Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.
Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.
TREIZE :
« Un homme d'état est celui qui pense aux générations futures,
Et un homme politique est celui qui pense aux prochaines élections. »
— Abraham Lincoln.
Assise à table, Sakura contempla son Chicken-Bacon-Onion, un hamburger à plusieurs étages. D'aussi loin qu'elle se souvienne, elle n'avait jamais eu l'occasion de manger ce genre de plat, dans l'Autre Monde. Des frites, ça oui. Des sodas, passe encore. Mais des nuggets de poulet et des hamburgers, jamais. Les ramens de chez Ichiraku lui manquèrent soudain plus que jamais.
Un regard en direction de Shikamaru lui assura qu'il en était de même pour le jeune homme. Le pauvre avait l'air un peu perdu, coincé entre Pain et Neji, ayant en face de lui une Ino plutôt détendue. Visiblement, personne ne semblait former de petits groupes lorsque tout le monde se réunissait. C'était assez étonnant, par conséquent, de voir les deux blonds et le Hyûga discuter paisiblement des prochaines vacances.
— Ils sont un peu bruyants, n'est-ce pas ?
La rose aurait sursauté si elle n'avait pas senti la chaleur d'un corps se rapprocher d'elle le plus doucement possible. Ses réflexes ninjas, ceux qu'elle avait passé des années à aiguiser et qu'elle parfaisait depuis qu'elle était arrivée dans cet univers, lui firent tourner la tête si rapidement que ses vertèbres craquèrent dans sa nuque. La jeune femme grimaça et passa ses doigts sous ses cheveux. La lueur verte n'attira l'œil de personne, sinon celui de son meilleur ami attentif. La douleur reflua sagement.
— Un peu, admît-elle.
Le garçon lui adressa un sourire contrit, présentant silencieusement ses excuses au nom de tout le monde.
— Je suis Gaara No Sabaku, le frère de Temari, que tu as déjà rencontrée et de Kankûro, qui discute avec Sasuke et Shino, là-bas.
Sakura haussa un sourcil et d'un regard, constata qu'effectivement, les trois susnommés formaient un groupe de discussion auquel se rajoutait parfois Kiba pour caler un argument ou une connaissance. L'étudiante peignit avec soin une expression surprise sur ses traits, en tendant la main vers l'ex kazekage.
— Sakura Haruno, enchantée. C'est toi qui revient des États-Unis ?
Les États-Unis étaient apparemment un pays dans lequel il y avait d'autres pays, avec des régions dans chacun d'eux, et qui formait, en associant tout cela, la première puissance de ce monde, militairement, économiquement et politiquement. L'histoire de ce continent, avait été parcourue rapidement par la jeune ninja, assez pour qu'elle comprenne que les anciens esclaves qui avaient peuplé ces terres avaient pris une puissante revanche sur l'Histoire et ses dérives. Sakura souhaitait à tous les peuples de connaître un essor tel que celui des États-Unis.
— En effet, c'est moi. Je reviens de Floride, et plus précisément de Jupiter, là où il y a une branche de l'Institut de recherche de Scripps*.
Sakura songea à faire semblant de comprendre ce dont lui parlait le jeune homme, mais renonça finalement en pinçant les lèvres.
— Je dois t'avouer que je ne sais pas du tout ce qu'est l'institut de recherche de Scripps.
Le rouquin eut un rire détendu en s'appuyant contre le dossier de la banquette. Le grand groupe avait obtenu l'autorisation de l'enseigne dans laquelle ils étaient pour déplacer plusieurs tables et en faire une seule et unique, très grande. Ils avaient également déplacé les banquettes, permettant ainsi aux employés du restaurant de nettoyer plus en profondeur leurs anciens emplacements. C'était une occasion à saisir, après tout.
— J'aurai été étonné, si tu m'avais affirmé le contraire.
Alors heureusement qu'elle avait choisi l'honnêteté, pour une fois. Elle qui était une parfaite petite menteuse, il lui manquait quelques informations de base pour parfaire ses histoires, ici. Autant en apprendre autant qu'elle le pouvait.
