Chapitre 17

Silent Night - Jewel

Le silence qui nous berce laisse revenir lentement les bruits de la ville fêtant la nouvelle année autour de nous. Je refuse même de penser au vent tiède qui fait voler mes cheveux autour de moi, de nous.

- Tu ne veux toujours pas regarder ? Finit-il par demander après un instant à reprendre son souffle. mon regard perdu dans la profondeur troublante du sien.

- Je n'ai pas envie de m'évanouir, marmonné-je en repoussant mal une grimace qui le fait sourire.

- Tu as conscience que tu ne risques rien ? m'interroge-t-il, me pressant un peu plus contre lui.

- Je sais, chevroté-je la voix tremblante.

Son baiser n'a visiblement rien changé à ce que je ressens pour lui, j'ai même la sensation que c'est maintenant pire... plus fort, plus grand, plus déroutant encore.

- C'est comme... toi et les olives, repris-je pour me distraire, trop consciente de notre proximité et de la chaleur de son corps appuyé contre le mien.

Son rire me laisse émerveillée une seconde, savourant ce que je ressens devant son visage détendu et heureux.

- Je comprends, je t'assure.

La moquerie dans sa voix me fait sourire malgré moi, me détendant un peu contre lui.

- Ils vont certainement tirer un feu d'artifice, poursuit-il après quelques secondes de silence où son regard vogue sur mon visage sans se poser nul part.

- À cette heure-ci ?

- On est à Miami, raille-t-il dans un sourire enjôleur. Ici il n'y a pas d'heure pour un bon feu d'artifice, et encore moins la nuit du nouvel an !

- Et pas de neige, Dieu merci !

À nouveau, son rire emplit la terrasse et je suis secouée d'un long frisson qui remonte ma colonne vertébrale. Je pourrais probablement passer ma vie à l'entendre rire.

- C'est vrai... admet-il en retrouvant un semblant de sérieux. Veux-tu voir le feu d'artifice ?

D'ici ? Jamais de la vie !

- Je...

- On pourrait descendre et le voir depuis la plage, poursuit-il dans un sourire à me damner.

Mon cœur à de nouveau envie de foutre le camp… mais qu'est ce que cet homme m'a-t-il fait ?

- Il est une heure du matin... fais-je remarquer sans pouvoir m'empêcher de sourire sûrement le plus idiotement du monde.

Il ne dort jamais ? Ai-je envie moi-même d'aller dormir finalement ?

- Et alors ? Tu as soixante ans ?

- Hé !

- De toute façon, je n'ai pas envie de te laisser le choix !

À peine a-t-il fini sa phrase qu'il me soulève contre lui pour me balancer sur son épaule, me faisant fermer les yeux et pousser un cri de surprise qui le fait éclater de rire. J'ai tout de même le temps de voir la ville tourner sous mes yeux et de sentir le haut le cœur qui me soulève la poitrine quand je quitte l'espace protégé de ses bras pour atterrir sur son épaule comme un vulgaire sac. Je me concentre le plus possible pour ne pas paraitre -trop- ridicule alors que mon cœur bat fort contre mes tempes.

Sa démarche et son rire me bercent pendant quelques courtes secondes avant que le vent ne cesse de faire bouger mes boucles, me faisant prendre conscience que nous arrivons à la baie de l'appartement.

Plus je me débat pour qu'il me relâche, plus son rire s'amplifie.

- En voilà une drôle de position ! fait remarquer Alice à l'instant où nous passons l'encadrement de celle-ci restée ouverte.

- Elle ne m'a pas laissé le choix, soupire Edward faussement alors que je me débats contre lui pour qu'il me lâche.

- Edward !

- Tu ne gagneras pas contre lui, rit Emmett alors que je tente de me tordre pour qu'Edward me laisse me redresser enfin.

Quel genre de force a-t-il ? Ses bras me serrent et me bloquent un peu plus contre lui alors que j'étouffe mal un rire qui trahit ma nervosité et mon amusement.

- Si vous avez fini d'avoir 10 ans j'aimerais pouvoir aller me coucher.

La voix claquante de Rosalie me fige alors qu'Edward est secoué d'un rire trop moqueur pour être totalement innocent.

- Fais comme moi, ignore Rosalie, conseille-t-il d'une voix enjouée, comme si ce qu'il disait n'avait aucune espèce d'importance.

- Ben voyons ! lâche-t-elle alors qu'Edward reprend sa marche jusqu'à l'ascenseur, moi toujours balancée sur son épaule comme si je n'étais qu'une enfant désobéissante.

Je tente de me débattre plus vivement, mais il ressert sa prise sur mes cuisses, m'empêchant presque de bouger alors que je grogne son prénom entre mes dents serrés. Je suis partagée entre honte et rire alors que sa famille complète à les yeux rivés sur nous. Je remue à nouveau, ce qui provoque de nouveaux rires dans la pièce. Mais va-t-il me lâcher oui ?

