Aloooooooooors, je vous ai manqué ? Confinement saison 2 ! Vous savez ce que ça veut dire ? Je vais essayer d'écrire pour passer le temps héhé !
J'ai déjà pris une résolution pour 2021 : essayer de terminer cette histoire qui a deux ans ! J'abuse tellement. Je suis désolée. Mais je fais durer le plaisir… [*essaie de se trouver des excuses*] Non mais vous savez que j'ai perdu toutes mes sauvegardes alors je dois TOUT réécrire (un vrai plaisir) et j'avoue avoir manqué de motivation, mais depuis quelques temps je m'y remets sérieusement. Croisons les doigts!
J'vous laisse avec ce chapitre ! (On se retrouve en bas héhé)
Prenez soin de vous. La bise.
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Chapitre 13
Prends mon cœur mais surtout garde-le
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Elle ne saurait mettre de mots sur ce qui avait changé. Les choses, bien sûr, n'étaient plus comme avant. Elle avait rompu son serment de fidélité en trompant son mari. Bella ne savait pas vraiment ce qu'elle ressentait à ce propos. Elle évitait toujours d'y penser et quand finalement cela lui traversait l'esprit, elle ne ressentait rien.
Et lui, avait changé aussi. Depuis l'épisode avec les roumains. C'était un changement tellement infime qu'elle ne le remarqua pas tout de suite. Mais un matin, elle s'était réveillée seule, dans leur lit. Il restait toujours à ses côtés jusqu'à ce qu'elle se réveille, d'habitude. Elle avait à peine eu le temps de s'étirer que son regard chocolat était tombé naturellement sur la silhouette assise sur une chaise, près du lit. Il était tout habillé, et jouait distraitement avec une rose rouge qu'il apportait quelque fois à son nez. Il la regardait doucement et elle se demandait encore aujourd'hui à quoi il avait bien pu penser. Il lui avait tendu la rose.
« C'est cliché... » avait-elle murmuré, mal-à-l'aise, mais néanmoins touchée par l'intention.
« Ça l'est » avait-il convenu en douceur. Il s'était levé pour lui donner la fleur, « L'amore è una rosa »
Elle n'avait pas besoin de connaître l'italien pour comprendre ses paroles. Il avait simplement quitté la pièce sans attendre de réponse.
La fleur trônait toujours sur une des deux tables de chevet, dans un petit vase finement sculpté.
Leur voyage touchait à son terme, et rien de concret n'était ressorti de leurs recherches. Aro était moins assidu dans sa tâche. Elle ne pouvait s'empêcher de le remarquer. Elle le trouvait souvent en train de la fixer, même à la bibliothèque. Elle n'osait pas lui dire de se concentrer.
Finalement, des idées folles étaient nées dans son esprit.
Ils n'avaient jamais vraiment parlé de ce qu'ils étaient, l'un pour l'autre. Ou à demi-mot. La situation était trop compliquée pour s'engager, peut-être. Ou alors, étaient-ils lâches tous les deux.
Ce n'était pas une relation uniquement physique. Il y avait quelque chose d'autre entre eux. Bien sûr, elle était amoureuse de lui. Elle le savait, mais ne lui avait jamais dit. Les sentiments d'Aro étaient cependant compliqués à discerner. Il était un homme plein de contrastes. Très lunatique, en fait. Il passait du rire à la tristesse en quelques secondes. La vraie cause de cette mélancolie restait cependant un mystère.
Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle avait voulu lui avouer ses sentiments. Mais l'ombre d'Edward planait toujours au-dessus d'eux pour lui rappeler qu'elle n'avait pas le droit de l'aimer.
Ce jour-là, comme tous les autres jours, ils étaient à la bibliothèque. Ils étaient censés repartir à Volterra dans deux jours. Bella commençait sérieusement à paniquer par le manque de résultats flagrants de leurs recherches.
Elle soupira doucement, ne prenant même pas la peine de lever pas la tête de son livre, « Qu'est-ce que tu regardes ? »
Ils étaient toujours assis à la même table, l'un en face de l'autre. Depuis quelques minutes, elle sentait son regard sur elle. Il était impossible de l'ignorer plus longtemps.
« La lumière dans tes yeux. »
Bella releva doucement la tête vers lui, rencontrant son regard malicieux. Aro souriait.
« Tu es belle. »
Elle soupira lourdement, reportant son attention sur l'ouvrage en face d'elle, « Non, je ne le suis pas. »
« Ton mari ne t'a jamais dit à quel point tu étais belle ? »
« Si, mais je ne le croyais jamais. Pouvons-nous revenir à ce qui est important ? »
« Je t'ai vexé. Pardonne-moi. »
Il reporta son attention son propre livre.
« Tu ne m'as pas vexé. Tu es juste distrait. »
« Il semblerait, en effet, qui tu aies le don me distraire. » admit-il.
Bella releva la tête, « Je te distrais ? », elle secoua négativement la tête, de dépit, « Tu es juste...argh…exaspérant. »
« Je suis aussi incroyablement gentil et charmant. » dit-il en relevant la tête vers elle, « Je veux t'embrasser. »
« Non, non, non. » dit-elle en fermant son livre. Elle essayait vainement de paraître sévère mais un sourire traître naissant déjà sur ses lèvres, « Tu vas choquer les moines. »
« Au diable les moines »
Elle cligna plusieurs fois des paupières, « Je pense que cela porte malheur de jurer dans la maison de Dieu »
« Nous sommes dans une bibliothèque, pas dans une église » fit-il remarquer.
« Une bibliothèque tenue par des serviteurs de Dieu. »
« Est-ce important ? » demanda-t-il, visiblement ennuyé par cette conversation, « De toute façon, je suis déjà damné. » il ferma un peu brutalement l'ouvrage pour le mettre au sommet d'une petite montagne de livres « On peut difficilement faire plus damné que moi »
Se saisissant d'un autre livre, qu'il ouvrit, il replongea dans sa lecture tout en désignant brièvement la pile d'ouvrages « J'en ai terminé avec ceux-ci »
Bella regarda la montagne de livres, désespérée. Ils avaient feuilleté la plupart des ouvrages et documents de l'Index. Et le seul petit renseignement qu'ils avaient trouvé était le contrendu du procès de l'homme de 1970. Ce qui était fort peu.
Elle se pinça nerveusement la lèvre inférieure, « Je ne comprends pas... »
Il leva les yeux vers elle, « Quoi ? »
« Virginia avait dit que les réponses étaient à Rome. Mais il n'y a rien dans tous ces livres. Rien du tout. »
Aro la regardait en silence, méditant ses paroles. Elle avait besoin qu'il la rassure. Qu'il lui dise qu'ils allaient bientôt trouver quelque chose. Qu'elle pourrait retourner dans son siècle, même si elle avait de plus en plus envie de rester ici pour toujours.
« Peut-être qu'elle ne parlait pas des livres, Isabella. »
La jeune femme fronça les sourcils, « De quoi parlait-elle dans ce cas ? »
« Peut-être qu'elle parlait d'un travail plus...intérieur. »
Bella le regardait fixement.
