L'escargot que je suis vous présente ses plus plates excuses…

En vous souhaitant une bonne lecture.

M.


Point de vue Edwardien

Elle était partout. L'habitacle était empli de son odeur. Ma bouche était pleine de son arôme, mes narines, se dilataient sans cesse, inspirant sa fragrance que ma langue réussissait encore à goûter. C'était comme si elle était encore là, avec moi, dans mes bras, le corps brûlant et abandonné.

Mes yeux fixaient sans la voir la porte de la maison. Voilà plusieurs minutes que j'étais seul, à l'imaginer dans sa chambre, endormie et lascive, offerte à ma vue. Je secouais la tête pour m'éclaircir les idées et cesser de penser ainsi. Je ne voulais pas être grossier mais j'avais beau me maudire intérieurement, fermer les yeux, m'insulter de tous les noms ou me cacher sous un manteau de glace… Elle hantait, sans cesse et sans répit, mes pensées et mes fantasmes.

Je sortais de voiture et m'appuyais un moment contre celle-ci. Les trombes d'eau ne mirent que quelques secondes à tremper ma chemise, ruisselant le long de mon torse, se perdant en petites cascades qui s'écoulèrent sur le sol.

Bella.

Son nom martelait mon crâne alors que je brûlais d'impatience et d'envie. Je devais y retourner, je devais la voir et défier son interdiction malgré tout. Mes mains se mirent à trembler. Je devais me calmer et me changer avant toute chose. Retenant un soupire, je remontais dans l'habitacle de la Volvo.

Les lumières de la villa étaient presque toutes allumées. Je me voyais mal entrer et faire face aux autres dans cet état. Mes chaussures mouillées chuintèrent dans les gravas de la longue allée. Je pris mon hélant, et grimpais en silence le long du mur sud pour gagner ma chambre, me glissant telle une ombre par la baie vitrée ouverte. Sans allumer les lumières, je gagnais la salle de bain.

Un soupire défaitiste s'échappa de mes lèvres tandis que je déboutonnais ma chemise détrempée. Le dernier bouton sauta sous la pression de mes doigts fébriles. Je jetais en boule mes vêtements et me plongeais sous le jet puissant et froid. Mes mains cherchèrent le mur carrelé, et je m'appuyais contre ce dernier, laissant l'eau glacée courir le long de mes vertèbres. Je relevais la tête et les gouttes vinrent battre contre mon visage. L'eau était plus froide que mon corps. Une personne sensée arrêterait pareille épreuve aussi vite que possible. Un humain n'y resterait pas dix seconde sans être prit de tremblements.

Je me savonnais, échappatoire peu habile pour échapper à mes pensées. Combattre ne servait à rien. Je devais y aller. Qu'importe, son interdit, il fallait que j'y retourne. J'avais besoin de retrouver son odeur, de flairer sa présence, de discerner son corps dans l'obscurité de sa chambre. Je voulais sentir sa présence.

M'épouserait-elle en entendant pareil discourt ? Le masque de fer se mettait à glisser dangereusement ces derniers temps, révélant à moi-même un autre visage, une réalité qui me faisait honte. J'avais envie d'elle, terriblement. Pas seulement pour le sexe, tentais-je de me convaincre moi-même, mais pour elle, sa personne, que je brûlais d'envie d'étreindre. Je rêvais de percevoir les battements de son cœur s'emballant à mon contact, de respirer sa fragrance à la naissance de sa gorge jusqu'à ne plus pouvoir m'en défaire et la sentir continuellement sur mes vêtements.

Certes, à deux jours du mariage, j'avais d'autre aspirations moins sages et plus contrecarrées par mes principes, mais la douche n'était pas le lieu le plus approprié pour les imaginer.

Ce ne fut que lorsqu'une pellicule de givre recouvrit entièrement le robinet que je me décidais à couper l'eau. Je m'enroulais la taille dans une serviette éponge avant d'essuyer mes cheveux sommairement. Je gagnais la chambre pour y chercher des affaires propres quand mes narines se dilatèrent, alertées et surprises. Non ! Ce devait-être mon imagination. Des restes, des brides de son odeur. Je sentais pourtant, son parfum, sa peau et cette chaleur qui s'en dégageait.

J'ouvrais la porte, et mis aussitôt une main sur le nœud de ma serviette.

_ Qu'est-ce que tu fais là !?

Le ton de ma voix claqua un peu fort. Je ne l'avais pas entendu entrer ! Mon esprit, trop accaparé par mes pensées, n'avait pas même détecté le sien. Je repérais une masse sombre, posée sur mon lit à ses côtés : le châle de Bella. La source de l'odeur.

_ Soirée forte en rebondissements si je ne m'abuse, commenta-t-elle nonchalamment.

Ses yeux se posèrent sur moi, nullement troublés de me voir en serviette. Elle ne s'excusa pas pour son intrusion.

_ Tu l'as embrassée ? Enchaîna-t-elle alors face à mon silence, l'œil brillant, mutin.

Je soupirais, peu enclin à évoquer le sujet :

_ Tu es déjà au courant, à quoi bon te le répéter ?

Mon affirmation déguisée lui fit taper des mains tandis que je gagnais mon armoire pour y chercher des vêtements propres.

_ Quel ton morose ! Je t'avais bien dit que cette soirée était une bonne idée, un déclic qui lui a permis de retrouver un souvenir et si je ne m'abuse, de te retrouver toi. Oh, quel soulagement ! Je suis si contente que les choses aillent enfin dans le bon sens ! Enfin… tout dépend. Que comptes-tu faire maintenant ? L'éviter à nouveau ou te laisser aller ?

Je me saisis d'un t-shirt noir et d'un jean sombre.

_ Alice, ce n'est pas le moment. Laisse-moi tranquille. S'il te plaît.

