagnesis. Les troupes du duc étaient autour de Pyros, de Flora, de Mars et de La Terre, Pindare, Apollonia et Nymphéa.
-C'est parfait ! Se contenta le roi. Il n'y a eu aucune attaque provenant d'autres énergies étranges ?
- Rien du tout votre altesse, affirma d'Aulnoy. De plus j'ai envoyé un autre vaisseau qui a survolé la ville et les mystérieuses énergies ne les ont pas attaqués. Bien entendu, nous ne sommes pas restés très longtemps, les troupes de de Péhant ont eu tôt fait de revenir. Nous nous devions de partir pour éviter qu'ils puissent nous suivre à la trace jusqu'à nos bases.
- Très bien, nous allons donc passer à la phase suivante du plan, proposa d'Eprenville. Oscar va certainement faire se disperser ses troupes en espérant pouvoir nous localiser, nous attaquerons donc simultanément le plus de vaisseaux possibles. Nous pourrons ainsi faire beaucoup de dégâts avant qu'il ne réalise son erreur.
- Est-ce qu'il risque de nous repérer ? S'inquiéta Von Kiel.
- Aucune chance votre altesse, nos brouilleurs sont très efficaces ! Affirma d'Aulnoy.
- Je n'aime pas trop l'idée de dépendre d'une technologie, on n'est pas à l'abri d'une panne ! Rappela le roi.
- Tout sera contrôlé votre altesse, affirma d'Aulnoy. Nous vaincrons ces mécréants ! Nos systèmes sont infaillibles !
Près d'Amos, le vaisseau de guerre d'Oscar sillonnait l'espace proche de la planète, escorté par une centaine d'autres croiseurs puissamment armés. Il étudiait le rapport laissé par ses experts. Les deux êtres qui avaient pris la défense de la capitale avaient bel et bien disparus. Le futur roi n'appréciait guère leur présence. Si les chevaliers s'impliquaient de leur propre chef dans ce conflit, ils risquaient fortement de contrecarrer les plans du duc en prenant fait et cause pour la population et donc de fait, des Résistants. Il fallait à tout prix éviter qu'ils ne trouvent les rebelles. Le duc avait espéré avoir plus de temps pour régler le problème que représentait Von Kiel avant de devoir régler leur compte à ces défenseurs de l'humanité. Il ordonna donc l'utilisation de la totalité des satellites pour localiser ces dangereux individus. Cela faisait des heures à présent que la planète était scrutée de toute part mais les chevaliers restaient obstinément cachés. La police et l'armée n'avaient strictement rien trouvées en sillonnant les rues. Les campagnes furent fouillées par des drones mais ceux-ci ne trouvèrent strictement rien. Les traces énergétiques laissées dans l'espace furent analysées. Les chercheurs découvrirent les traces d'un vaisseau non répertorié qui était entré dans l'atmosphère d'Amos mais qui n'en n'était pas reparti. Ce qui pouvait signifier qu'une seule chose, les chevaliers étaient toujours sur la planète mais ils donnaient l'impression de s'être volatilisés. Oscar ricana, peu importait que ces misérables se terraient quelque part sur Amos, ils finiraient par retourner sur leur planète d'origine et ils suffiraient de les suivre. De plus après avoir assisté à presque l'anéantissement de toute une ville ils ne pourraient certainement pas résister à contacter la fameuse Athéna pour lui faire un rapport, aussi, Oscar ordonna l'espionnage de tous les appels et signaux radio sortant de la planète. Il ne put entendre la conversation mais il découvrit qu'un signal inconnu quittait Amos pour se perdre dans les confins de l'univers.
Milo avait quitté les lieux aussi vite que possible, emmenant Camus, inconscient sur son dos. Il ne pouvait courir aussi vite qu'il le faisait en temps normal car il avait utilisé beaucoup d'énergie pour vaincre le vaisseau ce qui l'avait épuisé. Malgré tout, sa vitesse actuelle empêcherait toute poursuite. Une fois qu'ils furent de retour à leur vaisseau, Milo installa le chevalier d'or du verseau sur son lit, vérifiant son pouls. Camus dormait profondément. Il allait falloir patienter avant de savoir dans quel état il se trouvait vraiment. Le chevalier émergea quelques heures plus tard. Il regardait pensivement le plafond de sa cabine tout en gardant le silence. Il fit le point, réalisant que le chevalier d'or du scorpion avait vu juste. Lorsque Milo trouva son ami enfin réveillé il fut soulagé. Il s'assit sur une chaise installée près du lit attendant le verdict du chevalier d'or du verseau.
-C'est bien un de mes descendants direct, finit par lâcher le chevalier d'or du verseau. J'ai horreur quand tu as raison ! Et le lien génétique est fort.
- Tu as senti sa présence ? S'étonna Milo.
- Je suis même entré en contact avec lui, avoua Camus tristement. Il est dans un tel état…C'est encore pire que ce qu'Athéna craignait. Il va très mal, il a perdu espoir et j'ai senti de la peur en lui or d'après les documents découverts par Shiriyu dans le vaisseau Mazone c'étaient elles qui le craignaient. Pour ces étranges femmes, il ne connaissait ni le doute ni la peur. Qu'est ce qui a bien pu lui arriver ?
- Est-ce qu'il te semblait libre de ses mouvements ? S'enquit Milo inquiet.
- Non, il est prisonnier. J'ai eu l'impression lors de notre bref contact qu'il était sous surveillance constante, j'entendais comme un écho, révéla Camus.
- Tu te sens comment ? Est-ce que tu es en état de sortir de ton lit ?
- Je vais mieux, ne t'inquiètes pas. Je ne pense pas que nous devrions contacter Athéna…En tout cas, pas avant plusieurs jours, suggéra Camus.
- Je sais…Il y a un autre vaisseau qui a survolé la planète pendant que tu dormais. Il n'a fait aucun dégâts mais je pense qu'il nous cherchait, supposa Milo.
- Quelles armoiries ? L'interrogea Camus.
- Je ne sais pas, elles me sont toutes inconnues, avoua Milo.
- Il faudrait vraiment qu'on se renseigne sur les forces en présence, conseilla Camus. On ne peut faire un rapport incomplet à Athéna. Il faut que l'on sache ce qu'il se passe ici !