Non, pensa-t-elle, non, ne fais pas ça.
Aro se pencha légèrement en avant pour lui prendre délicatement la main, « Es-tu sûre de vouloir rentrer ? »
Les mots étaient à peine prononcés qu'elle se dégageait un peu trop violemment de sa prise. Elle le contempla longuement, horrifiée par ses paroles.
« Bien sûr. »
« Isabella » commença-t-il calmement, « Tu m'as dit que tu n'étais pas heureuse. Ici, tu sembles l'être. »
Elle voulait le frapper. Parce qu'il ne comprenait pas. Lui qui savait lire dans les pensées des gens avec une telle facilité n'arrivait pas à la comprendre, elle.
« Ce… ce n'est pas ce siècle qui me rend heureuse. » répondit-elle brusquement.
« Alors qu'est-ce que c'est ? »
C'est toi, imbécile.
Elle se leva brusquement, consternée, et commença à faire les cent pas devant la table. Ce qu'il faisait n'était pas correct. Il la prenait par les sentiments pour la faire changer d'avis. Pour la pousser à rester.
Elle finit par s'arrêter devant lui, le dominant de sa hauteur. La table les séparait.
« Imaginons que je reste. Que fait-on d'Edward ? »
Aro plissa le nez de dégoût à l'évocation du Cullen, « Quoi, Edward ? »
« C'est mon mari. »
« Tu l'aimes toujours ? »
« J'ai de l'affection pour lui, Aro. Il est mon premier amour. Je ne peux disparaître comme ça, sans donner de nouvelles. Le laisser espérer. Ce n'est pas juste. »
« Ce n'est pas ce que je t'ai demandé. Je t'ai demandé si tu l'aimais toujours. »
Son ton était glacial et cassant, comme si...
« Tu es jaloux ? » demanda-t-elle, consternée par cette idée.
Il rit sombrement, « Alors, voilà. La jalousie est à rajouter à la longue liste de mes défauts. Est-ce vraiment étonnant ? »
« C'est toi qui m'a fait une leçon sur la jalousie, il me semble. »
« J'ai dit qu'il n'y avait pas à être jaloux des morts. Ton gentil petit mari n'est pas encore né. »
« Aro. » tempéra-t-elle doucement en levant les mains devant elle, « Je ne peux pas lui faire ça. Et nous ne pourrons pas être pleinement ensemble si je suis toujours mariée à lui. »
« Bien sûr que si. Ça s'appelle le concubinage. » répliqua-t-il immédiatement, « Sans compter que ton mariage n'a aucune valeur dans ce siècle. »
« Le concubinage... C'est vraiment ce que tu veux ? »
Il baissa brièvement les yeux, ses lèvres se pincèrent doucement et sa mâchoire se crispa, « Je m'en contenterai. »
Bella secoua négativement la tête en se rasseyant, « Pas moi. Aro, s'il te plait. Essaie de comprendre. J'ai fait un serment devant Dieu. »
« Qu'est-ce que Dieu vient faire dans toute cette histoire ? Tu es croyante maintenant ? » demanda-t-il brutalement en relevant les yeux vers elle.
« Non. Mais…j'ai rompu la plupart des promesses que j'ai faites devant l'autel. La fidélité. L'amour, dans le meilleur comme dans le pire, jusqu'à ce que la mort nous sépare. »
« Et alors ? »
« Et alors, ça me dérange. Je suis une parjure. Je ne peux pas aussi être quelqu'un de lâche. Je dois rentrer pour régler tout ça. Ensuite, nous verrons. »
Ce fut au tour du roi de se lever brusquement, « Je vois. »
« Aro, ne fais pas ça, s'il te plait. Tu dois comprendre- »
« Mais je comprends, ma petite fleur. » lança-t-il un peu violemment, « Je comprends que tu veuilles rentrer pour mettre de l'ordre dans tes affaires. Tu ne me dois rien, après tout. »
« Je suis désolée » dit-elle en le regardant se saisir d'ouvrages afin de les ranger, « Mais nous ne pourrions pas être ensemble, Aro. »
« Ah ? »
« Tu es...Tu es... »
Il lui lança un regard assassin, « Je suis ? »
Les épaules de Bella s'affaissèrent brusquement, « Tu es le roi des vampires. Et je suis juste une petite humaine. »
« Pourquoi me mens-tu ? Je suis un despote. Un manipulateur. Un tueur. Un monstre. Là est le vrai problème, n'est-ce pas Bella ? »
C'était la première fois qu'il l'appelait ainsi. Bella. C'était toujours Isabella, d'habitude. Elle avait appris à aimer son prénom grâce à lui. Alors l'entendre dire "Bella" avec tant de hargne la fit presque sursauter.
Néanmoins, elle ne fut pas impressionnée très longtemps, même si la fureur de l'homme était évidente. Elle se contenta de le regarder droit dans les yeux.
« Aro... » commença-t-elle.
Mais il renifla avec dédain, « Ne te fatigue pas. Laisse-moi être égoïste et de mauvaise foi. J'ai une réputation de monstre sans cœur à tenir.»
Il se détourna avec tous les livres.
Elle avait mal au cœur à l'idée qu'il puisse penser de telles inepties. Oui, elle voulait le suivre et l'étreindre de toutes ses forces. Mais ses jambes refusaient de la porter. Et ses yeux suivirent l'homme aimé jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière les étagères.
Il voulait qu'elle reste.
Même si cette idée éclairait leur relation d'une lueur nouvelle, elle ne pouvait pas céder. Elle devait rentrer. Pour mettre fin à son mariage, mais aussi pour retrouver ses parents.
Soupirant, elle tira devant elle le livre qu'il avait ouvert et commença à le feuilleter en silence. La calligraphie et les enluminures de la page étaient belles. L'ouvrage datait sans doute du Moyen-Âge. Elle ne parlait pas le latin. Mais elle en avait tellement lu, qu'elle commençait à connaître quelques mots, du moins, ceux qui pouvait l'aider à résoudre son problème. Alors, quand une page consacrée aux Tempus itinerantur se dressa soudainement devant ses yeux, elle se figea. Elle tourna plusieurs pages et se rendit vite compte que cinq d'entre elles étaient consacrées aux voyages dans le temps, soit un chapitre entier. Son cœur bondit dans sa poitrine.
Des bruits de pas l'alertèrent qu'Aro revenait. Quand il arriva à sa hauteur, elle leva les yeux et montra l'ouvrage du doigt.
« Aro, j'ai besoin que...tu me traduises ces pages. »
Debout au niveau de la table, il la regardait d'un air détaché et peu concerné. Un soupir infime franchit ses lèvres sombres.
« Non. »
Bella se figea. Son rythme cardiaque s'accéléra. Et ses yeux bruns, consternés, étaient rivés sur son visage d'ange, alors qu'elle prenait conscience de sa réponse et de ce que ça impliquait.