Elle fit la moue :

_ Je m'attendais à te trouver prêt à en découdre avec Jacob, comme tu t'y es engagé - je ne pus retenir le grondement qui monta du fond de ma gorge – mais tu as visiblement d'autres projets pour ce soir, non ?

Mâchoires crispées, je ne répondis pas, tendu. Qu'avait-elle vu ?

_ Que comptes-tu faire ? Insista-t-elle.

Prêcher le faux ou l'ignorance, pour connaître la vérité : sa tactique par excellence. J'ajoutais à la pile de vêtements une paire de chaussettes prise au hasard. Mon ignorance manifeste finit par la faire parler :

_ Edward n'y va pas. Ne gâche pas tout en prenant des risques inutiles, pas à deux jours du mariage.

_ Je serais prudent.

Je m'éclipsais à nouveau dans la salle de bain pour quelques secondes afin de m'habiller avant de revenir dans la chambre. Alice y était toujours. Je tâchais de contenir mon agacement :

_ Tu as autre chose à me dire visiblement ?

Elle se leva et me sourit :

_ Je suis contente pour vous deux, j'espère que tout va bientôt s'arranger.

La nuit et le calme avaient envahi Forks. La pluie avait cessé mais les pelouses étaient gorgées d'eau et les flaques sur le bitume semblaient luire sous les réverbères. Je jetais un coup d'œil à l'heure en maudissant ma montre de ne pas avancer plus vite. La voiture n'était que quelques rues en contre-bas de celle de Charlie. Phares éteints, moteur coupé, j'attendais.

Vers trois heures, je me décidais à sortir enfin et progressais sans bruit le long des rues désertes. Ce fut presque avec appréhension que je vis la maison blanche du Chef Swan. J'en fis le tour avant de sauter d'un mouvement souple au-dessus de la petite clôture de bois, à l'arrière du jardin. Je jetais un coup d'œil à la fenêtre qui donnait sur la chambre de Bella. Pas une lumière, celle de sa table de nuit aurait dû m'être visible depuis cet endroit mais la pièce était plongée dans l'obscurité. La voie était libre : elle dormait.

J'escaladais l'arbre, sans un bruit, m'agrippant d'une poigne de fer au tronc puis aux branches. Je marchais sur la plus épaisse, capable de supporter mon poids et assez près de la maison pour me permettre d'atteindre sa fenêtre. Je scrutais la pièce, anxieux. Elle était couchée, dans son lit, paisible. Cette vision me détendit aussitôt.

Mes doigts, se posèrent contre le rebord du dernier carreau et je poussais un peu vers le haut. Le bois résista sous la pression. J'en fus plus qu'étonné. Je recommençais, un peu plus fort, essayant de lever à nouveau ce fichu battant. En vain. Je jaugeais la cloison, intrigué et aperçut à l'intérieur un loquet en fer : un verrou ! Elle avait ajouté un verrou. Elle ne voulait pas que je vienne. Elle ne me faisait pas confiance et au fond, elle n'avait pas tort…

La honte me submergea de même que les remords : ma parole ne valait rien. J'étais prêt à tout pour satisfaire mes envies. Je ne respectais pas sa demande, son intimité, sa chambre dans laquelle je n'avais théoriquement plus le droit d'entrer.

Mais l'odeur était là. Son parfum semblait traverser les murs pour venir jusqu'à moi. Cette fragrance était comme un appel que je ne parvenais pas à ignorer. Je changeais de tactique et changeais de fenêtre. L'opération devint un peu plus périlleuse : je dû escalader le mur pour atteindre la fenêtre de la salle de bain. Je refis une tentative qui rencontra le même résultat. Diable, elle y avait pensée aussi ! Enervé et désemparé, je cherchais une solution quelconque au problème, le souffle court. Passer par la chambre de Charlie était trop risqué. Il ne me restait plus qu'une option : la porte d'entrée.

Je sautais à terre, repassais par-dessus la clôture et me saisit des clefs, dissimulées derrière l'une des poutres du porche. La porte s'ouvrit et je la refermais derrière moi. J'avais toujours trouvé indécent que le propre chef de police de la ville ne trouve pas meilleure cachette pour son double de clefs. Je glissais le trousseau dans la poche arrière de mon jeans et montais en silence les marches de l'escalier. La maison était plongée dans l'obscurité. De temps à autre, les ronflements de Charlie parvenaient aisément. Au moins, le paternel dormait. Qu'en était-il de sa fille ?

Ma main, caressa le bois de sa porte, et je restais un moment indécis sur le seuil, hésitant. Il y avait des limites à ne pas franchir, des barrières à ne pas dépasser. Que se passerait-il si elle ouvrait les yeux et me trouvait là ? Que se passerait-il lorsqu'elle se rendrait compte que même les verrous n'y changeaient rien ? Combien de temps m'en voudrait-elle cette fois ? Alice avait raison : étais-je prêt à prendre ce risque à moins de deux jours de la cérémonie ?

Je voulais la voir, juste la voir et passer le reste de la nuit à son côté. J'avais besoin de la sentir près de moi, de respirer son odeur, de m'en imprégner pour la ramener à la villa en attendant le matin. Ma main se posa sur la poignée que je tournais avec précautions infimes. La porte s'ouvrit, à mon plus grand soulagement et j'entrais.

Mon regard se heurta alors à un loquet neuf qui venait d'être installé. Elle ne l'avait pas mis, elle avait oublié. Je me rendis compte à quel point elle se méfiait encore de moi, à quel point tout était à refaire. Quelle Bella d'autrefois m'aurait barré l'accès à sa chambre ? Elle si câline et si pressée à l'idée de se blottir contre moi ? Je n'avais eu alors, funeste créature, aucun mal à l'attirer dans mes filets la première fois et elle s'y était jetée, malgré moi, corps et âme. Je retins un soupire. Cette Bella était craintive, farouche. L'apprivoiser s'avérer plus compliqué.

