Cette fic est écrite dans le cadre de la 133ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Gaz". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !


- Vous voulez de l'info, j'ai ce qu'il vous faut ! Ici Nadya Chamack en direct dans les rues désertées de Paris. Cela fait à présent deux jours que Paris est nimbée dans un gaz toxique à long terme qui provoque chez nos concitoyens des quintes de toux, des maux de tête, des étourdissements ou encore des malaises. Il y a quelques heures, Ladybug et Chat Noir ont tenté d'affronter l'akumatisé responsable de cet empoisonnement collectif, sans succès.

L'image de la journaliste disparut de l'écran, remplacée par Ladybug et Chat Noir qui avaient chacun noué un foulard autour de leur nez et de leur bouche pour affronter ce qui semblait être un fantôme géant. Le super-vilain qu'ils combattaient, haut d'une dizaine de mètres et presque aussi large, semblait lui-même être fait d'une substance entièrement gazeuse et, chaque fois qu'ils tentaient de s'approcher de lui, un jet de gaz encore plus concentré propulsé vers eux les faisaient s'écrouler sans qu'ils n'aient pu toucher la moindre parcelle solide de son corps. Le cataclysme de Chat Noir n'y pouvait rien et le Lucky Charm de Ladybug fit apparaître un masque à gaz dont elle comprit l'utilité quand son partenaire s'effondra à genoux en toussant après avoir été aspergé par le super-vilain. La vidéo s'interrompit quand Ladybug battit en retraite en portant Chat Noir à qui elle avait donné le masque. Nadya revint à l'écran et reprit :

- Comme depuis deux jours, les kilomètres d'embouteillages ne cessent de s'allonger sur le périphérique parisien, chaque personne qui le peut étant invitée à fuir Paris le temps d'un retour à la normale. De nombreux scientifiques se mobilisent pour tenter de comprendre la nature de ce gaz et donc obtenir un moyen de rendre l'air à nouveau respirable. En attendant, tous les parisiens qui ne peuvent quitter la ville sont invités par le maire Bourgeois à se barricader chez eux et à garder autant que possible les portes et fenêtres des habitations fermées. Comme vous le savez depuis hier soir, cette situation s'est accompagnée d'un ultimatum à l'adresse de nos protecteurs.

Nadya disparut à nouveau de l'écran pour céder la place à l'image de Papillon, debout dans un repaire obscur, entouré de centaines de papillons blancs.

- Ladybug, Chat Noir. Je ne vous adresserai ce message qu'une seule fois. L'air de Paris est déjà irrespirable et, d'ici deux jours, les premiers parisiens vont commencer à être hospitalisés. Lors de notre premier combat, Ladybug m'avait répondu dans son discours retentissant qu'elle ne céderait à aucun chantage et qu'elle serait toujours là pour protéger Paris. Nous l'avons vu aujourd'hui, cette fois vous êtes impuissants. Je vous attendrai tous les soirs à minuit au sommet de la Tour Eiffel pour que vous me remettiez vos Miraculous. Je mettrais fin à tout cela dès que je les aurais en main. Comme d'habitude, vous avez le pouvoir de mettre un terme à cette situation, en venant vous rendre. Il n'y a pas d'autre issue, ni pour vous, ni pour les parisiens. Faites le bon choix.

Nadya revint à l'antenne :

- Les messages d'internautes s'enchaînent via le Ladyblog pour témoigner du soutien de la population à nos héros ou, au contraire, pour les supplier d'accepter la proposition de Papillon et de mettre fin à tout cela. Eux-mêmes ayant disparu depuis ce dernier combat, nous ne pouvons qu'espérer qu'ils vont bien et n'ont pas déjà cédé sans que Papillon n'honore sa part du marché. Restez en direct pour toutes nos informations quant à l'évolution de cette situation…


Marinette était redescendue dans le salon pour écouter les informations avec ses parents mais elle remonta rapidement dans sa chambre.

- Tikki, transforme-moi !

Une fois transformée, elle s'empara de son yoyo qu'elle déplia pour appeler Chat Noir.

- Salut Chaton. Tu vas mieux ?

- A merveille ! Peu importe à quel point ce truc est toxique, je ne semble pas du tout affecté quand je suis chez moi. Tu crois que l'air conditionné contient un mécanisme qui détruit ce gaz ?