« Si. »
« Non. »
« Mais tu n'as même pas jeté un coup d'œil à- »
« Je l'ai lu. » déclara-t-il calmement, « Et ce moine ne raconte que des conneries.»
« Ça, c'est à moi d'en juger ! »
« Et depuis quand ? »
Elle se leva pour lui faire face, se saisit du livre et contourna la table pour le rejoindre. Arrivée à sa hauteur, elle plaqua l'ouvrage contre son torse, « Traduis. » ordonna-t-elle froidement.
Aro le lui arracha des mains pour le balancer violemment sur la table. Il la dominait d'une tête au moins. Peut-être plus. Ce qui était sûr, c'est qu'il la surpassait très largement en force et qu'elle ne pourrait rien faire pour le forcer s'il ne voulait, en effet, pas traduire le chapitre.
« Non. »
Elle pouvait sentir la colère bouillonner dans sa poitrine. Bien que consciente de son infériorité, Bella ne saurait contenir plus longtemps son exaspération.
« Quel est le problème ? Ce stupide livre, ou le fait que je ne veuilles pas rester à tes côtés ? » lança-t-elle froidement, « Je sais que tu n'es pas habitué à ce qu'on te refuse quelque chose, mais tu ne peux pas disposer de moi ainsi. Je ne suis pas ton objet. Tu n'as aucune revendication sur moi ! Alors, tu vas me faire le plaisir de traduire ces pages, maintenant. Car que tu le veuilles ou non, je vais repartir, avec ou sans ton aide !»
Elle pouvait sentir sa propre fureur répondre à la sienne à présent. Et elle fut loin d'être impressionnée quand son visage d'ange, figé par la colère, se pencha lentement vers elle « Je ne suis pas ton gentil petit mari soumis au moindre de tes désirs » siffla-t-il en retour, crachant les mots avec un venin qu'elle ne connaissait pas. Pourtant, elle l'avait déjà vu énervé. Mais cette colère allait bien au-delà de tout ce qu'elle avait vu jusqu'à maintenant. C'était personnel. « Tu penses réellement que tu peux me parler comme ça ? Trouve-toi un autre traducteur. »
Quand elle le vit s'éloigner de la table, sa colère augmenta d'un cran.
« Tu n'as aucune parole ! » cria-t-elle, sur ses talons, « Aucun honneur ! », elle se saisit de son bras l'obligeant à se retourner vers elle.
« C'est la femme infidèle qui me parle d'honneur ? », sa voix douce était du poison. Un poison qu'il avait, d'une manière ou d'une autre, injecté en elle, et qui se frayait un chemin vers son cœur, « Tu dois être fière de toi. Tu n'en as pas berné un, mais deux. Je m'en veux de m'être laissé avoir par une femme qui a si peu d'amour-propre. »
Bella se figea à l'insulte.
Alors, elle fit la seule chose sensée à cet instant.
Elle le gifla de toutes ses forces, se broyant la main au passage.
Le bruit de la claque résonna bruyamment dans l'édifice.
Cette gifle brisa leurs rêves et extermina l'amour.
Elle avait frappé l'homme qu'elle aimait. Plus tard, elle en serait mortifiée. Elle le regretterait horriblement, oui. Mais à cet instant, seule la fureur parlait.
La tête d'Aro avait pivoté vers la droite, par la violence du geste. Il la retourna vers elle après un moment de silence. Ses yeux, rouges à présents, meurtriers étaient sur elle. Il ouvrit la bouche pour parler, mais elle le devança.
Les larmes aux yeux, et dominée par sa colère, elle ne put s'empêcher de dire :
« Je te déteste. Si les gens racontent toutes ces choses sur toi, c'est qu'il y a bien une raison. Un fond de vérité. Tu es effectivement un être égoïste et manipulateur, Aro Volturi. Et je souhaiterai ne t'avoir jamais rencontré. Tu avais vu juste, cependant, on peut difficilement faire plus damné que toi. »
Elle regretta ses mots dès l'instant où ils sortirent de sa bouche.
Elle ne sut mettre de nom sur l'émotion qui traversa le visage du roi. Cette émotion dura moins d'une seconde, et disparut aussitôt. Il dégagea brusquement son bras.
« Vous en avez assez dit, Madame. » répondit-il froidement, « Je m'en voudrais de vous imposer plus longtemps mon immonde présence. »
Il tourna les talons et quitta la bibliothèque sans se retourner.
Bella se transforma en statue humaine pendant de longues, d'interminables, minutes. Puis elle commença à trembler, et fut saisit de sanglots incontrôlables. Ses jambes menaçaient de se dérober sous son poids, elle dut prendre appui sur le rebord de la table en bois pour se stabiliser.
Comment de tels mots avaient pu sortir de sa bouche ? De leurs bouches ?
oOo
Après ça, elle avait rangé les livres et était rentrée à l'appartement, pour le trouver bien évidemment vide. Elle se roula en boule dans le lit qui avait abrité leur passion éphémère, se raccrochant désespérément aux draps encore imprégnés de son parfum.
Tout le reste de la journée, elle chercha les bons mots à dire, quand il rentrerait. S'il rentrait. La pluie s'écrasait contre la vitre de la chambre.
Elle attendit une bonne partie de la nuit.
Il ne revint pas.
Elle s'endormit d'épuisement avec cette pensée douloureuse.
Il l'avait abandonnée.
oOo
Elle se réveilla d'un sommeil sans rêves, au petit matin.
Il pleuvait. Encore.
Bella essuya ses joues, couvertes de larmes séchées. Elle se leva avec difficulté.
Elle le vit. Près de la fenêtre du salon. Il regardait la pluie tomber. Ses lèvres avaient un pli grave.
Elle voulut se jeter sur lui. Le serrer contre elle. Lui hurler qu'elle ne pensait pas un mot de ce qu'elle avait dit. Et lui dire qu'elle l'aimait.
Puis elle vit le collier des Volturi pendre autour de son cou.
Il l'avait enlevé le jour de leur arrivée, pour ne pas être reconnu.
Et elle comprit.
« Tu rentres à Volterra... »
Ce n'était même pas une question. C'était une tragique évidence.
Il ne répondit pas.
Il ne la regardait pas.
Bella ouvrit la bouche, prête à tout déballer quand il parla enfin. Mais ce n'était pas les mots qu'elle espérait entendre.
« J'ai traduit les pages du livre. » Il désigna du menton, un petit dossier posé délicatement posé sur la table basse, « Tout est dedans. »
Bella s'approcha prudemment de lui. Elle avait peur de parler, de le toucher. Il était si différent...si distant. Si froid.
« Merci » murmura-t-elle en arrivant en face de lui.
Il hocha brièvement la tête, se détournant d'elle sans un regard, comme si la moindre proximité était insupportable, « Nous rentrons à Volterra. La voiture nous attend. »
Elle voulut s'approcher de nouveau, mais il leva une main autoritaire pour l'arrêter avant même qu'elle n'ait commencé le geste, « Aro... » dit-elle doucement, « Je voudrais m'expliquer… Je suis désolée.»
