Une lumière agressante tira Prompto de son lourd sommeil. Grognant de mécontentement, le jeune homme tira un peu plus les draps sur son visage et se retourna sur lui-même dans le but d'échapper à cette lumière dévastatrice et briseuse de sommeil. Cependant, impossible, même ainsi à contre-jour, de retrouver les bras de Morphée qui semblait avoir décidé de l'abandonner à son triste sort. Et puis, quelle heure était-il ? Il n'avait pas entendu son réveil sonner…
Ouvrant un œil inquiet car persuadé qu'il était possiblement en retard pour ce deuxième jour de cours de la semaine, Prompto s'était attendu à tout, sauf à ça... !
Appuyé sur un coude, sa tête posée négligemment dans la paume de sa main, Noctis le fixait étrangement avec des yeux encore endormis, et les cheveux encore plus en bataille qu'à l'ordinaire. Une drôle de lueur brillait dans son regard azuré, et le blondinet pria pour que ce soit juste un effet de lumière qui jouait avec ses iris déjà fortement claires, car son meilleur ami lui faisait drôlement peur, à le fixer ainsi. Mais… étrangement, Prompto supplia également les Divins pour que tout cela ne soit pas un stupide rêve, et qu'il se soit bel et bien réveillé aux côtés de Noctis… Minute ! Mais pourquoi Noctis était-il dans son lit d'abord ?!
— Alors, bien dormi ? questionna enfin le brun après quelques secondes – qui avait semblé duré une véritable éternité aux yeux du blond – à se fixer l'un l'autre dans le blanc des yeux.
— Noct ?! réalisa enfin le jeune homme en se relevant d'un bond. Mais… Attend, il se passe quoi là ?! Et quelle heure il est d'abord ?!
Cherchant à tâtons son téléphone portable sur une table de chevet inexistante, Prompto ne rencontra de ce fait que du vide et, sa main ainsi en lévitation, le jeune homme se retrouva attiré par la force de la gravité en direction du sol, emportant dans sa chute burlesque les malheureux draps qui n'avaient rien demandé. Cette chute improvisée fit au moins éclater de rire Noctis, qui se laissa tomber en arrière dans le lit, se tenant le ventre, tandis que de véritables larmes de joie parlaient aux coins de ses yeux.
— Eh mais franchement, je veux un réveil comme ça tous les jours ! commenta le Prince du Lucis en calmant ses éclats de rire.
Bredouillant quelque chose dans sa barbe qu'il ne comprit pas lui-même, Prompto parvint à se hisser à nouveau dans le lit aux côtés de Noctis, alors assis en tailleurs.
— Attend…, fit le jeune photographe en se passant deux mains sur le visage dans l'espoir de se réveiller totalement. Je suis où là… ?
Lorsque ses mains se détachèrent de ses yeux, le jeune homme constata que le brun s'était redressé dans le lit, assit en tailleurs, et avec pour unique vêtement un boxer. Écarquillant les yeux de réalisation tandis qu'il s'attardait un peu trop sur les muscles de son meilleur ami qui commençaient à prendre forme, Prompto, les joues en flammes, détourna immédiatement le regard. Ainsi, il put constater qu'il se trouvait actuellement dans la chambre de Noctis, sans en savoir la raison. Comment avait-il atterri ici ? La dernière chose dont il se souvenait était que le bébé Chocobo avait réclamé vouloir aller dans cette dite pièce, et il l'avait donc emmené jusqu'ici, puis après, il s'était juste allongé à ses côtés. Et puis… Non… Il s'était réellement endormi dans le lit de Noctis ?!
— Attend un peu…, releva doucement Prompto sans oser tourner son regard en direction du brun car il savait qu'il serait fortement attiré par un autre endroit de son corps que son regard. Est-ce qu'on a dormi… ensemble ?!
— Bah… ouais, répondit le Prince du Lucis en se laissant tomber dans son lit, bras croisés derrière la tête, son regard azuré fixé sur le plafond au-dessus de lui. Enfin, pas toute la nuit. Au départ, j'étais dans le canapé. Mais c'était pas confortable. Du coup, j'ai préféré te rejoindre.
— Mais… Pourquoi tu m'as pas ramené chez moi ?
Noctis se redressa d'un bond, haussa les épaules, avant de se lever définitivement du lit (peut-être à contre-cœur) pour attraper son pantalon d'uniforme qui traînait dans un coin, peut-être était-ce au pied du lit, ainsi qu'une chemise. Au moins, comme ça, Prompto pourrait enfin de nouveau le regarder en face sans être attiré par son corps d'athlète en devenir sans être profondément gêné.
— Bah, tu dormais bien, expliqua le brun au bout d'un certain temps. Je voulais pas te réveiller.