- Aucune idée. Mais si tu es en sécurité chez toi alors restes-y.

- Il faudra bien qu'on ressorte se battre, et le plus tôt possible, nota Chat Noir.

- On ne peut pas se battre, Chaton ! protesta Ladybug. Tu l'as vu comme moi hier, on ne peut pas attraper ce truc, on ne peut pas capturer son akuma ! Et ce n'est pas comme si on avait tout le temps d'y réfléchir, de plus en plus de personnes font des malaises, ma mère a passé une heure à tousser hier soir… Ca ne peut pas continuer comme ça…

- Ma Lady… Tu n'envisages pas sérieusement de te rendre ? On était d'accord pour refuser son chantage et…

- Je le sais qu'on était d'accords… Juste, je ne vois plus d'autres solutions.

- Tu veux que je te rejoigne ? On en discutera de vive voix et…

- Non ! le coupa-t-elle. Ne sors pas de chez toi, reste à l'abri !

- Alors promets-moi de ne pas faire une bêtise.

Ladybug resta silencieuse une seconde avant de répondre :

- Je te promets de continuer à y réfléchir et de ne pas prendre de décision sans t'en parler. Je ne peux pas promettre plus.

- Ça me va bien, acquiesça Chat Noir. On va trouver ma Lady, on trouve toujours ! Repose-toi et fais attention à toi. On va s'en sortir. Tu as toujours été la spécialiste des idées de génie.

Ladybug esquissa un sourire et approuva :

- On va s'en sortir. Merci Chaton.

- A ton service. A tout à l'heure, on se tient au courant.

Elle raccrocha et se détransforma en se laissant tomber sur son lit, le regard fixé vers le plafond. De l'autre côté du velux qui menait à sa terrasse, le brouillard causé par la fumée toxique empêchait de voir quoi que ce soit.

- Ça ne peut plus durer.

- Marinette, tu ne vas pas faire ce que veut Papillon ! protesta Tikki. S'il parvient à mettre la main sur vos Miraculous…

- Il pourra formuler un vœu qui cassera l'ordre du monde, je le sais. Ca n'empêche que ça ne peut plus durer. Il faut que je trouve quelque chose, et je n'ai rien. Comment je suis censée affronter quelqu'un que je ne peux pas toucher ?

- Papillon a bien annoncé qu'il serait tous les soirs sur la Tour Eiffel ? Peut-être que lui, vous pourriez le vaincre et prendre son propre Miraculous…

- Il va s'y attendre, il sera certainement accompagné de Mayura, avec des équipements pour les protéger du gaz. On n'a pas tenu cinq minutes contre l'Empoisonneur, alors à deux contre deux et en nous effondrant pour tousser avant même d'être arrivés là-bas… Nous rendre sera moins douloureux et le résultat sera le même.

- Tu vas trouver Marinette ! l'encouragea Tikki. Réfléchis, il y a forcément une solution !

Marinette ferma les yeux pour ignorer le nuage quasi-opaque de l'autre côté du velux. Il y avait forcément une solution. Elle avait l'impression de l'effleurer, comme si elle avait toutes les pièces en main mais que son cerveau était incapable de les remettre dans l'ordre. Chat Noir qui s'effondrait en toussant. L'ultimatum de Papillon. Le super-vilain entièrement constitué de gaz, insaisissable. L'ultimatum de Papillon. Les bruits d'ambulance, de toux ou d'appels au secours provenant de la rue. L'ultimatum.

Elle avait dû s'assoupir. Sa mère l'appelait pour manger et elle se sentait plus reposée alors qu'elle avait l'impression d'avoir à peine fermé les yeux. Mais au moins, ses idées étaient claires. Au milieu de la panique, du désespoir et de la fatigue, elle ne parvenait pas à décider de ce qu'il fallait faire, de ce qui pourrait sauver les parisiens. Maintenant, elle voyait. Elle tâcha de dissimuler à ses parents son air grave pendant le repas – après tout, elle pourrait toujours attribuer ça à l'inquiétude vis-à-vis du gaz. Mais ils ne lui firent pas de remarque. Elle les aida à débarrasser et s'attarda quelques minutes de plus pour leur dire bonne nuit. Une fois remontée dans sa chambre, Tikki ressortit de sa poche.