- Ce qui se passe est évident, c'est une guerre Camus et les protagonistes se moquent du sort des populations.
- Cela ressemble à une politique de la Terre Brûlée, proposa Camus
- Comme l'URSS pendant la seconde guerre mondiale ? S'étonna Milo.
- Il est probable que cette planète était sous la domination de quelqu'un, qui, devant l'abandonner, a choisi de tout détruire pour ne rien laisser à son adversaire.
- C'est une méthode assez barbare, je te signale que l'armée soviétique en se retirant détruisait les voies de communications, brûlait les récoltes, détruisait les cheptels pour ne rien laisser à leur ennemi mais elle ne sacrifiait pas la population comme ces monstres le font ! Se récria Milo.
- Tu sembles oublier un détail mon cher Milo, si tu brûles tout, les gens n'ont plus rien à bouffer et ils crèvent !
-Pas faux, reconnu Milo embarrassé.
-Peut-être qu'à leurs yeux les civils n'ont aucune valeur sauf pour produire, présuma Camus. Qui plus est avec les technologies dont ils disposent une planète comme celle-ci peut être transformée en un désert rien qu'avec quelques tirs. Ils ne doivent guère se soucier des gens qu'ils tuent. Tout ce qui compte c'est de gagner.
- Et dis-moi, comment est-ce qu'ils feront ces cons lorsqu'ils auront détruit la vie sur toutes les planètes ? Ricana Milo.
- Ils sont devenus fous Milo, je ne pense même pas qu'ils se soient posé la question, en conclut Camus. Je ne sais pas ce qu'ils ont dans le crâne...Peut-être qu'ils s'autorisent un certain nombre de pertes. Tout ce que je sais c'est qu'il faudrait faire une enquête poussée avant de contacter Athéna !
- On va devoir se contenter d'aller à la pêche aux infos auprès des habitants, affirma Milo. Hors de question de faire un petit tour dans l'espace, il doit être très bien surveillé et on serait vite repéré. La technologie de camouflage dont on dispose me parait bien obsolète par rapport à la leur !
- Si ils ont envoyé un autre vaisseau pourquoi n'ont-ils pas attaqué, on n'était plus en état d'intervenir ! S'étonna Camus en se redressant.
Il s'assit confortablement dans son lit, rajustant son oreiller pour qu'il lui soutienne le dos.
-Il n'est pas resté très longtemps, une heure tout au plus et il est reparti très vite. Deux heures plus tard, il y avait une dizaine d'appareils qui sillonnaient l'atmosphère de cette planète. Ils ont de très gros bâtiments Camus, s'ils venaient à attaquer notre planète, on arriverait à les défaire certes, mais ils feraient vraiment beaucoup de dégâts. Je pense que la prophétie est bel et bien en train de se réaliser, se désola Milo.
- Je sais et le gardien n'est plus vraiment en état d'assumer ce qu'il se passe. Si on n'était plus nombreux on pourrait prendre le risque de le récupérer mais à deux…S'attrista le chevalier d'or du verseau.
- On commence notre enquête dès demain, ensuite nous ferons notre rapport à Athéna, décida Milo. Pendant que tu te reposes je vais aller chercher des vêtements convenables en ville.
Le soleil commençait à se coucher lorsque le chevalier d'or du scorpion quitta la grotte. Ses sens aux aguets, il avança prudemment au sein de la forêt, bondissant d'arbre en arbre. Une fois arrivé au pied du mur d'enceinte de l'usine, il bondit, pris pied sur le mur pour ensuite se laisser tomber dans la cour. Il sortit prudemment, son couvre-chef haut de forme cachant ses cheveux et masquant ses yeux. Il y avait encore des gens qui circulaient en costume de fête mais ils marchaient d'un pas pressé. Les navettes de transport en commun avaient repris leur tournée mais les tramways restèrent au garage, beaucoup de lignes ayant été endommagées ils ne pouvaient prendre le risque de dérailler à cause d'une erreur d'aiguillage. Milo en déambulant dans les rues observaient la situation. Il y avait beaucoup de policiers, de militaires en faction. De gigantesques véhicules de guerre équipés de chenilles bouchaient certaines rues. Milo opta pour la même attitude que celle des habitants de la cité. Il avançait en rasant les murs, scrutant de temps à autre le ciel. Ce fut ainsi qu'il aperçut sans le savoir le gigantesque vaisseau de guerre du duc de Péhant. Celui-ci ayant décidé de faire d'Amos une place forte que son rival ne pourrait plus atteindre. Il lui fallait un endroit calme pour la jeune Isabelle qui était indisposée depuis quelques temps, aussi il ordonna de faire sécuriser la planète, de faire surveiller l'espace de dizaines de vaisseaux puis sa jeune épouse fut installée dans l'ancien palais royal de Von Kiel où il ne tarderait pas à la rejoindre. Beaucoup de planètes avaient été attaquées, rasées, les vaisseaux royaux ayant ainsi détruit toute possibilité pour son rival en dominant ses planètes d'approvisionner ses équipages en nourriture. En constatant l'ampleur des dégâts, Oscar se rendit compte que la reconstruction serait longue ce qui retarderait sa guerre ultime contre Sylvidra. Les Illumidas devaient se réjouir de cette guerre, elle leur faciliterait la tâche. Tout du moins c'était ce qu'ils devaient penser car Oscar avait gardé certains atouts dans sa manche pour ne pas être pris par surprise au moment où les anciens mâles destinés aux Mazones attaqueraient.
Milo à force de se promener à droite et à gauche finit par trouver une boutique de vêtements masculins. Tout en choisissant des tenues plus convenables pour lui et pour Camus, il laissa traîner ses oreilles. Deux hommes qui choisissaient des chaussures avaient une discussion très animée. Milo observa les lieux, il n'y avait aucun vendeur ni aucune caméra de surveillance. Il se glissa donc au niveau du côté opposé du rayon où se trouvaient les deux hommes sans faire le moindre bruit. Le mur de chaussures empêcha les deux protagonistes de remarquer sa présence. Il y avait un homme aux cheveux poivre et sel, assez négligé pour ce qui était de l'agencement de ses vêtements et un homme tiré à quatre épingles élégamment vêtu d'un costume trois pièces. Il semblait avoir tous les deux le même âge mais l'homme en costume pour se rajeunir avait les cheveux teints.
