Yo !
A croire que ce recueil est devenu exclusivement dédié à cet UA dépression (ça sonne tellement ridicule dit comme ça mais je sais pas comment le formuler autrement. Imaginez ça en tag sur ao3 [Alternatue Universe — Depression & Anxiety] XD well, c'est pas un univers mais, uh, je me comprends), c'est encore dans l'UA de tous les OS qui commencent par « Apparemment ».
Pour la Nuit du FoF, écrit en un peu plus d'une heure sur le thème Clarté.
Pas de TW pour cette fois ! Yay !
Bonne lecture !
Apparemment, la nuit est noire
Armin est venu décrocher les guirlandes.
C'est lui qui les avait amenées, alors c'était logique. Enfin, il n'était pas venu pour ça, il était venu pour moi, enfin, pour me voir, enfin, pour voir comment j'allais.
Il m'a demandé comment j'allais et j'ai pas su quoi répondre, parce que je savais pas.
Je sais toujours pas.
Mais il a vu les guirlandes accrochées à ma fenêtre, un mois, plus d'un mois après Noël et il a dit qu'il revenait avec un sac pour les décrocher. Il est parti en me posant une main légère sur l'épaule, et après, une demi-heure après, Armin est venu décrocher les guirlandes.
C'est maintenant et il fait nuit, et lui qui pense toujours à tout il n'a pas pensé au couvre-feu et il est dix-huit heures moins dix et il habite à un quart d'heure d'ici. Je ne crois pas qu'il n'y a pas pensé, mais il rit doucement et il me regarde avec un brin d'espoir et bien sûr qu'il peut rester pour la nuit.
Ça me fait penser, quand on était gamins. On était gamins et j'allais dormir chez lui ou l'inverse. Chez lui, au plafond et aux murs, il avait collé des tas d'étoiles phosphorescentes, il avait dessiné des constellations. On éteignait tout et c'était comme d'être dans le ciel.
Il me racontait ce que son grand-père lui avait raconté. C'était une des rares occurrences où il ne bafouillait pas du tout. Il ne parlait jamais de la guerre, des attaques navales, des morts et de la tristesse, seulement des nuits sur son bateau. Du froid qu'il faisait parfois, du vent qui battait le pont. De la mer d'huile, certaines nuits, où les étoiles se reflétaient et son grand-père se sentait perdu au milieu de l'univers. Entre ciel et mer.
Il me demande si j'ai de quoi faire du chocolat chaud, mais j'ai pas de chocolat.
Du lait ?
Un café au lait très sucré alors. Avec beaucoup de lait et du sirop de caramel que je-ne-sais-plus-qui m'a offert.
Je saurais pas expliquer.
Je saurais pas expliquer ce qui s'est passé, ce qu'on s'est dit. Je sais pas mais là je suis bien. On n'a pas décroché les guirlandes. On les regarde, et ça remplace bien les étoiles qu'on peut pas voir en ville.
Il bâille, mais il ne fait pas mine d'aller se coucher. Il ne propose pas non plus de regarder un film. Ni de manger. Je me demande s'il a faim. Moi, non. Il est trois heures passées et une à une les lumières des appartements alentours se sont éteintes. Ils n'ont plus de guirlandes, et les rues ont été débarrassées des décorations festives. Les lampadaires sont en panne, alors il fait noir de noir.
Il n'y a que notre guirlande qui brille encore. Une petite ligne de clartés accrochées ensemble, au milieu du monde.
T'as l'air éclaté.
Il sourit. C'est tout groggy. Il pose la tête sur mon épaule, et il sent le shampoing solide, à l'eucalyptus.
Je suis éclaté.
Mais il ne ferme pas les yeux. Il regarde les loupiotes qui se reflètent là, dans l'océan entre ses cils, et c'est comme les étoiles sur la mer d'huile. C'est calme et doux et rassurant.
Tu veux pas dormir ?