— L'institut de recherche de Scripps est un centre de recherche biomédicale spécialisé dans la biologie et la chimie. Ils ont implanté leurs établissements au bord de la mer, la plupart du temps, parce que comme beaucoup d'enseignes de recherche et de scientifiques, ils considère qu'il y a beaucoup de ressources à tirer des océans. On connaît bien moins leur écosystème et leur fonctionnement que ceux de la terre ferme ou de l'air. Par conséquent, il y a beaucoup de progrès technologiques et écologiques à faire en lien avec le milieu océanique et maritime.
Les océans… Dans l'Autre Monde, Sakura n'avait jamais su ce qu'il y avait, de l'autre côté. Son univers s'était résumé à une terre résolument plate et définie par des frontières que les ninjas ne franchissaient pas eux-mêmes. La carte était déterminée depuis longtemps et plus personne ne cherchait à étendre les terres. Ces grandes étendues méconnues renfermaient-elles alors autant de secrets que Gaara prêtait à celles de ce monde ? La question éveilla la curiosité de la jeune femme.
— Et tu penses pouvoir faire de grandes découvertes ?
Le rouquin se pencha en avant et prît, dans sa propre boîte en carton, un nugget de poulet qu'il trempa dans une sauce blanche avant de le gober.
— Honnêtement, si ce n'est pas moi, ce sera un autre évidemment, mais il y en aura forcément. L'océan est notre avenir. Le problème écologique de nôtre planète ne sera pas réglée par les puissances publiques de la génération de nos parents ou de celles qui sont entre la leur et la nôtre. Personne ne fera rien parce que les mentalités ne sont pas encore assez sensibilisées. Et quand un jeune prend la parole, comme Greta Thunberg, et qu'il ou elle est suffisamment médiatisé pour être entendu par la majorité, alors cet individu est tourné en ridicule, soupçonné d'être manipulé par des adultes pensant à sa place ou sexualisé. Comme si nôtre génération ne pouvait pas penser par elle-même !
Sakura cligna des yeux plusieurs fois, légèrement perdue, à nouveau. Qui était Greta Thunberg ? Et pourquoi le problème écologique semblait si grave qu'elle percevait comme une certaine urgence dans la voix du jeune frère de Temari ?
— Alors évidemment, je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit Greta Thunberg, ni sa médiatisation, il faut nuancer. Mais je pense qu'à l'image de nôtre génération et de celle qui nous suit, elle pense par elle-même. Les filles et jeunes femmes, ainsi que les jeunes hommes qui sont en ce moment à l'université et au lycée se battent contre les injustices misogynes, sexistes, transphobes, homophobes et xénophobes parfois véhiculées plus par les administrations qui les entourent ou par les adultes que par leur groupe. Il ont des tas de revendications, et on les ressent de plus en plus. Quand je regarde les étudiants et les lycéens qui nous entourent, je me dis qu'on est en bonne voie pour laisser plus tard à nos enfants un monde plus tolérant. Parce que notre génération est à la recherche d'un équilibre où chacun pourra faire ce qu'il veut, parce que les autres n'en auront plus rien à battre. Tout comme les tabous sur les règles, le sexe et la vie intime se délient progressivement. Tout est encore à faire, et il y aura toujours des cons partout, mais les gens commencent à se bouger le cul et les jeunes s'impliquent.
Alors. Sakura ne connaissait pas du tout ce que Gaara définissait comme étant « leur » génération. Elle n'avait d'ailleurs pas du tout le sentiment d'appartenir à cette génération pleine de revendication dont il lui parlait. Elle n'était même pas de ce monde, pour l'amour du ciel ! Néanmoins, les questions soulevées par le mot « sexisme » l'intéressaient tout particulièrement. Cela dit, elle avait l'impression que si elle énonçait à voix haute ses interrogations, elle aurait le droit à nouveau à tout un laïus sur les combats de ce monde.
— Mais pour en revenir à ce que je disais au tout début, le problème écologique sera sûrement réglé par notre génération ou la suivante. Par exemple, on démocratisera sûrement de nouvelles formes de substitut de plastique, pour réduire les pollutions océaniques engendrées par cette matière. Les alliages à base d'algues sont en bonne voie de développement et bientôt, on aura peut-être des bouteilles faites d'algues. C'est ce que je veux trouver : par le biais de la biologie marine, je veux explorer le fond des océans pour trouver des alternatives aux problèmes écologiques majeurs. D'autres trouveront peut-être de nouveaux carburants renouvelables pour remplacer le pétrole et l'essence, et je l'espère.