- Alors, tu as trouvé ce que tu allais faire ? Marinette ?

Marinette ouvrit la bouche. La referma. Elle ne voulait pas en parler à Tikki, pas affronter les mots de quelqu'un qui tenterait de la dissuader.

- Transforme-moi.

Elle appela Chat Noir et tomba sur son répondeur. Enfermé chez lui et en l'absence de plan, il n'avait pas de raison de se transformer. Elle songea à raccrocher mais se ravisa. Il était son partenaire de confiance, il avait le droit de savoir, et elle lui avait promis de ne rien faire sans lui en parler. Elle se doutait qu'il aurait préféré qu'elle attende de pouvoir réellement lui parler - mais elle-même n'était pas sûre de supporter une telle conversation. Elle lui expliqua ce qu'elle allait faire en quelques phrases avant de refermer son yoyo. Elle sortit sur la terrasse en respirant le moins possible, referma soigneusement le velux pour empêcher le gaz de pénétrer à l'intérieur et s'élança à travers la brume.

L'Empoisonneur se tenait au sommet de la Tour Eiffel et le nuage de gaz qui le constituait tournait sur lui-même, répandant aux alentours un jet de gaz qui se dispersait plus loin dans Paris. De ce fait, la Tour Eiffel elle-même était complètement dépourvue de la brume qui nimbait le reste de Paris et, au troisième étage de celle-ci, Papillon l'attendait sans s'être encombré d'aucune protection pour respirer. Comme prévu, celui-ci était accompagné de Mayura, appuyés contre le mur du bâtiment menant à l'ascenseur, un peu à côté de la porte. Impossible d'arriver derrière eux, et leurs deux champs de vision couvraient le reste de l'espace. Ladybug se posa à quelques mètres d'eux. Papillon se tourna aussitôt vers elle, un léger sourire sur le visage, mais redevint alerte.

- Où est Chat Noir ?

- Pas là. J'ai pas réussi à le convaincre.

Papillon ne la lâchait pas du regard mais Mayura continuait à scruter les alentours. L'absence totale de mouvement autour d'eux parut rassurer le Papillon qui reprit :

- Vous deux contre la levée de ce brouillard, c'était ma seule proposition.

- Qu'est-ce que ça change ? demanda Ladybug. On sait tous les deux que dès que tu m'auras, Chat Noir se précipitera pour venir me chercher. Ce chantage fonctionnera même mieux que celui avec le brouillard pour le faire venir. Et même s'il refuse toujours, je ne serai plus là pour libérer les akumas, il ne tiendra pas un combat de plus. Tu as gagné, tu m'as moi. Arrête ce gaz.

- Pas avant d'avoir eu ce que je veux. Si tu dis vrai, alors ce n'est plus qu'une question d'heures, pas vrai ? Les parisiens ne sont pas à ça près. Lâche ton yoyo.

Elle eut une seconde d'hésitation avant d'obtempérer et de poser son arme par terre. Papillon se rapprocha d'elle, la faisant reculer instinctivement, et elle sentit la barrière métallique et le vide dans son dos. Alors qu'il n'était plus qu'à deux mètres d'elle, Papillon ordonna :

- Maintenant.

Avant qu'elle n'ait pu comprendre ce qu'il voulait dire, l'Empoisonneur se matérialisa à côté d'eux et pulvérisa du gaz à pleine puissance vers elle. Elle tenta de retenir sa respiration mais ne résista que trois secondes avant qu'une violente quinte de toux ne la fasse tomber à genoux. Le gaz lui brûlait les poumons, elle était incapable de reprendre son souffle sans s'intoxiquer encore plus. Les yeux fermés pendant qu'elle tentait de respirer, elle sentit à peine une poigne la retenir par le col de son costume au moment où elle sombra dans l'inconscience.


Elle prit une longue inspiration et cela lui parut être la sensation la plus agréable au monde. Son corps était lourd et elle n'avait pas envie d'ouvrir les yeux. Elle aurait presque voulu se rendormir si la sensation de métal froid autour de ses poignets coincés dans son dos ne rendait pas sa position trop inconfortable.