Ce n'est pas un animal ! Me rabrouais-je, avant de me rendre compte que je n'agissais pas mieux qu'un prédateur à la poursuite de sa proie.

Je restais dans l'ombre, immobile un moment, n'osant profaner son sommeil. La maison était toujours silencieuse. L'odeur, était là, partout. Cette odeur de savon, d'huile de rose rehaussée d'une pointe de jasmin. Le tout enveloppé d'une chaleur suave, presque suffocante.

Son lit, happa mon regard et j'avançais. Un enchevêtrement de couvertures gisait sur le plancher. Cette satanée robe était lâchement posée sur le rocking-chair, une masse sombre à l'odeur enivrante. Je m'en saisis sans réfléchir pour en humer la fragrance, la goûtant du bout de mes lèvres, tandis que mes doigts, en caressaient le tissu. Je la reposais doucement et me tournais vers le lit.

Ma bouche sembla se décrocher. Mes yeux, surpris, alarmés, ne réussirent pas à faire volte-face. Un vers de Shakespeare s'imposa à ma conscience : Est-ce que mon cœur a aimé jusqu'alors ? Jurez que non mes yeux, car je n'avais jamais vue la vraie beauté jusqu'à ce soir.

Elle avait fait son lit avec des draps rouge. Elle s'était nichée au milieu, dos à moi, recroquevillée en position fœtale, la tête appuyée sur l'un de ses nombreux oreillers, les bras relevés pour le presser contre elle mais le plus gênant pour moi, le plus dur à supporter pour mes nerfs échaudés était sa nudité complète.

_ Bella… ne puis-je m'empêcher de souffler, gorge nouée.

Le satin de sa peau m'était apparent de ses épaules rondes à la naissance de sa croupe. Mon esprit me hurlait de fuir cette chambre de la tentation mais une partie de mon cerveau aussi infime et masochiste soit-elle, accapara toute mon attention. Mon regard, enflammé, ne pouvait regarder ailleurs et le rouge sombre des draps, ajoutait à la sensualité ambiante.

Respirer n'y changeait rien : cela ne faisait qu'envenimer les choses. Je me sentis avancer. C'était plus fort, tellement plus fort que moi. Je contournais le lit, la respiration rauque, découvrant son visage endormit et le reste de sa personne. Je ne voulais en aucune manière quitter ce lieu. Je ne voulais absolument pas être privé de cette vue-là. Je rêvais de sentir cette chaleur irradiante venir brûler ma peau, de déposer mes lèvres au creux de son cou, de sentir son cœur, battre à tout rompre contre ma bouche…

Une bile acide, celle du venin, se mit à envahir ma bouche.

Quelque chose se mit à vibrer dans ma poche. Je sursautais et posais aussitôt ma main dessus, pour atténuer le bruit, mais ce fut encore pire. Je sortis le portable et coupais l'appel au plus vite. Alice ! Un souffle m'échappa et je jetais un regard nerveux vers le lit. Bella n'avait pas bougé. Mes yeux glissèrent immanquablement, de son visage, à son buste dévoilé. Je me mordis la lèvre.

Le portable vibra à nouveau avec véhémence et je pestais entre mes dents. Le front de Bella se plissa d'une ride et elle se tourna, s'allongeant sur le dos. Je sortais le mobile de ma poche et consultait l'écran.

Alice :
VOYEUR ! Je t'ordonne de quitter sa chambre immédiatement ! Je t'assure que je vais venir te chercher et si la vision que je viens d'avoir se concrétise, tu es un homme mort !

Une chaleur soudaine et inconnue envahit mon visage et mes joues. Je me mis à trembler. Mon Dieu, quel monstre étais-je devenu ? Moi que l'on croyait si pieux, si raisonnable ? Oh, je ne devais pas être là ! Qu'est-ce qui me prenais d'agir comme ça ?

Pris de honte, je battais en retraite, quittant les lieux aussi vite que je le pu.

Point de vue de Bella

Le soleil m'éveilla. J'ouvrais les yeux avec difficulté avant de m'étirer. J'eu un sursaut en constatant que je m'étais endormie sans même prendre le temps de mettre un pyjama. Songeuse, je repensais à la façon dont Edward m'avait dit bonne nuit, à ce baiser échangé dans sa voiture juste avant de le quitter. La soirée de la veille avait été forte en émotions et en révélations.

Je me souvenais enfin de quelque chose : l'accident. Ce souvenir m'avait submergé. Même allongée dans cette chambre, vivante, je peinais à y songer sans sentir cette panique sourde venir refaire surface. Secouant la tête pour m'éclaircir les idées, je me levais à la hâte et enfilais un t-shirt ainsi qu'un bas de jogging.

Charlie était en bas, le nez dans son café.

_ Bonjour, me salua-t-il platement.

Il arborait déjà son uniforme, arme à la ceinture. Nous étions vendredi, et cette fin de semaine semblait bizarrement le mettre de mauvaise humeur. Son air était soucieux et ses traits tirés :

_ Bonjour. Que se passe-t-il ?

Il me jeta un regard étrange, puis vida le reste de sa tasse d'un trait :

_ J'étais sûr d'avoir fermé la porte à clef hier soir, et quand je suis descendu ce matin pour aller chercher mon journal, elle était ouverte. Les clefs du porche ont disparu. Les aurais-tu prises ?

_ Non.

Ses sourcils se froncèrent et une inquiétude sérieuse le gagna :

_ Tout cela ne me plait pas beaucoup. Il y a eu deux cambriolages la semaine dernière.

