Bonjour !

Je m'excuse pour ce retard, je n'ai pas eu le temps de retravailler mon chapitre la semaine dernière (et non, ce n'est pas parce que j'ai lu Isolation de Bex-Chan d'une traite) (bon, si, c'est l'une des raisons. Du coup, je suis désolée, mais en même temps, je n'ai aucun regret parce que c'était absolument incroyable. Elle mérite chacune de ses 17 000 reviews. Mais j'imagine que je ne vous apprends rien, son histoire a quand même dix ans.)

Après deux jours de peaufinage intensif, le voilà ! Je ne sais pas si cela suffira à me faire pardonner, mais sachez que ce chapitre fait près de 8000 mots. Je me suis clairement emballée, mais je n'avais pas le coeur de le couper en deux.

Allez, bonne lecture :)


Rar :

Kate : Merci pour ta review :) Je ne ferai plus ce genre de blague, promis !

Elena : Que d'enthousiasme ! Merciiiiiiiiii avec tout autant de "i" :)


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Chapitre 13 - Hermione

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Lundi 8 février 2006 - Poudlard

Le sifflement de la bouilloire déchira le silence planant dans le salon d'Hermione. Celle-ci releva la tête de son livre et quitta le fauteuil dans lequel elle était assise. Son premier cours ne commençant qu'à dix heures, elle pouvait prendre son temps en ce lundi matin.

Hermione attrapa la bouilloire et versa un filet d'eau chaude dans une théière avant d'y glisser un sachet de thé blanc au jasmin. Elle continuait d'utiliser la méthode moldue, non pas par habitude, mais parce que pour une raison qui lui échappait, le thé était meilleur. Peut-être que cela avait un lien avec l'attente. Cette attente qui, aux yeux de la jeune femme, rendait toujours tout plus désirable.

Sentant un courant d'air froid lui caresser la peau, elle laissa son thé infuser et s'empara de sa baguette posée sur la table basse. D'un simple geste, elle raviva les braises mourantes de sa cheminée. Tout en la reposant, ses yeux s'arrêtèrent sur le fauteuil qu'elle venait de quitter. Hermione savait que lorsque cela arrivait, il fallait qu'elle détourne absolument le regard, qu'elle fixe n'importe quel autre point de son appartement. Elle le savait. Seulement, parfois, elle ne pouvait s'y résoudre. Sa volonté propre ne suffisant pas toujours à lutter contre cette envie insensée et irrépressible de le voir apparaître. Alors, certains jours, comme aujourd'hui, Hermione cédait.

Elle continua de fixer le fauteuil, le défiant de lui dévoiler une nouvelle fois ce qu'il renfermait. Et après un instant, une silhouette familière se dessina sur l'assise.

A mesure qu'Hermione détailla le contour de ce corps absent et pourtant si réel, son coeur se resserra, tout comme les murs autour d'elle. Elle observa avec attention cette chevelure blonde que ses propres doigts avaient un jour parcourue et dont elle pouvait encore sentir les mèches glisser entre ses phalanges. Elle remarqua cette bouche courbée en un demi-sourire, un sourire qui était apparu dès lors qu'il s'était penché vers le canapé à ses côtés. Elle se plongea dans ces deux iris argentées, dirigées vers la place qu'elle avait elle-même occupée lorsque cette silhouette était plus qu'un mirage, lorsqu'elle ne pensait alors qu'à éviter son regard.

Hermione ferma finalement les yeux, espérant reprendre le contrôle de son esprit. Plusieurs fois, elle avait eu envie de se débarrasser de ce fauteuil. Elle en avait eu envie ; elle ne l'avait jamais fait.

Lorsque cette sensation lui étreignant le coeur et lui écrasant la poitrine se dissipa, Hermione releva les paupières pour ne découvrir qu'un fauteuil vide, ce qu'elle trouvait à chaque fois plus douloureux encore que l'apparition en elle-même.

Se détournant de celui-ci, elle attrapa le plaid recouvrant son canapé et s'enroula dedans. Malgré la chaleur émanant des flammes qui dansaient dans l'âtre, elle sentait toujours le froid extérieur s'engouffrer à travers les vieilles fenêtres du château. Elle se dirigea vers celles-ci et observa un instant le paysage extérieur. Dans la nuit, il s'était mis à neiger. Le lac avait gelé par endroits et au loin, complètement ensevelies, les tribunes du terrain de Quidditch se confondaient avec les collines environnantes.

Collant son front contre la vitre froide, Hermione regarda tomber les flocons. Et comme à chaque fois qu'il neigeait, elle eut une pensée pour la glycine.

Elle devait être absolument superbe. Aussi superbe que dans ses souvenirs.


- Samedi 13 février 1999 -

Samedi.

Deux jours avant qu'Hermione ne soit forcée de réessayer et par conséquent, deux jours avant qu'elle n'échoue. Une fois encore.

A la table du renfoncement, la Gryffondor tentait tant bien que mal de se concentrer sur son livre. Elle avait beau lire et relire tous les conseils de celui-ci, elle n'y arrivait toujours pas. Elle n'y arriverait jamais. Hermione avait compris qu'elle ne serait jamais une bonne Occlumens, alors par Merlin, pourquoi est-ce que Littletree s'acharnait comme ça ? Pourquoi est-ce qu'elle s'acharnait comme ça ?

« Granger, arrête de souffler, mon parchemin va finir par s'envoler. »

A ses côtés, Drago était plongé dans une traduction de runes qu'ils avaient à rendre pour la semaine suivante. Une traduction sur laquelle Hermione aurait dû également être en train de travailler, si seulement elle n'avait pas décidé de relire ce livre pour la quatrième fois. Excédée, la Gryffondor le referma d'un geste sec, forçant le Serpentard à relever la tête de son parchemin.

« Je peux savoir ce qui t'arrive ? »

Drago posa sur elle ses deux prunelles inquisitrices. Ce regard, c'était celui qu'il lui lançait à chaque fois qu'elle tentait vainement de garder quelque chose pour elle. Encore une fois, c'était perdu d'avance.

