Chapitre 14

Maison Kent, Métropolis :

L'annonce de leur départ pour Métropolis avait suscité chez Lena autant d'enthousiasme que d'angoisse. Lorsque Kara lui avait offert son cadeau de Noël, la milliardaire n'avait pas tout de suite compris mais dès que la blonde lui avait fait part de ses plans, elle s'était sentie incroyablement touchée. L'initiative de la jeune Danvers lui avait demandé énormément de temps, et d'argent, ce que la brune ne pensait pas mériter. Toutefois, elle n'avait rien dit, et son coeur s'était gonflé d'euphorie à l'idée de passer un week-end entier en compagnie de celle qu'elle aimait, loin de leurs amis, et surtout d'Alex. Lena n'avait toujours pas digéré l'interruption qu'avait provoqué la plus âgée des deux sœurs en pénétrant sur la terrasse, gâchant tout leur moment. Depuis, la milliardaire avait la désagréable sensation d'avoir un trou dans la poitrine, comme s'il manquait une partie d'elle, dont elle avait besoin pour exister véritablement.

Après plus de neuf heures de train, elles étaient enfin arrivées dans la ville natale de Lena et, plus précisément, dans le petit quartier chic où demeurait Clark Kent. A l'idée de revoir son cousin, Kara était devenue légèrement anxieuse. Cela faisait plus d'un an qu'elle ne l'avait pas vu et ils n'avaient pas échangé beaucoup d'appels ou de mails depuis. Le journaliste était particulièrement occupé en ce moment, avec son nouveau travail au Daily Planet, ce que la blonde comprenait sans mal. C'était lui qui lui avait transmis son goût pour cette profession.

Un instant d'hésitation la saisissait et elle mordait sa lèvre. Le voyant, Lena avait délicatement saisi l'une des mains de Kara dans la sienne et lui avait offert un petit sourire. Elle n'était pas vraiment au courant de la relation de l'adolescente avec le dernier membre de sa famille, mais elle se souvenait qu'ils étaient proches le jour où Lex avait enlevé la vie des parents de Kara, dans cet aéroport. Un regain de courage s'emparait des cellules de la blonde et, après un petit soupir d'angoisse, son point s'abattait contre le bois dur de la porte d'entrée. La maison de Clark était un simple petit plein pied très élégant, pas très grand mais plus que suffisant pour la vie qu'il menait avec sa compagne, Loïs.

Finalement, les minutes passèrent et la porte s'ouvrait. La silhouette frêle de Clark apparaissait dans l'embrasure. Le jeune homme n'avait pas changé, pensait Kara, dont le sourire était revenu en distinguant celui qui venait de naître sur les lèvres de son cousin. Ses lunettes carrées sur le nez, ses cheveux bruns en bataille et ses jolis yeux bleus étaient toujours les mêmes. Le visage rieur du journaliste ne semblait pas avoir souffert du poids des années, et à vrai dire, il se disait la même chose de sa petite cousine, qui avait juste prit quelques centimètres.

- Kara ! S'exclama-t-il en offrant une longue étreinte à la blonde. Je suis content de te revoir.

L'adolescente serrait à son tour son aîné dans ses bras, humant son parfum familier. La proximité de Clark, ses étreintes rassurantes, tout cela lui avait particulièrement manqué. Elle ne s'en était pas rendue compte avant cet instant, mais elle mesurait maintenant à quel point il était compliqué d'être loin des personnes que l'on aimait. Et elle avait énormément d'amour et d'admiration pour le brun. Il était le seul à l'avoir connue avant la mort de ses parents, le seul à pouvoir lui conter les histoires de leur famille dont ils étaient les deux derniers membres.

- Clark, salua-t-elle avec enthousiasme. Merci d'avoir accepté de nous héberger pour la nuit.

- C'est normal, justifia le brun en hochant la tête. Qu'est-ce que je ne ferais pas pour ma cousine préférée ?

Kara quittait l'étreinte du jeune homme, un sourire amusé, pour aussitôt lui pousser gentiment l'épaule. Non seulement leurs apparences n'avaient pas changées, mais leurs habitudes taquines non plus. Le coeur de la blonde se gonflait de soulagement à ce constat.

- En même temps, je suis ta seule cousine, déclara-t-elle en feignant une moue boudeuse qui fit rire le journaliste.

Perdant l'équilibre, la jeune Danvers tombait légèrement vers la gauche, heurtant doucement l'épaule de Lena, qui s'empressait de saisir son bras pour lui donner la stabilité nécessaire. Alors, le visage de la blonde se teintait d'étonnement, qui se transformait vite en culpabilité. L'euphorie qu'elle avait ressenti en revoyant son cousin lui avait totalement fait oublier la présence de la brune à ses côtés, qui attendait patiemment en les observant. La mine plus fermée depuis que Clark avait ouvert la porte, Lena avait senti s'accroître la boule d'angoisse présente dans son ventre. Le brun et elle se connaissait déjà particulièrement bien puisqu'avant le meurtre des parents de Kara, le journaliste passait énormément de temps au manoir Luthor, en compagnie de Lex. C'était assez étrange à dire mais le garçon se rendait compte qu'il avait vu grandir Kara autant que Lena.

- Oh euh, je suis totalement désolée, j'ai oublié de faire les présentations, s'excusa la blonde en regardant les deux jeunes gens, passant une main nerveuse dans sa nuque. Clark, je te présente...

- Lena Luthor, la coupa-t-il, le regard rivé sur la brune aux côtés de sa cousine. On se connait déjà.

La Danvers fronçait les sourcils, laissant son regard passer de l'un à l'autre de ses interlocuteurs. Ces derniers, raides, se fixaient comme deux chiens de faïences, si bien que la blonde en venait à se demander lequel des deux allait sauter sur l'autre en premier. La milliardaire, contrairement à Clark qui n'avait pas été mis au courant de l'identité de l'amie accompagnant sa cousine, savait dans quoi elle s'embarquait lorsqu'elle avait accepté de suivre Kara à Métropolis. Toutefois, être là, devant le brun, était bien différent de ce qu'elle avait imaginé. Et elle ne comprenait que trop bien l'animosité qui habitait le jeune homme à son égard car, si elle avait été à sa place, elle ne doutait pas de ce qu'elle aurait elle-même ressenti.

- Je ne pensais pas te revoir un jour, avoua le journaliste sur un ton dur. Ça m'étonnes que tu ne loges pas chez ta mère. J'ai entendu la rumeur disant que tu étais partie t'installer à Midvale mais... je n'aurai jamais cru que tu aies les reins assez solides pour y rester après... tu sais...

