DISCLAIMER : Cette fiction est une traduction de A Shot in the Dark par Silver_pup disponible en anglais sur ffn et sur ao3

Cette traduction est aussi disponible sur AO3.

Je ne possède ni cette histoire ni l'oeuvre originale du hobbit, seulement la traduction en français du texte


Il n'avait jamais voulu être un héros.

C'était un fait. Quand les autres garçons se battaient pour savoir qui allait être le héros légendaire ou le grand roi, Bard avait toujours été heureux d'être un acolyte. Ses frères avaient toujours voulu écouter des histoires à propos de guerriers puissants, de sages seigneurs et de leurs aventures ; Bard avait toujours été content d'écouter l'histoire de l'homme qui avait attrapé un poisson magique qui exauçait les vœux. En grandissant, sa personnalité pratique était devenue une blague en ville. 'Bard le pêcheur', riaient-ils, 'il rêvait d'être un roturier et c'est devenu réalité !'

Bard se fichait des blagues. Il riait aussi en les entendant. C'était son rêve de grandir et de se marier et d'avoir une famille. Il n'avait pas besoin d'être un héros ou un roi ; il était heureux en tant que pêcheur, mari, et plus tard père.

C'était en partie la raison pour laquelle il était repoussé par la suggestion de Bilbo de devenir Lord de Dale. Non seulement il était le pire candidat possible – la majorité des pêcheurs venant de villages pauvres le sont – mais en plus il n'était pas intéressé. Il n'aimait pas être le centre de l'attention, ou quelqu'un qu'on allait voir quand il y avait un problème. Il était souvent coincé avec ce travail, oui, mais cela ne voulait pas dire qu'il l'appréciait. Il était heureux d'être un autre visage dans la foule ; un autre inconnu vivant sa vie de tous les jours.

« Tu es encore lâche, » Lui aurait probablement dit Mari si elle avait été en vie. Avant de devenir sa femme, elle avait été sa meilleure amie ; la seule fille qui jouait avec les garçons peu importe à quel point sa mère la disputait. Elle le connaissait mieux que personne et aurait vu le problème en quelques secondes.

« Tu as peur de rater, » Aurait-elle dit en levant au ciel ses yeux bleus et verts. « Tu as peur de laisser quelqu'un mourir ou être blessé. Tu as peur de ne pas être capable de nourrir ton peuple ou de le protéger d'un autre dragon. Et enfin tu as peur de ne pas pouvoir être à la hauteur des mots de Bilbo. C'est pas vrai chéri ? »

Il aurait hoché la tête et haussé les épaules, comme toujours lorsqu'il faisait face à ses observations. « Tu as raison, mon amour, comme toujours. »

En retour, Mari lui aurait sourit et aurait jeté ses cheveux en arrière avec triomphe. « Bien sûr que j'ai raison, ne l'oublies jamais ! »

Par Eru… Elle lui manquait tellement. Il ne se passait pas un jour sans qu'il ne pense à sa femme d'une manière ou d'une autre. Il la voyait tous les jours lorsqu'il regardait ses enfants – la manière de Sigrid de bouger lorsqu'elle cuisinait ; la courbe du sourire et des yeux de Bain ; Tilda qui savait toujours lorsqu'il mentait – et cela lui rappelait toujours son visage. Mais parfois, quand il était stressé ou inquiet ou en colère, sa voix lui murmurait des mots de réconfort ou de conseil.

« Tu ne peux pas laisser ta peur de l'échec t'empêcher d'être l'homme que tu es censé être, » Aurait conseillé Mari, lui tapotant la joue. « Tu dois prendre ta chance et sortir de ton petit monde un jour ou l'autre. »

« Mais je pourrais blesser nos enfants, » Disputa-t-il dans son esprit parce que s'il allait combattre la voix dans sa tête, alors il pouvait au moins gagner contre elle. « Je pourrais blesser ou tuer tout le monde en essayant de reconstruire Dale. »

« Ou tu pourrais faire quelque chose de bien pour nos enfants et les habitants de Lake-town, » Contra sa femme. « Bard, tu sais que Lake-town s'effondre, et les choses étaient pires sous l'influence du Maître. Tu sais que reconstruire Dale est le seul moyen de leur donner une chance dans le futur. »

Il le savait. Il savait, même s'il l'avait nié si férocement devant Bilbo et les autres, qu'au final il allait devoir reconstruire Dale. Pas parce que c'était prédestiné ou parce qu'il voulait être un seigneur héroïque, mais simplement parce que c'était sa meilleure chance de sauver ses enfants de la faim.
Bard n'avait jamais voulu être un héro, mais être un bon père était un rêve qui ne le dérangeait pas.


« Il neige, » Annonça Beorn avec l'enthousiasme d'un homme allant au gibet.