- On va visiter la ville ! annonce Edward en appuyant sur le bouton de l'ascenseur, ne me relâchant pas pour autant.

J'entends presque les dents de Rosalie grincer alors que le reste de la famille éclate de rire.

- Allez pas nous faire des gamins aux quatre coins ! s'exclame Emmett perversement.

Je suis heureuse de pouvoir me cacher dans la chemise à Edward pour qu'il ne remarque pas à quel point sa remarque me fait rougir.

Lorsque l'ascenseur s'ouvre, Edward s'y engouffre en ignorant les rires de sa famille, et moi. J'imagine cependant que Rosalie doit être la seule à ne pas rire. Franchement, c'est quoi son problème ?

- Tu ne veux pas me lâcher ? finis-je par dire, faussement agacée alors que les portes se referment lentement.

Ses bras serrent plus fort mes cuisses, me faisant presque hoqueter quand sa main effleure mes fesses.

- Je ne vois pas pourquoi... Cette position est plutôt géniale !

Je me sens rougir à nouveau, puis j'étouffe un rire contre son dos. Comment sommes-nous passés du fait qu'il était mon client à… ça ? Où est le Edward sérieux et inaccessible des débuts ? Où est le mania de la presse à qui personne n'ose tenir tête ?

J'étouffe un nouveau cri de surprise quand il me fait basculer à toute vitesse dans l'autre sens, me remettant sur mes pieds sans me prévenir le moins du monde.

- Edward ! m'écrié-je en éclatant de rire alors que je m'accroche à ses bras pour ne pas tomber à la renverse.

- Tu préférais rester sur mon épaule ? s'étonne-t-il, prêt à me rebalancer contre lui alors que je peine à retrouver un comportement normal.

- Non ! m'affolé-je, ce qui le fait rire à nouveau. Non mais je...

Sa bouche sur la mienne me fait taire dans la seconde alors que son rire résonne contre mes lèvres qu'il embrasse doucement l'instant suivant.

Une fois.

Deux fois.

- Tais-toi, ordonne-t-il dans un murmure grave, sa voix vibrant contre ma bouche.

Malgré mon envie de rester sérieuse, son ordre me fait rire à mon tour, presque nerveusement.

L'insouciance que je ressens me donne la sensation d'être la personne la plus heureuse de la Terre quand son regard clair et radieux fouille le mien. Ressent-il la même chose que moi à cet instant précis ? J'ai le sentiment de n'avoir jamais connu le chagrin de ma vie entière.

Quand nous retrouvons notre sérieux et que l'ascenseur démarre lentement sa descente, la profondeur de son regard change. La chaleur du désir se répand vivement dans tous mes membres, faisant s'accélérer mon cœur.

Sa bouche revient embrasser la mienne doucement, m'effleurant à peine. Tout s'affole alors en moi. J'ai la sensation que le feu se répand de ma bouche à mon ventre, se répercutant dans tous mes membres dans de longues vagues brulantes.

Il s'appuie un peu plus contre moi, me poussant contre la paroi de l'ascenseur tandis que sa main remonte entre nous, effleurant ma poitrine sur son passage, coupant mon souffle.

Encore une fois, il m'embrasser, me faisant trembler contre lui quand la pression de ses lèvres se fait plus importante, presque plus pressée.

Ses doigts entourent mon cou, une partie de mon visage avant que ses lèvres disparaissent, puis reviennent, embrassant les miennes à nouveau, le faisant soupirer contre ma bouche.

Mes paupières se ferment en même temps que les siennes, incapable d'ignorer tout ce que son baiser me fait ressentir et le désir qui nous parcours d'un même ensemble, nous faisant maintenant trembler l'un contre l'autre.

Mon cœur loupe plusieurs battements quand il s'appuie un peu plus contre moi et me soulève légèrement contre la parois d'une main dans mon dos, nous faisant gémir d'un même ensemble.

Je le veux.

Je le veux réellement, sans savoir si j'arriverais à me lasser de ce que je ressens quand sa langue effleure ma lèvre, m'enfonçant brutalement dans les méandres du désir qui me ronge le corps depuis l'instant où il a posé les yeux sur moi.

Pendant une minute ou peut-être dix, je me perds totalement dans la passion de son étreinte. Je me perds dans la façon dont son corps se presse contre le mien, dans sa main qui agrippe ma jambe qu'il remonte contre sa cuisse, s'insinuant d'autant plus contre moi alors qu'il me soulève encore plus contre l'acier dans mon dos. Je me perds dans le gémissement qu'il étouffe difficilement quand mon bassin ondule contre le sien instinctivement, incapable de réfréner le désir qui me broie pleinement.