« Rien du tout, répondit-elle tout de même d'un ton qu'elle espérait convaincant. Concentre-toi. »

Hermione prit son sac afin d'y ranger ce livre qui, comme tous ceux lus avant celui-ci, ne lui serait d'aucune aide. Drago fut plus rapide et l'attrapa avant elle. « Me concentrer ? Tes soupirs rendent ça plutôt difficile... » Il parcourut la couverture avant d'esquisser un demi-sourire. « Ah, tout s'explique. Guide pratique d'Occlumancie : 15 conseils infaillibles, par Sloan Griffits. Infaillibles ? On va voir ça. »

La Gryffondor le regarda tourner distraitement les pages, s'arrêtant parfois afin d'en lire quelques lignes. Il ne fallut pas plus que ça, seulement quelques pages, quelques lignes, avant qu'Hermione ne comprenne que le Serpentard ne partageait en rien les conseils de l'auteur.

Drago lui l'avait dit, il avait été élevé dans la crainte de laisser entrevoir ce qu'il pouvait ressentir ou penser, ne s'autorisant finalement que haine et malveillance. A l'époque, Hermione trouvait que lorsque le visage de son ennemi n'était pas animé par ces habituels sentiments d'animosité, ses traits étaient particulièrement inexpressifs. Elle savait maintenant que le flegme imperturbable qu'il revêtait était un moyen de se protéger des autres.

Ce visage calme et froid, elle l'avait longuement étudié ces derniers mois, et finalement, elle avait pris conscience qu'il ne l'était pas tant que ça. Le Serpentard était beaucoup plus transparent qu'elle ne le pensait. Hermione avait appris à détecter ces petites choses qui lui échappaient avant. Tous ces petits riens qu'elle n'avait pas été apte à remarquer car incapable de passer outre l'aversion qu'elle ressentait à son égard.

Mais son regard sur Drago avait changé. Maintenant, elle pouvait remarquer qu'il pinçait les lèvres de façon quasi-imperceptible à chaque fois qu'il tournait une page. Ce fut ce faible pincement, ce petit rien, qui indiqua à la Gryffondor que sans conteste, il désapprouvait ce qu'il était en train de lire.

Et lorsqu'il haussa très légèrement les sourcils après avoir lu ce qui devait être pour lui une aberration absolument impardonnable, Hermione ne put se retenir de sourire.

« Tu n'apprendras rien dans ce livre, ce n'est qu'un ramassis de conneries. » Le refermant, il le fit glisser de l'autre côté de la table. « Et je pèse mes mots. »

La Gryffondor regarda l'ouvrage dont la course s'était arrêtée à l'extrémité de la table. A moitié dans le vide, il semblait prêt à tomber. Hermione étouffa un râle de mécontentement avant de se pencher au-dessus de la table pour le récupérer. La voyant faire, Drago leva les yeux au ciel. « Granger, que tu le crois ou non, tout ne s'apprend pas dans les bouquins. Surtout pas l'Occlumancie. »

Préférant ignorer les inepties de son voisin, Hermione glissa le livre dans son sac. Elle avait tout appris grâce à la lecture, pourquoi est-ce que cette discipline serait une exception ? Elle n'avait simplement pas encore trouvé le bon livre.

« En attendant, on a une nouvelle séance pratique lundi, je n'ai pas vraiment d'autres solutions. » A l'évocation de ce futur échec plus que certain, la voix d'Hermione se brisa et ses prochains mots ne furent que murmurés. « Et si elle ressemble un tant soit peu aux dernières… »

Entre la première séance pratique d'Occlumancie et les suivantes, il n'y avait eu aucune amélioration. Hermione restait incapable de bloquer ses pensées, incapable de contrer la Légilimancie de son professeur.

« C'est la première fois que tu ne réussis pas quelque chose dès le premier essai ? »

Hermione releva la tête vers le Serpentard, prête à répliquer avec véhémence avant de réaliser qu'il venait de mettre le doigt sur la raison pour laquelle elle continuait de s'acharner.

« … Oui, je crois, avoua-t-elle après un instant. Et ça me rend dingue, parce que je suis certaine de faire exactement tout ce qu'il faut.

— Si tu suis ce bouquin, je peux t'assurer que non.

— Je rêve ou est-ce que le plus grand Occlumens que Poudlard n'ait jamais porté aurait des conseils à me donner ? » ironisa-t-elle.

Drago laissa échapper un rire. « Tu sais, j'ai aussi quelques bases en Légilimancie. » Hermione soupira tout en levant les yeux au ciel. « Ce que je veux dire, ajouta-t-il en retrouvant son sérieux, c 'est que si tu as besoin, je peux faire plus que te donner des conseils. Je peux t'aider.

— M'aider ? répéta la brune d'un air surpris. M'aider à me vider l'esprit ? Et comment ? En essayant d'y entrer ?

— Entre autre, oui. Granger, ce qu'il te faut, c'est de la pratique… » Le regard de Drago se perdit au travers des étagères de la bibliothèque et il commença à penser à voix haute. « Il va nous falloir un endroit calme où on ne risque pas d'être dérangés. Les salles communes sont donc exclues. On ne peut pas non plus rester ici, Mme Pince est à bout, elle risquerait de nous jeter un sort. »

Le regard soudainement déterminé, le Serpentard rangea ses affaires et se leva.

« J'ai une idée, suis-moi.

— Je ne t'ai pas dit que j'étais d'accord ! gronda Hermione. Et puis, maintenant ? Et le devoir de runes ?

— Allez Granger, il est à peine 15h, on aura le temps de le faire plus tard. Littletree nous a demandé de nous entraîner, alors c'est ce qu'on va faire. Suis-moi. »

Sur ces derniers mots, le Serpentard se détourna d'elle et commença à s'éloigner d'un pas rapide et décidé. Sa curiosité prenant le pas sur son inquiétude, Hermione attrapa son sac et courut dans les allées de la bibliothèque afin de le rattraper, ce qui lui valut un énième regard réprobateur de la part de Mme Pince. Ces dernières semaines, la Gryffondor avait cessé de les compter.

N'ayant aucune idée de l'endroit où ils allaient, Hermione passa en revue tous les lieux possibles du château. Elle pensa rapidement à la Salle-sur-Demande, celle-ci cochant tous les critères. Ainsi, lorsqu'ils dépassèrent le couloir où la salle se trouvait, elle ne put s'empêcher d'interroger le Serpentard.

