- PDV Externe -
Harry était écroulé sur le sofa, dénotant cruellement avec la posture droite et contrôlée du professeur sur son fauteuil. Le jeune garçon releva paresseusement sa tête vers l'homme sombre, et à sa vue, un sourire béat se dessina sur ses lèvres. Il l'observa un instant, à moitié endormi.
« C'est bien, monsieur Potter, continuez, il est amusant de vous voir ressemblé à un strangulot enamouré. » L'homme n'avait même pas levé les yeux de son énième livre.
Du à son endormissement extrême, Harry mit quelques dizaines de secondes avant de presque sauter au plafond.
« En… En… Ena… PARDON ?!
- Les strangulots, lorsqu'ils sont amoureux, comme vous le savez parfaitement monsieur Potter, j'en suis convaincu, dévorent leur partenaire du regard avec un air simplet. Et comme vous avez toujours été le plus attentif du monde durant mes cours, vous le savez également, mais ce genre d'énergumène et un parfait ingrédient de potion. On le jette à l'eau bouillante. Cela dégage une très belle odeur, comme de la lavande. Il est donc amusant, comme je vous le disais monsieur Potter, de vous voir ressembler à un strangulot enamouré, par simple passion professionnelle, bien entendu, vous savez comme j'aime mon métier.
- Je… que… on lui… ATTENDEZ QUOI ?!
- Il se fout de ta gueule, Harry ! » retentit une voix féminine hilare depuis l'entrée – enfin ce qu'il en restait.
Complètement réveillé depuis la dernière réponse du professeur, Harry retourna sa tête fabuleusement rapidement, parcouru d'énergie comme une pile électrique, vers l'entrée ou une jeune femme rousse presque morte de rire déposait son manteau sur la rampe de l'escalier.
« JE TE CONSEILLERAIS DE NE PAS PRENDRE SON PARTI, TOI ! »
Un rire clair accueillit sa réponse, et, soudainement de nouveau endormi, il se renfrogna et rentra sa tête dans les épaules. Il fit mine de ne pas entendre les pas de la jeune femme vers lui, encore plus lorsqu'elle éclata de rire à nouveau.
« Fais pas ça ! On dirait une tortue maintenant ! »
Harry laissa s'échapper un petit rire et se fustigea. Ne. Pas. Rire. Avec. L'ennemi.
…
Grrr.
La jeune femme se stoppa net à la vue du professeur de potions.
« Ah, alors c'était vrai ? Je pensais que Ron se fichait de moi ! » Elle tourna de nouveau sa tête vers la Survivant avachi qui boudait toujours. « Tu cohabites avec Snape ?
- C'est un complot. » grommela Harry en se redressant un minimum.
Ils furent interrompu vers le soupir de Snape.
« Bien. Je suppose que vous n'avez pas fini de jacasser. Vos discussions puériles d'adolescents pleins d'hormones m'empêchent de lire. »
L'homme se leva lentement et partit pour sa chambre, faisant claquer ses longues capes noires derrière lui.
Après qu'ils l'eurent entendu fermer la porte de sa chambre, les deux jeunes adultes éclatèrent de rire et Ginny vint s'asseoir sur le canapé, dégageant la masse informe de vêtements sales empilés en fronçant le nez.
« Pas besoin de demander, je pense… mais ils sont à toi ? »
Harry loucha sur la pile à présent au sol.
« Il y a du jaune, fit-il avec un sourire paresseux. Tu t'imagines vraiment Snape porter du jaune ? »
La jeune fille éclata de rire à cette idée en secouant fermement la tête.
Tout d'un coup, en l'espace de quelques secondes, l'ambiance retomba. Personne ne disait rien. Alors, Harry s'éclaira la gorge.
« Hum… euh… Assurdiato. »
Une lueur blanche brilla un instant au bout de sa baguette puis s'éteignit.
Le silence régna de nouveau.
