Chapitre 17 : True Colors

Trois coups furent frappés à la porte d'entrée de la maison des Stilinski et Stiles sursauta avant de regarder l'heure.

Dix-huit heures ! Merde ! Il n'avait pas vu le temps passer.

Il abandonna son assiette à peine entamée et se dirigea vers l'entrée. Mieux valait ne pas faire attendre Derek.

— Eh ! Je suis un peu à la traîne… Entre !

Sa voix enjouée ne rencontra qu'un mur de mauvaise humeur et la mine déjà bien sombre du loup se renfrogna davantage. Sans desserrer la mâchoire, il entra à la suite de l'adolescent qui courut dans les escaliers sans perdre de temps.

Le loup-garou en profita pour laisser ses yeux vagabonder dans la maison silencieuse.

Son cœur se fit plus douloureux aux souvenirs pourtant si simple qui habitaient les lieux.

Il se souvenait avoir poussé l'adolescent dans cet escalier pour le jeter sous la douche.

Il se souvenait avoir fouillé ces placards et avoir préparé un chocolat chaud pour eux deux dans cette cuisine. Cette même cuisine où il avait pris conscience de ses sentiments pour le fils du shérif…

Il détourna le regard, hanté par ce souvenir en particulier et s'approcha de l'assiette pleine, posée au milieu de la table, avec un air dubitatif.

Au moins, cette fois, l'adolescent s'était préparé un vrai repas et pas un simple bol de céréale.

— C'est bon, je suis prêt !

L'homme se tourna vers l'adolescent qui avait passé des vêtements plus chaud, ce qui le fit doucement sourire.

— Assieds-toi et mange ! ordonna-t-il en pointant l'assiette du doigt ! Et vite ! ajouta-t-il lorsque Stiles ouvrit la bouche pour protester.

Le lycéen souffla en se renfrognant avant de s'asseoir à contrecœur et d'attraper sa fourchette.

— Super, grommela-t-il entre deux bouchées.

Il engloutit son plat malgré tout et se leva tout de suite après en lançant un regard à l'homme comme pour lui dire « Satisfait ? ».

Ils sortirent d'un même pas et le jeune homme verrouilla derrière lui puis ils s'avancèrent naturellement vers la camaro avant de se figer tous deux, les yeux exorbités, sans oser monter dans le véhicule.

De toute évidence, le même souvenir d'une soirée de patrouille les avait traversé.

Ils avaient pourtant passé de longues soirées dans cette même voiture depuis, mais leur relation avait à nouveau évolué depuis. Elle était passée de tendue et pesante à amicale et ambiguë depuis la soirée bowling de samedi soir.

Stiles fut le premier à se reprendre.

— On… On prend plutôt la Jeep, non ? lâcha-t-il avant de faire une drôle de moue dont lui seul avait le secret.

— Ouais, bonne idée, souffla Derek sans se faire prier. Mais je conduis !

— Quoi ? Non ! se rebella aussitôt Stiles. Il faut avoir du doigté avec Roscoe, elle n'est plus toute jeune, il faut savoir lui parler !

Derek se contenta d'appuyer un regard dur sur lui comme pour lui signifier que ce n'était pas négociable et une fois de plus, Stiles leva les yeux au ciel avant de lâcher ses clés dans la main de l'homme avec un air renfrogné !

Il monta côté passager et souffla de mécontentement en posant son menton sur son poing fermé, le regard tourné vers l'extérieur.

Le loup s'installa derrière le volant et mit le contact un peu trop brutalement, faisant hurler le moteur de la pauvre Jeep !

— Oh, bon sang, se plaignit Stiles en fusillant le conducteur du regard.

Derek fit comme s'il n'avait rien entendu et passa la première pour s'élancer sur les routes de la ville.

— La deuxième accroche un peu, prend le temps de bien enfoncer l'embrayage.

Le loup s'appliqua et il se permit un léger sourire envers Stiles lorsqu'il passa la vitesse sans problème.

— Elle m'adore déjà, se vanta-t-il gentiment, goguenard.

— Il faut croire que tu as ce don aussi auprès des voitures malgré ta brusquerie ! railla Stiles.

Derek serra les dents et se concentra sur la route, les yeux étincelants de colère.