- … Ne devrait pas tarder à se réveiller. Des nouvelles de Chat Noir ?

- Aucune. Il y a des chances qu'il ne se soit pas transformé depuis hier soir. Peut-être qu'un message comme celui leur demandant de se rendre…

- J'aviserai si nous n'avons pas de nouvelles ce midi.

Ladybug garda les yeux fermés, écoutant la conversation tout en prenant lentement de longues inspirations d'un air délicieusement pur. Quelques secondes de silence tombèrent entre Papillon et Mayura. En tendant l'oreille, elle pouvait deviner qu'au moins l'un d'eux marchait à pas de loup sans qu'elle ne puisse déterminer sa posi… Elle lâcha un hurlement de douleur quand un coup de pied la frappa à pleine force sous les côtes. Elle avait ouvert les yeux sous le choc. Papillon se tenait debout face à elle. Elle était dans son repaire, celui aperçu depuis sa vidéo, avec des papillons blancs volant dans toute la pièce. Elle avait été allongée contre un mur, ses poignets et ses chevilles enchaînés au mur. Elle s'efforça de s'asseoir tout en grimaçant de douleur pendant que Papillon lançait :

- Tu sais que ça s'entend, quelqu'un qui est trop heureux de respirer normalement après tout ce temps ?

Elle ne répondit rien et s'efforça de retrouver son souffle. Un coup d'œil sur ses jambes lui confirma qu'elle était toujours transformée, Papillon ne lui avait pas pris ses boucles d'oreilles – pas encore.

- Cela fait plusieurs heures que j'ai envoyé une photo de toi enchaînée à Chat Noir. Une explication sur le fait qu'il n'est pas encore là ?

- Il ne s'est pas transformé et n'a pas eu le message, répondit-elle aussitôt. Attends 20 heures. C'est vers cette heure-là qu'on se transforme souvent pour nous appeler. Il va venir.

Papillon sembla réfléchir à ce qu'elle venait de dire. C'était un mensonge, ils s'appelaient régulièrement vers midi. Elle avait juste grapillé quelques heures de délai mais, avant qu'elle n'ait fini de se demander à quel point Papillon pouvait deviner qu'elle mentait, celui-ci reprit :

- J'espère pour toi que tu dis vrai. S'il n'est pas là ce soir, je devrais recourir à une autre vidéo publique pour le convaincre, et je te jure que n'importe qui tenant à toi voudra accourir aussitôt en voyant le traitement que je te réserverai dessus.

Ladybug s'efforça de ne pas déglutir. Au moins, elle avait son explication pour la raison pour laquelle elle était encore transformée. Papillon avait besoin de Ladybug pour appâter Chat Noir, pas de Marinette.

- D'ici là, reprit Papillon, profite de l'air pur, il n'y a qu'ici qu'il y en a dans Paris.

Papillon revint vers le milieu de la pièce et Ladybug lança :

- Tu as eu la moitié de ce que tu voulais et tu es sur le point d'avoir l'autre. Je peux te demander une faveur ?

- Essaie toujours.

Elle désigna d'un mouvement de tête ses bras coincés dans son dos.

- Je me suis fait mal à l'épaule en portant Chat Noir lors de notre dernier combat contre l'Empoisonneur et…

- N'espère même pas que je te détache, coupa Papillon.

- Attache-moi juste les mains devant moi ? proposa-t-elle. Je serai enchaînée tout pareil, ça me tordra juste moins les bras. Qu'est-ce que ça changera, honnêtement ?

Il parut considérer sa proposition pendant quelques secondes avant de se rapprocher à nouveau d'elle et d'enfoncer l'embout de sa canne dans son cou, la gênant pour respirer. Elle grimaça de douleur pendant que Papillon reprenait :

- N'essaie même pas de tenter quoi que ce soit, ce serait de la pure stupidité.