Il me faut plusieurs secondes pour me rendre compte que l'ascenseur à stopper son voyage et s'est ouvert sur le hall vide quand Edward s'éloigne avec difficulté, le souffle court.

- Sinon, on peut rester dans cet ascenseur toute la nuit, propose-t-il sérieusement d'une voix cassée, son nez caressant vaguement le mien.

Son corps est à une proximité telle que je me demande un instant si ça n'est pas uniquement ce dont j'ai envie.

Lentement, son pouce dessine les contours de ma bouche, ses yeux rivés sur mes lèvres alors que je tente péniblement de reprendre mon souffle, et de retrouver un comportement décent. Son bras me maintenant contre la parois dans mon dos me serre brièvement avant qu'il ne soupire profondément.

- Allons prendre l'air, finit-il par lâcher presque brusquement, me laissant à peine le temps de me remettre.

Ces changements trop vifs vont me faire perdre la tête. Mon cœur va-t-il exploser ? S'arrêter ? Oui, j'en suis sûre.

J'étouffe mal un nouveau rire quand il me tire hors de l'ascenseur par la main, me faisant presque courir derrière lui tant ses pas sont rapides pour sortir du hall. Quand en passant les portes automatiques de l'immeuble il me lance un regard brulant, j'ai envie de m'enflammer tout entière.

Volontairement.

Pleinement.

Dehors, le ciel est dégagé, étoilé, et la ville est illuminée de mille couleurs.

Edward avait raison, ici, personne ne dort… Tout Miami à même l'air d'être de sortie.

Sa main dans la mienne, on remonte le long de la rue en bas de son immeuble qui longe la plage, et, au bout de celle-ci, le pont de Rickenbacker Causeway s'ouvre devant nous.

Les lumières de la nuit sont superbes, mais je regrette presque de ne pas pouvoir voir l'océan que j'entends rouler doucement sous nos pieds.

Pendant plusieurs minutes, on le traverse silencieusement, passant de l'autre côté pour atteindre Rickenbacker Island, une toute petite île d'à peine un kilomètre de long.

Malgré l'heure de la nuit plus qu'avancée, l'endroit est loin d'être désert.

Edward m'entraine, ses doigts mêlés aux miens, traversant plusieurs parkings pour arriver sur le sable blanc brillant sous la lune et les lumières qui illuminent la plage.

Les palmiers sont immenses, un léger vent secoue leurs grandes feuilles qui s'agitent au-dessus de nos têtes, ajoutant à l'atmosphère apaisant de l'endroit.

J'ôte mes escarpins quand nous atteignons le sables blanc et fin.

Plus on descend sur la plage, plus la population disparait, laissant le bruit des rires et de la fête bien plus haut.

Après un instant encore, Edward se stoppe, laissant les lumières dans mon dos me faire découvrir le superbe sourire qui étire ses lèvres et fait briller ses yeux.

Il est tellement beau que s'en est presque douloureux. Pourrai-je un jour me lasser de ce visage ?

J'ai la sensation qu'il s'apprête à faire quelque chose d'aliéné, sans savoir réellement pourquoi ce sentiment me fait trembler.

- Quoi ? demandé-je d'une petite voix quand je le vois s'approcher lentement de moi, me dépassant d'une bonne tête.

- Tu es superbe.

Je me sens rougir malgré moi et me mords la langue pour repousser ce que ses mots provoquent. Veut-il réduire les restes de mon cerveau en bouillie ?

- Te souviens-tu que, techniquement, je suis toujours ton client ? lâche-t-il après quelques secondes à m'observer intensément.

Sa remarque noue mon ventre alors que je me raidis, presque mal à l'aise qu'il me rappelle notre situation plus qu'étrange.

- Je...

- Tu te souviens donc certainement que ton devoir est de te plier à la moindre de mes exigences ?

J'inspire lentement, réfléchissant à toutes vitesses.

- Eh bien techniquement, je crois qu'en tant que ton employée…

- Isabella...

Je retiens un rire en me pinçant les lèvres devant l'air contrarié qu'il arbore soudain.

- On va aller se baigner, décide-t-il d'une voix sérieuse.

- On... quoi ? m'étranglé-je. Maintenant ?

- À moins que tu n'en aies pas envie ?

Déjà, ses doigts ont défait les trois premiers boutons de sa chemise, ralentissant brusquement le fonctionnement de mon pauvre cerveau.

Quand il tire sur le tissu pour sortir sa chemise de son pantalon habillé, j'ai du mal à garder mon calme. Pourquoi ai-je tellement envie de le déshabiller moi-même ?

- C'est... c'est juste qu'on... il fait nuit...

