Au petit matin, après des heures passées aux cordes du tonneau, Benedict fut repêché par le navire de Cutler Beckett. Le lord le questionna pour savoir si il était à l'origine des cadavres flottants, ce à quoi il répondit par l'affirmative, avant de déclarer, de manière aussi cassante que possible :
- je suis trempé et frigorifié. Je ne répondrai à aucune question avant que le problème ne soit réglé.
- Mais bien entendu, Monsieur... ?
- Je me nomme Smaug.
- Trouvez des vêtements secs pour monsieur Smaug, et qu'ensuite, il me rejoigne dans ma cabine. Et convoquez Jones.
- En fait, dit Benedict, si vous devez m'appeler Monsieur, peut être vaudrait-il mieux utiliser mon nom humain. John Harisson, membre de l'ordre de l'empire britannique.
- Votre… nom humain ?
- Je ne viens pas de cette planète, confirma Benedict. Mais je souhaite à présent me changer.
- Selon vos désirs, Monsieur Harisson.
Et Beckett se rendit dans sa cabine. On donna donc à Benedict des vêtements secs, et il s'empressa de se changer, sans oublier de glisser dans sa poche le compas de Jack, avant de rejoindre le lord. Celui-ci lui offrit un thé qu'il accepta.
- Le thé est l'une des choses que j'apprécie le plus sur votre insignifiante petite planète, dit-il en prenant un sucre.
- Vous m'en voyez ravi. Pourquoi avoir trahi vos amis ?
- Ils m'ont trahis d'abord, dit froidement Benedict. Je leur ai demandé de protéger ma sœur et ils l'ont jetée dans les griffes du lion.
Il calma son regard, et prit tranquillement une gorgée de thé. Beckett le regarda avec étonnement. Il s'apprêtait à poser davantage de question lorsque la porte s'ouvrit brusquement sur un Davy Jones passablement furax.
- Je ne peux pas être sifflé comme un vulgaire chien ! S'exclama le pirate à tête de poulpe.
- Apparemment si, répondit Beckett. Je vous présente monsieur Harisson. Il nous a lancé sur la piste de la confrérie, mais s'est malheureusement fait prendre.
- Vous avez les salutations de Jack Sparrow, dit aimablement Benedict.
La poche à l'arrière de la tête de Jones palpita.
- Sparrow ? Ce n'est pas possible, il ne peut pas être là ! Mon kraken l'a emporté dans l'antre.
- Nous sommes allés l'y chercher, en fait. Il est actuellement bien vivant, quoique peut-être légèrement schizophrène. Ils sont tous en route pour l'île des naufragés.
- Savez-vous quelles sont les intentions de la confrérie? demanda Beckett.
Benedict posa les coudes sur la table et mis ses mains paume contre paume sous son menton.
- Il y avait un nom qui revenait souvent… oui... voilà. Calypso.
- Calypso ? Répéta Jones.
- Une connaissance à vous ? Demanda Beckett.
- Une déesse païenne. Déesse des océans. La première confrérie l'a condamnée à une seule forme humaine et l'a privée de ses pouvoirs.
- Eh bien, dit Benedict, ils ont un prince des eaux qui pense pouvoir la contrôler. Ils ont l'intention de la libérer.
- Ils ne peuvent pas faire ça. Ils n'ont pas le droit, c'était notre accord !
- Notre ? Réagit Beckett.
- Je... je leur ai montré comment faire.
- Vous l'avez trahie, dit Benedict en peignant un sourire narquois sur son visage. Vous l'aimiez et vous l'avez trahie.
- C'est elle qui m'a trahie ! En me faisant miroiter un avenir, en me mentant ! Elle s'est jouée de moi, c'est un monstre sans cœur.
- Et après quelle trahison avez-vous décidé d'enfermer votre cœur dans un coffre ?
Davy Jones réagit violemment à ce sujet et envoya valser la tasse que tenait Benedict entre ses mains.
- Je n'avais pas fini ça, dit l'acteur sans même cligner des yeux.
- Je vous en prie, messieurs, dit Beckett pour calmer la situation. À quel point cette calypso est-elle dangereuse ?
- Il ne faut jamais sous-estimer la colère d'une femme bafouée, dit Benedict.
- Mais, dit Davy Jones, si vous êtes ici, vous ne pouvez plus nous guider. Donc vous ne servez plus à rien.
- C'est vrai, dit Beckett, et les gens inutiles ici ne survivent pas longtemps.
- Puisque je me suis fait monteur de tonneau pour vous rejoindre, laissez-moi vous raconter une histoire connue là d'où je viens. Elle se déroule dans une sombre caverne, entre deux petites créatures. L'une s'appelle Bilbo, l'autre Gollum. Bilbo était tombé par accident dans la caverne de Gollum, qui se faisait une joie de pouvoir le dévorer. Bilbo, en effet, ne pouvait lui être d'aucune autre utilité. Mais le petit Hobbit (c'est comme cela que s'appelait la race de Bilbo) n'avait pas l'intention de se laisser croquer. Il proposa donc un jeu d'énigme à Gollum.
- Quel rapport avec le monteur de tonneau ? Demanda Beckett.
- c'est sous ce titre que cette petite vermine insuportable s'est présenté à moi pour me voler mon trésor ! Fit l'acteur en tapant violemment du poing sur la table.
Puis il reprit une voix et un visage serein, et ajouta :
- Puis-je continuer mon histoire ?
- Faites.
- Notre cher petit vaurien proposa donc un jeu d'énigme a Gollum. Celui qui ne saurait pas répondre perdrait. Si c'était Bilbo, il se laisserait dévorer et donnerait même de conseils culinaires. Si c'était Gollum, il le guiderait jusqu'à la sortie de sa caverne. Après quelques énigmes, Bilbo fut à court d'idée. Il posa alors une dernière question qui lui permit de gagner : qu'est-ce que j'ai dans ma poche ? Alors à mon tour, je vous pose la question, qu'est-ce que j'ai dans ma poche ?
Il glissa la main dans la poche de son pantalon, et en sortit le compas de Jack. Beckett voulut s'en saisir, mais Benedict referma la main.
- Si vous voulez le compas, je pose mes conditions. Tentez de vous débarrasser de moi, et par Stan Lee, je jure que je le détruirai.
- Stanlee? Questionna Beckett.
- L'Être Suprême qui a fait de moi un sorcier.
- Je vous écoute. Quelles sont vos conditions ?
- Vous assurerez ma sécurité, ainsi que celle de ma sœur si elle est encore en vie. Mes traîtres de compagnons sont la clé pour rentrer chez moi, vous assurerez donc leur survie. Enfin, dès après notre victoire, vous, monsieur Jones, libérerez monsieur Turner de ses obligations envers vous.
- Quel est votre intérêt pour Turner ? Demanda Beckett.
- Mes raisons ne regardent que moi.
- Vos conditions sont acceptables, dit Beckett. Qu'en est-il de vous, Jones ?
- Je ne demanderai qu'une seule chose, répondit le pirate tentaculaire. Calypso. Morte.
- Bien, dit Benedict avec un sourire en ouvrant la main. Que désirez-vous le plus au monde ?