- C'est que tu ne me connais pas si bien que ça, alors, le coupa-t-elle avec bien plus de froideur que le jeune homme.

Leur combat de regard continuait d'autant plus après ces paroles, laissant Kara avec de profondes interrogations. Qu'allait dire son cousin avant que la brune ne le coupe ? Pourquoi cette dernière s'était-elle soudainement tendue sur ses allégations ? Se pouvait-il que la blonde ne soit pas au courant de quelque chose d'important ? Probablement.

Toutefois, la Danvers n'eût pas le temps de s'interroger plus que cela, ni même de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Loïs, le ventre particulièrement rond, venait d'apparaître dans l'embrasure de la porte, juste derrière son petit-ami, l'air soucieux. Cela faisait plusieurs minutes qu'ils discutaient à l'extérieur de la maison et la jeune femme était inquiète qu'il se soit passée quelque chose. Mais, lorsqu'elle fût suffisamment proche des deux arrivantes pour distinguer l'identité de Lena, son regard inquiet se teintait d'étonnement. De toutes les personnes sur cette terre, la milliardaire était bien la dernière personne qu'elle s'attendait à voir devant sa porte un jour. Néanmoins, son regard surpris laissait rapidement place à une lueur plus chaleureuse. Contrairement à Clark, même si elle connaissait le passif de son amant, elle n'avait rien de personnel contre la Luthor. Elle l'avait déjà rencontré par le passé et Lena lui avait étrangement fait bonne impression.

- Tu comptes les laisser sur le pas de la porte ? S'enquit Loïs sur un ton taquin.

Le journaliste, gentiment repoussé par sa compagne, fit quelques pas en arrière, le visage fermé. Sa collègue de travail avait raison. Il s'était engagé auprès d'Eliza Danvers, et il ne pouvait clairement pas laisser sa cousine dehors, quand bien même Lena aurait été en capacité de leur offrir une chambre dans le plus prestigieux hôtel de Métropolis.

- Non, bien sûr que non, déclara-t-il, bougon, en laissant les deux adolescentes entrer dans la maison. Vous pouvez vous installer dans la chambre d'amis, au fond du couloir.

Kara hochait la tête tandis que Lena soupirait, évacuant enfin la tension de ses muscles tendus. Elle ne savait pas ce que ce week-end leur réservait mais il commençait déjà un peu trop mal à sa mode.

- Je connais le chemin, lança la blonde en emmenant la milliardaire à sa suite, glissant sa main dans la sienne.

Les deux propriétaires de la maison les suivaient de leurs regards, qui se posaient automatiquement sur leurs mains liés. Tendrement, Loïs passait une main sur l'épaule de son petit-ami, la lui massant délicatement. Clark n'était pas ravi de voir la brune si proche de sa cousine, et c'était quelque chose de légitime que la journaliste n'avait pas de mal à comprendre. Elle avait elle-même vécu une situation plus ou moins semblable avec sa soeur cadette.

- Tu regrettes d'avoir accepté de les héberger ? Demanda-t-elle avec douceur.

- J'ai juste peur pour Kara, soupira-t-il.

Loïs hochait la tête, laissant un court silence s'installer entre eux.

- Ta cousine a dix-sept ans demain, Clark. Elle est devenue assez grande pour que tu respectes ses choix.

- Je sais bien mais, une Luthor ? Je ne veux pas qu'elle souffre. Souviens-toi d'Andrea.

- Justement, n'est-ce pas Lena qui a le plus souffert dans cette histoire ?

Le journaliste fronçait les sourcils, laissant apparaître un petit sourire sur les lèvres de sa collègue. Il savait qu'elle avait raison. Andrea n'était pas un bon exemple mais, à la manière dont la milliardaire l'avait coupé dans sa lancée, il savait aussi que sa cousine n'était pas au courant de cet épisode de la vie de son amie. Et il n'était pourtant pas négligeable.

- Cesse de voir le mal partout, Clark.

La future maman déposait un baiser sur la joue de son petit-ami, mettant fin à leur échange. Le brun n'était pas, et ne serait jamais, objectif sur ce sujet. Contrairement à lui, Loïs était très enthousiaste à l'idée de rencontrer plus personnellement la brune. Et quoi de mieux pour cela, que de l'avoir autour d'une table pour dîner ?

oOoOoOo

Amphithéâtre, Métropolis University, Métropolis :

Cela faisait plusieurs heures que Kara et Lena étaient assises là, sur l'un des sièges en bois de l'un des amphithéâtres de l'université de Métropolis. La ville natale de la milliardaire recevait, comme tous les ans, l'une des plus prestigieuses expositions sur les nouvelles technologies du pays. Quand la brune l'avait su, elle avait regretté d'avoir quitter si tôt la ville où elle avait grandi, car elle était persuadée de ne pas pouvoir s'y rendre, comme chaque année. Du moins, jusqu'à ce que Kara débourse une petite fortune pour leur offrir le voyage et les places d'entrées pour toutes les expositions et conférences de l'université.

La jeune Danvers n'était pas réellement passionnée par ce qui se passait devant elles. Après avoir fait le tour des différentes expositions, Lena avait tenu à ce qu'elles se rendent dans l'amphithéâtre principal pour assister à la conférence sur les technologies de pointes de la santé. Kara s'intéressait au sujet mais, dès qu'elle pensait suivre correctement les dires des intervenants, ceux-ci disaient quelque chose dont elle ne saisissait pas le sens, et la blonde se sentait totalement perdue. Ce qui n'était clairement pas le cas de la milliardaire, qui était pendue au discours du jeune homme sur scène, particulièrement intéressée par les idées qu'il défendait.

Lena était si belle lorsqu'elle était concentrée, pensait Kara, dont le regard venait de dériver sur la brune, observant ses traits avec indiscrétion. Pourquoi l'aurait-elle été ? Désormais, ses sentiments envers la milliardaire n'était plus un secret pour cette dernière. Tout avait juste été écourté beaucoup trop rapidement. La blonde se mordait la lèvre inférieure. Qu'est-ce qui la retenait de l'embrasser, là, tout de suite ?

