Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Assise dans le silence de sa chambre, Aela n'arrivait pas à oublier ce qu'elle avait vu. Elle n'avait pas rêvé, elle en était sûre : Nathan avait des ailes et il s'était envolé avec grâce dans le ciel de velours sombre. Elle frissonna. Comment cela était-il possible ? Elle se dit que… Non, elle écarta cette idée de sa tête. Et pourtant...

Son regard s'arrêta sur la photo de son père posée sur son bureau. Il était souriant, grand et fort, et portait Aela encore bébé sur ses genoux. C'était avant que la maladie l'affaiblisse et le tue.

Elle passa le bout de ses doigts sur le verre du cadre, très doucement. Il lui manquait tellement. Elle avait eu si peu de temps pour le connaître.

Il fallait qu'elle parle à Nathan. Il fallait qu'elle lui dise qu'elle l'avait vu. Qu'elle savait. Il fallait qu'elle lui pose la question.

Nathan écoutait ses parents raconter leur journée de travail pendant le dîner. Encore peu de temps auparavant, quand il les entendait parler de leurs vies, il se sentait très éloigné d'eux. Ils avaient des soucis, des responsabilités, des décisions importantes à prendre. Le monde des adultes lui paraissait compliqué, et il n'était pas pressé d'en faire partie.

Mais depuis que ses ailes avaient poussé, il se sentait beaucoup plus proche d'eux, d'une certaine manière : lui aussi avait aujourd'hui des responsabilités. Il avait une mission importante à mener à bien. Si importante que des millions de vies reposaient entre ses mains. Il avait l'impression d'être devenu du jour au lendemain le père d'une multitude de vies qui pesaient lourdement sur ses épaules.

En pensant à tout ça, il poussait distraitement ses haricots verts du bout de la fourchette. Sa mère lui en fit la remarque :

- Nathan, ce n'est pas bon ? Tu es encore malade ?

Le jeune homme sursauta.

- Non, non, je pensais juste à quelque chose...

- Quoi ? Tu as des problèmes ? Nous te trouvons changé depuis quelques jours… Tu sais que tu peux tout nous dire...

- Non, non, c'est juste que...

Nathan reposa sa fourchette, inspira longuement et, prenant son courage à deux mains, répondit :

- Voilà… Avec des amis, on voudrait prendre quelques jours de vacances.

- Mais vous êtes déjà en vacances, fit remarquer son père.

- Des vacances, des vraies, au bord de la mer, loin de la maison. Ça nous ferait du bien. Je sais que vous ne comptez pas partir, et ça ne me dit rien de rester à Paris tout l'été.

- Et qui sont des "amis" ?

- Lia… Et un ami.

Sa mère le regarda en biais.

- Celui pour lequel tu piques l'eau de toilette de ton père ?

- Tu piques mon eau de toilette ?!

- Papa, maman ! Non ! c'est juste un ami. Voilà. Il ne vit pas en France et il aimerait découvrir la côte méditerranéenne. Alors on s'est dit...

Il vit le regard de son père coulisser vers celui de sa mère.

- Où voudriez-vous partir ? demanda-t-il.

- A Marseille, prendre le soleil, s'éclater à la mer.

- Et vous logeriez où ?

- Dans un camping. Il y en a plein de sympas dans le coin.

- Combien de temps ?

- Juste quelques jours, histoire de se changer les idées, de sortir de Paris.

Il y eut un blanc. Ses parents se regardaient, échangeaient leurs pensées dans leur langage secret de parents.

- Tu n'es pas un peu jeune pour sortir comme ça ?

- Maman ! Je ne suis plus un bébé ! Je te rappelle que quand papa et toi êtes partis faire du stop aux Etats-Unis, vous n'étiez pas tellement plus âgés que moi !

- Oui, mais à l'époque, les choses étaient différentes...

- Maman !

Le regard entre ses parents reprirent. Finalement, sa mère soupira et dit à son mari :

- Comme tu voudras...

Nathan croisa discrètement les doigts sous la table, priant pour que la réponse de son père soit celle qu'il espérait.

- Nathan James Sykes, je pense en effet que tu es en âge de voler de tes propres ailes.

Le jeune homme faillit éclater de rire. Son père ne croyait pas si bien dire !

- Les vacances entre amis, c'est toujours une expérience formidable. Mais il faudra que tu t'engages à respecter quelques règles.

Nathan hocha la tête. Il se sentait bouillir de joie et de soulagement. Tout allait bien ! Il allait pouvoir chercher le Livre-Monde ! Et puis prendre quelques jours de vacances en prime !

Il se leva d'un bond de sa chaise.