« Mais on va où comme ça ? Dehors ? » Le jeune homme fonçait en effet droit vers la Grande Porte. « Drago, il a neigé toute la nuit, on ne va quand même pas dehors ?

— Si. Mais moi non plus je ne vais pas te laisser mourir de froid. » sourit-il, évoquant cette bulle de chaleur partagée lors du Nouvel-An.

Drago ouvrit la Grande Porte, dévoilant un paysage d'une blancheur déconcertante. Ils s'avancèrent sur le perron et Hermione sentit le froid s'engouffrer sous sa robe, la faisant violemment frissonner. Le Serpentard s'en rendit compte et reprit rapidement sa course. Ils contournèrent le lac et se dirigèrent vers la forêt interdite qu'ils longèrent sans jamais y pénétrer. Hermione n'était jamais allée dans cette direction. Ces dernières années, elle avait plutôt eu tendance à s'aventurer à l'intérieur de la forêt. Bien trop de fois à son goût.

Elle sut qu'ils étaient arrivés avant même que Drago ne s'arrête. Devant eux, se dressait un immense arbre à glycine d'une beauté irréelle. Ses fleurs violettes étaient partiellement recouvertes de neige. Le Serpentard dut deviner ce que pensait Hermione car il lui souffla, penché près de son oreille : « Un charme l'empêche de perdre ses fleurs. A chaque chute, une nouvelle apparait immédiatement. Il est comme ça toute l'année. »

Sans un mot, Hermione s'avança sous les branches de l'arbre. Une multitude de grappes fleuries pleuvait tout autour d'elle, le vent les faisant parfois onduler.

« C'est absolument magnifique. Comment l'as-tu trouvé ? » Hermione passa ses doigts dans les grappes, faisant tomber quelques pétales. Immédiatement, des bourgeons apparurent et se déployèrent en de nouvelles fleurs, intactes et d'un violet éclatant.

« Je l'ai découvert en 6ème année. Un jour où je voulais marcher et ne jamais m'arrêter. Si je n'étais pas tombé sur cet arbre, je pense que je marcherais encore... »

Il s'approcha, se glissant à travers les branches. Hermione se retourna pour lui faire face et remarqua que dans ses cheveux blonds, s'étaient logés quelques pétales de fleurs. Il passa près d'elle et se dirigea vers le tronc d'arbre. Tout en s'asseyant, il sortit sa baguette et fit signe à la jeune fille de le rejoindre. Une fois à ses côtés, elle sentit une douce chaleur l'envelopper.

Drago la fixa, un très léger sourire à la commissure des lèvres. Hermione ne parvenait pas à s'habituer à ce nouveau regard qu'il pouvait poser sur elle. Ce n'était plus celui qu'il avait pu avoir au début de leur scolarité, ce n'était pas non plus celui d'il y a quelques mois. Il n'était plus mauvais, il n'était plus vide. Ses prunelles grises renfermaient autre chose qu'Hermione n'avait pas encore réussi à déterminer.

« Arrête de penser, Granger. Je n'ai même pas encore commencé mais je le vois dans tes yeux, ça s'agite dans tous les sens. C'est une véritable usine.

— Tu y arrives toi ? A ne pas penser ? demanda-t-elle d'un air sérieux. Ça me parait absolument impossible.

— Quand il le faut. Mais pour être honnête… » Drago pointa l'une de ses tempes. « … Là aussi, c'est une usine. »

Ils restèrent un instant à se regarder et Hermione réalisa que la vision qu'elle avait eue lorsqu'il l'avait emmenée dans la Salle commune des Serpentards n'était plus une illusion. Ces dernières semaines, le visage de Drago semblait s'être apaisé. Petit à petit, le temps pansait ses plaies. Tout du moins, une partie de celles-ci, celles liées à la guerre. Hermione ne savait pas s'il pourrait un jour guérir des plaies plus profondes, celles plus insidieuses et qui le hantaient depuis l'enfance.

« Tu es prête ? »

Était-elle prête à le laisser entrer dans son esprit ? Non, pas vraiment, mais Hermione acquiesça tout de même.

« Ne t'inquiètes pas, je ne suis pas un aussi bon Légilimens qu'Occlumens. J'entre, mais je ne touche à rien… » Cette image arracha un sourire à Hermione. « Je ne vais pas te refaire toute la partie théorique du cours de Littletree, j'imagine que tu as scrupuleusement tout noté. » Cette remarque lui fit, par contre, lever les yeux au ciel. « La première technique est de vider ton esprit pour m'empêcher de percevoir tes émotions ou tes pensées. La deuxième, plus avancée, ce serait de t'en créer de fausses afin que je ne me doute de rien. On va rester sur la première. Pour commencer, les quinze conseils de ton bouquin, tu peux les oublier. Je ne t'en donnerai qu'un. Pense à ta respiration, ne la bloque surtout pas. Concentre-toi sur elle et seulement sur elle. Ça te permettra d'oublier tout le reste. Compris ? » Hermione acquiesça. « Installe-toi confortablement et ferme les yeux. »

Sans l'ombre d'une crainte, elle s'exécuta et se retrouva seule face à Drago Malefoy, face à celui qui avait été son bourreau dans ce qui semblait être une autre vie. Elle était là, complètement à sa merci, complètement vulnérable. Vulnérable, et pourtant, Hermione se sentait en confiance. Elle savait qu'il n'était plus celui qui en aurait profité pour l'humilier en lui lançant de la neige au visage.

« Ne me tente pas trop, Granger. L'idée de te voir recouverte de neige pourrait me plaire. Surtout que j'ai toujours une revanche à prendre.

— Malefoy ! » s'exclama-t-elle en rouvrant les yeux. Depuis quelques semaines, Hermione appelait le Serpentard par son prénom, trouvant ridicule de continuer à utiliser son patronyme, vestige de l'époque où elle l'exécrait. Seulement, lorsqu'il la taquinait ainsi, le Malefoy revenait, comme par habitude. « Tu entends ce que je pense ? Ou plutôt, tu vois ce que je pense ?