Je ne pus retenir un frémissement :

_ Et tu penses qu'il pourrait s'agir de ça ?

Il enfila ses chaussures, et me regarda un moment.

_ J'espère que non.

Le carillon de la sonnette se fit entendre.

_ Tu attends quelqu'un ? Chuchota-t-il, suspicieux.

_ Non, pas ce matin.

Il avança doucement vers le couloir comme s'il s'apprêtait à y trouver un voleur et ouvrit la porte. Je l'entendis rire et s'exclamer :

_ Alice ! Excuse-moi, entre je t'en prie ! Comment vas-tu ?

_ Très bien, je vous remercie ! Je dérange ? Bella est-elle levée ?

_ Oui, a l'instant même.

Leurs pas résonnèrent et elle apparue, drapée d'un trench beige impeccable, un foulard de soie bleu savamment noué à son cou, coiffée et maquillé comme une actrice des années trente. Son sourire se fana un peu lorsqu'elle m'aperçue.

_ Tu n'es pas encore habillée ?

_ Et alors ? Rétorquais-je en baissant les yeux sur mon t-shirt qui s'avérait être à l'effigie des Marlins de Miami.

_ J'ai prévu un tas de choses pour aujourd'hui et je t'ai pris un rendez-vous pour toi, à l'institut de beauté. Il faut te préparer pour demain !

_ Demain ?

Elle me fixa comme si je venais d'une autre planète et leva les yeux au ciel. Elle jaugea mon policier de père qui avait lui aussi haussé les sourcils, pour lui souffler, sur le ton de la conspiration, comme si je ne pouvais pas entendre :

_ Je crois qu'elle dort encore. Est-elle toujours aussi réactive le matin ?

_ Ça dépend des jours, releva-t-il avec un sourire pincé : mais rarement à ce point-là.

Je sentis la moutarde monter :

_ Quoi ? Pourquoi dis-tu ça Alice ? Que se passe-t-il ?

_ C'est demain le grand jour ! Pépia-t-elle en battant des mains : Tu vas devenir officiellement Madame Cullen ! Mes félicitations !

De plein fouet, l'évidence me percuta l'estomac et je reposais aussitôt ma tasse, nauséeuse. D-demain ? Déjà ? Comment avais-je pu oublier ?

_ Bella, ça va ? Elle me dévisageait, inquiète.

_ Oui, oui. C'est bon. Je crois…

Charlie me jaugea un moment, soupira ostensiblement avant de secouer la tête avec une désapprobation visible. Ses yeux dérivèrent sur la pendule et il sorti ses clés de voiture :

_ Bon, je dois vous laisser ou je vais être en retard pour prendre mon service. Bella, n'oublie pas de fermer la porte surtout !

Comme si quelque chose venait de lui revenir en tête, Alice ouvrit son sac à main, fouilla un instant à l'intérieur :

_ Au faite, j'ai trouvé ça dans la pelouse, juste à côté du trottoir : est-ce que c'est à vous ?

Elle sorti un petit trousseau de clefs que Charlie reconnu aussitôt et récupéra avec un soulagement visible :

_ Merci Alice ! J'ai eu une peur bleue ce matin lorsque je me suis aperçue qu'elles n'étaient plus là ! Je vais devoir les cacher ailleurs.

_ Ce serait plus prudent, en effet, comment a-t-elle d'un drôle d'air tout en reportant son regard sur moi.

Charlie gagna le couloir, prêt à partir :

_ Bon, il faut que j'y aille. Renée vient manger ce soir à la maison avec Phil. Bella, est-ce que tu pourrais m'aider à préparer quelque chose ? Les Cullen viennent aussi alors j'ai peur d'être un peu dépassé.

_ Je m'en occuperai, ne t'inquiète pas.

_ Merci. Ne rentrez pas trop tard dans ce cas. A ce soir !

Il partit aussitôt en un claquement de porte puis de portière. Alice ne me laissa pas une seconde. Elle déposa son sac sur la table tout en décrétant :

_ Je suggère que tu ailles te laver. Et dépêche-toi ! Une longue journée nous attend et il y a plein de choses au programme !

J'eu tout juste le droit de finir mon café. Impatiente, elle me suivit dans les escaliers, jusque dans ma chambre où elle détailla mon lit. Elle s'assit, un sourire mutin étira ses lèvres furtivement alors que ses doigts effleuraient la soie pourpre :

_ J'ignorais que tu aimais le rouge.

Mal à l'aise, pour raison que j'ignorais, je filais à la salle de bain.

Point de Vue Edwardien

_ Edward, ton costume est arrivé. J'aimerais que tu l'essayes pour voir si d'éventuelles retouches sont à faire.
Je me tournais vers Esmée. Elle me tendait une large housse sombre tenue par un cintre molletonné. Je regardais l'étiquette, avant de soupirer :

_ Il me semble que j'avais signifié un habit à prix raisonnable.

Elle sourit :

_ Oh, je t'en prie ! C'est un cadeau que Carlisle et moi-même tenions à t'offrir. Avec l'accord d'Alice, bien entendu.

_ Bien entendu.

Je gagnais la cuisine pour me changer. Personne n'entrait jamais dans cette pièce, quasiment décorative. Je soulevais mon t-shirt avant d'ouvrir la housse renfermant le précieux costume. Le tissu était impeccable, irréprochable dans sa coupe et sa texture. Je sortais délicatement la chemise au blanc immaculé. Les boutons de manchettes qui l'accompagnait étaient en argent ciselé d'une date significative : 1901. Ma date, mon année. Mes cent dix ans s'abattirent sur mes épaules. Quelle sacrée différence d'âge… Je passais la chemise, prenant garde en la fermant de ne pas la froisser.