« Euh, alors, euh… commença Harry en s'efforçant de se redresser. Tu… étais à un mariage, non ? Alors ? C'était comment ? »
La lionne leva les yeux au ciel.
« Harry, je n'ai pas envie de parler de ça et je n'ai pas envie de parler du temps qu'il fait. Et je sais bien que toi non plus. Alors… entrons dans le vif du sujet, ça te va ?
- Oui… c'est mieux. Tu… tu veux commencer ? Ou bien…
- Bon, l'interrompit-elle. D'abord, il faut que tu saches que je t'aime. Que je t'adore. De tout mon cœur. Ça, ça n'a jamais changé. Simplement, pas comme… enfin tu vois.
- Pas comme un couple, compléta Harry. Oui. Tu sais, je pense que c'est vraiment pareil, pour moi. On s'adore toujours, mais… pas comme ça. Je veux dire… on ne s'est presque pas vus, l'année dernière…
- Oui… du temps à passé, et… et on s'est éloigné.
- Et puis, Ron et Hermione m'ont dit à quel point les courriers que tu recevais te touchaient…
- Non ! Protesta-t-elle. Il ne faut pas… ce n'est pas pour ça que je ressens ça, tu comprends ? S'il le fallait, je pourrai bien supporter de recevoir des lettres, et ce peu importe le message !
- Je sais, Ginny, tu es forte, mais… mais eux deux et moi, on s'inquiète pour toi. Et même au-delà des sentiments, si rien que pour un baiser échangé avec moi tu dois recevoir des… des menaces de mort…
- Je sais très bien que les personnes qui m'envoient ça sont stupides et ne le feront jamais. Ce sont simplement des filles et des garçons qui craquent sur le Sauveur que l'on décrit dans les journaux. Je te connais bien mieux qu'eux, et je sais que la plupart des gens qui m'envoient ça n'oseraient jamais exécuter leurs menaces…
- Il n'y a pas que ça, l'interrompit Harry. Je… bon, ça va sûrement être un sujet délicat à aborder, selon Ron et Hermione, mais… ils ne sont pas dupes. Ils voient très bien que tu t'attaches à quelqu'un d'autre, et je ne veux pas que tu sois coincée avec moi toute ta vie. Nous deux, c'était génial, mais maintenant… il faut passer à autre chose. En grandissant, nos sentiments ont évolué… une année sans l'autre, c'est long, enfin je trouve. Je t'aime aussi fort qu'avant, simplement…
- Simplement pas de la même façon, compléta Ginny avec un petit sourire. Oui, c'est exactement ça. Je… je te considère comme mon frère, sauf que toi tu ne gribouille pas des moustaches à l'indélébile sur mes posters ! finit-elle en éclatant de rire.
- Oh ! Tu me donnes une bonne idée, tiens ! » fit Harry en riant à son tour.
Il vit que Ginny de répondait pas, et suivit son regard pour comprendre ce qui l'avait sorti de la conversation. La… gazette ?
« Ah… ça ? Oui, c'est encore un article qu'ils ont écrit sur moi, bah, que des conneries, tu sais, et puis, c'est pas comme si je l'avais voulu, cet article…
- Non, ce n'est pas ça… murmura la jeune fille, toujours en parcourant des lignes du regard. Son expression devenait inquiète. Regarde en bas… Ombrage… page 11… »
Harry se pencha sur la Gazette et tourna précipitamment les pages. Sans qu'il ne sache pourquoi, il avait un mauvais pressentiment… Le titre de l'article lui arracha un cri de colère.