- On a vraiment eu chaud ! Souffla l'ancien photographe. Vous avez vu cette étrange énergie ? C'est un dernier cadeau de Kimura avant de finir broyé dans son appareil pendant la bataille qui a opposé l'Arcadia aux troupes du duc ?
-Vous êtes sérieux ? S'exclama Stone en murmurant. Kimura est mort pendant l'assaut ?
-Sûr et certain ! Je me suis renseigné et mes indics sont formels ! Le duc a fait espionner les communications pendant le combat et Kimura dirigeait une flottille confiée à son commandement par Harlock ! Aucun n'en a réchappé !
- Ce n'est pas vrai ! Ragea Stone sans pour autant changé de ton.
- Ne me dîtes pas que vous espériez qu'il s'en était sorti ? S'étonna Johnson sur le même ton.
- Je n'en sais rien, peut-être un peu oui, je pensais qu'il serait parti en exil, avoua l'avocat.
- Kimura partir en exil ? En laissant Harlock derrière lui ? Se moqua le photographe. Ces deux-là étaient liés à vie ! Harlock a pris tous les risques pour lui en s'infiltrant chez les aristos et vous avez bien vu le comportement de Kimura au procès ! Il ne l'aurait jamais abandonné ! Je ne pensais que deux hommes pouvaient se lier d'une amitié aussi forte.
- Je sais ! S'exclama Stone excédé en passant nerveusement sa main dans ses cheveux. Est-ce que nos hommes ont repris le creusement des tunnels ?
- Oui et on ferait mieux de s'activer ! De Péhant fera comme Von Kiel, il sacrifiera les civils pour l'emporter ! Notre noyau de Résistants est vraiment très petit ! Est-ce que Kimura aurait laissé des hommes à lui ce qui expliquerait cette étrange intervention ? S'enquit le photographe plein d'espoir.
- Cela m'étonnerait, douta Stone. Il a probablement emmené tous les membres de la Résistance sans compter les combattants dont il était sûr !
- Mais son réseau comportait des millions de personnes ! Rappela Johnson. Il n'a pas pu emmener tout le monde. Il a dû prendre juste ceux qui c'étaient exposés mais les autres sont restés sur place ! Ils pourraient nous rejoindre.
- Ils le feront que s'ils en reçoivent l'ordre venant directement des nouveaux responsables de la Résistance ! Objecta l'avocat. Ensuite pour ce qui est de cette étrange énergie, aucun humain venant de cette portion de la galaxie ne dispose d'une telle technologie !
- Ne me dîtes pas que l'on risque d'avoir un autre ennemi supplémentaire sur le dos ? Se désola Johnson. On serait fichu !
- Ne paniquons pas ! Le calma l'avocat. Depuis cette intervention cette étrange force ne s'est pas manifestée. Il faut que l'on se quitte avant d'éveiller les soupçons ! On se revoit à notre lieu habituel !
Le photographe acquiesça. Milo s'éloigna rapidement pour ne pas être repéré par les deux hommes. Ce qu'il venait d'apprendre l'inquiétait beaucoup. Il termina ses achats puis alla payer. Il sortit ensuite en observant la rue. L'avocat partait sur la gauche, un homme sur ses talons le suivait à bonne distance. Il y avait toujours autant de soldats dans les rues. Milo jeta un rapide coup d'œil avant de reprendre son attitude du début. Il avançait rapidement. Alors qu'il s'approchait d'une ruelle, il entendit au loin les cris d'une femme. Ce n'était pas des cris de colère mais des hurlements de terreur mêlée à des sanglots et des suppliques. Il prit la ruelle, commença à courir afin de rejoindre le plus vite possible le lieu de l'agression. Il arriva dans une impasse où se trouvaient beaucoup de poubelles. Un homme armé d'un couteau commençait à déshabiller la victime qui le suppliait. Milo s'approcha discrètement par derrière, saisit l'homme au cou d'une main et lui fit lâcher son couteau de l'autre puis il le projeta dans les poubelles. L'homme chuta lourdement. Il se releva en colère en grognant, ses yeux injectés de sang paraissaient fous. Milo se plaça devant la femme qui remettait son corsage en pleurant.
- Levez-vous et allez-vous en, conseilla Milo sans la regarder.
-Merci beaucoup monsieur, vous m'avez sauvé la vie, le remerciât la jeune femme sans cesser de pleurer.
Milo en voulant la saluer l'observa, elle allait vraiment très mal. Elle avait quelques coupures plus au moins profondes et des ecchymoses aux bras et du sang coulait le long de sa cuisse. Milo commençait à se dire qu'il était arrivé beaucoup trop tard, l'agresseur ayant eu le temps de faire beaucoup de dégâts.
-Reste ici sale pute ! Beugla l'homme en se jetant sur elle.
Milo fit barrage, l'homme, alors que le chevalier d'or du scorpion lui tordait le bras afin qu'il renonce à s'en prendre à la jeune femme fit tomber le chapeau de Milo en voulant lui donner un coup de poing que le chevalier évita sans problème. L'homme observa ce mystérieux justicier qui s'était mêlé de choses qui ne le regardaient pas. Il résistât mais Milo refusait de lâcher prise tant que la jeune femme n'était pas en sécurité.
- Lâche-moi connard ! Hurla le forcené.
Milo ricana, l'homme ne semblait pas ressentir la douleur pourtant avec la torsion du bras qu'il lui infligeait, il devrait être incapable de bouger ni même de menacer. Son regard fou parlait pour lui.
-Tu as pris une sacré dose de saloperies on dirait ! Se moqua Milo.
-Va te faire foutre trou du cul ! Tu n'as pas idée de qui je suis ! Menaça l'homme. Je fais partie des associés d'Harrison ! Attends que je raconte tout à mon chef et il te crèvera !
- Mon Dieu que j'ai peur, ricana Milo. Il est temps de dormir !