— C'est un mélange des deux qui n'en est pas vraiment un, à vrai dire. Allez, on reprend. Ne pense qu'à ta respiration, et à rien d'autre. Il n'y a que ta respiration, concentre-toi là-dessus. »

Penser à sa respiration. Inspirer, expirer. C'était ridicule. Inspirer, expirer. S'il y avait bien une chose à laquelle Hermione ne pensait jamais, c'était bien à ça. Inspirer, expirer. Avec tout ça, son devoir de runes n'était pas terminé. Inspirer, expirer. Ni même commencé, à vrai dire. Inspirer, expirer. Puisqu'elle avait préféré perdre son temps à relire ce Guide d'Occlumancie absolument inutile. Inspirer, expirer. Il allait donc falloir retourner à la bibliothèque. Inspirer, expirer.

Inspirer, expirer, inspirer, expirer, inspirer

Hermione sentit une main se poser sur son épaule. La jeune fille ouvrit les yeux et fut immédiatement aveuglée par la blancheur hivernale qui l'entourait. S'habituant peu à peu à la lumière, elle distingua Drago, debout à ses côtés. Elle attrapa la main qu'il lui tendait et d'un geste ferme, il l'aida à se relever. Elle se retrouva à quelques centimètres de lui et put apercevoir les fleurs de glycine toujours coincées dans ses cheveux. Presque instinctivement, elle leva la main pour déloger quelques pétales mais Drago fit brusquement un pas en arrière.

« Tu as des fleurs... se justifia la brune en pointant le haut de sa tête.

— Ah, merci, dit-il tout en ébouriffant brièvement sa chevelure. Ça faisait presque dix minutes que je ne sentais plus tes pensées.

— Vraiment ? On est resté comme ça aussi longtemps ?

— Une vingtaine de minutes en tout. Au début, je sentais chacune d'elles. Mais elles ont fini par s'atténuer. Et à la fin, plus rien. Je savais que tu en étais capable. La prochaine fois, tu pourras essayer de me cacher une seule chose en particulier. En faisant ainsi, c'est plus difficile pour un Légilimens de démasquer un Occlumens.

— La prochaine fois ? reprit-elle, étonnée.

— Oui. Sauf si tu ne veux pas réessayer.

— Si. J'ai trouvé ça reposant de vider mon esprit. On y va ? On a un d…

— Un devoir à terminer, je sais. Tu n'as fait que penser à ça. » soupira-t-il. L'espace d'un instant, Hermione crut déceler une once de déception dans sa voix.

Tandis qu'ils marchaient, l'un à côté de l'autre, la jeune fille se rendit compte que les pensées se bousculant habituellement dans son esprit s'étaient calmées. Débarrassée de ses inquiétudes pour la première fois depuis plusieurs mois, elle se sentait sereine. Reconnaissante, Hermione regarda Drago et songea qu'il devait être agréable de pouvoir fermer son esprit dès lors que des pensées indésirables y émergeaient. Et pourtant, la brune avait la certitude qu'il n'avait jamais utilisé l'Occlumancie pour lutter contre ses démons. Courageusement, il avait choisi de les affronter plutôt que de les étouffer.

« Comment as-tu appris l'Occlumancie ? » lui demanda-t-elle lorsqu'ils approchèrent du château.

Il tourna la tête vers la Gryffondor et Hermione observa les iris grises du Serpentard se voiler. Un autre petit rien qui lui fit immédiatement comprendre que cette histoire ne serait ni agréable à raconter, ni agréable à entendre.

« Ne relançons pas l'usine. Je t'en parlerai une prochaine fois, d'accord ? »

Hermione acquiesça et esquissa un sourire en apercevant les pétales, toujours coincés dans ses cheveux blonds. Cette fois, elle n'essaya pas de les retirer. Cette couleur lui allait bien.

« Merci, Drago, lui murmura-t-elle. Pour la leçon, et pour l'arbre. »

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Hermione quitta la table du renfoncement un peu plus tôt que d'habitude. Drago et elle n'étaient pas parvenus à terminer leur devoir de runes, seulement, il était bientôt 18h30, Eden et Ginny devaient déjà l'attendre dans la salle commune. Luna ne tarderait pas à les rejoindre et il fallait que tout soit prêt avant son arrivée.

« Bonsoir Maggie, sourit la Gryffondor en se postant devant le tableau.

— Bonsoir Hermione, répondit-elle tout en regardant par-dessus l'épaule de la brune. Oh, Drago n'est pas avec vous ? Je ne le vois pas. »

Le portrait ne prit même pas la peine de masquer sa déception. Sur le papier, le plan que Drago avait élaboré à ses quatorze ans paraissait ridicule. C'est ce qu'Hermione continuait de lui assurer à chaque fois qu'ils en parlaient. Mais lorsqu'elle voyait Maggie parler avec le Serpentard, la Gryffondor était réellement étonnée que celui-ci ne soit jamais parvenu à ses fins.

Hermione lui promit qu'elle le reverrait très vite et lui souffla le mot de passe avant de se glisser à l'intérieur.

« Ah, te voilà enfin ! s'exclama Ginny en l'apercevant. T'étais où ? »

Ses deux amies l'attendaient dans l'un des canapés du salon. Hermione ôta son écharpe et son manteau et se laissa tomber dans un fauteuil à proximité. Sur la table basse reposait la nourriture qu'elles avaient toutes les trois préparée le matin-même, ainsi qu'un énorme saladier contenant le cocktail qu'elles adoraient : élixir et jus de citrouille. Les préfets avaient accepté de fermer les yeux sur la petite fête qu'elles organisaient.

« J'étais à la bibliothèque. » répondit Hermione sur le ton de l'évidence, préférant éluder la leçon privée d'Occlumancie avec Drago. La rousse ne lui posait pas de questions sur le Serpentard et vis-à-vis de Ron, Hermione se gardait bien de lui en parler. Elle ne souhaitait pas entendre de nouveaux reproches venant de son petit-ami et elle ne se risquerait pas à en entendre de la bouche de l'une de ses meilleures amies.

« Ah oui, question idiote. Bon, tout est prêt, fit la rousse. Mais il nous manque une chose essentielle, la musique. Luna adore ta musique moldue mais je n'arrive pas à faire fonctionner ce truc que tu utilises tout le temps dans la salle-de-bain. Ça fait vingt minutes que je m'acharne dessus.

— Mon lecteur-CD ? Eden sait très bien comment il fonctionne, s'étonna Hermione. Elle ne t'a pas montré ?