Bard lui fit une lente ovation. « Magnifique capacité d'observation. Autre chose que tu aimerais nous dire ? Peut-être que l'herbe est verte ? Ou que Bilbo n'a aucun instinct de survie ? »

« Ne m'entraîne pas là-dedans, » Dit Bilbo en cherchant des vêtements plus chauds dans son sac.

« Je pense que nous devrions nous abriter. Vous n'aimez pas le froid, » Suggéra Beorn en levant une main pour attraper des flocons de neige en train de tomber.

« Ne sois pas stupide. Si nous ne pouvions pas survivre dans le froid, nous serions mort depuis longtemps, » Répondit Tauriel en levant les yeux au ciel.

Beorn n'eut pas l'air convaincu. « Chérie, tu portes deux couches de vêtements maximum. Le lapin en a à peine une, et ne me parle pas du chiot avec son manteau déchiré. Vous allez geler en une heure. »

« Pourquoi est-ce que tu me réponds ? » Demanda l'elfe, lançant un regard noir à l'ours.

« Parce que tu es magnifique lorsque tu me regardes comme ça, » Répondit Beorn avec un sourire plein de dents.

Les yeux de Tauriel devinrent deux fentes noisette. « Vraiment ? Alors je me demande ce que tu penseras lorsque je te pousserais dans un volcan… »

« Tant que tu me foudroies du regard en même temps, ça me va, » Assura le changeur de peau.

« Les écouter me mets mal à l'aise. Est-ce que tu es mal à l'aise Bilbo ? » Demanda Bard en fixant le ciel.

Bilbo secoua la tête et continua à fouiller dans son sac. « Je suis sourd. Je ne peux pas vous entendre. »

« Voyons ne soit pas jaloux, chiot, » Réprimanda Beorn, lui lançant un regard exagérément condescendant. « Notre dame est magnifique et nous le savons tous. »

Bard grimaça et secoua la tête. « Je ne suis pas jaloux, merci. Je préfère les femmes qui n'ont pas la poitrine d'un garçon de douze ans. »

Bilbo s'arrêta enfin pour fixer son ami. « Pourquoi est-ce que tu regardais sa poitrine, Bard ? »

« Parce que quand je l'ai rencontrée, je ne savais pas si c'était un homme ou une femme, » Admis le pêcheur sans aucune honte.

Tauriel devint soudain très immobile et silencieuse. Beorn – parce que les animaux sont doués pour détecter le danger – s'éloigna d'un pas et bougea pour que Bard soit entre eux. « Est-ce que tu me traites d'homme ? »

Bard – parce que c'était clairement un idiot – secoua la tête. « Non. Je dis juste que les elfes ont tous l'air délicats pour moi – pose ton arc ! Ce n'est pas une insulte ! »

« C'est un problème commun avec les elfes, » Pointa Bilbo en abandonnant enfin sa recherche. « Cela peut aussi arriver avec les nains si leurs femmes portent une armure ou des vêtements épais. »

« Tu sais, bizarrement, ça ne me fait pas me sentir mieux, » Gronda Tauriel en baissant son arc alors qu'elle continuait à transpercer la tête de Bard du regard.

Il leva les yeux au ciel et se leva pour mettre son sac sur ses épaules. « Ce n'était pas censé le faire. On peux y aller maintenant ? Nous perdons un temps précieux en restant ici. »

« Pourquoi cette précipitation ? Ce n'est pas comme si le Mordor allait bouger, » Commenta Beorn, se grattant le ventre.

« Non, mais j'aimerais marcher quelques miles au cas où la neige deviendrait trop forte, » Expliqua-t-il en commençant à marcher sans attendre ses camarades.

« Il a raison ; avançons. » Ordonna Tauriel en se redressant comme un général se préparant à la guerre. Elle suivit le hobbit alors que derrière elle Bard poussait Beorn, l'utilisant comme bouclier contre l'elfe.

« Combien de temps avant d'atteindre le Mordor tu penses ? » Demanda Bilbo en ignorant les deux lâches derrière eux.

L'archère haussa les épaules. « Je ne sais pas. Selon la météo et nos provisions, cela pourrait prendre au moins un mois jusqu'à attendre la bordure sud de Mirkwood. »

Le hobbit sentit son cœur se serrer. Il savait que cela allait leur prendre du temps pour atteindre le Mordor, mais l'entendre confirmé le déprimait. Il ne voulait pas passer autant de temps à douter de lui alors que l'anneau le raillait à l'arrière de son esprit. Il voulait juste terminer cette quête et savoir s'il allait vivre ou non.

« Je ne sais pas comment Frodo l'a supporté, » Dit-il doucement en mettant les mains dans ses poches pour tenter de les garder chaudes.