- Je vous promets d'être sérieux ! Je dois téléphoner à Lia pour lui annoncer la nouvelle ! Ses parents lui ont déjà donné leur accord, alors c'est génial !

Et Nathan se précipita vers sa chambre en embrassant ses parents au passage.

- Merci papa, merci maman !

- Chéri ! Tu n'as pas fini ton… dîner..., murmura sa mère. Mais Nathan avait déjà disparu.

Nathan se jeta sur son téléphone, trop heureux de pouvoir annoncer la bonne nouvelle à son amie. Quelqu'un avait déjà tenté de l'appeler pendant le repas et il y avait un message sur sa boîte vocale. C'était Aela. Il consulta sa messagerie, étonné.

"Salut, Nathan, c'est Aela. J'espère que je ne te dérange pas. Je voulais te voir. En fait, j'ai quelque chose d'important à te dire. Quelque chose que je ne peux pas te dire par téléphone. Tu veux bien me rappeler pour qu'on se donne rendez-vous ? Ce serait sympa."

Nathan leva son sourcil. Qu'est-ce qu'Aela pouvait avoir de si important à lui raconter ? Curieux, il composa son numéro.

Elle décrocha tout de suite.

- Aela, bonsoir, c'est Nathan.

- Ah, Nathan, merci de me rappeler.

- Que se passe-t-il ?

- Il faut que je te parle absolument, mais pas par téléphone. C'est trop grave.

- Grave ? Qu'est-ce qu'il y a de grave ?

- Je préférerais te le dire à haute voix. Est-ce que ça te dérange si on se voit ?

- Euhm… Non.

- Demain après-midi, ça te va ?

- Mouais… Tu ne peux vraiment pas me dire ça par téléphone ? Ta ligne est sur écoute ? demanda Nathan avec une pointe d'ironie dans la voix.

Aela rit.

- Non, je ne crois pas être si importante, mais je pense qu'il y a des choses qu'on ne dit pas par téléphone. C'est trop privé.

- Ah… Bon, d'accord. Demain alors. Où ça ?

- Devant la fontaine principale du parc, à 15 heures.

- Ça marche. J'y serai.

- Merci ! A demain alors.

- Ouais, à demain.

Nathan raccrocha et appela Lia aussitôt.

- C'est bon ! Mes parents sont d'accord ! cria-t-il dans l'appareil.

- Hourra ! C'est super ! On va s'éclater ! répondit Lia sur le même ton.

- J'y crois pas ! Juste nous trois, ça va être l'aventure !

- Ça, tu peux le dire, avec le livre à trouver...

Nathan sauta du coq à l'âne.

- Aela m'a appelé ce soir.

- Qu'est-ce qu'elle te voulait ?

- Elle veut me voir. Il paraît qu'elle a un truc important à me dire. On a rendez-vous demain.

- Eh ben ! Elle y va, celle-là, elle n'a pas froid aux yeux !

- Tu crois que ...?

- Evidemment ! Elle voit que tu ne réagis pas à ses avances, alors elle passe à l'attaque.

- Je ne suis pas sûr. Elle m'a dit qu'elle avait quelque chose de grave à me raconter.

- C'est ça, oui. Elle va te sauter dessus !

- Non...

- Nathan, tu es mon ami. Je te trouve intelligent mais tu es d'une naïveté déconcertante.

- Tu penses que je ne devrais pas y aller ?

- Mais si, vas-y, tu verras bien. De toute façon, tu pourras toujours t'envoler si jamais elle est trop insistante !

Et Lia éclata de rire.


Le lendemain matin, comme tous les matins, Nathan trouva son père en train de faire des pompes dans le salon. Il avait posé le journal par terre et le lisait en montant et descendant, perché sur ses biceps luisant de sueur. C'est un rituel quotidien : il tenait à ses 20 minutes de sport pour entretenir sa forme. Il avait proposé plusieurs fois à Nathan de l'accompagner dans ses exercices, mais le jeune homme, après avoir essayé une ou deux fois, avait abandonné, estimant que ça s'apparentait plus à de la torture qu'à du sport. Il préférait courir ou faire du basket !

Nathan passa devant lui sans lui adresser un regard. Cette scène était tellement habituelle qu'il n'y faisait plus attention. Il rejoignit sa mère à table, dans la cuisine, pour le petit déjeuner.

Continuant sa série de pompes, le père de Nathan souleva une main et, à toute allure, tourna la page du journal. Soudain, son regard fut attiré par une photo en noir et blanc imprimée en page 4. Il s'interrompit dans son effort et se mit debout avec souplesse.

- Ah ! ben ça alors ! s'exclama-t-il en rejoignant tout le monde dans la cuisine.