— Quoi ? Et tu ne m'as rien dit ? rugit l'attrapeuse en se tournant vers une Eden absolument hilare.

Merlin… c'était… tellement… drôle ! réussit-elle à articuler. Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas hurler de rire avant. Tu l'aurais vue, Hermione ! Elle a appuyé quarante fois sur tous les boutons, sauf le bon. Pardon Ginny, je suis une très mauvaise personne, je le reconnais, dit-elle en enlaçant son amie.

— Une très mauvaise personne qui n'a absolument aucun regret, avoue ! Je te préviens ma vengeance sera terrible, lui souffla-t-elle à l'oreille. Oh mais justement, regarde qui voilà. »

Eden se redressa immédiatement, les yeux rivés en direction du dortoir des garçons. Hermione dût se retourner pour comprendre l'origine de son inquiétude. Léo Irving descendait les escaliers d'un pas nonchalant. Eden regarda Ginny, invoquant sa clémence en la suppliant du regard. La rousse lui attrapa la main avant de se pencher vers elle et de lui chuchoter de lui faire confiance.

« Salut, Léo ! Prêt pour l'entraînement de demain ? » lança l'attrapeuse.

Le jeune homme se rapprocha des trois amies. Cherchant à la rassurer, Ginny resserra un peu plus la main d'Eden.

« Plus que prêt. D'ailleurs il faudrait que l'on revoit deux trois choses concernant la Pince de Parkin que tu voulais tester lors du prochain match. » Léo s'assît sur l'accoudoir près d'Eden qui tentait tant bien que mal de garder son calme. « Je mettrais bien Perry et moi en encadrement du poursuiveur adverse et Savannah qui foncerait sur lui en piqué. T'en penses quoi ?

— Ça me paraît logique, dit Ginny. Et toi Eden, t'en penses quoi ? »

Les trois paires d'yeux se tournèrent vers Eden qui, sous sa peau noire, piquait assurément un fard.

« Euh, je… Je ne m'y connais pas trop… Je ne sais pas.

— Justement, parfois les meilleures idées viennent des outsiders. » lui dit Léo en se penchant légèrement vers elle. Apercevant la table basse, il ajouta : « On en reparlera demain Ginny, je ne vous dérange pas plus longtemps. Vous avez l'air d'avoir un truc de prévu. Bonne soirée les filles. »

Léo quitta l'accoudoir et avant de s'éloigner des trois Gryffondors, leur adressa un dernier sourire, s'attardant un peu plus sur Eden. Cette dernière lança un regard paniqué à ses deux amies avant de prendre une profonde inspiration et de serrer la main de Ginny avec une telle force que la rousse s'en mordit la langue.

« Tu veux boire un verre ? » lâcha-t-elle d'une voix rapide avant qu'il ne soit trop loin pour l'entendre.

Hermione et Ginny échangèrent un regard stupéfait, leurs yeux prêts à quitter leurs orbites. En se concentrant suffisamment, Hermione était sûre de pouvoir entendre le cœur d'Eden résonner dans sa poitrine. Il devait battre à en faire trembler les murs.

« Avec plaisir. » sourit Léo, s'approchant à nouveau du canapé.

Apercevant les mains tremblantes de son amie, Hermione décida qu'il était plus sage de servir ce verre à sa place. Discrètement, Ginny glissa sur le canapé pour qu'Eden permette à Léo de s'assoir à ses côtés. Et tandis qu'une conversation débutait entre les deux, Hermione leva discrètement son verre en direction de Ginny qui lui répondit d'un clin d'oeil.

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« Bon anniversaire, Luna ! » hurlèrent les trois amies lorsque la Serdaigle apparut dans la salle commune. Connaissant le mot de passe, celle-ci n'avait plus besoin qu'on vienne lui ouvrir. Elles étaient seules, les autres élèves s'étant rendus dans la Grande-Salle pour le dîner.

« La reine de la soirée est enfin parmi nous, s'exclama Hermione en allant enlacer Luna.

— Oh, merci les filles, s'émerveilla la blonde d'une voix douce. Je comprends mieux pourquoi ce midi, vous m'avez demandé quinze fois chacune de vous rejoindre ici avant d'aller dîner. »

La Serdaigle se débarrassa de ses affaires qu'elle posa sur un fauteuil. Elle tenait dans les mains une longue boîte emballée dans un papier blanc et décorée d'un ruban vert. En s'asseyant, elle la déposa sur l'accoudoir.

« Luna, qu'est-ce que c'est ? » demanda Ginny d'une voix traînante.

Le regard de la blonde parcourut le paquet et un léger sourire rêveur s'empara de son visage.

« Je ne sais pas. Je ne l'ai pas encore ouvert, répondit-elle simplement.

— Tu ne sais pas de qui ça vient ? s'étonna l'attrapeuse.

— Ce n'est pas ce que tu m'as demandé, fit Luna d'un ton innocent.

— Tu sais qu'en répondant toujours à côté, tu ne vas qu'attiser davantage sa curiosité ? » sourit Hermione.

Luna acquiesça, visiblement prête à prendre le risque. Elle joua un instant avec l'une des boucles formées par le ruban émeraude, la faisant glisser entre ses doigts. Elle laissa échapper un soupir songeur avant de relever la tête, se concentrant de nouveau sur les trois Gryffondors.

« Eden ? s'inquiéta Luna en remarquant l'expression hagard de son amie. Tu as attrapé un Joncheruine ?

— Le cerveau d'Eden est en effet embrouillé depuis une quinzaine minutes, expliqua Hermione. Mais ce n'est pas à cause d'un Joncheruine, rassure-toi.

— Ou alors un Joncheruine ressemblant à Léo Irving, reprit Ginny. Ce qui expliquerait son état depuis qu'il lui a murmuré à l'oreille de passer une très très bonne soirée. » imita la rousse d'une voix suave en se penchant vers Eden, comme Léo l'avait fait avant de rejoindre ses amis dans la Grande-Salle.