Les applaudissements qui s'élevèrent dans les airs soudainement firent office de réponse. La pièce était bondée de personnalités en tout genre : scientifiques, entrepreneurs, étudiants, milliardaires, journalistes... Kara avait réellement l'impression d'être une intruse. Elle n'avait rien à faire là. Elle n'appartenait pas à ce monde qui rassemblait l'élite du pays. Toutefois, ses réflexions autant que son malaise furent vite envolés lorsque les traits de Lena se déformèrent sous la surprise.

Un simple coup d'œil vers l'estrade devant elles indiquait à la blonde que le nouvel intervenant avait changé. Le roux qui se tenait sur la scène, quelques secondes plus tôt, avait laissé place à une jolie jeune femme au teint halé et à la chevelure châtain. Pendant un instant, Kara avait cru voir Sam, puis elle s'était aperçue que ce n'était pas du tout son amie. Mais il n'empêchait que la blonde était persuadée que cette jeune femme n'était pas beaucoup plus âgée qu'elles. Qu'est-ce que quelqu'un de si jeune faisait là, devant des centaines de personnes, à présenter un projet de cet envergure ?

- Est-ce que tu la connais ? S'enquit Kara en se penchant vers son amie pour murmurer à son oreille sans déranger l'assemblée qui les entouraient.

- Oui, hésita la milliardaire, on peut dire ça comme ça.

La Danvers fronçait les sourcils. La châtain avait commencé son discours, suscitant chez Kara l'intérêt qu'elle avait perdu. Plissant les sourcils comme ci ça allait lui permettre de voir plus loin, la blonde réajustait ses lunettes sur son nez, mais elle ne voyait pas mieux pour autant. Néanmoins, au plus elle fixait l'adolescente, au plus elle était persuadée de l'avoir déjà vue quelque part.

- Sa famille possède l'entreprise concurrente de celle de mes parents, déclara Lena sans départir son attention de l'intervenante. Je savais qu'Obsidian North était représentée aujourd'hui mais je ne pensais pas que ce serait elle qui présenterai le projet.

Kara hochait la tête. Malgré la mention du nom de son entreprise par la milliardaire, la blonde ne parvenait tout de même pas à se rappeler le nom de l'adolescente face à elles. Tout ce qui lui venait à l'esprit était que, si Lena était restée à Métropolis, plutôt que de venir se réfugier à Midvale, alors, elle aurait pu être sur cette estrade elle aussi. Le coeur de la blonde se serrait aussitôt. Elle avait bien vu les étoiles dans les yeux de sa camarade durant toute la journée. Elle n'avait donc aucun doute sur le fait que la brune aurait voulu être à la place de sa concurrente.

- Elle est très jeune, souleva-t-elle, comme si cela ne relevait pas d'une évidence.

- C'est vrai. Elle a seulement dix-huit ans. Mais elle a hérité d'Obsidian North il y a quelques mois, à son anniversaire.

La Danvers secouait la tête avec surprise. Quelque chose la chiffonnait dans cette histoire, et elle comptait bien en faire part à son amie.

- Comment est-ce que tu sais tout ça ?

- Disons...

Lena marquait une pause, se mordant la lèvre inférieure. Kara n'avait aucune idée de ce qu'elle était en train de lui demander et à cause de cela, la milliardaire n'osait même pas la regarder en face. Non, elle voulait juste changer de sujet. Revoir l'adolescente refaisait surgir en sa mémoire des souvenirs qu'elle préférait oublier tant ils étaient encore douloureux.

- Disons qu'elle était ce qui se rapprochait le plus de ma meilleure amie avant que je n'arrive à Midvale.

Le curiosité de Kara était piquée au vif. Elle aurait voulu poser plus de questions, pourtant l'attitude de la brune l'en dissuadait. Elle en avait assez demandé pour aujourd'hui, la blonde le sentait bien. Alors, dans un soupir, elle décidait de respecter le besoin d'intimité de son amie, et se taisait, focalisant son attention sur le discours convaincant de la châtain.

Les deux adolescentes étaient restées jusque la fin. Il devait être dans les alentours de vingt-heure lorsqu'elles avaient quitté l'université, parmi les derniers. Lena était tellement occupée à détailler les inventions qu'elles n'avaient pas encore vues en expliquant à Kara leur utilité avec enthousiasme sur le chemin du retour, que les membres de la sécurité avaient presque dû les pousser dehors. Cela avait amusé la blonde, qui avait été forcée de constater la moue déçue dans son amie, quand l'un des vigiles lui avait dit qu'ils allaient fermer. La blonde ne regrettait pas un seul instant d'avoir enduré toutes ses heures d'incompréhension pour la milliardaire, qui semblait plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été. Du moins, c'était le cas jusqu'à ce que quelqu'un parvienne à leur hauteur d'un pas rapide.

- Lena ? Je ne rêve pas c'est bien toi ? S'enquit l'importun avec étonnement.

Les deux camarades s'arrêtaient, se tournant aussitôt vers la voix féminine qui avait interpellé la brune. Le visage de Lena se décomposait pendant une microseconde, avant de reprendre un masque de neutralité digne du plus grand des Luthor, ce qui fit frémir la blonde à ses côtés. Kara n'avait eu aucun mal à reconnaître la châtain dès lors que ses yeux s'était posé sur son visage anguleux. Les deux adolescentes ne s'étaient clairement pas attendue à la revoir, et encore moins à la sortie de l'université. La jeune entrepreneuse d'Obisdian North aurait dû être partie depuis des heures.

- Andrea, salua-t-elle en forçant un sourire contrit.

Une douleur vive s'était emparée du coeur de la brune. Revoir la châtain était quelque chose, mais la revoir de si près en était une autre. Après ces longs mois, la peine que la milliardaire s'était efforcé de repousser lui revenait comme une claque en plein visage. Pourquoi avait-il fallu que Kara la ramène dans cette ville, peu importe ô combien elle était contente d'être là ? La brune n'était pas encore prête à affronter ces démons, cela ne lui prouvait que bien.

- J'ai entendu dire que tu étais partie t'installer dans une petite ville de l'Utah, annonça la seconde milliardaire avec entrain, en aucun cas perturbée par le malaise de sa vieille amie. Est-ce que tu restes longtemps à Métropolis ?

- En fait non, c'est l'anniversaire de Kara demain donc on rentre le fêter en famille.

Andrea hochait simplement la tête. Elle comprenait que la brune cherche à l'éconduire comme elle le faisait. A vrai dire, dans de telles circonstances, qui n'aurait pas cherché à faire en sorte que la conversation tourne court ? Ce n'était pas la châtain qui pouvait y prétendre. Néanmoins, à la mention de la blonde, Andrea tournait la tête vers l'adolescente qui accompagnait son ancienne amie. Ses traits se teintait d'étonnement alors que cette dernière lui souriait simplement, avec une bienveillance qui ne faisait qu'accroître la surprise de la propriétaire d'Obsidian North.