Enfin, il la regarda. Il avait la même expression fermée qu'hier, quand elle lui avait déballé toutes ces horreurs. Le regard était le même également et semblait dire '' Ôtez cette chose-là de ma vue. C'est hautement toxique. Ça ne peut me causer que du tort.''
Pendant un instant, ils ne firent que se regarder en silence. Il avait une moue. De dégoût presque. Bella se recroquevilla intérieurement.
« Tu as pris ta décision. Il n'y a rien à expliquer. » répondit-il d'une voix monotone, sans émotion. Il regarda un peu autour de lui, « Tout ce que ces murs ont pu entendre, tout ce dont ils ont été témoins doit être oublié. Nous n'en reparlerons plus jamais.»
Bella vacilla légèrement, choquée par son déni. Elle ne répondit rien dans un premier temps. Il semblait vouloir la provoquer. La blesser. Un juste retour de choses. Elle n'arrivait même pas à lui en vouloir.
Elle se sentait toujours sous le couvert de ce regard rouge rancunier, qui attrapait le sien l'espace d'une seconde, puis se posait sur sa bouche qu'elle mordillait nerveusement de l'intérieur.
« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Isabella, je ressens des choses. J'éprouve des émotions. »
« Je sais. » assura-t-elle dans un murmure.
« Vraiment ? » demanda-t-il, un peu plus sèchement, « Cette idée te paraissait pourtant dérisoire hier. »
Sa respiration se figea et ses mains serrèrent la jupe de sa robe. Elle sentait le non-retour. Sa vue fut troublée par les larmes. Elle n'avait plus aucune contenance. Elle était juste un paquet de souffrance à l'état pur. Elle crut même, l'espace d'un instant, qu'elle allait s'effondrer au sol à l'état liquide, comme un œuf qu'on casse. Il n'aurait qu'à passer la serpillière pour la faire définitivement disparaître.
Folle de douleur, Bella trouva néanmoins la force d'ouvrir la bouche pour parler.
« Les mots ont dépassé ma pensée. C'était une erreur ! » Sa gorge était si serrée que le souffle passait à peine. Elle donnait un effort surhumain pour s'exprimer correctement. « Je suis dé- »
« Tais-toi. Tu as raison. C'était une erreur. Tout était une erreur. Inutile de partir dans des débats passionnés ou des excuses pathétiques. Nous rentrons. »
Elle tenta un dernier regard, mais il ne lui rendit pas. Il se détourna et quitta la pièce sans un mot de plus.
Elle était dévastée.
Fort heureusement, elle était pourvue d'une épine dorsale qui maintenait dans un ordre à peu près approprié toute cette confusion de chair, de sang et d'os qui ne demandait qu'à s'étaler sur le parquet. Elle courra jusqu'à leur chambre et s'arrêta. Étrangère à tout ce qui l'entourait, elle regardait son environnement sans le voir.
Il semblerait que ce soit un adieu.
oOo
Le voyage se fit dans un silence mortel. Plus d'une fois, elle songea à parler. Meubler le silence. Mais elle savait que toute initiative serait reçue froidement. Il ne lui ferait l'aumône de rien.
Sa seule distraction fut les pages de ce livre, traduites par Aro. En les feuilletant, elle sut qu'elle était perdue à tout jamais. Sa seule consolation était la calligraphie familière de l'homme silencieux en face d'elle.
Les pages laissaient entendre que les voyages dans le temps étaient une fantaisie. Que les gens qui prétendaient venir du futur étaient des affabulateurs, des fous qu'il fallait enfermer. Pourquoi était-elle surprise ? Ce document datait des années 1200 où l'Eglise contrôlait tout, surtout l'écriture.
Elle eut la nausée en songeant qu'elle s'était disputée avec lui pour ça. Une vulgaire propagande catholique.
Le trajet jusqu'à Volterra durait une journée, en calèche. Mais depuis quelques jours, la météo était mauvaise. Le vent soufflait fort, et faisait paniquer les chevaux pour un rien. Les averses n'arrangeaient pas leur situation et rendaient les routes peu praticables, à cause de la boue.
La nuit était à peine tombée, quand le ciel d'Italie se mit à gronder au dessus de leur tête. Bella qui somnolait légèrement, se réveilla en sursaut. Elle écarta la montagne de couverture qui la protégeait de l'humidité et se frotta les yeux.
L'intérieur de la voiture était plongée dans une semi-obscurité angoissante. Une seule petite lanterne était allumée, suspendue à un crochet, au dessus de la banquette d'Aro. Ce dernier lisait, imperturbable.
Un éclair illumina le ciel. Le cœur de Bella bondit dans sa poitrine. Elle écarta le rideau de la vitre, observant les cieux, anxieuse.
Tout commence et tout se termine par un éclair. Il suffit juste de le vouloir.
Les mots de la vieille comtesse revenaient en boucle dans sa mémoire.
Bella était dans une impasse. La situation lui paraissait insurmontable. Elle n'arrivait plus à savoir ce qu'elle désirait réellement. Partir. Ou rester. Rester avec lui ? Non, il la détestait à présent. Repartir alors, pour retrouver un époux qui allait aussi la haïr pour ce qu'elle avait fait.
Un énième éclair transperça le ciel, suivit d'un grondement effrayant. Les chevaux hennirent en cœur et partirent au galop. Le cocher leur hurlait des ordres en italien.
Aro avait relevé les yeux de son livre et observait le paysage défiler à grande vitesse.
L'irrégularité du terrain faisait trembler l'intérieur de la voiture. Bella s'accrochait à ce qu'elle pouvait pour ne pas tomber. C'était comme si le chemin était parsemé de petits trous. Tout était très instable.
Elle chercha à dire quelque chose, mais au même moment, une dernière secousse bouscula le carrosse, et il y eut un craquement de bois plutôt inquiétant. La seconde suivante, la voiture se stoppait brutalement et Bella se retrouva littéralement éjectée de sa banquette. Avec très peu de grâce, elle percuta la poitrine d'Aro de plein fouet et vit quelques étoiles. Ses deux bras furent autour d'elle en quelques secondes, la stabilisant. C'était bon d'être contre lui de nouveau, même si il était toujours en colère.
Mais ça ne dura pas.
Il l'écarta vivement. Ses yeux noirs balayèrent son visage, pour vérifier les dégâts. Quand il eut la confirmation qu'elle allait bien, il l'écarta et sortit de la voiture sans un mot.
Magnifique ! Se dit-elle en tenant son front douloureux.
Dehors, des éclats de voix retentirent. Celles d'Aro et du cocher. Les mots en italiens défilaient à une vitesse impressionnante, elle n'y comprenait rien.