Il le frappa du tranchant de la main au niveau de la nuque ce qui envoya directement l'agresseur dans le pays des rêves. Il lança ensuite le criminel dans le monceau d'ordures en se disant que ce matelas improvisé serait bien suffisant pour ce déchet puis il quitta les lieux d'un pas tranquille. Par sécurité il remit son couvre-chef, la couleur bleu vif de ses cheveux risquant d'attirer l'attention. Il retourna au niveau de l'avenue principale. Il y avait de moins en moins de monde, les habitants se terraient chez eux, dans les caves de leur maison ou de leurs immeubles où étaient improvisés des lieux de survie. Pour Milo ces précautions étaient peines perdues. Aucune cave ne serait assez profonde pour éviter d'être brûlée avec ce qu'il y avait en surface. Il ne comprenait pas pourquoi les gens ne s'enfuyaient pas. Selon toute logique les villes auraient déjà dû se vider de leurs habitants, ceux-ci trouvant refuge en campagne, loin du conflit. Alors qu'il s'approchait de la sortie sud de la cité, il aperçut au loin des troupes qui bouchaient les autoroutes et les routes qui menaient à l'extérieur. Il venait de comprendre, de Péhant, le maître actuel, avait décidé de forcer les gens à continuer de faire comme si tout allait bien. C'était de la folie. Face à ce barrage, pour éviter tout esclandre qui ferait que les deux chevaliers seraient vite repérés, Milo rebroussa chemin pour sortir par l'usine désaffectée. Il accéléra le pas, le soleil était presque couché et le froid mordant commençait à se glisser entre sa veste et sa peau. Arrivé près de la rue qui menait à l'usine, il s'engouffra rapidement entre les hauts murs. Un soldat étonné de voir qu'un homme portant un costume de carnaval aussi élégant se rende dans cet endroit désert décida de le suivre, trouvant cela très suspect. Il le suivit le plus discrètement possible mais Milo dont les sens s'étaient décuplés à cause de son entraînement de chevalier l'entendit et réalisa, en ralentissant à intervalles réguliers avant de repartir à sa vitesse initiale, qu'il était bel et bien suivi. Il monta rapidement au deuxième étage de l'usine où il trouva de grandes caisses en bois derrière lesquels il se cacha. L'homme entra à son tour, le cœur battant de plus en plus vite.
- Mon capitaine, j'ai un individu suspect dans l'ancienne fabrique de moteurs, indiqua-t-il à son supérieur à travers la radio. Je crois qu'il a découvert que je le suivais car il se cache.
-On envoie une patrouille, gardez votre position ! Ordonna le responsable.
Milo observa quelques minutes le soldat puis une fois qu'il se fut assuré que le militaire suivait bien les instructions, il se glissa près de la fenêtre ouvrit l'auvent qui grinça quelque peu puis se faufila à l'extérieur de l'usine
- Je crois qu'il se tire mon capitaine ! Hurla le militaire avant de s'élancer vers la zone d'où venait le bruit.
Le soldat plongea derrière les caisses mais arriva trop tard. Il regarda vers la fenêtre et aperçu au loin un homme qui s'enfuyait mais sa course était bien plus rapide que tous les coureurs surentraînés du Consortium. Alors que le soldat pestait contre la rapidité de cet homme il entendit quelqu'un se racler la gorge derrière. Il se retourna, pâlit en voyant qui se trouvait là et se mit au garde à vous en tremblant. Le duc de Péhant s'approcha, le dominant de toute sa haute stature.
- Où est l'homme ? L'interrogea-t-il.
-Il vient de s'enfuir par la fenêtre votre altesse, indiqua le militaire.
- A quelle vitesse allait-il ? S'enquit le duc.
- Bien plus que notre meilleur coureur. Devons-nous le poursuivre ?
- Inutile, tôt ou tard ils vont vouloir quitter Amos. Nous n'aurons qu'à les suivre jusqu'à leur planète d'origine, affirma Oscar en souriant.
Milo fonça à travers la forêt en s'assurant de ne pas être suivi par les soldats. Il espérait fortement que les arbres empêcheraient les appareils de surveillance de détecter sa présence. Une fois à proximité de la grotte il vérifia derrière lui puis entra rassuré. Les soldats ne le poursuivaient pas mais à présent il en était sûr, tous ses soldats déployés n'étaient pas juste destinés à garder la population au calme, ils devaient aussi rechercher les deux troubles fêtes qui s'étaient permis d'intervenir dans cette guerre. Camus s'était levé et avait préparé le dîner. En voyant le visage inquiet de son ami il comprit que la situation devait être grave. Les deux hommes mangèrent en silence, Camus l'observant du coin de l'œil attendant que le chevalier d'or du scorpion se décidât enfin à se confier.
- Je crois que je sais ce qu'il se passe ici, on peut contacter Athéna dès ce soir, lâcha Milo.
- Si vite ? S'étonna Camus.
- J'ai laissé traîner mes oreilles, nous sommes recherchés, avoua Milo en avalant la dernière bouchée de son steak.
- Ce qui veut dire que l'on ne peut pas quitter la planète et on risque de les avoir sur le dos dans pas longtemps, comprit Camus.
- Avant de présumer de la date de notre départ, il faudrait parler à Athéna de ce qu'il se passe ici, soutint Milo.
Le chevalier d'or du verseau ne protesta pas. Une fois le repas englouti et la vaisselle nettoyée, Camus brancha la radio qui lança son signal à travers l'espace sidéral. Athéna répondit immédiatement. Il faisait nuit noire au sanctuaire mais le sort de ses chevaliers l'inquiétait, aussi dormait elle peu. En voyant la mine soucieuse du chevalier d'or du scorpion elle comprit que la situation était grave. Camus se racla la gorge, bien embêté puis fit son rapport à la déesse sur leur intervention. Celle-ci était abasourdie
-Je vous avais pourtant dis de rester en dehors de ce conflit ! Rappela-t-elle d'une voix blanche.
- Disons que on ne pouvait rester les bras ballants en regardant des dizaines de millions de personnes se faire massacrer, grinça Milo.
Athéna les regarda sévèrement.
-Je comprends votre choix mais à présent nous sommes grillés ! Affirma Saori.
- Il y a quand même du bon, Camus a pu entrer en contact avec son très très arrière-petit-fils, se moqua Milo, vous savez le fameux gardien.
Athéna pâlit quelque peu.
-Vous le saviez n'est-ce pas ? Gronda Camus.
- Comment va-t-il ? S'enquit elle en essayant de reprendre de la contenance
- Il va mal, très mal, s'attrista Camus.
- Est-ce que vous avez pu obtenir des informations sur cette guerre ?