- Enchantée Andrea, je suis Kara. Kara Danvers.

- Kara Danvers ? Répéta-t-elle en haussant les sourcils.

Puis la milliardaire se tournait aussitôt vers la Luthor, qui passait une main nerveuse dans sa nuque. Son masque de neutralité venait de s'envoler avec l'annonce de tout ce que la blonde représentait. La châtain était loin d'être stupide, pensait Lena. Peu importe le côté tacite de leur échange, cette dernière avait bien comprit ce qu'il se passait dans la vie de celle avec qui elle avait grandi.

- Ça pour une surprise, déclara-t-elle avec une sincérité déconcertante en reportant son regard sur la Danvers, qui ne comprenait pas.

Un silence s'installait, durant lequel aucune des trois filles ne savait que faire pour se sortir de cette situation emplie de malaise. Finalement, Andrea esquissait un sourire et, pleine de spontanéité, elle passait ses bras autour des épaules de chacune de ses interlocutrices, s'immisçant entre elles en les forçant à reprendre leur marche.

- Et si on allait manger quelque chose ? Je crois qu'on a beaucoup de choses à se dire.

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Big Belly Burger, Métropolis :

Kara venait d'engloutir son troisième Big Belly Burger, sous le regard ahuri d'Andrea. Jamais la châtain n'avait vu quelqu'un manger autant. Elle en avait même suspendu sa tasse de café dans les airs alors qu'elle s'apprêtait à en prendre un gorgée, tant ça lui paraissait infaisable. La jeune PDG d'Obsidian North était réputée pour manger beaucoup mais, elle avait définitivement trouvé quelqu'un dont les capacités gustatives étaient supérieures aux siennes. Lena, nullement surprise par l'appétit de dinosaure de sa camarade, s'était contentée d'esquisser un sourire amusé. Kara était unique, ça ne faisait aucun doute.

- Donc, ça fait quoi d'être chef d'entreprise à notre âge ? S'enquit la blonde en avalant la bouchée qu'elle venait de prendre.

- Rien de particulier en réalité, répondit la concernée avec un haussement d'épaules. C'est juste beaucoup plus de responsabilités, et beaucoup moins de temps.

Cette réponse anodine fit rire Kara. Elle n'avait aucun mal à croire la milliardaire. Mais malgré toute l'intelligence et la prestance dont disposait Andrea, la Danvers avait du mal à comprendre comment cette dernière pouvait faire des choix judicieux concernant une entreprise multinationale. Elle était convaincue que diriger un empire nécessitait de l'expérience et, à seulement dix-huit ans, il était certain que la châtain n'en avait pas tant que ça.

- Mais du coup, tu as dû arrêter tes études ? C'est pas commun de se retrouver à la tête d'une société si tôt.

- Non, en fait mon père est resté PDG par intérim d'Obsidian North. C'est lui qui gère l'entreprise lorsque je suis au lycée.

Andrea reprenait une gorgée de son café, jetant un coup d'oeil à la seconde milliardaire face à elle. La Luthor était restée étrangement silencieuse depuis leur arrivée au Big Belly Burger. Elle ne laissait rien paraître mais la châtain savait que la brune se sentait mal à l'aise. Elle n'avait jamais beaucoup aimé s'étendre à discuter de leurs deux entreprises en fervente concurrence depuis des années. La Rojas le comprenait sans mal. LuthorCorp existait depuis plus longtemps qu'Obsidian North et pourtant celle-ci parvenait à gagner toujours plus de terrain sur l'empire Luthor. Lena avait toujours été un peu tendue à la perspective que sa future société puisse être reléguée au second plan. Néanmoins, c'était également cette folie des grandeurs qu'elle partageait avec Andrea qui les avaient considérablement rapprochées, quelques années auparavant.

- En fait, ce n'est pas si exceptionnel que ce que tu crois, souligna la PDG en reportant son regard sur Kara, qui était pendue à ses lèvres, avide d'informations. Je pensais que Lena aurait hérité de LuthorCorp à la mort de son père, elle aussi, mais ce n'est visiblement pas le cas.

Le visage de la blonde s'était déformé dans un air à la fois surpris et triste. Comment se faisait-il que Lena ne lui ait jamais dit que son père était mort ? La brune parlait toujours de ses parents au pluriel, si bien que Kara ne s'était jamais imaginé qu'elle ait pu perdre l'un d'entre eux. Toutefois, elle ne savait pas pourquoi la milliardaire ne lui en avait jamais parlé. Après tout, elle avait eu tout l'occasion de le faire lorsqu'elle avait apprit la mort des siens. Mais la colère n'habitait pas Kara pour cette omission. Non. Elle était juste triste et inquiète pour son amie brune, qui avait la sale manie de tout garder pour elle, pensait la Danvers.

La châtain, elle, se tournait vers la riche adolescente, qui lui lançait un regard noir transcendant. Ce n'était pas le moment de remuer le couteau dans la plaie, mais Andrea ne pouvait pas s'en empêcher. La Luthor était tellement statique que la milliardaire souhaitait faire naître des sentiments chez la brune. Juste pour s'assurer que cette dernière ne connaissait pas la même psychopathie que le reste de sa famille.

- N'est-ce pas ? S'enquit Andrea en insistant, bien décidée à avoir une réponse.

Lena, détachée, reprenait à son tour une gorgée de son café noir. Aussi noir que son regard, pensait la châtain, un rien amusée. Tout avait toujours été compliqué dans leur relation. Elles composaient à la fois le plus grand soutien de l'autre, et son pire ennemi. Et malheureusement, leurs similarités ne leur avait jamais permis de séparer ces deux aspects de leur vie et de faire la part des choses.

- Je vois que tu as toujours autant de tact, déclara-t-elle avec froideur. Pourquoi poser une question dont tu as déjà la réponse ?

Répondre à une interrogation par une autre... Andrea reconnaissait bien la brune à cette attitude, et cela la faisait sourire. Bien sûr que la châtain connaissait déjà la réponse. LuthorCorp était littéralement au centre de ses préoccupations. Elle basait toutes ses lignes de conduite sur celle de la famille Luthor, comme le faisait déjà son père avant elle. Et les parts de marché d'Obsidian North n'avaient jamais été aussi grandes que depuis la mort de Lionel Luthor, et la mise en prison de Lex.