« C'est la roue, Monsieur, elle s'est cassée. »
« Ça ne serait pas arrivé si vous étiez resté au trot ! »
« L'orage a fait peur aux chevaux, Monsieur l'Duc. »
« Je ne veux pas le savoir. Réparez-moi ça immédiatement. »
« Je ne peux pas, il faut changer la roue. Regardez, elle est foutue. »
Le soupir impatient d'Aro se perdit dans la tempête, « Et donc ? Je vais devoir rentrer à Volterra à pied, si je comprends bien ? C'est c'est que vous essayez de me faire comprendre ? »
« Non, non ! Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il y a un village à quelques lieues. Je vais y aller et rapporter des hommes pour réparer la calèche. Vous et votre femme, vous pouvez rester ici le temps que je revienne. »
« Ce n'est pas ma- » un autre soupir, « Peu importe. Hâtez-vous, avant que nous mourrions de froid. »
« Je serai revenu avant le petit matin. »
Bella attendit la fin de l'échange pour sortir. Elle passa une couverture autour de ses épaules et ouvrit la portière, sautant de la voiture. Elle atterrit dans une flaque de boue. Son nez se plissa légèrement.
« Charmant... »
Elle baissa les yeux et vit la roue de bois brisée. Leurs valises jonchaient également le sol.
Elle chercha Aro et le trouva en train de calmer le cheval que le cocher n'avait pas pris pour son petit voyage. Elle les rejoint difficilement. Le sol boueux était plutôt glissant et elle manqua de tomber une bonne dizaine de fois.
Le vent était glacial.
Elle arriva à la hauteur du cheval avec un petit soupir soulagé. Levant la main, elle caressa son encolure puissante. La pauvre bête était paniquée, autant par la tempête que par le fait d'être séparée de son ami.
« Tu devrais te mettre à l'abri. Tu vas attraper la mort à rester trop longtemps dans ce froid. »
Bella n'en croyait pas ses oreilles. Il avait fallu un accident pour qu'il se remette à lui parler. Un sarcasme lui échappa.
« Oh, tiens, tu me reparles ? C'est une surprise ! »
Il apparut devant elle, l'assassinant de son regard le plus noir.
« Tu crois que c'est un jeu, n'est-ce pas ? Tu es une telle enfant. »
« C'est toi qui boude depuis deux jours et c'est moi l'enfant ? C'est la meilleure ! Tu sais quoi, peu importe. Je ne veux plus me battre contre toi. Tu as gagné. J'espère que tu es content.»
Elle se détourna sans lui faire l'aumône d'un regard.
« N'inverse pas les rôles, s'il te plaît ! Je sais que tu adores jouer les victimes, mais tu es mal placée pour me faire la leçon ! »
« Ce qui veut dire ?! »
Elle le suivit du regard quand il se précipita à l'arrière pour ouvrir leurs valises. Il balança ses propres costumes et ses robes en dentelles dans la boue sans le moindre scrupule. Bella était complètement effarée. Elle voulut protester mais il extirpa enfin sa cape noire et la lui tendit avec dédain.
« Tiens ! » cracha-t-il.
Elle lui arracha des mains, « Merci de te soucier de mon bien-être ! » répliqua-t-elle sur le même ton.
« Mais de rien ! Nous savons tous deux que je suis plus doué que toi pour ce genre de choses ! »
Bella passa la cape autour de ses épaules en le fusillant du regard, « Tu te fous de moi ? Tu penses réellement que je ne me soucies pas de toi ? »
« Je ne le crois pas, j'en suis certain. »
« En plus d'être un vieillard sénile, tu es sacrément gonflé de me dire ça ! »
Elle ne s'attendait certainement pas à ce qu'une tornade de fureur et de rancœurs s'abatte aussi rapidement sur elle. Alors, quand elle se retrouva coincée entre la calèche et un vampire buveur de sang humain, très remonté contre elle, son cœur manqua un battement de panique.
« Tu es une chose si petite et si frêle, te vider de ton sang me prendrait moins d'une seconde. »
Bella se débattait farouchement contre lui. En vain. Il était une vraie statue de pierre.
« Vas-y, fais toi plaisir ! Tu es vrai connard incapable de résoudre des conflits de manière civilisée de toute façon ! Une vraie bête ! »
Il s'éloigna lentement en la fusillant du regard, « Tu ne peux pas te taire, n'est-ce pas ? »
« Pourquoi voudrais-tu que je me taise ? Tu me reproches je ne sais quoi et je suis censée subir ta mauvaise humeur sans broncher ? »
Aro serra les poings, « Tu ne sais pas ce que je te reproche, Isabella ? »
« Je me suis déjà excusée pour hier. » dit-elle en croisant les bras contre sa poitrine, « Mais vu ta fureur, la liste de mes défauts doit être encore sacrément longue ! » ironisa-t-elle.
Il fit un pas menaçant dans sa direction, « Veux-tu que je t'éclaires à ce sujet ? »
« J'en serais ravie ! »
« Tu me reproches d'être en colère tout en feignant l'innocence mais tu le sais, n'est-ce pas ? Tu sais que je meurs d'amour pour toi et pourtant, tu décides de partir. Et je dois supporté stoïquement mon supplice, c'est ça ? Je n'ai ni le droit d'être en colère, ni d'être triste. Je dois tout garder pour moi. Tu ne t'es pas mis une seule seconde à ma place, j'imagine. Tu es d'un tel égoïsme, Isabella. Tu arrives du ciel, tu bouleverses toute ma vie, et je suis censé te regarder repartir auprès de ton gentil petit mari sans rien dire. Tu sais quoi ? Vas-y, pars. Et ne reviens jamais ! »
Son cœur battait furieusement et elle avait l'impression que son esprit s'était détaché de son corps. Il reconnaissait ouvertement qu'il était amoureux d'elle, il lui balançait toutes ses déchirures à la figure, et elle ne trouvait rien à dire. Il s'était déclaré. C'était ce dont elle avait toujours rêvé. Ce dont elle avait cru avoir besoin pour retrouver un peu de sérénité.
Et pourtant, ça ne se passait pas comme elle l'avait imaginé. Son cœur n'était ni plus léger, ni plus paisible. Il battait si violemment qu'elle en était abasourdie.
« Parce que tu crois que c'est une décision facile à prendre ? »
« Moi, je serais resté. J'aurais fait n'importe quoi, en fait. J'aurais quitté les Volturi. Je serais parti m'exiler dans ta foutue Amérique. Je serais devenu paysan, ou boucher, si c'était ce que tu voulais ! Tu n'aurais eu qu'à le demander. »
Un frisson la parcourut. Elle se mit à trembler.
« Alors, félicitation, tu es une meilleure personne que moi. »
Aro eut un rire condescendant en réponse, « Non. Je t'aime juste plus que tu ne m'aimes. »
Il se détourna brusquement d'elle. Il avait besoin d'un exutoire pour son trop plein d'émotions. Il était perdu. Furieux. Et par dessus tout, il lui en voulait. A elle. Il aurait été si facile de lui briser la nuque. Mettre fin à son existence et en même temps à ses tourments personnels. Mais sa mort ne résoudrait rien.