J'enlevais ensuite mon jean pour revêtir le pantalon de toile noire, coupé à l'ancienne. Le gilet était de même couleur, sans manches, avec une pochette sur le devant pour une montre. Je me souvins furtivement de mon père, arborant un pareil costume, certes plus modeste.

Je compris alors pourquoi Esmé avait choisi un fabriquant de marque lorsque je sorti la veste, plus longue à l'arrière, terminée en queue de pie. Je ne pus retenir un sourire amusé. Elle connaissait ma nostalgie des vieux habits. J'avais tout du gentleman anglais des années vingt. La cravate nouée, je m'admirais dans les parois chromées du frigo. Elles me renvoyèrent un reflet qui me plus, et leur couleur grise, me fit paraitre comme sur l'une de ses photos, en noir et blanc, d'un vieil album.

_ Mon chéri, tu es magnifique !

Je me retournais d'un bloc pour voir Esmée sur le pas de la porte. Elle s'approcha avec émotion :

_ Si tu savais depuis combien d'années j'attends ce moment. Je suis si fière de toi, si heureuse que ce soit enfin ton tour.

Ses mains se posèrent sur mes épaules, qu'elle épousseta un peu, pour la forme. Elle lissa le col, inspecta la longueur des manches et visiblement satisfaite, recula de deux pas pour m'admirer à nouveau :

_ Tout est en ordre pour demain. Il est parfait.

_ Le costume ou moi ?

Elle rit alors que j'ajoutais :

_ Ce ne devrait pas être du sur-mesure ? Non ?

_ J'ai l'œil.

_ Expert, on peut le dire.

_ Allez, je te laisse l'enlever. Remets le tout dans la housse.

Elle quitta la pièce et précautionneux, j'enlevais les habits, les glissant un à un dans la housse. Je me retrouvais en caleçon au beau milieu de la cuisine et c'est à cet instant qu'Emmett décida d'apparaître :

_ Edward ! Jasper et moi on se demandait si-

Un rire moqueur lui échappa et je vis Jasper apparaitre à sa suite. Il eut la politesse de ne faire aucune remarque, ce qui ne fut pas le cas d'Emmett :

_ Tu me déçois vraiment ! avoua ce dernier à ma plus grande surprise.

_ Je te demande pardon ?

Je passais mon jeans, agacé, avant d'en boucler la ceinture. Il s'appuya sur l'îlot central, croisant les bras avec désinvolture :

_ Je m'attendais à voir des petits cœurs à la veille de ton mariage, des paillettes, un magnifique boxer rouge ou rose, mais non : Monsieur reste sobre et reste en noir ! Quel manque d'originalité !

_ Occupe-toi de tes affaires ! Elles sont sûrement plus compromettantes que les miennes !

Ce fut au tour de Jasper de rire. Emmett se rembruni :

_ Et on peut savoir ce que tu fiches, presque à poil, dans la cuisine ?

_ J'essayais mon costume pour demain.

Je le rangeais, à l'abri de leurs regards indiscrets et une fois rhabillé me tournais vers eux.

_ Vous aviez quelque chose à me demander, visiblement ?

Emmett regarda Jasper qui levant les yeux au ciel, se tourna vers moi :

_ Nous voudrions connaître tes projets pour ce soir.

_ Ce soir ?

_ Edward, c'est la fin de ton éternel célibat ! Rajouta Emmett.

_ Et j'en suis très heureux.

_ Il faut enterrer ta vie de garçon !

Je les contournais, pour quitter la pièce, cachant mon agacement et mon malaise :

_ Il me semble que je ne suis plus en âge de me considérer comme un jeune garçon. Je suis suffisamment mort pour ne pas subir d'enterrement ! Alors non, messieurs mais ce sera sans moi : ça ne m'intéresse pas.

Jasper eu le temps d'ajouter, avant que je ne survole les escaliers :

_ C'est un ordre d'Alice ! Bella va avoir le sien, à ce qu'il parait.

Je me figeais d'un seul bloc, mâchoires crispées :

_ Pardon ? Comment ça ?

L'esprit tordu de ma sœur risquait de faire des ravages. Que diable avait-elle prévu de lui faire subir ? Je me tournais vers eux :

_ Jasper ?

Il comprit ma question, et jaugeant la proximité d'Emmett, préféra répondre silencieusement.
Elle a prévu une journée entre filles, avec Bella. Cette dernière mange chez Charlie ce soir avec Renée et Phil, tu y es cordialement invité. Mais ensuite…

Je le fixais, nerveusement et Emmett, nous dévisagea tour à tour avant de comprendre :

_ Eh, arrêtez ça ! j'aimerais bien savoir, moi aussi !

_ Ensuite ? Quoi ?

Garder mon calme était chimérique. Je ne pouvais pas. Dévoré de curiosité et de crainte. Jasper, en oublia son tact et la réponse franchie la barrière de ses lèvres plutôt que celle de son esprit :

_ Elles vont en boîte.

Je soufflais, soulagé dans un premier temps mais la tension, toujours présente chez lui, me fit dresser l'oreille :

_ De quel genre de boîte s'agit-il ?

_ De ce genre-là, oui mais pour filles, exclusivement.

Je me mis à bouillir :

_ Tu veux dire que ma sœur va emmener ma femme dans un club de stripteaseurs ?!

_ Il semblerait en effet et je t'assure que l'idée ne me réjouit pas plus que toi.

Savoir qu'Alice va regarder… *Jasper*

Je le vis secouer la tête, pour tenter de chasser sa propre jalousie et les images de danseurs dénudés qui affluaient dans son esprit autant que dans le mien. Hélas, le tact légendaire d'Emmett n'en était pas au même niveau :

_ On dirait bien que Bella va pouvoir se dévergonder autant que toi !