Soudain, une sonnerie de téléphone retentissait dans les airs, les faisant toutes les trois sursauter. Kara, qui avait été très absorbée par l'échange qui se déroulait devant elle, portait une main à son coeur sous la surprise, avant de se rendre compte que cette sonnerie n'était autre que la sienne. Elle s'emparait donc rapidement de son portable, posé sur la table devant elle, et en découvrait avec déception l'identité de l'importun qui les dérangeaient. Elle ne pouvait pas décliner cet appel.

- C'est Clark, soupira-t-elle en posant une main sur le bras de Lena, à ses côtés. Je reviens.

La brune hochait la tête, feignant la même déception que son amie. Mais la réalité était tout autre. Au contraire, la milliardaire était soulagée que sa camarade s'éloigne d'elles un petit moment. Il était temps qu'elle mette les points sur les i avec Andrea, et elle ne pouvait pas le faire avec Kara dans les parages. La Luthor n'était pas encore prête à révéler cette partie d'elle à la blonde. Tout était encore beaucoup trop frais.

- Tu ne lui as pas dit, hein ? S'enquit la châtain sur le ton de l'évidence, en croisant les bras, un sourcil haussé.

- Lui dire quoi ? Il n'y a rien à dire, Andrea.

Le ton froid précédemment employé par la brune était devenu beaucoup plus glacial, ce qui fit frissonner la châtain. Des souvenirs aussi agréables que malsains venaient de lui revenir en mémoire. Elle secouait aussitôt la tête. Ce n'était pas le moment de repenser à leur passé commun, pensait la seconde milliardaire. Toutefois, le refus catégorique de Lena à l'idée de parler d'elle venait de lui briser le coeur. Andrea n'était pas parfaite, c'était certain, mais elle ne pensait pas que la brune puisse avoir tiré un trait sur elle si facilement. Une lueur peinée perçait dans ses iris, fermement soutenues par celles, vertes, de son interlocutrice grognon.

- Tu sais que je n'avais pas le choix, pas vrai ? Demanda-t-elle soudainement, beaucoup moins désinvolte qu'auparavant. Lena, je n'ai jamais voulu te blesser.

- Il y avait des dizaines d'autres solutions, Andrea. Mais tu as choisi celle-là, déclara la brune avec un haussement d'épaules faussement détaché. Nous n'en serions pas là sinon.

La châtain allait protester mais, elle n'en eût pas le temps. Kara venait de revenir, le sourire plus franc qu'à l'accoutumé et les yeux rieurs. Cela surprenait quelque peu ses deux camarades. Comment avait-elle pu passer aussi vite d'une attitude à une autre ? Elles n'en avaient aucune idée toutefois, la voir rayonner de la sorte venait de mettre du baume au coeur dans les poitrines des deux anciennes amies. Alors, elles embrayaient toutes deux sur un autre sujet, jugeant clos le précédent, dans l'espoir que la blonde ne se pose pas de questions en avisant la tension qui émanait d'elles. Lena et Kara étaient censées passer un agréable week-end, pas resasser le passé. Et encore moins un passé qui risquait de les blesser toutes les deux.

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Fête foraine, Métropolis :

Peu après le départ d'Andrea, tout était devenu beaucoup plus léger dans l'esprit de Lena. Les deux adolescentes avaient décidé de continuer la soirée sur la place du centre ville de Métropolis, où une fête foraine éphémère s'était installée, comme tous les ans. La Luthor connaissait bien l'endroit étant donné qu'elle avait quelques uns de ses bons souvenirs qui s'y étaient passés. Kara était un véritable rayon de soleil. La blonde flânait, s'émerveillant toujours un peu plus devant des nouvelles choses ou des nouveaux jeux, si bien que rapidement, le coeur de Lena s'était ramolli et un sourire attendri était venu étirer ses lèvres. Leur séjour à la fête foraine avait été fortement initié par la brune, désireuse de se retrouver enfin seule avec Kara, loin d'Andrea et de tous ses problèmes.

- Est-ce que tu veux quelque chose à manger ? S'enquit la milliardaire en s'approchant d'un kiosque à nourriture.

Les yeux de la blonde s'étaient mis à briller à mesure qu'elle détaillait l'étal devant elle, et cela fit rire la brune. Y avait-il quelque chose que la Danvers était capable d'aimer plus que la nourriture ? Lena n'en était pas sûre.

- Je veux bien une barbe à papa, concéda-t-elle.

La plus jeune, qui avait sorti son argent pour payer sa gourmandise, fut devancée. La milliardaire ne comptait pas la laisser dépenser ses sous pour une barbe à papa, alors que c'était elle qui avait demandé à Kara si elle souhaitait quelque chose. En voyant la brune régler la modique somme au gérant du kiosque, la blonde se mettait à faire la moue. Elle ne voulait pas que Lena dépense son argent pour elle. Cette journée était censée être dédiée à la brune, cette dernière n'aurait donc pas dû avoir à débourser quoi que ce soit. Toutefois, la Danvers savait qu'il ne servait à rien de protester. Lena était particulièrement bornée et, peu importe les arguments qu'elle aurait pu avancer, la Luthor ne l'aurait pas laissée faire.

Alors, dans un geste las, elle rangeait son portefeuille dans sa poche, récupérant rapidement la gourmandise que lui tendait l'homme avec un sourire. La blonde le remerciait et les deux amies firent quelques pas sur la place, s'éloignant du kiosque pour que les autres clients puissent commander.

- Merci, déclara Kara en marchant aux côtés de sa camarade, leurs bras se frôlant, finissant déjà sa barbe à papa. Tu n'aurais pas dû faire ça.

La reconnaissance qu'éprouvait la plus jeune pour une simple barbe à papa augmentait le sourire de Lena. S'il y avait quelqu'un qui pouvait remercier l'autre aujourd'hui, c'était bien la brune, pensait celle-ci avec amusement. Car même si tout ne s'était pas parfaitement déroulé, la milliardaire avait passé une agréable journée aux côtés de celle qu'elle aimait.

- Arrêtes, c'est la moindre des choses, répondit Lena en s'arrêtant, forçant la blonde à se tourner pour lui faire face. Tu as enduré des conférences et des expositions toute la journée alors que tu n'aimes même pas ça, juste pour moi. C'est à moi de te remercier, Kara.