L'hyperactif fronça les sourcils. Le loup semblait vraiment colérique ce soir. Et rien ne s'était arrangé depuis qu'ils étaient entrés dans le véhicule.

— C'est quoi la première adresse ?

— Oh, attends, je regarde !

— Tu plaisantes ? Tu attendais quoi pour le faire ? Même une consigne aussi simple est trop compliquée pour toi ?

Stiles se redressa, le cœur battant face au mots durs de l'homme. Il se sentit blessé plus que de raison et sursauta quand il se rendit compte des yeux bleu lupin qu'arborait le lycanthrope.

Quelque chose clochait !

— Je sais que tu ne le penses pas, Derek !

— Bien sûr que je le pense, idiot ! grogna l'autre en se garant brusquement en montant sur un trottoir, secouant son passager violemment au passage.

Il profita de ce moment d'inattention du lycéen pour refermer sa main, pourvue de griffes, sur le col du garçon.

— Tu me rends dingue, tu en as conscience au moins ?

Les crocs s'allongèrent et, pris dans le tourbillon de la transformation, Derek inclina le cou de tous cotés tandis que son visage se parait de ses traits loup-garouesque.

Il n'en fallut pas plus à Stiles pour s'extraire de la voiture. Profitant du manque de concentration du loup-garou, il tâtonna la portière dans son dos de sa main droite, tout en se détachant de la gauche. Il tomba en arrière sur le trottoir, à même les fesses, quand la porte s'ouvrit, et se releva aussi vite que possible pour se mettre à courir.

Il pouvait parfaitement entendre le lycanthrope sur ses talons et il accéléra malgré ses poumons déjà en feu. Il n'avait jamais été sportif, et à la course contre un loup-garou, il n'avait aucune chance.

Alors qu'il bifurquait à gauche, il se sentit basculer en avant, poussé violemment dans le dos, et il s'écrasa lourdement sur le sol, se réceptionnant sur ses avant-bras plutôt que sur ses mains — il finissait finalement par apprendre de ses erreurs — pour protéger son visage du bitume.

Il n'eut cependant pas le temps de l'admirer, car d'un mouvement brusque, Derek le retourna sur le dos en tirant prestement sur une de ses jambes.

Cette fois, il se cogna l'arrière de la tête et gémit doucement avant que la main du loup ne se referme sur sa gorge, son visage tout près du sien, tous crocs dehors.

— Reprends-toi, Derek, c'est moi ! haleta l'adolescent sous la poigne. Écoute… c'est de ma faute, je suis désolé ! J'ai…

Il tenta d'écarter la main qui le privait d'air, en vain, et, tout en continuant de lutter, il reprit son discours difficilement.

— J'ai oublié… l'aconit… dans la boite à gant… Derek ?…

Les yeux clignotèrent, l'air frais de la nuit faisait son œuvre et bien vite, la poigne se desserra avant que le Bêta ne chancelle en reprenant son apparence humaine.

Stiles en profita pour se lever, les fesses et la tête douloureuses, une main massant sa gorge, il reprit son souffle.

— Oh, non ! Stiles !

Derek avait l'air paniqué de la manière dont il venait d'agir, soudainement.

— Tu vas bien ? Je…

— Ça va, se força à sourire Stiles. C'est bon ! Ça va ! T'en fais pas, ok ?

— Fais-moi voir !

Sans lui laisser le temps de riposter, il attrapa doucement son menton pour le soulever et mieux voir la gorge du garçon sous la lumière du lampadaire qui éclairait la rue.

Les doigts, doux et légers, qui parcoururent son cou offert fit frissonner l'adolescent qui parvint difficilement à dompter les battements de son cœur.

Sa peau se recouvrit de chair de poule et il ferma les yeux pour tenter de se contrôler.

Non, vraiment, il ne pourrait jamais se faire au contact de la peau de Derek sur la sienne.

— Derek, souffla-t-il incapable de plus de force. C'est bon, je te dis… Je vais bien !

— Mais, j'aurais pu… je…

La panique dans la voix de l'ancien alpha n'était pas factice et ses intonations brisèrent quelque chose dans la poitrine de Stiles.

Peu importe le mal que Derek lui avait fait, il ne pouvait supporter de le savoir mal !