Je lui jetais un regard en biais, peu amical.

_ Quoi ? fit-il en s'esclaffant : On sait tous ce que tu fabriques la nuit. Du moins, on se doute bien où est-ce que tu vas...

_ Emmett reste en dehors de ça !

Je redescendais les marches une à une, tentant de contenir ma colère et mon impuissance :

_ Quand rentrent-t-elles ? Où sont-elles allées ?

Jasper leva aussitôt les mains :

_ Je n'en ai pas la moindre idée ! Alice n'a rien voulu me dire !

Je jurais entre mes dents et dégainais mon portable.

_ Euh… Est-ce que Rosalie y va aussi, ce soir ? Questionna alors Emmett, soudain sérieux.

_ A ton avis ? Arguais-je narquois : Pourquoi s'en priverait-elle ?

Il sorti lui aussi son portable sur lequel il pianota nerveusement.

Point de Vue de Bella

J'avais tout accepté, tout enduré : le coiffeur, les papillotes en aluminium, les shampoings, les soins, la coiffure, la coupe, le brushing, la manucure, la pédicure, le lèche vitrine interminable dans les boutiques de sous-vêtement, de chaussures, de parfums, de cosmétiques, le soin du visage, du dos, des jambes, des pieds, l'épilation des sourcils, des aisselles, des mollets, des cuisses…. Mais là… là s'en était trop !

_ Je veux m'en aller Alice !

_ Bella, c'est la dernière chose à faire ! Nous avons fini ensuite !

_ Tu disais déjà ça tout à l'heure, en entrant chez le coiffeur !

_ Oui mais là, c'est vraiment la fin. Sais-tu où je t'emmène après ?

Je fulminais : je savais bien qu'elle n'en avait pas terminé avec moi. Voyant mon air furibond, elle ajouta :

_ Je t'offre une séance de bains bouillonnants !

_ Je n'en veux pas ! Je veux rentrer !

Elle souffla, alors que je fermais nerveusement mon peignoir.

_ Ne soit pas pudique voyons, on fait ça tous les jours ici ! C'est devenu habituel pour le personnel. Ils ne se rappelleront plus de toi d'ici quelques jours !

Mais moi je ne serais pas prête de l'oublier !

L'esthéticienne arriva, un pot et une spatule dans les mains.

_ C'est pour vous ? Questionna-t-elle en me regardant avec amusement, tandis que je semblais camper sur mes positions, aussi avenante qu'un hérisson, bloquée en position défensive, bras croisés sur ma poitrine.

_ Oui ! affirma Alice avant que je ne puisse ouvrir la bouche.

_ Si vous voulez bien me suivre et vous installer dans la deuxième cabine.

Ne me voyant pas bouger, ma future belle-sœur chuchota :

_ Pense à Edward, il sera ravi j'en suis sûr ! C'est beaucoup plus féminin ! Bella, s'il te plait ! C'est moi qui paye en plus !

_ Ce n'est pas une question d'argent !

_ Et ta nuit de noce alors ? Tu vas le laisser voir ça ?

Je baissais les yeux, tripotant l'attache de mon peignoir. Comment osait-elle ? Sa remarque remua une boule au fond de mon estomac, m'amenant presque au bord des larmes.

_ Les gens ici sont très bien, fait-moi confiance.

Mon cœur battait à tout rompre, je me sentais horriblement honteuse. Elle avait raison, elle le savait et je ne préférais pas savoir comment elle avait eu vent des goûts de son frère. Etais-je prête à endurer ça ?

Je lâchais entre mes dents la haine que j'éprouvais en cet instant envers Alice et suivait l'esthéticienne pour une épilation de maillot en bonne et due forme.

Alice avait eu raison. Pour le bain bouillonnant, pas pour l'épilation… Quel mal de chien ! J'avais l'entrecuisse en feu. M'assoir sur le rebord en carrelage du jacuzzi me tirait la peau désagréablement. L'eau chaude avait au moins pour vertu de détendre les pores de ma peau et de me détendre tout court, après une telle journée marathon.

_ Tu comprends mieux maintenant pourquoi je t'ai fait faire tout ça aujourd'hui ?

_ J'aurais au moins une nuit pour cicatriser et faire passer la douleur, c'est ça ?

_ On peut dire ça, oui.

Elle était dans l'eau, elle aussi, face à moi, accoudée contre le bord du bassin, tenant distraitement un magazine d'une main, sorti tout droit de son sac, posé non loin de l'eau.

_ Demain va aussi être une longue journée, je te préviens. Je sais que la tradition voudrait que tu passes ta dernière nuit de jeune fille dans ta chambre, chez ton père mais je me disais qu'il serait plus pratique que tu dormes à la maison. Edward pourra toujours te prêter sa chambre.

Je sentis mon cœur flancher en entendant son prénom. Il était vrai que je n'avais pas vu sa chambre. J'étais curieuse certes, mais très nerveuse à l'idée de l'affronter dès ce soir, de dormir dans les draps qu'il avait dû occuper, d'appuyer ma tête contre son oreiller...

J'avais l'impression d'être une enfant, timide et naïve vis-à-vis de lui… Ce n'était pas clair. Certes le mariage demain allait mettre les points sur les « i » mais j'ignorais comment il faudrait me comporter, en rentrant, chez Charlie. Allait-il vouloir m'embrasser ? Ferait-il comme si de rien était, comme si rien ne s'était passé dans sa voiture, la veille ?

_ Bella ?

Vite une réponse ! Je n'en avais pas. Qu'importe, je la sentais déterminée. Rien ne servait de lutter visiblement contre la volonté d'Alice.

_Entendu ! Mais je dois faire la cuisine pour ce soir, chez Charlie.