Tauriel cligna des yeux et le regarda avant de reporter son regard sur l'avant. « Frodo… C'est lui qui a détruit l'anneau originellement, non ? »

« Oui, » Confirma-t-il avec un hochement de tête. « Mon cousin, mais je l'ai toujours vu comme un neveu et plus tard comme un fils. Il était aussi le seul assez brave et fort pour emmener l'anneau au Mordor. »

Tauriel claqua sa langue et hocha la tête. « Je vois. Tu fais ça pour lui, non ? Pourquoi ? Tu as peur qu'il n'en soit pas capable cette fois ? »

Il secoua la tête et créa accidentellement une mélodie avec ses tresses. « Non. Frodo pourrait le refaire. Peu importe ce que je change ou non dans cette vie, Frodo aura toujours la force de faire face à Sauron et à l'anneau. C'est simplement qui il est et rien ne changera jamais ça. »

« Alors pourquoi endurer cette mission plutôt que d'attendre qu'il ne le fasse ? » Demanda doucement l'elfe.

« Parce que cette quête va le briser, » Répondit-il simplement. « Elle va briser son esprit et il ne guérira jamais complètement. Je ne peux pas… Je ne peux pas laisser ça arriver à nouveau. Je ne peux pas laisser ce stupide anneau briser l'esprit de mon garçon une nouvelle fois. »

Tauriel se tourna pour le regarder avec des yeux anciens qui en savaient trop. « Si cette quête a brisé son esprit, alors qu'est-ce qu'elle te fera ? »

Il haussa une épaule et lui lança un sourire fragile. « Je ne sais pas. Je ne suis pas aussi fort que lui, alors peut-être que je volerais en éclats à la fin. »

« Et tu t'en fiches ? Est-ce que ce hobbit vaut réellement ce risque ? » Demanda l'archère avec un sourcil levé.

- Frodo glousse et s'esquive derrière un rosier. Après un moment il regarde par-dessus ; ses yeux bleus et brillants et remplis de joie. Un regard de ses yeux fait fondre son cœur et le met de bonne humeur en quelques secondes. Pour la première fois depuis son retour d'Erebor, il se sent réellement heureux, et c'est grâce au petit garçon en train de jouer dans son jardin –

Bilbo hocha la tête et regarda la route devant lui. « Oui. Frodo vaudra toujours le coup. »


Ils marchèrent jusqu'à ce que la neige les forcent à s'arrêter et à se reposer. Ils se blottirent ensembles devant le petit feu entre eux jusqu'à ce que la neige arrête de tomber, leur permettant de continuer. Même s'ils étaient fatigués et avaient froid, ils continuèrent jusqu'à ce que le noir les forcent à s'abriter à nouveau. Cependant la chance était de leur côté, et Tauriel et Beorn réussirent à trouver une petite enclave sous les arbres tombants de Mirkwood. Ils campèrent ici alors que la neige continuait à tomber autour d'eux.
Bilbo se retrouva blottit entre Tauriel et Bard alors que Beorn prenait le premier tour de garde. Le changeur de peau s'était porté volontaire puisque le froid avait moins d'effets sur lui ; un avantage étrange que même Beorn ne pouvait pas expliquer. Si Tauriel et Bard s'étaient endormis immédiatement après leur petit repas, Bilbo n'y arrivait pas. Son corps était fatigué et douloureux mais son esprit tournait en rond ; pensant et s'inquiétant pour sa quête et le destin de ses amis à Erebor. Mais surtout, ses nains lui manquaient. Il avait passé presque un an avec leur compagnie constante, et les avoir si loin de lui le rendait instable et perdu. Cela le bouffait tellement qu'il en parla à la seule personne réveillée.

« Beorn ? » Appela-t-il doucement pour ne pas réveiller les deux autour de lui.

Le changeur de peau le regarda et cligna des yeux. « Hmm ? »

« Thorin et les autres me manquent, » Admis doucement Bilbo.

« Bien sûr que oui, » Se moqua Beorn. « Ils sont ta famille. »

Il ne pouvait pas le nier. « Oui, ils le sont. Est-ce que tu as de la famille ? »

Beorn haussa les épaules et se gratta la barbe. « Ca dépend de ta définition de famille. Si c'est par le sang, alors non. Il y eut un temps où d'autres comme moi parcouraient le monde, mais ils sont morts depuis longtemps. J'ai une Mère mais nous n'avons pas de lien de sang. Mais si tu parles de liens, alors je dois dire que mes animaux sont ma famille. Ils sont les seuls avec qui je partage mon amour. »

« Est-ce que ça t'arrives d'en vouloir plus ? Une femme ou des enfants ? »