- Je crois mais c'est un peu compliqué et je ne suis pas sûr d'avoir tout comprit, avoua Milo. Il semblerait qu'un groupe de Résistants ce serait opposé au duc de Péhant qui à mon avis doit être un dictateur car le comportement de ses troupes au moment où je suis allé en ville était sans équivoque, Le leader de la Résistance Ryo Kimura aurait été tué lors d'un combat que la Résistance aurait perdu. Combat auquel Harlock aurait participé dans le camp de ce Ryo qui serait son meilleur ami. Il semblerait aussi que tout le monde pense qu'Harlock est mort alors qu'il est prisonnier. Il y a aussi une guerre qui opposerait deux dictateurs désireux de se voler des territoires Von Kiel et de Péhant.
- Et les Mazones ? Intervint Shiriyu qui venait d'arriver après une course effrénée à travers les temples du zodiaque.
- Je n'ai rien sur ces femmes, désolé, s'excusa Milo. Que faisons-nous ?
- Vous restez sur cette planète, décida Saori. Faîtes vous faire des faux papiers, vous ne repartirez que quand les choses se seront tassées un petit peu…Essayer de localiser le gardien et trouver des informations sur ces femmes. Le départ sera fixé à dans deux mois.
- Et pour la population ? Insista Milo. Il y a une nouvelle Résistance qui s'est mise en place on pourrait entrer en contact avec elle.
- Vous ne devez pas vous impliquer dans ce conflit pour le moment ! Insista Saori. La situation est beaucoup trop dangereuse.
- Mais on pourrait au moins entrer en contact avec eux, ils doivent savoir exactement ce qu'il se passe, suggéra Camus.
- Très bien, céda Saori. Vous avez une piste ?
- Peut-être, supposa Milo. Le hic c'est que je l'ai laissé filer.
- Comment comptes-tu le retrouver, alors ? Se moqua Shiriyu
- Ça va le dragon ! Je dois dire que tous ces militaires m'ont rendu un peu nerveux. Sans compter qu'il était suivi, les dictateurs doivent déjà le soupçonner.
- Mais ils ne l'ont pas encore arrêté, c'est qu'ils ne sont sûrs de rien, rappela Camus.
- Oui, où ils peuvent juste attendre qu'il les mène au noyau important, ricana Shiriyu.
- D'après ce que j'ai compris ils ne sont pas très nombreux et il semblerait que beaucoup de membres de la première Résistance seraient partis.
- Ils ont quitté cette portion de la galaxie ? S'étonna le chevalier du dragon. Pourquoi ?
- Pour revenir en force plus tard, je suppose, proposa Camus.
- Éviter les contacts dangereux, intima Saori. On ne peut se permettre que cette menace arrive jusqu'à notre planète ! N'entrez pas en contact avec cette petite Résistance cela ne servirait à rien ! Vous attendez les deux mois, vous récupérez le plus d'informations possible puis vous rentrez !
Les deux chevaliers s'inclinèrent. Si Athéna se montrait si prudente ce n'était pas sans raison. Le lendemain, à la nuit tombée, Camus et Milo quittèrent le vaisseau. Le chevalier d'or du verseau mit en route le bouclier occultant puis les deux hommes coururent jusqu'à la ville. Ils entendaient au-dessus de leur tête les patrouilles volantes du duc. Camus, pendant que les deux hommes restaient à couvert le temps du passage des vaisseaux, observa les différentes armoiries. Il fut surpris en constatant qu'autant de familles aristocratiques issues de la Terre étaient encore présentes à cette époque. Il reconnut certaines des armoiries. Les vaisseaux étaient vraiment gigantesques, ils disposaient de douzaines de canons de gros calibres et ils étaient escortés par des appareils plus petits envoyés en éclaireur. Une fois la caravane suffisamment éloignée les deux hommes se ruèrent vers la ville. Ils sautèrent le haut mur de l'usine puis bondirent sur le toit de celle-ci en faisant attention à ne faire aucun bruit et en veillant à correctement se cacher des regards des soldats qui patrouillaient dans les rues. Ils bondirent de toit en toit. Il leur fallait quitter le centre-ville pour arriver dans les bas-fonds de la cité, seul endroit où ils étaient certains de trouver du trafic en tout genre. Ils arrivèrent une heure plus tard. Étrangement la police et l'armée étaient absentes de cette zone ce qui fit sourire les deux hommes. Les époques avaient beau changer certaines choses restaient identiques. Cela allait leur faciliter la tâche. Milo et Camus descendirent au niveau de la rue afin de se mêler aux passants étrangement plus présents que dans le centre-ville. Malgré les dangers les trafics se poursuivaient toujours ce qui était logique. Beaucoup de riches hommes d'affaire, piégés dans cette cité pouvaient avoir envie d'oublier le risque de se faire massacrer le lendemain en prenant des dogues fortes, d'autres pouvaient avoir envie de s'amuser avec de jolies filles payées pour les distraire et beaucoup de gens désireux de survivre devaient chercher à se procurer des armes, des explosifs et toutes sortes de matériels illégaux. Dans la rue où ils avaient atterris, un trafiquant d'armes avaient quasiment pignon sur rue. Il y avait beaucoup de voitures garées avec des personnes à l'intérieur. Les véhicules étaient secoués par moment violemment à cause d'une certaine activité rémunérée qui se faisait à bord. Les occupants ne semblaient d'ailleurs pas inquiets que les passants entendent et assistent à ce qu'il se passait. Les deux chevaliers observaient le quartier tout en déambulant. Ils finirent par trouver ce qu'ils cherchaient en tombant par hasard dans une ruelle sombre. Un homme tenait négoce de papiers d'identité falsifiés. Alors qu'ils s'approchaient un des clients ayant terminé sa transaction s'enfuit à toute jambe. L'homme regarda vers eux agacé.
- Cassez-vous les mecs, vous faîtes foirez mon business, se plaignit le revendeur.
-Vous faites des faux-papiers ? S'enquit Camus.
- Pas du tout je vends de la Crazy Sex, affirma le vendeur en sortant des petits sachets remplis d'une poudre blanche.
- Ce n'est pas ce que vous avez vendu à cet homme, objecta Camus.
- Bien sûr que si messieurs ! Soutint l'homme inquiet. Je ne vends que de la Crazy Sex !
