Pour les notes se référer au prologue.


Je dédie cette histoire à Julie et Nathanaël.


~Chapitre 12 ~

Comment vivre avec ces peurs

Gabrielle les observa, le regard empli d'une sorte de crainte. Elle baissa les yeux tandis que Galadriel lui souriait doucement.

« Bienvenue chez vous, mon enfant. »

Elle ne releva pas la tête pour autant. Galadriel sentit cette crainte. Elle avança sa monture jusqu'à celle d'Haldir et posa une de ses mains sur l'un des avants bras de Gabrielle. A ce contact, elle osa enfin relever la tête. Ces iris verts rencontrèrent les prunelles bleues de la souveraine qui lui offrit un nouveau sourire.

« N'ayez crainte. Ici, vous êtes chez vous et rien ne pourra venir vous troubler. Bienvenue en Lórien, Gabrielle. »

La jeune elfine sentit une sorte de paix intérieure l'envahir, alors que Galadriel ordonnait aux compagnons de reprendre la route. Elle resta aux côtés d'Haldir posant son regard sur Gabrielle à de nombreuses reprises. Cette dernière n'avait rien dit aux paroles de Galadriel et Haldir lui lançait, quant à lui, des regards plutôt inquiets. Ils arrivèrent bientôt au cœur de la cité. Ils descendirent tous de leurs montures et Gabrielle put voir une démonstration très rare d'affection entre Galadriel et ses petits-enfants, Elladan et Elrohir. Elle resta en retrait, regardant autour d'elle, observant les arbres et constatant que leur arrivée avait visiblement attiré du monde puisque quelques elfes les regardaient. Elle vit Haldir être accosté par deux autres elfes qui lui ressemblaient énormément. Elle vit une elfine se précipiter dans les bras d'un de ces compagnons de route.

Une main se posa sur son épaule et la fit se retourner. Elle rencontra alors le regard du Seigneur Celeborn qui lui sourit avec sympathie.

« Les deux elfes avec Haldir sont ses frères Rumil et Orophin, tous deux aussi sont Gardes aux Frontières. La jeune personne avec Hayden n'est autre qu'Elvine, sa toute jeune épouse. Quant à la mienne, elle est actuellement en train de saluer ses petits-enfants qu'elle n'avait vu depuis quelques lunes maintenant. »

Gabrielle hocha la tête et il reprit :

« Vous étiez grandement attendue ici mon enfant. Mais je ne me suis pas présenté, j'en oublie les convenances. Je me nomme Celeborn, Seigneur de la Lórien et aussi celui qui a pour chance d'avoir Galadriel comme épouse. »

Enfin Gabrielle parvint à parler :

« Haldir m'a parlé de vous. Ainsi, je vous connais un peu. Enfin, j'ai appris à vous connaître par son intermédiaire. Pour ma part, bien que vous le sachiez, je suis Gabrielle. »

Galadriel s'approchait d'eux lorsque la jeune elfine finit sa phrase. Elle y répondit simplement :

« Oui nous le savons. Et même, si on ne vous avait jamais vue, nous aurions été capables de vous reconnaître. Vous leur ressemblez beaucoup. Les traits de votre mère mais le regard de votre père. Vous êtes aussi brune qu'il était blond. »

Elle s'arrêta et ses yeux bleus se posèrent sur Gabrielle. Elle se sentit tout d'un coup comme observée de l'intérieur, comme si on lisait en elle. Elle en ressentit un profond malaise, elle vacilla légèrement alors que Celeborn amorçait un mouvement vers elle.

« S'il vous plaît… Arrêtez cela», murmura-t-elle tandis que le Seigneur lui maintenait le bras.

Haldir se tourna vers elle et perçut son malaise. Il voulut s'approcher mais quelque chose lui dit de ne pas le faire. Ses frères le regardèrent pendant qu'il dévisageait littéralement Gabrielle. De son côté, Gabrielle avait baissé la tête, confuse. Celeborn la maintenait et Galadriel avança une main vers elle. Avec douceur, elle lui releva son visage.

« Venez mon enfant, je vais vous conduire dans ce qui sera désormais votre Talan. »

Elle glissa son bras sur celui de la jeune elfine. Cette dernière leva ses yeux sur la souveraine et n'y perçut aucune animosité. Elle passa près d'Haldir qui la gratifia d'un sourire. Elle partit donc avec les souverains sous les regards des habitants de la cité venus les accueillir.

Un imperceptible soupir s'échappa des lèvres d'Haldir, ce qui ne passa pas inaperçu aux oreilles d'Orophin.