Soupirant tandis qu'il réalisa enfin qu'il avait passé une nuit tout ce qu'il y avait de plus banal en compagnie de l'être cher à son cœur, Prompto manqua subitement un battement tandis qu'il réalisa qu'il n'était pas rentré de la journée chez lui, et que ses parents devaient très certainement s'inquiéter à son sujet s'ils avaient remarqué son absence ! Mouais. Encore fallait-il qu'ils aient remarqué quelque chose, ceux-là.
Sans un mot de plus, Noctis se dirigea vers la porte de sa chambre, Prompto le suivant du regard, le dévorant des yeux au passage sans que son ami ne se doute de rien, une jambe croisée sur le lit, et l'autre se balançant rêveusement dans le vide sous son pied. Puis, le brun ouvrit la porte, et le blondinet entendit alors des bruissements de friture accompagné d'une douce odeur d'œufs frais. Puis, cette odeur se retrouva rapidement balayée par une que Prompto ne saurait que trop bien reconnaître : celle du café bien chaud. Était-ce le Prince du Lucis qui s'était décidé à faire la cuisine de bon matin car il avait été réveillé avant lui et avait de ce fait voulu lui faire une surprise, ou bien quelqu'un d'autre s'en était chargé à sa place ? Bien que la première option lui aurait très certainement remonté le moral et mit de bonne humeur pour au moins la fin du mois, la seconde option lui paraissait la plus probable.
Tout à coup, Prompto entendit un piaillement retentir dans la vacuité du couloir faiblement éclairé, avant de percevoir des bruits de petits pas venir dans sa direction. En quelques secondes à peine, le jeune homme vit se dessiner, en même temps que le sourire sur ses lèvres s'agrandissait, leur bébé Chocobo courir à grande vitesse en direction de la chambre en poussant des petits couinements qui pourrait attendrir même le pire des ennemis. Peut-être devraient-ils un jour montrer cette petite bouille d'amour à la Reine de Cœur dans l'espoir de la rendre moins grossière ? Non, très mauvaise idée. Elle serait capable d'essayer de le faire rôtir.
Noctis, qui ne voulait pas se recevoir le projectile de volaille de bon matin (même s'il savait pertinemment que la bestiole n'était pas d'aussi bonne humeur pour lui), se décala légèrement sur le côté, sa calant ainsi contre la porte de sa chambre, laissant alors le champ libre à son poussin adopté. Là, la petite chose, avec un dernier couinement plus puissant que les autres, se jeta sur Prompto de tout son être, le renversant ainsi sur le lit par sa seule force de poussée.
— Et coucou mon bébé ! le salua le blondinet tout en l'éloignant de son visage qu'il s'amusait étrangement à picorer, sans doute était-ce une marque d'affection. Oui, moi aussi je suis content de te voir !
Lâchant un nouveau piaillement qui signifiait qu'il était désormais calmé, Prompto ramena son petit enfant contre son torse dans le but de le garder tout près de lui et de son cœur. C'était fou comme cette petite boule de plumes dorée était capable de le rendre aussi heureux en seulement quelques millisecondes !
— Au fait Noct, réagit le jeune homme en quittant enfin le lit de son ami, maintenant habitué à sa présence impromptue en ces lieux d'aussi bon matin, je viens tout juste d'y penser, mais il a pas de nom. Tu veux l'appeler comment, toi ?
Noctis, haussant un sourcil, dévisagea un instant le Chocobo qui lui renvoyait un regard de feu à l'insu de sa « Maman », ce qui devait très certainement vouloir lui faire comprendre qu'il avait intérêt à lui trouver un très joli nom !
— Euh, bah, j'en sais rien moi, répliqua le brun en se passant une main dans sa nuque, tout en s'avançant en direction du salon, d'où provenaient les bonnes odeurs, mais surtout en évitant tout contact visuel avec le petit poussin doré qui lui faisait réellement peur par moment. C'est toi qu'il préfère, alors je te laisse l'honneur de lui trouver un nom. Et puis, t'es certainement plus doué que moi pour ça !
— Je… Mais…, bafouilla le jeune photographe en se sentant complètement démuni sans aucune raison au fur et à mesure qu'ils avançaient dans le couloir. Le truc c'est que j'en ai vraiment aucune id…
Prompto se stoppa brutalement dans sa phrase, tout comme il s'arrêta tout aussi brutalement de marcher. Noctis, qui ne comprenait pourquoi son ami s'était soudainement mit en pause comme ça, le fixa un instant en fronçant les sourcils, avant de suivre la direction de son regard, qui était resté figé sur… Ignis aux fourneaux, qui s'était manifestement lui aussi arrêté de vivre. Comme si le cours du temps avait été mystérieusement mis sur pause, les deux jeunes hommes se dévisageaient l'un l'autre, une drôle de peur se lisant à des kilomètres dans les yeux de Prompto, et une profonde colère dans les iris émeraude du cuisinier. Le châtain, une main agrippée sur sa poêle à frire, ne faisait plus du tout attention à son œuf au plat qui était en train de cramer, tandis que dans son autre paume se trouvait une carafe de café bien chaude, qu'il était auparavant en train de verser dans une tasse. Mais le liquide fumant finit bien rapidement par dépasser de son récipient, et l'odeur de brûlé ramena le jeune cuisinier royal à la réalité des choses. Clignant plusieurs fois des yeux, Ignis déposa la carafe désormais à moitié vidée sur le rebord du petit bar, avant d'attraper un torchon pour essuyer sa bêtise.