- Est-ce que c'est de la drogue ? L'interrogea Camus
- Oh oui mon joli ! S'exclama le vendeur joyeux. De quoi te faire grimper aux rideaux avec ton petit copain toute la nuit !
- On n'est pas amant, répliqua Milo. De plus j'ai très bien vu deux jeux de papiers avec le même nom.
- C'est exact, appuya Camus. Edouard Pech écrit sur chacun d'eux mais avec deux logos différents. Pourquoi refusez-vous de nous faire des faux papiers ?
- Je ne sais pas mais vu comme vous êtes bâtis vous ressemblez plus à des soldats d'élites du Consortium qu'au péquin moyen ! Révéla le vendeur.
- Mais nous ne sommes pas des soldats nous avons besoin de papiers d'identité pour pouvoir vivre discrètement ici en attendant que les choses se tassent, avoua Camus.
- Vous êtes recherchés ? S'étonna le vendeur.
- Non, mais avec cette guerre, comme on ne sait pas qui va gagner on préfère prendre nos précautions et se faire faire des faux papiers au logo du vainqueur que ce soit de Péhant ou Von Kiel, bluffa Camus
- Comme tous les habitants de l'ancien Consortium, ricana le vendeur.
- Dites-moi, pourquoi affirmez-vous vendre de la drogue ? S'étonna Milo. Les sanctions sont moins fortes ?
Le vendeur éclata d'un rire franc et sonore.
-Oh bon sang ! Vous n'êtes pas du coin vous ! Remarquez, vu votre mise vous devez être des beaux quartiers et vous venez vous encanaillez ici à cause de la guerre. La Crazy Sex est produite par les aristos que ce soit Von Kiel ou de Péhant ! Ça leur a servi à faire construire tous les beaux vaisseaux qui vont nous massacrer dans pas longtemps. Par contre le trafic de papiers c'est la prison à vie en temps de paix et le peloton d'exécution en temps de guerre. Si les flics me voient à fourguer de la dope ils ne disent rien mais si ils me prennent à vendre ces trucs je suis marron, expliqua le vendeur en montrant une liasse de faux papiers vierges. C'est dix mille crédits par jeu les mecs !
- Ça nous va, accepta Camus.
- Vous n'essayez même pas de négocier ? S'étonna le vendeur soupçonneux.
- On n'a pas vraiment de temps à perdre en palabres inutiles, je ne pense pas que vous baisserez votre prix, par les temps qui courent vous êtes en position de force, se justifia Camus.
- Ça c'est ce que j'appelle de la sagesse ! Sourit le vendeur. Venez avec moi. Les papiers doivent être faits dans une imprimerie très spéciale.
- C'est là où il y a aussi les planches à billets je suppose, glissa Milo à Camus en riant légèrement.
Cette remarque fit sourire le chevalier d'or du verseau. Le vendeur passa devant eux à travers les rues, les deux chevaliers le suivant mais avec prudence. Les deux hommes venaient d'avoir des renseignements supplémentaires sur la situation dans laquelle se trouvait toute l'humanité. Ils parcoururent à travers les rues glacées un kilomètre de bitume gelé. Le vendeur s'arrêta devant la porte d'un entrepôt dans lequel il entra après avoir invité les deux hommes de la main à le suivre. Milo et Camus ricanèrent. Ils se demandèrent sur le coup s'ils avaient l'air si naïfs. Ils entrèrent en souriant. Dès qu'ils eurent passé le pas de la porte quatre hommes leur tombèrent dessus à bras raccourcis. Les deux chevaliers se doutant qu'ils allaient devoir faire face à un charmant comité d'accueil s'étaient préparés et rendirent coup par coup les attaques de leurs adversaires tout en évitant celles-ci. Lorsqu'une lumière crue envahit brusquement l'entrepôt, les quatre agresseurs étaient à terre et le vendeur réfugié auprès de son patron. Il y avait plusieurs hommes tous portaient des costumes sombres seul le responsable portait un costume bleu ciel. Tous avaient des battes de base-ball destinées à éclater le crâne de toutes personnes qu'ils jugeraient dangereuses ou très riches. Milo et Camus firent face calmement.
- Un de mes associés vient de me dire que vous vouliez des papiers mais il a oublié de vous préciser, qu'en plus des dix milles crédits pour le support papier, il fallait ajouter une taxe de cent mille crédits supplémentaires liés aux frais d'impression et à la préparation de la puce d'identification sous-cutanée.
Cette affirmation fit éclater de rire les deux hommes. Vraiment les choses n'avaient pas changé d'un poil en plus de mille années.
-Je vois que vous ne prenez pas les choses au sérieux, Cyril, Matthew, donnez une bonne leçon à ces deux messieurs, éclatez leur, leur belle petite gueule !
Les deux hommes qui étaient bâtis comme des armoires à glace approchèrent dans le but d'en découdre ce qui fit ricaner les deux chevaliers d'or qui les accueillirent goguenards. Excédés les deux mafieux chargèrent avec leur batte mais leurs adversaires esquivèrent le coup tout en les frappant durement dans les abdominaux que les deux mafieux pensaient avoir en acier. Ils s'écroulèrent au sol, Milo et Camus les achevant d'un bon coup sur le crâne qui les envoya au pays des rêves pour quelques heures.
- Butez-les ! Hurla le responsable au reste de ses hommes en désignant les deux clients récalcitrants.
L'ensemble des associés chargea les deux hommes qui s'esclaffèrent en les voyant foncer à l'abattoir, leur chef restant soigneusement en retrait avec le vendeur qui commençait à trembler. Le combat fut vite fini au grand désarroi du responsable du groupe qui tenta de fuir par la porte dérobée qui était dissimulée par des caisses. Milo les devança, se plaçant devant le montant de la porte, leur bloquant la sortie pendant que Camus arrivait tranquillement derrière eux. Milo saisit le responsable à la gorge, le souleva de terre puis le colla contre la cloison. L'homme dont le visage fut placé à la hauteur du chevalier d'or du verseau pu ainsi admirer les prunelles glacées bleu nuit.
- Et si nous discutions prix à présent, proposa Camus. Vu comme vous avez maltraité vos deux nouveaux clients vous pourriez nous offrir une réduction, histoire de vous faire pardonner.
-Je vous remercie de m'accorder le droit de me rattraper, se réjouit faussement le responsable en tremblant. Je vous fais cadeau des frais d'impressions et de puces.