« Elle a remporté son procès ?! Mais… tout le monde l'a vue, tout le monde sait qu'elle a ouvertement pris le parti des Mangemorts ! Et le Magenmagot est intransigeant avec ça… ils l'ont tous vue ! Pourquoi…
- Là, regarde ! répondit Ginny en pointant du doigt une partie de l'article. « La femme a ainsi prétendu avoir été soumise au sortilège de l'Imperium, commence Olivier Fender, l'un des membres du Magenmagot. Bien entendu, nous avons tous ri à son absurdité… nous l'avions tous vue, elle n'avait pas cette expression robotisée des personnes soumises à l'Imperium…et pourtant, les tests de reconnaissance de sortilèges ont effectivement révélé qu'elle avait été soumise à l'Impardonnable, par la baguette du mangemort Dolohov. Hélas, pour sa propre sécurité à l'époque, le Mangemort avait du brouiller les pistes en accompagnant ce sort d'un sortilège de trompe-date, nous empêchant donc de dater le sort. Cette brave femme, victime des évènements, nous a ensuite accordé une interview… » Ce vieux crapaud ! s'interrompit Ginny, reposant rageusement le journal sur la table basse en pestant.
- Non, attends ! protesta Harry. Continue… Maintenant, elle va passer pour une victime vedette de la guerre… Il faut voir les propos qu'elle tient, elle va peut-être influencer la Communauté Sorcière… » Il reprit le journal et continua sa lecture. « Je n'aurais jamais cru être ainsi enfermée dans les cachots du Ministère, a-t-elle confié la voix sanglotante. Moi qui l'ai toujours servi de mon mieux, cette méprise m'avait brisé le cœur […]. Voir ainsi mes propres collègues, mes propres amis se retourner contre moi avait été un choc, et quelque chose d'horrible… mais je les comprends. À leur place, j'aurais certainement commis la même erreur ! Pour réparer sa précédente faute, et pour honorer ma bravoure, le Ministre a décidé de... » Harry déglutit amèrement puis reprit sa lecture. « de me nommer Ministre adjointe, pour pouvoir aider la pauvre Communauté Magique, détruite par cette guerre affreuse, à se reconstruire. Je suis la mieux placée pour comprendre la peine des victimes. Et je ne veux formuler qu'une seule demande : Plus jamais ça ! »
À l'instar de son amie quelques instants plutôt, Harry jeta avec rage la Gazette sur la table basse.
« Comment a-t-elle pu leur faire gober ça ! cria Harry avec hargne. Ce n'est qu'un… qu'une… » Il mima l'action d'étrangler quelqu'un.
- Je ne sais pas… Tu voudrais dire qu'elle se… qu'elle se serait elle-même infligée le sortilège de l'Imperium ?
- Je ne sais pas ! Je n'en sais rien ! Mais je l'ai vue ! Je sais ce que j'ai vu ! Et j'ai vu une Ombrage heureuse, vraiment heureuse de faire ce qu'elle faisait ! Elle était complètement dans le camp de Voldemort, c'était flagrant ! Elle adhérait à ses idées, c'est… ça se voit ! Ça crevait les yeux !
- Tu sais, commença Ginny, je ne pense pas qu'Ombrage ait adhéré à certains types d'idées, que ce soit les nôtres ou celles des Mangemorts. Je pense simplement… simplement qu'elle veut le pouvoir, et ce quelque soit les idées ceux qui dirigent.
- Je sais… mais… enfin c'est juste… tu l'aurais vue, Ginny ! Comme le plaisir qu'elle prenait à nous punir, sauf que là, c'était le plaisir de condamner à mort des Nés-Moldus !
- Ombrage prend goût à n'importe quoi tant qu'elle impose sa loi au autres. » les interrompit une voix depuis l'étage.
« AAHH ! sursauta Ginny. J'ai failli faire une crise cardiaque ! Il fait souvent ça ?
- Continuellement, soupira Harry dans un sourire.
- Mais… tu n'avais pas mis d'Assurdiato ?
- Oh, tu sais, c'est lui qui a créé ce sortilège, alors…
- Oui, c'est moi, Weasley, répondit la voix grave de l'homme depuis plus haut. Mais ne vous en faites pas, je n'ai pas que ça à faire de désactiver les Assurdiato de mes cornichons d'élèves lorsqu'ils se confient sur leur vie amoureuse, merci bien.
- Vous venez de le faire !
- Lorsque vous parliez d'Ombrage.