« Eh bien mon frère ? La compagnie de cette charmante personne va-t-elle te manquer ? »

Ce dernier sursauta à la remarque de son cadet et se contenta de hausser les épaules avant de s'éloigner à son tour. Cette réaction laissa le cadet en question perplexe.

oO§Oo

Ils gravirent des marches qui les menèrent à l'entrée d'une demeure perchée dans les arbres. Gabrielle regarda autour d'elle, surprise. Ses yeux observaient le moindre détail. Elle était subjuguée par tant de beauté. Elle s'arrêta soudain. Galadriel l'observa. Son regard se portait sur les différents Talans qui étaient visibles de la demeure des souverains.

« C'est magnifique. »

Celeborn se tourna vers son épouse qui porta à son tour son regard sur sa cité.

« Oui mais ceci n'est que la face visible. Vous verrez, vous découvrirez beaucoup plus en visitant. Venez par ici. »

Ils reprirent leur marche et ne tardèrent pas à arriver devant une porte dont les gravures dans le bois représentaient les armoiries de la Lórien. Celeborn prit la parole.

« Nous vous avons installée dans l'ancien appartement d'Arwen. Vous verrez, vous serez indépendante et libre de tout mouvement. Les nôtres ne sont pas loin. »

Il se tourna légèrement et désigna un escalier qui menait à un endroit plus surélevé encore. Puis il se retourna de nouveau vers Gabrielle et c'est Galadriel qui reprit :

« Vous serez libre de faire ce qu'il vous plaît néanmoins nous ne vous imposons qu'une chose : vos repas du soir, vous les partagerez avec nous à notre table. »

Celeborn ouvrit enfin la porte et ils pénétrèrent dans l'appartement.

« Mon épouse a réaménagé l'endroit. J'espère que cela vous plaira. »

Gabrielle regarda autour d'elle, le souffle coupé. Son Talan était juste magnifique, simple malgré son caractère spacieux et son admirable ameublement. Elle put y voir des portes qui menaient visiblement dans d'autres pièces. Galadriel expliqua :

« Le Talan est composé d'une chambre, d'un cabinet de toilette, d'un petit salon où nous sommes, d'une petite cuisine et d'une pièce pour que vous puissiez ranger vos différentes tenues. J'ai aussi pris le soin de faire installer une bibliothèque car je sais de sources sûres que vous aimez les livres. »

Gabrielle se tourna vers elle et planta ses iris émeraude dans ceux de son interlocutrice.

« Je ne vous cacherai pas que j'étais et je reste anxieuse face à tout ceci. Pour moi c'est l'inconnu et vous êtes aussi des inconnus. Je ne veux pas vous offenser en quoi que ce soit mais tout ceci est… »

Elle baissa la tête, soudain confuse :

« Merci de m'accueillir ainsi alors que vous ne me connaissez pas.»

Ce fut Celeborn qui reprit :

« Si nous sommes des inconnus pour vous c'est tout à fait légitime. Mais vous, vous ne l'êtes pas pour nous. Nous vous connaissons bien Gabrielle et nous savons de quoi est fait votre cœur.

- La peur et la crainte que vous ressentez sont légitimes dans cette situation. Je ne sais comment j'aurais moi-même réagi. Si les circonstances ont fait que nous nous sommes manifestés si tard, c'est que nous ne voulions pas ajouter à votre détresse d'autres préoccupations. Mais à présent les choses sont différentes. Nous regrettons certains de nos actes comme certaines de nos pensées. Mais il est trop tard pour revenir en arrière. Je ne peux aujourd'hui que vous offrir mon aide dans l'instant présent et faire ce que votre père aurait voulu. »

A ces mots, Gabrielle tressaillit. Elle regarda Celeborn et Galadriel successivement.

« Nous en reparlerons. Nous allons vous laisser Gabrielle. Vous devez vouloir vous rafraîchir un peu. Des robes ont été confectionnées à votre intention. Elles se trouvent dans votre chambre sur votre lit. Nous, nous reverrons dans la journée, je pense. »

Celeborn se dirigea vers la sortie tandis que Galadriel s'approchait de Gabrielle.

« Je suis ravie de vous avoir enfin près de moi. »

Elle lui caressa la joue et lui offrit un doux sourire avant de rejoindre son époux et de fermer la porte laissant Gabrielle seule. Une quinte de toux la prit soudainement. Elle dut s'asseoir pour retrouver sa respiration. Une main sur sa poitrine, elle songeait aux paroles des seigneurs de la Lórien

Un petit moment passa, elle se leva et alla sur l'un des balcons qui ornaient ses appartements. Elle vit en contrebas des elfes qui vaquaient à leurs occupations. Elle respira l'air et ne se sentit pas oppressée comme d'habitude lorsqu'elle était dans une forêt. Mais elle dut reconnaître, elle-même, qu'elle n'était pas dans une forêt normale. Une légère bise joua avec ses cheveux alors qu'une personne se glissait à ses côtés.

« Haldir. »

Elle tourna son regard vers lui.

