Chapitre 14 : Zmeya
Harry marchait tranquillement dans les rues fréquentées de Moscou. Malgré le fait qu'il faisait beau soleil, il faisait extrêmement froid. Il rentra sa tête un peu plus dans son col et accéléra légèrement le pas sans être pressé pour rentrer à l'Hotel Continental. Les anneaux de son Ombr'Lune se resserrèrent légèrement autour de son cou, détestant lui aussi la morsure du froid. Encore plus que le jeune sorcier lui-même !
Rapidement, il rentra à l'Hôtel et fut interpellé par le Concierge.
« Oui, Gideon ? » demanda-t-il.
« Mr Santoni vous attend dans le salon privé. »
« Ah ! Déjà. Bien ... Merci, Gideon. »
« C'est un plaisir, Mr Black. »
Malgré toutes ces années et le fait qu'il l'avait souvent gardé, le Concierge l'appelait toujours ainsi alors qu'il lui avait dit plus d'une fois qu'il pouvait l'appeler par son prénom. Mais Gideon n'en démordait pas. Alors le jeune sorcier avait abandonné.
« Mr Black ? »
« Oui, Gideon ? » sourit Harry en se retournant.
« Votre père m'a chargé de vous informer qu'il rentrait à la maison. »
« Merci, Gideon. »
Ce dernier inclina la tête et Harry monta à l'étage pour voir Mr Santoni.
« Ah ! L'homme de la situation, » sourit l'Italien en levant son verre. « Bravo, Zmeya ! Très réussi ! »
« Vous avez demandé de la discrétion, Mr Santoni, » répondit Harry avec un fort accent russe.
« Comment fais-tu pour les empoisonner si facilement sans que personne ne le remarque ? »
Harry sourit alors qu'il refusait le verre d'alcool qu'un homme lui tendait.
« Navré, je ne peux accepter. Même si les lois sont peu de choses, je n'ai pas encore l'âge de boire. Et l'alcool peut avoir des effets néfastes sur les jeunes esprits. Dans quelques années, peut-être. »
« C'est vrai que tu n'es encore qu'un gamin, Zmeya..., » fit pensivement Santoni en le regardant de ses yeux gris perçants. « On ne dirait pas quand on voit le travail que tu accomplis. »
« Mon père m'a bien formé, » rétorqua simplement le sorcier en acceptant cette fois-ci la tasse de café.
« Ah oui ... Le Fantôme... Un homme qu'on ne voit jamais venir et un adolescent qui empoisonne votre existence ... Vos techniques sont pourtant très différentes. »
« Ne vous détrompez pas, Mr Santoni, » rit doucement le dit adolescent. « Je suis assez coriace au combat rapproché ou avec une arme à feu, mais j'ai une préférence pour les poisons. Si un simple duel ne m'effraie pas, voire une petite bagarre, je préfère les éviter. On peut être si facilement surpassé par les événements. Je préfère garder un certain contrôle et partir aussi discrètement que je suis rentré... »
« Et c'est ce que j'aime dans votre famille, » s'exclama joyeusement l'Italien. « La discrétion ! » Il sortit son téléphone et le pianota quelques instants. « Voilà ! Ton paiement est fait, Zmeya ! »
« Ce fut un plaisir, Mr Santoni, » sourit Harry en tendant la main.
L'homme la serra vigoureusement.
« Si jamais, il y a une place pour toi dans ma garde rapprochée, » proposa-t-il.
« Navré, Monsieur, » refusa poliment l'adolescent. « Mais mon père a déjà fait partie d'un groupe autrefois et cela ne s'est pas très bien passé. Nous préférons vivre de contrats ponctuels et être totalement libres du reste. »
« Je comprends. Si jamais tu changes d'avis, n'hésite pas. »
« L'information est notée, Mr Santoni. Bonne journée. »
Harry repartit comme il était venu et paya l'occupation de sa chambre d'une pièce d'or après avoir récupéré ses quelques affaires. Il marcha sur quelques rues avant de se glisser dans une impasse et de transplaner vers la maison. Son père lui laissait bien plus de liberté depuis qu'il lui avait appris à transplaner. Ce qui était somme toute assez pratique. Autant pour agir rapidement que pour parcourir de longues distances.
Il marcha quelques minutes sur la plage en admirant la vue qu'il avait de Vladivostok et de la mer du Japon. Il respira avec bonheur l'air marin avant de rentrer. Qu'il était bon de revenir à la maison. Là, il ôta sa veste et l'accrocha au porte-manteau et rangea immédiatement ses armes, ne gardant que sa baguette.
« Papa, je suis rentré, » informa-t-il d'une voix un peu plus forte que d'habitude en ne le voyant pas dans les pièces de vie.
« Je suis dans le labo ! »
Harry prit son Ombr'Lune et le plaça dans son terrarium ouvert, placé sous un sort de chaleur, et descendit dans le laboratoire à potions pour voir le nouveau carnage. Ses soupçons furent confirmés. Son père avait été blessé.