— Ne penses pas à ce qui aurait pu arriver. C'est de ma faute de toute façon… J'avais complètement oublié l'aconit. Il n'y a que quand tu as sorti tes griffes que j'y ai repensé !

La prise sur son menton s'allégea sans que la main ne quitte son cou et l'adolescent put baisser la tête à nouveau.

Il rencontra aussitôt les iris de nouveau humain de l'homme devant lui et un léger silence empli de tension s'installa tandis que la respiration de Derek se faisait de plus en plus profonde et que son regard ne fasse des aller-retour entre les yeux miel et les lèvres rosées !

Stiles frissonna et sa respiration s'intensifia aussitôt.

Pourtant, quand l'homme se pencha en avant pour réduire la distance entre eux, il détourna la tête en exhalant lourdement.

— Derek ! murmura-t-il accusateur. Je suis avec Maxime maintenant… et, c'est toi qui a voulu mettre fin à… notre amitié améliorée !

Les yeux du loup se voilèrent de tristesse, il les ferma en soupirant avant de reculer de deux pas.

Il ne s'excusa pas, et ne chercha pas à mettre fin au silence qui s'était à nouveau installé dans la ruelle où ils se trouvaient.

— Je… Attends-moi là, je vais me débarrasser de l'aconit et aérer la voiture, reprit le fils du shérif pour mettre fin à ce moment gênant et pesant.

Il s'avança vers le bout de la rue, en direction de la jeep qu'ils avaient abandonnée un peu plus loin, se massant au passage ses fesses douloureuses suite à sa chute en arrière sur le trottoir quand il avait fui sa voiture.

— Stiles !

La voix de Derek le stoppa dans son élan, mais le lycéen ne se retourna pas.

— J'ai… juste… J'ai besoin de savoir si tu es heureux avec lui !

L'hyperactif ouvrit de grand yeux surpris avant de cligner plusieurs fois des paupières et de se retourner de trois-quarts.

— J'ai déjà répondu à cette question, Derek, répondit-il avec lassitude.

L'homme pinça des lèvres face à la réponse et laissa l'air quitter doucement ses poumons.

Il observa le paysage comme à la recherche de ses mots avant qu'il ne repose les yeux sur l'adolescent qui n'avait pas bougé.

— Est-ce que… tu es toujours amoureux de moi ? demanda-t-il finalement sur un ton vibrant de désespoir.

Le cœur de Stiles s'emballa et il se maudit de ne pas être capable de mieux se contrôler face au loup pourvu d'une ouïe hors du commun.

Il trembla légèrement de tout son corps, et sa bouche s'ouvrit sous le choc.

— T'as pas le droit de me demander ça, fit-il tristement, douloureusement. Je… Je fais ce que je peux pour aller de l'avant ! C'est ce que tu voulais, reprit il avec plus d'énergie et une pointe de colère ! Mais je n'y arriverai jamais si tu continues de souffler le chaud et le froid avec moi, Derek ! Je… Je ne suis pas un putain de jouet avec lequel tu peux t'amuser quand bon te semble ! Merde, Derek ! Je ne sais jamais à quoi m'en tenir avec toi…

Il y avait plus de tristesse que des colères dans ses mots.

— T'as pas le droit de me demander ça, répéta-t-il à nouveau d'une voix éteinte avant de fermer les yeux desquels s'échappèrent deux perles salées qui s'écrasèrent sur l'asphalte silencieusement.

Derek l'observa, le cœur brisé !

Il savait qu'il faisait du mal à Stiles, mais il souffrait tellement lui aussi.

La douleur de ne plus être avec l'hyperactif devenait plus puissante que sa peur viscérale de prendre le risque de revivre une histoire d'amour…

Il avait reçu le coup de grâce, la veille, en voyant son ancien amant si heureux dans les bras de son nouveau compagnon, répondant avec passion à son étreinte et à son baiser avec un ravissement non prétendu !

Son cœur battait douloureusement dans sa poitrine tandis qu'il regardait ce garçon si beau qu'il aimait et qui l'aimait.

Il lui suffisait de prononcer ces trois petits mots insignifiants et dérisoires pour que le masque tombe et que la vérité éclate, pourtant il se sentait paralysé, une fois de plus, par la peur… La peur d'aimer… La peur de souffrir, la peur même d'être rejeté…

Sans parvenir à ouvrir la bouche, il observa Stiles repartir en direction de sa voiture.