Il frotte son nez sur mon épaule un moment, comme il fait parfois pour se réveiller le matin — faisait, en tout cas, faisait — et quand il redresse le visage ses yeux sont encore plus ouverts. Il quitte doucement mon corps, avec une précaution extrême, et le geste me donne envie de pleurer. Il prend nos deux tasses, s'éloigne pour aller les remplir, mais quand je déglutis un peu fort, je le vois se retourner et je sais que son attention ne me quitte pas d'un pouce. Il me sourit pendant que le café réchauffe, le bruit sourd du micro-ondes qui tourne.
Tu ne vas pas dormir, Eren.
Je ne sais pas comment il sait, mais il sait, et ses yeux sont tellement doux, même dans l'obscurité je les vois, c'est comme s'ils étaient une lumière à part-entière, son sourire une clarté, sa patience brille dans la nuit comme son pyjama Nasa.
Je veux lui expliquer, lui dire que je vais essayer de dormir, que j'ai des médicaments pour ça, qu'il peut dormir, que ça me dérange pas.
Ta gueule, Armin.
Il grimace, et je grimace, et il lève la main dès que j'ouvre la bouche. Il sort les cafés avant que le micro-ondes ne sonne, et je crois que j'aurais crisé si ce son strident avait perturbé la nuit délicate. Il secoue la tête, apporte les cafés, revient s'asseoir sur le bord du lit, tourné vers la fenêtre illuminée.
C'est pas grave.
Il est assis plus loin de moi que tout à l'heure pourtant. Je prends une gorgée de café. Le sien est plus noir que le précédent. Il va bien falloir ça, si on veut traverser la nuit ensemble.
Si. Je veux pas te parler comme ça. C'est naze.
Il soupire, fait glisser son doigt sur le rebord de la porcelaine un moment.
Tant que tu parles plus de moi au masculin ça va.
Quoi ?
Il, enfin, elle, ou, Armin se tourne vers moi et je suis pas sûr d'avoir compris. Ses yeux n'ont pas changé. Ils sont toujours comme avant, doux et un peu effrayés de tout.
C'est un coming-out, Eren. Je suis non-binaire.
Et je prends le temps. De comprendre, de chercher quoi répondre. J'opine du chef.
Donc … Tu utilises le neutre ?
Et je capte que je sais pas faire les accords au neutre à l'oral. Je m'entraîne, avec Hanji, parce que c'est une personne importante pour Levi, mais c'est plus facile parce qu'Hanji vient moins souvent dans la conversation. Je parle moins souvent avec Hanji. Je parle tout le temps avec Armin. C'est quoi, les bons mots pour lui dire que je l'aime et que j'ai aucune intention de lui causer le moindre mal et que je vais sans doute faire de la merde et que je serai peut-être même pas foutu de m'excuser correctement ?
Tu peux utiliser le féminin. En tout cas ce soir.
Et demain ?
Demain, demande-moi demain.
C'est drôle. C'est drôle, parce que ça lui ressemble pas vraiment de pas savoir ce qui va se passer, et d'être OK avec ça. D'accepter ce qu'iel ne contrôle pas. Là, c'est encore plus fort. Enfin j'imagine. On ne contrôle pas son genre. C'est une idée un peu folle. Et puis d'abord, comment Armin sait ? Tant de questions. Et la conviction, profonde et intime, que je dois pas les poser.
OK.
Et Armin sourit encore, et revient plus proche. Est-ce qu'iel a eu peur de ma réaction ? Que je lui fasse mal, comme ça ? Que je crie ? Sa tête sur mon épaule, et ma tête sur sa tête. Le shampoing, et puis ses doigts dans les miens, et mon cœur qui bat comme rarement.
C'est éblouissant.
De sortir.
Sortir de moi.
De l'indifférence.
Et cette fois, les larmes se forment vraiment dans mes yeux et je serre ses doigts et merde, je suis même pas triste pourtant ce soir, mais c'est comme une grande bouffée d'air, comme s'iel avait pris le poids qui alourdissait ma poitrine et l'avait balancé. D'un coup.
