14 décembre
Fandom : Robin des Bois, prince des voleurs
Personnages : Robin de Locksley "Robin des Bois" et Gilles l'Écarlate
Frères
Gilles avait l'impression que ça faisait un petit moment qu'il n'avait pas vu son frère. Et par là, il voulait dire, vraiment voir, c'est-à-dire lui parler, s'assoir à ses côtés, lui demander comme s'était passée sa journée, et que son frère lui demande à quoi il avait employé la sienne. Au lieu de ça, il se contentait de l'observer de loin depuis plusieurs semaines, de croiser son regard bleu seulement aux moments où son frère avait quelques secondes pour quitter du regard tous les gens qui l'entouraient. Dans ces cas-là, il lui adressait un sourire et un signe de connivence, puis il replongeait bien vite dans la foule que le sollicitait de toutes parts. Gilles avait essayé de l'approcher, plusieurs fois. De repousser cette masse mondaine et bruyante, mais à chaque fois, c'était à peine si son frère l'avait remarqué. Ce n'était sans doute pas vraiment de sa faute, il devait avoir l'esprit occupé en permanence par des centaines de questions, des dizaines de sollicitations. Et quand il n'était pas occupé avec ses pairs, ses amis, il passait tout son temps avec Marianne. Et Gilles savait bien que, dans toute cette foule dévouée à Robin, il était le dernier à être arrivé, celui qui, de loin, avait été le plus exécrable avec lui avant de devenir son frère. Mais quand même... il pensait avoir mérité un peu d'attention.
L'ancien voleur soupira en regardant dehors la neige qui tombait. Il était bien sûr immensément soulagé de ne plus avoir à souffrir du froid et de la faim cette année, d'avoir un toit au-dessus de sa tête et des habits bien chauds dans ses malles, mais même ça ne parvenait pas vraiment à lui faire oublier la tristesse d'être aussi esseulé. Pourtant, il en avait l'habitude. Depuis la mort de sa mère, il n'avait jamais connu la chaleur d'une famille ou la tendresse d'une amitié. Tout cela, il l'avait quand il arrivait à Robin de se souvenir de lui, mais...
Gilles secoua la tête et se redressa. Ça ne servait vraiment à rien de rester ici à se morfondre comme ça, et en plus, ça ne lui ressemblait pas. Pourquoi ne pas faire un tour dehors ? Quand il lui était arrivé de venir traîner autour du château de son père, une fois ou deux, il n'avait pas pris la peine d'explorer les bois attenants comme il le faisait d'habitude. C'était l'occasion, et en plus, il avait froid. Pourtant, il y avait un feu dans la cheminée de sa chambre, mais pas assez fourni, peut-être. Le jeune homme enfila une cape de laine et sortit dans le couloir, puis il dévala les marches jusqu'à la cour et une poterne qu'il avait repérée très rapidement et qui lui permettait de s'échapper sans être vu. D'un pas rapide mais prudent, il descendit la petite pente couverte de neige sur laquelle se dressait le château de son père, puis il s'enfonça dans les bois.
Bien plus absorbé par ses pensées que par la tâche qu'il s'était confiée, Gilles marcha longtemps à travers les fourrés et les grands troncs argentés, jusqu'à déboucher sur une petite colline. Curieux de savoir ce qui pourrait se dissimuler au sommet, l'ancien voleur la gravit en quelques pas et aperçut un petite forêt de bouleaux qui s'étalaient un peu plus loin au bord, et sur tout le flanc nord de la butte. Tout autour, ce n'était que plaines recouvertes d'un épais manteau blanc.
Ce beau paysage eut l'avantage de distraire le jeune homme de son abattement. Il observa un moment la vallée puis se dirigea vers les arbres pour y recueillir son bois de chauffage. Mais, au moment où il s'en approchait, un grand fracas de sabots de chevaux et de cris enthousiastes se fit entendre. Pris d'une peur soudaine et instinctive, il esquissa un geste pour reculer, mais c'était trop tard. Une troupe de nobles en chasse déboula bientôt du sous-bois.
Avant que l'un d'entre eux ou le jeune voleur n'aient le temps de parler, une voix claire retentit sur le flanc de la troupe.
"Gilles ! Je ne pensais pas te voir ici, petit frère. Tu t'es perdu ?