Il voulait faire un pas en avant, l'arrêter dans son élan… mais une fois de plus, son corps refusa d'obéir jusqu'à ce que l'ombre du jeune homme ne disparaisse au coin de la rue. Seulement alors, il se laissa tomber à même le sol et laissa ses larmes silencieuses exprimer sa douleur.

Quelques minutes plus tard, après avoir pris le temps de se reprendre et d'effacer les traces de son flanchement, il rejoignit la Jeep où le garçon était assis, le coude appuyé contre l'appui de sa fenêtre ouverte, côté passager.

Derek ne put s'empêcher de sourire en le découvrant de ce côté-là du véhicule et, après avoir pris une grande goulée d'air pour se donner courage et contenance, il grimpa sur le siège conducteur.

Il s'attacha, remit le contact et observa la rue dans les rétroviseurs avant de tourner la tête vers le garçon qui avait le regard fixé sur l'extérieur.

— Je sais que je n'ai pas d'excuse, encore une fois… mais, je veux que tu saches, Stiles, que je fais des efforts pour me comporter convenablement avec toi… Et crois moi, c'est loin d'être facile !

Stiles inspira en levant les yeux au ciel avant de se tourner vers lui avec un regard dur et froid.

— Pourquoi ? demanda-t-il d'un ton neutre.

— Quoi ?

Le Bêta était complètement perdu et ne comprenait pas le sens de cette question, mais l'hyperactif ne se démonta pas.

— Pourquoi c'est difficile ? Explique-moi ! Tu n'as aucun sentiment pour moi, c'est ce que tu as dit… Alors pourquoi ?

Derek perdit toute sa superbe ! Que répondre à ça…

— Ce n'est pas si simple, répondit il d'une toute petite voix comme un enfant prit en faute !

— Pourquoi pas ? répliqua son interlocuteur avec hargne. Je suis intelligent et je pense que je peux comprendre beaucoup de choses, alors pourquoi ?

Derek ferma les yeux, le cœur battant à nouveau à un rythme fou.

Devait-il le lui dire ? Lui avouer ce sentiment inattendu qui était né en lui à son insu ?

Mais, pourtant Stiles était en colère et il avait le sentiment qu'avouer son insoupçonnable secret maintenant ne ferait qu'aggraver les choses.

Il avait déjà du mal à tenir sa résolution et savait pertinemment que si l'hyperactif découvrait que son amour était partagé, il ne pourrait plus faire marche arrière, en avait-il seulement encore l'envie ?

— Stiles, tu n'as pas encore compris ? capitula-t-il finalement en se tournant complètement vers le lycéen.

— Compris que t'es complètement lunatique ? Je dois admettre que je l'avais remarqué depuis longtemps !

— Stiles, je…

Une voiture de police fit retentir sa sirène derrière eux et les gyrophares bleu et rouge projetèrent sur les façades leur lueur clignotante.

Stiles se retourna, la tête à l'extérieur de la fenêtre avant de jurer.

— Eh merde !

Il y eut le bruit d'une portière qui s'ouvre et se referme puis celui de quelques pas avant que le shérif Stilinski et un de ses adjoints ne se placent de chaque côté du véhicule.

— On nous a signalé des individus suspect stationnés depuis un moment sur le bas-côté, expliqua Noah en passant son regard de Derek à son fils qui regardait obstinément droit devant lui. Qu'est-ce que vous faites tous les deux dehors en pleine nuit ? reprit plus fermement le shérif en dévisageant le loup avec antipathie.

— Désolé, shérif, répondit ce dernier en se rendant compte que Stiles ne semblait pas décidé à répondre. J'ai voulu conduire la voiture de votre fils, mais je n'ai pas réussi à dompter la bête et j'ai heurté le trottoir un peu violemment !

Noah fronça les sourcils avec un air septique avant de tourner sa lampe torche vers son fils, regardant toujours droit devant lui.

— Ça va, Stiles ?

Son fils soupira avant de se tourner vers lui avec un sourire éclatant.