Noctis, qui n'avait rien compris à ce qu'il venait de se passer, ne put s'empêcher de faire des allers-retours de regards entre Prompto et Ignis, qui dorénavant faisaient tout pour s'éviter l'un l'autre.
— Tiens, donc, fit finalement le membre de la garde royale en relevant ses lunettes sur son nez dans un geste presque calculateur. Bonjour, Noctis. Tu es bien matinal, aujourd'hui.
Armé d'une spatule, Ignis décolla son œuf au plat à moitié calciné à cause de son jeu de regard étrange avec Prompto tout en commentant :
— Excuse-moi pour ce manque d'inattention. Je ne comprends pas très bien ce qu'il m'a pris. Je vais en refaire un autre.
Le jeune homme releva ses deux iris émeraude perçantes en direction de Prompto, qui ravala instinctivement sa salive. Mais pourquoi avait-il constamment cette impression étrange que Ignis cherchait à le tuer à chaque regard qu'il lui adressait ? Qu'avait-il donc bien pu lui faire pour provoquer une telle réaction chez lui ?
— Hum, non, attendez ! osa finalement dire le blondinet en levant une main en direction de l'œuf au plat calciné. Je peux le manger, ça me dérange pas.
Ignis l'avisa quelques secondes, avant de réajuster à nouveau ses lunettes dans une drôle de mimique, avant de déclarer, sur un ton froid :
— Soit.
Le jeune homme s'empara alors d'une petite assiette ronde et y déposa le déjeuner finalement réservé pour Prompto, avant de prendre en autre œuf pour Noctis cette fois-ci. Tout en cuisinant, Ignis leur fit la conversation, bien que l'on sentait qu'il se forçait presque :
— Noct, la prochaine fois, préviens moi avant d'inviter ton…
Le jeune cuisinier s'était arrêté un instant dans sa phrase, choisissant méticuleusement le mot qui allait s'en suivre, et poursuivit finalement, tandis que les deux amis s'installèrent sur les sièges en hauteur du mini-bar :
— … copain à l'appartement. Il faut dire que votre entrée m'a laissé un peu perplexe. Excuse-moi.
— C'était pas prévu qu'il reste en fait. J'ai pas pu le ramener chez lui après l'entraînement hier soir. Trop crevé, expliqua vaguement Noctis en écrasant son poing contre sa joue, tandis que Prompto se sentit rougir jusqu'aux oreilles en entendant le simple mot « copain » sortir de la bouche de Ignis.
Alors, est-ce que c'était cela qui lui reprochait Ignis depuis le début ? D'être trop proche de Noctis ? Est-ce qu'il croyait réellement qu'ils étaient… ensemble… ?! Si ce n'était que ça, alors il fallait qu'ils aient un jour une petite discussion tous les deux pour pouvoir mettre les choses au clair et le rassurer sur ce point, car il ne risquait rien de se passer avec Noctis. Certes, lui pensait avoir des sentiments pour son meilleur ami, mais rien ne lui confirmait que c'était réciproque, et ça ne l'était sans aucun doute pas.
— Je vois, répondit Ignis au bout d'un certain temps en tendant son assiette au Prince, tout en évitant soigneusement le regard de Prompto, bien qu'il lui tendît juste après une tasse de café. Faites tout de même attention que personne ne vous surprenne ensemble.
— Comment ça ? questionna Noctis en fronçant ses sourcils d'incompréhension tout en buvant une gorgée de café.
Prompto, de son côté, aurait juste voulu disparaître, comprenant parfaitement bien le sous-entendu du jeune chauffeur et cuisinier. Mais que cherchait-il à faire, là, au juste ? Lui faire passer un test pour confirmer ses doutes ? Même si Noctis ne semblait réellement pas comprendre où son ami de la garde royale souhaitait en venir, le blondinet, lui, l'avait parfaitement saisi, et il priait tous les Divins (Ifrit comprit malgré son récent retournement de veste en s'alliant avec le Niflheim) pour qu'il n'essaie pas d'instaurer encore plus de malaise.