Les joues de la Danvers s'empourpraient aussi vite que son coeur s'emballait. Le regard intense de la brune venait de trouver le sien, faisant frémir la blonde. Elles étaient en train de retomber dans l'un de ses moments suspendus entre deux possibilités qui rendaient Kara mal à l'aise. Mais le sourire niais qui s'étaient établit sur son visage invitait Lena à poursuivre tandis que l'attention de son amie n'était focalisée que sur elle.

- D'ailleurs, reprenait Lena sur le ton de l'hésitation, en plongeant sa main dans sa poche, je sais que ton anniversaire n'est que demain mais...

La milliardaire marquait une pause, se mordant la lèvre inférieure. Dans un geste lent, l'intensité de son regard remplacé par de l'anxiété, la brune sortait un petit écrin de sa poche. Le coeur de Kara ratait aussitôt un battement alors que ses yeux s'ouvraient sous la surprise.

- J'ai pensé que je pouvais t'offrir ça ce soir, continua la brune en reportant son regard dans celui de son amie.

- Lena, je...

Kara n'avait pas les mots. Elle n'était absolument pas capable de bouger, comme si ses atomes s'étaient figés et, par conséquent, elle était encore moins en capacité d'aligner deux pensées correctes. A vrai dire, elle n'avait pas espéré que la brune lui fasse de cadeau. Après tout, elles ne se connaissaient pas depuis si longtemps que cela. La blonde était donc particulièrement touchée par le présent de son amie, dont le sourire s'agrandissait maintenant autant que la chaleur dans le ventre de Kara.

- Ouvre-le, murmura la brune en incitant la Danvers à récupérer l'écrin.

D'un geste tout aussi lent, presque robotique, la plus jeune s'emparait du présent de son amie et en soulevait le couvercle. Si ses yeux étaient déjà ouverts par la surprise, ils l'étaient encore plus désormais. Bien installée contre un petit coussin au creux de l'écrin, une splendide paire de boucles d'oreilles dormait en son sein, toute dorée et sans aucun doute beaucoup trop onéreuse pour que la blonde puisse se l'offrir elle-même un jour. Mais ce n'était pas que des simples boucles d'oreilles, Kara le savait bien. Leur forme de lapin rendait aussi symbolique ce moment que l'était celui où leur amitié avait commencée, dans ce chemin de campagne derrière la ferme Arias.

Les yeux de la blonde s'embuaient de larmes de joie. Elle était incapable de contenir son émotion plus longtemps. Son coeur battait tellement fort qu'elle était même persuadée que celui-ci allait finir par rompre sa cage thoracique pour s'enfuir. Ses yeux remontaient alors du petit écrin aux iris si vertes et si intenses de son amie.

- Lena... c'est magnifique, déclara-t-elle, la voix entamée par les sentiments. Mais ça a dû te coûter une fortune...

Malgré l'émotion puissante et poignante que Kara ressentait, elle était tout de même gênée. La milliardaire n'avait pas à lui offrir de tels cadeaux. Néanmoins, un petit sourire amusé venait de prendre place sur les lèvres de Lena, alors qu'elle s'était mordu celle du bas dans un air particulièrement sexy qui avait fait défaillir sa cadette.

- Ce n'est pas ça qui va me ruiner, Kara, s'amusa-t-elle en faisant naître la même sourire que le sien sur le visage de la blonde. Et puis...

Lena se mordait la lèvre une seconde fois, ne quittant pas les beaux yeux bleus de son interlocutrice du regard. Il était temps qu'elle fasse quelque chose. Temps qu'elle dise ce qu'elle voulait dire depuis un moment maintenant. Pourtant, une once d'incertitude l'envahissait, alors que la brune se mettait à triturer ses mains avec nervosité. Et si Kara l'éconduisait ?

- Rien n'est trop beau pour toi à mes yeux, avoua-t-elle finalement dans un instant de courage.

Le coeur de Kara semblait s'arrêter sous la vague de sentiments qui venaient de la saisir. C'était à la fois de la joie et du soulagement. De l'amour et du désir. La blonde mesurait, à ses simples mots, toute la sincérité et toutes les émotions qui émanaient de Lena comme si celle-ci venait de lui offrir la clé même de son coeur. Et c'était en quelque sorte le cas, pensait la blonde.

Incapable de répondre, la Danvers se contentait de réduire la distance entre leurs deux corps. Elle trouvait chacun des mots qui lui étaient venus vides de sens. Le courage de Lena venait d'en faire naître un, nouveau, chez Kara. L'écrin toujours fermement tenu dans l'une de ses mains, la blonde venait de poser l'autre dans la nuque de son amie, laissant ainsi leurs deux corps se coller l'un contre l'autre. Mais alors que ses lèvres venaient frôler celles de la milliardaire, habitée par une importante boule de stress dans l'estomac, la Danvers s'arrêtait en arborant un sourire espiègle. Elles étaient tellement proches que cela s'apparentait à de la véritable torture pour la brune, qui aurait voulu combler l'espace manquant entre leurs deux bouches.

- Je te jure que si quelqu'un débarque, je le tue, annonça Kara dans un murmure.

Le coeur de Lena finissait de battre dans sa poitrine, lui coupant partiellement le souffle. Elle n'en pouvait plus. Si la blonde ne l'embrassait pas, là, maintenant, elle ne donnait pas cher du restant de sa santé mentale.

- Tais-toi, murmura à son tour la milliardaire, absolument pas encline à discuter dans ce genre de moment.

Le sourire de Kara ne faisait que s'agrandir à ces paroles. Elle n'avait désormais aucun doute sur les sentiments forts de la brune à son égard et, cela lui réchauffait le coeur. Oui, Lena avait raison : il était temps. Dans un mouvement excessivement lent, la blonde vint enfin poser ses lèvres contre celles de sa camarade, les mouvant doucement. La milliardaire lui répondait aussitôt, posant ses mains sur la taille de la plus jeune pour la maintenir contre elle et reprendre un minimum de contenance.