— Désolé d'avoir créé des ennuis, papa… On devait juste faire un truc pour Scott, expliqua-t-il simplement, ne pouvant se permettre de s'attarder sur les histoires de la meute en présence du collègue de son père.

— Ok… Je te veux à la maison dans une heure, si t'as le moindre ennui, tu m'appelles… Et qu'on ne me signale plus de Jeep bleue suspecte ! C'est compris ?

— Oui, papa ! accorda Stiles comme un bon petit soldat.

Le gardien de l'ordre hocha la tête avant de poser un regard dur sur le loup-garou. Il ouvrit la bouche comme pour ajouter quelque chose avant de finalement se retenir et d'inviter son coéquipier à le suivre.

— Bon, on a suffisamment perdu de temps et, connaissant mon père, il va m'attendre de pied ferme dans une heure pour s'assurer que j'ai obéis. Alors… Première adresse : Riverside Street ! Direction les beaux quartiers !

Derek ouvrit la bouche comme pour protester et finalement avouer ce qu'il avait sur le cœur, mais se ravisa avant de hocher la tête et de s'engager sur la route.

oOo

Ils avaient pu vérifier trois adresses dans un calme et une ambiance plutôt légère malgré les récents événements quand le téléphone de l'adolescent vibra dans la poche de son jean.

Stiles sursauta de manière quasi-imperceptible avant d'ignorer l'appel.

— La prochaine maison se situe sur Old Oak Avenue, tourne à droite au prochain croisement, expliqua-t-il le nez baissé sur l'une des feuilles qu'il avait imprimées deux jours plus tôt.

— Tu ne réponds pas ?

Stiles tourna le regard vers lui avant de rouler exagérément des yeux.

— J'oublie toujours que tu entends tout avec tes oreilles poilues, sourit l'adolescent sans répondre à la question.

— Je préfère que tu parles de mon… « swing » que de mes oreilles, se moqua légèrement Derek avec un clin d'œil léger.

L'hyperactif rougit ce qui agrandit le sourire du loup qui tenta de camoufler son amusement en fixant son attention sur la route.

— Arrête de flirter avec moi, bougonna l'adolescent avec une voix presque timide qui fit fondre le loup.

— Je ne peux pas m'en empêcher t'es tellement mignon quand tu rougis…

Au diable ses résolutions, le Bêta avait Stiles dans la peau, il ne pourrait jamais renoncer à lui !

L'adolescent ouvrit la bouche pour répondre quand son cellulaire vibra à nouveau.

Avec un soupir, le lycéen se résigna à extraire l'objet de sa poche avant de se crisper en apercevant le nom de son correspondant. Il jeta un rapide coup d'œil vers le loup avant de fermer les yeux le temps d'un battement de cils et de porter l'appareil à son oreille.

— Allô ?

Grâce à son ouïe lupine, l'ancien alpha ne put ignorer la voix qui s'éleva en sourdine.

Maxime !

Son cœur se serra à l'instar de ses mains sur le volant, faisant blanchir les jointures de ses phalanges !

Ça va, mon ange ? Je ne te dérange pas ?

— Euh… Stiles hésita et lança un nouveau regard furtif vers le conducteur. Non, non… Tu voulais me demander quelque chose ?

J'avais juste envie d'entendre ta voix… Et oui, j'ai conscience que c'est incroyablement niais, mais… Voilà ! Tu fais quoi ?

Derek n'ignora pas le petit sourire qui éclaira le visage du jeune homme et il pinça des lèvres à nouveau !

— Je… Je faisais une petite course pour Scott, mais je ne devrais pas tarder à rentrer, éluda Stiles en s'évertuant d'être vague tout en restant honnête. Et toi ?

Rien de particulier. Mais tu conduis ? Je ne voudrais pas être responsable d'un accident !

— Oui, bonne idée, ce serait plus sage de raccrocher, ne put s'empêcher d'ajouter Derek en tournant son regard légèrement sévère vers Stiles qui lui répondit par un regard noir.

Attends, tu es avec quelqu'un ? C'est qui ?

— Maxime, je te rappelle dans dix minutes quand je serais chez moi, lança Stiles pour couper court à la conversation.

Il lança un nouveau coup d'œil agacé vers Derek avant d'ajouter.

