20 octobre 2012 - 21 : 31

Depuis les deux dernières semaines ma vie se résume à un mot : merdique.

Je fais des heures supplémentaires à Gameshack dès que je sors des cours et je n'ai vu Bellaque que deux fois.

Deux fois.

Ça ressemble à la mort c'est probablement parce que j'ai aussi attrapé la grippe. Mais elle m'a beaucoup manqué et j'ai parlé avec elle tous les soirs - sauf deux soirs où je n'arrivais pas à quitter la salle de bain - j'ai l'impression que la distance qui nous sépare peut avoir été une bonne chose.

Ce n'est pas que je voulais être loin d'elle mais si nous n'avions pas eu cette séparation apparemment éternelle entre nous, Brightside n'aurait pas eu la chance de réparer les choses avec son père. Ce qui m'a complètement choqué car je n'avais même pas réalisé qu'il y avait un problème entre Charlie et elle.

En plus que ma petite-amie me manque et que j'ai un goutte à goutte nasal constant j'ai également essayé de convaincre ma mère de ne pas aller à un rendez-vous demain soir avec un gars nommé Max. Quand elle m'a demandé pourquoi la seule raison que je lui ai donnée : "Euh il s'appelle Max."

Elle y va quand même.

Peu importe.

Alors après tout ce temps j'ai enfin un soir de congé et je ne me mouche plus que toutes les trente minutes, Jim m'a demandé si je voulais aller au bowling ce soir. Je ne pouvais pas refuser l'offre surtout que j'ai perdu deux semaines de ma vie que j'aurais pu passer à connaître les personnes qui veulent Canal 3.

Jim m'a encouragé à emmener un ami, donc la première personne à qui j'ai pensé était Alec. Il est facile à vivre et ne le rendra pas gênant. Quand je lui ai demandé s'il voulait venir, il a répondu : "J'adorerai rencontrer le papa de ton bébé."

Pas du tout gênant.

"Tu veux monter les pare-chocs ?" se moque-t-il quand je me rassois, après avoir envoyé ma deuxième boule dans la gouttière. Je renifle et sors le petit paquet de mouchoirs que ma mère m'a donné. "Allez gamin ce n'est pas grave !"

"Je te déteste," je mens en dénouant mes chaussures qui ne sont pas à moi. Il rigole et essaie d'ébouriffer mes cheveux mais je tape brusquement sur sa main. "Arrête ça, monstre."

"Je vais demander le divorce. Tu ne me laisses plus jamais te toucher," souffle-t-il, et il éclate de rire quand il me voit le foudroyer du regard. Il se lève de son siège et se tourne vers moi." Je reviens. Je vais utiliser les installations et acheter des frites au fromage."

"Lave-toi les mains !" dis-je puisque je suis devenu un maniaque des germes.

"Ok maman !" répond-il en s'éloignant alors que notre troisième joueur prend sa place. Je vérifie le score et constate qu'il a encore bien lancé. Je jure dans ma barbe, me demandant si je vais arriver à faire quelque chose de bien.

Je suis nul.

"Ne te sens pas mal," dit Jim en s'appuyant contre le dossier. "Quand j'avais ton âge tout ce que nous avions à faire était de nous amuser au bowling. Nous n'avions pas tous ces appareils électroniques pour nous distraire, nous avions ça…"

Je hausse les épaules. "Je ne comprends pas vraiment, je suppose. Je suis comme Bella… je préfère lire un livre."

Il est silencieux pendant une minute. "Vic n'aime pas le bowling non plus."

Je laisse mon esprit vagabonder en scrutant la piste de bowling animée. Je ne réfléchis même pas alors que la prochaine chose qui s'échappe de ma bouche est : "Pourquoi ne l'avez-vous pas fait? Pourquoi n'avez-vous pas eu de bébé ? Par vous-mêmes je veux dire."

Il se raidit momentanément, pris au dépourvu par ma question impromptue. Il tousse un rire nerveux et détend ses épaules, secouant la tête brièvement. "Euh..."

Mes sourcils se haussent. "Vous n'avez pas à répondre…"

"Non ! Non !" proteste-t-il. Ses épaules s'affaissent alors qu'il me fait face apparemment plus détendu. "Ce n'est pas que ça me pose un problème de partager ça avec toi mais je suppose que je ne suis pas habitué à ce que les gens le demandent. Ils supposent généralement que c'est parce que nous ne pouvons pas en avoir."

Je hausse les épaules. "Ouais, je veux dire, c'est ça, n'est-ce pas ? Vic ne peut pas tomber enceinte ?"

"Eh bien… elle pourrait." Il insiste sur le mot et je me rapproche de lui, curieux. "Mais pas avec moi."

J'en reste bouche bée, surpris. Je suppose que je n'ai jamais pensé que ça pouvait être lui le problème.

"Oh," je marmonne, me détournant pour regarder dans le bowling. Je serre mes lèvres et hoche lentement l a tête. "Désolé."