Toujours aussi mystérieux, le châtain s'empara d'une canette d'Ebony puis alla s'asseoir sur le canapé de cuir. Une jambe croisée sur l'autre, le jeune homme sortit de son sac de même matière un journal traitant de cuisine qu'il ouvrit à une page au hasard. Puis, au bout d'un moment qui leur sembla être une éternité, Ignis poursuivit :
— Noct, il serait peut-être temps que tu prennes conscience que tu renvoies, à chaque instant de ta vie, à chacun de tes choix, une image de toi à ton peuple. Tes moindres faits et gestes sont strictement surveillés. A ton avis, que penserait le peuple en apprenant que leur Roi, le Roi Élu en plus de cela, aime batifoler avec des hommes ? Les boniments vont bon train, ces derniers temps. C'est dans cette optique que je vous conseille la plus grande des prudences.
Noctis s'étouffa avec son café, le recrachant sans aucune grâce sur le sol, tandis que Prompto se cachait désormais le visage totalement rouge de deux mains, dans le but d'effacer sa gêne aux yeux de tous, mais on voyait tout de même ses rougeurs et son malaise à des kilomètres.
— Non mais ça va pas de dire des choses pareilles ?! s'écria le Prince du Lucis en tapant sur son torse dans l'espoir de retrouver son souffle.
— Aurais-je fait fausse route ? reprit Ignis sur un ton indifférent, haussant un sourcil derrière son journal qu'il ne lisait en réalité pas vraiment. La réaction de ton ami me laisse étrangement perplexe.
Noctis, qui s'était jusqu'alors focalisé sur l'unique présence de son cuisinier attitré, lança un regard en direction de Prompto à ses côtés, le visage caché par ses deux mains. Le jeune homme, conscient que son ami était très sensible, leva une main dans le but de la poser sur l'épaule du blondinet, tout en ouvrant la bouche pour lui affirmer que Ignis ne pensait pas à mal en conjecturant de telles inepties, mais ce dernier, à la surprise générale, se leva brutalement de sa chaise sans un mot. Le visage extrêmement rouge et les yeux larmoyants, le jeune photographe attrapa son appareil à la volée, et le fourra à la hâte dans son sac de cours qui traînait non-loin, perdu parmi les affaires de Noctis. Puis, Prompto se dirigea, toujours sans ouvrir la bouche, en direction de l'entrée, où il ne prit même pas la peine de se chausser. Attrapant sa paire de bottes, le jeune homme ouvrit finalement la porte à la volée, sans un mot, avant de la reclaquer violemment derrière lui, faisant ainsi trembler les meubles et tinter les clés entres elles sur le porte-clé avec violence.
Noctis, qui avait assisté à la scène sans oser ouvrir la bouche lui non plus, complètement sonné car il n'avait jamais vu son ami dans un état pareil, lança un regard de braise à Ignis, qui paraissait sincèrement désolé en cet instant précis. Bien. Au moins, il regrettait ses paroles et avait conscience qu'il était allé trop loin, cette fois.
— Mmh, qu'elle drôle de réaction, dit le jeune homme en posant son journal sur la table basse. Pour un simple ami, je trouve cette attitude assez étrange. Tu n'es pas d'accord avec moi ?
— Ignis, ta gueule, lâcha finalement Noctis, les bras serrés près de son corps dans le but de canaliser sa colère le plus possible à l'intérieur de lui-même.
Si Ignis n'avait pas été aussi proche de son père, sans doute qu'il ne se serait pas gêné pour lui coller son poing en pleine figure ! L'insulter comme il venait de le faire représentait déjà un gros affront contre l'autorité même de son près plus que de celle d'Ignis, mais il fallait dire que, sur ce coup-là, il l'avait bien cherché ! Ses relations avec Prompto étaient déjà fortement tendues ces derniers temps, pourquoi avait-il fallu que ce loyal serviteur de son père vienne s'en mêler et y ajouter son grain de sel ?! Ignis venait d'être littéralement la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase une bonne fois pour toute.
Sans ajouter un mot de plus, Noctis imita son ami un peu plus tôt et se rua dans sa chambre pour aller récupérer son sac de cours, avant de sortir de son appartement, indifférent à son apparence complètement négligée. Il avait encore un peu de temps avant que les cours ne commencent, alors il allait en profiter pour chercher Prompto et le rassurer en lui disant qu'Ignis n'était rien de plus qu'un gros con prétentieux, mais qu'il ne cherchait peut-être pas vraiment à les mettre mal à l'aise. Le brun serait prêt à chercher le jeune photographe à travers Insomnia toute entière s'il le fallait.
Mais, il n'empêche… Le jeune cuisinier n'avait pas tort sur un point : pourquoi Prompto avait-il agit aussi violemment à la provocation d'Ignis ?
