- INTERLUDE -
(- 15 -)
.
La jeune femme tentait vainement de se débattre, ses mains liées le repoussant faiblement alors qu'il raffermissait sa prise sur le bas passé autour de son cou délicat. Malgré l'obscurité, il pouvait voir sa bouche s'ouvrir, mais aucun son n'en sortait. Ses dents blanches reflétaient par moments l'éclat de la lune au-dessus de leurs têtes. Il sentit l'ultime soubresaut qui secoua le corps de sa victime avant que celui-ci ne se détende totalement. Il laissa ses mains glisser le long de sa gorge puis il se redressa, haletant, savourant l'exaltation provoquée par l'acte.
Son regard se promena sur ses environs, immobiles et silencieux, imperturbés par les événements. La lune projetait sa douce lumière laiteuse sur le petit parc qui ne profitait d'aucune autre source d'éclairage, ce dont l'homme s'accomodait parfaitement. Ce n'était pas le genre de lieux auxquels il était habitué, une aire de jeu si proche d'un quartier résidentiel, mais cela ne faisait qu'ajouter à l'excitation.
Il reporta son attention vers la jeune femme et se pencha pour placer ses bras au-dessus de sa tête. Son corps était allongé dans le petit toboggan bleu au milieu de l'aire et seules ses jambes en dépassaient. Il s'accroupit face à elle. Elle n'avait plus qu'un soulier au pied, l'autre s'était perdu pendant qu'elle se débattait. Avec des gestes assurés, il la déchaussa et récupéra la paire de chaussures pour la poser à côté de la structure. Ses yeux se posèrent de nouveau le visage de la femme et il émit un son pensif.
-Ils ont tort, tu sais, dit-il à voix haute. Je ne tue pas sans raison.
L'homme sortit de la poche de sa veste un stylo, dévissa lentement le capuchon et saisit le pied gauche de sa victime. Avec application, il traça huit points à l'encre noire que la lune fit miroiter un instant avant qu'elle ne sèche sur la peau.
Une fois satisfait du résultat, il rangea son stylo puis repéra un petit paquet rouge et blanc qui sortait du sac à main de la jeune femme, jeté un peu plus loin sur le sol de terre. Il l'attrapa, l'ouvrit et en sortit une cigarette. Haussant les sourcils avec appréciation, il la glissa entre ses lèvres et l'alluma avec sa baguette. Il inspira une bouffée de fumée chargée de nicotine puis expira lentement, prenant le temps d'admirer son travail.
Car c'était un travail, en effet. Il avait repéré la jeune femme un soir dans une rue non loin du Chaudron Baveur et avait passé plusieurs jours à la suivre, à retenir ses trajets, à observer ses faits et gestes jusqu'à ce qu'il décide de passer à l'action. Cela avait pris du temps et demandé des efforts. Il savait qu'elle était étudiante, mais ne connaissait pas son nom. Tous les soirs, elle s'asseyait sur l'une des balançoires de l'aire de jeu et fumait une cigarette, parfois avec une ou plusieurs amies, souvent seule. Comme ce fut le cas ce jour-là.
Il pensa à la réaction des Aurors lorsqu'ils découvriraient son corps et laissa échapper un éclat de rire dans un nuage de fumée. Les Aurors. Particulièrement le Lieutenant et son idiot de partenaire, cela l'amusait grandement de les voir courir partout tels des coqs à qui l'on vient de couper la tête. Ce qui l'amusait beaucoup moins, cependant, c'était qu'on le compare à Donnie Spencer.
-Je ne suis pas comme ce dégénéré de Spencer, lâcha-t-il abruptement en regardant le visage de sa victime. Je ne tue pas sans raison. Tu sais ce que tu as fait pour mériter ça. Elles le savaient toutes.
Sans empressement, l'homme termina sa cigarette et se releva. Il jeta un dernier regard à son œuvre et s'en alla, disparaissant dans l'obscurité.