J'avais peur.
J'avais tellement peur.
De cette indifférence qui me suit, de jour et de nuit, quand je suis seul ou accompagné, tout le temps. Cette imperméabilité à tout. L'impression de ne plus être moi-même. De ne plus être capable de ressentir, et surtout de ne plus être capable d'aimer. De mentir. De ne plus faire attention. De ne plus être touché par quoi que ce soit d'autre que les blessures à mon ego.
Et Armin passe juste un bras autour de moi, me retire la tasse de la main et je n'ai plus rien pour l'occuper alors je m'accroche à ses vêtement et iel me laisse pleurer comme ça, sangloter, et sa voix est claire comme une étoile quand iel chante.
You might be scared
But that's your strengh
You must be tired
Hold on a sec
You feel disgraced
And full of shame
You're halfway there
Until the light
Lack of hope
No way to cope
I'm sorry to say
I believe in you
That loneliness
Is all you have
But you know what?
It's not your fault.
Et sa voix se casse presque, en même temps que ma gorge se serre. Un souffle pour deux, on dirait, et je la serre autant qu'iel me serre, et sa voix continue, continue en boucle jusqu'à ce que les larmes soient taries et que mes yeux me fassent mal.
Des lumières de Noël pétées, les reflets dans ses larmes, sur ses joues, dans ses yeux brillants. Une couche épaisse d'eau salée sur le bleu de ses iris. La mer. C'est vraiment la mer. Tout un océan dans ses yeux. Et iel embrasse mon front, et je m'éloigne un peu et je renifle. C'est pas confortable, des mucus comme ça, dans ma respiration, c'est gênant mais je reste un moment comme ça, avant de m'écarter pour attraper un paquet de mouchoirs et du tabac.
Ça aide à respirer, de fumer. En tout cas je trouve. Voir le nuage qu'on fait. Voir ce que ça fait d'être vivant, vraiment, devant les yeux, la fumée c'est ma respiration.
Et les doigts sur mon dos, chauds, et regarder Armin. J'ai un peu envie de l'embrasser. Je crois pas que je l'aime comme ça, non, juste, maintenant, là tout de suite j'ai envie. Mais j'occupe ma bouche à fumer et la sienne à sourire, à parler, à me dire,
Un jour, quand ce sera possible pour nous deux, on parlera de tout ça. De tout ce qui fait mal. De tout ce qu'il y a dedans. Là, on peut pas. Je sais pas toi, Eren, mais moi je crois pas que j'y arriverais. Honnêtement je crois pas non plus que tu y arriverais. Alors pour l'instant …
Iel essuie ses larmes. C'est étrange comme c'est familier, de lea trouver belle quand iel pleure. Iel pleurait beaucoup, avant. Maintenant un peu moins.
On se lâche pas.
Je lâche pas sa main. Iel lâche pas la mienne. C'est le milieu de la nuit, encore plusieurs heures avant le soleil. La vision troublée de larmes, d'obscurité et de fumée, pour une fois tout est clair.
Putain, non.
.
.
.
Voilà ?
Je sais pas si en continuant cet UA je vais explorer la piste de la romance entre Armin et Eren, à voir.
La chanson que j'utilise c'est Light the Light de RADWIMPS et elle est juste absolument parfaite. Je crois que c'est une des chansons qui m'a fait le plus pleurer, alors que je la connais depuis pas longtemps. Mais pleurer parce qu'on se sent d'un coup en sécurité et qu'on s'y attendait pas ? Quand tu te sens pas bien et naze et envie de mourir mais une personne imaginaire te dit « Je te vois » ? Je sais pas. Si vous avez un jour de down, j'espère que cet OS aura pu vous réconforter.
Et si quelqu'un a besoin de l'entendre, je veux te dire : C'est pas ta faute. Et tu es une personne précieuse.
Sur ce.