Il contourna la calèche, en prenant le temps de flatter le cheval d'une caresse, et balaya du regard vers la campagne italienne, plongée dans l'obscurité. Il distingua une petite chaumière en contre-bas. Les volets n'étaient pas fermés, et il n'y avait aucune lumière d'allumée.
Étrange…
Il ne l'avait pas entendue arriver. Quand sa petite main chaude se posa sur son avant-bras, il baissa brusquement la tête vers elle.
« Je voudrais rester avec toi pour toujours. » avoua-t-elle calmement.
Il se raidit légèrement. Ce fut le seul signe tangible de son malaise, car son visage était d'une neutralité absolue. Mais Bella savait ce qu'il endurait. Elle endurait la même chose.
« Tu pourrais, si tu le voulais vraiment. »
« Pardonne-moi... »
Il soupira lourdement, « Nous ne pouvons pas rester ici. Il va pleuvoir de nouveau et le vent est glacial. Tu vas attraper froid. Viens. »
Il lui prit la main et l'entraîna Dieu seul sait où.
« Où allons-nous? » demanda-t-elle nerveusement.
Il montra la petite bicoque au loin. Mais elle ne la distinguait pas dans l'obscurité.
« Il y a une maison abandonnée là-bas. »
« Tu es sûr qu'elle est bien abandonnée ? »
« Il n'y a pas de lumières. »
« Les habitants dorment peut-être. Il est très tard. »
« Les volets ne sont pas fermés. »
« Mais...et si- »
Il poussa un gémissement agacé, « Nous frapperons à la porte, Isabella. »
« Et le cheval ? »
C'était bien elle, ça. S'inquiéter pour la moindre petite chose. Pour le moindre petit être vivant. Ce cheval avait bien de la chance d'être le centre de son attention et d'avoir sa compassion.
Il poussa un juron et s'éloigna pour aller libérer l'animal. D'une main, il tenait celle d'Isabella, de l'autre, les rênes du cheval. La jeune femme s'accrochait désespérément à lui. Elle ne distinguait rien à un mètre.
Arrivés dans la cours de la petite maison, ils se stoppèrent tous les trois. Aro tendit l'oreille. Mais aucun bruit ne résonnait à l'intérieur. Pas même un battement de cœur.
« Reste ici. Je vais mettre le cheval dans l'étable. »
« Quoi mais ! »
Il lâchait déjà sa main et s'éloignait avec le cheval.
« Bon sang ! » jura-t-elle, tout bas.
Bella n'en menait pas large, toute seule, dans le noir. Elle tendait l'oreille et paniquait au moindre petit craquement anormal. Surtout quand ils étaient juste derrière elle.
Elle se retourna, «A-Aro ? »
Elle se crispa brusquement. Là. Quelque chose reniflait sa jupe. Un animal sauvage. Un loup peut-être ! C'était vraiment sa veine.
« Wouaf ! »
Bella se dérida un peu en poussant un petit soupir soulagé. Un chien.
Elle se baissa légèrement, cherchant l'animal dans le noir. Mais il avait déjà disparu.
Des bruits de pas retentirent à sa droite, puis la voix de la source de ses maux.
« Que fait un chien, seul, ici ? » demanda-t-il en prenant son bras.
« Il appartient peut-être aux propriétaires. A quoi ressemble-t-il ? Le chien ? »
« Il est parti quand je suis arrivé. Viens, entrons. »
La maison était presque vide. Il ne restait que quelques meubles. Un siège ici, un autre là, quelques coffres rustiques et un placard. Le parquet était usé et grinçait sous leurs pas. Il n'y avait qu'une seule pièce. A l'extrémité gauche, un mélange de salon et cuisine, avec une cheminée et une table en bois massif, éraflée par des générations de couteaux, les uns découpant le gibier, les autres le pain. Le côté droit était séparé par une cloison. Une ancienne chambre. C'était à la fois intime, douillet et absolument minable. Une maison de famille. Une maison de pauvres paysans. Aro referma la porte derrière eux.
Une odeur de mort flottait dans l'air. C'était infime. Trop léger pour les narines humains. Mais il le sentait.
La petite vérole, songea-t-il silencieusement.
Cette vieille bicoque ferait bien l'affaire pour cette nuit. Au moins, elle était encore en état et pouvait les protéger du vent et de la pluie.
Bella était une statue à ses côtés, et claquait des dents.
« Tu as froid ? Je vais faire un feu. »
Son regard s'arrêta sur une malheureuse chaise. Oubliée juste là. Il l'attrapa par les pieds, recula d'un pas, et la fracassa contre le manteau de pierre de la cheminée. De l'autre côté de la pièce, Bella sursauta. Il y avait mis toute sa rage. La chaise fut brisée instantanément. Il parvint à détacher un pied, et à le séparer de l'assise. Quelques autres coups plus tard, il y avait un petit tas de bois sec, qu'il disposa dans le foyer.
Au même instant, quelque chose se mit à gratter à la porte. Bella fit volte-face à une vitesse impressionnante. Où était passé son courage, là était la vraie question. Aucun problème pour se battre contre un vampire de trois mille ans. Mais un grattement suspect derrière la porte, en pleine nuit et en pleine tempête, ça, pas question.
« Qu'est-ce que c'était ? »
« Le vent. » répondit-il distraitement en frappant un silex à coups répétés.
Il s'accroupit et souffla sur les braises jusqu'à ce qu'une flamme en jaillisse. Avec la laque sur le bois, le feu prit très vite. Bella put enfin prendre conscience de son environnement grâce à la lumière qui se dégageait de l'antre.
« Voilà. Je t'ai fait un feu. Tu peux à présent louer ma virilité. » dit-il avec sarcasme.
« Nous savons tous deux que je ne fais que ça depuis trois semaines. » répondit-elle en s'approchant.
Elle s'accroupit et tendit les mains vers les flammes pour les réchauffer. Aro disposa de trois secondes précisément pour contempler les reflets nacrés de sa peau dans la lueur du feu avant qu'un autre grattement à la porte se fasse entendre. Immédiatement, elle se releva et jeta un regard horrifié à son compagnon.
« Tu as entendu ? Ça recommence. »
Aro distinguait le son, en effet. Un léger frottement qui accompagnait chaque bourrasque.
« Oh ça...ce doit être le fantôme de la maison... »
« Le fantôme ? »
« Toutes les maisons en ont une. »
Il enchaîna d'une voix aux inflexions mystérieuses :
« L'histoire raconte qu'un jour, un Duc très charismatique tomba amoureux d'une jeune femme mystérieuse. Elle était fort jolie, pourtant peu de temps après leur rencontre, il commença à regretter d'être tomber amoureux d'elle. »
« Pourquoi ? »
« Pour toutes sortes de raisons. Elle lui tenait tête, parlait dans un argot incompréhensible et avec beaucoup de gros mots, lui donnait des sobriquets ridicules. Plus grave encore, elle contestait ouvertement son autorité suprême. »
« Vraiment ? »
« Oui. »
« A t'entendre, elle était infernale. »
« Le mot est faible. Elle était si insupportable qu'un jour, il l'enferma dans un placard et l'y laissa pendant des années. »
« Des années ? N'est-ce pas un peu exagéré ? »
« Ce n'était que justice. Elle le rendait fou : il était résolu à lui rendre la pareille. Il l'a donc enfermée dans ce réduit et lui lançait de temps en temps un quignon de pain ou un biscuit. Par les nuits froides, on peut l'entendre encore gratter à la porte… »
Il marqua une pause
« Là, écoute... »
Fier d'avoir pu se venger de cette petite humaine insuportable, Aro garda le silence et ils écoutèrent ensemble les petits grattements.