« Je suis venu vous déposer votre sac. Et vous dire au revoir. »

Elle ouvrit des yeux ronds.

« Au revoir ? Vous partez ? »

Sa voix trembla, ses yeux se baissèrent.

*Lui aussi.* songea-t-elle.

Il perçut le changement de timbre dans sa voix. Se tournant vers elle, il remarqua la crispation de son visage. Doucement, il passa une main sur son épaule et reprit :

« Je vous fais confiance, vous vous acclimaterez vite. Quant à moi, je dois rejoindre mon poste et mes troupes aux frontières. C'est mon travail, ma place. Je serai absent une quinzaine de jours et je reviendrai alors et nous pourrons nous revoir si vous le désirez. »

Malgré tout, Gabrielle garda la tête baissée. Haldir la lui releva doucement et lui murmura :

« Je vous promets qu'à mon retour nous nous reverrons. Je n'ai aucune envie de vous oublier, étonnante Gabrielle. De plus, j'ai ma revanche à prendre en souvenir d'un certain combat amical. »

Il lui fit un clin d'œil et se saisit de sa main qu'il embrassa. Elle répondit :

« Prenez garde Haldir de Lórien, je n'oublierai pas cette promesse. Faites attention à vous. »

Il s'inclina devant elle et elle lui répondit par une simple révérence. Il sortit de la pièce, la laissant de nouveau seule. Elle resta un moment à observer la porte close, un frisson la parcourut sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Le froid l'envahit peu à peu au point qu'elle préféra rentrer dans le salon.

Là, elle le parcourut du regard et se décida à le visiter. Elle découvrit la petite cuisine ainsi que le cabinet de toilette et enfin la chambre. Cette dernière était spacieuse. Le lit était à baldaquin sculpté avec des motifs sylvestres. Une coiffeuse se situait non loin avec un miroir, une armoire était sur le côté près d'une porte. Et enfin, ornant un des murs, une bibliothèque avec près de celle-ci deux fauteuils. Elle aperçut enfin sur le lit les robes dont lui avait parlé Galadriel. S'approchant, elle les observa, elles étaient de toute beauté, aux couleurs pâles et sans vivacité. Elle les prit et les admira avant de les poser sur un des fauteuils. Elle se sentit soudain lasse alors qu'une nouvelle quinte de toux la prenait. S'asseyant sur le lit, elle reprit de nouveau sa respiration, ses poumons la brûlaient, elle finit par s'étendre et ferma les yeux, ne se rendant pas compte qu'elle sombrait dans le sommeil.

oO§Oo

Un homme marchait le long d'une rive. Il avait les cheveux blonds comme les blés et sa silhouette était svelte. Il se tourna vers elle et Gabrielle put le voir. Son visage était éclairé par deux yeux émeraude et un doux sourire le rendait magnifique. Il tendit une main vers Gabrielle en disant :

« Ma fille comme je suis heureux de te savoir ici. »

Rapidement, sa vision se brouilla et l'image de cet homme disparut pour faire place à une troupe d'Orques attaquant un village. Tout était feu et cris… Des enfants qui pleuraient et des femmes qui se lamentaient…

Encore une fois tout changea et cette fois, elle vit un homme vêtu de gris avec une longue barbe et un chapeau pointu qui serrait dans ses bras une personne de petite taille.

« … Bilbon Sacquet… »

Une nouvelle fois, tout se métamorphosa et la dernière chose qu'elle vit fut Neufs Cavaliers sortant d'une immense porte sur des chevaux à vive allure.

Une phrase raisonna dans sa tête :

« Vivre avec tes peurs, apprend à en parler. Tu ne crains rien ici ma fille. Ouvre ton cœur. »

oO§Oo

Elle se réveilla en sursaut, elle était en sueur et la nuit commençait à tomber sur la cité des Galadhrims. Elle se prit à trembler alors qu'une nouvelle quinte de toux lui déchirait la poitrine. Elle essaya de reprendre ses esprits et finit par se lever et se diriger vers le cabinet de toilette. Là elle fit couler de l'eau dans une cuvette et s'en aspergea le visage. Relevant la tête, elle croisa son reflet dans le miroir qui ornait le mur.

« Sacquet… Et qui était cet homme ? Et ces cavaliers ? »

Un frisson la parcourut. Soudainement, elle sortit du cabinet et se dirigea vers le salon où Haldir avait laissé son sac. Elle s'agenouilla et l'ouvrit, fouillant à l'intérieur. Elle finit par en ressortir un petit carnet et alla s'asseoir à la table. Réalisant qu'elle n'avait pas de plume, elle regarda autour d'elle et aperçut un petit secrétaire. Se relevant elle s'en approcha, l'ouvrit et y découvrit un nécessaire à écriture. Prenant la plume, elle retourna s'asseoir et écrivit dans ce carnet.