« Parfois… Parfois je me demande comment ça serait, » Admis l'ours ; sa voix s'adoucissant. « En mon temps j'ai vu beaucoup d'histoires d'amour se développer ; certaines heureuses, d'autres tragiques, et certaines mensongères. Au début, je n'y comprenais rien et je n'en voulais pas parce que cela me semblait stupide de risquer tant pour quelque chose d'aussi fragile. Mais en vieillissant, j'ai réalisé que l'amour entre deux personnes était un peu comme une merveille. »

Bilbo pouvait penser à beaucoup de mots pour décrire ses sentiments envers Thorin, mais 'merveille' n'en était pas un. « Une merveille ? »

« Mm-hmm. J'ai vu des hommes aller à la guerre pour leurs dames, et des femmes comploter et tuer pour leurs seigneurs. J'ai une fois connu une elfe qui aimait une femme magnifique, mais n'en avait jamais parlé parce qu'elle savait que la femme ne la regarderait jamais de la même façon. A la place, elle a enduré un cœur brisé en aidant la femme à sauver son seigneur, et à même assisté à son mariage. Ce n'est qu'après s'être assurée que la femme était en sécurité et heureuse qu'elle s'est autorisée à disparaître. »

Beorn le regarda et lui lança un petit sourire qui rendait son visage plus doux et plus jeune. « Et il y a toi. Toi, qui a combattu des araignées des orcs et un dragon pour sauver celui que tu aimes. Un millier d'années pourrait passer et je m'étonnerais toujours du pouvoir et de l'influence de l'amour sur un cœur. »

Le hobbit fixa le changeur de peau devant lui. De toutes ses années, il n'avait jamais vraiment pensé à ses sentiments ; ils existaient et le tourmentaient, et le rendaient délirant à d'autres moments. Il n'avait jamais pensé à ce que serait la vie sans eux, s'il n'avait pas eu la chance de vivre ces émotions. Entendre Beorn en parler – comme quelque chose de rare et magnifique et très précieux – le rendit reconnaissant des chances qu'il avait eu d'aimer et pleurer et simplement ressentir.

Mais cela ne lui semblait pas juste que Beorn n'ait pas eut la chance d'expérimenter ce genre de sentiments. Pas quand il savait ce que le changeur de peau allait avoir un jour.

« Beorn ? » Dit-il doucement.

« Hmm ? »

« Dans ma dernière vie, tu avais un fils. »

Beorn le fixa. « Quoi ? »

« Tu m'as entendu. Tu avais un fils, » Répéta Bilbo en souriant légèrement. « Je ne sais pas s'il était ton fils de sang ou qui était sa mère, mais je sais qu'il existait et que tu l'aimais. Je sais que ce n'est pas l'amour que tu voulais vivre, mais l'amour envers un enfant peut être un sentiment magnifique. Il peut envoyer un homme à la guerre et faire mentir et voler une femme. C'est l'amour que j'ai pour Frodo, mon enfant, qui me pousse à détruire cet anneau. »

Beorn cligna lentement des yeux ; son expression déchirée entre le choc et l'espoir. Il se décida sur le dernier, et ses épaules massives se détendirent doucement. « Un fils ? Huh. Je n'aurais jamais pensé… eh bien. Je suppose que je devrais commencer à travailler mes blagues. Ca devrait être drôle. »

« C'est drôle de les tourmenter, » Admit-il parce que les meilleurs moments partagés avec Frodo étaient les moments où il le taquinait. Frodo n'était jamais offensé et pouvait toujours répondre. C'était l'une des raisons pour lesquelles il s'entendait aussi bien avec Gandalf.

Beorn sourit largement, et Bilbo sourit en retour. Le changeur de peau n'était pas magnifique, mais quand il souriait, son visage s'illuminait comme le soleil illumine la terre à l'aube. Le hobbit ne pensait pas avoir vu un sourire aussi mémorable de sa vie.

« Merci de l'avoir partagé avec moi, Bilbo, » Dit l'ours, son sourire ne diminuant pas. « Cela me donne quelque chose à anticiper. C'est rare pour moi. »

Il haussa légèrement les épaules ; faisant de son mieux pour ne pas trop bouger et réveiller ses compagnons. « Tu mérites de savoir que l'amour qui te fascine tant viendra te trouver un jour. »

« Alors nous ferions mieux de nous débarrasser de cet anneau pour que nos garçons puissent grandir en sécurité, » Conseilla Beorn alors que ses yeux se durcissaient, et que son sourire ne faiblissait pas.

- Frodo ne sourit plus. Son garçon fait semblant mais il a apprit il y a longtemps à repérer le sourire de Frodo dans ses yeux. Son neveu fait les gestes du sourire et de la vie, mais il n'y a pas de vie en lui. Frodo est brisé à l'intérieur, d'une manière qu'il ne peut réparer malgré ses tentatives –

Bilbo hocha la tête et ferma les yeux. « Oui. Nous le ferons. »