Il maintint sa canne contre son cou pendant que Mayura lui détachait les mains pour les rattacher aussitôt devant elle. Papillon libéra la pression sur sa gorge et Mayura et lui rejoignirent le centre de la pièce, où une plateforme s'ouvrit sous leurs pieds pour leur permettre de quitter la pièce en s'enfonçant dans le sol. Quelques secondes plus tard, la plateforme remonta, vide, la laissant seule. Ses yeux se levèrent vers le grand cercle de métal face à elle, qui semblait pouvoir s'ouvrir vers la seule sortie extérieure de la pièce. Au-dessus, un mécanisme ressemblant à un climatiseur servait probablement à purifier l'air venant de l'extérieur. Elle avait vu juste. Sur la vidéo qui leur ordonnait de se rendre, Papillon était à l'intérieur mais ne souffrait d'aucun symptôme du gaz, aucune toux, aucune brume aussi légère soit-elle. Quel que soit ce gaz, Papillon savait comment le purifier et cette réponse ne pouvait se trouver qu'ici. Elle baissa les yeux sur les chaînes qui la retenaient et observa le mécanisme de fermeture. Chat Noir et elle s'étaient régulièrement entraînés à se défaire de tous les liens et toutes les chaînes possibles et imaginables, au cas où ils se retrouveraient justement dans une telle situation. Elle aurait probablement réussi à s'en défaire avec les mains dans le dos – ça aurait juste été beaucoup plus lent. En se penchant, elle parvint à saisir une longue épingle coincée dans ses cheveux et elle l'inséra dans la serrure des chaînes. Elle ne se débattit que quelques secondes avant d'entendre un cliquetis satisfaisant. Elle renouvela l'opération sur ses chevilles et, une fois libérée, elle se glissa sous le boitier au-dessus de l'ouverture en métal. Elle n'avait plus de yoyo depuis que Papillon l'avait obligée à le lâcher sur la Tour Eiffel, mais elle parvint à escalader rapidement la cloison et tenir en équilibre au-dessus du boitier qu'elle ouvrit. Beaucoup de tuyaux, un ronronnement presque indétectable qui aspirait l'air à l'extérieur et le rejetait à l'intérieur. Et, à l'extrémité des tuyaux d'où provenait le ronronnement, une cuve d'eau. Elle observa longuement le mécanisme. Il y avait forcément une autre explication, plus technique… Mais pourtant, plus elle y réfléchissait et moins elle voyait ce qu'il pouvait y avoir à expliquer. L'air extérieur était aspiré, mis en contact de l'eau dans ces tuyaux et rejeté dans la pièce. Purifié. Totalement respirable. Le peu de connaissances qu'elle avait acquis en chimie en trois ans de collège lui laissait supposer que c'était possible en fonction de la composition du gaz – il y avait de l'oxygène dans l'eau, une réaction pour obtenir un air respirable était censée être plausible. Et, maintenant qu'elle y réfléchissait, c'était l'hypothèse la plus prudente pour Papillon, il n'aurait pas laissé un akumatisé diffuser un gaz contre lequel lui-même ne pouvait rien. Mais un gaz qui perdait tout pouvoir toxique au contact d'une substance aussi banale… Il n'avait pas plu sur Paris durant ces trois derniers jours, est-ce qu'une simple pluie aurait fait disparaître le problème ?

Son regard se reposa sur la fermeture de métal. A présent qu'elle avait une piste sérieuse, il lui restait à sortir d'ici. Papillon avait dû tout miser sur les chaînes avec lesquelles il l'avait attachée, il n'avait pas dû protéger le mécanisme plus que d'habitude. Celui-ci devait forcément pouvoir être ouvert facilement, restait à trouver ce moyen avant que Papillon ne revienne. Elle fit plusieurs fois le tour de la pièce à la recherche d'un interrupteur ou quelque chose y ressemblant sans rien trouver. En inspectant le mur, son regard se posa sur les chaînes qu'elle avait détachées grâce à une épingle à cheveux. Est-ce que… La plupart de ces systèmes de fermeture électrique possèdent une sécurité, un mécanisme qui provoque leur réouverture si quoi que ce soit est susceptible de se coincer à l'intérieur. Elle pouvait toujours essayer. Elle revint vers le cercle de métal et trouva rapidement les jointures au centre, là où les différents morceaux de la structure se rejoignaient pour le fermer hermétiquement. Elle retira l'épingle de ses cheveux et tenta de la glisser au travers du mécanisme. A certains endroits, elle ne passait même pas. A d'autres, elle passait sans résultat. Alors qu'elle s'acharnait à la faire bouger dans l'un des interstices, elle finit par se résigner à l'idée que cela ne marcherait pas. Elle retira l'épingle qui se coinça dans le cercle de métal. Tirant plus fortement, elle finit par l'arracher dans un grand cliquetis qui la fit reculer d'un bond pendant que le mécanisme s'activait et s'ouvrait.