Septième jours du mois de mars, Cité de la Lórien …

Elle y écrivit le moindre détail de son rêve et réalisa alors que c'était son père qu'elle avait vu. A cette constatation, elle s'arrêta net et murmura :

« Qu'essaies-tu de me dire ? »

Elle était troublée. Reprenant sa plume, elle continua et ne s'arrêta qu'une fois son récit terminé. Fermant le carnet, elle resta songeuse et toussa une nouvelle fois. Elle se leva et alla ranger la plume dans le secrétaire dans lequel elle mit le carnet. Soigneusement, elle le referma et vit qu'il possédait une clé. Elle y mit un tour et l'ôta, la gardant dans sa main elle l'observa :

« Si cela peut m'aider à y voir plus clair.»

Puis elle se retourna, ramassa son sac et se dirigea vers sa chambre. Elle le posa sur le lit quand elle réalisa alors que la soirée était là. Se dirigeant vers le balcon, elle vit qu'un grand nombre d'elfes se dirigeaient tous dans la même direction. Elle réalisa alors :

« L'heure du repas ! Suis-je bête… »

Rapidement, elle se dirigea vers le fauteuil où elle avait déposé les robes et en prit une au hasard. Elle se dirigea vers le cabinet et fit sa toilette. Une fois terminé, elle ressortit et se dirigea vers sa coiffeuse devant laquelle elle s'assit. Elle entreprit le lissage de ses cheveux et leur tressage. Au final, elle parvint à coiffer sa chevelure à la mode elfique. Se relevant, elle prit la robe et la passa enfin. Cette dernière semblait avoir été faite sur mesure. Elle épousait parfaitement ses formes et les mettaient même en valeur. D'un violet pâle, cette dernière avait un décolleté arrondi qui permettait de voir son pendentif. La robe était ornée de motifs de couleur bordeaux, tout comme la ceinture qui descendait jusqu'au sol. Les manches ajustées s'arrêtaient au coude, un simple voilage de couleur violine les complétait. Elle observa son reflet dans le miroir et se trouva étrange. Son teint pâle faisait ressortir cette couleur sur elle.

Chaussant une paire de chaussures légères, elle sortit de sa chambre et se dirigea vers la porte quand une énième quinte de toux l'a saisit à nouveau. Elle prit le temps de retrouver sa respiration et finit par sortir.

Au même moment où elle ouvrait la porte, elle tomba nez à nez avec Elladan. Elle en fut surprise.

« Elladan ? Que fais-tu ici ? »

Il lui sourit avant de littéralement la dévisager ce qui la fit rougir.

« Tu es resplendissante ainsi Gabrielle. Je suis venu te chercher pour le dîner, il ne manque plus que toi. »

Elle se sentit confuse.

« Je crains de m'être assoupie. Tu m'en vois désolée.»

Le fils d'Elrond eut un nouveau sourire.

« Tu es toute excusée. Me permets-tu de t'offrir mon bras et de t'accompagner jusqu'à la salle des fêtes ? »

Elle leva sur lui un regard amusé et prit son bras.

« Avec joie car j'ignore où elle se trouve. »

C'est ensemble qu'ils parcoururent la demeure en direction de la fameuse salle. Ils descendirent plusieurs escaliers et enfin se trouvèrent devant deux portes qui s'ouvrirent devant eux. Il y avait un nouvel escalier à descendre. Ils s'en approchèrent et les bruits des discussions retentirent. Se plaçant en haut des marches, Gabrielle vit qu'il y avait énormément de monde. A leur vue, les discussions prirent fin, ce qui accentua la gêne de la jeune elfine. Pour la rassurer, Elladan raffermit le contact de son bras contre le sien. En bout de table se trouvaient les seigneurs de la Lórien. Galadriel tourna à son tour la tête vers eux tandis que Celeborn s'était levé et se dirigeait vers le bas des escaliers qu'ils descendaient à présent. Galadriel se leva à son tour, suivie par l'ensemble des convives présents.

Ils arrivèrent en bas des marches et le bras de Celeborn remplaça celui d'Elladan qui rejoignit son frère après un clin d'œil à la jeune femme. Le seigneur l'amena près de son épouse qui prit alors la parole :

« Mes amis, laissez-moi vous présenter Gabrielle, fille de notre regretté Aradan. Elle restera parmi nous durant les prochains mois. Faites-lui bon accueil. »

Chacun s'inclina devant Gabrielle qui ne se sentait vraiment pas à l'aise du tout. Elle répondit par une révérence toute simple avant d'être conduite à une chaise située à la droite de Galadriel. Les discussions reprirent avec des œillades vers elle. Elle sentit une main se poser sur la sienne et son regard croisa celui de Galadriel.

« Ils mordent rarement.»

Ce qui valut à la Dame de Lórien de recevoir le premier sourire de Gabrielle.