- Comment auriez-vous su que nous parlions d'Ombrage si vous n'aviez pas désactivé l'Assurdiato avant ?
- Cessez de gaspiller votre salive, Weasley ! Vous ne gagnerez pas à ce jeu.
- Ça, chuchota Harry en riant, c'est lorsqu'il n'a plus d'arguments.
- J'AI DES ARGUMENTS, POTTER ! »
Harry éclata de rire alors qu'ils entendaient Snape grommeler depuis l'étage. Décidément, tourner Snape en bourrique depuis le Rez-de-Chaussé devenait un sérieux prétendant aux Élections Trimestrielles de son passe-temps favori.
- PDV EXTERNE -
Il était dix-sept heures une, Pomfresh était en retard.
- PDV EXTERNE -
Il était dix-sept heures quatre, Pomfresh était en retard.
- PDV EXTERNE -
Il était dix-sept heures sept, Pomfresh était…
Il entendit un bruit de transplanage.
« Vous êtes en retard. »
Il garda obstinément – et pour plus d'effet Snapien, cela va sans dire – les yeux rivés contre le mur de la pièce, à l'opposé de la nouvelle venue.
« Oui, je suis en retard. » grogna Pomfresh en slalomant entre les différents chariots, se prenant les pieds dans une serviette au sol.
Bien fait, c'était ce qu'il subissait tous les jours.
« Y a tellement de machins, ici ! pesta-t-elle en contournant un énième engin.
- Ce sont les vôtres.
- Oui, ce sont les miens, Severus ! Bon, arrêtez de faire votre grognon, j'ai passé une journée affreuse, j'ai du affronter les pustules explosives d'un patient alcoolique et soigner un abruti qui ne savait même pas se taire pour les opérations ! En plus je vous apporte des bonnes nouvelles, alors tachez de faire mine de sourire, merde ! »
Il écarquilla les yeux à l'entente du dernier mot. C'était une première.
« Des… bonnes nouvelles ? répéta-t-il sans hausser la voix, tournant quand même son regard vers l'Infirmière. Et quelles sont-elles ?
- Oh, Severus, arrêtez votre cirque ! Nous sommes entre collègues, voire même ce qui ressemble le plus à des amis dans votre cas, alors cessez immédiatement ce pseudo langage soutenu ! J'ai passé une sale journée, je vous ai dit ! »
Oulah oui. Et quand Pomfresh passait une sale journée…
« Bon ! Donc ! reprit-elle. Vous êtes guéri ! Vous allez donc pouvoir quitter cet endroit dont vous me suppliez de partir depuis si longtemps. Il est vrai que la chambre blanche et rouge ne vous va pas si bien…
- Quitter cet… endroit ? répéta faiblement Severus.
- Oui, quitter cet endroit ! Bon, allez, faites vos bagages, c'est pas tout ça mais bon, j'ai d'autres patients, maintenant…
- Ne rejetez pas la faute sur moi ! Ce n'est pas moi qui ai voulu faire durer ces traitements.
- Oh, vous, si on suivait vos volontés vous seriez déjà raide mort depuis vingt ans.
- Ça, on n'en sait rien.
- Dépêchez-vous, par Merlin ! Je n'ai pas que ça à faire !
- Et moi donc ! Et désactivez ce sortilège de détection sur ma baguette, merci bien ! Et je… nous devons… partir… là, maintenant ? »
Il sentait un étau glacé se refermer sur son cœur. Il ne voulait pas. Merlin, il ne voulait pas.