- Et ? demande-t-il innocemment, ses doigts longs et fins continuant leur travail sur les boutons nacrés de sa chemise blanche.

- On m'a toujours déconseillé de me baigner en Floride.

Son rire clair tranche particulièrement avec la tension qui émane de mon propre corps à la vision de son vêtement maintenant presque totalement ouvert sur son torse.

- Depuis quand ne doit-on pas se baigner dans la ville où se trouve les plus belles plages des Etats-Unis ?

- Je... À cause des crocodiles, et des requins, poursuivi-je, incapable de me taire.

Ma réponse fait stopper son geste pour ôter sa chemise, la laissant largement ouverte sur son torse. Je peste intérieurement tout en étant incapable de ne pas l'admirer. Le doux dessin de ses abdominaux me fait frémir alors que sa peau bronzée se révèle aux lumières vives dans mon dos.

- Nous sommes loin des Everglades, et les requins ne chassent pas de ce côté de la baie.

Sa réponse me fait relever les yeux vers son visage mi-sérieux, mi-amusé.

- Tu es sûr ?

- Pourquoi ne veux-tu pas te baigner ?

- Je n'ai pas de maillot de bain.

Ses sourcils se froncent légèrement avant qu'il ne baisse brièvement le regard sur mon corps.

- Et je... je ne sais pas nager, avoué-je plus bas, maintenant presque gênée par cette information dont je me suis toujours moquée.

Son regard retrouve le mien. Il est sérieux maintenant, bien qu'un très léger sourire se dessine sur ses lèvres parfaites. Ne pouvons-nous pas nous embrasser encore ? Une fois ? Mille fois ? Jusqu'à ce que le soleil se lève ?

- Tu n'as jamais appris ? s'étonne-t-il en s'approchant un peu plus de moi.

- J'ai eu une mauvaise expérience de noyade enfant alors j'évite tout endroit où je suis susceptible de me noyer depuis.

Mon explication ponctué d'un haussement d'épaule remplit de désinvolture semble le faire douter un instant du bien-fondé de son idée, mais ça n'est pas ce que je veux.

- Mais vas-y si tu en as envie et je te regarde sagement d'ici.

- Et y aller sans toi ? Aucun intérêt !

Est-ce normal d'aimer autant le fait qu'il ne veuille pas le faire sans moi ?

- Ça ne me dérange pas, insisté-je quand même en l'observant m'approcher un peu plus pour glisser une mèche de cheveux derrière mon oreille.

- Aucun intérêt, répète-t-il dans un sourire.

Quelques secondes, il me dévisage avec cette nouvelle intensité qui me colle la chair de poule.

- Donc... La claustrophobie quand tu te retrouves avec trop de monde, le vertige et la peur de l'eau...

- J'ai la sensation d'être une attardée en t'entendant énumérer tout ce qui ne tourne pas rond chez moi.

Sa chaleur m'entoure un peu plus quand il attrape ma nuque pour m'attirer plus près de lui, accentuant les battements de mon cœur.

- Je déteste les olives au point que s'en est viscéral, j'ai carrément peur d'être dans une cuisine en présence d'Alice et je déteste profondément les endroits où il fait nuit noire, je ne crois pas que tu sois la seule attardée sur cette plage.

Je me pince les lèvres, en proie à une vague d'émotion que je n'arrive pas à comprendre totalement. Comment fait-il pour toujours, toujours avoir les bons mots ?

- Merci de ton soutien, soufflé-je, perturbée par la façon dont ses bras s'enroulent désormais autour de moi. Je reste curieuse de cette histoire d'olives...

Un rire le secoue alors que je me blottis un peu plus contre lui, savourant son parfum intense et désormais familier.

- Je me suis cassé une jambe à cause d'elles quand j'avais 10 ans.

- À cause des olives ?

- Hum... Emmett a fait tomber un pot par terre dans la cuisine de nos parents, l'odeur des olives m'a atteint en même temps que j'ai marché dessus et... le drame de mon enfance.

Je retiens difficilement un sourire alors que son regard se fait un peu plus sévère.

- Serait-ce un sourire moqueur que je vois là ?

- Moi ? Jamais ! m'indigné-je faussement.

Il lève les yeux au ciel alors qu'un rire me secoue.

- Il y a-t-il autre chose que je devrais savoir sur toi ? demandé-je avec curiosité.

- Pour que tu te moques de moi ? Certainement pas !

On échange un sourire complice qui me réchauffe tout entière. Au même instant, une lumière bleue fend le ciel et explose en centaines de lumières blanches et bleues, illuminant merveilleusement le visage d'Edward qui me fait face.

- Regardons ce feu d'artifice, s'amuse-t-il alors que mon sourire doit certainement manger mon visage entier.