Elle avait cligné des yeux plusieurs fois de stupéfaction en voyant l'orifice s'ouvrir mais, devant la brume jaunâtre qui envahissait la pièce, elle reprit ses esprits. Elle savourerait la chance qu'elle avait eue sur ce coup-là plus tard. Elle monta sur le bord de la fenêtre en retenant sa respiration le plus possible et distingua vaguement la surface d'un toit à quelques mètres. Sans son yoyo, elle ne pourrait que se fier à sa capacité à sauter. Et sans traîner pour ne pas être asphyxiée, en se repérant suffisamment pour retrouver son chemin. Elle sauta et retomba sur le toit qu'elle avait repéré. Elle se retourna vers le repaire de Papillon, qu'elle ne distinguait déjà presque plus, c'était à peine si elle distinguait une grande bâtisse. Étouffant un grognement à l'idée qu'elle ne retrouverait jamais cet endroit rendu invisible par le gaz, et se détourna de l'endroit et continua à courir et sauter droit devant elle, visant à chaque fois le toit le plus proche qu'elle parvenait à distinguer. Au bout d'un moment qui lui parut interminable, le brouillard perdit en intensité et elle distingua une immense structure métallique devant elle. La Tour Eiffel, d'où l'Empoisonneur projetait son gaz mais qui était elle-même la seule zone de Paris où il était possible de se trouver sans s'intoxiquer. Elle courut aussi vite qu'elle put pour la rejoindre et se glissa sous la structure, demeurant invisible pour l'Empoisonneur mais s'autorisant à prendre une longue inspiration pour la première fois depuis qu'elle était partie de la cachette de Papillon. Ses poumons se vidèrent du gaz qu'elle avait pu inhaler dans une quinte de toux et, quand elle reprit enfin une respiration normale, elle garda les yeux fermés quelques instants. Autour d'elle, Paris restait enveloppé dans une brume quasi-opaque. Elle arriverait bien à se repérer pour rentrer chez elle, mais elle devrait replonger dans ce brouillard - et cela ne résoudrait pas le problème à long terme. D'une façon ou d'une autre, il fallait qu'elle en finisse, maintenant. Au moins, à présent, elle pensait connaître le point faible du géant de gaz qui empoisonnait Paris plusieurs dizaines de mètres au-dessus de sa tête.

- Dois-je en conclure que tu en as eu marre de jouer les souris qui se jettent dans la gueule du chat ?

Elle avait sursauté en entendant une voix devant elle. Le regard de Chat Noir était tremblant, comme s'il hésitait entre être soulagé ou en colère.

- J'étais confiante sur le fait que je parviendrais à m'en sortir. Je t'avais dit de ne pas t'inquiéter.

- Tu m'as dit que tu allais te rendre pour tenter d'en savoir plus sur la façon dont il protégeait sa propre planque et quand je suis arrivé à la Tour Eiffel, à l'exception de ce taré d'Empoisonneur il n'y avait rien d'autre que ton yoyo sur le sol du troisième étage. Comment voulais-tu que je ne m'inquiète pas ?

Elle devait reconnaître que la sensation de l'avoir déçu était beaucoup plus désagréable qu'elle ne l'imaginait. Elle se redressa et se rapprocha de lui.

- Pardonne-moi Chaton. C'était le seul moyen, il fallait que je tente quelque chose…

- Et s'il t'avait pris ton Miraculous ? s'écria-t-il. S'il t'avait fait du mal publiquement pour m'obliger à me rendre moi aussi ? A quel moment tu t'es dis que c'était un risque à prendre ?!

Sa voix était aussi inquiète que furieuse et, d'un geste, il l'attira contre lui, comme pour se persuader qu'elle était bien face à lui et saine et sauve. Elle lui rendit son étreinte en répétant :

- Désolée. Je suis désolée Chaton…

- Ne me refais plus jamais ça, souffla-t-il d'un ton exaspéré mais désormais dépourvu de colère.