Le jeune homme marqua une pause dans son récit, pour boire une gorgée, et se redressa.
— En vérité, les problèmes écologiques que je t'ai énoncés, sont un sujet qui importe beaucoup à la majorité des étudiants que tu vois là. Pour la plupart, ils aimeraient bien donner une dimension nouvelle aux métiers qui les attend.
Gaara pointa en premier le trio qui discutait devant eux, à savoir Sasuke, Shino et Kankûro.
— Sasuke, en filière commerciale, voudrait développer une nouvelle plateforme de e-commerce mettant en relation des particuliers avec des professionnels autour d'eux, qui seraient des artisans, des petits producteurs, des fabricants de produits locaux ou employant de la main d'œuvre de la région, afin de promouvoir l'emploi et les circuits courts. Il associerait cela avec une société de transport de chaque région ou département autour, pour avoir des livraisons aussi rapides que celles d'Amazon, par exemple.
« Shino, lui, avec ses études d'entomologie, croit fermement à la nourriture à base d'insecte dans les cinquante prochaines années. La consommation excessive de viande de toute sorte est en partie l'une des raisons pour laquelle l'humanité épuise les ressources d'une planète et demie chaque année. Les chercheurs ont démontré que la nourriture à base d'insectes pourrait être une véritable alternative.
« Ensuite, tu as Kankûro, qui suit un cursus de mathématiques appliquées. Il aimerait beaucoup travailler avec des architectes des métropoles et mégalopoles du monde afin de construire des capitales et capitales économiques et sociales dans lesquelles chaque espace serait optimisé. Nous sommes actuellement sept milliards et demi sur la planète, et c'est un chiffre qui risque de doubler dans les trois ou quatre prochaines décennies. Il va falloir nourrir et loger tout ce monde, qui de plus en plus, déserte les campagnes pour le mode de vie citadin. Il croit fermement en l'idée de jardins partagés, d'échange d'électricité issue de panneaux photovoltaïques placés sur les façades des buildings et immeubles, ou encore de champs établis sur les toits et balcons. À vrai dire, il y en a plusieurs dans le groupe qui seraient ravis de construire cet univers avec lui.
« Neji, par exemple, a été le premier à le suivre dans cette idée. Il ne savait pas trop quoi faire, et sa matière forte au lycée était les mathématiques, alors il a choisi ce cursus sans trop penser à ce qui viendrait après. Quand Kankûro lui a parlé de ses projets, innovations, et concepts, il a immédiatement adhéré. Ils travailleront probablement ensemble, plus tard.
« Zetsu et moi pourrions totalement les aider. Je cherche énormément de nouveaux matériaux à développer et qui proviendraient de la mer, mais Zetsu en cherche également depuis la terre ferme. Il aimerait justement développer de nouveaux modes de transports, moins coûteux en énergie et moins polluants, ou alors constituer de nouveaux carburants éco-responsables. Personnellement, je compte d'abord mener mes recherches de mon côté avant de m'impliquer dans un projet de modélisation quelconque, et je sais que Zetsu aussi, mais il serait formidable que nos découvertes puissent servir leur projet.
« Kisame et Naruto pourraient servir aussi, afin de s'assurer que tous les projets développés correspondraient à la préservation des écosystèmes et modes de vie des animaux, puisque les villes vont s'étendre et prendre de plus en plus de terrain aux espèces sauvages. Naruto fait des études d'anthologie appliquée et voudrait être zoologiste, et Kisame voudrait être dans l'anthologie marine. Ils ont d'autres priorités avant de s'ajouter au projet de Kankûro et les autres, comme le braconnage ou les élevages en batterie, mais ils auront sûrement leur pierre à apporter à leur édifice.