Je me retourne pour le voir hausser les épaules. "Comme je l'ai dit, ce n'est pas grave. Nous avons essayé et essayé pendant des années et nous avons toujours pensé... ce doit être Vic."

"Donc... pendant tout ce temps, vous pensiez que Vic ne pouvait pas tomber enceinte ?"

Il hoche la tête. "Nous avons continué à voir des médecins pour essayer de comprendre quel était le problème. Ça nous a pris cinq ans pour ne serait-ce que considérer qu'il pourrait y avoir un problème. Nous avons fini par voir ce spécialiste de la fertilité qui a dit qu'il y avait une chance que Vic ne puisse pas avoir d'enfants et elle... s'est en quelque sorte... éteinte pendant un certain temps après cela."

Ne sachant pas comment réagir, je fais la moue et je penche la tête sur le côté. Je suis si embarrassé.

"Ça... ça craint."

Il laisse échapper un long soupir. "Oui mais je ne suis pas très stressé par ça. Si on ne peut pas l'aider, on ne peut pas... être aidés. Quand nous avons découvert que c'était moi le problème, cela a empiré les choses. Cependant, j'ai essayé de convaincre Vic de se rendre dans une clinique de fertilité."

Laissant ma curiosité prendre le dessus, je me penche plus près, comme si je pouvais mieux le comprendre en envahissant son espace personnel. "Que s'est-il passé ensuite ?"

"Elle n'a pas voulu le faire." Il soupire. "Elle a dit que si elle ne pouvait pas avoir un bébé qui faisait partie de nous deux, elle ne le ferait pas du tout. Ce n'était pas juste pour moi."

"Alors elle a voulu adopter à la place," je conclus.

"Elle n'était pas non plus d'accord avec cette idée," avoue-t-il, l'air penaud. "Il a fallu un certain temps pour qu'elle se fasse à la notion d'adoption. Pourquoi ferions-nous cela alors qu'elle pourrait encore tomber enceinte ?" Il hausse les épaules. "Eh bien, encore une fois, c'était l'équité de tout cela. Je lui ai assuré que j'aimerais tout enfant qui viendrait d'elle mais elle ne voulait pas le faire. Mais quand elle a pensé à l'adoption, au bout d'un moment, elle est tombée amoureuse de l'idée. Peut-être trop…"

"Pourquoi dites-vous cela ?" Je demande.

"Euh... elle n'est pas un peu trop insistante ?" Il fait des gestes autour de lui. "Même ceci...c'est franchir un peu la ligne, Edward. Je lui ai dit qu'on ne peut pas s'impliquer autant dans vos vies, qu'on ne peut pas dépasser les limites. Nous avons l'air dominateurs. Cela nous fait paraître... suspicieux."

Je n'y peux rien. J'éclate de rire. Je pense à ce que je ressens quand Bella essaie de mieux les connaître et je ressens la même chose.

"Quoi ?" demande-t-il, inquiet. "Ai-je dit quelque chose de mal ?"

"Non, non..." je proteste, en secouant la tête avec véhémence. "Pas du tout."

En fait, ça me rassure de savoir que je ne suis pas le seul à avoir peur de m'imposer.

"Je peux te demander quelque chose ?" demande-t-il, l'expression est sérieuse.

Je m'arrête et je reprends mon calme. "Bien sûr."

"Je sais que tu ne peux probablement pas répondre à cette question, alors ne te sens pas obligé. Je suis déjà passé par là et je sais quand quelqu'un a des doutes, alors je dois demander... à quel point Bella est sûre de l'adoption ? Est-ce que vous... est-ce que vous en parlez, tu sais ? De ce qu'elle en pense ?"

Je ne sais pas pourquoi ça me surprend. Peut-être que je n'avais jamais imaginé qu'il me demanderait ou peut-être que je ne pensais pas qu'il avait remarqué.

Je ne veux pas parler à Jim de nos réticences. Bien sûr que nous sommes indécis, nous avons dix-sept ans. Bella se débat avec cela mais au final elle sait ce qu'elle veut. Moi aussi et je suis d'accord avec elle sur le fait que nos craintes semblent irrationnelles. Nous ne sommes pas préparés pour Canal 3. James et Victoria sont prêts depuis une décennie.

"Honnêtement…"

"Tu n'as pas à me le dire." Il agite une main indifférente et se lève de sa chaise. "Je sais qu'elle pense probablement que nous sommes fous ou quelque chose comme ça mais j'ai pensé que je devais demander. C'est une chose difficile à faire mais c'est pourquoi nous le faisons. Nous préférons que vous sachiez qui nous sommes et que vous choisissiez de nous donner votre bébé plutôt que de vous laisser dans l'incertitude et rater l'occasion de prouver qu'il est entre de bonnes mains. Je pense que ça me tuerait probablement aussi, de donner mon enfant à de parfaits inconnus," dit-il.

Ses paroles me laissent une sensation de piqûre aiguë dans la poitrine.

"Nous ne savions pas que ce serait comme ça," dis-je.

Il se tourne vers moi et hausse les épaules comme si ce n'était pas grave.

"Personne ne le sait."