- Qu'y a-t-il ? lui demanda sa femme qui savourait son thé brûlant. Tu t'es fait mal ?

Nathan aussi releva la tête. Il ne se sentait pas encore très réveillé car il avait eu du mal à s'endormir la veille, tournant dans sa tête la projection des quelques jours qui allaient passer à Marseille avec Lia et Zayn. Est-ce qu'il pourrait se baigner malgré ses ailes ? Est-ce qu'il arriverait à trouver le Livre-Monde ? La phrase laissée par Mélior résonnait encore en lui et ses pensées tourbillonnantes l'avaient maintenu éveillé jusque tard dans la nuit... Il tournait au ralenti ce matin, les cheveux ébouriffés, les idées emmêlées, les yeux lourds.

Son père étala le journal sur la table et montra la photo à sa famille :

- Il paraît qu'il y a un ange qui survole le parc, près de la maison !

Il éclata de rire.

- Y a des malades quand même… Le gars qui a pris la photo veut rester anonyme. Mais ça passe quand même dans le journal.

Nathan sentit son cœur se glacer dans sa poitrine et il se pencha sur la photo.

Elle était floue, pixelisée, mais on voyait bien une personne avec de grandes ailes blanches survoler la cime d'un arbre.

Sa mère prit le journal et lut l'article.

- La photo a été prise avec un téléphone portable, il y a deux jours, dans la rue voisine. Dire qu'on ne parle jamais de notre quartier, et là, il faut qu'on se fasse remarquer avec un canular pareil.

- Attends, lis l'article jusqu'au bout ! Selon les experts, la photo n'est pas truquée !

- Bien sûr... A quand les martiens qui sonnent à l'interphone ? Aujourd'hui, on peut modifier toutes les photos sous Photoshop...

Elle savait de quoi elle parlait : une partie de son travail consistait à retoucher des photos pour les magazines féminins.

Nathan avait déjà pu comparer une photo originale avec sa copie retouchée et le résultat était bluffant. Mais là, il n'avait pas du tout envie de rire. Il n'avait plus faim. Visiblement, quelqu'un l'avait aperçu l'autre soir, quand il s'était envolé après avoir déposé Zayn au métro. Et ce quelqu'un avait eu la présence d'esprit de prendre une photo et de l'envoyer au journal ! Heureusement, on ne pouvait pas le reconnaître, mais il se disait qu'il avait frôlé la catastrophe. Et si jamais on avait vu son visage ? Il frissonna rétrospectivement de peur...


Nathan l'aperçut au loin. Elle faisait les cent pas devant la fontaine. Ses cheveux blonds se soulevaient à chacun de ses mouvements. Ses longues jambes se déliaient en foulées souples.

Le jeune homme la vit consulter sa montre qui renvoyait des éclats de lumière, d'un geste sec. Il hésita. Avait-il eu raison d'accepter ? Et si Lia avait deviné juste ? Si elle lui déclarait vouloir sortir avec lui ? Il sourit brièvement. Il fut un temps où il n'aurait demandé que ça mais, à ce moment précis, ça l'inquiétait pas plus qu'autre chose.

Finalement, il écarta ces idées et s'avança vers elle. Lia le vit et son visage, jusqu'ici inquiet, s'éclaira.

- Nathan ! Je suis contente de te voir.

- Salut, Aela.

Ils se firent la bise. Elle sentait le jasmin. Ils s'éloignèrent dans une allée à l'écart. Les cris des enfants qui jouaient dans la fontaine s'estompèrent.

- Nathan, comme je te l'ai expliqué, j'ai quelque chose d'important à te dire.

- Je t'écoute...

- Voilà... C'est assez délicat...

Aela hésita. Cela ne lui ressemblait pas, elle qui paraissait si sûre d'elle habituellement. Mais elle se lança :

- J'ai passé la soirée chez ma copine Géraldine, il y a deux soirs de ça. Elle habite près du parc. Quand je suis sortie de chez elle, je vous ai vus, Lia et toi.

Le cœur de Nathan fit un bond. Il savait ce qu'elle allait lui dire. Il repensa à la photo dans le journal, mais resta silencieux, attendant la suite.

- Je t'ai vu te mettre torse nu. Et j'ai vu tes ailes, immenses, se déployer dans ton dos. Tu t'es envolé avec tellement de légèreté dans le ciel... J'aurais voulu que tu m'emmènes avec toi.

Nathan ne répondit pas tout de suite. Il regarda Aela. Elle attendait visiblement une explication. Enfin, il lui dit :

- Aela, je ne veux pas être méchant, mais je crois que tu as rêvé ce jour-là. Tu as trop d'imagination.