« Ensuite, tu as Sai, Deidara et Sasori. Ils sont tous les deux dans le domaine de l'art. Sai a une imagination impressionnante, qui pourrait définitivement changer l'aspect esthétique et pratique des objets du quotidien, des immeubles ou des meubles. Il invente toutes sortes de designs pour rendre la vie plus pratique, et en fait pléthore de croquis. Deidara a une visions disons… plus explosive. Le Japon se situant sur une faille sismique à l'activité régulière, il cherche à travers son art, des matériaux de plus en plus solides et résistants qui pourraient être ajoutés au Grand Projet et ainsi constituer des infrastructures plus résistantes aux catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes sur la surface de la Terre. Sasori quant à lui, cherche un autre aspect dans sa matière artistique. Il cherche le plus naturel possible, particulièrement en ce qui concerne le bois. Il cherche comment rendre son art plus pérenne et ce, sans toxicité ou multitude de rajouts chimiques et polluants, comme les vernis inflammables ou déversés dans les mers et océans chaque année.
« Et ensuite, pour passer rapidement sur les projets moins définis, Temari, qui fait aussi des études de commerce, rejoint l'idée de Sasuke et aimerait l'appliquer au mieux au mode de vie citadin, Pain en sciences politiques aimerait développer une diplomatie plus efficace à travers des échanges moins tendus et une certaine unification des intérêts des nations en entrant à l'ONU, où il pourrait promouvoir le Projet du Groupe. Kiba voudrait développer une médecine animale plus respectueuse et moins stressante pour les animaux. Il s'aiderait de Kisame, Naruto et Shino pour cela.
« Ino et Tayuya aimeraient développer une marque de vêtements, accessoires et décorations de maison qui serait plus respectueuse du bien-être animal, de l'environnement et en circuit court, avec des pièces s'intégrant à la culture de la région concernée. Tayuya pense encore à s'orienter en cosmétologie pour apporter cet aspect à ce secteur, également. Itachi en droit international et Kakuzu en droit fiscal pourraient apporter des contributions d'une manière semblable à Pain, et sinon le reste, Tobi fait du théâtre, Hinata et Konan suivent des études de lettres, Choji de langues, Karin a réussi le concours pour devenir orthophoniste, Tenten est en sport-étude avec Lee, et Izumi est en BTS banque, et Shisui est entré dans l'armée l'année dernière.
« Et voilà, je crois que j'ai fait le tour. Je tiens cependant à préciser que tout le monde n'a pas forcément trouvé comment marquer la Société à venir, mais que ce n'est pas pour autant qu'ils n'ont pas à cœur les problématiques de nôtre monde. Peut-être que les filles en lettres deviendront des journalistes engagées, prêtes à aller sur le front exposer les scènes du monde entier ? Chacun suivra sa voie sans peur d'être jugé par les autres. Je sais par exemple que Izumi, Choji et Karin aspirent à une vie tranquille et rangée, sans devoir s'investir cinquante heures par semaine dans des projets plus grands qu'eux. C'est leur vision du bonheur et de la réussite, et c'est tout aussi beau, je trouve.
Sakura s'accorda quelques secondes pour songer à tout ce que venait de lui dire Gaara. Concrètement, le jeune homme venait de lui parler de redessiner le monde, presque à eux tout seuls, en s'impliquant dans toutes les branches nécessaires. S'il lui avait dit que son cousin Sasori s'était lancé dans la menuiserie juste pour combler un manque de connaissance du groupe dans le domaine, elle n'en aurait pas été étonnée pour un sou ! La jeune femme grimaça. Elle avait spontanément pensé au marionnettiste nukenin comme à « son cousin ».
Indulgent, son interlocuteur la laissa se perdre dans ses pensées. Il comprenait bien que les gens soient étonnés par la façon qu'avait le Groupe, d'investir son avenir, de l'imaginer et de se battre pour lui. C'était d'ailleurs une chose qui rendait leurs parents fiers d'eux. Et eux-mêmes pouvaient se vanter d'être en accord avec eux-mêmes, avec leurs ambitions et avec leur propre fierté.
— Prends le temps d'y penser, rassura l'ex Kazekage.
Sakura pinça à nouveau les lèvres et soupira en croisant les bras. Le concept était difficile à appréhender, pour elle. Maintenant qu'elle y pensait, ce monde semblait bien plus construit que celui d'où elle venait. La géopolitique, l'économie, l'Histoire, la sociologie de ce monde semblait être des domaines bien plus ancrées et bien plus complets que celles de l'Ancien Monde. Pourtant, à bien y réfléchir, son monde avait également ses travers, quoi que différents, et elle ne chercha pas à s'y attarder.