« Oh, allez Severus… un patient m'attend. Et ne me faites pas croire que vous n'êtes pas ravi de sortir d'ici ! Combien de jours m'avez vous torturé avec ça ! Ces regards noirs dès que je mentionnais la possibilité de rester ici plus longtemps, les soupirs, les grognements, toutes ces fois où vous m'aviez dit combien vous désiriez partir ! Et bien, maintenant, c'est chose faite, n'est-ce pas ? Allez, allez, dépêchons ! »
Il n'avait pas la force de nier, pas la force d'expliquer combien ce n'était plus vrai, ça ne l'avait jamais réellement été, pas la force d'expliquer ses raisons. Il avait juste mal. Et cela, en même temps de lui déchirer le cœur, lui fit du bien, car il se sentait de nouveau vivant. Comment expliquer l'horrible sentiment que toutes ces sensations disparaîtraient une fois parti, comment expliquer à quel point ce gamin était devenu indispensable. À quel point il lui faisait revivre des moments qu'il pensait perdus à jamais.
Il se leva lentement, prit sa baguette et la soupesa, prétendant prendre un temps pour lui pour renouer avec elle, retardant en réalité dans une tentative puérile l'inévitable.
« Et puis, continua Pomfresh, ce n'est pas tout ça mais dans quelques mois, c'est la rentrée ! Nous avons besoin de vous aux réunions, il faut que tous les professeurs se concertent pour décider de l'organisation de la prochaine année scolaire… Il faut des réunions préparatrices, décider pour les emplois du temps… le baratin habituel, quoi ! Sauf que là, nous avons un léger château à reconstruire. Bon, ces affaires ? »
Severus raffermit sa prise sur la baguette sombre et attira grâce à un Accio le livre qu'il lisait – d'une piètre qualité – puis hésita. Au bout de quelques instants, après les soupirs excédés de Madame Pomfresh, il attira à lui les deux journaux avec les articles qu'ils avaient respectivement – avec plus ou moins de réussite d'ailleurs – déclenchés.
Il se trouvait futile, stupide, mais s'en fichait, et la perspective de s'en ficher lui faisait du bien. Ça lui changeait… il sentit son cœur tambouriner, et même s'il se fustigea pour l'habitude, il était heureux. Et ça lui avait manqué.
Au moment où il descendit les escaliers, il entendit le garnement hurler. À croire qu'il était sourd ! Il n'y avait plus de respect… Un petit sourire étira ses lèvres.
« EEH ! PROFESSEUR ! VOUS PRÉFÉREZ CRAMÉ OU CONGELÉ, CE SOIR ?
- C'est à vous de voir, répondit-il avec son habituelle voix grave. Je ne mange pas ici ce soir, Merlin merci. Peut-être mon réel repas depuis trois semaines.
- ROOOH ! VOUS ÊTES QUAND MÊME BIEN CONTENT QUE JE VOUS FASSE À BOUFFER !
- Vous ne me faites pas à « bouffer » comme vous le dites, vous faites chaque soir une piètre tentative d'empoisonnement dans la chance inespérée d'avoir un professeur de potions fanatique de votre personne pour avoir un espoir de passer vos Aspics. ET JE VOUS ENTENDS POTTER, PAS LA PEINE DE HURLER !
- Bon, donc ? Chaud ou froid ?
- Je vous l'ai dit…
- Mais arrêtez de dire n'importe quoi ! Pomfresh ne vous laissera jamais aller dehors, c'est vraiment une dragonne obsti-
- POTTER ! rugit l'Infirmière.
- Ah ?! Euh, pardon madame ! Non mais c'est que là je suis aux fourneaux, et il ne faut pas me faire quitter les lieux, sinon le tout va cramer, Snape pourra vous confirmer…
- En effet, je confirme. » fit il dans un petit sourire.
Ils étaient arrivés au bas de l'escalier. Severus avança de quelques pas, tourna la tête en direction de la cuisine et vit le jeune homme au dessus d'une poêle d'où émanait une douteuse fumée noire. Le professeur leva les yeux au ciel, contrastant avec le léger sourire affectueux qui illuminait son visage.
« J'entends vos sarcasmes.
- Je n'ai rien dit, se défendit Severus.
- Je les entends quand même. »
Un petit rire franchit ses lèvres, qu'il stoppa rapidement. Plus vite il partirait, plus vite son cœur cesserai de se tordre douloureusement. Enfin il l'espérait.