-Je ne me perds jamais, rétorqua le jeune homme en essayant de lui cacher le violent pincement de coeur qui l'avait pris. Et toi ? Je croyais que tu étais occupé.
-Je le suis, répondit son frère, qui sembla réaliser d'un coup à quel point ça devait être vexant pour lui de le trouver ici en train de chasser alors qu'ils se voyaient à peine. Mais je pense que je vais prendre une pause. Continuez sans moi."
Les autres nobles ne cherchèrent pas vraiment à comprendre et haussèrent les épaules, puis ils saluèrent leur ami et disparurent de nouveau dans la forêt.
"Alors, qu'est-ce que tu fais là ? s'enquit Robin gentiment. Tu te promènes ? Tu as fait beaucoup de chemin pour t'être rendu si loin du château.
-Et alors ? Je suis sûr que tu ne l'aurais pas remarqué si je n'étais pas rentré pour le dîner.
-J'ai eu pas mal de travail, ces derniers temps.
-Oui, je vois ça."
Gilles s'efforça de ne pas se mettre en colère contre Robin. Il n'avait pas envie que son frère voie à quel point il souffrait de cette défection. Après tout, il n'était plus un enfant...
"Écoute, je suis désolé de t'avoir laissé tout seul comme ça, reprit son aîné tandis qu'il lui tournait le dos pour ramasser des branchages à terre. Comme les droits sur nos terres viennent de m'être rendus, c'est un peu difficile de tout gérer en même temps.
-Ouais, j'imagine que ça ne doit pas être de tout repos. C'est bien normal que tu prennes du temps pour te détendre avec... avec Marianne, et avec tes nouveaux amis.
-Gilles... Je suis vraiment désolé. Je ne voulais pas t'ignorer."
Le jeune homme ne répondit pas. C'était déjà bien assez difficile de rester impassible avec cette boule qu'il avait au ventre.
"Gilles... Tu n'étais pas en train de partir quand tu es arrivé ici, n'est-ce pas ? s'inquiéta Robin avec un remord qu'il devina sincère.
-Bien sûr que non, tu vois bien que je n'ai rien sur moi. Si je dois partir, tu peux être sûr que je te volerai d'abord ton argenterie.
-Gilles... Mon frère, regarde-moi, s'il te plaît. Je suis vraiment désolé.
-Il a fallu que tu me croises par hasard en train de ramasser du bois pour t'en rendre compte ?!"
Avant que l'ancien voleur, rendu au bout de son endurance, n'ait le temps de se retourner, son frère le contourna et prit son visage dans ses mains.
"Oh, arrête ! s'exaspéra le jeune homme en détournant la tête. Tu as déjà fait ça, tu te souviens ? Et tu m'as promis que nous serions ensemble... côte à côte... jusqu'à la fin...
-Oui... et ce n'était pas des promesses en l'air. J'aimerais vraiment être plus souvent avec toi, mais... Tout ça, la chasse, les fêtes, les visites de courtoisie, ça fait partie de mes devoirs. Quand l'agitation politique sera retombée, on aura de nouveau du temps tous les deux, je te le promets."
Gilles haussa une nouvelle fois les épaules mais ne put pas empêcher la larme qui coula sur sa joue. Robin l'essuya immédiatement et se pencha pour l'embrasser sur le front, puis il l'attira contre lui. Le jeune voleur se laissa faire et appuya son visage contre la cape de laine de son aîné. Il avait vraiment envie de croire Robin, mais... peut-être que ce serment, il l'oublierait aussitôt leur petite entrevue terminée.
"Je ne l'oublierai pas, assura son frère comme s'il avait lu dans ses pensées. Écoute... à partir de maintenant, tous les soirs, on passera quelques minutes ensemble avant d'aller nous coucher. En attendant que les choses se calment, ça t'irait ?
-Oui, marmonna Gilles sans quitter les bras de son frère. Oui..."
À sa grande surprise, Robin ne le lâcha pas tout de suite et continua de le câliner un moment sur la colline. Et Gilles s'aperçut qu'il n'avait plus besoin du feu qu'il était venu chercher pour se réchauffer. Que ce dont il avait vraiment besoin, il venait de le retrouver.