— Et, Max ? Je suis sûrement niais moi aussi, mais la soirée était vraiment pourrie et moi aussi ça m'a fait plaisir d'entendre ta voix !

Il y eut un blanc de l'autre côté de la ligne et Stiles se demanda un instant si Maxime n'avait pas raccroché. Puis, la voix du garçon s'éleva à nouveau, basse, timide et triste.

J'attends ton appel.

Avant que l'hyperactif n'ait le temps d'ajouter quoi que ce soit, il avait déjà raccroché.

— T'en as pas marre de me mettre des bâtons dans les roues quand je suis en couple ? s'énerva le lycéen en se tournant vivement vers le loup.

— Arrête de te mettre en couple avec des personnes dont tu n'es pas amoureux et tout se passera mieux, répliqua l'autre lui aussi de mauvaise humeur suite aux derniers mots que le jeune homme avait échangés avec son interlocuteur.

— J'aimais vraiment Lydia, répliqua Stiles sans réfléchir avant se rendre compte de ses mots et de fermer les yeux en soupirant.

Il replaça son menton dans son poing, énervé à nouveau contre son coéquipier de patrouille.

Leurs interactions au cours de la soirée avaient été de véritables montagnes russes et le lycéen commençait à être clairement à bout.

— Mais pas Maxime, ajouta Derek d'une voix posée mais suffisamment ferme pour porter le coup de grâce.

— Ça viendra.

— Qui essayes-tu de convaincre, Stiles ? reprit le Bêta avec humeur. Lui ou toi ? Parce que, me concernant, tu n'as aucune chance !

— Tu m'emmerdes, Derek. C'est toujours comme ça avec toi. Tu t'en fous de moi jusqu'au moment où quelqu'un d'autre s'intéresse à moi. T'es pire qu'un gosse en fait, tu ne supportes juste pas que quelqu'un d'autre joue avec ton jouet, mais t'as raison, ce n'est pas de l'amour ça, c'est juste de la possessivité ! Je ne t'appartiens pas !

Le loup avait beau l'avoir mérité, il se prit les mots de l'adolescent de plein fouet et la douleur qui s'en suivit fut pire que s'il l'avait frappé avec ses poings !

Son cœur dégringola dans sa poitrine et il tourna toute son attention sur la route pour cacher à quel point les paroles de Stiles l'avaient atteint !

— On y est, annonça-t-il d'une voix faible en se garant finalement.

Il mit le véhicule au point mort sans que Stiles ne rajoute un mot et dans un même mouvement, ils sortirent de la voiture pour faire le tour de la maison.

— Alors ? demanda Stiles. Tu sens quelque chose ?

Derek se contenta de hocher négativement la tête. Une fois de plus, ils avaient fait chou blanc. Pas de loup ici.

Peu importe la maîtrise d'un loup à camoufler son odeur, il ne pouvait s'empêcher de la laisser s'exprimer dans son foyer comme dans une tanière, une manière de marquer son territoire en quelque sorte…

— Espérons que les autres aient eu plus de chance que nous, reprit le lycanthrope en retournant vers la Jeep. Sinon, nous recommencerons demain soir.

Et cette idée ne semblait les réjouir ni l'un ni l'autre face au fiasco de cette première soirée de ronde…

Le trajet du retour se fit dans un silence pesant et les deux hommes furent soulagés de se garer devant la demeure des Stilinski.

— Alors… À demain…

— Stiles, attend !

Derek prit une profonde inspiration quand l'adolescent consentit à se stopper dans son élan.

— Je me suis vraiment conduit comme un con, ce soir et pas seulement à cause de l'aconit ! Je sais que tu m'en veux… Tu… tu viendras quand même vendredi soir, n'est-ce pas ?

Stiles soupira lourdement.

— Je te l'ai déjà dit, Derek, je fais partie de la meute, alors oui, j'y serais. Pour le reste, je veux juste que tu arrêtes de jouer avec moi !

— Ce n'est pas ce que je fais, je te le promets !

Stiles le regarda d'un air inquisiteur avant de répliquer.

— Alors tu appelles ça comment ?

Derek hésita.

— De la maladresse ?

Et la moue qu'il fit, incertaine et penaude, était tellement incroyable sur son visage habituellement si fermé, qu'elle arracha un sourire à Stiles.