Peut-être qu'en fait, en tant que ninja, en tant qu'arme de politicien dont elle écoutait à peine les paroles, elle n'avait pas été formée pour réfléchir aux enjeux de ses actes et de ses missions comme pouvaient l'être les jeunes de ce Nouveau Monde. Après tout, elle avait quitté l'Académie à douze ans, et durant ses années là-bas, on lui avait appris un code d'honneur préétabli, une Histoire racontée par les vainqueurs, et rédigée par son village. On ne lui avait pas appris quelles étaient les causes des guerres, mais ce qu'avaient fait les vainqueurs, et combien Konoha avait été grande durant les affrontements. On n'y avait pas fait d'elle un soldat, on avait fait d'elle une arme. En tant qu'arme, elle s'était peu à peu détachée de la réalité qu'avaient les civils dont la seule défense résidait dans le fait de se tenir au courant des décisions politiques. Elle, elle n'avait pas appris à questionner, mais à frapper.
En fait, ce n'était pas que ce Nouveau Monde avait des racines plus profondes que le sien, c'était seulement qu'ici, on lui permettait de remonter tout leur ramage. Et ici, on lui demandait de penser, non d'agir bêtement et aveuglément.
Dans ce monde, en tant qu'exploitée par un gang, elle était considérée par la justice, selon Fugaku Uchiha, comme étant un « enfant soldat ». Le nom était suffisamment explicite pour qu'elle comprenne. En tant que nouvelle résidente de cet univers, elle avait compris une chose : les enfants devaient être protégés au maximum, afin de préserver leur innocence, leurs rêves et de les laisser se construire d'eux-mêmes. Il y avait des dérives, évidemment, mais les gens ici faisaient tout pour les protéger légalement. Dans son monde, être un enfant ne protégeait ni de la mort, ni des ninjas, ni des secrets. Dans son monde, les enfants n'avaient pas le droit de prendre leur temps. Il fallait grandir, et vite, tuer, mentir, tromper, torturer. Il fallait être un adulte à onze ans.
Sakura envia les alter égos de ce monde. Ils avaient eu des temps d'une douceur candide, là où elle avait connu des heures sombres.
L'image d'une main tatouée du nom d'un animal s'imposa à elle. Même ici, on ne lui avait pas accordé de répit. La jeune femme ravala un sanglot, et se redressa.
— C'est beau, d'imaginer construire le monde à son image, mais n'oublie pas que les gens qui y vivront pourraient ne pas être d'accord avec votre vision des choses. Intéresse-toi à la collapsologie, ça pourrait vous servir à vous ancrer dans la réalité.
Gaara grimaça à son tour. Le ton avait été doux, même un peu rêveur, comme si la jeune femme devant lui n'était pas complètement sortie de ses pensées, mais la remarque avait été piquante. Heureusement, contrairement à certains d'entre eux, comme Kisame et Kankûro, il n'était pas particulièrement susceptible malgré l'importance de ce Projet dans leur vie. Il avait conscience que la critique les emmènerait plus loin, soulèverait des problèmes auxquels ils n'avaient pas forcément pensé.
— La collapsologie ?
Sakura avait trouvé le concept dans un livre de la bibliothèque de Yoshino. Elle l'avait dévoré en deux nuits blanches et s'en était donné à cœur joie. Le principe était simple en soi, mais englobait tant de problèmes différents, qu'elle n'avait su en saisir toutes les subtilités.
— Oui. C'est un courant de pensée qui étudie l'effondrement de la civilisation industrielle et ce qui pourrait lui succéder, quand, comment, par quelles causes et avec quelles conséquences. Tu devrais te renseigner là-dessus en lisant les livres du conférencier français Pablo Servigne. Il explique très bien les choses dans ses ouvrages et les interviews de lui sont très instructives.
Gaara acquiesça. Il retint le nom dans un coin de sa tête, et laissa tomber son dernier nugget de poulet lorsque sa sœur aînée l'appela à l'autre bout de la table. Le jeune homme se leva et alla la rejoindre en secouant la tête, répondant à l'étreinte qu'elle lui réclama lorsqu'il fut près d'elle. La jeune ninja pouvait comprendre. Son frère était parti longtemps, après tout.
— Alors ? Tu t'intègres ?