Les rires des trois jeunes filles tirèrent Eden de sa stupeur. « Je… Les filles, tout ça est vraiment arrivé ? Je n'ai pas rêvé ? Il s'est assis là, il m'a parlé ? Je lui ai répondu ? Dites-moi que je lui ai répondu. Parce que parfois quand je rêve d'une situation comme celle-ci, je n'arrive plus à parler. Ou pire, je parle mais seulement en hurlant. Et alors, paniqué, il finit par s'enfuir. Je n'ai pas hurlé au moins ?

— Pas du tout. Détends-toi, tout s'est très bien passé. » Hermione la rassura en posant une main sur la sienne.

Eden adressa à ses amies un sourire crispé qui se détendit légèrement après qu'elle eut vidé son verre d'une traite.

« Musique ? » articula-t-elle en essuyant une goutte d'élixir au coin de sa bouche.

Ginny lui adressa un regard plein de défis, attrapa le lecteur-CD et appuya fièrement sur le seul bouton qu'elle n'avait pas vu la première fois.

Quelques secondes plus tard, les rires des Spice Girls résonnèrent et les quatre jeunes sorcières déchaînées se mirent à chanter en chœur.

« Yo, I'll tell you what I want, what I really, really want

So tell me what you want, what you really, really want… »

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« Don't want to close my eyes, I don't want to fall asleep 'cause I'd miss you baby. And I don't want to miss a thing… »

Les bras écartés, la jeune Serdaigle chantait et tournoyait au milieu de la salle commune, ignorant totalement les regards des autres Gryffondors, remontés de la Grande-Salle depuis un moment. Visiblement éprise d'Aerosmith, elle venait de rejouer la chanson pour une troisième fois. Remise de sa conversation avec Léo et légèrement éméchée, Eden l'avait rejointe et chantait à ses côtés. Depuis le canapé, Hermione les observait danser, le sourire aux lèvres.

« Tu as eu des nouvelles de Ron récemment ? lui demanda Ginny, assise à ses côtés.

— Oui, on s'est parlé il y a quelques jours, répondit la brune délaissant du regard ses deux amies. Pourquoi ? »

L'attrapeuse haussa les épaules avant de reprendre une gorgée de son verre.

« Je demandais juste. En ce moment, je te trouve… rayonnante. Je voulais savoir si ça avait un rapport avec mon frère. Peut-être que pour une fois, il fait les choses bien.

— Il essaie. Je crois que mon absence à Noël l'a fait réagir. »

Visiblement préoccupée, Ginny se mordait nerveusement l'intérieur de la joue. « Tant mieux… » souffla-t-elle.

Hermione commençait à soupçonner ce qui troublait son amie. « ... Tu voulais me demander autre chose ? » lui demanda-t-elle. N'ayant pas la tête à se justifier, elle espérait une réponse négative. Mais la rousse acquiesça et trempa de nouveau ses lèvres dans son verre. Elle semblait hésiter. Quand finalement, elle reposa son verre et se lança, les craintes d'Hermione furent confirmées.

« Je ne te demande pas ça pour que tu me rendes des comptes par rapport à mon frère. Je te le demande en tant qu'amie et non en tant que belle-soeur... Hermione, qu'est-ce qu'il se passe avec Malefoy ? »

Elle avait été naïve de croire que Ginny ne réagirait face à tout ce temps qu'elle passait aux côtés de celui qui avait été à l'origine de nombreux de leurs tourments. Elle-même savait pertinemment qu'elle aurait interrogé Ginny si la situation avait été inversée.

« Je ne sais pas trop quoi te dire, soupira-t-elle. Je crois que Drago et moi, on est devenu amis.

— "Drago" ? "Amis" ? Merlin, ça fait beaucoup d'un coup, lâcha-t-elle avant de se pencher vers la table pour y reprendre son verre qu'elle termina d'une traite.

— Oui, moi aussi, j'ai du mal à le réaliser. » Hermione l'observa reposer son verre avant qu'elle ne se tourne de nouveau vers elle. Sans reproche, ni jugement dans le regard, la rousse semblait simplement attendre quelques explications supplémentaires. « Tu vois, quand j'ai commencé à travailler avec lui, c'était pour une raison totalement idiote. Et finalement, après quelques semaines, je me suis aperçue que si je continuais, c'était pour une toute autre raison.

— Laquelle ?

— En travaillant avec Drago... Enfin, Malefoy, se reprit Hermione, constatant le malaise que provoquait son prénom chez son amie. J'ai pu voir à quel point cette guerre l'avait profondément brisé et j'ai voulu comprendre pourquoi. J'ai toujours cru qu'elle avait opposé le camp du bien, contre celui du mal. Mais j'avais tort. Entre les deux, il y avait cette zone d'ombre, où des personnes terrifiées ont simplement tenté de survivre. Il en faisait partie. Il m'a dit avoir pris la marque, parce qu'à l'époque, il pensait que c'était ce à quoi il était destiné. Et finalement, il a bien fait. » Hermione aperçut Ginny se tendre à ses côtés. Elle ne s'attendait sûrement pas à ce que la brune légitime le passé de Mangemort de Malefoy. « Ginny, on aurait tous souhaité qu'il refuse la marque pour combattre aux côtés de l'Ordre. Seulement, il faut voir la réalité en face. S'il l'avait refusée, il serait probablement mort. Voldemort ne se serait pas embarrassé d'un fils de Mangemort empreint aux doutes... Malheureusement, quand il a commencé à prendre conscience que tous les principes et préceptes qu'on lui avaient inculqués n'étaient que du vent, c'était trop tard. Une mission lui avait été confiée et des vies étaient menacées, dont la sienne. Il m'a raconté une partie des atrocités auxquelles il a été forcé d'assister lorsque Voldemort occupait son Manoir. Tout ça l'a dévasté et le sentiment de culpabilité qu'il n'a pas pu s'empêcher de ressentir l'a complètement détruit. En voyant à quel point les remords le rongeaient, dans un sens, ça m'a rassurée. Le mal n'est pas forcément ancré. Le sien ne l'était pas, en tout cas. Tu sais, il s'est excusé de tout ce qu'il m'a fait subir. »

La surprise s'empara des traits de Ginny. « ... Vous faites beaucoup plus que travailler ensemble, souffla-t-elle.

— Je suis bien forcée de le reconnaitre, sourit Hermione. Comme je te l'ai dit, je crois que l'on est devenu...

— Amis ? termina Ginny.