Pendant longtemps, blottis l'un contre l'autre assis sur le sable fin, Edward me partage ses souvenirs d'enfance alors que les lumières illuminent le ciel.

Il a eu une enfance heureuse. Il a été entouré, choyé, aimé... tout le contraire de mon enfance à moi. Pourtant, grâce à Jacob, puis Riley, je peux partager avec lui de beaux souvenirs qui me font sourire, et souvent rire.

On finit par remonter la plage, puis repartons vers son appartement alors que la nuit continue d'avancer.

Je n'ai pas la sensation d'être fatiguée.

J'ai juste envie que cette soirée ne s'arrête pas, et que nous puissions continuer à partager nos souvenirs.

- Tu veux rentrer ? demande-t-il quand on arrive à la hauteur de son immeuble endormi.

Je secoue la tête négativement, ce qui le fait sourire.

- Moi non plus, avoue-t-il en poursuivant notre balade.

J'aime la manière dont il se confie à moi. J'aime profondément la façon dont il parle de ses parents, de son frère et de sa sœur. J'aime profondément la façon dont ses yeux s'illuminent à chaque fois qu'il rit, et la manière qu'il a de ne jamais me lâcher la main. J'aime que nous ne soyons que tous les deux. J'aime qu'il prenne ce temps pour moi, pour nous. Je sais que viendra un moment où je serai être obligée de rentrer à NY, et, rien que d'y penser, mon ventre se noue douloureusement.

Je refuse cependant de perdre du temps à m'inquiéter de ce qu'il va se passer... après. Je veux profiter de lui, de son sourire et de sa chaleur autour de moi sans m'interroger à m'en ronger les sangs… je veux vivre.

Nous remontons l'avenue qui longe l'océan puis finissons par arriver dans un quartier animé, largement trop décoré par les illuminations de Noël.

- Avec ce temps j'avais presque oublié que nous étions encore si proche des fêtes... Comment faites-vous pour vivre ici et réussir à fêter Noël ?

- Pas assez de neige ? ironise-t-il en m'adressant un regard lumineux.

Je lève les yeux au ciel sans pouvoir m'en empêcher. On contourne un passant, et le sourire aux lèvres, j'observe la rue où nous marchons, admirant les décorations et les lumières qui illuminent les larges pavés blancs au sol.

- J'aime te voir ici, murmure-t-il, les yeux rivés sur moi.

Ses mots me font me mordre la langue, sentant mon cœur s'emballer devant les sentiments que tout cela soulève en moi. Un vent doux et tiède secoue doucement mes cheveux alors que je frissonne face à l'intensité de son regard sur ma personne.

- Pourquoi rougis-tu ? demande-t-il après m'avoir observé plusieurs longues secondes.

- Tu n'es pas obligé de le faire remarquer ! pincé-je, me sentant rougir un peu plus.

Un rire le secoue alors que son bras passe autour de mes épaules pour m'approcher davantage de lui. Autour de nous, les bars sont encore ouverts et malgré l'heure, il y a toujours du monde et la musique résonne dans la rue que nous traversons l'un contre l'autre. Je suis bien. Vraiment, vraiment bien.

- Alors, reprend-il toujours aussi amusé, pourquoi ?

- Tu es...

Je soupire quand il se stoppe au milieu de la rue piétonne, me faisant tourner vers lui pour pouvoir me regarder comme bon lui semble.

- Tu dis des choses tellement... sérieuses de manière tellement légère c'est... c'est effrayant.

- Je ne veux pas t'effrayer, souffle-t-il en fronçant les sourcils.

L'intensité de son regard me fait baisser les yeux, incapable de continuer à lui faire face alors que tout en moi s'affole et se mélange. J'ai peur… j'ai peur, parce que ce que je ressens pour lui dépasse tellement de choses…

- Isabella je ne veux pas t'effrayer, ou te faire fuir crois-moi c'est... c'est la dernière chose que je veux.

Ses doigts atteignent mon menton pour me faire relever le visage vers le sien. Ses mâchoires sont légèrement crispées mais son regard est doux, confiant. Je m'y noie sans prendre de précaution, interdisant à ma peur de prendre le dessus.

- Mais je ne compte pas ne pas te dire que tu n'es pas importante pour moi par peur que tu t'enfuies. J'ai... mes précédentes relations m'auront au moins appris à connaitre mes priorités.

- Edward...

- N'aies pas peur, chuchote-t-il en s'approchant pour poser son front contre le mien dans un geste bouleversant de tendresse.

- Je ne veux pas avoir peur c'est... tu es... tu es le premier depuis...

Ma voix s'étrangle dans ma gorge, m'empêchant de poursuivre. Depuis Riley. La culpabilité, soudain, me rappelle comme mes sentiments pour Riley sont encore présents, même si je les repousse sans cesse depuis sa mort pour ne pas mourir de chagrin. Je m'entends déglutir alors qu'Edward me serre un peu plus contre lui, absorbant ma peine et mes craintes.