- Je te le promets.

Ils restèrent blottis l'un contre l'autre pendant de longues minutes, jusqu'à ce que Ladybug sente le corps de Chat Noir se relâcher complètement. Celui-ci ronronna légèrement, la gardant contre lui encore quelques secondes avant de la relâcher.

- Du coup ? Ça t'a permis d'en apprendre un peu plus ou on n'a pas d'autres idées que de dire à tout Paris de se réunir sous cette Tour Eiffel qui est devenu le seul endroit respirable ?

- Je n'en suis pas sûre… Mais j'ai bien l'impression que le gaz disparaît au contact de l'eau, qu'il réagit ou s'évapore, je ne sais pas, mais en tout cas que l'eau rend l'air respirable. Et cet Empoisonneur, qui paraît géant mais entièrement gazeux… Tu crois que ce serait possible qu'il ait gardé sa taille physique normale mais est tout simplement enveloppé de gaz ? Qu'en parvenant à faire disparaître cette enveloppe, il redevienne bien solide – et donc bien libérable ?

- Ça se tente. Et il n'y a qu'un seul moyen d'en être sûrs. Tu essaies ?

Il lui tendit son yoyo et le regard de Ladybug s'éclaira.

- Merci. De me l'avoir récupéré.

- Je me suis dit que tu en aurais besoin quand tu serais sortie de ses griffes, répondit simplement Chat Noir.

- Tu as eu raison. Lucky Charm !

Un grand pulvérisateur, de la taille de son dos et équipé de lanières pour l'accrocher à ses épaules, retomba devant elle. La bombonne était vide mais semblait capable de contenir plusieurs litres de liquide.

- J'ai rarement vu ton Lucky Charm être aussi explicite, avoua Chat Noir. Lui non plus ne doit pas tenir à ce que tu réessaies un plan aussi kamikaze.

- Après avoir galéré pendant autant de temps, un peu de simplicité n'est pas de refus, reconnut-elle. On devrait atteindre les fontaines du Trocadéro sans trop avoir à s'enfoncer dans le gaz.

- Alors allons-y !

Ladybug attacha le pulvérisateur sur son dos et ils s'élancèrent en courant. Ils entendirent l'Empoisonneur avant de sentir le gaz qui s'intensifiait autour d'eux.

- Couvre-toi le nez ! cria Ladybug. Il peut t'endormir en quelques secondes !

A ses côtés, Chat Noir toussait déjà mais s'obligeait à courir.

- On va… Kof ! On va tester ton idée plus vite que prévu ! Kof kof…

Son partenaire tomba à genoux, secoué par la quinte de toux sans être capable de se relever pendant que l'Empoisonneur se rapprochait de plus en plus.

- Fonce ! ordonna-t-il.

- Pas question ! Accroche-toi !

Ladybug le souleva et recommença à courir en le portant, beaucoup moins vite. Le gaz s'intensifiait et elle-même commençait à avoir la tête qui tournait. Elle s'effondra plus qu'elle ne sauta dans la fontaine. Elle lâcha précautionneusement Chat Noir qui avait plongé sa tête dans l'eau avec le même soulagement qu'elle. Et, dès cet instant, ils surent qu'elle avait eu raison. Ils étaient toujours entourés du même gaz toxique mais, à la surface de l'eau, l'air redevenait respirable.

- Ma Lady, permets-moi de te dire que tu es complètement cinglée !

- Il faut bien ça pour rivaliser avec le mec qui essaie d'empoisonner tout Paris ! protesta-t-elle.

Elle défit la bombonne de son dos et l'ouvrit pour la remplir. Une fois pleine, elle la refixa solidement et testa le pulvérisateur qui envoya un jet d'eau à plus d'un mètre dans la direction qu'elle visait. A côté d'elle, Chat Noir faisait la planche dans la fontaine.

- Chaton, tu as fini de barbotter ?

- Mais on est bien là !

- Je te paye une sortie à la piscine dès que tout est rentré dans l'ordre !

Ses boucles d'oreilles sonnèrent une fois et elle continua :

- Soit dans moins de quatre minutes ! On y va ?

Chat Noir se redressa et acquiesça.