Tout était tellement différent que ce que Kara avait déjà pu expérimenter avec Mike. Comme le lui avait annoncé Alex, c'est sans grande surprise qu'une importante nuée de papillons semblait s'envoler dans l'estomac de la blonde. Contrairement à ce dont elle avait l'habitude, un sentiment de plénitude s'était emparé d'elle, et elle aurait souhaité que ce moment ne s'arrête jamais. Sa main se serrait dans la nuque de Lena, dont elle dévorait littéralement les lèvres avec une certaine ferveur, les yeux fermés et le coeur battant. Il n'y avait plus place au doute désormais, seulement à l'évidence qu'elle connaissait déjà : la milliardaire qu'elle avait tant détesté détenait son coeur entre ses mains.

oOoOoOo

Maison Kent, Métropolis :

Lorsqu'elles rentrèrent enfin chez leurs hôtes, l'heure de la nuit était déjà plus qu'avancée. Il devait bien être une heure du matin. Clark et Loïs les attendaient plus ou moins, enlacés sur le canapé, devant une série télévisée que les adolescentes ne reconnaissait que vaguement. Le journaliste avait été prévenu par Kara que leur petite sortie allait s'éterniser. La jeune fille était restée vague, mais son cousin n'était pas né de la dernière pluie et il se doutait bien de la raison de leur retour si tardif. Son regard, dur, se posait sur la brune aux côtés de sa cousine, alors qu'elles s'installaient toutes deux sur le deuxième canapé, à gauche face à la télévision.

- Votre soirée s'est bien passée ? Demanda Loïs avec bienveillance.

Kara tournait immédiatement son regard vers sa petite-amie pour la couver du regard. Ce simple geste répondait tacitement à la question de la journaliste, qui souriait avec bienveillance. Lena était assez surprise de constater un tel écart de comportement entre les deux futurs parents.

- C'était parfait, acquiesça la brune en hochant la tête avec un sourire. Encore merci de nous héberger pour le week-end.

- Ça nous fait plaisir, mentit à moitié Loïs.

Seul Clark n'était pas réellement enjoué à voir la Luthor dans sa demeure, surtout maintenant qu'il avait un sérieux doute sur la proximité des adolescentes. Les savoir dans le même lit l'empêcherait sans aucun doute de dormir, la future maman en était persuadée. La tension qui émanait de son petit-ami ne passait nullement inaperçue. Délicatement, elle se lovait un peu plus contre lui, aidant ses traits à se détendre.

- Ton retour à Métropolis n'a pas été trop dur ?

La journaliste était curieuse, la milliardaire le voyait bien. Cela dit, ça ne la dérangeait pas plus que ça. Loïs n'était plus une simple inconnue travaillant au Daily Planet. Elle faisait maintenant en quelque sorte partie de sa famille et, rien que pour ça, la brune était bien moins tendue à l'idée de parler d'elle. Elle était même reconnaissante envers la jeune femme, étant donné la tension palpable qui régnait dans l'air. La future maman faisait la conversation et Lena était décidée à l'aider.

- Au début je n'étais pas très assurée mais maintenant ça va, avoua la brune avec un petit sourire.

Elle avait jeté un rapide coup d'oeil vers la blonde à ses côtés, dans l'espoir d'être discrète, mais ça ne l'était pas du tout. Kara lui avait sourit plus grandement en croisant furtivement son regard, et avait doucement liés leurs doigts. Automatiquement, Lena s'était figée. Elles ne voulaient pas que leur relation soit secrète mais la milliardaire n'était toujours pas très à l'aise avec les effusions publiques. Il lui faudrait un certain temps avant de l'être et la blonde le comprenait. Au fil des minutes passées, les mains liées posées sur le genou de la brune, cette dernière finissait par se détendre lentement.

-FLASHBACK-

Main dans la main, Kara et Lena marchaient, paisiblement, le long du petit canal qui bordait les abords de la fête foraine, près de la place centrale. Le silence régnait, doux et serein. Depuis bien longtemps, les deux adolescentes semblaient avoir retrouvé un semblant de bonheur dans leurs cœurs éteints. Kara n'avait jamais beaucoup aimé le silence, pourtant à cet instant, en compagnie de celle qui était désormais sa petite-amie, elle lui trouvait quelque chose d'apaisant et de réconfortant. Il lui rappelait à quel point ce qu'elle avait pu constater depuis leur rencontre était vrai : elles n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Un simple regard suffisait parfois autant qu'une simple étreinte.

Leurs doigts entrelacés, la blonde observait alors simplement les alentours. Les lampadaires de la ville se reflétaient dans l'eau du canal tels des petites étoiles qui auraient illuminées le ciel. Le coeur de Kara se gonflait de bonheur. Il y avait là quelque chose de romantique. Doucement, elle tournait la tête vers sa compagne à ses côtés, décelant le fin sourire que cette dernière essayait de réprimer. Mais exactement le même sourire possédait les traits de Kara, qui serrait davantage la main de Lena dans la sienne à ce constat, collant un peu plus son bras contre celui de la brune, qu'elle ne voulait plus lâcher pour rien au monde.

- Je n'ai pas envie de rentrer à Midvale, demain, annonça Kara avec douceur.

- Moi non plus, soupira doucement la brune.

Même si Lena avait fuit Métropolis, elle devait avouer qu'y être avec la blonde ne la dérangeait plus autant qu'avant. Cela dit, elle était également persuadée que, peu importe l'endroit où elles iraient, tant que Kara serait avec elle, la milliardaire se sentirait bien n'importe où. Toutefois, rentrer à Midvale prenait une teinte plus sérieuse dans leurs deux esprits. Elles avaient quitté leur ville de résidence en tant qu'amies, et elles allaient y revenir en tant que couple. Aucune d'elles ne doutait que leur famille et leurs amis seraient heureux pour elle, néanmoins, tout allait changé. Et elles se devaient d'en discuter avant de se retrouver devant le fait accompli, le lendemain soir.

- Est-ce que... hésita un instant Kara en se mordant la lèvre inférieure, est-ce que tu veux qu'on garde ça pour nous ?

Lena ne répondait pas tout de suite, si bien que la blonde reprenait aussitôt son dialogue, cédant légèrement à la panique.

- Je veux dire, si tu veux qu'on garde ça pour nous, ça me vas, hein. Je comprendrais que vis-à-vis de ta famille, tu ne veuilles pas que ça s'ébruite.

Un sourire amusé prit possession des lèvres de la brune, qui regardait sa petite-amie s'agiter à ses côtés. La blonde était mignonne lorsqu'elle paniquait. Pourtant, la milliardaire ne voulait pas lui faire peur plus qu'elle ne l'avait déjà fait. A vrai dire, le silence qu'elle avait initié à la question de celle qu'elle aimait n'avait jamais eu pour but d'inquiéter cette dernière. Elles se posaient juste toutes les deux les mêmes questions.

- Kara, calme-toi, déclara Lena en serrant doucement sa main dans la sienne, récupérant son attention, un sourire aux lèvres. Si tu es à l'aise avec nous, et que tu veux qu'on le dise aux autres, ça me va. Ma famille est tordue, mais pas homophobe.