« Je m'en vais, Potter, commença-t-il avec un faux ton détaché.
- Quoi ?! »
Le jeune homme déboula soudainement, le visage défait.
« Mais… mais pourquoi ?
- Ma convalescence prend fin, et Poudlard est un petit peu détruit, comme vous avez pu le constater il y a deux petites semaines. Il faut des sorciers pour le reconstruire.
- Non mais je rêve ? C'est quoi cette excuse minable ? Il y a un nombre incalculable de maçons, de charpentiers ou de je-ne-sais-quoi qui peuvent réparer les grands châteaux magiques en Angleterre !
- À ce que je vois ces semaines ne vous ont pas appris la moindre politesse. Merlin, comme c'est étonnant de votre part.
- Peut-être serait-il temps de revoir vos méthodes pédagogiques, monsieur. » répondit Harry en faisant une courbette. Puis il se reprit, sombre, relevant son visage avec autant d'espoir que de désespoir vers l'homme en noir. « Alors, c'est vrai ? Vous… vous allez vraiment, partir ? »
Voir le visage aussi expressif du garçon se défaire ainsi était une véritable torture, voir ces yeux si verts abattus et sa mine d'habitude si insolente ou réjouie devenir si sombre était un calvaire.
« Oui, je m'en vais. »
L'homme se tourna dans un ample mouvement de capes – Merlin comme cela lui avait manqué – dans l'espoir d'abréger au maximum ce moment si difficile. Il détestait le voir triste, il n'y pouvait rien. Cela lui remuait le cœur de la plus atroce des manières, un étau glacé l'enserrant froidement.
Mais c'était sans compter sur le vaillant Gryffondorisme du garçon. Il sentit une main se poser sur son avant-bras et leva les yeux au ciel pour la forme.
« Quoi, Potter ?!
- Je… je ne sais pas comment décrire… je vous déteste et vous le savez mais… en ce moment… je ne sais pas, j'apprends à vous connaître et… » Il jeta un coup d'œil inquiet à Madame Pomfresh qui faisait semblant de ne rien entendre de la conversation, semblant trouver passionnantes les arabesques de la rampe de l'escalier. « Et je… non, vous allez vous ficher de moi. Pardon, oubliez. »
Non ! Non ! Voulait-il lui hurler. Je ne me ficherai pas de toi parce que ça y est, je suis tout englué dans ton sentimentalisme nauséabond, et le pire, c'est que tu es tellement doué que je suis même heureux de l'être ! Alors vas-y, Merlin ! Dis-toi que jamais je ne te jugerai. Pas dans ma tête, du moins…
« Ce qui est certain, monsieur Potter, c'est que je me ficherai bien de vous si en plus de ne jamais savoir finir ses phrases quand elles font plus de quinze mots, même si j'ai l'habitude, le Gryffondor par excellence que vous êtes n'ose même pas prononcer deux mots de plus. Ironique, cette lâcheté, vous ne trouvez pas ? »
1, ça soignait les apparences. 2, et surtout 2, parce que ce fichu lion avait réussi à lui faire reléguer le point 1 au second plan, ça avait visé dans le mile.
« Je me suis mis à tenir à vous, voilà ! » hurla le jeune homme. Désormais les tentatives de Pomfresh pour paraître ne pas entendre leur discussion étaient aussi puériles qu'hilarantes. D'ailleurs, ses tentatives personnelles pour se concentrer sur Pomfresh et pas sur le jeune homme pour tenter d'apaiser le cœur qui faisait des saltos dans sa poitrine l'étaient tout autant. « J'ai appris à connaître une autre facette de vous ! Une compréhensive, profonde, dont je ne soupçonnais même pas l'existence ! Je vous trouve fascinant, même vos remarques sarcastiques et désagréables me font rire, maintenant ! Je vous ai endormi rien qu'en prononçant votre nom, par Merlin !