— Oui, amis. Je ne te demande pas de le comprendre, juste de me faire confiance.

— Je te fais confiance, évidemment. Si tu considères qu'il mérite ton amitié, alors, d'accord. »

Hermione remercia Ginny d'une étreinte, soulagée de ne pas avoir à justifier plus longuement cette relation qu'elle-même commençait tout juste à s'expliquer.

« Hermione, dit Ginny en se retirant des bras de la brune. Quand je te dis que je te trouve rayonnante, je le pense vraiment. Tu as l'air... épanouie ? Je ne pensais pas un jour te demander ça mais, tu es certaine que Malefoy et toi, vous êtes juste amis ? »

Déconcertée par cette question, Hermione mit quelques secondes à comprendre ce que sous-entendait l'attrapeuse. « Enfin Ginny, tu sais bien que je ne ferais jamais ça à Ron ! s'exclama-t-elle, les sourcils froncés et les joues légèrement rosies.

— Je sais, ce n'est pas ce que je voulais dire, s'empressa de répondre la rousse.

— Nous ne sommes qu'amis, la rassura Hermione.

— D'accord, je ne t'embête plus avec ça. » sourit Ginny. Cette dernière détourna le regard vers le centre de la pièce où Eden et Luna dansaient toujours, Aerosmith résonnant peut-être pour la quatrième fois. « Tu veux rejoindre ces deux folles ? »

La réponse d'Hermione fut immédiate et silencieuse. Le sourire aux lèvres, elle se leva et tira Ginny par le bras avant de rejoindre les voix de leurs deux amies.

« … And I just want to be with you. Right here with you, just like this. And I just want to hold you close. I feel your heart so close to mine. And just stay here in this moment. For all the rest of time… »

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« Luna, allez, ouvre-le ! » suppliait Ginny.

Épuisées, les quatre amies occupaient de nouveau les canapés et fauteuils. Au fur-et-à-mesure de la soirée, d'autres élèves s'étaient joints à elles, pour boire un verre ou partager une danse. Mais le couvre-feu approchant, le salon s'était peu à peu vidé.

« Je crois que moi aussi je commence à vouloir savoir ce que c'est... souffla Eden, penchée vers le mystérieux cadeau de la Serdaigle qu'elle examinait avec attention.

— Et de qui ça vient surtout ! reprit la rousse.

— Peut-être que Luna elle-même ne le sait pas, s'amusa Hermione, prenant plaisir à rendre Ginny encore plus curieuse qu'elle ne l'était déjà.

— Un admirateur secret ? s'exclama-t-elle d'un air ahuri.

Luna laissa échapper un léger rire qui, pour Hermione, signifiait que cet admirateur n'avait rien de secret.

« Luna ? » l'interpella Marvin Rosemond, l'un des préfets de la maison Gryffondor. « C'est l'heure du couvre-feu. Je vais partir faire ma ronde. Il va falloir que tu rentres.

— Oh, déjà ? fit la Serdaigle, d'une voix déçue.

— Ou alors, Marvin, tu pourrais fermer les yeux ? s'empressa de négocier Ginny, souriant à s'en bloquer la mâchoire. Et la laisser rester ?

— J'ai déjà fermé les yeux sur pas mal de choses, fit-il tout en pointant du doigt les restes d'alcool. Luna, je suis désolé, mais tu dois rentrer.

— D'accord, dit-elle tristement en attrapant ses affaires. Encore merci les filles, on se voit demain ? demanda-t-elle en leur adressant un clin d'oeil qui échappa au préfet.

— Oui, à demain Luna ! » s'exclama Eden avec un entrain manquant quelque peu de naturel.

La blonde s'éloigna d'un pas lent vers la porte de la salle commune. Marvin commença à la suivre mais Hermione se leva de son siège et lui agrippa le bras.

« Marvin, attends ! Ça fait un moment que je voulais t'en parler. Tu suis quel chemin pour faire ta ronde ?

— Euh, le chemin habituel… Hermione, je vais être en retard, je dois vraiment y aller. » dit-il en se retournant. Une nouvelle fois, la brune l'en empêcha. Elle pensait que Marvin prendrait plus de temps à lui décrire sa ronde. Elle allait devoir improviser.

« Parce que j'ai découvert qu'en passant d'abord par l'aile Est, on pouvait gagner quinze bonnes minutes. » expliqua l'ancienne préfète tout en observant, par-dessus l'épaule du garçon, la tornade blonde fonçant en direction des escaliers du dortoir féminin.

« Vraiment ? Tu m'intéresses là. » répondit-il, intrigué.

Merlin. Hermione avait bêtement sorti la première chose qui lui était venue à l'esprit, ses capacités de réflexions étant légèrement engourdies par l'élixir. A quoi pensait-elle ? Evidemment que cela l'intéresserait. Seulement, Hermione se souvenait avoir testé absolument tous les chemins possibles lors de ses rondes, sans jamais parvenir à en trouver un plus rapide.

« Super. Je t'écrirai tout ça sur un parchemin. Là, tu as raison, tu vas être en retard. File. »

Elle regarda le préfet s'éloigner. Le sourire qu'il afficha lui laissant entendre qu'il attendrait sûrement ce parchemin avec impatience. Marvin disparut par la porte et Hermione entendit les gloussements de ses deux amies résonner derrière elle.

« Laisse-moi deviner. Il n'y a pas de raccourci ? se moqua Ginny.

— Absolument aucun. » lâcha Hermione, dépitée.

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« Luna ? » chuchota Hermione en se rapprochant de son lit, le seul dont les rideaux étaient déjà fermés.

Eden les écarta, dévoilant un matelas quatre fois plus grand que la normale. La Serdaigle, assise au milieu de celui-ci, faisaient léviter des petites boules lumineuses dans le ciel du lit.

« J'ai aussi tout insonorisé, sourit-elle. On ne dérangera pas vos autres colocataires quand elles viendront se coucher. Ginny, tu remets la musique ? »

La rousse s'exécuta et les quatre amies dansèrent, sautèrent, chantèrent pendant des heures.

Jusqu'à ce que les piles du lecteur-CD ne rendent l'âme.

Jusqu'à ce qu'elles ferment les yeux, épuisées, les unes à côtés des autres.