- Et si on disait plutôt une réduction de cent pour cent sur la totalité du service, insista Camus en souriant. Cela vous servira peut être de leçon.
- Ce sera avec joie, vous pourriez demander à votre copain de me faire redescendre ? Trembla le responsable.
Milo pour toute réponse le lâcha. L'homme s'écroula lamentablement sur le sol. Il se releva effrayé en tentant de rajuster sa mise en espérant pouvoir donner le change et récupérer un peu de sa gloire passée. Suivis par les deux chevaliers il retourna vers le centre du hangar où se trouvait une série de tables emplies d'objets, recouverte d'une bâche en toile qu'il souleva, aidé par le revendeur. Les deux chevaliers virent une série d'écrins, une imprimante étrange dont la technologie leur était inconnue ainsi qu'un ordinateur destiné vraisemblablement à programmer les puces.
- Voilà Messieurs, donnez-moi les noms et d'ici quelques minutes vous aurez des identités parfaites que personne ne prendra pour fausses, les invita l'homme en souriant.
Camus eut un ricanement moqueur. Milo s'empara du responsable, le repoussa à bonne distance des appareils et en fit de même avec le revendeur. Tandis qu'il les surveillait du coin de l'œil, Camus se mit à l'ouvrage en allumant l'ordinateur. Il s'assit dans le fauteuil installé en face de l'écran et commença étudier le programme. Même le système d'exploitation ne ressemblait à rien qu'il connaissait, il était assez intuitif et permettait au néophyte de s'y retrouver dans ce dédale de programmes inconnus pour les deux chevaliers. Camus prépara les papiers en utilisant leur prénom comme nom de famille, choisit deux prénoms au hasard puis imprima les papiers et programma les puces. Une fois l'opération terminée, il fouilla un peu plus l'ordinateur. Il rit franchement en trouvant un programme qui allait ruiner la petite affaire des mafieux. Il le lança. Un compte à-rebours de quelques secondes s'afficha puis le noir envahit l'écran. Des millions de lignes de codes commencèrent à défiler à toute vitesse. Le chevalier d'or du verseau se leva, récupéra les papiers d'identité fraîchement imprimés ainsi que les deux puces cutanées. Il regarda ensuite les deux mafieux en souriant.
- Je suis désolé mais je crois que j'ai cassé votre ordinateur, s'excusa faussement Camus. J'espère que vous aviez un logiciel de sauvegarde.
En entendant cela le responsable pâlit en se jetant sur l'ordinateur. Le programme destiné à formater le disque dur une centaine de fois en cas de risque d'intrusion de la police avait été lancé et ne pouvait être arrêté. D'ici quelques minutes le disque dur de l'appareil serait complètement vide, ruinant l'activité très lucrative de ce petit groupe. Les deux chevaliers quittèrent l'entrepôt en riant. Il leur fallait à présent trouver un logement pour les deux prochains mois. Ils finirent par trouver un petit immeuble où la concierge leur indiqua qu'un appartement était libre. Lorsque les deux hommes lui indiquèrent qu'ils voulaient emménager ensemble, elle les regarda un peu suspicieuse, grinça quelque peu des dents puis devint tout sourire lorsque Camus lui mit quelques beaux billets sous le nez. Par ces temps de crise, il ne fallait pas faire la fine bouche. L'appartement comportait deux chambres et un salon. Il était meublé, propre, bien entretenu et les commodités confortables. Cela leur suffisait amplement aussi, congédièrent ils la concierge qui reçut un nouveau pourboire.
Le lendemain matin, ils regardèrent à travers la fenêtre pendant plus d'une heure pendant laquelle ils observèrent les passants. Le choix d'un quartier pauvre s'était imposé de lui-même lorsqu'ils avaient réfléchis à la situation à laquelle ils se trouvaient. Ils allaient devoir réunir le plus d'informations possible pendant le temps d'attente imposée par Athéna. Après le petit déjeuner, Milo proposa à Camus de revivre son contact avec le gardien grâce à une méthode de décontraction. Camus avait donné très peu d'informations, le contact avait été trop bref mais en se concentrant et en revivant ce qu'il s'était passé il pourrait peut-être donner plus de détails Le chevalier d'or du verseau était installé confortablement sur le canapé du salon où il respirait profondément. Milo s'était installé en face de lui pour l'interroger.
- Bien, continu à respirer profondément, conseilla Milo. Est-ce que tu es revenu au niveau des flammes ?
Camus opina du chef.
-Très bien, qu'est-ce que tu fais ? L'interrogea Milo.
- Je me concentre…La chaleur est intense, révéla Camus progressivement. Le mur de flammes est énorme…Je vais devoir utiliser toute mon énergie…Je pousse ma cosmo énergie au maximum… Je me sens flotter…
Camus restât ensuite silencieux pendant plusieurs minutes. Son pouls s'accéléra quelque peu.
-Je sens la présence de quelqu'un, indiqua Camus.
- Parfait concentre toi sur cette présence, souhaita Milo. Tu lui as transmis un message mais est-ce que tu as eu accès à ses pensées ?
- Je ne sais pas, avoua Camus. Il est triste….On le garde prisonnier…Il y a une femme qui occupe ses pensées, elle le terrifie…Elle est grande, très pâle, elle a de long cheveux noirs…C'est la reine….Sylvidra…La reine des Mazones…
Camus après cela ouvrit brusquement les yeux, son cœur battant la chamade. Il avait froid et tremblait comme une feuille.
-Est-ce que j'ai dit quelque chose de grave ? S'inquiéta Camus en voyant le regard triste de son ami.
- Disons que c'est un peu angoissant, avoua Milo. Les Mazones seraient donc ici et leur reine aurait Harlock comme prisonnier. Elle s'est battu contre lui de nombreuses fois, pourquoi garde-t-elle en vie un être si dangereux pour son peuple et ses désirs de conquêtes ?
- Très bien il y a donc quatre groupes politiques, le Consortium, le groupe de Von Kiel, le groupe de de Péhant et les Mazones…Et Sylvidra a Harlock entre ses mains et le fait souffrir. On n'est pas plus avancé.
- On sait qu'il est entre les mains des Mazones, rappela Milo.