« Ca va ? »
« Ouais, » répondit Regulus. « Le souci c'est que c'est dans le dos et que la balle est restée. »
« Bouge pas. Je t'arrange ça. »
« Ta journée a été bonne ? »
« Calme mais excellente. Et Mr Santoni m'a proposé un job... »
« Ah ? »
« Faire partie de sa garde. J'ai refusé. J'aime trop notre liberté pour me soumettre à un homme. »
« Mais encore ? »
« Je n'ai pas confiance en Santoni. » Regulus pouffa. « Il m'a demandé de tuer son oncle et les personnes qu'il rencontrait. Toute la table... Je n'aime pas ces gens qui s'en prennent à leur famille pour un peu plus de pouvoir. »
Le père savait qu'il s'agissait d'un vieux ressenti par rapport à son ancienne famille, les Potter, qui l'avaient rejeté lui parce qu'il n'avait soi-disant aucun pouvoir, et ensuite les Dursley parce que justement il en avait. Certes, ce n'était pas le même genre de pouvoir mais le principe était le même. Il détestait cela. Il grogna quand il sentit la balle sortir sous un acciode son fils.
« Tu as quand même tué sa famille, » dit-il ensuite.
« C'est leur problème. Je ne fais que le travail pour lequel on me paie. Je n'ai compris qu'après qu'il s'agissait de son oncle. Il m'avait donné le lieu de rencontre, c'est tout. Mais cela m'amène à ne pas faire confiance à cet homme. S'il est capable de commanditer la mort de son oncle, qu'est-ce qu'il pourrait décider à notre sujet alors que nous n'avons aucun lien du sang ? Je préfère rester loin de ce genre de personnes. »
« Et tu as bien raison. Santoni me fait penser un peu au Seigneur des Ténèbres sur ce point de vue-là. »
Harry agita sa baguette au-dessus de la plaie sanguinolente et murmura un sort de soin. Il ne resta plus qu'une simple trace rouge sur laquelle il appliqua de l'essence de Murlap.
« Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu comptais faire à son sujet, »fit-il remarquer. « Cela fait maintenant ... quoi ... un peu près un an et demi qu'il est revenu. »
« Je t'ai dit que je ne le rejoindrais pas, » soupira Regulus.
« Ouais, je sais. Mais ça c'était avant que l'on découvre un de ses Mangemorts dans la Grand'Rue qui tentait de toute évidence de faire sa propagande à quelques extrémistes et à des jeunes crapules ... »
« Tant que cela ne nous touche pas... »
« C'est là que cela pourrait poser problème, Papa. » Ce dernier fronça les sourcils alors qu'il se redressait. « Je ne suis pas sûr mais je pense en avoir vu un au Continental ce matin avant de partir travailler. Un homme grand, blond, imbu de lui-même avec une canne à pommeau. »
« Quand tu dis blond, c'est-à-dire ? »
« Presque blanc. »
« Les yeux comme du métal en fusion ? »
« Hmmm... Ca, je n'en suis pas sûr. Je n'étais pas assez prêt pour te le confirmer. Mais il avait un accoutrement assez chic, bien que cela me faisait un peu penser à ces tenues sorcières que j'ai vues quelques fois au Chemin de Traverse quand on y allait. »
« Oh Merlin... Si Lucius Malfoy se pointe au Continental, cela ne peut pas sentir bon, » maugréa Regulus en se passant une main sur le visage. « Généralement, quand il se déplace, c'est qu'il est à la recherche de quelque chose de rare et difficile à s'approprier. Et s'il est venu carrément au Continental... cela peut supposer un service que seul un membre de la communauté peut rendre. »
« Malfoy ? Un Sang-Pur, non ? » Le plus âgé confirma d'un signe de tête. « Qu'est-ce qu'un Sang-Pur viendrait faire dans un tas de merde moldu ? »
« Malfoy est un opportuniste. Même s'il dénigre les Moldus, il peut s'en servir s'il y gagne quelque chose. Et puis, on sait qu'il y a quelques sorciers qui travaillent dans l'organisation. Ils se font juste aussi discrets que nous. »
« Il pourrait être un membre, tu crois ? »
« C'est une possibilité, mais je n'y mettrais pas ma main à couper... »
Les deux sorciers soupirèrent et remontèrent lentement dans le salon. Regulus sortit une bière et un soda du frigo, tendant ce dernier à son fils. Ce dernier pointa ensuite l'échiquier du menton.
« Ca te tente ? »
« Tu veux te faire écraser ? »
« Il n'y a que comme ça que je vais apprendre, » rit le plus jeune.
Regulus sourit et agita le poignet. L'échiquier lévita jusqu'à eux et ils commencèrent à jouer tranquillement dans leur havre de paix.