Malgré toute sa volonté, il était incapable d'en vouloir bien longtemps au bêta.

— Alors, arrête d'être maladroit, ajouta-t-il avec plus de douceur qu'auparavant. À demain, Derek !

— À demain.

Stiles passa la porte de chez lui avec seulement quelques minutes de retard sur l'horaire fixée par son père, mais celui-ci l'attendait malgré tout, assis à la table de la cuisine, le doigt pointé sur l'horloge.

— Tu es en retard !

— De deux minutes, papa, répliqua Stiles. N'exagère pas !

— J'exagère ? Tu passes la soirée avec le type qui t'a brisé le cœur, sans intervenir, et j'exagère ? Stiles, quand comprendras-tu que je m'inquiète pour toi et que je ne cherche qu'à te protéger ?

L'adolescent se radoucit et ses lèvres se fendirent d'un vrai sourire.

— Ça, je le sais déjà, papa.

Il claqua un bisou sonore sur sa joue avant de battre en retraite vers sa chambre.

Il se laissa tomber sur son lit et appuya sur la touche de rappel de son téléphone. Une tonalité, deux tonalités et enfin la voix de Maxime s'éleva, rauque.

— Max, tu vas bien ? s'inquiéta le jeune homme aussitôt.

Oui, ouirépondit évasivement son interlocuteur.

Aussitôt, la culpabilité s'empara de l'hyperactif, il se doutait que Maxime avait été blessé de le savoir avec quelqu'un d'autre et qu'il se contente de raccrocher plutôt que de lui expliquer la situation. Mais il se voyait mal expliquer au jeune homme la raison de la présence de Derek. Tout ce qui concernait la meute devait rester secret…

Il ouvrait la bouche pour s'excuser quand la voix du garçon s'éleva à nouveau, sanglotante.

Tu saisje fais beaucoup d'effort pour ne pas te faire une crise de jalousie, mais… Tu étais avec Derek, pas vrai ?

— Max, je t'en prie ne pleure pas… Oui, c'est vrai… C'était Derek, mais crois-moi, j'aurais mille fois préféré passer la soirée avec toi qu'avec lui.

C'est vrai ? sanglota à nouveau le garçon.

— Si je te le dis, répliqua aussitôt le brun avec un sourire si grand qu'il était perceptible dans sa voix. Je ne mentais pas quand je t'ai dit que la soirée avait été horrible. Ça m'a fait plaisir que tu m'appelles.

Maxime eut un petit rire entrecoupé de sanglot.

Je suis vraiment pathétique.

— Bien sûr que non, gronda Stiles.

C'est juste que, je tiens énormément à toi déjà, et j'ai vraiment peur de te perdre.

— Je sais, souffla Stiles, le cœur gros. Je tiens beaucoup à toi aussi !

Une fois le châtain rassuré, la conversation se fit plus légère et Stiles parvint même à faire rire son petit-ami.

Ils se souhaitèrent finalement une bonne nuit avant de raccrocher.

Stiles soupira en posant son téléphone sur la table de chevet avant de se lever pour se préparer pour la nuit.

Tout était si simple avec Maxime, il pouvait comprendre ses réactions, le rassurer et il appréciait de pouvoir faire les choses dans l'ordre, pas comme ça avait été le cas avec Derek.

Avec lui, c'était toujours trop, quel que soit le sujet. Leurs conversations étaient toujours vives et intenses, leurs débordements, explosifs tout comme leurs prises de bec et il ne parlait même pas des contacts physiques…

Pourquoi fallait-il que ce soit si compliqué avec le loup ? Pourquoi ne pouvait-il pas juste tourner la page et l'oublier… ?

Il soupira une nouvelle fois, se souvenant de la conversation qu'il avait eu avec l'ancien alpha dans la soirée.

Il voulait sincèrement aimer Maxime.

Il espérait tellement que ce sentiment naîtrait en lui, car le châtain était une personne profondément gentille et qu'il lui faisait du bien dans le tumulte de son quotidien.

Mais qui essayait-il de convaincre en affirmant que l'amour trouverait son chemin dans son cœur ?

Il éteignit la lumière, mais une fois de plus, le sommeil refusa de venir le délivrer de ses sombres pensées !