« Wouaf ! »
Bella paraissait tout de suite soulagée, « Ce n'est que le chien ! » s'exclama-t-elle en se jetant sur la porte d'entrée. Elle l'entrouvrit légèrement pour laisser passer l'animal, « Allez, entre au chaud. »
« Bon sang, Isabella ! Ça va sentir le chien mouillé à présent ! »
« Nous n'allons quand même pas laisser cette pauvre bête dans la tempête. »
Elle distingua plusieurs jurons en italien alors qu'il se retournait résolument vers l'antre.
Une petite tête noire passa timidement dans l'embrasure de la porte. Ses grands yeux marrons balayèrent la pièce, puis se levèrent vers elle.
« Viens, mon grand. »
Le chien entra en trottinant. Bella referma la porte derrière lui.
« Regarde comme il est mignon ! On dirait un petit loup ! »
Il ressemblait davantage à un chien de berger qu'à un loup, à la vérité. Il était de taille moyenne, et était très poilu. Son pelage, d'un noir profond, était magnifique, bien qu'un peu emmêlé à certains endroits. Il avait une petite tache blanche sur le poitrail. Il était assez robuste, avec une musculature sèche et développée. L'une de ses oreilles était dressée tandis que l'autre retombait mollement sur sa tête. Cette particularité lui donnait un petit air taquin qui charma immédiatement Bella.
« Comme tu es beau, petit loup ! » dit-elle en tendant la main.
Le chien se laissa caresser par sa nouvelle amie.
« Comment allons-nous l'appeler ? » songea-t-elle.
« Que dirais-tu de ''Sac à puces'' ? » grommela-t-il en tirant une petite banquette devant l'antre.
Bella le fusilla du regard, « Je sais que tu es en colère contre moi, mais cette pauvre bête ne t'a rien fait ! »
« Peu importe. Viens ici. Tu dois dormir un peu. »
Elle referma ses bras autour de son buste frissonnant en le rejoignant. Le chien était sur ses talons.
Elle s'installa à une extrémité de cette banquette inconfortable, rembourrée de crin et toute bosselée. Il s'assit à l'autre bout. Ils ne se touchaient pas. Ils ne se parlèrent pas. Ils ne se regardaient pas. Le chien se coucha sagement à leurs pieds, pour profiter de la chaleur du feu.
Hélas, quelques minutes plus tard, elle se mit à trembler de nouveau comme une feuille.
« Isabella ? »
Il s'approcha légèrement d'elle. Elle avait replié les jambes et serrait ses genoux contre sa poitrine.
« Désolée… Ça va… Ça va s'arrêter dans une mi...minute. »
« Il ne fait pas si froid » déclara-t-il, comme s'il suffisait de l'en persuader.
« J'ai presque tout le...le temps...froid. »
Il n'eut qu'une seconde de réflexion. Il retira sa propre cape et la passa autour de ses petites épaules, avant de l'attirer dans ses bras. Elle tremblait violemment. Il posa le dos de sa main contre son front. Pas de fièvre.
Il ne voyait qu'une seule explication : elle avait peur. Ce petit bout de femme qui ne reculait pas devant lui ou devant les monstres roumains, semblait effrayé.
« C'est à cause...de la nuit… ? » demanda-t-il, plus doucement.
Elle se cramponna désespérément à lui.
« Non, c'est...rien...Cela m'arrive...quelquefois. »
Alors, il comprit.
« C'est à cause de moi. »
« Non, c'est- »
Il resserra son étreinte, « Pardonne-moi. Je suis là, tu es en sécurité. Je ne te laisserai jamais avoir froid. »
Au bout de quelques minutes, ses tremblements s'apaisèrent, au grand soulagement d'Aro. Il était si inquiet qu'il avait même envisager de la porter au village, pour passer la nuit dans une auberge.
« Je vais mieux. » murmura-t-elle, « Merci. »
Elle fit mine de s'écarter, mais Aro n'était pas du tout de cet avis, et la retint contre lui.
« Dors un peu. »
A sa grande surprise, elle obtempéra sans protester. Ces tremblements avaient dû épuiser ce qui lui restait de forces. Elle se lova contre lui et ferma les yeux.
« Je t'aime, tu sais. »
Son murmure étouffé était à peine audible. Mais il l'entendit. Ses yeux rouges fixaient résolument le feu devant lui. Aro était seul dans le silence et l'obscurité. Seul avec ses pensées.
Cette petite excursion à Rome, en plus d'être un échec, avait aggravé la situation. Ils auraient dû se contenter de leurs recherches. Au lieu de quoi, ils avaient passé la moitié de leur temps à roucouler et à chercher à se déshabiller. A présent, elle était blottie contre lui et il n'avait plus la moindre envie de la lâcher. Pire encore, il ne pouvait s'empêcher de humer le parfum de sa chevelure, une suave fragrance de chèvrefeuille. Il aurait préféré ignorer ce détail.
Il aurait dû être furieux contre elle. Mais la vérité était que tout était de sa faute. Une fois de plus, les événements se retournaient contre lui de manière spectaculaire. Il ne pouvait pas la garder ici contre sa volonté. Elle en serait tellement malheureuse, et il l'aimait trop pour la faire souffrir d'une telle manière.
Son ultime acte d'amour serait donc le sacrifice.
Il la laisserait partir.
oOo
Bella eut l'immense joie de se réveiller dans les bras d'Aro. Elle avait les cheveux emmêlés et un léger mal de tête, mais elle était dans ses bras. Et cela suffisait à son bonheur.
Elle se redressa pour lui faire face. Il la regardait d'un regard tendre et résolu en lui caressant d'un geste léger la joue, indifférent à ses cheveux en bataille. Il se pencha pour lui voler un baiser, aussi doux que ceux qu'ils avaient partagé jusqu'à présents avaient été brûlants.
Quand il libéra ses lèvres, il murmura dans un soupir :
« Isabella... »
« Bonjour, soleil de ma vie. » répondit-elle en lui caressant le visage. « Tu es de meilleure humeur ce matin et je le suis aussi. Quelle heure est-il ? »
« Cinq heures. Peut-être six. Le jour se lève à peine. »
Elle se frotta les yeux en baillant. Où était-elle ? Ah oui ! Au cœur d'une situation calamiteuse et sans fin. Quand elle songeait à ses pitoyables tremblements de la veille, elle en aurait pleuré. Elle n'aurait pas pu imaginer pire moment pour une nouvelle crise de panique. Le dernier épisode de tremblements remontait à quelques mois. Juste avant son mariage. Elle s'était presque prise à espérer qu'ils avaient définitivement disparu.