La jeune fille rougit violemment.

- Nathan, je sais ce que j'ai vu !

- Non, tu ne sais rien du tout. Comment pourrais-je avoir des ailes ?

Une inspiration lui traversa l'esprit et il s'en servit pour contrer Aela :

- Tu as lu le journal ce matin, c'est ça, hein ? Alors tu as monté cette histoire pour attirer mon attention parce que je ne te rappelais pas ?

Nathan était volontairement agressif. Il ne fallait pas qu'Aela devine son trouble, qu'elle comprenne qu'elle avait raison.

- Le journal ? Quel journal ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.

- Arrête de faire la naïve. Si ça se trouve, c'est même toi qui leur as envoyé cette photo truquée. Tu es complètement mytho, ma pauvre !

La jeune fille recula comme si on l'avait frappée. Nathan s'aperçut qu'elle était au bord des larmes. Il s'en voulut d'être allé aussi loin, mais il ne pouvait pas faire autrement. Il gardait en tête le chantage que lui avait fait subir le libraire, et en particulier la manière dont tout cela s'était terminé. Il ne voulait surtout pas qu'Aela croise la route de Jérôme et son injection de mémo.

- Nathan, je ne sais pas ce que tu racontes. Je n'ai entendu parler d'aucune photo ! C'est juste que...

- "Que" quoi ? Qu'est-ce que tu me veux ?

- Rien mais... Je sais pourquoi... Je voulais te dire...

Nathan se tourna vers elle brusquement. Elle pleurait. Des larmes silencieuses coulaient de ses beaux yeux. Il lui débita d'un ton sec et haché :

- Je pense, moi, qu'on n'a rien à se dire. Je ne comprends rien à ce que tu me racontes. Ce n'est pas la peine de tenter de me rappeler, si c'est pour me sortir des histoires à dormir debout.

Et, sans plus de manières, il la planta là, au milieu de l'allée, avec ses joues mouillées de larmes.

Son cœur battait la chamade. Il se détestait d'être aussi odieux. Elle n'était pas méchante et, surtout, elle était si belle ! Il avait envie de faire demi-tour et de la prendre dans ses bras pour la consoler, lui expliquer qu'il faisait ça pour se protéger, certes, mais aussi pour la protéger elle. Mais il ne le pouvait pas. Il devait continuer.


Alors qu'il rentrait chez lui en ruminant ses sombres pensées, il reçut un appel. C'était Eyver.

- Nathan, tu as vu la photo dans le journal ce matin ?

- Oui, je l'ai vue, répondit le jeune homme en soupirant.

- C'est bien toi, n'est-ce pas ?

- Oui.

Il se mordit la lèvre inférieure. Il savait déjà ce qu'Eyver allait lui dire.

- Nathan, il faut que tu sois plus attentif. Je comprends que tes ailes te démangent et que tu aies envie et besoin de les déployer, de voler. Mais ce n'est pas prudent.

- Je sais... Je pensais être seul...

- Ce n'était visiblement pas le cas. Heureusement que la photo est floue et qu'on ne voit pas ton visage ! On oubliera vite cette histoire. Mais il ne faut pas que cela se reproduise.

- Je sais... Je ne le ferai plus.

- Très bien. Tu sais, l'Avaleur de Mondes pourrait utiliser ce genre de traces contre nous.

- Il est là ? Sur Terre ?

Nathan se demandait si on se moquait de lui : depuis le temps qu'on lui parlait de l'Avaleur de Mondes, il n'avait toujours rien vu. Pour lui, il faisait encore partie de la légende.

- Non. Mais il est déjà venu ici et il peut revenir.

- Il ressemble à quoi ? Comment le reconnaîtrais-je s'il s'en prenait à moi ?

- Je n'en sais rien Nathan. L'Avaleur de Mondes n'est pas un être comme on l'entend... C'est une entité, il peut revêtir plusieurs formes.

- Alors comment avez-vous su que c'était lui ? Comment est-il apparu sur Chébérith ?

Eyver réfléchit un instant. Il fallait qu'il se rappelle...

- On le sent en nous. Comme une déchirure de tout notre être. Et après son passage, c'est comme s'il avait déposé un voile noir sur nos âmes. Un voile qui nous étouffe, nous rapetisse. Nos souvenirs se diluent, notre perception du monde s'affaiblit. Chébérith a commencé à s'effacer en même temps que nos esprits.

- Vous ressentez la même chose en ce moment ?

- Non. Pas en ce moment. Mais pour notre sécurité, nous devons rester discrets. Comme vous le dites, les Terriens : Pour vivre heureux, vivons cachés.