- On y va.

Ils ressortirent de la fontaine et firent face à l'Empoisonneur qui projeta un nuage toxique vers eux. Ladybug répliqua avec un jet d'eau et le gaz s'évapora avant de les avoir atteints. Ils s'élancèrent vers lui et, lorsque le jet d'eau le frappa, toute son enveloppe gazeuse se dissipa, laissant apparaître le corps d'un humain de leur corpulence au centre.

- Bien vu ! s'écria Chat Noir. Vas y ma Lady, mets de l'eau dans le gaz !

L'Empoisonneur tenta de répliquer en projetant des nuages de gaz partout autour de lui, cherchant à les atteindre mais Ladybug déversa tout le pulvérisateur sur lui. Au moment où, au milieu de l'apparence gazeuse sous laquelle ils le connaissaient, ils aperçurent à nouveau la personne akumatisée qui portait elle-même un pulvérisateur sur le dos, Chat Noir se jeta sur lui.

- Cataclysme !

Sa main s'écrasa contre la bombonne et un akuma en sortit, aussitôt intercepté par Ladybug.

- Je t'ai eu ! Bye bye petit papillon !

L'homme devant eux tomba à genoux, désorienté et cherchant à identifier l'endroit où il se trouvait. Ladybug savait qu'elle devrait aller lui parler, le réconforter, lui dire que personne ne lui en voulait. Elle n'en trouva pas la force. Elle s'effondra également à genoux et mobilisa le peu d'énergie qu'il lui restait pour lancer son yoyo.

- Miraculous Ladybug.

Elle avait eu peur de ne pas avoir réussi à le prononcer assez fort mais les coccinelles s'activèrent autour d'elle pour rendre Paris visible – et respirable. Chat Noir la rejoignit et se laissa tomber à côté d'elle.

- Ca va aller ma Lady ?

- Maintenant oui. Je... J'ai juste l'impression d'avoir passé les trois derniers jours à combattre.

- C'est le cas. C'est normal que la pression retombe maintenant.

Ses boucles d'oreilles sonnèrent à nouveau. De nombreux parisiens les rejoignaient pour les féliciter ou les applaudir. Ladybug savait qu'elle aurait dû s'enfuir, filer avant d'être détransformée au milieu de la foule. Elle parvint à peine à se relever.

- Dis-moi où te déposer, souffla Chat Noir.

- Tu n'es pas… Ce monsieur a besoin d'aide et…

- Et il y a déjà trois personnes qui s'inquiètent de comment lui il va et qui lui assurent que le responsable c'est Papillon, pas lui. Tu as failli tout perdre pour nous sauver dans ce combat. Accepte l'idée que maintenant c'est toi qui a besoin de soutien.

Elle resta dubitative quelques secondes avant d'acquiescer d'un léger hochement de tête.

- Tu pourrais juste m'emmener jusqu'à Notre-Dame ?

- Avec plaisir ma Lady. Les frais de taxi vous sont offerts !

Pendant que sa tête s'enfouissait contre l'épaule de Chat Noir qui la prenait dans ses bras, tout devint à nouveau flou autour d'elle. Pas à cause d'un gaz, juste de l'épuisement et de la retombée d'adrénaline. Plus tard, elle s'effondrerait dans son canapé, elle écouterait les informations relatant qu'aucune victime n'était à déplorer de cet empoisonnement collectif. Que les responsables des espaces verts qui avaient obligé l'un de leurs agents à pulvériser un produit toxique dans les parcs, provoquant son akumatisation et sa volonté de tous les empoisonner, en tireraient des conséquences. Que ce combat avait été le plus long et le plus difficile mais qu'ils l'avaient effectivement gagné. Plus tard. Pour l'instant, elle voulait juste profiter de la proximité de son partenaire en espérant secrètement que le moment où il la reposerait n'arriverait jamais.


Bon, ce texte avait beaucoup trop de potentiel pour le temps que j'ai eu à y consacrer, donc je me suis possiblement balancé une ou deux ou dix règles de chimie par-dessus l'épaule.

Tout le mérite du titre et de la moitié du scénario revient à Milou !

J'espère que ça vous a plu, n'oubliez pas que seules les reviews permettent de savoir ce que vous en avez pensé !