Sakura retint un soupire en entendant la voix de son voisin de droite.
Itachi.
Encore.
— J'ai discuté avec Gaara, j'ai échangé quelques mots avec Hinata et j'ai découvert que Kiba est très bavard concernant ses études et son chien, avoua-t-elle néanmoins.
Le grand brun acquiesça en silence et but une gorgée de son Coca-Cola®. Elle évalua l'expression de son visage pendant quelques secondes. Les yeux bleus du Lion se reflétèrent dans ceux de l'étudiant l'espace d'une seconde, et Sakura sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. L'illusion disparut aussi vite qu'elle était apparue. Elle se força à respirer calmement et sans perdre sons sang froid, et croqua enfin dans son hamburger froid.
— Quoi ? J'ai quelque chose sur le visage ?
Itachi haussa un sourcil. Il était en froid avec la jeune femme depuis les premiers mots échangés entre eux, mais il ne ressentait aucune rancœur ou mesquinerie à son égard. Il se fichait bien qu'on l'aime ou non, il avait suffisamment d'amis pour se détacher des gens extérieurs.
— Non. Écoute, je sais que je n'ai pas été super avenante ou gentille avec toi. Pour être honnête, je suis en tension chaque fois que je te vois. C'est une chose que je ne contrôle pas, mais… exactement comme Temari rappelle à Shikamaru quelqu'un qu'il a perdu, tu me rappelles quelqu'un qui m'a fait énormément de mal. Bien plus que tu ne pourrais le soupçonner. C'est une personne qui a poussé celui que j'aimais à tenter de me tuer. Au final ils se sont entretués et je n'ai pu en sauver aucun.
Le grand brun haussa les deux sourcils cette fois, franchement étonné. C'était sûrement la première fois que Sakura était pleinement franche avec lui. Peut-être même la dernière. Néanmoins, avec ce qu'elle venait de lui avouer, il pouvait tenter de se mettre à sa place. Lui aussi avait une personne qu'il aimait du fond du cœur. Deux, même, puisque son frère était un peu le centre de son monde, le gamin qu'il s'était promis de protéger.
— Je suis désolée de te balancer ça comme ça, mais considérant mon attitude, je préfère que tu saches. Tu m'as présenté tes excuses, et je n'ai même pas été foutue de les accepter. J'ai été froide, et même dédaigneuse, alors que ce n'est pas du tout dans mes habitudes. Il est temps que je fasse preuve de maturité et que je reconnaisse mes tords. Je te présente mes excuses.
Un sourire étira les lèvres du grand frère Uchiha. Il hocha la tête.
— Je suis désolé pour la perte que tu as connue. Toutes mes condoléances. J'accepte tes excuses et te présente à nouveau les miennes. Repartons de zéro, tu veux ? Je suis Itachi Uchiha, le grand frère de Sasuke. Enchanté.
La rose se fendit à son tour d'un sourire amusé, et joueuse, décida de le taquiner gentiment.
— Sakura Haruno. Alors c'est toi, le fameux grand frère qui fait des chocolats chauds pour ses amis et son frère à quatre heures du matin ?
— Il était trois heures du matin déjà, et je crois me souvenir que tu es celle qui ne voit pas à deux pas devant elle avant d'avoir bu un café quand elle se lève. D'ailleurs, j'estime que c'est quelque chose que tout le monde mérite de voir. Que dirais-tu de venir, avec Shikamaru évidemment, à la soirée qu'organise le Groupe vendredi soir ? Si tu n'as pas peur de finir dans le caniveau et de mettre deux jours à décuver, tu es la bienvenue.
— Ne me sous-estime pas, tu veux ? sourît la rose.
— Jamais, voyons. Nous allons seulement fêter votre passage de rescapés à étudiants.
Itachi craignit un instant d'avoir fait une blague allant trop loin, ou intervenant trop tôt, mais Sakura leva son gobelet d'ice tea.
— Nous viendrons. Aux études.
L'étudiant ricana et colla son verre contre le sien, trinquant avec elle avant tout le monde.
— À votre nouvelle vie.
*L'institut de Scripps existe réellement et a effectivement une branche à Jupiter, en Floride.
Chapitre toujours pas corrigé. En fait, je ne l'ai même pas relu. Peace !