Cette déclaration fit naître un véritable sentiment de soulagement chez la blonde, qui en lâchait aussitôt un soupir. Malgré le sérieux de la situation, la milliardaire trouvait encore le temps de faire de l'humour pour détendre l'atmosphère et ça avait marché. Le coeur de Kara s'était gonflé et le bonheur se peignait sur son visage. Son enthousiasme était revenu, faisant chavirer un peu plus le coeur de la brune à ses côtés.

- Je ne veux pas que tu sois mon secret, avoua la plus jeune en se mordant la lèvre inférieure.

Lena hochait la tête. Cela tombait bien car elle ne le souhaitait pas non plus. Au contraire, elle était même bien décidée à ce que tout le monde sache que la Danvers n'était plus un coeur à prendre maintenant qu'elle connaissait les souhaits de sa petite-amie. La milliardaire était fière d'avoir Kara à son bras, et pour rien au monde elle n'aurait voulu que cela ne change.

- Génial, murmura-t-elle en s'arrêtant et en attirant la blonde contre son corps avec un sourire malicieux, parce que je ne le veux pas non plus.

Le coeur de Kara ratait un nouveau battement alors que Lena scellait tendrement ses lèvres aux siennes pour la deuxième fois de la soirée.

-FIN DU FLASHBACK-

- Je suis contente de voir que tu vas mieux, déclara Loïs avec gentillesse.

La milliardaire savait à quoi faisait référence son interlocutrice mais elle ne tenait pas à en parler, alors elle se contentait de lui répondre par un petit sourire. Heureusement, la journaliste n'insistait pas, bien plus compréhensive que Lena ne l'aurait cru.

- Donc... commença Clark, qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis leur arrivée. Vous sortez ensemble ?

Il désignait leurs mains d'un signe de tête, les sourcils froncés.

- Eliza a oublié de m'informer de ce détail.

Lena pinçait les lèvres là où Kara, elle, haussait anodinement les épaules. La blonde savait bien que son cousin n'approuverait pas son choix. Toutefois, il était hors de question pour elle que celui-ci entache son bonheur ou lui fasse changer d'avis. Elle adorait Clark. Mais elle aimait tout autant la brune à ses côtés.

- Clark... le réprimanda doucement Loïs avec de grands yeux réprobateurs.

- Car ce n'était pas le cas lorsqu'elle t'as appelé, déclara simplement la blonde.

Les regards des deux cousins se plongèrent l'un dans l'autre, se soutenant dans un défi mutuel. Kara n'avait jamais été véhémente avec son aîné et elle ne voulait pas l'être aujourd'hui. Mais ce dernier devait comprendre qu'elle n'était pas une enfant. Lena n'était pas un caprice de petite fille. Et la plus jeune était persuadée que Clark, mieux que personne, aurait dû savoir ce qu'elle ressentait pour la milliardaire. Après tout, ne s'était-il pas battu auprès de leur propre famille pour pouvoir vivre son amour avec Loïs ? Ils n'étaient pas si différents l'un de l'autre.

- Ecoutes, Clark, est-ce que tu ne peux pas juste mettre tes aprioris de côté ? S'enquit soudainement Lena en se penchant vers l'avant pour observer le jeune homme.

La lèvre inférieure de celui-ci se mit à tressaillir alors qu'il reportait son regard sur la Luthor. Il n'était pas réellement enclin à discuter avec elle, et cela faisait mal au coeur de la milliardaire, même si elle ne l'avouerait jamais. Le brune n'avait jamais considéré le journaliste comme le simple meilleur ami de son aîné. Elle l'avait considéré comme un frère durant une bonne partie de sa vie. Clark était la première personne à l'avoir réellement laissée tomber. Puis, Andrea avait fait la même chose et Lena avait cru qu'elle ne se relèverait jamais. Il était peut être temps de rappeler au jeune homme qu'ils avaient toujours été liés puisqu'il semblait l'avoir oublié.

- Je sais que mon frère t'as fait du mal mais... je ne t'ai jamais rien fait, moi, se défendit-elle avec une ferveur qui se voulait convaincante. Tu m'as vue grandir parmi les Luthor, tu me connais mieux que personne. Franchement, Clark, ai-je déjà été comme Lex ?

Le journaliste ne répondait pas immédiatement. Les iris vertes de son interlocutrice brillaient d'une douleur non feinte. Au plus elle parlait et au plus il se souvenait d'elle, petite, perdue dans l'immense manoir dans lequel elle avait été propulsée. Elle avait longuement cherché à attirer l'attention mais elle l'avait toujours fait avec énormément de gentillesse. Une gentillesse qui n'était pas admise au sein de cette famille de fous. Le jeune homme avait souvent été celui qui séchait les larmes de cette fillette apeurée, après un énième savon corsé de la part de Lillian. Oui, il s'en rendait compte maintenant : il avait trahi la confiance que Lena avait placée en lui en grandissant. Mais comment aurait-il pu faire autrement ? Lex avait tué son oncle, sa tante, et lui avait tiré dessus dans le même but.

- Non, c'est vrai, concéda avec difficulté le journaliste dans un soupir vaincu.

- Alors laisse-moi une chance, répliqua-t-elle dans une demande masquée.

Le regard de Clark glissait de la sœur de son ex meilleur-ami à sa cousine, dont les iris étaient emplies d'espoir. Pouvait-il vraiment refuser le bonheur du seul membre restant de sa famille ? Kara avait toujours été si pure et si humble...

- D'accord, abdiqua-t-il d'un hochement de tête fataliste. Mais au moindre écart, je t'envoie au même endroit que ton détraqué de frère.

La menace de Clark était belle et bien réelle, Lena le savait. Toutefois, un sourire éclairait le visage de la milliardaire, qui hochait à son tour la tête d'un air entendu. Elle ne ferait jamais de mal à la blonde sans y être obligée. Et même en y étant obligée, elle n'était pas sûre d'y parvenir réellement. La simple perspective que Kara puisse souffrir lui donnait l'impression que son propre coeur se mourait. Néanmoins, maintenant que le journalise avait abdiqué, un soulagement immense s'était emparé des deux adolescentes. Si le jeune homme cautionnait leur relation alors elles étaient persuadées que le reste du monde le ferait aussi. Clark était le pire détracteur des Luthor que la terre n'ait jamais porté, à la connaissance de Lena.