- Mais pas où, affirma Camus. Je l'ai senti près d'ici mais il n'était pas sur cette planète. Il est temps de passer à la pêche aux infos et pour ça on va se faire embaucher dans les usines du coin !
Les deux hommes descendirent dans la rue afin de trouver une entreprise qui fournissait de la main d'œuvre journalière bon marché aux entreprises de la région. Alors qu'il traversait une rue déserte à cette heure de la journée, ils eurent la surprise de voir apparaitre devant eux une trentaine d'hommes dont l'attitude était tout sauf amicale.
-Oh-oh ! S'exclama Milo en reconnaissant l'homme qu'il avait un peu bousculé la veille.
- Des amis à toi ? Sourit Camus.
-Possible, j'ai eu quelques petits soucis hier avant de te rejoindre, avoua Milo.
-A ce que je vois tu n'as pas tardé à te faire de nouveaux amis, se moqua Camus.
- Tu me connais, je suis un gars très sociable, sourit Milo.
Les hommes de main armés de couteaux, de battes de baseball et certains mêmes d'armes à feu s'arrêtèrent à quelques mètres des deux hommes qui ne bougeaient pas, observant ce groupe hétéroclite. Il y avait le junkie que Milo avait molesté la veille, son chef probablement et beaucoup d'hommes de main venus jouer les durs face à deux hommes sans armes.
- Regardez-moi ce charmant petit couple, se moqua Le chef. Allez approches mon mignon, je vais te montrer de quoi est capable un mec, un vrai !
Tout en disant ces mots le chef désignait Milo de sa batte. Le chevalier d'or eut un rire d'incrédulité.
-Tu ne me prends pas au sérieux ? Se vexa le chef. Tu vois cette batte je vais te l'enfoncer dans ton trou du cul après avoir essuyé mes bottes sur ton derche !
- Tu entends ça mon chéri cet individu veut ma faire de la violence, roucoula Milo avec une voix efféminée en regardant Camus. Montre lui ce qui en coûte de vouloir me molester.
-Je ne voudrais pas te faire de peine mon lapin mais tu vas devoir te débrouiller tout seul ! Refusa Camus en souriant.
- Tu n'es qu'une chiffe molle ! T'as pas de couilles ! Puisque c'est comme ça je te quitte ! L'invectiva Milo.
Le chevalier d'or du verseau avait du mal à s'empêcher de rire. Le gang avait dû se renseigner auprès de la concierge de leur immeuble et celle-ci ayant mal interprétée les choses leur avait donné des informations quelque peu erronées. Milo lui tira la langue, le snoba et se dirigea vers le chef du gang en marchant de manière assez féminine tout du moins ressemblant plus ou moins à la démarche d'une fille. De le voir marcher ainsi, lui rappela une certaine soirée bien arrosée, organisée avec les chevaliers divins et quelques chevaliers d'argent où les cerveaux avaient finis embrumés par l'alcool et où avait été lancé un défi idiot qui consistait à un concours au chevalier masculin qui ferait le mieux la fille. Ils s'étaient servis de draps pour se confectionner des robes et s'étaient amusés à défiler sur un podium. Le meilleur chevalier pseudo-fille devant être couronné reine de la soirée. Le problème étant qu'ils n'avaient pu élire le grand vainqueur car l'alcool avait eu raison de leur conscience et ils s'étaient tous retrouvés à s'endormir pour cuver le trop plein que les foies avaient du mal à distiller. Le lendemain, ils avaient été réveillés par une Saori, une Junon, une Shaina et une Marine qui riaient aux éclats en voyant leur dégaine. Camus n'avait jamais vu Ayor rougir autant face à une Marine qui lui faisait des œillades coquines le trouvant très à son goût dans sa pseudo mini-jupe que le chevalier tenta de rallonger en tirant dessus tout en s'éclipsant, horriblement embarrassé.
Milo ondulait du popotin tout en s'approchant du chef qui le regarda avec dégoût
-Je vais te défoncer ! Ça t'apprendra à attaquer un de mes gars pour lui voler la came que je lui avais confiée !
-Tu as raison grand fou, j'ai été une très très vilaine fille ! Donne-moi une bonne fessée ! L'invita Milo en lui faisant un clin d'œil.
Camus mit sa main devant sa bouche pour cacher le sourire qui inondait son visage, prélude au fou rire qui menaçait d'éclater à tout instant. Le chef regardait abasourdi cet homme qui ne semblait pas comprendre ce qui entendait par « défoncer ». Sans lui laisser le temps de réfléchir, Milo se jeta sur lui en l'embrassant fougueusement. Camus n'y tenant plus s'éloigna en riant. Après un long moment, Milo rompit le baiser et lança à la cantonade :
- Votre patron embrasse divinement bien !
-Mais qu'est-ce qu'il raconte ce con ! S'exclama le chef horrifié tout en crachant au sol pour se nettoyer la bouche de ce contact. Eclatez lui la gueule !
Les hommes se jetèrent sur lui mais Milo retrouvant son sérieux en tua trois rapidement en leur brisant les cervicales puis élimina deux autres qui tentaient de le prendre à revers. Les hommes ne s'attendant pas à une telle résistance battirent en retraite mais Milo les élimina un par un, gardant le drogué et son chef pour la fin. Le chef tira sur cet homme que rien ne semblait atteindre. Il paniqua complètement lorsqu'il constata que celui qui aurait dû se trouver à la place de la victime semblait aussi capable d'éviter les tirs. Milo s'approcha rapidement, l'attrapa par le cou et lui brisa la nuque avant de lancer dans la benne à ordure où le drogué le rejoignit après avoir subi le même sort. Milo retourna ensuite auprès du chevalier du verseau qui avait observé la scène les mains dans les poches de sa doudoune bleu ciel.
- Tu n'aurais pas un bonbon par hasard, ce gars avait une haleine de chacal ! Se plaignit Milo.
Camus ne répondit pas se contentant de tendre à son ami une douceur à la menthe en riant. Les deux hommes quittèrent ensuite la rue pour poursuivre leur recherche. Le jour même ils trouvèrent une agence qui les envoya travailler au spatioport charger les vaisseaux de guerre en provisions de bouche réquisitionnées auprès des fermes et des usines agroalimentaires au détriment de la population qui se retrouvait avec de moins en moins de victuailles à mettre dans son assiette.