- Mais pas du tout je -
- J'ai appris à connaître un homme, hurla-t-il toujours plus fort, dans les souvenirs de la pensine, j'ai appris à voir un homme courageux et lorsque je suis plus perdu que jamais, vous êtes là, alors que même Hermione ou Ron ne parviennent pas à y changer quoi que ce soit ! Vous êtes agaçant, par Merlin ! Vous êtes froid, blessant, mais parfois tellement surprenant, hilarant et compréhensif que vous m'émouvez ! Alors ? C'est ça que vous voulez entendre ? Et bien voilà ! Je tiens à vous ! JE TIENS À VOUS ! Et ça m'emmerde parce que ça crée plein de situations compliquées dans lesquelles je vais encore me fourrer, mais vous savez quoi ? Je suis un Gryffondor par excellence alors je suis habitué ! Votre répartie va me manquer ! Vos remarques stupides vont me manquer ! Même vos ignobles articles qui ont provoqué la destruction de mon salon vont me manquer ! Vous entendre rire – et vous pouvez faire cette tête, vous pouvez nier, je m'en fiche ! - votre rire, votre voix va me manquer ! Lorsque vous faites semblant de ne pas entendre nos discussions avec Ron et Hermione, quand vous vous incruster dedans depuis la premier étage, ça va me manquer ! Nos petits jeux stupides de piques vont me manquer ! Lorsque vous laissez les bols pour le lendemain pour m'aider et que vous faites comme si ce n'était pas vous, ça aussi, ça va me manquer ! VOUS allez me manquer ! Est-ce si difficile à comprendre ? JE TIENS À VOUS, PAR MERLIN ! »
Il s'arrêta, haletant, les yeux en feu. Ces yeux, ces splendides prunelles vertes, toujours remplies d'une myriade d'émotions, plongeaient dans les siennes avec une puissance folle.
Moi aussi, moi aussi je tiens à toi, voulait-il dire. Moi aussi, moi aussi, moi aussi… Son cœur battait comme un fou, et il n'avait pas ressenti ça depuis si, si longtemps…
« J'en arrive même à considérer que vous êtes mon ami, putain ! Quoi, vous allez encore vous moquer de moi ? Vous m'avez tellement détraqué que je ne le pense même plus ! Je n'ai même plus peur que vous me fassiez une remarque sarcastique, par Merlin ! »
À cet instant, quelque chose en lui eut mal. Amis. Pourquoi ce mot lui faisait-il si mal ? Il n'en savait rien. Il ne voulait pas savoir.
Voyant madame Pomfresh, et ne souhaitant pas que quiconque d'autre puisse le voir ainsi, il regarda le coin d'un meuble du couloir. Une feuille de papier vierge. Il la fixa intensément un instant en agrippant sa baguette légèrement plus fermement, une lueur passa brièvement dans ses yeux puis il partit sans un mot, sous le regard aussi défait que furibond du jeune homme.
Pas devant Pomfresh, Potter, ça, c'était hors de question.
- PDV EXTERNE -
Harry le regardait partir, tremblant de rage. Comment ? Comment pouvait-il être aussi sensible un instant, et aussi insensible celui d'après ? Il lui en voulait, lui en voulait tellement… Il comprenait mais… il lui avait tout exposé et… et lui, il s'en allait, comme ça ?
Il était défait. Il en était sur, pourtant… il était sur d'avoir lu dans ses yeux une compréhension et une empathie certaines…
Il retourna vers le salon, débordant de colère, donnant un coup de pied rageur dans un meuble du couloir. À cet instant, un papier tomba, et il le ramassa, intrigué d'y apercevoir l'encre verte du potionniste et son écriture serrée, reconnaissable entre mille.
Moi aussi, Potter, espèce de cornichon
Il releva les yeux vers le Maître des Potions, qui avait déjà commencé à transplanner. Leur échange ne dura qu'un instant, mais le cœur du jeune homme s'emballa et il serra le mot fort contre sa poitrine, alors qu'un sourire heureux éclairait à présent son visage.