- Je comprends. Rien ne presse… On peut prendre tout le temps dont tu as besoin.

Son regard sérieux, profond et tendre emprisonne le mien, de façon à ce que j'oublie tout autour de nous. Cet homme... a-t-il été envoyé par le ciel juste pour moi ? Je commence à le croire... je veux le croire.

Pendant quelques secondes, son regard ancré au mien, j'ai la sensation d'avoir trouvé ma place.

Je me hisse sur la pointe des pieds et l'embrasse, cessant brusquement de vouloir tout contrôler.

Je comprends alors brusquement que les plus belles choses arrivent quand on laisse tomber les armes, et que l'on devient réellement soi-même… pleinement, et sincèrement. C'est ce que je suis là, ce soir, au milieu d'une rue inconnue, dans une ville inconnue… je suis heureuse. Un instant, une éternité, je suis pleinement, consciemment heureuse.

S'il parait surpris une seconde, un sourire se dessine sur ses lèvres quand il m'effleure à son tour, son regard ne quittant pas le mien.

J'aime ce que je ressens contre lui... définitivement.

A presque quatre heures du matin, nous reprenons le chemin inverse pour rentrer chez lui. Miami est une belle ville, mais la fatigue des derniers jours me tombe dessus et je ne peux faire comme si cela n'était pas le cas.

Dans l'ascenseur, ses doigts liés aux miens, on échange un sourire au souvenir de notre dernier voyage ici, quelques heures plus tôt.

L'appartement est silencieux quand on y pénètre. Je me déchausse dans l'entrée, marchant sur la pointe des pieds jusqu'au canapé où Edward m'aide à enlever ma veste légère.

Le bout de ses doigts longe mes bras, me faisant frissonner.

L'espace d'une seconde, j'ai envie de tout oublier, et de m'abandonner à lui, et seulement lui.

Comme la première fois que je suis venue diner ici, seule avec lui, nos regards se croisent dans le miroir au-dessus de la console, un peu plus loin. Un léger sourire étire nos bouches en même temps. Pense-t-il à la même chose, lui aussi ?

Dans le couloir qui mène aux chambres, Edward ouvre une première porte à notre droite.

- Anita a préparé une chambre, si tu veux, m'indique-t-il en pénétrant dans la pièce. Tu as une salle de bain adjacente… et je suis juste en face si tu as besoin de quoi que ce soit.

Je me mords la lèvre nerveusement, refoulant la déception qui m'entoure. Alors... nous n'allons pas dormir ensemble ?

La déception laisse cependant place à la curiosité quand je rentre dans la pièce à mon tour, et observe le lit immense, puis Edward à côté. Je ne sais pas si cela est une bonne chose ou non mais, finalement, je crois que ne pas dormir ensemble sera juste... plus simple. Il me laisse du temps, le temps dont j'ai besoin et son geste me rassure et ne fait qu'amplifier ce que je ressens pour lui.

- Tu as tout ce qu'il te faut ? demande-t-il doucement, perturbant la quiétude de la pièce et les battements de mon cœur quand il m'approche.

Je m'entends déglutir nerveusement alors qu'il caresse ma joue d'un revers de main.

- Oui. Tout est parfait.

- Bien. Reposes toi, demain je t'emmène quelque part.

- Quelque part ? répété-je, ma curiosité l'emportant.

- Quelque part, sourit-il, à nouveau plein de mystère.

Mon cœur sursaute quand il se penche vers moi pour m'embrasser une nouvelle fois, laissant trainer sa bouche sur la mienne plus de temps qu'il ne faudrait.

Le souffle court, je le regarde s'éloigner avant de sortir de la pièce et de refermer la porte sans se retourner.

Une fois seule, je soupire longuement. Pendant un instant, le cœur encore battant, je reste sans bouger, écoutant le silence trop important de la pièce.

Après un passage par la salle de bain, j'enfile un t-shirt et un legging puis tire sur les draps parfaitement faits.

Lorsque je me couche dans le lit froid, je soupire désespérément.

Moi qui trouvais l'idée de ne pas dormir avec Edward intelligente il y a quelques minutes, maintenant, je la trouve ridicule... j'ai tourné en rond pendant des nuits entières justement parce qu'il n'était pas dans la même ville que moi, et, cette nuit, il est de l'autre côté du couloir et nous ne sommes pas ensemble ! Je n'arrive pas à comprendre pourquoi je ne lui ai simplement pas dit que je ne voulais pas dormir ailleurs qu'avec lui. Ai-je besoin de prendre autant de temps que ça ? A-t-il besoin d'en prendre, lui ?