_ Pas de soucis, nous serons rentrées pour dix-huit heure.

Un bruit étrange résonna. Il se répéta et quelque chose se mit à vibrer dans son sac. Elle sourit aussitôt, espiègle et dégaina son portable, en lançant à mon encontre :

_ En parlant du loup…

Elle décrocha :

_ Halo ?... Oui, elle est effectivement là… Mais, ça ne te regarde pas ! Dans un salon de beauté. Pourquoi ?

Je vis un énorme sourire se peindre sur sa bouche, et elle rit aux éclats.

_ C'est ce que nous verrons !

Le bourdonnement de la voix qui lui répondait se fit plus fort et furibond.

_ Qui t'as dit ça ? Jasper, n'a pas su tenir sa langue ?

Elle eut à nouveau un rire, espiègle cette fois :

_ Essaye un peu pour voir !

Alice raccrocha. Son absence de commentaires m'indiqua que je n'allais pas en savoir davantage sur le pourquoi du comment de cette conversation. Le bourdonnement reprit et le portable se mit à vibrer de nouveau. Elle l'ouvrit et l'éteignit sans prendre le temps de répondre.

_ Ton Jules est un tantinet sur les nerfs on dirait ! constata-t-elle sans parvenir à masquer le sourire qui étirait toujours ses lèvres.

_ Vous venez tous à la maison ce soir ?

_ Oui, sauf Carlisle, à cause de l'hôpital.

_ D'accord. Que voulez-vous manger ?

Elle se figea un instant avant de répondre plus sérieusement, cette fois

_ Ne t'inquiètes pas pour nous Bella, cuisine ce dont tu as envie.

Nous n'étions rentrées que depuis quelques minutes, Alice m'aidait à mettre la table quand on frappa à la porte. J'ouvrais sur un Edward visiblement énervé. Ses traits s'adoucirent un peu en me voyant :

_ Bonsoir, murmura-t-il : est-ce que tout va bien ?

Ses prunelles ocre me déstabilisèrent un moment.

_ Euh, oui… Et toi ?

_ Mieux maintenant.

Sa main effleura un instant mon avant-bras avant qu'il n'entre dans la maison et ses yeux foudroyèrent sa sœur. Elle lui sourit, aussi espiègle que cet après-midi. Ils paraissaient se défier du regard, d'une étrange façon. Edward semblait attendre d'elle quelque chose qu'elle n'était pas disposée à lui donner et plus les secondes s'écoulaient, plus elle souriait. Je demandais incrédule :

_ Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça ?

_ Rien Bella. Dis-moi, où sont les serviettes de table ? Je ne les trouve pas.

_ Dans le buffet, tiroir de droite.

Elle se figea un moment, étonnée, puis se tourna vers son frère :

_ Edward, tu tombes bien : il faudrait que tu rentres la table du salon de jardin pour la mettre dans la salle et pousser un peu le canapé.

Je me sentis bête un moment, là, à les regarder faire. Puis, je décidais de gagner la cuisine, pour me rendre utile. Sortant un plat, je le garnissais d'ognons coupés en fines lamelles, de thym et d'huile d'olive. J'y déposais ensuite un rôti de dinde que j'enfournais pour une bonne heure de cuisson. Je remplissais un fait-tout d'eau et commençais à découper les légumes en petits dés.

_ Qu'il y a-t-il au menu pour ce soir ?

Je ne l'avais pas entendu revenir ! Le couteau ripa sur mon index et l'entailla. Je retirais aussitôt ma main et lâchais l'ustensile, surprise.

_ Qu'est-ce qui te…

L'entaille se remplie de sang, qui se mit à couler en une traînée rouge avant de gouter le long de mon doigt puis sur l'évier en faïence. Je passais sans attendre ma main sous le jet du robinet et la couleur vive se délaya dans l'eau. L'odeur était bizarre, je fronçais les narines.

Je me retournais, pour prendre une feuille de sopalin mais me heurtais de plein fouet à son torse, aussi dur et froid que la pierre. Il était là, tout près, les yeux rivés sur moi. Il s'écarta, comme si mon contacte l'avais brûlé ou sérieusement dérangé. Blême, il demanda, mâchoires crispées :

_ Ça va ?

Ses mains, tremblantes se glissèrent dans ses poches, et je devinais qu'il les serrait en deux poings. Je déroulais une feuille d'essuie-tout et me l'enroulais autour de l'index. Le rouge fut absorbé rapidement par le papier spongieux. Mais la vue de mon hémoglobine me mis dans un drôle d'état.

Je cachais ma main, la pressant contre ma poitrine et lui tournais brusquement le dos. Mon cœur se mit à battre rageusement, comme si la situation était une véritable catastrophe alors qu'il ne s'agissait que d'une simple coupure.

_ Tu as mal ?

C'était ridicule de paniquer pour si peu mais un instinct sourd me fit monter une sueur froide le long de mon échine lorsque je sentis sa main venir frôler mon bras. Mon regard croisa ses yeux et la peur me saisit. Ses prunelles étaient sombres, obscures, elles me fixaient sans faillir. Jamais il ne m'avait lancé un tel regard. Jamais jusqu'alors je n'avais eu aussi peur en sa présence (notre rencontre à l'hôpital mise à part). Ses lèvres frémirent puis se plissèrent en une ligne fine et blanche, comme s'il forçait sa bouche à rester fermée.

Je reculais sans comprendre pourquoi, m'écartant de lui. Ses pupilles et ses iris, ne se distinguaient plus. Il jaugea la distance plus grande nous séparant et je le vis respirer prudent.