« C'était clairement la pire nuit imaginable. »
« C'est que tu manques d'imagination. »
« C'était une figure de style. » expliqua-t-elle, « Pour dire que j'ai mal dormi. »
« Peut-être...mais tu as survécu, non ? »
Elle tourna la tête vers lui.
« Tu as raison...et tu étais avec moi. »
Le regard d'Aro changea. Ses pupilles se dilatèrent, comme si il était en proie à une émotion profonde, indicible. Sa voix se teinta de pudeur.
« J'ai quelque chose à t'avouer... »
Il regarda la cheminée, évitant scrupuleusement ses yeux.
« C'est au sujet de Daphné. Je t'ai menti. »
Aro laissa le silence s'installer entre eux. C'était peut-être le dernier qu'il goutterait avant un bon moment, car il savait qu'elle allait repartir. Aujourd'hui, demain ou dans une semaine. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne reparte. Et l'étrange intimité qu'ils partageaient depuis le premier jour s'évaporerait en même temps qu'elle.
« Elle n'est pas morte. » dit-il enfin, d'une voix sourde, « Elle est partie. »
Bella le regardait, abasourdie, « Partie ? » répéta-t-elle.
Il n'ajouta rien dans un premier temps, mais son regard était assez éloquent. Bella y lut sa douleur, sa colère, et une blessure plus profonde qu'elle ne l'avait soupçonné. Elle observa un long silence choqué. Quand elle put parler de nouveau, un seul mot franchit ses lèvres.
« Pourquoi ? »
Il hésita, « J'étais un mauvais mari. Puis un jour, il est arrivé, lui. »
« Lui ? »
« Charles Dumas. Le chef d'un clan très influent en France. Elle est tombée amoureuse. Ils étaient compagnons. Je n'ai rien vu... ou je n'ai rien voulu voir. Quelle importance, maintenant. Une nuit, Daphné s'est enfuie pour le rejoindre. Elle m'a laissé une petite enveloppe, avec une lettre et son alliance. »
Elle s'empara de sa chemise, « Non... »
Tout s'éclairait. Le ton rancunier et blessé qu'il avait, quand il évoquait son souvenir. Sa méfiance naturelle. La distance qu'il avait imposé entre eux, dans un premier temps, en prétextant vouloir la protéger. En vérité, ce n'était pas elle qu'il avait voulu protéger. C'était lui.
Il la regardait tendrement, « Je ne compte pas reproduire les erreurs que j'ai faites avec Daphné. J'ai été égoïste et injuste envers toi. Je suis désolé. Je ne t'empêcherai pas de partir. Je ne veux pas que tu sois malheureuse par ma faute. »
Bella refoula sa nausée. Soudain, elle doutait de tout. Elle se rappelait toutes leurs conversations, tous leurs moments d'intimité, toutes les émotions ressenties. Tout ce qu'elle avait construit avec lui en si peu de temps. Elle compara toutes ces choses avec celles qu'elle avait partagé avec Edward.
Elle était en train de mourir de l'intérieur, sans gesticuler et sans gémir. Il n'y avait en elle qu'un désespoir sans bornes.
C'est de ta faute, ma pauvre fille. Tu t'es mise toute seule dans cette situation. Tu as perdu ton mari, tes amis, tes parents. Et maintenant, tu le perds, lui.
Elle s'était méfiée de lui, au début. Et elle s'était même méfiée d'elle-même, de ce qu'elle pouvait ressentir. C'était peut-être ça le plus déprimant. Tomber amoureuse, comme ça, en si peu de temps, avait fortement éveillée ses soupçons et sa curiosité.
Il lui semblait que l'éclair qui l'avait frappée jadis, l'avait atteinte et qu'un millier de petits éclats étaient entrés en elle. La seule chose qu'elle pouvait ressentir était cette douleur imaginaire.
Puis, elle comprit.
Je ne peux plus partir.
Elle ne pouvait plus faire sans lui, à présent.
Alors, elle se saisit de son visage et captura ses lèvres en un baiser désespéré. Elle n'avait jamais embrassé quelqu'un comme ça auparavant.
Il était à elle. Et des parts d'elle étaient en lui désormais. Elle avait beau l'embrasser avec passion, elle ne les récupérerait plus jamais. Elle essaya pourtant futilement, en l'étreignant de toutes ses forces. Elle noua les bras autour de son cou et l'attira à elle. Ses lèvres s'adoucirent et s'ouvrirent pour l'accueillir. Il poussa un gémissement de gratitude en réponse. Elle l'embrassa plus profondément, enroula sa langue autour de la sienne. Elle ne pourrait jamais être rassasiée de lui.
Dehors, le ciel se brisa et il n'y eut plus ni passé, ni futur. Juste l'instant présent. Car à ce moment précis, inconsciemment, elle avait pris sa décision.
Saisie d'un vertige soudain, elle s'éloigna légèrement pour appuyer son front contre le sien.
« Tu es à moi. » murmura-t-elle, « Si tu pars, je te suivrais, je te retrouverais et je te ramènerais à la maison. C'est bien ce que tu m'as dit, n'est-ce pas ? »
Il poussa un profond soupir quand elle se détacha de lui pour l'observer.
« Alors, s'il te plaît, ramène-moi à la maison. »
« Wouaf ! Wouaf ! »
Bella baissa les yeux vers le chien. Il avait la tête comiquement penché sur le côté, et les observait de ses grands yeux joyeux. Elle éclata de rire.
« Ramène-nous à la maison. » rectifia-t-elle avec un clin d'œil.
Aro plissa le nez, « Moi vivant, jamais ce chien ne- »
Mais il n'avait pas fini sa phrase qu'elle l'embrassait de nouveau.
Notes d'après chapitre (parce que je suis une pipelette) :
- Sachez que ce chapitre a été complètement remanié. Dans la version ''originale'', Bella devait quitter définitivement Aro pour partir retrouver Carlisle en Amérique (le seul membre de sa famille ''vivant''). Mais ça ne me convenait plus vraiment. Du moins, la manière dont ils se séparaient ne me convenait plus. Alors j'ai changé et j'ai décidé qu'elle resterait près de lui finalement. Alleeeeez, ne soyez pas trop déçues, je sais que vous MOURREZ d'envie que Bella retrouve Edward… Ça arrivera peut-être...ou pas...héhé.
- En revanche la révélation sur le passé d'Aro avec Daphné était déjà prévue dans la première version. La seule différence était que c'était Didyme qui l'apprenait à Bella.
- Ok alors, le ptit chien n'était pas censé être là de base et est fortement inspiré du canidé insupportable que j'ai sorti de la SPA en septembre et qui est, en toute honnêteté, la seule bonne chose qui me soit arrivée en 2020 :')