Troublée et perdue dans les débris de ce qu'il reste de mon esprit tordu, j'attrape mes écouteurs et démarre une playlist qui, je l'espère, va m'aider à apaiser mon cerveau détraqué.

J'ouvre les yeux difficilement, battant des paupières presque douloureusement alors qu'une sensation de vide en moi augmente, m'empêchant de réussir à respirer calmement.

Je dois inspirer lentement plusieurs fois pour calmer mes tremblements. Il me faut plusieurs longues secondes pour me rendre compte que je ne suis pas dans mon lit, mais à l'autre bout du pays… et chez Edward.

Me tournant mollement sur le dos, le réveil sur la table de nuit m'indique que je n'ai dormi qu'une petite heure, d'où mon réveil désagréable au possible.

Après une dizaine de minutes à scruter le plafond dans le noir, je soupire en m'asseyant dans le lit et passe une main sur mon visage pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrive.

Le manque de sommeil est lourd, pesant, mais quelque chose dans ma poitrine l'est encore plus... je veux rejoindre Edward. Je le veux. Je le veux à un tel point que j'en ai mal dans les entrailles.

Est-ce mal, ou bien ? Est-ce ce qu'il le veut, lui aussi ? Pourquoi ne vient-il pas ? Suis-je capable de me restreindre à rester seule ici alors que je ne rêve que d'une chose : me blottir contre lui et simplement savourer sa présence contre moi ?

Il me faut plusieurs minutes pour réunir assez de courage et quitter ce lit qui me parait glacé.

Je sais ce que je veux. Je le sais, et c'est d'une telle évidence que je suis obligée de le faire ; je ne peux aller contre.

Sur la pointe des pieds, je traverse la chambre, puis le couloir et retiens mon souffle en posant ma main sur la poignée de sa chambre.

Je dois prendre quelques secondes pour respirer profondément avant de trouver le courage d'ouvrir cette foutue porte.

Le plus silencieusement du monde, je pénètre dans la chambre plongée dans la semi-obscurité.

Une fine lumière de l'extérieur entre dans la pièce malgré les rideaux tirés, me permettant de le voir enfin.

Immédiatement, et à sa seule vision, quelque chose en moi s'apaise. Je m'entends soupirer quand je perçois la respiration régulière d'Edward : il dort.

Qu'il dorme me simplifie certainement les choses… Je n'ai pas envie d'avoir à expliquer mon comportement à l'instant. Je n'ai pas envie non plus qu'il me prenne pour une folle furieuse en pensant que je viens me glisser dans son lit alors que j'ai juste envie de sentir ses bras autour de moi. Je veux être avec lui… totalement.

Lentement, j'avance dans la chambre impeccable, ne concentrant mon attention que sur l'homme sortit tout droit de mes fantasmes qui occupe la moitié du lit et dort sur le dos.

Dire qu'il est simplement beau serait mentir.

Le plus silencieusement du monde, je m'assoie sur le bord du matelas et passe un temps infini à le regarder dormir.

J'ai certainement l'air d'une névrosée, et, s'il se réveille, je suis certaine que je vais lui faire une peur bleue... mais je suis incapable de détacher mon regard de lui.

Je profite du silence et de la douce lumière de la lune pour détailler chacun de ses traits, savourant sans m'en cacher de ce que j'ai sous les yeux. Il est superbe, et c'est peu de le dire.

Mon regard quitte le dessin parfait de sa bouche pour glisser sur son menton, sa mâchoire carrée et recouverte d'une légère barbe, avant de tomber sur son torse nu et offert à ma vue. Il est plus musclé que ce que j'avais imaginé, ses pectoraux, le dessin de ses abdominaux... De la boxe a-t-il dit ?

La chaleur dans mon corps augmente à mesure que mon regard vogue sur lui, savourant ce que la vision que son être provoque en moi.

Je m'entends soupirer quand mon voyage est stoppé par le drap en travers de son ventre, me cachant le reste de son corps parfait.

J'étouffe mal un cri d'effroi quand son bras me ramène avec force contre lui sans prévenir, me coupant le souffle et faisant sursauter mon cœur vivement. Son geste me force à m'allonger à son côté, tentant de ne pas faire un malaise tant mon palpitant bat rapidement tellement je ne m'attendais pas à ce qu'il agisse de la sorte.

- Cesse de me regarder comme ça, murmure sa voix contre mon oreille, son souffle chaud caressant ma nuque.

- Pardon, soufflé-je sur le même ton, le souffle court.

Son visage se perd dans mes cheveux alors qu'il inspire lentement, se blottissant un peu plus dans mon dos.

- Tu aurais dû me rejoindre bien plus tôt, marmonne-t-il d'une voix cassée, ce qui me fait sourire alors que la surprise me quitte et que mon cœur se calme lentement.