Avant de s'endormir, Hermione fixa le ciel étoilé que Luna avait créé. Elle venait de passer une soirée parfaite, ponctuant un après-midi qui l'avait été tout autant.

Ginny avait raison, elle se sentait bien. Est-ce qu'épanouie était le terme exact ? Peut-être.

Pourtant, Hermione errait toujours quelque part dans les méandres de l'esprit de ses parents. Et bien que Ron fasse les efforts qu'elle attendait de lui, ses doutes concernant leur relation n'avaient pas totalement disparus. De plus, elle était toujours perdue face à son avenir.

En somme, rien n'avait changé et pourtant, Hermione se sentait mieux. Bien mieux qu'elle ne l'avait été depuis des mois.

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Hermione posa sa tasse vide sur le plan de travail de sa petite cuisine et lui lança un sort de nettoyage avant de la ranger. Son cours avec les 6ème année commençait dans une vingtaine de minutes. La Professeure se dirigea vers son bureau et attrapa son sac dans lequel elle glissa le pochon contenant ses runes et le dernier devoir qu'ils lui avaient rendu, une traduction qu'elle avait passée le week-end à corriger et à annoter. Ce matin, elle avait prévu une leçon théorique sur le Tirage des éléments. Un tirage à cinq runes qui permettait de comprendre le sens de sa vie, chacun des éléments renvoyant à des influences matérielles, intellectuelles, créatives, émotionnelles ou spirituelles.

D'un coup de baguette, elle étouffa le feu crépitant dans sa cheminée et se dirigea vers la porte. Elle passa devant le miroir accroché près de celle-ci et prit un instant pour y étudier son reflet. Etait-ce celui d'une femme ayant trouvé le sens de sa vie ? Hermione tenta d'accrocher un sourire convaincant sur son visage avant de passer la porte. Elle la verrouilla derrière elle et glissa le bâton de vigne dans la poche de sa robe.

Dans les couloirs, les élèves s'activaient et se croisaient dans une danse qui se répétait chaque jour mais qu'Hermione prenait toujours plaisir à observer. La première période venait de se terminer et tous se rendaient à leur prochain cours. La jeune femme se dirigea vers sa salle de classe, saluant certains de ses étudiants sur le chemin et s'assurant que les habituels retardataires ne le soient pas.

Arrivée à un croisement, Hermione s'engagea mécaniquement dans le couloir de gauche mais se figea immédiatement, incapable de poursuivre son chemin, ses jambes refusant de bouger. A travers la foule, elle venait d'apercevoir une chevelure blonde. Beaucoup trop blonde pour appartenir à une autre personne qu'à Drago. Et cette fois, beaucoup trop réelle pour être un tour de son esprit. Drago marchait dans la direction opposée. Dans quelques secondes, inévitablement, ils se croiseraient. Ils ne s'étaient pas parlés depuis la soirée chez Neville et Hannah. Non, ils ne s'étaient pas vus depuis cette soirée. Le jeune homme ne venait plus manger dans la Grande-Salle et semblait éviter la Salle Professorale.

Hermione fut ramenée à la réalité lorsqu'un groupe d'élèves s'excusa de l'avoir bousculée. Elle réalisa alors qu'elle se tenait toujours au milieu du couloir, immobile. Instinctivement, elle retint sa respiration et tenta de reprendre sa marche, ignorant cette petite voix lui murmurant de faire demi-tour, ignorant ses jambes prêtes à se dérober sous son corps.

Elle savait pertinemment que sans l'arrivée d'Isaac lors du Nouvel-An, elle n'aurait jamais eu la force de s'extraire des doigts de Drago. Il avait raison, elle en avait eu envie. Elle en crevait d'envie. Elle avait passé le feu d'artifice à se remémorer celui qu'ils avaient déjà partagé, allongés près du lac. Et forcément, ce souvenir en avait amené d'autres. Des souvenirs qui avaient rendu plus difficile encore la lutte qu'elle menait contre elle-même. Alors, elle avait cédé. Et elle n'avait qu'à repenser à ses caresses sur le perron pour sentir son bas-ventre se contracter. Elle n'avait qu'à imaginer son corps contre le sien pour se sentir raidir de désir. Elle n'avait qu'à se rappeler de ses lèvres pour que sa propre bouche la brûle.

Le repousser sur le balcon de Neville et Hannah lui avait demandé un effort immense. Elle avait été dure mais elle n'avait pas eu le choix. Elle ne pouvait pas refaire la même erreur. Que se passerait-il si elle se donnait à lui ? Il disparaitrait de nouveau dès le lendemain ? Non, Hermione ne supporterait pas de se faire avoir une deuxième fois.

A mesure qu'ils se rapprochaient l'un de l'autre, son regard croisa celui de Drago. Un bref instant seulement, car il détourna le sien et regarda simplement devant lui. Hermione l'imita, légèrement déconcertée face au visage du jeune homme. Un visage qu'elle trouva particulièrement inexpressif, comme il avait pu l'être avant. Ils continuèrent d'avancer en direction l'un de l'autre. Puis, Drago la dépassa et sans un autre regard ni aucune parole, il continua son chemin.

Visiblement, il avait enfin compris. Lui aussi allait jouer le désintérêt et l'ignorance. Après tout, c'était ce qu'Hermione souhaitait. Elle souhaitait qu'il la laisse tranquille. Qu'elle puisse enfouir tout ce qu'elle ressentait pour lui sans qu'il ne vienne s'amuser à tout déterrer à chaque fois.

Oui, c'était ce qu'Hermione souhaitait.

Alors pourquoi n'arrivait-elle pas à reprendre sa respiration ?

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J'espère que ce chapitre vous a plu !

Je me suis fait un petit plaisir avec l'anniversaire de Luna. Après avoir regardé les UK Music Charts de la fin des années 90, je n'ai pas pu résister à l'appel des Spice Girls..!

Merci pour vos reviews sur le chapitre précédent, j'y réponds très vite en MP !

On arrive au moment où normalement je vous dis "à dimanche" mais je préfère être honnête avec vous, à mon avis je n'aurai pas terminé le chapitre d'ici là. Il est quasiment écrit, donc l'attente ne sera pas très longue, promis.

En attendant, je vous souhaite de bonnes fêtes !

A bientôt :)