Je filais vers l'escalier comme une flèche et gagnais la salle de bain dans laquelle je m'enfermais, le souffle court. Le miroir me renvoya un visage à l'expression troublée. Pourquoi pareille panique ? Qu'est-ce qui m'arrivais ? Qu'est-ce qui lui arrivait surtout ? Pourquoi ce regard ? Mon cœur faisait un raffut du diable, battant dans mon crâne avec force. J'eu la fugace sensation d'être une proie, venant tout juste d'échapper à un chasseur, ou pire.

Je devais me calmer, arrêter d'imaginer tout le temps des choses. Je dormais chez lui le soir même, comment l'affronter après pareille situation ? Pour qui allait-t-il me prendre ?

Je mis un pansement avant de redescendre timidement les marches de l'escalier, une à une, en essayant de faire le moins de bruit possible mais le traître se mit à grincer. Il surgit devant moi, jaugea le pansement autour de mon index et je le sentis se détendre presque aussitôt. Je tentais de justifier ma conduite :

_ L'armoire à pharmacie est en haut.

_ Ça va mieux ? Ton doigt ?

_ Oui, ne t'inquiètes pas… je… je ne sais pas ce qui m'a pris.

Ses mains revinrent sur moi, ruinant mes efforts pour calmer mon souffle en une seconde. Mon cœur s'emballa et ses prunelles, semblèrent s'adoucir. En soupirant, il déclara :

_ Toujours maladroite. Essaye de faire attention ce soir.

Je retournais à mes fourneaux, un peu perturbée et intimidée par sa présence à mes côtés. Il insista – plus que la politesse ne le lui permettait – pour couper ce qu'il restait de légumes.

Charlie rentra juste avant l'arrivée des autres Cullen. Carlisle, était de permanence à l'hôpital. Renée suivit avec Phil et je vis ce dernier un peu gêné en serrant la main de mon père.

_ Bella, ma chérie ! Il y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour t'aider ?

_ Non, c'est bon. Edward s'en est chargé.

Elle rit :

_ Un homme qui aide en cuisine ! Garde-le : c'est plus rare qu'on ne croit !

Mon rire fut plus crispé que le sien.

_ Tu as une mère formidable Edward ! Bella si tu voyais la décoration pour demain ! C'est magnifique ! Je suis sûre que ça va te plaire ! Elle m'a montré ta robe aussi ! Une réussite !

Edward se manifesta, d'un ton très détendu il lui fit remarquer qu'évoquer ma tenue de noces était un sujet tabou et qu'il voulait garder la surprise.

La soirée suivit son cours, d'une façon extraordinairement normale et détendue. Etais-je donc la seule personne nerveuse ici ?

_ Alors, Alice quel est le programme de la soirée ? Questionna Renée une fois les entrés débarrassées.

Un silence étrange gagna l'assemblée. Lourd cette fois, les regards se tournèrent tous vers ma voisine de table.

_ Soirée entre filles. Aucun homme n'est accepté.

Elle appuya cette révélation d'un regard lourd de sens vers Edward.

_ Rose, Bella et moi-même allons à Seattle.

Charlie fronça les sourcils :

_ Je n'aime pas savoir trois filles comme vous seules en pleine nuit dans les rues d'une telle ville. Où comptes-tu exactement amener ma fille ?

_ C'est une surprise ! rétorqua-t-elle.

Pareille révélation aiguisa ma curiosité, et alimenta de nouveau ma nervosité. Dormir chez eux allait générer assez d'adrénaline comme ça pour moi !

_ Euh, tu sais Alice… Je n'ai pas vraiment envie de sortir ce soir. J'aimerais me reposer avant demain.

_ Tu ne pourras pas te défiler ! Je suis désolée de grès ou de force je t'y emmènerais et de toute façon les réservations ont étaient faites. Bella tu ne peux pas nous abandonner maintenant.

Ses yeux se remplirent de tristesse et j'entendis des grommèlements mécontents.

_ Bon, je veux bien y aller mais pas longtemps.

_ Merci Bella !

Ses lèvres effleurèrent ma joue. Froides. Son haleine, aussi fraîche qu'un vent d'hiver, caressa ma nuque qui s'hérissa de frissons. Je m'écartais, confuse. Ce contact me faisait frémir. Mon cœur repartit, un peu malmené et j'évitais ses yeux.

_ Je vais chercher la suite.

Ma diversion me permis de quitter la table pour reprendre haleine dans la cuisine. J'y vidais un grand verre d'eau après y avoir laissé infuser une aspirine. Je ne me sentais pas très bien, un peu barbouillée, la tête un peu lourde… La fatigue sans doute ou le stress.

Le dîner se poursuivit et plus il avançait, plus je me sentais mal. L'impatience d'Alice à aller à cette fameuse soirée ne faisais qu'accroître mon mal être. Les cafés furent bus trop rapidement à mon goût et je regardais l'heure déjà tardive avec appréhension.

_ Les filles : cette fois, il faut y aller ! s'écria Alice en se levant.

_ On prend quelle voiture ?

Rosalie. Je l'avais enfin identifiée : il s'agissait de la compagne du grand baraqué Emmett.

_ La Mercedes, Edward prendra sa voiture pour ramener les autres.

Je vis l'intéressé devenir sérieux, ses mains se crispèrent sur la table et il me fixa encore plus gravement. Était-il au courant de l'endroit où elles comptaient m'emmener ? Pourquoi semblait-il si réfractaire ?

_ Alice, fis-je hésitante : je suis fatiguée je crois qu'une soirée détendue serait mieux. J'espère que tu ne comptes pas m'amener en boîte ou dans une soirée animée.

Elle me sourit :

_ Non, ne t'inquiètes pas : tu auras juste à rester assise sur une chaise pour admirer le spectacle. Je pense que tu ne devrais pas piquer du nez.

Je fus rassurée, un poids se souleva. Finalement : la soirée allez être tranquille, simple, entre filles.