- Pardon, répété-je encore avant d'étouffer un rire purement nerveux. Je ne voulais pas te réveiller.

- Ne t'excuses pas. Si tu n'étais pas venu j'aurai certainement fini par débarquer dans ton lit...

Sa remarque me fait sourire et me soulage à la fois.

- C'est intolérable de me dire que tu es de l'autre côté du couloir et que je ne peux pas avoir ton corps contre le mien... reprend-il tandis que je reste silencieuse, perdue dans les émotions qu'il provoque en moi.

Sa voix grave et sérieuse me fait frémir. Sommes-nous l'un comme l'autre incapable de rester éloignés ? J'aime être avec lui, contre lui... l'apaisement que je ressens dans ses bras me le prouve davantage encore... comme si j'avais besoin d'avoir une preuve quelconque de mon attachement à sa personne !

- Pour quelqu'un qui voulait me laisser du temps... plaisanté-je pour cacher mon trouble.

Ses bras me serrent un peu plus fort en réponse. Je me cambre légèrement pour m'adapter à sa position, savourant la puissance de ses bras qui m'entourent et son corps brulant contre le mien.

- Je te laisse du temps, contre-t-il d'une voix atrocement calme. Tu n'es pas encore nue contre moi... je te garantis que c'est ce qui s'appelle laisser du temps.

Je me sens rougir mais tente de garder une respiration calme -ce qui est compliqué tant ses mots me perturbent. Je sens ses lèvres effleurer mon cou, accélérant mon cœur, nouant mon ventre.

L'effet qu'il me fait est indéfinissable. Son sourire embrasse à nouveau ma peau, ce qui me fait sourire à mon tour. Je commence à croire que je serais prête à tout vivre pour lui... absolument tout.

- Tu ne veux toujours pas me dire où nous allons demain ? demandé-je après quelques minutes où je savoure simplement le bonheur que je ressens à l'instant.

- Non.

- Juste un indice ?

- Dors, murmure-t-il avec autorité.

Je me tortille contre lui un instant pour parvenir à réussir à l'embrasser une dernière fois.

Son sourire embrasse le mien alors qu'un soupire m'échappe.

L'apaisement et le désir mêlé envahissent mon organisme, finissant de me faire comprendre à quel point j'ai pris la bonne décision en venant me glisser dans son lit.

Je l'observe quelques secondes, incapable de me lasser de son visage. Il est beau, vraiment beau, mais son assurance -voire son arrogance- le rends largement irrésistible. Son regard glisse sur mon visage, me réchauffant tout entière alors qu'il m'embrasse doucement, presque prudemment.

- Bonne nuit Isabella, chuchote-t-il sur mes lèvres, nos souffles se mêlant.

Mon regard retrouve le sien plusieurs secondes encore. Je ne me souviens pas m'être sentie aussi bien, aussi en sécurité et aussi... moi, depuis... une éternité.

- Bonne nuit Edward, soufflé-je sur le même ton.

Dans un soupire de contentement il me cale à nouveau contre lui, son torse brulant contre mon dos et mêle nos doigts que je ramène contre ma bouche pour embrasser sa peau.

Mes paupières se ferment sur une pensée alors que le sommeil m'emporte : j'ai la sensation déroutante et apaisante d'avoir enfin trouvé ma place.


Hello ! Je sais ! On n'est pas encore vendredi... c'est un miracle non ?

Vous me laissez un mot ?

J'suis, comme certaine le savent déjà, une angoissée de nature (ah bon?) et, comme les réactions pour le chapitre précédents ont étés incroyables (MERCI!) mais moins nombreuses que d'habitude (ouais, c'est moche) bah... j'ai peur... (ça se trouve, elles détestent; c'est nul c'est sûr; elles sont déçues ? ; elles n'ont pas lus ? oui mais les stats sont quasi pareils que d'habitude ! ; ça se trouve elles se lassent ; t'as fait de la merde Estelle (oui, je m'appelle Estelle, et pas Tied... vous vous en doutiez non ? :3) je vais devenir folle -et je me suis encore rongé les ongles; c'est QUOI ce bordel ? -petit résumé de mes pensées obsessionnelles de la semaine-) Vous voyez, c'est AUSSI pour ma santé mentale qu'il faut me laisser une trace de votre passage... parce que sinon, comment je sais moi si ce que j'écris plait encore ou si vous détestez ?!

Ceci étant dit, j'espère que cette histoire vous fait toujours autant de bien et que je prendrez autant de plaisir à me lire que moi à écrire, parce que, finalement, l'écriture pour moi c'est ça : un partage d'émotion.

J'vous embrasse,

Tied. (ou comme vous voulez!)