La personne était un enfant. Ou du moins, avait le même aspect qu'un enfant, en dépit de ses lambeaux de peau qui pendouillait ici et là. On aurait dit un zombie tout droit sortit d'un film ou d'une série. La flamme sortait de sa main, et il la rapprochait progressivement du bout de l'arc à flèche, un sourire mauvais plaqué sur le visage. Ce garnement prenait visiblement du plaisir à les menacer.
- Ma maîtresse m'a dit qu'il fallait que je vous empêche de récupérer cet objet, parce qu'il était essentiel pour que la quête se termine bien pour vous. Elle m'a dit que je devais tout faire pour le brûler, mais je suis plutôt d'humeur joueuse, alors je vous laisse une chance de le reprendre.
- Et quelle est cette chance ? demanda Cassandra, sa main triturant son anneau, prête à transpercer le gamin de sa lance.
- C'est très simple. Une devinette.
Les deux Summers se regardèrent, pas dupent. Ils sentaient l'arnaque à mille kilomètres à la ronde. Cependant, ils n'avaient d'autres choix que d'accepter le marcher, tout en se tenant sur leurs gardes. Ils avaient perdu assez de temps pour risquer de discuter trop longtemps avec cet enfant étrange.
- Qui est ta maîtresse ? s'enquit Gabriella, fronçant le nez en voyant la peau voyager sur le cou du garçon lorsqu'il tourna la tête vers elle.
- Elle m'a interdit de le dire. Elle veut s'amuser avec vous. Sans que vous sachiez qui elle est.
Lexy serra les poings, puis hocha la tête en direction de ses amis, signifiant qu'ils allaient obéir aux instructions de l'inconnu et répondre à sa devinette. Le garçon, satisfait, éteignit sa flamme et avec un sourire moqueur entama sa devinette... faisant tomber des nues les sept demi-dieux.
- Quel animal se déplace sur quatre pattes le matin, deux pattes le midi et trois pattes le soir ?
- Tu te moques de nous ? s'exclama Aporripse. C'est l'énigme de la Sphinge ! Elle a fait le tour de la Grèce lorsqu'Oedipe l'a résolue !
- La réponse, répondit simplement le garçon.
- L'homme, soupira Aporripse en mettant ses mains sur ses hanches, furieux.
- Exact. Maintenant, deuxième devinette.
- Hey ! Tu avais dit une !
- Je fais ce que je veux, sinon, l'arc brûle.
Donc, le sentiment de Lexy et Thomas était juste. Il y avait bien anguille sous roche. Le gamin n'allait pas cesser de poser de nouvelles devinettes, jusqu'à ce qu'ils se trompent et qu'il puisse détruire l'arc.
- Mon premier est la dernière syllabe du mot "ami".
Mon deuxième est le mot "non" en anglais.
Mon troisième est la première syllabe du mot "tordre".
Mon tout est un monstre tué par Thésée.
- Le Minotaure, soupira Cecil.
- Bien, bien. Alors, suivante. Un aveugle doit prendre tout les jours une pilule bleue et une rouge. Il en a quatre, mais en essayant de les prendre, il les fait tomber. Comment doit-il faire pour prendre son traitement sans se tromper et risquer de mourir ?
- Il coupe chaque pilule en deux en les séparant bien puis met une moitié d'un côté, l'autre de l'autre côté, répondit Lexy après un instant de réflexion. C'est fini maintenant ? Nous pouvons avoir l'arc ?
- Non, je m'amuse bien. Aller, la suivante. Je l'aime bien celle-là. Je peux être berceau, mais je peux servir à tuer.
Je suis une source d'énergie relativement primitive, mais on m'utilise encore fréquemment.
Je suis à la base des merveilles du monde, mais aussi du plus petit abri.
Qui suis-je ?
Cette fois, Lexy cru que le moment de leur défaite avait sonné, si bien qu'elle se prépara à se battre pour récupérer l'objet qu'ils étaient venus chercher, mais après un silence qui lui sembla durer une éternité, Cassandra s'exclama, tout sourire, que la réponse était le bois, et le garçon-zombie fut tout aussi surpris que le reste du groupe.
- C'est exact. Bravo. Je t'aime bien toi aussi, fit soudain le garnement en baissant l'arc. D'accord. Je vous donne l'arc, mais elle reste avec moi, décréta-t-il.
- Il n'en est pas question ! s'écrièrent Thomas, Lou, Cecil et Lexy.
Cependant, une autre voix s'éleva au-dessus des leurs, acceptant la proposition. Cassandra ne montrait aucun signe de peur ou de colère. Elle paraissait déterminée et avait crié qu'elle resterait, si l'arc était remis à ses amis.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'énerva Thomas.
- Vous devez continuer la quête. Je ne suis pas importante pour elle. Je n'étais même pas sensée venir, à la base. Alors il est logique que je me sacrifie pour la mener à bien ! Aller, prenez l'arc et filez. J'ai vu la date sur le calendrier du bâtiment. Nous sommes resté un jour entier dans le Labyrinthe. Nous sommes le 14 juillet aujourd'hui.
- Nous ne t'abandonnons pas, Cassie, contra Lou.
- Il le faut. il ne reste déjà plus que deux semaines.
- Non. Si tu restes, je reste, protesta Thomas.
Mais Cassie les découragea tous, les uns après les autres. Elle contra chaque argument avec une telle habileté qu'ils se demandaient si elle n'était pas la fille de la déesse du débat ! C'est avec une bonne humeur voyante que le garçon descendit, venant donner l'arc à Cecil tandis que Cassandra s'approchait de lui. Et en un tour de main, la fille de Juventas disparu dans un nuage de fumée colorée, suivie par le zombie.
- Je vais le massacrer ! Il n'a pas intérêt à faire du mal à Cassie, sinon je jure sur le Styx qu'il ne reverra jamais la lumière du jour et ira pourrir dans le Tartare, gronda Thomas en brisant un globe de verre.
- Je suis désolée Thomas... J'aurais voulu que ça se passe autrement...
- Tu ne peux même pas imaginer à quel point j'aurais souhaité ne jamais être embarqué dans cette mission suicide. Je suis persuadé qu'avant la fin de la quête, l'un d'entre nous crèvera. Et j'espère pour toi, Alexane, que ce ne sera pas Cassie.
- Tu es injuste, Thomas, intervint Lou. C'est nous qui sommes allé te chercher, pas Lexy, alors ne t'en prend pas à elle !
- Je m'en prend à qui je veux ! De toute manière, vous n'êtes que des bons à rien qui ne savez pas vous débrouiller seuls ! Bandes d'incapables !
- Retire ça immédiatement ! grogna Cecil en sortant Emvrontitos de son sac, prêt à se battre.
Tout allait dégénérer en bagarre quand une lumière apaisante les entoura, les plongeant tous dans un sommeil sans rêves, le temps de guérir leurs esprits embrouillés par la haine et la violence. Ces enfants avaient vraiment besoin de se détendre !
